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23 mai 2016 1 23 /05 /mai /2016 23:02

 

 

    Souvenez-vous, amis visiteurs, j'y avais consacré l'intégralité d'un article préliminaire publié ici même mardi dernier : le Musée royal de Mariemont, établissement scientifique de la Fédération Wallonie-Bruxelles, s'offre le luxe peu commun de proposer six mois durant, - du 21 mai au 20 novembre 2016 très exactement -, trois expositions à la mythologie consacrées, dont deux plus précisément dédiées à celle de l'Égypte ancienne : quoi de plus normal que cette mise en évidence d'une civilisation spécifique me direz-vous puisque, mesurée à l'aune de notre "petite" Belgique, la collection des pièces égyptiennes exposées en permanence à Mariemont constitue la deuxième d'importance, après bien évidemment celle des Musées royaux d'Art et d'Histoire (M.R.A.H.), de Bruxelles. 

 

     Souvenez-vous également que je vous avais promis en vous quittant la semaine dernière que, puisque j'avais l'honneur d'être invité à la conférence de presse du jeudi 19 mai, suivie des visites des trois expositions commentées par leurs commissaires respectifs, je prévoyais dès cette semaine de vous rendre compte de deux d'entre elles, choisissant, vous vous en doutez,  celles ayant l'Égypte pour toile de fond.

 

     Soyez conscients que mon ambition ne sera nullement de tutoyer l'exhaustivité, à l'instar de nos anciennes pérégrinations au sein du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre quand, huit années durant, j'ai détaillé pour vous chacun des objets dans chacune des vitrines de chacune des cinq premières salles.

    

     Ce que je souhaite en réalité, par le verbe et l'image, - celle de mes coups de coeur surtout, - démarche subjective s'il en est, je vous l'accorde -, c'est inciter la plus grande partie possible d'entre vous à céder à l'envie latente de venir jusqu'en terres wallonnes, à Morlanwelz, en province de Hainaut pour, de visu, constater que mes propos à venir, loin de sacrifier à une quelconque démarche publicitaire ou commerciale, loin de jouer le thuriféraire de circonstance, reflètent sincèrement l'enthousiasme qui fut mien pour les oeuvres, connues ou découvertes que j'ai admirées à Mariemont jeudi dernier mais aussi pour les connaissances nouvelles que j'y ai acquises et qu'avec ceux qui n'auront malheureusement pas l'opportunité de s'y rendre, j'aimerais dès à présent partager.

 

     

"Stargate" - "Porte des Étoiles", reconstituée au milieu du plan d'eau, devant le Musée

"Stargate" - "Porte des Étoiles", reconstituée au milieu du plan d'eau, devant le Musée

  

       Si, notamment en cliquant dessus pour l'agrandir, vous regardez attentivement la photo ci-avant, vous remarquerez qu'elle est cadrée de manière telle que cette "Porte des étoiles", même si intrinsèquement elle n'illustre qu'un seul des événements annoncés, s'ouvre sur la perspective des deux expositions égyptologiques.

 

     Sans plus attendre, il me siérait ce matin de vous les présenter sous le seul angle du cheminement des thématiques abordées au sein de chacune d'elles, réservant à nos prochains rendez-vous, le soin de les détailler en peaufinant mes propos.   

 

    Au deuxième étage du Musée, l'imposant escalier gravi, - "réservé" aux sportifs (et sportives, n'est-ce pas Mélanie ?) dédaignant l'ascenseur avec superbe condescendance -, 

 

EXPOSITIONS Á MARIEMONT : 1. PRÉAMBULES

 

c'est Amenhotep II qui, au haut des marches, vous accueille, - mais non, Arnaud, je ne t'ai pas confondu avec le pharaon quand tu as entamé, toi, tes explications et moi pas encore la bouteille de ce bien agréable Muscat servi au buffet qui suivit la visite en ta compagnie. 

 

EXPOSITIONS Á MARIEMONT : 1. PRÉAMBULES

 

Un Amenhotep II figuré sous l'aspect d'un faucon,

 

EXPOSITIONS Á MARIEMONT : 1. PRÉAMBULES

 

 - le dieu bon, Maître des Deux-Terres, Âakheperourê, aimé d'Horus

 

EXPOSITIONS Á MARIEMONT : 1. PRÉAMBULES

 

ainsi que, au-dessus de la formule d'offrande à Horus adressée par le prêtre-ouab Ahmès sur la face antérieure du socle, l'identifient les hiéroglyphes et le cartouche incisés sur le plat, devant les serres du rapace divin.

 

     En calcaire, haut de plus de quatre-vingts centimètres, piédestal de 14 compris, (MRM - Inv. B. 126), il fut exhumé en plusiseurs fragments à Abydos, dans la nécropole d'Oumm el-Qaab lors de la campagne de fouilles françaises de 1895-96 dirigée par l'archéologue Émile Amélineau (1850-1915).

 

     Ainsi mis en évidence à l'entrée de l'exposition qu'a imaginée Arnaud Quertinmont, Égyptologue, Docteur en Histoire, Art et Archéologie et Conservateur du Département Égypte/Proche-Orient au Musée de Mariemont, cet Horus faucon sur la tête duquel repose le pschent, comprenez la couronne réunissant celle de Haute-Égypte à celle de Basse-Égypte, métaphore visuelle de la légitimité et de la puissance sur le Double-Pays, - l'Égypte du Nord autant que celle du Sud -, accordée par les dieux à Amenhotep II, roi de la XVIIIème dynastie ; cet Horus hiéracocéphale, une des premières divinités du complexe panthéon égyptien ; cet Horus faucon, fils d'Osiris, protecteur de la royauté auquel le souverain en titre est assimilé, vous invite en quelque sorte à pénétrer en sa compagnie dans le monde des dieux, des génies et des démons de la mythologie égyptienne et, secondé par d'autres divinités, répondra tout au long de cette exposition aux diverses questions que vous vous posez sur les différentes cosmogonies expliquant leur création du monde, sur la notion de "dieu", sur ce qu'il est convenu d'appeler les génies et les démons, sur les rôles inhérents à tous ces personnages, etc.

 

    Comme également y répondra, soyez-en persuadés, ce qu'il est convenu d'appeler "catalogue" qui, sous la direction d'Arnaud Quertinmont toujours, collige les interventions de grands noms de l'égyptologie contemporaine, belge autant que française, mais aussi allemande, suisse et californienne et qui, bien plus qu'un simple catalogue d'exposition, constitue un véritable ouvrage d'art de quelque 380 pages, - publié conjointement par le Musée de Mariemont et les éditions Somogy, s'il vous plaît ! -, et de référence tant par l'iconographie présente que par les études proposées, regoupées en trois grandes sections :

 

"Qui est dieu ?" ; 

"Nommer et représenter les dieux" ;

"Que font les dieux ?"  

 

 

EXPOSITIONS Á MARIEMONT : 1. PRÉAMBULES

 

     Et comme y répondront aussi à leur manière particulière car placé sous un éclairage franchement contemporain d'autres artefacts que vous découvrirez dans la galerie du rez-de-chaussée : là réside l'idée géniale dont il faut créditer, et féliciter, les concepteurs de ce semestre égyptologique à Mariemont, Bertrand Federinov, Licencié en Histoire et diplômé en Sciences du livre, Conservateur du fonds ancien de la Réserve précieuse et Responsable de la bibliothèque documentaire du Musée, et à nouveau Arnaud Quertimont, tous deux commissaires de la deuxième exposition, tous deux férus de culture geek, entendez dans ce cas précis de films, de bandes dessinées et de jeux, vidéo ou de rôle, ressortissant au domaine de la science-fiction et du fantastique dans lesquels interviennent notamment des dieux égyptiens.

  

    C'est rappelez-vous, la raison pour laquelle, sans heureusement devoir traverser le plan d'eau pour y accéder, nous interpella ce matin cette gigantesque, et intriguante pour d'aucuns, "Porte des étoiles" 

 

       

 

     

EXPOSITIONS Á MARIEMONT : 1. PRÉAMBULES

 

dont l'anneau rotatif central est couvert de symboles qui, sans que nous soyons obligés de le manipuler aux fins que l'un d'entre eux vienne correspondre avec un des chevrons de l'immense anneau extérieur, nous transportera d'office sur cette autre grande constellation matérialisée par la deuxième exposition.

 

     Avant de consacrer tout ou partie du mois de juin à parcourir celle du second étage dont, ce matin, je ne vous ai brossé que les très grandes lignes, je vous propose amis visiteurs, pour autant que "De Stargate TM aux Comics. Les dieux égyptiens dans la culture geek" constitue un sujet qui également vous intéresse, de me rejoindre ici-même le mardi 31 mai prochain. 

 

 

 

 

 

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

DELVAUX LUC

Faucon, dans DERRIKS Claire/ DELVAUX Luc, Antiquités égyptiennes au Musée royal de Mariemont, Morlanwelz, Musée royal de Mariemont, 2009, notice pp. 67-71 

 

 

QUERTINMONT Arnaud

Statue d'Horus, dans QUERTINMONT Arnaud, Dieux, génies et démons en Égypte ancienne, Paris, Somogy Éditions d'Art / Morlanwelz, Musée royal de Mariemont, 2016, notice catalogue 40, pp. 162-3.

 

Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte en Belgique
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16 mai 2016 1 16 /05 /mai /2016 23:02

 

     Mariemont.

 

     Vous souvenez-vous, amis visiteurs ?

MYTHOLOGIES À MARIEMONT ...

 

 

     Mariemont.

 

     La famille Warocqué, à l'origine de ce Musée royal belge sis à Morlanwelz, dans la province du Hainaut.

MYTHOLOGIES À MARIEMONT ...

 

Mariemont.

 

     L'exposition "Du Nil à Alexandrie. Histoires d'eau". 

 

MYTHOLOGIES À MARIEMONT ...

 

     Nous l'avions de conserve, vous et moi, visitée à partir du 22  avril 2013 : vous en souvenez-vous ?

 

     Mariemont.

 

     C'est à nouveau dans ce très beau Musée que je souhaiterais vous emmener et pour un événement encore plus exceptionnel que celui de 2013 dans la mesure où non seulement il s'agit de deux expositions ayant l'Égypte pour toile de fond mais aussi qu'elles sont inédites, alors que celle "Du Nil à Alexandrie" avait été préalablement présentée en France et en Suisse avant d'arriver chez nous.

 

    Du 21 mai au 20 novembre 2016, à Mariemont, au deuxième étage, vous déambulerez parmi les DIEUX, GÉNIES ET DÉMONS de l'Égypte ancienne.

MYTHOLOGIES À MARIEMONT ...

 

     Osiris, Anubis, Hathor ou Isis, mais aussi bien d'autres divinités peuplant le très riche et parfois complexe panthéon égyptien, moins connues peut-être, étranges, voire bizarres d'aspect parfois, seront au rendez-vous : ne les manquez surtout pas !

 

    Pour vous recevoir, pour répondre aux différentes questions que certainement beaucoup d'entre vous se posent, - que sous-entend exactement le terme égyptien que nous avons pris l'habitude de traduire par "dieu" ? ; pourquoi tant d'animaux ont-ils été déifiés ? pourquoi même des concepts ont-ils été personnalisés ? ; quelles furent les attributions inhérentes à chacun des membres des différentes cosmogonies égyptiennes, mais aussi celles des génies et des démons ? -, et pour élucider bien d'autres coins d'ombre que très probablement j'omets d'évoquer, ils seront venus de diverses institutions muséales de Belgique, certes, mais aussi du Musée du Louvre à Paris, de l'Allard Pierson Museum d'Amsterdam et de l'August Kestner Museum de Hanovre ... 

 

     Si nous nous interrogeons à leur sujet, si tant ils nous fascinent au point que le cinéma et les séries télévisées, la bande dessinée, les comics mais aussi les jeux vidéos, et même divers jeux de rôle entre amis, s'en sont emparés, si cette mythologie vieille de quelque 5000 ans fait encore florès, il doit bien y avoir une raison !

 

     C'est ce que propose de vous expliquer une deuxième exposition, toujours du 21 mai au 20 novembre 2016, toujours à Mariemont mais cette fois au rez-de-chaussée, dans la galerie autour de la "Réserve précieuse".

     Là, vous découvrirez, DE STARGATE ™ AUX COMICS. LES DIEUX ÉGYPTIENS DANS LA CULTURE GEEK (1975-2015).

 

 

MYTHOLOGIES À MARIEMONT ...

