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29 juin 2015 1 29 /06 /juin /2015 23:05

...

Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème

De la Mer, infusé d'astres et lactescent,

Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême 

Et ravie, un noyé pensif parfois descend ;

 

(...)

 

J'ai vu des archipels sidéraux ! et des îles

Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur :

- Est-ce en ces nuits sans fond que tu dors et t'exiles,

Million d'oiseaux d'or, ô future Vigueur ?

 

 

 

Arthur  RIMBAUD

Le bateau ivre

(Extraits)

 

 

Paris, Éditions "Aux Quais de Paris", 1957

pp. 120-5

 

 

 

     Je vous l'avais laissé sous-entendre la semaine dernière, amis visiteurs, dans l'introduction à l'étude des dernières vitrines, la septième et la huitième, non encore détaillées en cette salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Louvre : ÉgyptoMusée prend ses quartiers d'été jusqu'à la rentrée scolaire de septembre prochain.

 

ÉGYPTOMUSÉE  EN  VACANCES ...

 

     Mais pour qu'il ne s'efface pas totalement de vos mémoires, pour qu'il continue à accompagner ceux qui ne s'évaderont pas tout de suite et peut-être leur permettre d'apprendre quelque chose de nouveau à propos d'égyptologie, belge de surcroît, j'ai jugé intéressant de rééditer, chaque mardi de ces deux mois à venir, des interventions déjà proposées à mes lecteurs d'Overblog les samedis de juillet et août 2009.

 

     Ce n'est point être infatué de reconnaître que, depuis lors, mon lectorat s'est considérablement étoffé ; et mon inscription sur Facebook en septembre 2014 l'a encore amplifié. Mais beaucoup de mes visiteurs n'ont pas toujours pris le temps de lire ce que j'avais rédigé avant qu'ils ne me connaissent.  

 

     Belge d'origine, plus personne ne l'ignore à présent, j'avais cru bon, l'été 2009, d'évoquer le premier de nos égyptologues, l'un des plus grands de ce petit pays : je veux évidemment nommer le Professeur Jean CAPART.

 

ÉGYPTOMUSÉE  EN  VACANCES ...

 

     Ce blog avait deux mois quand, en mai 2008, je lui avais déjà rendu un premier hommage en esquissant sa riche carrière. C'est par cette modeste contribution que je vous convie à entamer ce matin votre voyage en sa compagnie.

     "En sa compagnie" constitue l'expression idoine dans la mesure où, dès mardi prochain, je m'effacerai totalement aux fins d'entièrement lui donner la parole pour vous permettre d'appréhender au plus près sa vie en égyptologie.

 

    Ce seront donc des extraits de ses écrits que, tout au long des vacances qui pour les Étudiants belges - et leurs Enseignants - commencent officiellement ce jour à 16 H., vous découvrirez.

 

     Il va sans dire que si vous souhaitez déposer un commentaire à la suite de l'un ou l'autre d'entre eux, je me ferai un plaisir d'y répondre lors de mes retours devant l'ordinateur ; car en effet, point de portable à mes côtés lors de ces escapades estivales hors frontières

     Soyez donc patients ; mais assurés aussi que ma mutité ne durera pas deux mois complets ! 

 

     Je vous souhaite à toutes et à tous, amis visiteurs d'Overblog et de Facebook réunis, d'excellentes vacances et de toutes aussi excellentes lectures en compagnie ou non d'ÉgyptoMusée.

 

     Richard

   

 

     Et donc, avant de le laisser s'exprimer, apprenons, grâce au lien ci-dessous sur lequel il vous suffira de cliquer, à connaître Jean CAPART ...

 

 

http://egyptomusee.over-blog.com/article-19579978.html

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Publié par Richard LEJEUNE - dans A propos de ce blog
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22 juin 2015 1 22 /06 /juin /2015 23:05
SALLE 5 - VITRINES 7 ET 8 : UNE PRÉSENTATION INTRODUCTIVE ...

   

     On ne le dit pas assez, et c'est bien dommage : les Égyptiens ont toujours apprécié le vin, comme ils ont toujours apprécié l'humour. Deux prédilections, au demeurant, pas toujours sans rapport, et qui rendent franchement sympathique la civilisation pharaonique, alors qu'elle ne pourrait être que grandiose. 

 

 

Pascal VERNUS

Dictionnaire amoureux de l'Égypte pharaonique

 

Paris, Plon, 2009,

p. 961

 

 

 

 

    L'étude approfondie de la double grande vitrine 6 peut-être déjà dissipée pour d'aucuns dans la brume des souvenirs ; le bloc-vitré 9 simplement donné à voir la semaine dernière, nous pouvons maintenant profiter, amis visiteurs, de ce pénultième rendez-vous précédant les vacances d'été d'ÉgyptoMusée, aux fins d'aborder les prémices de l'ultime thématique développée elle aussi dans cette salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre : deux vitrines, d'importance très inégale quant à l'espace et au contenu, sont en effet dédiées à la vigne en Égypte ancienne. 

 

     Ce sont, sur votre droite, la septième avec sa petite dizaine de pièces ; 

SALLE 5 - VITRINES 7 ET 8 : UNE PRÉSENTATION INTRODUCTIVE ...

puis, au fond, la huitième et ses amphores, espace offrant la particularité d'être à la fois visible de l'endroit où nous nous trouvons actuellement, mais aussi de la salle 8 

SALLE 5 - VITRINES 7 ET 8 : UNE PRÉSENTATION INTRODUCTIVE ...

 

dans laquelle nous déambulerons probablement un jour futur, salle dévolue au thème de la maison égyptienne antique, ainsi qu'à son mobilier.

 

    Mais avant de nous pencher sur ces deux meubles vitrés à la rentrée de septembre, et sans toutefois prétendre rédiger un traité d'ampélologie qui se voudrait exhaustif, j'aimerais aujourd'hui avancer quelques notions introductives dont certaines avaient en partie déjà été évoquées lors d'une précédente rencontre datant de mars 2009. 

 

     La vigne constitue une des plus anciennes cultures du pourtour méditerranéen en général, et de l’Égypte en particulier où, là, naquit un mythe indiquant que si les hommes ont pu continuer à exister, c’est parce que Rê fit un jour déguster plus que de raison à sa fille Hathor cette vigoureuse liqueur couleur de sang qui l’endormit, soustrayant ainsi l’humanité à sa vindicte destructrice ...

 


     Il est avéré qu’au IVème millénaire avant notre ère, entre Tigre et Euphrate, les Mésopotamiens furent un des premiers peuples à domestiquer et à cultiver la vigne, probablement après les habitants du Caucase qui, au VII ème millénaire eux, s’y seraient déjà intéressés.


     Quoi qu’il en soit, c’est bel et bien d’Égypte que proviennent les plus anciens témoignages d’une viticulture organisée, réfléchie et ce, dès l'époque thinite : espaliers et surtout treilles pour les plants ; bâtons fourchus en leur extrémité supérieure pour soutenir de longues tiges de bois horizontales portant les branches grimpant depuis les ceps.

 

    Dès cette époque aussi apparaissent des stèles rectangulaires figurant un personnage assis devant sa table d'offrandes : ainsi, après notre rendez-vous de ce matin, si cela vous intéresse, aurez-vous tout loisir de monter au premier étage pour découvrir, dans la vitrine 5 de la salle 21 du parcours chronologique, dévolue précisément aux premières dynasties, un de ces petits monuments de calcaire (E 27157), double pour sa part puisque aux noms de deux défuntes, Nytouâ et Nytneb, dont le vin, - (trois hiéroglyphes, sous mes flèches qui, de droite à gauche, se lisent irep) -, constitue la première offrande gravée pour ces dames, juste avant les onguents.

© C. Décamps

© C. Décamps

 

  

 

     Bien des mastabas memphites du début de l’Ancien Empire, ceux de Menna, de Mérérouka et de Ti, par exemple ; mais aussi, plus tard, au Nouvel Empire, dans la montagne thébaine, les hypogées de Nakht et d'Ouserhat, notamment, proposent de superbes scènes polychromes relatant de typiques activités, tels que les vendanges, le foulage du raisin que quelques hommes piétinaient au son de claquoirs, la torsion de sacs de toile dans lesquels avaient été rassemblés peaux, pépins et rafles en vue d'en exprimer le jus bénéfique, la fermentation et la décantation du vin dans des récipients d'argile non couverts ; enfin sa mise en amphores de terre cuite pour son transport, voire son stockage.

 

 

( Je vous convie à visiter l'une ou l'autre de ces tombes lors de votre prochain séjour en terre égyptienne ... ou, à défaut, sur l'excellent site de Thierry Benderitter :

http://www.osirisnet.net/centrale.htm ).

 

 

     Nombreuses furent les jarres vinaires thinites, généralement rendues moins poreuses par un enduit de résine appliqué à même la paroi intérieure, - comme certaines de celles de la vitrine 8, j'y reviendrai à l'automne prochain -,  mises au jour par les archéologues : elles étaient déjà estampillées soit en portant sur l’épaule des suscriptions rédigées à l'encre noire en écriture hiératique et indiquant, suivant les cas, le nom du vignoble, celui des parcelles d’où provenaient les raisins, le millésime, les noms du propriétaire et du maître de chai ; soit, explique le grand égyptologue français Jacques Vandier, en présentant l'empreinte d'un cylindre en bois ou en ivoire que l'on avait roulé sur l'argile encore fraîche du gros bouchon destiné à hermétiquement les fermer, et qui ainsi "imprimait" l'une ou l'autre des indications que je viens d'énoncer.

 

     Dépouillées, traduites, étudiées, toutes ces précisions nous permettent dorénavant de déterminer la localisation de certaines zones plus propices que d’autres à la viticulture : ainsi, les oasis occidentales de Kharga, de Dakhla, de Baharia et de Farafra, notamment ; mais aussi dans le Fayoum et, plus au nord, dans le Delta du Nil.

     Notez que, en quelque sorte privilégiées, ces deux dernières régions sont considérées comme le véritable berceau des vins égyptiens antiques de qualité.

     

 

     Je me dois toutefois de souligner que cette production, à tout le moins à l'Ancien Empire, resta l'apanage exclusif du souverain, de sa famille et des hauts dignitaires de cour, en vue d'une consommation personnelle, bien sûr, mais aussi, - et le détail, en Égypte, est évidemment d'importance -, pour les besoins de rituels funéraires, ainsi que cultuels en faveur des dieux à honorer.


     L’évolution sociale du pays, la démocratisation de nombreuses traditions au départ essentiellement régaliennes, mais également la croissance économique qui suivit les grandes conquêtes firent qu’au Nouvel Empire, et plus particulièrement à l'époque des Ramsès, la production de vin connut un essor tel que, non seulement tous ceux qui le souhaitaient, tous ceux en fait qui le préféraient à la bière, boisson "nationale" consommée par la majorité des hommes, toutes classes sociales confondues, purent s’en offrir.

     Mieux : que l'excédent fut envoyé dans différents autres pays du monde méditerranéen, ce qui manifeste incontestablement des  échanges commerciaux d'une envergure certaine.


     Certes, comme je l’ai déjà indiqué, la terre d’Egypte appartenait en principe tout entière au souverain ; certes les temples eux aussi, suite à de nombreuses donations, géraient de vastes étendues viticoles, mais les sources documentaires font également état de l'existence de vergers à vin privés, propriété de particuliers aisés, contentant en suffisance leurs besoins familiaux.

    Indépendamment de ces raisons pratiques et matérielles, il ne vous faut pas perdre de vue, amis visiteurs, qu'au sein des croyances osiriennes, dans lesquelles le vin est symbole du sang versé par le dieu, - comme il le sera bien plus tard, d'ailleurs, dans l'histoire christique -, la simple représentation de pampres au plus profond d'un tombeau 
constitue un gage certain de renaissance pour son propriétaire défunt.

 

     C'est dans ce sens qu'il vous faut comprendre une "décoration" viticole en damiers, avec grappes de raisins et feuilles de vigne dans quelques hypogées de la XVIIIème dynastie : ceux d'Amenemhat (TT 340) et de Panehesy (TT 16), à Deir el-Médineh, de Khonsou (TT 31), à Cheik Abd el-Gournah ; sans oublier évidemment le plus connu d'entre tous, celui de Sennefer (TT 96), également dans la Montagne thébaine. 

 

     Dans la foulée, je m'en voudrais ne pas mentionner un cas particulier, non encore exploré en profondeur à cause de la configuration extrêmement dangereuse des lieux, celui mis au jour lors de la campagne de fouilles de 1996-97 par l'équipe de l'égyptologue français Alain Zivie, dans la colline du Bubasteion, à Saqqarah. Cette tombe, ayant appartenu au scribe du cadastre Ptahmès, de la XVIIIème dynastie, (époque d'Amenhotep III), laisse elle aussi entrapercevoir une décoration viticole en damiers de premier choix ...  

 

 

 

     J'ai tout à l'heure employé le terme millésime qui, pour nous, connote une idée extrêmement précise. J’aurais plutôt dû indiquer : année de fabrication, car sachant que bien d’autres produits, comme l'huile, la bière, la graisse animale ou le mielportaient mention d’une date d’origine, il serait tout à fait illusoire et particulièrement anachronique de croire que les Égyptiens conservaient des amphores dans le seul principe d'une bonification au fil des ans.

 


     Grâce aux relations laissées de leurs voyages par des écrivains antiques comme le naturaliste romain Pline l’Ancien ou le géographe grec Strabon, on sait qu’existaient des cépages dénommés "Kaenkeme", d’un moelleux supérieur à celui du miel ; "Taniotique", blanc doux lui aussi onctueux ; "Shédeh", liquoreux très alcoolisé ; "Sébennythique", vin élaboré à partir de raisin et de résine de pin.

     Sans oublier le "Maréotique", blanc également doux originaire du lac Mariout, à l’ouest du Delta : la légende avance qu'il fut le préféré de Cléopâtre VII ...


     Indépendamment de tous ces vins blancs très prisés à la Cour, nous connaissons l’existence d’un rouge, apparemment assez puissant, vinifié à base de muscat noir.


     Pour le menu peuple, existait aussi un vin de dattes ou de palme et en circulaient d'autres, de qualité moindre, tel le "Paour", "piquette" que certains égyptologues considèrent d’ailleurs plus comme un vinaigre qu'utilisait lpharmacopée pour soigner diverses plaies que comme un vrai vin de consommation courante.