 

     Bertrand Federinov et Arnaud Quertinmont, ses deux commissaires, férus aussi de ce type de culture, développeront pour vous les analogies existant entre les héros "imaginés" par certains de nos artistes contemporains et ceux des mythes égyptiens antiques, et cela grâce à des objets mais aussi des costumes provenant de certaines productions filmiques ; grâce également à des exemplaires de bandes dessinées ...

 

 

    Et puisque j'ai pris la peine d'intituler cet article "Mythologies à Mariemont", autorisez-moi à mentionner pour terminer une troisième exposition, aux mêmes dates que celles dont je viens de vous faire part, prévue quant à elle au premier sous-sol du Musée : HÉROS D'ARGILE ET DE PAPIER.  

   

MYTHOLOGIES À MARIEMONT ...

 

     Elle vous invitera à entrer de plain-pied dans le monde des déités gréco-romaines, cette fois, grâce à des sculptures et des dessins préparatoires de héros devenus intemporels, réalisés à l'époque baroque et néo-classique dans nos anciens Pays-Bas, pièces de choix qui ont appartenu à Charles van Herck, collectionneur et antiquaire anversois de la première moitié du XXème siècle.

 

 

    Convié à la conférence de presse qui aura lieu ce tout prochain jeudi, je prévois de vous rendre compte dans les semaines à venir de ces importants événements ... délaissant un temps, vous l'aurez compris, nos pérégrinations dans la nécropole d'Abousir.

 

     Avant de définitivement aujourd'hui prendre congé de vous, amis visiteurs, il me siérait de grandement remercier Mélanie Thiry, du Service Communication du Musée, de m'avoir très aimablement fait parvenir les clichés ci-dessus de l'affiche des trois expositions et bien évidemment Arnaud Quertinmont, Égyptologue et Conservateur du Département des Antiquités égyptiennes du Musée royal de Mariemont, qui m'a tout aussi amicalement autorisé à vous proposer la présente invitation.     

 

 

 

Pour plus d'informations pratiques : 

 

http://www.musee-mariemont.be/index.php?id=1034

 

Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte en Belgique
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9 mai 2016 1 09 /05 /mai /2016 23:02

 

 

 

     Ma promenade a duré six heures. Je suis entré, en revenant à mon auberge, dans une cour délabrée, aux murs de laquelle sont appliquées des pierres sépulcrales chargées d’inscriptions mutilées. J’ai copié quelques-unes de ces inscriptions.

(...)

Que peut-il y avoir de plus vain ? Je lis sur une pierre les regrets qu’un vivant donnait à un mort ; ce vivant est mort à son tour, et après deux mille ans je viens, moi barbare des Gaules, parmi les ruines de Rome, étudier ces épitaphes dans une retraite abandonnée, moi indifférent à celui qui pleura comme à celui qui fut pleuré, moi qui demain m’éloignerai pour jamais de ces lieux, et qui disparaîtrai bientôt de la terre.

 

 

 

 

François-René de CHATEAUBRIAND

Voyage en Italie

11 décembre 1803

 

Paris, Éditions Payot et rivages Poche, 2015

pp. 52-3

 

 

 

 

  

     Alors que je vous ai expliqué précédemment, amis visiteurs, que grâce aux relevés des membres de l'expédition de l'égyptologue prussien Carl Richard Lepsius en 1843 dans la nécropole d'Abousir, nous savons que moult scènes peintes de la cour hypostyle du mastaba de Fetekti ressortissaient au domaine de la vie quotidienne, comme par exemple, ci- après, celle évoquant les bovins

 

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Fetekti3c.jpg

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Fetekti3c.jpg

 

 

ou cette autre, dédiée notamment à la viticulture, 

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Fetekti1.jpg

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Fetekti1.jpg

 

 

c'est, comme je vous l'avais promis au terme de notre dernier rendez-vous, sur les différentes scènes de marché que nous donnent à voir deux des faces du pilier central de cette cour d'entrée que je voudrais aujourd'hui définitivement clôturer notre visite de cette sépulture.

(©  https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Fetekti2.jpg)

(© https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Fetekti2.jpg)

    

     Ou plutôt, que donnaient à voir car ce fut une des déconvenues des égyptologues tchécoslovaques qui redécouvrirent le mastaba en 1991, après un siècle et demi d'oubli complet, que de constater que bon nombre des peintures reproduites dans les Denkmäler aus Aegypten und Aethiopien, le magistral ouvrage de Lepsius, n'existaient plus : les pluies torrentielles qui chaque année s'engouffraient dans ce vallon avaient irrémédiablement détruit l'oeuvre des "scribes des contours" antiques.

 

     Il faudra donc vous contenter de la planche 96 ci-dessus extraite du tome II de la somme du savant prussien pour ensemble déambuler sur ce marché égyptien.

 

     Les différentes activités figurées ici, je l'ai précisé la semaine dernière, se déploient sur trois registres horizontaux se subdivisant chacun en deux évocations distinctes : bien que celles du niveau supérieur étaient déjà en partie effacées en 1843,

L'ÉGYPTOLOGIE TCHÈQUE : III. LES FOUILLES D' ABOUSIR DURANT LA DERNIÈRE DÉCENNIE DU XXème SIÈCLE - 6. LA TOMBE DE FETEKTI : LES DIFFÉRENTES PARTIES DE LA SCÈNE DE MARCHÉ

 

vous distinguez ici à gauche, - dans la réalité, sur la face ouest du pilier -, un homme debout qui vraisemblablement tend une pièce de tissu à un autre qui se trouve devant lui, un genou posé sur le sol.

 

     Je souligne vraisemblablement dans la mesure où les commentateurs ne sont pas tous d'accord avec cette vision des choses ; pour ma part, j'ai opté pour l'interprétation de l'égyptologue tchèque Miroslav Barta, qui me paraît être, dans son analyse de l'ensemble de ces scènes, celui qui prend le mieux en considération les textes hiéroglyphiques qui les accompagnent ... quand bien évidemment ils ont été préservés.

 

   Selon lui, seuls deux exemples proposant semblable transaction d'un produit textile, seraient actuellement connus. S'interrogeant sur la raison pour laquelle l'un d'eux se trouve précisément dans ce mastaba-ci, le Profeseur Barta rappelle que Fetekti dirigeait un atelier de fabrication textile au service de la Cour et que cette pièce de tissu pourrait constituer une récompense qui lui aurait été accordée.

 

     Pour la petite histoire, j'ai en revanche lu dans un ouvrage qu'ici l'homme debout présenterait plutôt une planche à son vis--à-vis ! Mais comme aucune légende hiéroglyphique permettant de préciser le geste n'a été conservée au-dessus de ce fragment peint, le débat reste pour vous ouvert, quant à votre propre interprétation ...

 

     Ceci posé, si M. Barta est dans le vrai, cela incline à penser, dans un premier temps, qu'il ne s'agirait alors nullement d'une scène de marché ; ensuite, que nous aurions là avec le personnage agenouillé un "portrait" du défunt lui-même.

 

 

     Au registre médian, nettement moins endommagé,

L'ÉGYPTOLOGIE TCHÈQUE : III. LES FOUILLES D' ABOUSIR DURANT LA DERNIÈRE DÉCENNIE DU XXème SIÈCLE - 6. LA TOMBE DE FETEKTI : LES DIFFÉRENTES PARTIES DE LA SCÈNE DE MARCHÉ

 

la scène de droite, - en réalité, sur la face sud du pilier -, relate un échange entre deux hommes mêmement vêtus d'un pagne, celui de gauche, debout, tenant des sandales dans une main, propose toutefois de l'autre un collier de perles à celui assis devant son panier de gâteaux : ayant déjà agrippé le bijou qui semblerait l'intéresser, ce dernier tend une de ses pâtisseries.

 

     Les textes hiéroglyphiques apparents qui encadrent le début de l'échange fournissent l'une ou l'autre précision : ainsi apprenons-nous que l'homme debout se prénomme Iounek mais surtout restituent les propos de chacun : Vois, mon gâteau est suave, dit l'un ; Vois, mes sandales sont solides, rétorque l'autre.

 

     La scène de gauche, - comprenez : sur la face ouest du pilier -, vous donne quant à elle à comprendre deux transactions qui se déroulent en même temps : tout en éviscérant un des poissons de son panier, l'homme assis discute avec une jeune femme à robe longue et cheveux courts portant un coffret sur l'épaule.

     Vous souvenez-vous de la similitude avec le relief existant sur une des parois de la "Chaussée d'Ounas" que je vous avais montré lors de notre précédente rencontre ?

 

     Trop de hiéroglyphes ont disparu sur la droite pour que nous puissions encore reconstituer les dialogues : la dame offre-t-elle le contenu de son fardeau ? Sont-ils en train de négocier le prix des poissons alors qu'elle n'a rien à proposer en échange ?

     Ici aussi, les avis divergent chez les exégètes ...

 

     Tout proche, une autre femme, à cheveux longs cette fois, essaie, selon les inscriptions, de troquer deux bols nemset, contre un vase mesekhet. Faut-il comprendre, par l'attitude de l'homme assis qui maintient son récipient sur le sol alors que la chalande lui tend les siens, que la proposition ne lui paraît pas recevable, partant, que l'échange sera difficile ?

 

 

     Au registre inférieur, incontestablement la partie la moins détériorée de l'ensemble de ces scènes de marché,

L'ÉGYPTOLOGIE TCHÈQUE : III. LES FOUILLES D' ABOUSIR DURANT LA DERNIÈRE DÉCENNIE DU XXème SIÈCLE - 5. LA TOMBE DE FETEKTI : PRÉMICES À LA SCÈNE DE MARCHÉ

 

la scène de droite, - en réalité, sur la face sud du pilier -, relate un échange entre deux hommes mêmement vêtus d'un pagne : celui de gauche, debout, tenant des sandales dans une main, propose toutefois de l'autre un collier de perles à celui assis devant son panier de gâteaux : ayant déjà agrippé le bijou qui semblerait l'intéresser, il présente une de ses pâtisseries.

 

     Les textes hiéroglyphiques apparents qui encadrent le début de l'échange fournissent à la fois l'une ou l'autre précision - ainsi apprenons-nous que l'homme debout se prénomme Iounek -, mais surtout restituent les propos de chacun : Vois, mon gâteau est suave, dit l'un ; Vois, mes sandales sont solides, rétorque l'autre.

 

     La scène de gauche, - comprenez : sur la face ouest du pilier -, quant à elle, nous donne à comprendre deux transactions qui se déroulent en même temps : tout en éviscérant un des poissons de son panier, l'homme assis discute avec une jeune femme à robe longue et cheveux courts portant un caisson sur l'épaule. Trop de hiéroglyphes ont disparu sur la droite pour que nous puissions encore reconstituer les dialogues : la dame offre-t-elle le contenu de son fardeau ? Sont-ils en train de négocier le prix des poissons alors qu'elle n'a rien à proposer en échange ?

     Ici aussi, les avis divergent chez les commentateurs ...

 

     Tout proche, une autre dame, à cheveux longs cette fois, essaie, selon les inscriptions, de troquer deux bols nemset, contre un vase mesekhet. Faut-il comprendre, par l'attitude de l'homme assis qui maintient son récipient sur le sol alors que la chalande lui tend les siens, que la proposition ne lui paraît pas recevable, partant, que l'échange sera difficile ?

 

 

     Au registre inférieur, incontestablement la partie la moins détériorée de l'ensemble de ces scènes peintes,

L'ÉGYPTOLOGIE TCHÈQUE : III. LES FOUILLES D' ABOUSIR DURANT LA DERNIÈRE DÉCENNIE DU XXème SIÈCLE - 5. LA TOMBE DE FETEKTI : PRÉMICES À LA SCÈNE DE MARCHÉ

 

vous voyez, à droite, - c'est-à-dire sur la face sud du pilier -, un producteur installé avec son imposant panier d'osier apparemment rempli de légumes dont on peut distinguer, du côté des deux hommes qui s'approchent, la partie supérieure de jeunes oignons : le premier des acheteurs potentiels, celui qui porte un sac en bandoulière, se présente avec un collier à  échanger, tandis que le second tient en mains deux types distincts d'éventails (ou de chasse-mouches).

 

     Vois cette parure, vois ce beau bijou, vois ces éventails, précisent les textes.

     Laisse-moi voir, répond le paysan en s'emparant du collier, et donne-moi ton prix.

 

 

     A gauche de cette scène, - sur la face ouest du pilier, donc -, deux autres, comme au registre médian, se déroulent en parallèle : la première, plus difficile à analyser parce qu'abîmée au niveau d'une grande partie de la légende hiéroglyphique, nous montre deux hommes dont un seul tient quelque chose dans chacune de ses mains : peut-être des hameçons dans la droite et un papyrus qu'il brandit dans la gauche? 