 

     Enfin, je terminerai ces propos introductifs en ajoutant que dans certaines formules d’offrandes se rencontre une nette distinction entre le vin "tout venant" palestinien et l’égyptien : 50 grappes de raisin ordinaire et mille grappes de raisin de l’Oasis.

 

     Ce qui donne à penser, amis visiteurs, que non contents d’en produire eux-mêmes pour leur besoins personnels ou pour la vente à l'étranger, les Égyptiens en importaient également.

 

 

    Grands consommateurs de vin les Égyptiens, laissait entendre Pascal Vernus dans l'exergue de ce matin ...

 

 

 

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

 

 

AUFRERE Sydney

Études de lexicologie et d'histoire naturelle, XVIII-XXVI, dans BIFAO 87, Le Caire, I.F.A.O., 1987, § XXIII (6) - "JP-WR ; P3-WR > Dém. PWR : "Vinaigre", pp. 36-9.

 

 

 

BAUM  Nathalie

Arbres et arbustes de l'Égypte ancienne, Louvain, 1988, OLA 31, pp. 259 sqq.

 

 

BARDINET  Thierry

Les papyrus médicaux de l'Égypte pharaonique, Paris, Fayard, p. 396. 

 

 


BRESCIANI  Edda

1996, Nourritures et boissons de l'Egypte ancienne, dans FLANDRIN J.-L/MONTANARI M (s/d), Histoire de l'alimentation, Paris, Fayard, 1996, pp. 61-72.

 

 

 

CAMINOS  Ricardo A.

Le paysan, dans DONADONI Sergio, L'Homme égyptien, Paris, Seuil, 1992, p. 29.

 

 

 

CHERPION  Nadine

Le "cône d'onguent", gage de survie, BIFAO 94, Le Caire, IFAO, 1994 : 79-107.

 

 

 

FAIVRE Colette

Le vin en Égypte antique, sur Blog "Passion égyptienne".

 

 

 

HEGAZY El-Sayed/MARTINEZ Philippe/ZIMMER Thierry
Une vigne divine sous le règne d'Aménophis II, Paris, Cahiers de Karnak IX, 1993, pp. 205-12.

 

 

 

HUGONOT Jean-Claude
Le jardin dans l'Egypte ancienne, Frankfurt am Main/Paris, Publications universitaires européennes, Série XXXVIII, Archéologie, vol. 27, 1989, p. 21.

 

 

 

POSENER Georges/SAUNERON Serge/YOYOTTE Jean
Dictionnaire de la civilisation égyptienne, Paris, Hazan, 1959, pp. 140-1 ; 299-301.

 

 

 

REEVES Nicholas
À la découverte de Toutânkhamon, Paris, Editions Inter-Livres, 1995, pp. 202-3.

 

 

 

TALLET Pierre

Le shedeh : étude d'un procédé de vinification en Egypte ancienne, BIFAO 95, Le Caire, IFAO., 1995, pp. 459-92.

 

La cuisine des pharaons, Arles, Actes Sud, 2003, p. 105.

 

 

 

VANDIER  Jacques

Manuel d'archéologie égyptienne, Tome I. Les époques de formation, vol. 2. Les trois premières dynasties, Paris, Éditions Picard, 1988, p. 861-2. 

 

 

 

ZIVIE  Alain

Une "tombe des vignes" memphite, dans Thèbes aux 101 portes, Mélanges à la mémoire de Roland Tefnin, édités par Eugène Warmenbol & Valérie Angenot, Turhnout, Brepols, Association égyptologique Reine Élisabeth, 2010, pp. 185-9. 

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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15 juin 2015 1 15 /06 /juin /2015 23:05

 

     Bizarrerie ! 

     Une de plus, avanceront certains qui, ayant encore en mémoire que la semaine dernière, nous terminions notre longue, minutieuse et intéressante, - à tout le moins, je l'espère pour vous, amis visiteurs ! -, exploration de l'immense et double vitrine 6, s'étonneront du titre donné à notre rendez-vous de ce mardi.

 

    Bizarrerie ? 

    En effet, si je devais m'en tenir à la logique mathématique, il eût aujourd'hui convenu que nous dirigions nos pas vers le septième meuble vitré de cette salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre. Or, je vous propose de me suivre vers le neuvième et dernier, celui qui se trouve juste avant la sortie vers la salle suivante.

 

 

 

 

SALLE 5 - VITRINE 9 : COMPLÉMENTS À ...

    

Bizarrerie dans mon chef ? 

    Que nenni ! Car ma logique à moi, ver de terre amoureux de l'étoile "Louvre" ; à moi, simple amateur qui s'offre parfois l'outrecuidance d'enfoncer, telles les abeilles des ruchers de l'Hymette leur dard, quelques perfides reproches dans le dos de ses "Maîtres" ; ma logique donc eût voulu que ce meuble cubique portât le numéro 7 pour les bonnes et tellement simples raisons qu'il procède du même thème que la vitrine 6 et qu'en outre, il en complète judicieusement certaines données.

 

    Bizarrerie dans le chef du Conservateur en charge de l'organisation de la salle ?

    Je le pense, oui, dans la mesure où, comme vous le découvrirez bientôt, les septième et huitième vitrines officielles participent d'une thématique nouvelle, alors que la neuvième ici devant vous reprend, pour en dévoiler des exemplaires naturels desséchés, une série de produits, des fruits essentiellement, dont certains furent évoqués quand nous détaillâmes de conserve une des étagères, côté Seine, de la vitrine en question.

 

Salle 5 - Bloc-vitrine 9

Salle 5 - Bloc-vitrine 9

 

     Bizarrerie pour bizarrerie, chacun, en toute logique, défendant son pré carré, je m'arroge aujourd'hui et le droit de vous faire découvrir, avant les septième et huitième, que nous n'envisagerons qu'à partir de la semaine prochaine, ce neuvième et ultime meuble vitré, ainsi que celui d'avoir le plaisir de réitérer mes remerciements les plus amicaux à Louvre-passion, ancien blogueur parisien qui, sur mienne requête, avait l'année dernière pris tous les clichés que je souhaitais.

 

      Même si certaines d'entre elles, vous vous en souviendrez peut-être, avaient déjà été insérées dans plusieurs de mes interventions quand nécessité s'en était présentée, je me contenterai aujourd'hui de vous offrir ces coupes en verre les unes après les autres aux fins que vous disposiez d'une vue générale des récipients alignés, et seulement assorties d'indications minimales car, bien évidemment, je ne vous obligerai pas à derechef écouter mes propos de 2014.  

Coupe 1 - Epi de blé poulard (E 11637)

Coupe 1 - Epi de blé poulard (E 11637)

Coupe 2 - Grains de blé poulard (E 2786)

Coupe 2 - Grains de blé poulard (E 2786)

Coupe 3 - Grains d'orge à six rangs (E 2787)

Coupe 3 - Grains d'orge à six rangs (E 2787)

Coupe 4 - Graines de légumineuses (E 14545)

Coupe 4 - Graines de légumineuses (E 14545)

Coupe 5 - Graines de ricin (AF 1861 - E 2792)

Coupe 5 - Graines de ricin (AF 1861 - E 2792)

Coupe 6 - Fruits du mimusops (N 1417)

Coupe 6 - Fruits du mimusops (N 1417)

Coupe 7 - Fruits du balanite (arbre-ished)

Coupe 7 - Fruits du balanite (arbre-ished)

Coupe 8 - Noyau de fruits du balanite (arbre-ished) ayant été grignotés par des rongeurs.

Coupe 8 - Noyau de fruits du balanite (arbre-ished) ayant été grignotés par des rongeurs.

Coupe 9 - Fruits divers (E 14574)

Coupe 9 - Fruits divers (E 14574)

Coupe 10 - Grenades (E 10747 et E 10748)

Coupe 10 - Grenades (E 10747 et E 10748)

Coupe 11 - Grenades (N 1474)

Coupe 11 - Grenades (N 1474)

Coupe 12 - Noix de palmier-argun (E 2789)

Coupe 12 - Noix de palmier-argun (E 2789)

Coupe 13 - Noix de palmier-doum

Coupe 13 - Noix de palmier-doum

Coupe 14 - Figues de sycomore (N 1416)

Coupe 14 - Figues de sycomore (N 1416)

Coupe 15 - Dattes et noyaux de dattes (N 1418)

Coupe 15 - Dattes et noyaux de dattes (N 1418)

Coupe 16 - Raisins (E 2791)

Coupe 16 - Raisins (E 2791)

Coupe 17 - Oignons (N 1410), dont l'un d'eux porte des traces de dorure.

Coupe 17 - Oignons (N 1410), dont l'un d'eux porte des traces de dorure.

Ombelles de papyrus (n° 18)

Ombelles de papyrus (n° 18)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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8 juin 2015 1 08 /06 /juin /2015 23:05

 

 

 "... on ne sait pas le nombre des oies. Elles sont là en incarnation des ennemis et grillent sur les autels."

 

 

 

Philippe DERCHAIN

 

De l'holocauste au barbecue - Les avatars d'un sacrifice 

 

Göttinger Miszellen 213

Göttingen, Georg-August Universität, 2007

pp. 19-22

 

 

 

     Voici venu le temps, amis visiteurs, quelque peu nostalgique, de porter aujourd'hui un dernier regard à cette très prolifique vitrine 6 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre qui tant nous apprit depuis le 12 novembre 2013, déjà.

 

     Celui aussi du regret d'accompagner mon dernier propos d'un petit monument

 

SALLE 5 - VITRINE 6, CÔTÉ SEINE : 32. DES OIES ET DES DIEUX ....

 

qui semble tellement laissé pour compte, tellement déconsidéré, même pas arrimé, simplement déposé contre la paroi médiane, insignifiant dans ce coin à l'extrême-gauche de l'armoire vitrée, - parce qu'il fallait bien le mettre quelque part, je présume -, en retrait par rapport au magnifique bas-relief des offrandes que nous avons admiré de conserve mardi dernier ; et "effacé" dans la mesure où aucun cartel n'en définit l'origine, n'en précise le numéro d'inventaire et où la grande notice explicative sur une feuille format A-4 glissée à ses pieds, que nous aurions pu espérer le concerner, las ! se rapporte en réalité à son prestigieux compagnon de vitrine ...

SALLE 5 - VITRINE 6, CÔTÉ SEINE : 32. DES OIES ET DES DIEUX ....

     Espérant quelque peu, comme Proust l'écrivait de la nature, faire "de la lumière avec de l'obscurité" et jouer "de la flûte avec le silence", je m'autorise deux mots néanmoins pour ne point le laisser ainsi nu, devant vous ...

 

    Approximativement d'une trentaine de centimètres de hauteur, il corrobore le fait qu'il fut comme son voisin immédiat arraché à deux registres superposés d'une paroi murale, voire à un troisième, en dessous. 

     Toutefois, ici, ce n'est plus une ligne de séparation en léger relief qui délimite les différentes parties, mais un large creux horizontal peint en noir, à tout le moins pour celui du dessus.

 

     Ce qui subsiste du niveau supérieur laisse entrevoir la présence de deux hommes de taille considérablement réduite, agenouillés, tournés vers la gauche faisant, d'après la position des mains du second d'entre eux, offrande à un défunt qui, comme souvent dans ce type de composition, se trouvait un peu plus loin devant eux. 

 

     Je viens de souligner qu'ils étaient tournés vers la gauche, soit vers le propriétaire de la tombe, assis en taille héroïque, contemplant ses biens, soit, dans certains autres cas, vers la stèle fausse-porte, au pied de laquelle avait été posée la table d'offrandes aux fins de recevoir les denrées dont le défunt aurait besoin pour se sustenter dans l'Au-delà ; "porte" que seul il serait censé franchir pour sortir au jour.

 

     Ces deux personnages, parce que le regard dans cette direction, prouvent que la scène dont ils ont été arrachés se situait sur la paroi de droite en entrant dans la chapelle funéraire, c'est-à-dire sur le mur nord.

 

 

     Plus "prolixe", le registre inférieur propose, dans sa portion droite, quelques aliments carnés dans lesquels vous reconnaîtrez la tête d'un bovin, le "traditionnel" khepech, patte antérieure droite de l'animal, et une volaille, le tout gravé en relief dans le creux.

 

     Quant à la moitié gauche, elle est entièrement habitée par un vase de dimensions bizarrement démesurées par rapport aux autres éléments, maintenu sur un support et qu'enlace une tige de fleur de lotus - symbole de renaissance par excellence -,  tel que parfois l'on en voit sous le plateau des tables à pied central devant laquelle sont assis les défunts, quand la place manque à l'artiste pour les représenter à côté.

     S'il en existe de différents types, tous ont pour finalité de permettre au propriétaire de la tombe de procéder aux ablutions et libations rituelles qui précèdent ses repas.

 

     Mais il se pourrait aussi, supposition parfaitement plausible, que ce soit un vase contenant une boisson quelconque, bière ou vin : il ferait alors partie intégrante des offrandes alimentaires post mortem

 

 

     A défaut de notice officielle, fort de ces précisions ou supputations de ma part, ce monument "oublié", ou plutôt le volatile qu'il donne à voir, me tiendra lieu ce matin de prétexte pour consacrer notre ultime rendez-vous à l'oie, animal d'importance tellement grande aux yeux des Égyptiens qu'il eut, à l'instar d'autres certes, d'étroits rapports avec les dieux.

     C'est donc sous l'éclairage particulier de la symbolique théologique de l'oie que je terminerai aujourd'hui, amis visiteurs, notre introspection des deux côtés de la haute vitrine 6.   

 

     Vous souvenez-vous des scènes d'holocauste relatées par feu l'égyptologue belge Philippe Derchain qu'affichent, avec quelques différences de phrasé mais avec le même esprit quant au sujet à développer, les sanctuaires ptolémaïques d'Edfou et de Dendera, tableaux auxquels j'avais fait allusion le 31 mars dernier alors que j'évoquais le morceau de viande grillée exposé sur l'étagère ici devant vous ? 

 

     Si, à l'époque, je vous avais fourni la traduction du texte hiéroglyphique qui, gravé sur les parois de l'escalier accédant au kiosque aménagé sur le toit du temple de Dendera, accompagnait une procession de porte-enseignes et de différents prêtres, menée par le roi et la reine censés présenter les divinités des lieux au soleil du Nouvel An, j'ai plutôt souhaité ce matin vous proposer en guise d'exergue celle du passage gravé dans le temple d'Edfou qui, comme vous ne l'ignorez certainement pas, est voué au dieu Horus.

 

    Pour l'heure, il m'intéresse de vous rappeler l'allusion manifeste notée dans les deux temples à des oies grillant sur des autels, parce qu'incarnations des ennemis de l'Égypte et, plus spécifiquement, comme le précise la glose que l'artiste a ajoutée, de la déesse Sekhmet, en vue d'en apaiser la vindicte ; vindicte dont j'avais expliqué tenants et aboutissants les 26 août et 2 septembre 2013.

 

     Peu ou prou en rapport avec la déesse Sekhmet, donc ; avec aussi, je l'ai tout récemment souligné, avec Geb et Nout, sa parèdre, mais encore, vous allez le constater, avec trois autres divinités du panthéon égyptien, et non des moindres puisque la première n'est autre qu'Amon, le dieu tutélaire thébain.

 

     Différents types de documents nous apprennent que depuis au moins le Moyen Empire, mais surtout à l'époque ramesside (Nouvel Empire), l'oie du Nil, - "alopochen aegyptiacus", préciserait le savant Brichot, ! -, l'oie "sémen", donc, fut considérée comme animal sacré d'Amon, au point que des statues furent mises au jour, parfois sarcophages, parfois creuses aussi, comme celle, (E 26020 - © Ch. Décamps), si élégante, en bronze et cartonnage, de Basse Époque

 

SALLE 5 - VITRINE 6, CÔTÉ SEINE : 32. DES OIES ET DES DIEUX ....

 

que vous n'aurez malheureusement pas l'opportunité d'admirer sur son socle de bois dans la vitrine 1 de la salle 19 tout à l'heure, après notre entretien, puisque, telles les Muses du célèbre tableau de Gustave Moreau qui quittent Apollon, leur père, pour aller éclairer le monde, elle et d'autres membres du bestiaire de ce département du Louvre parisien migrèrent vers l'exposition de Lens l'hiver dernier pour, ce printemps, s'envoler vers l'Espagne, à Madrid d'abord, à Barcelone ensuite, jusqu'en janvier 2016 ...

 

     Je pense aussi à d'autres statues d'oies offertes en ex-voto à Amon par des artisans du village de Deir el-Médineh dont le texte les accompagnant cantonnait le dieu dans le rôle de protecteur des malheureux

     Je pense également à ces cinq oies que Victor Loret exhuma, momifiées, en 1905, rituellement sacrifiées en vue de faire partie du dépôt de fondation du temple funéraire de Thoutmosis III.

     Je pense enfin à ces nombreuses stèles sur lesquelles elles  furent représentées, définies par cette appellation claire, - comme "d'origine contrôlée" : parfaite oie sémen d'Amon.

 

      Nonobstant l'importance de ces exemples datant tous du Nouvel Empire et des époques historiques qui suivirent, je voudrais attirer votre attention, amis visiteurs, sur certains passages des Textes des Pyramides (Ancien Empire, donc) qui, non seulement soulignent la divinisation de l'animal mais aussi l'associent au souverain défunt en le comparant à une oie  ou à un faucon qui s'envole vers le ciel.

     Ainsi, cet extrait (§ 463 a et b) :

 

     (Si) Oupouaout a fait s'envoler Ounas vers le ciel parmi ses frères les dieux, c'est qu'Ounas s'est servi de ses mains comme une oie sémen de ses ailes (et) qu'Ounas a battu de l'aile comme un milan.

 

     Sans oublier que dans les Textes des Sarcophages (Moyen Empire, donc), l'on peut lire que le défunt se transforme en oie !

    Ainsi cet autre extrait (Formule 23) :

 

    Transformation en oie sémen. J'ai volé en qualité de dieu grand. J'ai jargonné en qualité d'oie sémen.

 

    Et là, vous comprenez qu'oie et faucon sont unis ; entendez : Amon et Horus. Voilà donc un deuxième grand dieu du panthéon égyptien auquel l'oie peut être associée.

 

    Quant au troisième, il s'agit de Seth : les ennemis de l'Égypte, l'ennemi d'Osiris, c'est lui, le dieu mauvais par excellence, pour lequel l'on sacrifie l'oie en la grillant en holocauste sur des autels.

     Le même sacrifice faisait partie, je le rappelle au passage, de la cérémonie funéraire de l'Ouverture de la bouche mais aussi du rituel de fondation de temples : aux yeux de la population égyptienne, l'oie était immolée en tant que représentation symbolique de ce dieu qui avait dépecé son frère et auquel il était parfaitement admis d'infliger le même sort en guise de punition !  

 

    Pour terminer, j'ajouterai qu'elle ne fut évidemment pas la seule soupçonnée en tant qu'animal séthien, donc pas la seule à faire l'objet de sacrifices, puisque à Basse Époque plus spécifiquement, l'on  trouve à ses côtés crocodiles, tortues, hippopotames, ânes et ... cochons.

 

     Mais ceci est une autre histoire, déjà connue ...

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

 

CARRIER Claude

Textes des Pyramides de l'Égypte ancienne, Tome I, Textes des Pyramides d'Ounas et de Téti, Paris, Éditions Cybele, 2009, pp. 166-7.

 

 

 

DERCHAIN Philippe

De l'holocauste au barbecue - Les avatars d'un sacrifice, dans Göttinger Miszellen 213, Göttingen, Georg-August Universität, 2007, pp. 19-22.

 

 

PROUST  Marcel

Contre l'obscurité, dans Écrits sur l'art, Paris, Garnier Flammarion n° 1053, 1999, p. 98.

 

 

VANDIER  Jacques

L'oie d'Amon. À propos d'une récente acquisition du Musée du Louvre, dans Monuments et mémoires de la Fondation Eugène Piot, Tome 57, 1971, pp. 5-41. 

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1 juin 2015 1 01 /06 /juin /2015 23:05

 

    

        Les grands artistes, les grands découvreurs, ce sont justement les jardiniers de la pensée, qui plantent aux allées mornes de l'habitude les fleurs nouvelles et si vives de leur savoir ou de leur fantaisie, ouvrant à nos regards ces clairs chemins qui pourront le conduire un peu plus haut.

 

 

 

Carole CHOLLET

En cheminant

 

12 décembre 2013

 

     Au Louvre, à tout le moins en son Département des Antiquités égyptiennes, m'agenouiller près d'une vitrine n'est point rare.

 

M'agenouiller ? A l'instar de croyants dans l'un quelconque lieu saint ? 

M'agenouiller ? Ainsi que devant leur suzerain, certains vassaux du Moyen Âge promettant allégeance ?

 

     S'agenouiller pour prier, s'agenouiller pour se soumettre ?

 

     Quand, comme ici devant vous, amis visiteurs, au pied de cette vitrine 6, côté Seine, de la salle 5, il nous fallut le 12 mai dernier découvrir ensemble, à l'intérieur de modèles de cour de boucherie, les morceaux de viande jonchant leur sol ; quand, la semaine suivante, derechef, je vous proposai de vous pencher, - au sens littéral du terme - ,  sur les cinq oies troussées en calcite qui les précédaient, la plongée de nos regards vers toutes ces pièces ne posa pas vraiment de problème.

 

SALLE 5 - VITRINE 6, CÔTÉ SEINE : 31. DU RELIEF  AF 8970

 

     Mais quand bizarrement à côté d'elles, le Conservateur en charge de la disposition des objets relègue un petit bas-relief anépigraphe d'une hauteur de 27 centimètres et d'une largeur maximale de 23 qu'obligatoirement il nous faudrait envisager de face, s'agenouiller devient inévitable.

 

     Indispensable, même : dans un premier temps, pour le photographier au plus près, pour le détailler à notre aise, pour le "lire" avec toute l'attention qu'il mérite, non pas nécessairement pour ce qu'il "dit", mais pour la manière dont il le "dit" !

 

      Puis, dans un second temps, l'on se prend à conserver la position de génuflexion pourtant quelque peu inconfortable parce que l'on s'aperçoit qu'il ne s'agit nullement d'un banal éclat de calcaire, semblable à des centaines d'autres éclats de calcaire peuplant musées et catalogues, qui se dresse là devant nous, mais d'un réel "bijou" de l'art égyptien.

 

    Et de me poser la question de la motivation : pourquoi un égyptologue en principe amoureux et fier de ce que "son" Musée détient choisit-il d'ainsi cantonner sur le sol d'une vitrine un monument qui, pour être admiré à sa juste valeur, eût à mon sens dû figurer bien plus en évidence, et à hauteur d'yeux ?

 

 

S'agenouiller ? A l'instar de croyants dans l'un quelconque lieu saint ?

Oui. Le geste me paraît en définitive relever du même concept : prier l'art de longtemps encore nous ravir l'oeil et l'esprit, car c'est lui, entre autres, qu'il soit plastique ou littéraire, qui nous permet - pour ce qui me concerne, à tout le moins - de transcender bien des vicissitudes du quotidien. 

   

S'agenouiller ? Ainsi que devant leur suzerain, certains vassaux du Moyen Âge promettant allégeance ?

Oui, également. La position métaphorise alors une même envie de soumission, cette fois de nos sens, à l'Esthétique qui sourd des époques égyptiennes les plus anciennes, à la Beauté qui naît si naturellement de la main d'homme.

 

SALLE 5 - VITRINE 6, CÔTÉ SEINE : 31. DU RELIEF  AF 8970

 

 

     Ignorant tout du site originel d'où ce morceau de calcaire fut un jour soustrait par des pillards, ignorant tout autant le truchement par lequel il se trouve maintenant dans les collections du Louvre, je n'aurai d'autre choix, amis visiteurs, après vous avoir quelque peu entretenus de sa datation, que de simplement attirer votre attention sur ce que l'artiste antique a souhaité nous montrer, partant, nous faire comprendre.

 

     Eu égard à la typicité qui est sienne, et que les historiens qualifient de "renaissance saïte" parce qu'elle constitue une remise à l'honneur de divers concepts stylistiques parmi les plus anciens de l'art égyptien, dont Saïs, ville du Delta occidental, constitua le foyer d'origine, il est maintenant convenu de le dater de la XXVème ou de la XXVIème dynastie.

 

     Sans vouloir à nouveau soulever la moindre polémique, j'ajouterai au passage que le cartel du Louvre, ainsi d'ailleurs que son site Internet, l'estiment encore de l'Ancien Empire, tout en assortissant néanmoins l'indication d'un point d'interrogation mis entre parenthèses ; et de toujours considérer les pains comme étant des légumes !?!?

 

    Ne serait-il pas venu le temps de déléguer quelque doctorant, quelque brillant diplômé de la prestigieuse École du Louvre pour réévaluer et réécrire bon nombre de ces vieux cartels à la lumière de l'évolution de la science égyptologique ?   

 

 

     Malgré les cassures et autres déprédations humaines qui affectent généreusement ce petit monument, vous remarquerez sans la moindre difficulté que les offrandes alimentaires proposées se déployaient sur deux registres superposés d'une paroi, séparés qu'ils étaient par une ligne horizontale en relief plus épais.

 

     Détaillons-les ensemble, voulez-vous ?

     

SALLE 5 - VITRINE 6, CÔTÉ SEINE : 31. DU RELIEF  AF 8970

 

     Le peu qui subsiste du niveau supérieur nous propose, de gauche à droite, une natte sur laquelle, tels les rochers "Ferrero" d'une publicité bien connue, des figues ont été ordonnées en combinaison pyramidale. À leur droite, le lapicide a très élégamment rompu le rythme de la verticalité d'une composition qui eût dû s'imposer pour aligner en alternance laitues romaines et hauts vases à boissons : en effet,  à la première salade, il a fait quelque peu perdre son équilibre tout en lui donnant l'opportunité d'éviter la chute en venant s'appuyer contre le petit monticule de fruits. 

 

     Preuve s'il m'était encore besoin d'en fournir que l'art égyptien n'a rien de redondant, de lassant, de fastidieusement répétitif et qu'au sein de codifications initiales néanmoins précises, il était loisible aux plus créatifs de s'extérioriser, d'exprimer leur propre ressenti, de laisser libre cours à leur imagination, à leur fantaisie, pour reprendre le terme de Madame Carole Chollet dans l'exergue que j'ai spécifiquement choisi pour introduire notre entretien de ce jour.

     Bref, il appert qu'une certaine liberté artistique leur était accordée, voire, - pourquoi ne pas le penser ? -, recherchée par des défunts d'un rang social élevé qui s'offraient certainement le luxe de rémunérer des artistes plus talentueux que d'autres.

 

 

    Dans ces laitues, autorisez-moi, amis visiteurs, à ne plus croquer à belles dents : ce que je pouvais en déguster, je l'ai partagé avec vous les 21 et 28 avril, ainsi que le 5 mai 2014

 

    Ce sur quoi je me permettrai simplement aujourd'hui d'insister, c'est sur la finesse des détails : la légèreté des traits figurant la base des feuilles des salades par exemple, ainsi que sur la délicatesse de l'ensemble de la gravure, imprimées par un artiste d'il y a quelque 28 siècles.

    Et cette réflexion, vous allez le constater, s'impose également pour le tableau du registre inférieur.

SALLE 5 - VITRINE 6, CÔTÉ SEINE : 31. DU RELIEF  AF 8970

 

     Avez-vous comme moi l'impression, amis visiteurs, que c'est précisément cette coupe, et elle seule, qui plut véritablement aux pilleurs s'arrogeant le droit d'un jour arracher ce relief à une paroi murale d'un monument égyptien ?

     Car, convenons-en, elle constitue le seul élément qui soit entier, ou quasiment, au sein de ces deux registres que Madame Élisabeth Delange, Conservateur en chef du Patrimoine au présent Département des Antiquités égyptiennes, ose, sans craindre l'anachronisme, nommer dans la notice qu'elle consacre à ce bas-relief pour le catalogue de l'exposition du Louvre-Lens, l'hiver dernier, une "nature morte".  