 

     Tout à côté, une jeune femme en robe longue, cheveux courts et caisson sur l'épaule - serait-ce la même qu'au registre médian ? -,  dont le nom, Minmeret, est cette fois inscrit juste devant les jambes, discute avec un autre poissonnier assis près de son éventaire. Il semblerait, d'après la portion de texte traduisible, qu'elle juge le prix demandé excessif et en appellerait à un certain Ibi, superviseur du marché, afin qu'il tranche leur différend.

 

     Quoiqu'il en soit exactement des analyses que l'on peut - ou ne peut exactement -  déterminer, il n'en demeure pas moins que ces quelques "prises de vues" d'un marché égyptien antique réalisées par un ou plusieurs artistes de l'Ancien Empire, et que Lepsius a eu la bonne idée d'enregistrer dans ses dessins,  restituent parfaitement une ambiance, une réalité sociale qu'en Égypte comme ailleurs nous pouvons encore en partie retrouver à notre époque ...

 

     J'ai même eu, un instant, l'impression d'entendre une voix chaude qui me fredonnait :

 

     J'ai hâte au point du jour de trouver sur mes pas ce monde émerveillé qui rit et qui s'interpelle le matin au marché :

     Voici pour cent francs du thym de la garrigue, un peu de safran et un kilo de figues.
     Voulez-vous, pas vrai, un beau plateau de pêches ou bien d'abricots ?
     Voici l'estragon et la belle échalote, le joli poisson de la Marie-Charlotte.
     Voulez-vous, pas vrai, un bouquet de lavande ou bien quelques oeillets ? ...

 

 

 

     Pas vous ??

 

 

 

(Allam : 2008, 133-4 ; Barta : 2001, 75-123 ; ID. : 2005 ³Menu : 2008, 129 ; Montet : 1925, 319-26 ; Peters-Destéract : 2005, 109)

L'ÉGYPTOLOGIE TCHÈQUE : III. LES FOUILLES D' ABOUSIR DURANT LA DERNIÈRE DÉCENNIE DU XXème SIÈCLE - 6. LA TOMBE DE FETEKTI : LES DIFFÉRENTES PARTIES DE LA SCÈNE DE MARCHÉ
 
vous voyez, à droite, - c'est-à-dire sur la face sud du pilier -, un producteur installé avec son imposant panier d'osier apparemment rempli de légumes dont on peut distinguer, du côté des deux hommes qui s'approchent, la partie supérieure de jeunes oignons : le premier des acheteurs potentiels, celui qui porte un sac en bandoulière, se présente avec un collier à  échanger, tandis que le second tient en mains deux types distincts d'éventails (ou de chasse-mouches).

 

     Vois cette parure, vois ce beau bijou, vois ces éventails, précisent les textes.

     Laisse-moi voir, répond le paysan en s'emparant du collier, et donne-moi ton prix.

 

 

     A gauche de cette scène, - sur la face ouest du pilier, donc -, deux autres, comme au registre médian, se déroulent en parallèle : la première, plus difficile à analyser parce qu'abîmée au niveau d'une grande partie de l'inscription hiéroglyphique, nous montre deux hommes dont un seul tient quelque chose dans chacune de ses mains : peut-être des hameçons dans la droite et un papyrus qu'il brandit dans la gauche ? 

 

     Tout à côté, une jeune femme en robe longue, cheveux courts et caisson sur l'épaule - serait-ce la même qu'au registre médian ? -,  dont le nom, Minmeret, est cette fois inscrit juste devant les jambes, discute avec un autre poissonnier assis près de son éventaire. Il semblerait, d'après la portion de signes traduisibles, qu'elle juge le prix demandé excessif et en appellerait à un certain Ibi, superviseur du marché, afin qu'il tranche leur différend.

 

     Quoi qu'il en soit exactement des analyses que l'on peut - ou ne peut exactement -  déterminer, il n'en demeure pas moins que ces quelques "prises de vues" d'un marché égyptien antique réalisées par un ou plusieurs artistes de l'Ancien Empire, et que ceux de l'expédition Lepsius ont eu la bonne idée de reprendre dans leurs dessins, restituent parfaitement une ambiance, une réalité sociale qu'en Égypte comme ailleurs nous pouvons encore en partie comprendre à notre époque ...

 

     J'ai même eu, un instant, l'impression d'entendre une voix chaude, fredonnant :

 

     J'ai hâte au point du jour de trouver sur mes pas ce monde émerveillé qui rit et qui s'interpelle le matin au marché :

     Voici pour cent francs du thym de la garrigue, un peu de safran et un kilo de figues.
     Voulez-vous, pas vrai, un beau plateau de pêches ou bien d'abricots ?
     Voici l'estragon et la belle échalote, le joli poisson de la Marie-Charlotte.
     Voulez-vous, pas vrai, un bouquet de lavande ou bien quelques oeillets ? ...

 

 

 

     Et vous, amis visiteurs ??

 

 

 

(Allam : 2008, 133-4 ; Barta : 2001, 75-123 ; ID. : 2005 ³Menu : 2008, 129 ; Montet : 1925, 319-26 ; Peters-Destéract : 2005, 109)

2 mai 2016 1 02 /05 /mai /2016 23:02

 

 

 Ruines ! ma famille !

 

 

Charles BAUDELAIRE

 

Les Fleurs du Mal,

Tableaux parisiens, 108,

 

Les petites vieilles, IV

 

  dans Oeuvres complètes 

Paris, Seuil

p. 98 de mon édition de 1968

 

 

 

 

     Ceux qui, parmi vous amis visiteurs, ont connu cette belle opportunité d'arpenter la nécropole de Saqqarah, se souviennent plus que très probablement de ce que leur guide a présenté sous l'appellation de "Chaussée du complexe funéraire du roi Ounas", - cet Ounas, souvenez-vous qui, le premier, fit graver ce qu'il est maintenant convenu de nommer "Textes des Pyramides" dans sa "Demeure d'éternité" ; cet Ounas qui aussi, j'aime à le rappeler, au sein d'une pléiade de hauts fonctionnaires s'adjoignit les services d'un certain Metchetchi.

 

L'ÉGYPTOLOGIE TCHÈQUE : III. LES FOUILLES D' ABOUSIR DURANT LA DERNIÈRE DÉCENNIE DU XXème SIÈCLE - 5. LA TOMBE DE FETEKTI : PRÉMICES À LA SCÈNE DE MARCHÉ

     

      Cette allée pavée, - la mieux préservée de toutes celles de l'époque -, comportait un programme iconographique constitué de tableaux polychromes gravés en léger relief sur un parcours formant vraisemblablement tunnel de quelque 700 mètres de long et 6,70 de large, depuis le temple bas, au bord du Nil, prévu pour accueillir le cortège funèbre royal, jusqu'au temple haut, là où s'effectuaient certains rituels dont celui de l' "Ouverture de la bouche", simulacre de rendre fonction à quelques-uns des sens primordiaux du défunt, - vue, ouïe et parole -, avant l'inhumation définitive à l'intérieur de sa pyramide.

 

    Vous aurez remarqué, je présume, cet évident interstice entre les imposantes dalles du toit : sur toute la longueur, il constituait en réalité l'ingénieuse réponse apportée par les architectes antiques de ce long et sombre couloir aux fins d'y pourvoir un éclairage naturel.  

 

 

     Sauf à exciper de l'indéniable proximité des deux nécropoles, quelle raison invoquer pour vous octroyer semblable digression introductive, seriez-vous en droit de me demander, alors que, depuis un certain temps, vous nous entretenez uniquement de celle d'Abousir ? 

 

     Quand nous avons ensemble, mardi dernier, pénétré dans le mastaba de Fetekti, je vous avais expliqué, amis visiteurs, que l'endroit avait fort heureusement déjà fait l'objet d'une étude réalisée au XIXème siècle par l'égyptologue prussien Carl Richard Lepsius, notamment à propos des murs de la cour intérieure qu'il avait excavée et des peintures ressortissant au domaine de ce qu'il est habituellement convenu d'appeler "scènes de la vie quotidienne" qu'il y avait découvertes et relevées.

 

     Parmi elles, une célèbre évocation d'un marché de plein air auquel, comme promis en nous quittant, j'escompte déjà aujourd'hui consacrer en partie notre rendez-vous, avant d'être plus prolixe encore lors de celui de la semaine prochaine.

 

     Réalisée sur un lavis bleu-gris clair recouvrant une épaisse couche de plâtre de boue jaune-brun mélangée à des fibres végétales appliquée sur le pilier central de la cour d'entrée, elle se distribue en trois registres superposés, à partir d'approximativement un mètre de hauteur par rapport au niveau du sol et seulement sur deux de ses quatre faces.

     Fort heureusement pour nous, ces scènes de marché figuraient parmi les parties les mieux conservées des parties peintes d'origine encore admirées par Lepsius lors de ses fouilles de 1843 en Abousir. 

 

     Le dessin ci-après, extrait de ses Denkmäler ..., vous les propose toutes rassemblées et séparées par un simple trait vertical : considérez qu'à gauche de cette ligne médiane, vous dénombrez les trois scènes de la face ouest du pilier central de la cour hypostyle du mastaba de Fetekti et qu'à droite, celles de la face sud de ce même pilier. 

 

(©  https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Fetekti2.jpg)

(© https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Fetekti2.jpg)

 

     Célèbre, indiquai-je à l'instant à propos de cette figuration d'une marché dans la mesure où la présence de semblable manifestation populaire dans un contexte funéraire se révèle en définitive particulièrement peu fréquente et, à tout le moins à l'Ancien Empire, se résume à deux  tombes exhumées à Abousir : celle de Ptahshepses, que j'avais évoquée avec vous le 16 février dernier et dans laquelle, si j'en crois le texte hiéroglyphique qui l'accompagne, on peut voir un homme troquant vraisemblablement un pain contre des oignons ; et bien évidemment dans celle de Fetekti sur laquelle nous nous concentrerons ce matin.

     Mais aussi à quelques-unes situées à Saqqarah, dont - et voici ma réponse à votre questionnement initial concernant le bien-fondé de mon introduction -, deux blocs de calcaire disposés côte à côte sur la troisième assise de la paroi nord de la Chaussée d'Ounas évoquée d'emblée tout à l'heure, à quelque 230 mètres de son aboutissement, ainsi que l'un ou l'autre fragment épars mis au jour sur le site. 

 
L'ÉGYPTOLOGIE TCHÈQUE : III. LES FOUILLES D' ABOUSIR DURANT LA DERNIÈRE DÉCENNIE DU XXème SIÈCLE - 5. LA TOMBE DE FETEKTI : PRÉMICES À LA SCÈNE DE MARCHÉ

 

 

     Le premier de ces blocs relatant diverses transactions commerciales vous donne à voir, à droite, un homme assis sur un siège cubique invitant à considérer des poissons amoncelés dans une corbeille semi-circulaire posée entre lui et un personnage debout qui porte un petit coffret à corniche. 

    Rien n'indique son contenu.

L'ÉGYPTOLOGIE TCHÈQUE : III. LES FOUILLES D' ABOUSIR DURANT LA DERNIÈRE DÉCENNIE DU XXème SIÈCLE - 5. LA TOMBE DE FETEKTI : PRÉMICES À LA SCÈNE DE MARCHÉ

 

 

     Le second bloc montre, à gauche, un homme installé sur un coussin qui dispose à ses pieds lui aussi des poissons mais séchés, cette fois. 

 

     (Immense merci à Yopi, - pseudonyme d'une couple de Parisiens avec lesquels j'avais sympathisé lors d'un colloque consacré à Sésostris III, au Palais des Beaux-Arts de Lille à l'automne 2014, - de m'avoir autorisé à publier ici pour vous leurs clichés.) 

 

    Hormis ces deux scènes chez Ounas, quelques figurations de marché se retrouvent également dans des sépultures non-royales, notamment celles de Kagemni, avec des personnages proposant onguents et parfums quand d'autres échangent différents types de vases ; de Tepemankh dont un fragment représentant là aussi l'étal d'un poissonnier est d'ailleurs exposé au Département des Antiquités égyptiennes des Musées royaux d'Art et d'Histoire, à Bruxelles ; d'Ankhmahor, par ailleurs connu pour une scène de circoncision ; des deux frères, Niankhkhnoum et Khnoumhotep et, bien sûr, dans le mastaba de Ti que je vous ai si souvent conseillé de virtuellement visiter grâce à l'excellent site d'OsirisNet.

 

     Vous aurez évidemment remarqué les deux verbes que j'ai employés pour définir ces relations commerciales : troquer et échanger. Il faut en effet savoir qu'à cette époque lointaine, c'est par ce moyen que dans toute société s'obtenaient les marchandises convoitées : l'un pouvait exhiber une paire de sandales qu'il avait confectionnées contre quelques légumes cultivés dans le jardin d'un autre ; ou une villageoise marchander quelque ustensile de cuisine fabriqué par son époux contre un bijou, un vêtement ...

 

     Parallèlement à ces scènes peintes, la lecture d'une abondante documentation papyrologique confirme parfaitement que les produits d'utilité courante ou autres que l'on désirait se procurer pouvaient être obtenus grâce à l'un quelconque objet que l'on possédait en plusieurs exemplaires, voire dans certains cas, dont on acceptait de se priver. Et vraisemblablement, comme à l'occasion de nos actuelles brocantes dominicales belges, il était avéré que le superflu de l'un constituait souvent le nécessaire d'un autre. 

 

     Un point me semble en outre intéressant à épingler : que ce soit dans certains textes de transactions ou sur les représentations pariétales d'un tombeau et même au niveau des légendes hiéroglyphiques afférentes, rien, pratiquement jamais, ne nous renseigne sur le qui est qui ?, sur le qui fait quoi ? ; rien ne vient en fait différencier un vendeur d'un acheteur.

    Ce qui corrobore qu'en de semblables marchés de campagne ou citadins se pratiquaient des activités commerciales sur base du simple troc entre participants.

 

     Le souci de vérité historique m'oblige à toutefois ajouter que même s'il fallut attendre les rapports marchands plus larges, notamment à l'Époque tardive avec les Perses et les Grecs, pour voir apparaître une véritable monnaie frappée à l'effigie d'un souverain ou d'un tout autre symbole, les Égyptiens utilisèrent, et ce dès l'Ancien Empire, des mesures de denrées quotidiennes - les céréales ou l'huile, par exemple,-, en guise de système d'évaluation.

 

     Et même, vous vous en doutez probablement beaucoup moins, des unités pondérales : en effet, un petit anneau d'argent appelé shâti dans les textes, d'environ 7,5 grammes servit ainsi d'unité monétaire pendant au moins deux millénaires ; secondé qu'il fut également par le deben, un "poids" d'approximativement 90 grammes, et qui correspondait donc à 12 shâtis.

 

 

 

     Ne pensez-vous pas, amis visiteurs, toutes ces prémices établies, qu'il serait bientôt temps de revenir sur le marché dont Fetekti avait souhaité une évocation picturale sur un des piliers de la cour d'entrée de son mastaba ?

 

    C'est ce qu'avec vous, la semaine prochaine, mardi 10 mai, je me propose d'entreprendre ...

 

 

 

 

 

(Allam : 2008, 133-4 ; Barta : 2001, 75-123 ; ID. : 2005 ³; Labrousse/Moussa : 2002, 334 + Fig. 36 ;/  Menu : 2008, 129 ; Montet : 1925, 319-26 ; Peters-Destéract : 2005, 109)

 

25 avril 2016 1 25 /04 /avril /2016 23:02

 

 

 Charme profond, magique, dont nous grise

Dans le présent le passé restauré !

 

 

Charles Baudelaire

Un fantôme

 

Les Fleurs du Mal, 41, II,

Le Parfum

 

  Oeuvres complètes, Paris, Seuil

p. 64 de mon édition de 1968

 

 

 

     C'est au bord du puits funéraire du mastaba de Kaaper dans lequel, malheureusement, nous n'avons pu descendre pour des raisons de sécurité évidentes que, vous et moi amis visiteurs, nous nous sommes quittés la semaine dernière, sans évidemment avoir l'intention d'abandonner la nécropole d'Abousir qui tant encore doit nous apprendre. 

 

     Je  ne sais plus si, depuis que nous y déambulons, j'ai déjà saisi l'opportunité d'évoquer pour vous Carl Richard Lepsius (1810-1884) ? 

 

L'ÉGYPTOLOGIE TCHÈQUE : III. LES FOUILLES D' ABOUSIR DURANT LA DERNIÈRE DÉCENNIE DU XXème SIÈCLE - 4. LA TOMBE DE FETEKTI : CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

 

     Vous n'ignorez probablement pas que c'est grâce à ce savant prussien, - "fondateur de la science égyptologique allemande", ainsi que l'indique Dimitri Laboury dans son ouvrage dédié à Akhénaton (voir référence infrapaginale), que nous devons la division de l'histoire égyptienne en trois grandes périodes auxquelles il a donné les noms de Ancien Empire, Moyen Empire et Nouvel Empire.

 

    Mais ce que vous savez peut-être un peu moins, c'est que, mandé par Frédéric Guillaume IV de Prusse, il dirigea, à l'instar de Champollion pour la France, une expédition de quelque trois années en terres d'Égypte et de Nubie qui lui permettra, entre autres découvertes majeures, après avoir notamment exploré quelques jours le site d'Amarna, de considérablement affiner le regard que l'égyptologie naissante du XIXème siècle portait sur la personnalité d'Amenhotep IV-Akhénaton.

 

    Mais si j'évoque Lepsius ce matin, c'est bien évidemment pour une tout autre raison : commençant pratiquement son périple par la Basse-Égypte et la nécropole memphite, il en vint très rapidement à s'intéresser au site d'Abousir.

 

     Grâce à une phénoménale provende de documents, dessins et prises de notes, minutieusement colligés par les membres de sa mission, il publiera, entre 1849 et 1859, sa célébrissime série de douze immenses volumes comportant près d'un millier de planches, librement téléchargeables sur le Net : les Denkmäler aus Aegypten und Aethiopien.

   

L'ÉGYPTOLOGIE TCHÈQUE : III. LES FOUILLES D' ABOUSIR DURANT LA DERNIÈRE DÉCENNIE DU XXème SIÈCLE - 4. LA TOMBE DE FETEKTI : CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

 

     La tombe qui, aujourd'hui et les deux prochaines semaines, retiendra notre attention, celle de Fetekti, - emplacement n° 16  sur le plan ci-après -, fut, comme celle de Kaaper, l'objet des soins de l'équipe des égyptologues tchécoslovaques sous la direction du Professeur Verner dès 1991. C'est à Miroslav Barta qu'à nouveau nous devons, notamment dans la publication consacrée au cimetière sud que j'ai déjà mentionnée, les résultats complets de cette nouvelle fouille. 

L'ÉGYPTOLOGIE TCHÈQUE : III. LES FOUILLES D' ABOUSIR DURANT LA DERNIÈRE DÉCENNIE DU XXème SIÈCLE - 4. LA TOMBE DE FETEKTI : CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

     

    Nouvelle fouille, certes, mais absolument pas nouvelle découverte : située quelque peu plus au nord que l'ensemble des autres sépultures, sur la pente d'un vallon descendant vers le Nil, celle de Fetekti (ou Fetekta, selon certains égyptologues étrangers), vraisemblablement prêtre à Abousir à la fin de la Vème dynastie, fut donc, comme je viens de vous l'indiquer, mise au jour en 1843 par les membres de l'équipe de Lepsius, à tout le moins, son entrée et sa cour intérieure à colonnes.

    

     Après les premières fouilles du milieu du XIXème siècle, l'emplacement même de cette "Maison d'éternité"  fut complètement oublié pendant un siècle et demi jusqu'à ce que, en 1991, les archéologues tchécoslovaques en redécouvrent donc le chemin et s'y intéressent à nouveau.

 

     Cette nouvelle investigation permit de constater que le mastaba réalisé en briques de boue avait été agencé exactement de la même manière que d'autres dans les environs immédiats, à savoir : espace intérieur à ciel ouvert que j'évoquais à l'instant, jadis magnifiquement décoré, et chapelle funéraire, - ici en fait, un étroit corridor -, destinée au culte que famille et amis du défunt lui rendaient périodiquement ; pièce dans laquelle les fouilleurs mirent au jour des peintures pariétales inédites qui venaient dès lors accroître l'ancien corpus déjà connu grâce à Lepsius.

 

     Ils relevèrent également l'existence, sur le mur ouest de la chapelle, de deux fausses-portes symbolisant, je l'ai déjà maintes fois souligné, le passage entre le monde des morts et celui des vivants .

 

     (Si vous ne l'avez déjà fait voici deux semaines, je vous invite à peut-être relire l'article de la rubrique "Décodage de l'image égyptienne" du 21 octobre 2008 que j'avais précisément consacré à ce type de monument.)

 

    En outre, à l'ouest de la chapelle, ils exhumèrent l'entrée de deux puits au bas desquels, à environ 10 mètres de profondeur, ils aboutirent dans deux chambres sépulcrales : incontestablement, le mastaba de Fetekti constituait un tombeau commun. Et ce que laissait supposer la présence des deux fausses-portes fut avéré par celle des deux chambres mortuaires.

 

     L'étude des panneaux permit de déterminer que la stèle fausse-porte située au sud était prévue pour le culte de Fetekti, officiellement propriétaire des lieux, tandis que celle au nord appartenait à un mystérieux Mety dont il n'a pas encore été possible de définir la personnalité, son nom n'étant attesté nulle part ailleurs, ni la relation existant entre les deux hommes.

 

     En revanche, non seulement des inscriptions dans sa tombe, mais aussi notamment des archives le concernant retrouvées dans le temple de Neferirkarê-Kakaï, - auxquelles, souvenez-vous, lors de cet ancien rendez-vous, j'avais déjà fait allusion -, nous fournissent quelques détails sur la  carrière professionnelle de Fetekti : prêtre, serviteur du dieu, il appert qu'il aurait eu pour tâche de prendre soin d'une partie de l'inventaire de ce temple funéraire à la mort du souverain ; ce qui, dans la hiérarchie des fonctionnaires palatiaux, représente un rang relativement élevé.

 

      A cela, pour tenter d'être complet, il me faut ajouter que certains titres laissent supposer qu'il avait également pour fonction de diriger les ateliers des tisserands royaux, c'est-à-dire ceux qui confectionnaient des vêtements de haute qualité pour le souverain et sa famille.  

 

     Une analyse anthropologique des restes humains retrouvés dans la chambre principale a toutefois déterminé qu'il serait décédé entre 30 et 40 ans. Dispersé tout autour de ce que fut le corps du défunt : son viatique pour l'au-delà se résumait à quelques tessons de poterie, vraisemblablement des ustensiles de vaisselle.

 

     Ce qui permet d'augurer que cette sépulture fut comme tant d'autres la proie de pillards mais aussi, malheureusement, celle des conditions climatiques  : très vite en effet, les fouilleurs tchécoslovaques se rendirent compte que là où se trouvait le tombeau, à cause des eaux accumulées lors des pluies torrentielles que subissait annuellement le plateau désertique, un ruissellement vers le bas de la Vallée du Nil avait considérablement entamé le monument et, en premier lieu, la décoration de la cour d'entrée et de ses piliers.

 

     Constatant l'irrémédiable disparition de certaines des peintures que Lepsius avait tant admirées, et heureusement reproduites, les égyptologues n'eurent d'autre choix que se reporter à cette unique source de documentation alors connue, ses Denkmäler aus Aegypten und Aethiopien car le savant allemand avait relevé l'ensemble du programme figuratif de cette cour, ressortissant au domaine de ce qu'il est habituellement convenu d'appeler "scènes de la vie quotidienne", notamment l'assemblage et le transport du matériel dont se devait de disposer tout défunt ; la travail de la vigne et la manière dont le vin était produit ; un atelier de menuiserie ; la traditionnelle et si symbolique chasse au gibier sauvage dans le désert, etc. 

 

     Et parmi elles, j'épinglerai plus particulièrement, parce que relativement peu fréquente dans un contexte funéraire, anciennement sur plusieurs registres des faces sud et ouest du pilier central de la cour hypostyle, une très intéressante représentation d'un marché populaire de plein air où visiblement se côtoyaient artisans, paysans et pêcheurs : c'est notamment vers elle que j'escompte vous emmener mardi 3 mai prochain, amis visiteurs, si d'aventure persiste en vous l'envie de découvrir plus avant la tombe de Fetekti en ma compagnie ...