 

    Ce terme qui apparaîtra au milieu du XVIIIème siècle pour caractériser certains types définis de peintures, détrônant quelques autres comme le "nature reposée", ou le "nature inanimée" que prôna Diderot dans ses célèbres Salons, voire le "vie silencieuse" qui n'eut guère plus de succès, ne convient-il pas parfaitement, ainsi que le pense avec justesse Madame Delange, à ce que vous avez devant vous ? Même s'il s'agit d'une représentation gravée dans le calcaire ? Même si elle date de l'Antiquité égyptienne ? Même si ce n'est pas pour cette catégorie artistique que l'expression fut choisie ?

 

     Remplissant ad libitum l'intérieur du plat incurvé : pains, à l'avant-plan, deux couchés et un qui semble ne tenir debout que par la pression des autres, suggérant ainsi qu'il prolonge à sa manière le pied doté de cannelures soutenant l'ensemble ; grappes de raisins finement incisés, permettant d'ainsi discerner chaque grain, aux arrière-plans gauche et droit ; et, au milieu, véritablement encaquées dans un espace peu adapté à leur nombre, des oies troussées, manifestement bien dodues - telles que les appréciaient les Égyptiens -, et que l'artiste, pour nous sensibiliser à cette exiguïté, a décidé de laisser la tête de trois d'entre elles dodeliner par-dessus bord.

 

     Oies prêtes à rôtir afin de ravir pupilles et papilles d'un dieu ou d'un défunt ...

 

 

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

 

DELANGE  Élisabeth

Offrandes alimentaires sur un éclat de relief, dans Des animaux et des pharaons. Le règne animal dans l'Égypte ancienne, Catalogue de l'exposition au Musée du Louvre-Lens, Paris, Somogy Éditions d'art, 2014, notice p. 128.

 

 

 

 

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25 mai 2015 1 25 /05 /mai /2015 23:06

    Les Égyptiens élevaient un grand nombre de volailles, mais il n'est pas toujours facile de reconnaître les différentes espèces auxquelles elles appartenaient. Et, cependant, il n'est pas rare à l'Ancien Empire, que la représentation d'un oiseau soit accompagnée de son nom, mais il n'est pas rare, non plus, que des oiseaux qui portent des noms différents soient, extérieurement, si semblables que nous n'arrivions pas à les distinguer. Il arrive même qu'on hésite à appeler tel ou tel oiseau un canard ou une oie.

 

 

 

Jacques  VANDIER

Manuel d'archéologie égyptienne

Tome V : Bas-reliefs et peintures - Scènes de la vie quotidienne 

 

Paris, Picard, 1969, pp. 400-1

 

 

 

 

     Mardi dernier, c'est avec à l'esprit cette mise au point du grand égyptologue français Jacques Vandier que, souvenez-vous amis visiteurs, je vous présentai quelques petits modèles déposés sur le sol de la vitrine 6 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre qui, si je me réfère au cartel qui les accompagne, sont des oies, alors que les mêmes, exposés l'hiver dernier au Louvre-Lens, furent présentés en tant que canards.

 

    Cette polémique, ancienne je l'ai signalé, n'eut à vrai dire nullement le retentissement de celle, toujours à propos d'oies, qui secoue, - parfois de manière déplorablement hargneuse, voire grossière -, le Landerneau égyptologique depuis le mois d'avril dernier : il s'agit, - beaucoup d'entre vous l'auront compris dans la mesure où les médias s'en sont largement fait l'écho -, des arguments prônés par l'éminent égyptologue italien le Professeur Francesco Tiradritti en vue de mettre en doute l'authenticité d'une des plus belles peintures animalières qui nous soient parvenues de l'Égypte antique : les très célèbres "Oies de Meïdoum", aujourd'hui au Musée du Caire.

 

     Loin de moi, simple amateur, de prendre position dans ces échanges de haut niveau ... ou de bas, pour certains des participants !

     Nonobstant, il m'agréerait ce matin de complètement m'effacer aux fins de simplement vous donner à lire un document exceptionnel : l'interview exclusive du Professeur Tiradritti qu'a réalisée Madame Marie Grillot, pour son très intéressant blog "Egyptofile", recueil des "Unes" du non moins intéressant site qu'elle et Marc Chartier proposent sur Facebook : "Egypte-actualités" ; interview qu'elle a eu l'extrême amabilité de me premettre de publier ici, sur mon propre blog, pour vous, amis visiteurs.

     

     Merci à vous Marie pour cette extrême gentillesse et la confiance qu'ainsi vous m'accordez.      

 

 

 

 
Les célèbres "Oies de Meïdoum" ont été découvertes en 1872 au nord de la pyramide de Snefrou par une équipe envoyée par Auguste Mariette. La magnifique peinture de 27 cm de haut et 172 cm de large se trouvait dans la petite chapelle que Nefermaat avait dédiée à son épouse Atet dans son mastaba. Selon le récit d'Albert Daninos, qui était chargé de la fouille, c'est Luigi Vassalli, conservateur au musée de Boulaq, qui la détacha du mur et la transporta au Caire où elle est actuellement exposée au Musée Egyptien de Midan el-Tahrir dont elle constitue l'une des pièces les plus connues.
Ces dernières semaines, le monde de l'égyptologie a été secoué par la thèse de l'éminent Professeur Francesco Tiradritti, directeur de la Mission Archéologique Italienne à Louxor, professeur d’égyptologie à l’Université Kore de Enna en Italie, qui émet des doutes sur l'authenticité de la peinture.

“Égypte actualités” : Professeur, tout d'abord, nous sommes extrêmement touchés que vous acceptiez cette interview pour “Égypte actualités” et nous vous en remercions sincèrement. Pouvez-vous nous dire ce qui vous a amené à douter de l'authenticité des "Oies de Meïdoum"?
 
 
Francesco Tiradritti : J’ai commencé à douter lorsque je me suis demandé de quel genre étaient les oies. J’ai ainsi trouvé que quatre sur six appartiennent à des espèces typiques de la toundra et de la taïga, qui, lorsqu'elles migrent, n’arrivent plus au sud de la France et de l’Espagne du nord d’un côté et de la Turquie et de la Grèce de l’autre. J’ai trouvé cela un peu étrange et j’ai commencé à regarder la peinture avec des yeux différents. Toutes les anomalies que j’avais déjà relevées en décrivant la peinture dans le passé et que j’avais imputées au fait que je me trouvais devant un chef-d’œuvre, ont pris une autre signification. J'ai alors commencé à avoir de forts doutes sur l’authenticité de ces "Oies", doutes qui se sont trouvés accrus tout au long d'une recherche qui m’a pris à peu près un an. À la fin, j’avais sous les yeux trop de choses (couleur, proportions, traces de peinture au-dessous du fond, etc, …) qui ne correspondaient pas à ce que l'on connaît de l’art égyptien et j’ai décidé de publier mon opinion sur il Giornale dell’arte. 
 
 
Restitution de la paroi du mur nord du corridor de la chapelle d’Atet.
Cette restitution a été réalisée à partir des relevés anciens effectués par Mariette et Petrie et des fragments de peintures originaux (conservés à Boston, à Londres, à Manchester et au Caire) à l’occasion de l’exposition “Des dieux, des tombeaux, un savant - En Égypte sur les pas de Mariette Pacha”, Boulogne-sur-Mer, 2004
 
ÉA : Vous vous questionnez sur les espèces d'oies représentées qui, auraient pu, à l'Ancien Empire, ne pas exister en Égypte ? S'agit-t-il de l'oie du Nil, des bernaches à cou roux, ou d'une autre espèce ?

FT : Je ne suis pas ornithologue et je n’ai même pas la passion d’aller observer les oiseaux. Sur ce point, je fais confiance à l’opinion des experts qui ont des problèmes d’identification. Ce qui est sûr, c'est que le couple d’oies tournées à droite sont, comme vous dites, des bernaches à cou roux. Le deux oies tournées à gauche ont été identifiées avec une espèce qui se trouve aussi bien en Égypte. Les deux aux extrémités sont généralement identifiées comme des oies des moissons qui sont typiques de la toundra et de la taïga, mais il y a des experts qui ne sont pas d’accord avec cette opinion et il y a plusieurs avis émis sur ce sujet. On a même dit que si, aujourd’hui, ces oies ne se trouvent pas en Égypte, elles pouvaient y avoir été à l'époque pharaonique. Il faudrait alors expliquer pourquoi les bernaches à cou roux ne sont pas attestées ailleurs dans toutes les reproductions d’oies que l’on connaît de l’ancienne Égypte. Parmi les critiques que j’ai reçues, il y en avait une où l'on disait que les bernaches à cou roux sont rarement repérées en Égypte. L’auteur mentionnait 1874 comme date du premier repérage témoigné. Peut-être qu’il n’a pas fait attention que cette date est très proche de 1872 lorsque les "Oies de Meïdoum" ont été découvertes. Si ce que cette personne affirme était vrai, il ne démontrerait pas que les oies à cou roux étaient en Égypte à la IVe dynastie, mais qu’elles y étaient à la fin du XIXe siècle. Je n’ajoute rien à cela parce qu’il me semble évident de ce que cela implique. 
 
 
ÉA : La scène représentée est parfaitement symétrique : six oies, séparées très exactement en deux groupes, trois d'entre elles tournées vers la gauche, et les trois autres vers la droite : est-ce que cette composition vous interroge également ?

FT : La composition symétrique est connue en ancienne Égypte, mais pas dans la façon dont elle se trouve réalisée dans les "Oies de Meïdoum". S’il s’agissait d’une peinture égyptienne, les six oies devraient être toutes de la même dimension. Celles qui se trouvent aux extrémités sont seulement un peu plus petites que les deux couples qui les suivent. Cette disproportion est très commune dans un art qui connaît la perspective. Je l’avais prise comme une preuve de l’existence de quelque chose de très proche de cela dans l’ancienne Égypte et je l’avais expliqué, toujours, avec le fait que je me trouvais confronté à un chef-d’œuvre et, pour cela, unique dans son genre. Maintenant je vois cette composition comme un autre élément qui parle contre l’authenticité de la peinture.

ÉA : Vous êtes conscient que vos dires secouent le monde de l'égyptologie et que des voix s'élèvent... Pensez-vous, plus tard, pouvoir vous baser sur des analyses, de pigments par exemple, pour étayer votre thèse ? 

FT : Je suis parfaitement conscient du fait que déclarer la possible "fausseté" des "Oies de Meïdoum" peut m’attirer des critiques et, depuis la publication de mon article sur il Giornale dell’arte et sa reprise par la presse mondiale, il y a eu pas mal de gens qui se sont sentis en devoir d’exprimer leurs jugements sur le sujet, en arrivant parfois à m’insulter. Je dois avouer que tous les arguments qui ont été émis, soit étaient fondés sur une pauvre connaissance de l’argument et contenaient pas mal d’erreurs, soit sur une prétention qui trop souvent est devenue la règle dans notre domaine de recherche. 
Mon intention était de soulever un débat et de mettre en question une discipline comme l’égyptologie qui a besoin d’une autoréflexion pour devenir une véritable science.
L’affaire des "Oies" m’a fait comprendre que trop souvent on juge et on regarde sans vraiment ni voir ni analyser. Je suis le premier à m’être trompé pendant des années. J’ai publié au moins cinq fois sur les "Oies" comme si elles étaient un chef-d’œuvre de l’art égyptien. Après avoir regardé la question depuis différentes perspectives scientifiques, je suis arrivé à la conclusion que je me suis trompé. J'ai voulu partager ce résultat avec les collègues et je l'ai transformé en une invitation à vérifier ce que l’on a devant les yeux, et à le voir avec un regard différent. C’est aussi une invitation à la nouvelle génération des égyptologues égyptiens à examiner ce que leurs ancêtres ont fait sans se laisser conditionner par ce qui est déjà dit. Je crois que c’est à leur tour d’écrire l’histoire et l’histoire de l’art de leur pays. 
Je considère l’égyptologie comme étant une science avec des règles et des formules, comme toutes les autres. Je les ai appliquées et je suis sûr que toutes les analyses ne pourront que reconfirmer ce que je pense. Autrement je n’aurais pas écrit mon article. Renvoyer chaque décision finale à des analyses, qui peuvent aussi très bien être falsifiées (on a pas mal d’exemples dans le passé), signifie dénier le statut de science à l’égyptologie et je suis tout à fait contre cela. 

ÉA : Si l'égyptologue Luigi Vassalli avait vraiment réalisé un "faux" - ce qui ne serait absolument pas déontologique - qu'elle aurait pu être sa motivation ? 

FT : Je ne crois pas que, dans l’esprit de Vassalli, peindre les "Oies de Meïdum" ait pu représenter quelque chose de déontologiquement incorrect. Il faudrait étudier un peu mieux la façon de concevoir les antiquités et les musées au XIXe siècle. Je crois que Vassalli a voulu remplir un vide dans le musée de Boulaq (il n’y avait pas de peintures) dans une intention tout à fait didactique. C’est le même esprit qui a poussé Arthur Evans à refaire des parties entières du Palais de Cnossos, par exemple. Pendant des dizaines d’années, personne n'a rien trouvé à redire sur ses "restaurations" qui ont même servi à bâtir un mythe de grandeur autour de la civilisation Minoenne qu'à bien voir, il vaudrait mieux réviser. Il faudrait faire la même chose avec la culture égyptienne. Si l'on arrivait à établir que les "Oies" ne sont pas un produit de l’Ancien Empire (je ne veux pas utiliser le mot de "faux"), mais d’un peintre du XIXe siècle (Luigi Vassalli), on perdrait sûrement un chef-d’œuvre, mais on obtiendrait une vision un peu plus vraie de l’art égyptien dont la magnificence, d’ailleurs, ne se fonde absolument pas seulement sur cette peinture. 

propos recueillis par Marie Grillot pour “Égypte actualités”

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18 mai 2015 1 18 /05 /mai /2015 23:05

     Après avoir envisagé avec vous, amis visiteurs, depuis mars 2014, les monuments exposés de ce côté sud de la vitrine 6 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre aux fins d'en retirer la substantifique moelle de ce qu'ils avaient à nous révéler concernant les repas des Égyptiens, tant pour ce qui concerne les légumes et les fruits que les produits carnés qui, selon que l'on était "puissant ou misérable", se composaient de morceaux de premier choix ou plus simplement d'intestins, de foie, de cervelle ou de langue après avoir, la semaine dernière, évoqué les lieux d'abattage et de dépeçage des animaux consommés, et alors que dans moins d'un mois probablement nous nous acheminerons vers le meuble suivant, je m'en voudrais de n'avoir point attiré votre attention sur une dernière possibilité de nourriture.