 

 

 

(Barta : 2001, 55-141; ID. : 2005 ³ ; Laboury : 2010, 21)

L'ÉGYPTOLOGIE TCHÈQUE : III. LES FOUILLES D' ABOUSIR DURANT LA DERNIÈRE DÉCENNIE DU XXème SIÈCLE - 3. LA TOMBE DE FETEKTI : CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

 

 

 

 

 

     C'est au bord du puits funéraire du mastaba de Kaaper dans lequel, malheureusement, nous n'avons pas pu descendre pour des raisons de sécurité évidentes que, vous et moi amis lecteurs, nous nous sommes quittés  samedi dernier, sans toutefois oublier de nous donner rendez-vous ce matin en vue de poursuivre nos allées et venues archéologico-touristiques dans cette partie du cimetière de l'Ancien Empire situé à l'extrémité de la nécropole d'Abousir.

 

Abousir sud - Plan

 

 

     La tombe qui, aujourd'hui, retiendra notre attention, - emplacement n° 2 sur le plan ci-dessus -, fut, comme la précédente, l'objet des soins de l'équipe des égyptologues tchèques sous la direction du Professeur Verner dès 1991. C'est à Miroslav Barta qu'à nouveau nous devons, notamment dans la publication consacrée au cimetière sud que j'ai précédemment mentionnée, les résultats complets de cette nouvelle fouille. 

 

      Nouvelle fouille, certes, mais absolument pas nouvelle découverte !

 

     Située quelque peu plus au nord de l'ensemble des autres tombes, sur la pente d'un vallon descendant vers le Nil, celle de Fetekti (ou Fetekta, selon certains égyptologues étrangers), vraisemblablement prêtre à Abousir à la fin de la Vème dynastie, fut en effet mise au jour, au milieu du XIXème siècle déjà, par l'égyptologue allemand Karl RichardLepsius (1810-1884), lors d'une expédition pour le compte de Frédéric IV de Prusse ; à tout le moins, l'entrée et sa cour intérieure à colonnes.

    

     Après ce début de fouilles menées par l'équipe de Lepsius, l'emplacement même de la tombe fut  complètement oublié pendant un siècle et demi jusqu'à ce que, en 1991 donc, les archéologues tchèques en redécouvrent le chemin et s'y intéressent à nouveau.

 

     Cette nouvelle investigation permit de constater que le mastaba réalisé en briques de boue avait été agencé exactement de la même manière que d'autres dans les environs immédiats, à savoir : l'espace intérieur à ciel ouvert que j'évoquais à l'instant, jadis magnifiquement décoré, et la traditionnelle chapelle - ici en fait, un étroit corridor - destinée au culte funéraire que la famille et les amis du défunt lui rendaient périodiquement, dans laquelle ils mirent au jour des peintures pariétales inédites qui venaient donc accroître le corpus déjà connu grâce à Lepsius.

 

     Les Tchèques relevèrent également l'existence, sur le mur ouest de la chapelle, de deux fausses-portes permettant le passage entre le monde des morts et celui des vivants .

(Si vous ne l'avez déjà fait la semaine dernière, je vous invite à peut-être relire l'article de la rubrique "Décodage de l'image égyptienne" du 21 octobre 2008 que j'avais précisément consacré à la stèle fausse-porte.)

 

    En outre, à l'ouest de la chapelle, ils exhumèrent l'entrée de deux puits au bas desquels, à environ 10 mètres de profondeur, ils aboutirent dans deux chambres sépulcrales : incontestablement, le mastaba de Fetekti constituait un tombeau commun. Et ce que donc laissait supposer la présence des deux fausses-portes fut confirmé par celle des deux chambres funéraires.

 

     L'étude des panneaux permit de déterminer que la stèle-porte située au sud était prévue pour le culte de Fetekti, officiellement propriétaire des lieux, tandis que celle au nord appartenait à un mystérieux Meti dont il n'a pas encore été possible de définir la personnalité ni la relation qui existait entre les deux hommes.

 

     En revanche, non seulement des inscriptions dans sa tombe, mais aussi notamment des archives le concernant retrouvées dans le temple de Neferirkarê-Kakaï, - (qu'ici j'avais déjà mentionnées) -, nous fournissent quelques détails sur la  carrière professionnelle de Fetekti : prêtre, serviteur du dieu, il appert qu'il aurait eu pour tâche de prendre soin d'une partie de l'inventaire de ce temple funéraire à la mort du souverain ; ce qui, dans la hiérarchie des fonctionnaires palatiaux, représente un rang relativement élevé.

 

      A cela, il me faut ajouter, pour être complet, que certains titres laissent supposer qu'il avait également pour fonction de diriger les ateliers des tisserands royaux, c'est-à-dire ceux qui confectionnaient des vêtements de haute qualité pour le souverain et les siens. Si j'osais une comparaison quelque peu anachronique, j'indiquerais que Fetekti était en quelque sorte à son époque, le  Edouard Vermeulen, Fournisseur breveté de la Cour de Belgique ...

 

 

     Une analyse anthropologique des restes humains retrouvés dans la chambre principale a toutefois déterminé qu'il serait décédé entre 30 et 40 ans. Dispersé tout autour de ce que fut le corps du défunt : son viatique pour l'au-delà se résumant à quelques tessons de poterie, vraisemblablement des ustensiles de vaisselle.

Il semblerait donc que cette tombe fut comme tant d'autres la proie des pillards.

    

     Mais aussi, malheureusement, celle du temps ou, plus spécifiquement, des conditions climatiques  : très vite en effet, les fouilleurs se rendirent compte que là où se trouvait le tombeau, à cause des eaux accumulées lors des pluies torrentielles que subissait annuellement le plateau désertique, un ruissellement vers le bas de la Vallée du Nil avait considérablement entamé le monument et, en premier lieu, la décoration de la cour d'entrée et de ses piliers.

 

     Constatant l'irrémédiable disparition de certaines des peintures que Lepsius avait tant admirées, et reproduites, les égyptologues n'avaient plus d'autre choix que celui de se reporter aux documents du XIXème siècle.

 

     En effet, dans une magistrale étude en douze volumes sur l'ensemble des nécropoles de la région memphite, publiés entre 1849 et 1859, et de nos jours librement téléchargeablessur le Net,  les Denkmäler aus Aegypten und Aethiopien,

 

Lepsius---Volumes-des-Denkmaler-copie-1.jpg

 

 

le savant allemand, à propos de la sépulture de Fetekti, avait relevé l'ensemble des peintures de cette cour,  ressortissant au domaine de ce qu'il est habituellement convenu d'appeler "scènes de la vie quotidienne" : notamment l'assemblage et le transport du matériel dont se devait de disposer tout défunt ; la travail de la vigne et la manière dont le vin était produit ; un atelier de menuiserie ; la traditionnelle et si symbolique chasse au gibier sauvage dans le désert, etc. 

 

     Et parmi elles, j'épinglerai plus particulièrement, parce que relativement peu fréquente dans un contexte funéraire, anciennement sur plusieurs registres des faces sud et ouest d'un pilier de la cour ouverte, une très intéressante figuration d'un marché populaire de plein air où visiblement se côtoyaient artisans, paysans et pêcheurs : c'est elle que j'escompte vous présenter samedi prochain, amis lecteurs, si d'aventure persiste en vous  l'envie de visiter plus avant le tombeau de Fetekti en ma compagnie ...

 

 

 

(Barta : 2005 ³ )

L'ÉGYPTOLOGIE TCHÈQUE : III. LES FOUILLES D' ABOUSIR DURANT LA DERNIÈRE DÉCENNIE DU XXème SIÈCLE - 3. LA TOMBE DE FETEKTI : CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

 

 

 

     C'est au bord du puits funéraire du mastaba de Kaaper dans lequel, malheureusement, nous n'avons pas pu descendre pour des raisons de sécurité évidentes que, vous et moi amis lecteurs, nous nous sommes quittés  samedi dernier, sans toutefois oublier de nous donner rendez-vous ce matin en vue de poursuivre nos allées et venues archéologico-touristiques dans cette partie du cimetière de l'Ancien Empire situé à l'extrémité de la nécropole d'Abousir.

 

Abousir sud - Plan

 

 

     La tombe qui, aujourd'hui, retiendra notre attention, - emplacement n° 2 sur le plan ci-dessus -, fut, comme la précédente, l'objet des soins de l'équipe des égyptologues tchèques sous la direction du Professeur Verner dès 1991. C'est à Miroslav Barta qu'à nouveau nous devons, notamment dans la publication consacrée au cimetière sud que j'ai précédemment mentionnée, les résultats complets de cette nouvelle fouille. 

 

      Nouvelle fouille, certes, mais absolument pas nouvelle découverte !

 

     Située quelque peu plus au nord de l'ensemble des autres tombes, sur la pente d'un vallon descendant vers le Nil, celle de Fetekti (ou Fetekta, selon certains égyptologues étrangers), vraisemblablement prêtre à Abousir à la fin de la Vème dynastie, fut en effet mise au jour, au milieu du XIXème siècle déjà, par l'égyptologue allemand Karl RichardLepsius (1810-1884), lors d'une expédition pour le compte de Frédéric IV de Prusse ; à tout le moins, l'entrée et sa cour intérieure à colonnes.

    

     Après ce début de fouilles menées par l'équipe de Lepsius, l'emplacement même de la tombe fut  complètement oublié pendant un siècle et demi jusqu'à ce que, en 1991 donc, les archéologues tchèques en redécouvrent le chemin et s'y intéressent à nouveau.

 

     Cette nouvelle investigation permit de constater que le mastaba réalisé en briques de boue avait été agencé exactement de la même manière que d'autres dans les environs immédiats, à savoir : l'espace intérieur à ciel ouvert que j'évoquais à l'instant, jadis magnifiquement décoré, et la traditionnelle chapelle - ici en fait, un étroit corridor - destinée au culte funéraire que la famille et les amis du défunt lui rendaient périodiquement, dans laquelle ils mirent au jour des peintures pariétales inédites qui venaient donc accroître le corpus déjà connu grâce à Lepsius.

 

     Les Tchèques relevèrent également l'existence, sur le mur ouest de la chapelle, de deux fausses-portes permettant le passage entre le monde des morts et celui des vivants .

(Si vous ne l'avez déjà fait la semaine dernière, je vous invite à peut-être relire l'article de la rubrique "Décodage de l'image égyptienne" du 21 octobre 2008 que j'avais précisément consacré à la stèle fausse-porte.)

 

    En outre, à l'ouest de la chapelle, ils exhumèrent l'entrée de deux puits au bas desquels, à environ 10 mètres de profondeur, ils aboutirent dans deux chambres sépulcrales : incontestablement, le mastaba de Fetekti constituait un tombeau commun. Et ce que donc laissait supposer la présence des deux fausses-portes fut confirmé par celle des deux chambres funéraires.

 

     L'étude des panneaux permit de déterminer que la stèle-porte située au sud était prévue pour le culte de Fetekti, officiellement propriétaire des lieux, tandis que celle au nord appartenait à un mystérieux Meti dont il n'a pas encore été possible de définir la personnalité ni la relation qui existait entre les deux hommes.

 

     En revanche, non seulement des inscriptions dans sa tombe, mais aussi notamment des archives le concernant retrouvées dans le temple de Neferirkarê-Kakaï, - (qu'ici j'avais déjà mentionnées) -, nous fournissent quelques détails sur la  carrière professionnelle de Fetekti : prêtre, serviteur du dieu, il appert qu'il aurait eu pour tâche de prendre soin d'une partie de l'inventaire de ce temple funéraire à la mort du souverain ; ce qui, dans la hiérarchie des fonctionnaires palatiaux, représente un rang relativement élevé.

 

      A cela, il me faut ajouter, pour être complet, que certains titres laissent supposer qu'il avait également pour fonction de diriger les ateliers des tisserands royaux, c'est-à-dire ceux qui confectionnaient des vêtements de haute qualité pour le souverain et les siens. Si j'osais une comparaison quelque peu anachronique, j'indiquerais que Fetekti était en quelque sorte à son époque, le  Edouard Vermeulen, Fournisseur breveté de la Cour de Belgique ...

 

 

     Une analyse anthropologique des restes humains retrouvés dans la chambre principale a toutefois déterminé qu'il serait décédé entre 30 et 40 ans. Dispersé tout autour de ce que fut le corps du défunt : son viatique pour l'au-delà se résumant à quelques tessons de poterie, vraisemblablement des ustensiles de vaisselle.

Il semblerait donc que cette tombe fut comme tant d'autres la proie des pillards.

    

     Mais aussi, malheureusement, celle du temps ou, plus spécifiquement, des conditions climatiques  : très vite en effet, les fouilleurs se rendirent compte que là où se trouvait le tombeau, à cause des eaux accumulées lors des pluies torrentielles que subissait annuellement le plateau désertique, un ruissellement vers le bas de la Vallée du Nil avait considérablement entamé le monument et, en premier lieu, la décoration de la cour d'entrée et de ses piliers.

 

     Constatant l'irrémédiable disparition de certaines des peintures que Lepsius avait tant admirées, et reproduites, les égyptologues n'avaient plus d'autre choix que celui de se reporter aux documents du XIXème siècle.

 

     En effet, dans une magistrale étude en douze volumes sur l'ensemble des nécropoles de la région memphite, publiés entre 1849 et 1859, et de nos jours librement téléchargeablessur le Net,  les Denkmäler aus Aegypten und Aethiopien,

 

Lepsius---Volumes-des-Denkmaler-copie-1.jpg

 

 

le savant allemand, à propos de la sépulture de Fetekti, avait relevé l'ensemble des peintures de cette cour,  ressortissant au domaine de ce qu'il est habituellement convenu d'appeler "scènes de la vie quotidienne" : notamment l'assemblage et le transport du matériel dont se devait de disposer tout défunt ; la travail de la vigne et la manière dont le vin était produit ; un atelier de menuiserie ; la traditionnelle et si symbolique chasse au gibier sauvage dans le désert, etc. 

 

     Et parmi elles, j'épinglerai plus particulièrement, parce que relativement peu fréquente dans un contexte funéraire, anciennement sur plusieurs registres des faces sud et ouest d'un pilier de la cour ouverte, une très intéressante figuration d'un marché populaire de plein air où visiblement se côtoyaient artisans, paysans et pêcheurs : c'est elle que j'escompte vous présenter samedi prochain, amis lecteurs, si d'aventure persiste en vous  l'envie de visiter plus avant le tombeau de Fetekti en ma compagnie ...

 

 

 

(Barta : 2005 ³ )

18 avril 2016 1 18 /04 /avril /2016 23:02

 

     Offrande que donne le roi et (que donne) Anubis qui préside à la chapelle divine et à la nécropole : qu'il soit enterré dans la nécropole en tant que détenteur de privilèges, qu'il atteigne une très belle vieillesse auprès du grand dieu et que l'on invoque pour lui (des offrandes consistant en) pain, bière, viande, volaille (...)

 

 

 

 

     Avant d'avoir peut-être provoqué votre déconvenue la semaine dernière, amis visiteurs, en vous annonçant que je renonçais à descendre avec vous dans la chambre sépulcrale de Kaaper, tout au fond du puits non consolidé situé dans le coin sud-ouest de son mastaba, quelque 24 mètres plus bas que le niveau de la chapelle cultuelle que, par musées successifs, nous avons partiellement commencé à visiter, je vous avais soumis une question à laquelle je m'étais promis de revenir ce matin, si vous étiez à mes côtés et à ceux de l'égyptologue tchèque Miroslav Barta pour poursuivre notre enquête : Qui était ce Kaaper qu'il ne nous fallait pas confondre avec un autre, plus "célèbre" en réalité car souvent désigné sous l'appellation de Cheikh el-Beled et dont vous connaissez évidemment la rondouillarde statue en bois de sycomore mise au jour par Auguste Mariette au XIXème siècle, exposée aujourd'hui au Musée du Caire ?

 

 

     Pour maintenant y répondre plus en détails, nous allons derechef nous pencher sur la documentation épigraphique subsistant dans certains musées étrangers et provenant de sa chapelle funéraire dans laquelle nous continuerons donc à déambuler de conserve.

 

 

     Reprenant l'enquête au tout début des années '90, au fil des différentes saisons de fouilles, les égyptologues tchécoslovaques s'ingénièrent à procéder à l'anastylose du mur ouest de la chapelle funéraire, comprenez à une reconstitution de cette partie de la pièce en utilisant les matériaux éparpillés retrouvés in situ et, cela va soi, en respectant drastiquement les méthodes architecturales d'origine ; seule l'éventualité d'une consolidation de sauvetage nécessiterait l'apport d'éléments nouveaux. 

 

     C'est dans ce mur qu'avait initialement été encastrée la stèle fausse-porte par laquelle, je le rappelle à nouveau rapidement, un défunt avait l'opportunité de passer du monde des morts à celui des vivants aux fins de venir recueillir les produits alimentaires en principe régulièrement déposés sur la table d'offrandes par la famille ou les amis qui se devaient d'assurer sa subsistance éternelle. 

 

     Thématique récurrente, le panneau central de cette fausse-porte figurait le défunt assis devant une table débordant de victuailles. Ce relief, vous vous en doutez, ne se trouve pas plus que d'autres évoqués la semaine dernière dans le mastaba de Kaaper, mais fait désormais partie de la collection de l'Institute of Arts Museum, de Detroit, dans le Michigan, sous le numéro d'inventaire 57.58.

L'ÉGYPTOLOGIE TCHÈQUE : III. LES FOUILLES D' ABOUSIR DURANT LA DERNIÈRE DÉCENNIE DU XXème SIÈCLE - 3. KAAPER ?  VOUS AVEZ DIT KAAPER  ?

 

     Selon les conceptions funéraires déjà en vigueur à cette époque, un linteau devait surmonter ce tableau. En 1991, les égyptologues tchèques ne purent qu'également constater sa disparition.

     Mais quelle ne fut pas leur surprise, trois ans plus tard, quand une équipe de savants écossais effectuant une prospection géophysique de surface en vue d'établir une nouvelle carte de ce secteur de la nécropole (Saqqara Survey Project 1990-1998) découvrit le linteau manquant qui gisait dans le sable à quelques centaines de mètres au sud de la tombe : à une période malaisée à déterminer, probablement fut-il abandonné là par des pillards, - encore eux ! -, à coup sûr dérangés dans leurs "occupations", partant, espérant bien plus tard pouvoir venir le récupérer.

    Actuellement, il fait partie des collections des Musées nationaux d'Écosse (Glasgow).

    D'autres fragments représentant Kaaper, son épouse et leur fils, jadis à droite de la fausse-porte sont désormais eux aussi exposés hors d'Égypte, au Nelson-Atkins Museum of Art de Kansas City. (Nelson Fund 46-33).

 

 

         Entre autres informations identitaires, que nous révèlent ces différents documents lithiques ?

 

     Que ce Kaaper qui nous occupe pour l'instant vécut au début de la Vème dynastie. 

 

     Que cet important fonctionnaire aulique remplit diverses fonctions et fut honoré de plusieurs titres dont certains extrêmement rares, voire uniquement dévolus à sa personne ; et dont certains autres constituaient en principe l'apanage des seuls membres de la famille royale !

 

     Épinglons, voulez-vous, quelques-uns d'entre eux. 

Ainsi de gardien de troupeaux de bovidés, il devint scribe des terres de pâturages du bétail tacheté, comprenez les bovins avec taches noires et blanches. De cette première appellation citée, amis visiteurs, il appert qu'il fut le seul à se prévaloir durant tout l'Ancien Empire. 

 

     Il fut aussi scribe, puis inspecteur des scribes du département des documents royaux ; ainsi que scribe de l'armée royale casernée dans plusieurs forteresses des zones frontalières, de l'Est comme de l'Ouest.

 

     Il fut également nommé Grand des Dix de Haute-Égypte : ce qui signifie qu'il avait en charge la surveillance de tous les travaux du roi engagés dans les différents nomes de cette partie du pays, ainsi que le contrôle de la main d'oeuvre masculine. Parallèlement, il supervisait l'administration des greniers et de la trésorerie, auréolé du titre d'inspecteur du département des provisions.  

 

    J'ajouterai pour terminer cette liste non-exhaustive que quand certains étaient à mettre en relation avec le domaine juridique, d'autres parmi ses titres étaient associés à plusieurs dignités accordées aux plus hauts officiels de l'État, notamment celles du vizir en personne, .

 

 

     Aux fins de mettre un terme à l'énumération des titres et fonctions de Kaaper, permettez-moi maintenant, amis visiteurs, d'à nouveau attirer votre attention sur un autre linteau, imposant, qui surmontait celui-là la porte d'entrée de sa chapelle funéraire. Ce monument d'importance, quelque trois mètres, pour seulement 22,5 centimètres de hauteur et de 3,5 à 5 cm de profondeur, acquis par la Fondation Bodmer à l'antiquaire d'origine grecque Nicolas Koutoulakis en décembre 1969, nous l'avions déjà admiré en mars 2013 : il fait actuellement partie des Aegyptiaca de la renommée Fondation Martin Bodmer, - Bibliotheca Bodmeriana -, à Cologny, près de Genève.

 

     J'ai la chance de virtuellement connaître une Genevoise passionnée d'égyptologie, - (grand merci à toi, qui te reconnaîtras, chère C. -, ) qui, voici trois ans, m' "offrit" les photos qu'elle avait prises de ce relief, dont quelques-unes illustreront maintenant mon propos.     

KAAPER 01. Offrande que donne le roi et Anubis
L'ÉGYPTOLOGIE TCHÈQUE : III. LES FOUILLES D' ABOUSIR DURANT LA DERNIÈRE DÉCENNIE DU XXème SIÈCLE - 3. KAAPER ?  VOUS AVEZ DIT KAAPER  ?

 

     Présentant, remarquez-le, de superbes et fins hiéroglyphes gravés en léger relief par un lapicide vraisemblablement de grand talent, le texte commence par ce que je nommerais la traditionnelle formule d'offrandes, propos invocatoires sur lesquels je ne m'attarderai plus aujoud'hui, les ayant déjà précédemment expliqués, mais dont j'ai néanmoins tenu ce matin, en guise d'exergue, à vous proposer la traduction. 

 

    En revanche, je souhaiterais revenir sur la fin de l'inscription de cette architrave parce qu'elle fait état d'une dernière et particulière fonction attribuée à Kaaper.

 

    En effet, entre le titre de gérant de la propriété royale

 

 

Kaaper-10.-le-chambellan-royal.jpg

 

 

 

 

et celui de magistrat et administrateur

 

 

 

Kaaper-12.-Magistrat-et-administrateur.jpg

 

 

qui précède son nom en tant que propriétaire de la tombe, KAAPER, 

 

 

Kaaper-13.-Kaaper.jpg

 

 

l'artiste a intercalé celui, rare, de prêtre de Heqet (hem netjer Heqet, comme le prononcent les égyptologues).

 

 

Kaaper-11.-Pretre-Heqet.jpg

 

 

 

 

     À son endroit, il me siérait, pour terminer notre entetien de ce matin, d'introduire quelques considérations. 

 

      Dans la langue égyptienne, Heqet constituait un nom théophore : celui d'une déesse présentant l'aspect soit d'une femme à tête de grenouille, soit tout simplement, comme ici, de la grenouille elle-même.

 

 

11-bis.-Heqet---Grenouille.jpg

 

 

     Souvenez-vous de celles, réalisées en différents matériaux, que nous avions rencontrées en juin 2008 dans la vitrine 2 de la salle 3 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre. Je vous avais alors déjà précisé que le petit batracien possédait une valeur sémantique bien définie dans la mesure où, parce qu’il était issu des eaux - donc éventuellement des eaux primordiales de la mythologie -, il fut dès l’époque archaïque lié à l’apparition de la vie. Donc à la procréation.

 

     Symbole de forces vivifiantes, dispensatrice de vie, Heqet fut associée aux défunts dont elle permettait la régénération, la reviviscence dans l'Au-delà. Raison pour laquelle, dans la vitrine 3 de la même salle 3, vous en aviez jadis admiré une, adorablement bleue, 

 

 

Grenouille---Louvre-E-26092.jpg

 

négligemment posée à l'extrémité d'une branche de potamot ; et cela, sur un fragment de calcaire peint (E 26092) représentant une scène de pêche dans les marais, environnement dont vous ne pouvez décemment plus ignorer maintenant toute la symbolique en rapport avec la renaissance des trépassés.

 

     N'oublions pas aussi que, du têtard à l'âge adulte, la grenouille subit d'importantes transformations, d'où sa présence tout à fait appropriée aux côtés des morts pour leur "annoncer" leur métamorphose à venir dans le royaume d'Osiris.

 

     Pour conserver le même esprit, la même symbolique, j'ajouterai qu'elle fut aussi assimilée à la déesse accoucheuse, parèdre de Khnoum, le dieu potier qui modèle l’enfant divin sur son tour : c’est donc elle qui était censée donner le souffle de vie en tendant le signe "ankh" en direction du visage du petit être que Khnoum créait.

 

     Elle  était également réputée participer à l'avènement du monde, ainsi qu'à l'arrivée de la tant attendue crue du Nil : elle avait donc partie liée avec certaines des fêtes agraires énoncées sur notre linteau, dont celle du Nouvel An, vers le 19 juillet, quand tout à la fois fleuve, soleil et défunts reprennent vie.  