 

    M'autorisant dans un premier temps des pièces immédiatement avant les modèles de cour de boucherie ici devant vous posées et que j'ai délibérément laissées pour, - oserais-je employer cette expression ? -, la "bonne bouche", j'escompe dès ce matin prendre quelques mardis supplémentaires pour vous faire goûter de la volaille, puis définitivement clore le meuble.

 

SALLE 5 - VITRINE 6, CÔTÉ SEINE : 30. DE L'OIE ... ni d'un jeu ni du Capitole ...

     

     Même si cette double vitrine, jamais, n'y fit allusion, vous devez savoir qu'au-delà du boeuf, du porc et d'autres animaux, les Égyptiens ne dédaignèrent pas lhérisson, voire aussi la souris, puisqu'il appert, si j'en crois l'égyptologue français Pierre Tallet, que leurs petits ossements ont parfois été identifiés dans l'estomac de certaines momies analysées.

    Ne réside-t-il pas là un éclectisme au sein duquel nos pratiques alimentaires pourraient peut-être puiser afin de trouver une solution pour accompagner les araignées, les vers et les criquets sautés promis pour les proches décennies à venir  ?

 

    En revanche, comme déjà je l'ai signalé, souvenez-vous, lors de notre rendez-vous du 20 avril 2012, je puis difficilement accréditer ses propos quand dans cette énumération, il cite l'hyène, s'appuyant  sur la scène de gavage bien connue réalisée en léger relief puis peinte, au premier registre du mur nord de la chambre A 13 du mastaba de Mererouka qu'à défaut d'avoir réellement visité, vous trouvez décrit sur l'excellent site d'OsirisNet, préférant pour ma part emboîter le pas à un de ses confrères, l'égyptologue Pierre Montet, quand il affirme que les riverains de la vallée du Nil ne considéraient pas de tels carnassiers comme nourriture acceptable tant pour les vivants que pour les défunts, ajoutant que de les gaver relevait d'une tout autre finalité : celle de dissuader l'hyène de se repaître de gibier quand elle était requise pour participer à une chasse dans le désert.

 
 

Gavage des hyènes - Mererouka (OsirisNet)

 

 

     Ce dont toutefois vous devez être certains, amis visiteurs, c'est de l'engouement général pour diverses volailles, dont l'oie que, plumée, troussée et  prête à rôtir ou à simplement cuire, ils représentèrent si fréquemment sur les tables d'offrandes mises au jour dans leurs complexes funéraires ; et ce, dès l'Ancien Empire.

 

     Que ce soit pour sa chair ou parce qu'élevée par les gens du peuple, elle constitua un mets peu coûteux qui, à l'instar d'autres volatiles tels que pigeons, canards, grues, hérons, cailles et perdrix, sans oublier maints oiseaux des régions aquatiques, fut indéniablement apprécié : souvenez-vous de ces scènes de chasse dans les marais, de ces filets hexagonaux dont ils se servaient pour les capturer ; souvenez-vous aussi de ces théories de porteuses et porteurs d'offrandes chez Akhethetep, croisés ici même, dans une salle précédente, à l'automne 2008 ...

 

     Mets apprécié aussi au point de vouloir s'assurer de sa présence dans l'Au-delà : la "pancarte" du mastaba de Ptahhotep ne stipule-t-elle pas en effet l'apport de 121 200 oies ro (comprenez : "cendrées") et, dans les mêmes proportions, d'oies tcherep ("rieuses") ?

     Et comme si cela ne suffisait pas encore, s'y additionnent 11 100 oies semen (= "du Nil") !, avais-je aussi noté lors d'une autre de nos rencontres au cours de laquelle j'avais traité de la suralimentation forcée de certains animaux. 

 

             A cette liste, vous pouvez encore ajouter les oies ser ("grises") et les hedj, ("blanches") puisque les recherches égyptologiques ont relevé l'existence à l'époque d'au moins cinq catégories d'oies différentes.

 

 

     Celles sur lesquelles je vous propose de maintenant nous pencher (E 17239 - E 25189 - E 25190 - E 25191 et E 25192) sont répertoriées au Louvre parisien - à la fois sur les cartels et sur son site Internet -, comme étant des "Modèles d'oies troussées".

 

 

SALLE 5 - VITRINE 6, CÔTÉ SEINE : 30. DE L'OIE ... ni d'un jeu ni du Capitole ...

    

     Bizarrement, deux d'entre elles (E 25189 et E 25192) qui s'envolèrent cet hiver jusqu'au Musée du Louvre-Lens pour représenter l'espèce à la très belle exposition "Des animaux et des pharaons. Le règne animal dans l'Égypte ancienne", furent chacune identifiées par Noëlle Timbart, Doctorante en égyptologie, en tant qu'un "Modèle de canard prêt à cuire".

 

     Convenez, amis visiteurs, que voilà une bien étonnante mutation génétique opérée entre Paris et Lens !!

 

     Toutefois, et pour tempérer un humour que je ne voudrais point trop caustique, l'honnêteté intellectuelle m'invite à préciser que ce n'est pas la première fois, dans l'histoire de cette discipline, que des égyptologues animaliers mais pas nécessairement ornithologues patentés, s'interrogent sur de semblables figurations et s'opposent quant à déterminer si ce sont des canards ou des oies.

     Pour certains autres, comme le Suisse Philippe Germond, l'image de volatiles troussés destinés à être offerts aux défunts, symboliserait l'ensemble de la volaille, sans distinction d'une catégorie particulière.

 

     Au-delà de ces questionnements identitaires, que puis-je vous dire à propos de ces cinq  pièces déposées sur le sol de la vitrine, ici devant vous ?

 

     Qu'à l'instar des deux premières des trois figurines qui se succèdent tout en haut et que nous avions étudiées à partir de novembre 2013,

 

E 25212 - E 25213 et E 17238

 

elles entrèrent dans les collections du Musée en 1951, suite à une donation du gouvernement égyptien du roi Farouk en partage des fouilles entreprises par l'égyptologue français Jean Vercoutter sur le site de Kom ed-Dara, en Moyenne-Égypte.

 

    Qu'à l'instar aussi de ces trois petits personnages, elles constituent des simulacres, des modèles datant du Moyen Empire qui, comme je vous l'ai précisé mardi dernier, matérialisaient des thématiques qu'aux dynasties précédentes les défunts souhaitaient emporter dans leur maison d'éternité, afin, l'image valant l'action, d'être assurés de leur efficacité post mortem.

 

     Qu'à l'encontre de ces trois figurines en calcaire, elles furent confectionnées en un matériau plus "riche", la calcite, que certains savants préfèrent nommer "albâtre égyptien".

 

     Que leur longueur varie entre 13 et 15 centimètres.

 

     Qu'en tant qu'oies, à l'image de celles que l'on retrouve en guise de cuilleron dans les cuillères à offrandes, - et non "à fard", comme d'aucuns persistent à erronément les appeler -, dont je vous avais entretenu le 24 octobre 2011

 

 

N-1725-a.jpg

 

    

elles étaient empreintes d'éléments symboliques ressortissant au domaine de la pure sémantique, comme ce fut d'ailleurs très souvent le cas dans l'art égyptien : elles matérialisaient en effet un emblème hiéroglyphique qui pouvait se lire Geb, nom du dieu de la terre que certains textes funéraires appellent "Grand Jargonneur".

 

     Rappelez -vous que la parèdre de Geb, dans l'ennéade héliopolitaine, était Nout, déesse du ciel, divinité primitive figurée aux plafonds de certaines tombes ou à l'intérieur de couvercles de sarcophages. De tout le panthéon égyptien, elle fut la seule à être représentée sous l'apparence d'une jeune femme entièrement nue pour autant qu'elle soit allongée sur l'étendue céleste. D'où, vous l'aurez compris, la relation avec les cuillères ornées telles que celle-ci (N 1725 a - Cliché : Louvre © Ch. Décamps), alliant ébène et ivoire, et que vous pourrez éventuellement une nouvelle fois contempler tout à l'heure, après notre rencontre, dans la vitrine 13 si vous vous rendez au premier étage ci-dessus, en salle 24.

 

     Les mythes religieux nous expliquent également que Nout, chaque soir, avale le soleil à son couchant qui, la nuit durant, traverse son corps de manière à renaître à l'aube nouvelle : existe-t-il plus beau symbole de  renaissance, de régénérescence d'un défunt que celui-là ?

 

     Ce couple, dans la conception cosmogonique héliopolitaine, eut aussi pour fils Osiris, dieu des morts. Pas étonnant, dès lors, que toutes les représentations d'oies, qu'elles soient gravées, peintes ou en ronde-bosse, fassent partie du viatique funéraire destiné à notamment préserver la vie post mortem en faisant offrande aux dieux que chaque défunt - devenu un nouvel Osiris parce que reconnu justifié par le Tribunal divin lors de la psychostasie -, sera susceptible de retrouver dans l'autre monde ; destiné aussi - c'est le cas de celles qui présentent des symboles à connotation érotique -, à permettre une régénération qui assurera au trépassé un devenir dans l'Au-delà semblable, si pas meilleur, à la vie qu'il a connue ici-bas et, surtout, qui lui permettra de recouvrer sa vigueur sexuelle à son acmé ; destiné enfin à le nourrir pour l'éternité : c'est évidemment le cas des cinq très beaux petits modèles que j'ai souhaité aujourd'hui vous permettre d'admirer.

 

    J'espère toutefois, amis visiteurs, que mes propos ressortissant au domaine de la conception symbolique de l'oie ne vous ont point lassés à l'instar de ceux d'un grand jargonneur et que, de ce fait, vous ne me précipiterez pas du haut de la roche tarpéienne, car j'ai encore à vous présenter l'animal sous différents autres points de vue ...

 

     S'il vous agrée de poursuivre cette introspection de l'oie en ma compagnie, je vous propose de nous retrouver tous devant cette vitrine 6 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre mardi  26 mai prochain.

 

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

 

GERMOND Philippe

En marge du bestiaire : un drôle de canard ..., BSÉG 25, Genève, 2002, pp. 75-94.

 

MEEKS Dimitri/FAVARD-MEEKS Christine
Les dieux égyptiens, Paris, Hachette, 1995, p. 150.

 

MONTET  Pierre

Les scènes de la vie privée dans les tombeaux égyptiens de l'Ancien Empire, Paris/Strasbourg, Librairie Istra, 1925, p. 114.

 

PETERS-DESTÉRACT  Madeleine

Pain, bière et toutes bonnes choses ... L'alimenattion dans l'ancienne Égypte, Monaco, Éditions du Rocher, 2005, pp. 76 sqq.

 

TALLET Pierre

La Cuisine des pharaons, Arles, Actes Sud, 2003, pp. 54-65.

 

TIMBART  Noëlle

"Modèle" de canard prêt à cuire, dans Des animaux et des pharaons. Le règne animal dans l'Égypte ancienne, Catalogue de l'exposition au Musée du Louvre-Lens, Paris, Somogy Éditions d'art, 2014, notice p. 130.

 

VANDIER  Jacques

Manuel d'archéologie égyptienne, Tome V : Bas-reliefs et peintures - Scènes de la vie quotidienne, Paris, Picard, 1969, pp. 400-4.

 

E 25212 - E 25213 et E 17238

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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11 mai 2015 1 11 /05 /mai /2015 23:05

 

 

     Le Louvre est le livre où nous apprenons à lire. Nous ne devons cependant pas nous contenter de retenir les belles formules de nos illustres devanciers. Sortons-en pour étudier la belle nature, tâchons d'en dégager l'esprit, cherchons à nous exprimer suivant notre tempérament personnel. 

 

Paul  CÉZANNE

Lettre à Émile Bernard (1905)

 

dans Conversations avec Cézanne 

Paris, Macula, 1978

 

 

 

 

     Nos déambulations au sein de la salle 5 du circuit thématique du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre consacrée, je le rappelle au passage, à la chasse, à l'élevage et à la pêche, ainsi que tout ce qui permet de constituer les repas, réels ici-bas ou souhaités pour l'au-delà des Égyptiens, nous ont amenés, amis visiteurs, à nous intéresser depuis un très long temps déjà, aux monuments que propose la sixième de ses vitrines, meuble double en réalité puisque vous n'ignorez plus maintenant que sa face interne, tournée vers le centre de la salle, se consacre à la thématique du pain et de la bière, tandis que celle des légumes et de la viande se déploie de l'autre côté,

 

SALLE 5 - VITRINE 6, CÔTÉ SEINE : 29. DES MODÈLES DE COUR DE BOUCHERIE ...

celui, goulûment embrassé, voire embrasé, par la lumière naturelle qui filtre à travers les hautes fenêtres grillagées donnant sur les quais de Seine

 

SALLE 5 - VITRINE 6, CÔTÉ SEINE : 29. DES MODÈLES DE COUR DE BOUCHERIE ...

et, au-delà, sur l'Institut de France créé pour accueillir les Académiciens

SALLE 5 - VITRINE 6, CÔTÉ SEINE : 29. DES MODÈLES DE COUR DE BOUCHERIE ...

 

qui, jusqu'à la fin du XVIIIème siècle, siégeaient toujours au Louvre, n'ayant que le Pont des Arts à emprunter pour aller définitivement s'installer sous la célèbre "Coupole".

 

     Sur les divers monuments exposés du côté sud de la vitrine 6, rappelez-vous, nous nous sommes déjà abondamment penchés, le porc et ce que j'avais à vous en dire étant le dernier sujet en date avec notamment cette petite enquête qui a monopolisé nos trois mardis précédents.

 

     Ce matin, je vous propose de prendre nos distances par rapport à l'étude d'une nouvelle catégorie de viande consommée et de plutôt accorder notre attention à un endroit bien spécifique, peu représenté et pourtant le premier d'importance pour les thèmes qui actuellement nous occupent puisqu'il constitue celui où tout commence pour le consommateur et où tout finit pour l'animal : vous aurez évidemment compris que je veux évoquer le lieu d'abattage.