 

 

     Rare, indiquai-je à l'instant, à propos du titre de prêtre de Heqet, parce qu'il ne fut porté qu'à l'Ancien Empire par à peine une petite quinzaine de personnages, dont "notre" Kaaper, tous en relation étroite avec la nécropole d'Abousir, - probablement grâce à son lac dans lequel les grenouilles s'ébattaient à l'envi -, et qu'il ne fut plus attesté par la suite, d'où sa particularité sur laquelle je souhaitais attirer aujourd'hui votre attention.  

 

         

 

 

(Barta M. : 1999, 107-16 ; ID. : 2001, 143-91 ; Gabolde M. : 1988, 13-20 ; Maspero : 1912, 365-9 ; Servajean : 1999, 259-63 ; Vuilleumier/Chappaz : 2002, 71-5)

11 avril 2016 1 11 /04 /avril /2016 23:02

 

 

     Le dernier mardi avant le congé de Printemps, - ce funeste 22 mars de bien triste mémoire pour la Belgique mais aussi, à court ou à long terme, pour tous les citoyens de ce monde mis en grand péril par les folies meurtrières perpétrées depuis un quart de siècle au coeur même des pays musulmans par G. W. Bush et ses affidés européens auto-proclamés sauveurs de l'humanité chrétienne ... en mal de pétrole ; opinion personnelle en forme de coup de poing sur le i de ingérence - ; ce mardi-là, donc, au terme d'une rapide évocation des quelques découvertes qui se sont succédé durant l'ultime décennie du XXème siècle dans la nécropole d'Abousir, concession de fouilles accordée jadis par le gouvernement égyptien aux archéologues tchécoslovaques en guise de reconnaissance et de remerciements officiels pour la participation de leur pays, à l'aube des années 1960, au sauvetage des temples de Nubie, je vous conviais, amis visiteurs, à ce nouveau rendez-vous pour pénétrere de conserve ce matin au sein du mastaba d'un certain Kaaper.

 

L'ÉGYPTOLOGIE TCHÈQUE : III. LES FOUILLES D' ABOUSIR DURANT LA DERNIÈRE DÉCENNIE DU XXème SIÈCLE - 2. LE TOMBEAU DE KAAPER

     (Merci à nouveau à C., une ami genevoise, d'avoir, voici plus de trois ans, eu l'amabilité de m'adresser ce cliché parmi d'autres,  - sur lesquels j'aurai l'opportunité d'abondamment revenir dès la semaine prochaine -, présentant les quatre hiéroglyphes qui, de droite à gauche, nous permettent de lire le nom de Kaaper.)

 

     Dans cette tombe, nous aurons pour guide l'égyptologue tchèque Miroslav Barta qui en a étudié toutes les composantes, puis les a publiées en anglais en 2001 dans un ouvrage relatant les recherches menées précisément entre 1991 et 1993 au cimetière sud, ainsi que les résultats obtenus tant dans les domaines de l'archéologie, de l'architecture et de la décoration que dans celui de l'étude démographique, taphonomique et pathologique des corps mis au jour.  

 

 

 

Barta - Ouvrage - Tombes d'Abousir sud

 

 

 

     

Que vous dire de ce tombeau ?

 

Que sa superstructure rectangulaire qui avait dû atteindre quelque 42 mètres de longueur pour 20 de large et très probablement 5 de hauteur, fut construite en calcaire originaire des carrières de Toura, proches du Caire actuel, sur la rive opposée du Nil.

 

Que sa façade fut initialement décorée de portraits du défunt.
 

Que sa chapelle en forme de L située dans la partie sud-est du complexe funéraire contenait les vestiges d'une fausse-porte devant laquelle une table d'offrandes en granit rouge avait été scellée dans le sol. 

 

Que le traditionnel serdab destiné à abriter une statue de défunt était lui aussi bien présent.

     

     Ces quelques détails doivent à l'évidence vous rappeler le mastaba d'Akhethetep qu'ensemble, à l'automne 2008, nous avions admiré dans la salle 4 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre.

 

     Si tel n'était pas le cas et si, d'aventure, vous désiriez quelques explications supplémentaires à son propos, mais surtout sur ce que l'on nomme stèle fausse-portetable d'offrandes ou serdab que je viens de simplement citer pour Kaaper, permettez-moi de vous suggérer de (re)-trouver les quelques articles qu'alors je leur avais consacrés par un simple clic de votre part sur les différents termes ci-dessus surlignés en rouge.  

 

 

     C'est dans l'intention de sauver ce qui pouvait encore l'être que les archéologues tchécoslovaques s'intéressèrent donc à ce monument sépulcral dès 1991.

 

     Car il vous faut prendre conscience, amis visiteurs, qu'il se prévalait d'une histoire archéologique à rebondissements : vous n'ignorez évidemment pas, qu'avec parfois la complicité des gardiens de nécropoles, les voleurs n'avaient aucun scrupule, quelques jours à peine après l'inhumation, à pénétrer dans les tombeaux à la recherche des trésors qu'ils savaient y avoir été enfouis, nonobstant qu'ils avaient pourtant été aménagés de manière que leurs propriétaires fussent en droit d'espérer que jamais ils ne seraient violés, et d'ainsi pouvoir bénéficier du repos éternel pour leur vie dans l'Au-delà.

 

     Des minutes de procès célèbres, notamment à l'époque ramesside, ont en effet été retrouvées, qui mentionnent avec force détails les profanations et les dégradations qui furent commises aux "Maisons d'éternité" des plus grands, voire de hauts-fonctionnaires du royaume, susceptibles eux aussi, par leur équipement post-mortem, d'attiser de nombreuses convoitises.


    Ces pratiques perdurèrent à divers degrés d'importance, en ce comprises, ne nous voilons pas la face, les déprédations commises à l'envi par des "fouilleurs" occidentaux du XIXème siècle stipendiés par des consuls européens véreux qui accroissaient substantiellement leurs revenus en vendant à des musées du monde entier maints fragments pariétaux de temples ou d'autres constructions.


     Dans la nécropole sud d'Abousir, le mastaba de Kaaper fut de ceux-là. Même si, comme je l'ai tout à l'heure mentionné, il fut l'objet de pillages dès l'Antiquité, c'est assurément à l'époque contemporaine que son histoire connut quelques nouvelles péripéties, au point que Miroslav Barta, dans un article qu'il lui consacra en 2005 (voir référence infrapaginale), n'hésite pas à écrire que : "during the last 100 years, this monument was discovered and lost several times."

 

     "Découvert et perdu à plusieurs reprises", puisqu'en effet, il fut très tôt visité, très tôt démantelé, ce qui "expatria" moult blocs de fins reliefs en calcaire provenant de la chapelle funéraire dans de grands musées états-uniens.

    

     Le mastaba fut ensuite vraisemblablement "oublié" jusqu'à ce qu'en 1959, l'égyptologue américain Henry George Fischer (1923-2006), Conservateur en chef des Antiquités égyptiennes du Metropolitan Museum of Art de New York, le remit à l'honneur en publiant une étude dont le point de départ était constitué de photographies émanant d'archives de Saqqarah : bien que proposant notamment des clichés de murs détruits d'une chapelle indubitablement mise à mal par des pillards, Fischer parvint à en décrire quelques détails de la décoration initiale et, surtout, à en identifier son propriétaire, Kaaper, grâce à des investigations parallèles qu'il mena dans les collections égyptiennes américaines.

     

     Quoi qu'il en fut, sans plus de précision, il situa la tombe "somewhere on the Saqqara necropolis".

    Trente ans plus tard, en 1989, une équipe d'archéologues égyptiens la retrouva officiellement sur le site d'Abousir, - ce n'était jamais que la troisième fois de son histoire qu'elle "réapparaissait" ! C'est à ce moment-là seulement que l'on prit conscience de la gravité des dégâts occasionnés par les bien peu scrupuleux " visiteurs" qui s'y étaient successivement introduits.

     Ce que confirma l'expédition de l'Institut Tchécoslovaque d'Égyptologie sous la direction de Miroslav Verner, au cours d'une reconnaissance de la région en 1991 : elle en fit aussitôt le premier projet de sauvegarde
 par investigations électro-magnétiques dans cette portion du cimetière, conscients qu'étaient les membres de l'équipe que la reconstitution de l'aspect premier du décor intérieur de la tombe - emplacement n° 18, sur le plan ci-dessous -, serait un énorme défi à relever.

 

L'ÉGYPTOLOGIE TCHÈQUE : III. LES FOUILLES D' ABOUSIR DURANT LA DERNIÈRE DÉCENNIE DU XXème SIÈCLE - 2. LE TOMBEAU DE KAAPER

 

     Et cela en fut effectivement un ! Et qui dura plusieurs années. Et qui apporta, malgré le piètre état de conservation, bien des renseignements nouveaux sur le défunt, son épouse, sa famille ...

     Et qui aussi, par la même occasion, offrit aux égyptologues la triste opportunité d'évaluer les pertes, pour le moins considérables. En effet, souvenez-vous, j'ai à l'instant mentionné les documents photographiques archivés qu'avait publiés H.G. Fischer dans son étude de 1959 : plusieurs d'entre eux permirent évidemment d'établir des comparaisons avec ce qui subsistait encore in situ.

     Ainsi, sur le mur est, à l'entrée de la chapelle funéraire, figurait jadis une scène classique dans laquelle des pêcheurs capturaient différentes sortes de poissons à l'aide d'un filet - un peu comme celle, souvenez-vous, que nous avons déjà rencontrée dans la
 vitrine 2 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre. 

     

     Dans la chapelle funéraire de Kaaper, ce registre a aujourd'hui entièrement disparu !

 

     Certes, nous savons qu'un bloc, un seul, se trouve exposé au Metropolitan Museum de New York (MMA 58.161, 1:5), ce qui constitue déjà une espèce de consolation. Mais force est de constater qu'il ne nous donne à voir qu'une infime partie de ce que dut être la scène originelle.


     Les autres blocs ? Ils ne figurent dans aucun inventaire de collections muséales. Et Miroslav Barta d'avancer l'hypothèse, tout à fait plausible évidemment, qu'ils seraient désormais la propriété d'un riche collectionneur privé qui se garderait bien d'en faire état.

     Espérons qu'un jour, suite au décès de ce "propriétaire" peut-être, ils réapparaîtront sur le marché souvent frauduleux de l'Art ... 



     La minutie des travaux de restauration de l'équipe tchécoslovaque permit de constater, avec un véritable soulagement, que toute la décoration pariétale de la chapelle de culte n'avait pas été systématiquement arrachée : ainsi sur le même mur est, la classique scène qu'il est convenu d'appeler le "repas funéraire", - Kaaper et Tjenteti, son épouse à ses côtés, sont assis devant une table garnie de pains et d'autres offrandes alimentaires -, n'a fort heureusement pas intéressé les voleurs

     Ce tableau constitue le seul élément de décoration de la chapelle funéraire qui soit resté en place pratiquement intact ; pratiquement parce que de graves problèmes de salpêtre ne cessent  depuis d'en accentuer la détérioration.

 

     Ceci posé, déplorons que d'autres scènes pariétales de la chapelle ont disparu : ainsi, sur le mur nord, les égyptologues auraient dû pouvoir rencontrer le défunt que son épouse enlaçait au niveau des épaules, même si, déjà, et les photos d'archives le prouvent, leurs deux visages avaient été jadis détachés de l'ensemble.


    Au-dessus de leurs têtes, une inscription hiéroglyphique très intéressante. Malgré qu'elle soit elle aussi fortement endommagée, il fut possible d'en reconstituer une partie et d'ainsi se rendre compte qu'il s'agissait d'un extrait s'apparentant à cette incontournable "Déclaration d'innocence", connue aussi sous l'appellation de "Confession négative" que, lors de notre rendez-vous du 21 février 2009, j'avais déjà, souvenez-vous, dans un contexte plus général eu l'opportunité de vous en expliquer fondements et teneur.

 

     Ici, Kaaper s'adressant à ceux des siens attendus pour régulièrement venir entretenir son culte funéraire, désire les convaincre qu'il a toujours été respectueux des normes éthiques en vigueur, partant, qu'il mérite amplement et leurs offrandes et leurs prières de manière à pouvoir être assuré d'une vie éternelle des plus heureuses :


    " J'ai construit ce tombeau justifié devant le dieu. J'ai construit ce tombeau avec mes biens propres (...)
Je n'ai jamais dit quoi que ce soit de mal contre quiconque. Je n'ai jamais rien volé à personne (...)
Celui qui aurait l'intention de perturber cette tombe serait jugé par le grand dieu, seigneur du jugement dernier (...)

Et de "signer" : le fonctionnaire royal, Kaaper.

 

 

     Mais qui donc fut ce Kaaper si "dispersé" - , qu'homonymie aidant d'aucuns sur le Net persistent à confondre avec le "Cheik-el-Beled" dont la célèbre statue en bois exposée au Musée du Caire fut mise au jour par Auguste Mariette au XIXème siècle ?

 

     C'est grâce à d'autres documents heureusement retrouvés qu'il me siérait, mardi 19 avril prochain, amis visiteurs, de faire en votre compagnie plus ample connaissance avec Kaaper ...
 

   

(Barta : 2005 2 ; Fischer : 1959, 233-72 ; Verner : 1993, 84-105)

30 mars 2016 3 30 /03 /mars /2016 07:15
AYONS DU CARACTÈRE !

 

 

Tentons d'oublier ce début de printemps maussade et meurtrier, tournons-nous vaillamment vers la Culture qui devrait nous sauver de la barbarie ambiante ...

 

 

Maintenant que je vous ai suggéré la direction d'un Soleil possible, amis visiteurs, j'espère que vous ne regarderez pas que le pied !

 

 

À bientôt ...

Publié par Richard LEJEUNE - dans A propos de ce blog
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22 mars 2016 2 22 /03 /mars /2016 00:02

 

 

     Les tombes royales et privées sont de loin les monuments archéologiques les mieux préservés de l'Ancienne Égypte. Il en existe des centaines et des centaines de type différents - les principaux étant les mastabas, les tombes rupestres, les "shaft" et les fosses. 

(...)

     Nous pouvons utiliser les tombes individuelles pour reconstruire la société d'une période donnée, caractériser la royauté, les structures sociales, la religion, les mécanismes de l'administration centrale, la mobilité des individus et des groupes, et bien d'autres éléments encore.

 

 

 

Miroslav  BARTA

Les tombes non-royales d'Abousir

 

Égypte, Afrique & Orient 77,

Les mastabas de l'Ancien Empire,

Montségur, Centre d'égyptologie, 2015,

pp. 15-6.

 

 

 

 

     Quand nous nous sommes quittés, la semaine dernière, amis visiteurs, je vous proposais de commencer d'envisager aujourd'hui avec vous ce que l'ultime décennie du XXème siècle avait réservé aux archéologues de l'Institut tchèque d'égyptologie (I.T.E.) qui, depuis le début des années soixante, explorent avec le succès que vous commencez à mieux connaître la nécropole d'Abousir, à une trentaine de kilomètres au sud-ouest du Caire actuel.

 

     Sous la direction de Miroslav Verner, nous l'avons vu, de nombreux complexes funéraires furent ainsi mis au jour. Les découvertes, fort heureusement, ne se tarirent nullement puisque, même après avoir quitté la direction de l'I.T.E., le Professeur Verner assumant celle de la Concession pour la Prospection d'Abousir, poursuivit ses travaux patronnant et accompagnant de nouveaux collègues : je n'en citerai que deux qui, relativement jeunes encore à l'époque, se révélèrent par la suite, vous le constaterez au fil des prochains mois, de brillants fouilleurs :  

    

L'ÉGYPTOLOGIE TCHÈQUE : III. LES FOUILLES D' ABOUSIR DURANT LA DERNIÈRE DÉCENNIE DU XXème SIÈCLE - 1. CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES

 

Ladislav BARES, ci-dessus

 

et Miroslav BARTA, ci-dessous.

L'ÉGYPTOLOGIE TCHÈQUE : III. LES FOUILLES D' ABOUSIR DURANT LA DERNIÈRE DÉCENNIE DU XXème SIÈCLE - 1. CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES

 

     Dès 1991, les missions archéologiques tchèques vont se diriger plus encore vers le sud du site pour en explorer les ultimes confins, à environ un kilomètre de la nécropole royale d'origine ; et ce, après avoir pris soin d'effectuer des sondages préalables dans cette zone bien circonscrite.

    Permettez-moi d'emblée une petite précision : en Professeur d'Histoire, mais pas uniquement pour cette raison, j'ai pris l'initiative de relater
 dans un ordre purement chronologique 
les découvertes qui se sont là succédé. Car en fait, ayant avec vous tout récemment quitté la tombe-puits d'Oudjahorresnet, il m'eût fallu, animé de la logique de terrain la plus élémentaire, envisager de vous emmener vers celles qui lui étaient proches dans ce cimetière saïto-perse, mais qui ne furent mises au jour que dans les années qui suivirent.

    J'ai en réalité plutôt préféré épouser le cheminement des égyptologues - même si, dans un premier temps, leurs raisons premières m'échappèrent en partie -, et donc momentanément choisi de quitter le cimetière ouest pour les accompagner dans celui de son extrémité sud.

    Le dessin cartographique ci-après, 
extrait de l'ouvrage "Abusir - Realm of Osiris", de Miroslav Verner (voir référence infrapaginale), qu'il est possible d'agrandir par un simple clic, devrait faciliter vos déplacements parmi les sépultures que nous allons bientôt découvrir : il s'agit de celles numérotées de 14 à 18.

 

L'ÉGYPTOLOGIE TCHÈQUE : III. LES FOUILLES D' ABOUSIR DURANT LA DERNIÈRE DÉCENNIE DU XXème SIÈCLE - 1. CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES

 

     Mais pour l'heure, ce qu'il importe de bien maîtriser, amis visiteurs, c'est l'aspect chronologique des lieux et, plus précisément, les différentes dynasties égyptiennes. Car si, avec ses pyramides effondrées et ses mastabas de hauts dignitaires, le secteur nord de la nécropole date pour une grande part de la Vème dynastie de l'Ancien Empire, la tombe-puits d'Oudjahorresnet, souvenez-vous, avait quant à elle été creusée quelque 1700 ans plus tard, soit à la XXVIème dynastie, à l'époque tardive donc, pour emprunter à Jean Yoyotte cette dénomination nettement moins dépréciative que le sempiternel Basse Époque que, pourtant, l'on rencontre encore très souvent dans les ouvrages de référence ...

(Mais ceci est une autre histoire !)

    Et maintenant, nouveau retour en arrière, là-bas, tout au sud du site, je vous  invite à renouer avec l'histoire des fonctionnaires palatiaux de l'Ancien Empire.

    Aussi, et afin que toutes ces allées et venues dans le temps et le sable du désert ne vous essoufflent démesurément, je vous propose aujourd'hui plutôt que déjà nous pencher au-dessus de nouvelles tombes de simplement les évoquer de manière très générale, en guise de mise en appétit pour les prochaines visites auxquelles, après le congé de Printemps, je vous convierai.

    Profitez donc de ces quelques moments de répit car, - et je vous l'annonce solennellement -, ce n'est pas en vacances que je vous emmènerai ces prochains mois : il ne s'agira nullement de vous prélasser au soleil d'une agréable croisière sur le Nil avec soirée dansante déguisés en Néfertiti, mesdames ou en Toutankhamon, messieurs.

     Non ! Ce seront plus certainement des godillots qu'il vous faudra chausser et des jeans endosser : nous allons à nouveau descendre, à la suite des archéologues tchèques, dans le sous-sol de la nécropole, en explorant avec eux ce qu'il est maintenant convenu d'appeler le cimetière des fonctionnaires de rang inférieur d'Abousir Sud.

    Certes, d'aucuns m'opposeront très vite qu'il ne s'agit point là d'une vraie découverte ; que plusieurs  des tombeaux que je compte prochainement vous faire visiter furent, au XIXème siècle déjà, l'objet de fouilles, notamment entreprises par l'expédition pour compte de la Prusse de l'égyptologue allemand Karl Richard 
Lepsius, (1810-1884) qui, de 1842 à 1845, sillonna précisément toute cette région des domaines funéraires de Guizeh, Saqqarah, Abousir ou autres aux fins d'en effectuer un relevé topographique d'importance cardinale pour l'égyptologie.


    Bien évidemment, je ne puis qu'entériner cette connaissance pointue qui est vôtre en la matière. Je préciserai simplement que si nos amis tchèques ont cru bon, là et alors, d'y consacrer un temps certain, c'était parce qu'ils jugèrent urgent d'y effectuer ce qu'ils nomment une "fouille de sauvetage" dans la mesure où la structure même de ces monuments se trouvait grandement - et irrémédiablement - menacée par d'avides pilleurs de sépultures.

    Parmi ces antiques "maisons d'éternité", je relève, sans prétention d'exhaustivité aucune, les mastabas en partie déjà connus de Kaaper, un fonctionnaire de très haut rang, et de Fetekti, un prêtre d'un temple royal, tous deux
 ayant vécu à la Vème dynastie, ; et ceux, nouvellement  mis au jour, de Qar, un vizir de la VIème dynastie et des membres de la famille d'un certain Hetepi, prêtre également, mais à la IVème dynastie ...

 

     Toutes ces fouilles, toutes ces découvertes  - ou redécouvertes, c'est selon -  menées par de jeunes collègues sous la direction attentive de Miroslav Verner s'étageront donc sur les dix dernières années du précédent siècle : à partir de 1990-91 pour ce qui concerne Kaaper, Fetekti et les tombes près de celle de Hetepi ; de 1993 pour Itehy, fonctionnaire du début de la IVème dynastie - ce qui correspondrait donc à la plus ancienne du site -, et de 1995 pour les sépultures des vizirs Qar et Isesiseneb ...

 

     Sans oublier - et là, il nous faudra revenir près de la tombe-puits d'Oudjahorresnet, dans le cimetière saïto-perse - celle également explorée à partir de 1995 d'un autre très important personnage de cette époque : Iufaa.

 

     Voilà donc, très rapidement exposé, ce qui vous attend, amis visiteurs, après les deux semaines des vacances scolaires de Printemps que l'Enseignement belge et ÉgyptoMusée vous offrent.

 

    Lmardi 12 avril prochain, pour être tout à fait précis, ce sera dans la première d'entre elles, celle de Kaaper, que je vous inviterai à descendre en compagnie des égyptologues tchèques.

 

 

    Excellent congé pascal à toutes et à tous. Profitez-en bien  ...

 

L'ÉGYPTOLOGIE TCHÈQUE : III. LES FOUILLES D' ABOUSIR DURANT LA DERNIÈRE DÉCENNIE DU XXème SIÈCLE - 1. CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES

 

 

... mais attention aux crises de foie !

 

 

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE 

 

 

 

BARTA MiroslavThe Cemetery of Lower-Ranking Officials at Abusir South, Prague, site de l'I.T.E

 

VERNER Miroslav, Abusir - Realm of Osiris, Cairo/New York, The American University in Cairo Press, 2002, p. 43.

18 mars 2016 5 18 /03 /mars /2016 14:08

 

     Autorisez-moi, amis visiteurs, en ce vendredi 18 mars, d'emprunter, tout en les transformant quelque peu, ces propos bien connus qui célébraient les rapports profondément amicaux entre Michel de Montaigne et Étienne de la Boétie, aux fins de vous réitérer mes remerciements les plus appuyés pour m'avoir, depuis le 18 mars 2008, indéfectiblement honoré d'une aussi belle et grande amitié : à vous qui m'accompagnez depuis huit années maintenant ; à vous qui avez au cours du temps, ici ou sur Facebook, toujours plus nombreux, découvert ÉgyptoMusée, "parce que c'est vous, parce que c'est moi", merci pour cette présence qui me porte, me stimule, m'encourage, me nourrit ...

     Merci pour votre réceptivité à mes coups de coeur, voire à mes coups de gueule. Merci pour l'intérêt que vous manifestez au point de m'adresser vos commentaires, vos questions, au point d'importer certaines de mes interventions sur votre propre page Facebook pour les partager avec le plus grand nombre ... 

 

     Aujourd'hui, c'est mon anniversaire de blogueur, partant, votre anniversaire de lecteur : 8 ans de "vie commune" pour certains, moins pour la majorité des autres mais peu me chaut : c'est à vous tous qu'il me sied d'offrir ces quelques bulles. 

 

     "Parce que c'était vous, parce que c'était moi", l'aventure de mon, de votre ÉgyptoMusée, fut et reste toujours un immense et indispensable pan de ma vie.

 

    Puisse-t-il perdurer de longues et belles années encore ...

 

 

"PARCE QUE C'ÉTAIT VOUS, PARCE QUE C'ÉTAIT MOI ...
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