 

     Deux objets peu connus que les Conservateurs en charge de la vitrine ont choisi de déposer à même son sol, deux figurations de cour de boucherie en terre cuite, serviront de faire-valoir à notre rencontre.

SALLE 5 - VITRINE 6, CÔTÉ SEINE : 29. DES MODÈLES DE COUR DE BOUCHERIE ...

 

     Datant du Moyen Empire, à l'instar de ces petites maquettes ou de ces statuettes de laborieux que nous avons déjà croisées ici et là, elles matérialisent des thématiques qu'à l'époque précédente les défunts avaient pris l'habitude de faire graver ou plus souvent peindre sur les parois murales de leurs mastabas, aux fins, l'image valant action, d'être assurés de leur efficacité post mortem.

 

      Crise économique aidant, s'offrir les services d'un "scribe des contours" greva outre mesure le budget de certains, qui furent alors contraints de se faire façonner dans un matériau peu coûteux un élément essentiel du tableau ancien de manière à évidemment bénéficier des mêmes assurances de subsistance pour l'éternité. 

 

    Cette modification notoire, - j'entends l'apparition, au sein du mobilier funéraire, de ce que les égyptologues nomment volontiers des modèles -, émergeant à la fin de la VIème dynastie de l'Ancien Empire, perdurant toute la Première Période intermédiaire (P.P.I.) et atteignant manifestement son acmé au Moyen Empire, avec la XIème dynastie, aux temps des Mentouhotep et Antef qui s'y sont succédé, relève en effet des conditions socio-économiques d'une époque, - une petite centaine d'années, approximativement de 2134 à 2040 avant notre ère -, se caractérisant par une dislocation de l'Etat égyptien centralisé qui avait permis à l'Ancien Empire de se constituer. S'ensuivirent inéluctablement des troubles dont la littérature du temps se fit l'écho : je pense ainsi à un texte fameux connu sous le nom de "Lamentations d'Ipou-Our",  que je vous avais déjà permis de lire, à tout le moins quelques extraits.

 

     Le premier de ces modèles donc, que je souhaiterais vous présenter aujourd'hui, 

SALLE 5 - VITRINE 6, CÔTÉ SEINE : 29. DES MODÈLES DE COUR DE BOUCHERIE ...

mesure 7 centimètres de haut, 27,7 de long et 20,7 de large. Il fut acheté par le musée en 1986.

 

     Pour le second, plus rectangulaire, posé à sa droite,

SALLE 5 - VITRINE 6, CÔTÉ SEINE : 29. DES MODÈLES DE COUR DE BOUCHERIE ...

je n'ai trouvé aucune notice documentaire qui eût pu m'en indiquer les dimensions. 

 

     Pis : les cartels qui accompagnent les pièces ne fournissent qu'un seul numéro d'inventaire : E 27254

 

     Quand ils indiquent que toutes deux sont en terre cuite, que toutes deux datent du Moyen Empire ; quand ils fournissent approximativement la même description de ce que chaque cour contient, pourquoi prendre la peine de placer deux cartels aussi peu diserts ?

 

     Que déduire de cette carence d'informations ? Qu'il y a oubli de la part des concepteurs de la vitrine ou que le même numéro vaut pour les deux ? Que ces maquettes sont le produit du même mode d'acquisition ? Que la même provenance géographique les réunit ? Que ..., que ...   ? 

 

    Bref, et pour reprendre les propos de Paul Cézanne à Émile Bernard que je vous ai d'emblée choisis en guise d'incipit : "... tâchons d'en dégager l'esprit, cherchons à nous exprimer suivant notre tempérament personnel."

 

 

     Il me paraît indéniable que ces maquettes traduisent dans la matière une partie d'un véritable topos iconographique qu'inévitablement ceux parmi vous qui se sont déjà rendus en terre pharaonique auront remarqué au détour d'une visite de la nécropole de Guizeh : le thème du sacrifice d'un bovidé auquel j'ai notamment fait allusion quand, de conserve, nous nous sommes attardés devant les fragments peints de la vitrine 4 ², là-bas, sur le long mur nord de cette salle, provenant du mastaba de Metchetchi ; thème que les égyptologues sont convenus de nommer "scène de boucherie", dans laquelle un professionnel, boucher ou prêtre ritualiste, suivant la finalité des opérations, maintient levée une des pattes antérieures d'un animal - ce peut être un boeuf, même si nous avons vu également que cela pouvait aussi bien concerner une gazelle qu'un oryx ou une antilope -, qu'il s'apprête à découper.

 

 

      Ayant déjà pris la peine, en mars 2012, de vous décrire dans le détail le déroulement des gestes posés par cet homme, autorisez-moi à n'y point revenir et, grâce à nos deux modèles, à donc plutôt explorer le lieu où cela se passait.

 

    

   Il vous faut d'abord être conscients, amis visiteurs, que bien qu'il soit pratiquement assuré que chacun des temples funéraires égyptiens se devait de réserver un espace pour procéder à l'abattage et au dépeçage des animaux destinés à "nourrir" le dieu tutélaire, dans un premier temps, l'ensemble des prêtres qui y rendaient le culte au souverain, dans un second, peu de traces archéologiques rendent compte de ces maisons d'âmes, comme les nommaient les Égyptiens -,à l'exception toutefois de l'imposant abattoir, de 27 mètres de long et 15 de large du complexe funéraire de Raneferef, celui sur lequel on dispose de plus de renseignements. À l'exception aussi, de celui d'Ouserkaf, des deux abattoirs de Niouserrê, ainsi que de celui qu'évoquent les archives du temple funéraire de Neferirkarê-Kakaï, (tous souverains de la Vème dynastie) - archives qu'il est convenu d'appeler les Papyrus d'Abousir -, magistralement étudiées en 1976 par l'égyptologue française, Madame Paule Posener-Kriéger. 

 

     Ces papyri ressortissant au domaine de la comptabilité révèlent en effet que le temple solaire du roi, aujourd'hui entièrement disparu, constituait l'endroit où étaient entreposés les vivres quotidiennement acheminés, grâce à une embarcation prévue à cet effet, en direction du temple funéraire qu'ainsi ils approvisionnaient.

 

     Ils nous apprennent également qu'une salle de ce temple solaire avait été agencée pour permettre l'abattage des bêtes sacrifiées avant qu'on les transportât au temple funéraire.

 

    Ils nous précisent aussi qu'un boeuf - plus, pour les besoins accrus lors de célébrations de fêtes -, était abattu chaque jour aux fins de subvenir au culte funéraire du roi.

 

     Ils nous indiquent enfin que le temple funéraire de Niouserrê disposait d'une "boucherie" apparemment modeste mais néanmoins suffisante pour pallier d'éventuelles carences au niveau du temple solaire. 

 

     Il y  eut évidemment aussi des abattoirs "privés" : c'est vraisemblablement ce que figurent les deux objets devant vous au bas de la vitrine 6 ; ou, pour être plus précis, je pense qu'ils nous donnent à voir la cour, cernée de murets, qui précédait la boucherie où s'effectuait la mise à mort des animaux, ici en l'occurrence, des bovidés puisque au centre de chacune, jonchent le sol, notamment la tête d'un boeuf, quelques-unes de ses côtes et d'autres parties de sa découpe. En outre, au centre de la première, vous distinguez le "khepech" : souvenez-vous, c'est la patte antérieure droite, morceau de choix qui devait obligatoirement être proposé en première offrande au défunt.

 

     Pourquoi la nommer cour, me demanderez-vous ? Parce que si vous regardez encore plus attentivement, vous constaterez la présence d'une rigole centrale voire de plusieurs, selon les modèles, creusées pour permettre l'évacuation des liquides organiques, probablement aussi pour faciliter l'écoulement des eaux après que l'entretien de l'abattoir, le travail du jour terminé, a été effectué ; abattoir qui, notez-le, se situe, dans le second modèle à tout le moins, derrière les quatre ouvertures du fond, sous la  mezzanine à laquelle un escalier, à gauche, permettait d'accéder.

 

     Un dernier détail : il est évident que, dans la réalité, les parties découpées des bovins n'étaient pas ainsi exposées au soleil, au milieu de la cour. Il s'agit ici d'une convention adoptée par l'artiste pour vous permettre de "visualiser" tout ce qu'il veut que vous compreniez de la "scène de boucherie". Et cela, bien sûr, dans le cadre de la notion d'aspectivité caractérisant l'art égyptien qui, comme vous ne l'ignorez plus depuis notre rendez-vous du 2 mai 2011, veut que l'artiste s'efforce de fournir une représentation simultanée de tous les aspects susceptibles de nous informer le plus complètement possible sur un sujet donné.

 

     Il est certain, admettez-le, amis visiteurs, que dans le cas de ces représentations de cours, les morceaux de viande ainsi figurés sur leur sol nous renseignent bien plus précisément sur la finalité des lieux que s'il n'y avait rien eu dedans.

 

 

    Et c'est maintenant, avant de nous quitter, que je me dois de vous soumettre un point qui m'interpelle. 

 

   La première de ces maquettes figure dans le splendide catalogue édité à l'occasion de l'exposition récente "Des animaux et des pharaons", au Louvre-Lens. À la page 110, sous la plume de Geneviève Pierrat-Bonnefois, Conservateur en chef du Patrimoine, responsable de la documentation au Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, je m'étonne qu'elle soit définie en tant que : "Plateau d'offrandes en forme de cour de boucherie". 

 

     Plateau d'offrandes ?

     Dois-je comprendre : "Table d'offrandes" ?

 

    Pourtant, dans le corps de sa notice, l'égyptologue française indique que cette pièce doit être différenciée des tables d'offrandes dans la mesure où, d'une part, elle s'inspire de l'architecture rurale et, d'autre part, ne propose que des denrées en rapport direct avec les bovins.

 

    Et là, inévitablement, j'excipe des limites intellectuelles du simple amateur que je suis : alors que je ne connais pas de parallèle pour tenter de comprendre le sens de cette appellation, quelle(s) différence(s) dois-je ici établir entre un plateau d'offrandes et une table d'offrandes ?

 

 

 

 

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

 

 

HAMONIC  Fanny

"Adieu veau, vache, cochon, couvée ..." - La boucherie à l'Ancien Empire : croisement des données iconographiques, textuelles et archéologiques, Cahiers de l'École du Louvre n°3, Paris, 2013, pp. 53-62.

(Librement téléchargeable sur ce site) 

 

 

 

PIERRAT-BONNEFOIS  Geneviève

Plateau d'offrandes en forme de cour de boucherie, dans Des animaux et des pharaons. Le règne animal dans l'Égypte ancienne, Catalogue de l'exposition au Musée du Louvre-Lens, Paris, Somogy Éditions d'art, 2014, p. 110.

 

 

 

POSENER-KRIÉGER  Paule

Les archives du temple funéraire de Neferirkarê-Kakaï (Les papyrus d'Abousir), BdÉ LXV, Le Caire, I.F.A.O., 1976, Tome 2, pp. 519-23.

 

 

 

WILDUNG Dietrich
L'âge d'or de l'Egypte, le Moyen Empire, Fribourg, Office du Livre, 1984, passim.

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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4 mai 2015 1 04 /05 /mai /2015 23:05

 

     Il est donc important de remonter jusqu'aux origines de cette histoire, dans l'espoir qu'un tel travail du souvenir puisse contribuer à une meilleure compréhension, et à un dépassement de cette dynamique qui est à l'oeuvre dans la constitution d'un rejet culturel ou religieux.

 

 

 

Jan  ASSMANN

Moïse l'Égyptien. Un essai d'histoire de la mémoire

 

Paris, Aubier, 2001, p. 81

 

D'UN PRÉTENDU "INTERDIT" DU PORC  ?  - 3. TEXTES GRECS ET LATINS

 

     Du petit village de pêcheurs d'Elounda, au nord-est de la Crète, l'on aperçoit, au milieu de la baie de Mirabello, une "longue épine" rocheuse écrasée de soleil. Maintenant inhabité, cet ilôt aride du nom de Spinalonga est connu pour avoir accueilli jusqu'en 1957 l'ultime lazaret européen.

 

    Aménagé par ceux-là mêmes qui allaient vivre et mourir dans une forteresse ceinte d'impressionnants remparts qu'avaient bâtie en 1579 les Vénitiens aux fins de protéger le port d'Elounda des Ottomans qui tentaient d'y imposer leur suprématie, il hébergea en effet depuis le début du XXème siècle, une communauté de lépreux, autarcique puisque rejetée de tous, qui parfois atteignit jusqu'à 400 malades confinés là, victimes d'une étiologie religieuse qui stigmatisait bien plus leur "impureté" que les déformations cutanées dont ils souffraient.

 

    Pour ceux d'entre vous que l'histoire de cette léproserie intéresserait, je signale simplement ce petit article du docteur Aly Abbara.

 

    L'évoquer à l'entame de notre présente rencontre, après vous avoir, mardi dernier, donné à lire quelques textes égyptiens permettant d'approfondir la thématique du prétendu "interdit" de consommation de porc et vous avoir promis d'aborder ce matin les auteurs classiques grecs et latins sur ce même sujet, n'est évidemment pas anodin dans la mesure où je voudrais revenir sur ce terrible fléau chronique qu'est la lèpre, sur cette maladie séthienne aux yeux des Égyptiens, qui diffusée à partir de la Mésopotamie, n'atteignit les côtes proche-orientales de la Méditerranée (Canaan, notamment) que vers le XIVème siècle avant l'ère commune, le reste du monde antique, dont l'Égypte, n'y ayant été confronté que 10 siècles plus tard, à l'époque gréco-romaine donc. C'est dire la lenteur de la pandémie ; c'est dire aussi son absence durant toute l'histoire égyptienne proprement autochtone.

 

     L'imaginaire collectif, je l'ai souligné la semaine dernière déjà, imputait à l'infâme porc d'en être le vecteur originel : accusation qui constituait la punition infligée pour avoir osé attenter à l'oeil divin ; accusation que l'on sait maintenant dénuée de fondement puisque les scientifiques ont définitivement prouvé que, quelle que soit ses distinctions cliniques - lépromateuse ou tuberculoïde, sur lesquelles vous me permettrez de ne pas m'étendre -, la maladie est due au "bacille de Hansen" (Mycobacterium Leprae) et ne touche exclusivement que les humains.

     C'est à tout le moins ce qu'affirmait le Professeur Mirko Grmek, (1924 - 2000), cité par Thierry Bardinet dans un excellent article, tous deux référencés dans ma bibliographie infrapaginale.   

  

 

     Mais accueillons ces auteurs antiques avec lesquels je vous ai aujourd'hui donné rendez-vous. Et, d'emblée, convoquons à la barre le premier d'entre eux, - si je m'en tiens à la chronologie -, le philosophe et moraliste grec Plutarque (circa 46 - 125) pour nous présenter deux extraits de ses Oeuvres morales.

 

     Au Livre V, d'abord, intitulé Isis et Osiris, il écrit :

 

    Les Égyptiens regardent aussi le porc comme un animal impur. Et cela parce que ces animaux paraissent le plus souvent s'accoupler quand la lune décroît et que leur lait fait ensuite fleurir, sur le corps de ceux qui en boivent, la lèpre et d'autres terribles affections cutanées. Pour expliquer le fait qu'une seule fois dans l'année, pendant la pleine lune, les Égyptiens immolent un porc et en mangent, ils disent que Typhon, [comprenez : Seth] en poursuivant un de ces animaux pendant la pleine lune, trouva le coffre de bois où était renfermé le corps d'Osiris et le défonça.

 

    En note, Mario Meunier, traducteur et commentateur de l'ouvrage, précise un point que je m'autoriserai à simplement rappeler puisque, amis visiteurs fidèles, vous en connaissez déjà la teneur : 

 

 " Selon d'autres traditions, les Égyptiens immolaient un porc parce que, l'âme d'Osiris habitant la lune, Typhon, le quinzième jour de chaque mois, à la pleine lune, attaquait cet astre sous la forme d'un pourceau noir, et essayait de le dévorer. En immolant cet animal, on croyait aider au développement et favoriser la constance des phases de la lune qui, chaque mois, diminue, décroît, disparaît, pour renaître et croître au début du mois suivant."

 

    Dans les mêmes Oeuvres morales, au Livre IV de ses Propos de table, Plutarque écrit, (Question V) :

 

     Si la chair du porc cause tant d'horreur aux Juifs, c'est, je crois, parce que les Barbares redoutent par-dessus tout la lèpre et la gale, persuadés que de telles maladies finissent par ronger les hommes sur qui elles se jettent. Or nous voyons que généralement le porc a sous le ventre la peau couverte de lèpres et de pustules blanchâtres : éruptions qui semblent se produire à la suite d'un mal secret et d'une corruption intérieure. Du reste la malpropreté du porc en sa façon de vivre donne à sa chair une mauvaise qualité. Nous ne voyons aucun animal aimer autant que lui la bourbe et les endroits dégoûtants et impurs, si l'on excepte les bêtes qui y naissent et qui sont destinées par leur nature à y séjourner. 

 

      Aux fins de m'assurer de la bonne compréhension de cette traduction, permettez-moi d'indiquer qu'aux yeux des Grecs, étaient qualifiés de "Barbares" tous les peuples qui n'étaient point grecs ; en l'occurrence, les Égyptiens. 

 

    Ici, vous aurez remarqué qu'intervient une dimension nouvelle, d'extrême importance : la référence au peuple juif. Nous y reviendrons ... 

     

     Et précisément, poursuivons, par un très long extrait du Livre V des Histoires, de l'historien romain Tacite (58 - circa 120), contemporain de Plutarque, qui vous permettra de comprendre la genèse de bien des attitudes ayant, tout au long de l'Histoire de l'Humanité, et jusqu'à l'épouvantable XXème siècle, impitoyablement pesé sur les Juifs, voire, étant encore susceptibles de les atteindre dans les décennies à venir :

 

     " III. La plupart des auteurs s'accordent à dire qu'une maladie contagieuse qui couvrait tout le corps de souillures s'étant répandue en Égypte, le roi Bocchoris en demanda le remède à l'oracle d'Hammon, et reçut pour réponse de purger son royaume et de transporter sur d'autres terres, comme maudits des dieux, tous les hommes infectés. On en fit la recherche, et cette foule misérable, jetée dans un désert, pleurait et s'abandonnait elle-même, lorsque Moïse, un des exilés, leur conseilla de ne rien espérer ni des dieux ni des hommes, qui les avaient également renoncés, mais de se fier à lui comme à un guide céleste, le premier qui jusque-là eût apporté quelque secours à leurs misères. Ils y consentirent, et, sans savoir où ils allaient, ils marchèrent au hasard.

(...)

 

    IV. Moïse, pour s'assurer à jamais l'empire de cette nation, lui donna des rites nouveaux et un culte opposé à celui des autres mortels. Là est profane tout ce qui chez nous est sacré, légitime tout ce que nous tenons pour abominable. (...)  ils sacrifient le bélier comme pour insulter Hammon. Ils immolent aussi le boeuf, que les Égyptiens adorent sous le nom d'Apis. Ils s'abstiennent de la chair du porc, en mémoire de la lèpre qui les avait jadis infectés, et à laquelle cet animal est sujet.

(...) 

 

     V. Ces rites, quelle qu'en soit l'origine, se défendent par leur antiquité : ils en ont de sinistres, d'infâmes, que la dépravation seule a fait prévaloir. Car tout pervers qui reniait le culte de sa patrie apportait à leur temple offrandes et tributs. La puissance des Juifs s'en accrut, fortifiée d'un esprit particulier : avec leurs frères, fidélité à toute épreuve, pitié toujours secourable ; contre le reste des hommes, haine et hostilité.

    (...) entre eux, tout est permis. Ils ont institué la circoncision pour se reconnaître à ce signe. Leurs prosélytes la pratiquent comme eux, et les premiers principes qu'on leur inculque sont le mépris des dieux, le renoncement à sa patrie, l'oubli de ses parents, de ses enfants, de ses frères. Toutefois on veille à l'accroissement de la population : il est défendu de tuer aucun nouveau-né, et l'on croit immortelles les âmes de ceux qui périssent dans les combats ou les supplices. Il s'ensuit qu'on aime à procréer et qu'on s'inquiète peu de mourir. Ils tiennent des Égyptiens l'usage d'enterrer les corps au lieu de les brûler ; sur les enfers, même prévoyance, mêmes idées ; quant au ciel, les croyances diffèrent. L'Égypte adore beaucoup d'animaux et se taille des images ; les Juifs ne conçoivent Dieu que par la pensée et n'en reconnaissent qu'un seul. Ils traitent d'impies ceux qui, avec des matières périssables, se fabriquent des dieux à la ressemblance de l'homme. Le leur est le dieu suprême, éternel, qui n'est sujet ni au changement ni à la destruction. Aussi ne souffrent-ils aucune effigie dans leurs villes, encore moins dans leurs temples. Point de statues ni pour flatter leurs rois, ni pour honorer les Césars. 

 

 

     N'est-il pas édifiant ce portrait, franchement et volontairement calomniateur, hostile aux Judéens considérés comme des "Impurs", et déformé aussi sur les motifs réels de l'Exode ? Portrait pourtant prétendument historique parce que sous la plume d'un auteur dont l'immense notoriété ne fut jamais battue en brèche.

     Portrait dont nous retrouverons aussi bientôt de funestes conséquences ... 

 

    Mais avant, terminons cette éclairante anthologie par Élien, (Caelius Aurelianus), historien romain de langue grecque (circa 175 - 235) citant Manéthon, célèbre prêtre égyptien qui écrivit, en grec, dans la première moitié du IIIème siècle avant notre ère une histoire de son pays dont ne subsistent plus que quelques passages, l'ensemble ayant disparu, et des citations chez certains auteurs antiques, dont Élien que nous lisons maintenant ensemble : 

 

 

     J'ai entendu aussi que Manéthon l'Égyptien, qui avait atteint le sommet de la sagesse, a déclaré que celui qui goûtait au lait de porc en était infecté par la gale ou la lèpre. Tous les Asiatiques, en effet, véhiculent ces maladies. Les Égyptiens soutiennent que le porc est détesté tant par le soleil que par la lune ; ainsi, lorsqu'ils célèbrent la fête annuelle en l'honneur de la lune, ils sacrifient un porc à la déesse, alors qu'à une autre période de l'année ils refusent de sacrifier cet animal à la lune ou à tout autre divinité.

 

 

     Que vous apprennent ces textes incontournables, amis visiteurs ?

 

     Que tous les auteurs, quelle que soit leur nationalité, quelles que soient les raisons proposées,  présentent l'interdit du porc comme étant d'origine égyptienne.

     Or, nous savons maintenant que dans ce pays, cette proscription n'était à respecter que lors de certains rites, par certaines personnes, dans certains nomes et à certains moments de l'année : c'est dire toute sa relativité ! 

     Rappelez-vous que j'ai aussi précédemment démontré que les études archéologiques et scientifiques prouvaient à l'envi que le cochon était consommé par un grand pourcentage de la population des rives du Nil.

 

     Qu'aux yeux des Grecs et des Romains, l'interdit de consommation s'imposa de lui-même dans la mesure où, parce qu'il copulait au décours de l'astre lunaire ou parce qu'un de ses congénères avait, une nuit de pleine lune, prêté main forte à Seth pour débiter le corps défunt d'Osiris, l'animal était jugé impur.

 

     Egalement parce qu'il s'agissait d'éviter la propagation des graves maladies de la peau dont il était porteur : n'en voyait-on pas les stigmates, sur son ventre, avec ces éruptions blanchâtres ?

    Parce que, aussi, se vautrant dans la saleté, il ne pouvait que donner une viande de mauvaise qualité !

    Parce qu'enfin, le lait de sa femelle infectait ceux qui en buvaient ...

 

    Décidément, pour ces auteurs, rien n'est bon dans le cochon !

 

    Ce détail à propos du lait n'évoquerait-il pas quelque chose chez certains parmi vous, amis visiteurs, ressortissant au domaine de l'imaginaire médiéval ?

 

      Bien évidemment, vous avez raison : la "Truie juive", (Judensau), présente dans l'imagerie chrétienne qui, depuis le 13ème siècle en Allemagne essentiellement mais aussi dans des cathédrales ou de simples églises comme à Aarschot en Belgique, à Colmar et à Metz en France, à Bâle en Suisse, pour ne choisir que des pays limitrophes, donnait à voir des Juifs s'abreuvant aux mamelles d'une plantureuse truie ;  caricature, vous l'aurez compris, assimilant métaphoriquement les Juifs à des porcs !  

 

     Poussons jusqu'au XIXème siècle : vous souvenez-vous de cette description de "l'espèce d'être vivant qui gisait" déposé sur la planche des enfants trouvés, "le matin de la Quasimodo" proposée à la deuxième page du premier chapitre du Livre IV de Notre-Dame de Paris, de Victor Hugo ?

 

     "J'imagine, disait Agnès de la Herme, que c'est une bête, un animal, le produit d'un juif avec une truie ; quelque chose enfin qui n'est pas chrétien, et qu'il faut jeter à l'eau ou au feu."     

     

     Mais revenons, voulez-vous, à nos textes antiques ci-dessus car ils vous apprennent aussi :

 

     Qu'au-delà des exagérations mensongères de l'un ou l'autre, la transmission de la lèpre s'effectuait, selon Manéthon, par l'entremise des Asiatiques, tentant indéniablement, par cette assertion, d'exonérer les Égyptiens de toute responsabilité en la matière, tout en admettant, concession accordée à la réalité, qu'est bien d'origine égyptienne la rumeur, térébrante comme toutes les rumeurs, qui laisse croire que boire du lait de truie entraîne bien la lèpre.

    Mais, et là, j'insiste même si vous avez certainement relevé ce détail d'importance : jamais il n'indique que consommer de la viande porcine cause quelque maladie que ce soit.

     En d'autres termes, pas la moindre prohibition généralisée en Égypte ! Seule exista la restriction théologique que j'ai rappelée tout à l'heure. 

 

     D'où mon titre, réitéré d'article en article, dont chaque terme fait sens, dont les guillemets ont raison d'être : D'un prétendu "interdit" du porc ... même si, bien après Manéthon, Plutarque, dans son alarmant tableau, affirme encore qu'à l'instar des Juifs, les Égyptiens n'en consommaient pas, habités qu'ils étaient par la crainte d'une éventuelle contamination ...    

 

     Et puis Tacite vint et avec lui s'enfonce le clou dans la chair juive ...  pour sembler jamais ne devoir en être extirpé !   

 

     Ceci posé, à quels Asiatiques impies Manéthon faisait-il allusion ? Et, surtout, que venaient-ils faire dans cette felouque ?

 

     Si je m'en réfère à l'immense égyptologue allemand Jan Assmann, Manéthon accuse là les Hyksos dont le souvenir reste cuisant dans l'esprit des Égyptiens en tant que parangons d'ennemis religieux, de conquérants étrangers à expulser du pays et, que par totale confusion, les auteurs classiques grecs assimileront aux Juifs et aux lépreux, tous étant des "impurs" dont les oracles conseillaient de se débarrasser au plus vite.

 

    Et l'Occident d'entériner cette conception erronée, cette histoire émanant tout droit de l'imagination d'historiens, tel Tacite qui mêlera le récit de l'Exode, c'est-à-dire de la sortie d'Égypte du peuple juif sous l'autorité de Moïse et celui des lépreux contraints à l'ostracisme par le souverain égyptien ; confusion qui constitua, toujours selon Assmann, l'une des prémices à l'antijudaïsme européen, autorisant ainsi bien des actes dramatiques dont l'inanité, l'imbécillité n'eurent d'égal que les déviances conceptuelles de ceux qui les commirent.  

 

    Mais, et il me semble important de le souligner, cet antijudaïsme antique dont vous venez de voir quelques-unes de ces manifestations, cet antijudaïsme qu'il est convenu d'appeler aujourd'hui antisémitisme -, ne fut ni raciste, ni socio-économique : il fut viscéralement culturel et religieux.

 

    Ainsi, j'évoquais tout à l'heure la vicieuse iconographie de la "Truie juive" mais j'aurais tout aussi bien pu vous rappeler, autre violence qui marqua l'histoire sociale du XIVème siècle, l'accusation honteuse, dès le début des épidémies de peste qui frappèrent les populations de l'époque, faite aux Juifs et aux lépreux d'avoir délibérément empoisonné les puits, les fontaines, voire les sources et les ruisseaux auxquels les chrétiens venaient s'approvisionner.

     Nul besoin d'insister sur les emprisonnements et les persécutions policières qui, conséquemment, en découlèrent !  

 

    L'on retrouve là, vous l'aurez remarqué, le même schéma basique de certains des textes grecs que nous avons lus ensemble ce matin : maladie contagieuse = menace contre la religion = nécessité d'évincer les supposés coupables.

 

    Mutatis mutandis, Richard Wagner, l'empereur allemand Guillaume II et, surtout, quelques années plus tard, Adolphe Hitler, souligne Jan Assmann, tinrent eux aussi des discours calqués sur le même canevas simpliste.

     Nul n'ignore ce qu'il en advint ...

 

     Décidément, tout n'est pas nécessairement bon dans le cochon !

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

 

ASSMANN  Jan

Moïse l'Égyptien - Un essai d'histoire de la mémoire, Paris, Aubier, 2001, pp. 59-81.

 

BARDINET  Thierry

Remarques sur les maladies de la peau, la lèpre, et le châtiment divin dans l'Égypte ancienne, RdE 39, Paris, Éditions Peeters, 1988, pp. 3-36.

 

ÉLIEN 

De Natura Animalium, Livre X, 16, traduction dans Youri VOLOKHINE, Le porc en Égypte ancienne. Mythes et histoire à l'origine des interdits alimentaires, Liège, Presses universitaires de Liège, 2014, p. 130 et note 103.

 

GRMEK  Mirko

Les maladies à l'aube de la civilisation occidentale. Recherches sur la réalité pathologique dans le monde grec, préhistorique, archaïque et classique, Paris, Payot, 1983, pp. 227 et 258-9.

 

HUGO  Victor

Notre-Dame de Paris, Livre IV, Chapitre 1 : Les bonnes âmes, Lausanne, Éditions Rencontre, 1968, p. 156.

(Librement téléchargeable sur ce site)  

 

 

PLUTARQUE

De Iside et Osiride, traduction de Mario MEUNIER, Isis et Osiris, Paris, L'artisan du livre, 1924, chapitre 8, pp. 39-40

 

Propos de table, traduction de Victor BÉTOLAUD, Paris, Hachette, 1870.

(Librement téléchargeable sur ce site)

 

 

TACITE

Histoires, Livre V, 3-5, Traduction J.-L. BURNOUF, Paris, Librairie L. Hachette, 1859.

(Librement téléchargeable sur ce site).

 

 

VERNUS  Pascal

Des cochons pour Sakhmis, dans ZIVIE-COCHE Christiane/GUERMEUR Ivan (s/d.), "Parcourir l'éternité" - Hommages à Jean Yoyotte, Turnhout, Brepols, 2012, Tome II, pp. 1059-74.

 

 

VOLOKHINE Youri

Le porc en Égypte ancienne. Mythes et histoire à l'origine des interdits alimentaires, Liège, Presses universitaires de Liège, 2014, passim.

 

 

    Enfin, que ceux qui souhaiteraient une rapide synthèse à propos de la "Truie juive", des empoisonnements de puits et de quelques autres stéréotypes antisémites émaillant l'histoire sociale du Moyen Âge, me permettent de leur conseiller de visiter ce site.

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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1 mai 2015 5 01 /05 /mai /2015 14:15

 

 

     Vous vous souvenez, je présume, amis visiteurs, de cet article que j'avais publié le 19 avril dernier pour stigmatiser le plagiat d'un certain Alexandre NIsis de l'une ou l'autre de mes phrases soustraites d'une de mes interventions consacrées au porc, datant de septembre 2009 ; plagiat mot à mot, sans évidemment citer ÉgyptoMusée en référence. 

 

 

 

IL Y EN A QUI NE SONT PAS VITE GÊNÉS (Suite et fin)

 

     Pour ceux auxquels, parmi vous, il aurait échappé, je m'autorise aujourd'hui à en rendre ici le lien.

     Je crois inutile de le commenter, la comparaison entre les deux textes, le mien et le sien, s'imposant d'elle même.

   

     Puiser des idées, des données, ses sources en fait chez des auteurs qui nous ont précédés et que l'on cite dans ses notes bibliographiques est une chose normale alors que ne l'est absolument pas le fait de recopier des phrases entières, sans en changer un seul mot, sans nommer celui qui les a écrites, ainsi que s'est autorisé à le faire ce monsieur A. NIsis.

 

     Outré par mon accusation, il me répondit sur sa page Facebook où j'avais comme ici sur mon blog, divulgué cette "aventure", en écrivant, dans un premier temps :

 

 

Excusez-moi Richard Lejeune, je n'ai pas pu identifier votre propre source dans votre article ( d'autant que vous précisez que c'est selon certains Papyrus ) à moins que vous soyez né avec la science égyptienne infuse, vous vous êtes aussi autorisé à reprendre le travail d'un autre mais vous ne le citez pas, c'est pourquoi je ne lai pas fait pour vous mais pour d'autres bien...) Comme quoi, on ne me reprochera pas de me servir de mauvaises références....Eh quoi mon livre ?! Vous voulez que je vous fasse un chèque ?  Mon enquête n'a pas pour sujet les 1001 façons d'accommoder le porc, elle cible l'astronomie égyptienne. Votre article ne traite pas du même sujet.

 

 

     Devant tant de mauvaise foi, ne souhaitant pas dialoguer avec lui, je pris toutefois la peine de préciser, ici, sur mon blog, à une de mes lectrices, que :

 

 1. Toute personne un peu versée dans l'égyptologie sait - ou tout lecteur qui veut en savoir plus "fouillant" dans mes références bibliographiques infrapaginales apprendra - que Thierry Bardinet (en cliquant sur ce premier auteur en dessous de mon article, l'on accède au titre et références éditoriales de son ouvrage) a étudié les papyrus médicaux que je cite.
 

2. Toute personne un peu versée dans les termes latins qui émaillent notre langue française sait - ou toute personne voulant les comprendre et se renseignant sur la toile ou dans les dictionnaires apprendra - que "passim", comme je l'ai indiqué à côté du nom de cet auteur, signifie que, dans un ouvrage mentionné, c'est à plusieurs endroits que l'on peut trouver référence de ce à quoi j'ai fait allusion dans mon texte.
 

Je me sens donc parfaitement "en ordre" avec les principes déontologiques qui manquent à M. NIsis : moi, j'ai cité mes sources ! Et correctement !

 

 

     Dans un second temps, toujours sur Facebook, il m'adressa le message suivant : : 

 

Alexandre NIsis 

Photo de Alexandre NIsis.
 
Je tenais à faire mon Mea Culpa à Richard Lejeune, c'est lui le vrai auteur de l'enquête de 1600 pages dont certaines illustrées.

Il est normal et logique, que ce soit à lui que revient le droit de donner son nom à la plus formidable investigation de tous les temps, celle de nous révéler que les Latins ont réinventé une science Grèce Antique en astronomie qui n'a jamais existé comme on l'apprend à l'école.

J'ai eu besoin d'infos sur le Porc, car le Musée du Louvre continue à afficher au Public, qu'il s'agirait d'un babouin et non d'un porc pour illustrer l'éclipse solaire du 7 mars -51/-50.

Mon travail a consisté à restaurer le Zodiaque de Denderah car à l'heure qu'il est aucun égyptologue digne de ce statut n'est arrivé à le traduire, de fait, je me suis servi de sources variées et multiples provenant du Web.

Quand il y avait une source, un auteur sérieux, je l'indiquai dans la bibliographie mais tous n'ont pas forcément écrit un livre.

Bref, si dorénavant vous avez besoin d'infos sur l'astronomie de l'Ancienne Egypte, c'est à Richard Égyptomusée - R. Lejeune qu'il faut vous adressez.

Sa science est tellement grande, qu'il vous transforme un onguent à la graisse de porc en constellation !

Je suis prêt à lui faire un chèque de 3.000 milliards d'eur pour le préjudice, en espérant qu'il me pardonnera un jour !

 

     Refusant à nouveau de m'abaisser à répondre à ce genre de discours, qui n'est en définitive qu'un dialogue avec un sourd, je préférai, toujours sur Facebook, et maintenant ici pour vous, amis visiteurs - ainsi pourrai-je définitivement clore l' "incident" -, donner à lire d'autres propos, d'autres "portraits" que ce monsieur brosse de ma personne.

 

Alexandre NIsis :

Richard Lejeune n'est qu'un misérable "webmaster" à la retraite qui cherche à faire sa pub pour monétiser son blog pour lequel il a râlé parce que la plateforme qui l'héberge à changé sa politique d'hébergement. Richard Lejeune n'a jamais écrit de livre sur le sujet du Porc ni sur aucun autre sujet, selon Google. De fait, c'est lui le coupable de plagiat qui veut nous faire croire qu'il a sucé de son pouce que la graisse de porc a servi de soin ophtalmologique dans l'Ancienne Égypte. Guignolo qu'il est.

 

     Puis celui-ci, qui n'est pas mal non plus :

 

     Quel tartuffe vous faites cher Richard Lejeune, il va vous dire, que c'est lui qui a écrit entièrement mon livre sur l'astronomie égyptienne, alors qu'il s'agit d'un très court extrait concernant l'usage du porc. Il n'avait qu'à s'offrir mon livre, pour lire la biographie pour constater que je cite les vrais auteurs et non pas un type qui a lu un truc qu'il lui est impossible de savoir par lui-même mais que lui n'a pas pris la peine de sourcer.. J'avais rajouté aussi sources Internet quand il n'était pas possible d'identifier l' auteur. Vous êtes un petit, Lejeune tellement petit que votre "scandale" ne peut que faire parler de mon livre, en mal ou en bien, les gens s'en fichent tellement vous êtes un inconnu qui se prend pour Champollion

 

     Et, cette nuit, ces deux autres, pitoyablement ridicules ... :

 

    Puisque tu fais encore partie de mes amis, je peux t'appeler tête de con, il n'y a rien d'insultant à ça, sinon que signifierait l'amitié sans familiarité ?! Ce que tu as écrit là : "Car si vous prenez connaissance de ma réponse ici même, hier, à Franck, vous comprendrez que ce qu'il me reproche - manque de référence !!??!! - se trouvait bel et bien, comme d'habitude, au bas de mon article, dans mes notes bibliographiques !!! " Il fallait l'indiquer dans ton article pourri que tu as l'audace et la bêtise de publier sans chercher à me contacter par messagerie pour m'expliquer ton stress. En fait, si je te suis, tu voulais me signaler à moi "Un certain Alexandre N.Isis" dont l'amitié réciproque existe depuis plus d'un an, que tu me reprochais de ne pas avoir citer ton auteur ?! C'est bizarre, c'est pas ce qui était écrit...C'est toi qui m'a reproché de ne pas t'avoir cité, toi et ton blog, genre entraide entre blogueurs, c'est de là qu'est né le malentendu. Pour les autres qui lirez peut être ce com,si Richard respecte mon droit de réponse...Comment expliquez-vous que nous soyons encore amis, lui et moi, si cette "affaire" n'était pas un malentendu aussi ridicule qu'amusant émoticône wink Sans rancune Richard Lejeune, tu sais bien que je t'aime. 

 

Alexandre NIsis Tu fais comme tu le sens Richard Lejeune, tu supprimes ton article malentendu et parallèlement disparaîtront mes mots un peu familiers à ton égard pour cette étonnante et saugrenue histoire. Ni vue ni connue, tout le monde zappera cette histoire de cochon des étoiles, en se disant qu'être ami sur Facebook, inclut aussi une réaction humaine à ton action. J'en ai rien à faire du politiquement correct de culs coincés, ni avec toi, ni avec qui que ce soit, si tu lisais un peu plus mes publications sur Facebook, tu lirais que je n'ai pas la langue de bois avec aucun sujet aussi varié soit il. Avant d'être un modeste auteur que tu as attaqué publiquement et de manière injuste, je suis sensible aussi. Car en général, tu sais quand même qu'une bibliographie se met à la fin d'un livre, même celui que tu n'as pas ( encore ) lu. Sinon, tant pis, laisse ton article, je n'ai rien à me reprocher pour un livre publié en 2012 et dont aucun scandale de plagiat n'est venu ternir la réputation ( alors que j'en ai fait la promo un peu partout ) avant toi qui n'est même pas auteur...

 

     Sans évoquer le fait qu'il veut attaquer en justice Madame Christiane Moreau, une de mes  lectrices, pour son commentaire sur ma page FB

 

Alexandre NIsis Christiane Moreau, soit vous retirez votre com soit je vous attaque en diffamation. Vous faites référence à un article ( de blog ) qui traite de poursuites judiciaires de la part de l'imposteur "Jacques Grimault" . Ce J.G s'avère être un imposteur et pas un amateur. Faites des recherches sur lui et vous verrez à quel point il a été pour arnaquer des ados grâce à son illusion de l'Egyptologie. C'est donc moi la victime et non l'inverse. Vous le précisez vous-même avec votre extrait : Je vous attaquerai pour diffamation car aussi vous vous servez de mon ex-surnom comme si il s'agissait d'une tare. Ensuite, je vous attaque en diffamation pour m'avoir traiter publiquement d'"attardé mental profond", avec votre patois du Sud .Pour conclure, qui êtes-vous, vous pour juger de mon travail alors que vous ne faites pas partie de mes lecteurs ? De fait, vous faites bien de la diffamation et pas des moindres. Je connais tous mes lecteurs et ils sont prêts à confirmer que j'ai bien indiquer en fin de la bibliographie de mon livre, que les sources inconnues viennent d': Internet. Ce qui inclut le blog de Richard Lejeune qui n'a pas écrit de livre, sinon, je l'aurai mentionné, personnellement comme les autres auteurs. En ce qui concerne notre relation amicale entre Richard et moi, vous ne pouvez pas la saisir, puisque vous n'avez même pas pris la peine de regarder qui est dans les amis de chacun...C'est vous qui n'êtes bonne à rien même pas à être une bonne amie...

 

     Je vous laisse le soin de vous faire une opinion.

 

     Tout en vous souhaitant une excellente fin de semaine, amis visiteurs, le "guignolo" vous donne rendez-vous mardi prochain aux fins de poursuivre notre enquête sur le prétendu "interdit" du porc ... 

 

     À bientôt ...

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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