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25 mai 2015 1 25 /05 /mai /2015 23:06

    Les Égyptiens élevaient un grand nombre de volailles, mais il n'est pas toujours facile de reconnaître les différentes espèces auxquelles elles appartenaient. Et, cependant, il n'est pas rare à l'Ancien Empire, que la représentation d'un oiseau soit accompagnée de son nom, mais il n'est pas rare, non plus, que des oiseaux qui portent des noms différents soient, extérieurement, si semblables que nous n'arrivions pas à les distinguer. Il arrive même qu'on hésite à appeler tel ou tel oiseau un canard ou une oie.

 

 

 

Jacques  VANDIER

Manuel d'archéologie égyptienne

Tome V : Bas-reliefs et peintures - Scènes de la vie quotidienne 

 

Paris, Picard, 1969, pp. 400-1

 

 

 

 

     Mardi dernier, c'est avec à l'esprit cette mise au point du grand égyptologue français Jacques Vandier que, souvenez-vous amis visiteurs, je vous présentai quelques petits modèles déposés sur le sol de la vitrine 6 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre qui, si je me réfère au cartel qui les accompagne, sont des oies, alors que les mêmes, exposés l'hiver dernier au Louvre-Lens, furent présentés en tant que canards.

 

    Cette polémique, ancienne je l'ai signalé, n'eut à vrai dire nullement le retentissement de celle, toujours à propos d'oies, qui secoue, - parfois de manière déplorablement hargneuse, voire grossière -, le Landerneau égyptologique depuis le mois d'avril dernier : il s'agit, - beaucoup d'entre vous l'auront compris dans la mesure où les médias s'en sont largement fait l'écho -, des arguments prônés par l'éminent égyptologue italien le Professeur Francesco Tiradritti en vue de mettre en doute l'authenticité d'une des plus belles peintures animalières qui nous soient parvenues de l'Égypte antique : les très célèbres "Oies de Meïdoum", aujourd'hui au Musée du Caire.

 

     Loin de moi, simple amateur, de prendre position dans ces échanges de haut niveau ... ou de bas, pour certains des participants !

     Nonobstant, il m'agréerait ce matin de complètement m'effacer aux fins de simplement vous donner à lire un document exceptionnel : l'interview exclusive du Professeur Tiradritti qu'a réalisée Madame Marie Grillot, pour son très intéressant blog "Egyptofile", recueil des "Unes" du non moins intéressant site qu'elle et Marc Chartier proposent sur Facebook : "Egypte-actualités" ; interview qu'elle a eu l'extrême amabilité de me premettre de publier ici, sur mon propre blog, pour vous, amis visiteurs.

     

     Merci à vous Marie pour cette extrême gentillesse et la confiance qu'ainsi vous m'accordez.      

 

 

 

 
Les célèbres "Oies de Meïdoum" ont été découvertes en 1872 au nord de la pyramide de Snefrou par une équipe envoyée par Auguste Mariette. La magnifique peinture de 27 cm de haut et 172 cm de large se trouvait dans la petite chapelle que Nefermaat avait dédiée à son épouse Atet dans son mastaba. Selon le récit d'Albert Daninos, qui était chargé de la fouille, c'est Luigi Vassalli, conservateur au musée de Boulaq, qui la détacha du mur et la transporta au Caire où elle est actuellement exposée au Musée Egyptien de Midan el-Tahrir dont elle constitue l'une des pièces les plus connues.
Ces dernières semaines, le monde de l'égyptologie a été secoué par la thèse de l'éminent Professeur Francesco Tiradritti, directeur de la Mission Archéologique Italienne à Louxor, professeur d’égyptologie à l’Université Kore de Enna en Italie, qui émet des doutes sur l'authenticité de la peinture.

“Égypte actualités” : Professeur, tout d'abord, nous sommes extrêmement touchés que vous acceptiez cette interview pour “Égypte actualités” et nous vous en remercions sincèrement. Pouvez-vous nous dire ce qui vous a amené à douter de l'authenticité des "Oies de Meïdoum"?
 
 
Francesco Tiradritti : J’ai commencé à douter lorsque je me suis demandé de quel genre étaient les oies. J’ai ainsi trouvé que quatre sur six appartiennent à des espèces typiques de la toundra et de la taïga, qui, lorsqu'elles migrent, n’arrivent plus au sud de la France et de l’Espagne du nord d’un côté et de la Turquie et de la Grèce de l’autre. J’ai trouvé cela un peu étrange et j’ai commencé à regarder la peinture avec des yeux différents. Toutes les anomalies que j’avais déjà relevées en décrivant la peinture dans le passé et que j’avais imputées au fait que je me trouvais devant un chef-d’œuvre, ont pris une autre signification. J'ai alors commencé à avoir de forts doutes sur l’authenticité de ces "Oies", doutes qui se sont trouvés accrus tout au long d'une recherche qui m’a pris à peu près un an. À la fin, j’avais sous les yeux trop de choses (couleur, proportions, traces de peinture au-dessous du fond, etc, …) qui ne correspondaient pas à ce que l'on connaît de l’art égyptien et j’ai décidé de publier mon opinion sur il Giornale dell’arte. 
 
 
Restitution de la paroi du mur nord du corridor de la chapelle d’Atet.
Cette restitution a été réalisée à partir des relevés anciens effectués par Mariette et Petrie et des fragments de peintures originaux (conservés à Boston, à Londres, à Manchester et au Caire) à l’occasion de l’exposition “Des dieux, des tombeaux, un savant - En Égypte sur les pas de Mariette Pacha”, Boulogne-sur-Mer, 2004
 
ÉA : Vous vous questionnez sur les espèces d'oies représentées qui, auraient pu, à l'Ancien Empire, ne pas exister en Égypte ? S'agit-t-il de l'oie du Nil, des bernaches à cou roux, ou d'une autre espèce ?

FT : Je ne suis pas ornithologue et je n’ai même pas la passion d’aller observer les oiseaux. Sur ce point, je fais confiance à l’opinion des experts qui ont des problèmes d’identification. Ce qui est sûr, c'est que le couple d’oies tournées à droite sont, comme vous dites, des bernaches à cou roux. Le deux oies tournées à gauche ont été identifiées avec une espèce qui se trouve aussi bien en Égypte. Les deux aux extrémités sont généralement identifiées comme des oies des moissons qui sont typiques de la toundra et de la taïga, mais il y a des experts qui ne sont pas d’accord avec cette opinion et il y a plusieurs avis émis sur ce sujet. On a même dit que si, aujourd’hui, ces oies ne se trouvent pas en Égypte, elles pouvaient y avoir été à l'époque pharaonique. Il faudrait alors expliquer pourquoi les bernaches à cou roux ne sont pas attestées ailleurs dans toutes les reproductions d’oies que l’on connaît de l’ancienne Égypte. Parmi les critiques que j’ai reçues, il y en avait une où l'on disait que les bernaches à cou roux sont rarement repérées en Égypte. L’auteur mentionnait 1874 comme date du premier repérage témoigné. Peut-être qu’il n’a pas fait attention que cette date est très proche de 1872 lorsque les "Oies de Meïdoum" ont été découvertes. Si ce que cette personne affirme était vrai, il ne démontrerait pas que les oies à cou roux étaient en Égypte à la IVe dynastie, mais qu’elles y étaient à la fin du XIXe siècle. Je n’ajoute rien à cela parce qu’il me semble évident de ce que cela implique. 
 
 
ÉA : La scène représentée est parfaitement symétrique : six oies, séparées très exactement en deux groupes, trois d'entre elles tournées vers la gauche, et les trois autres vers la droite : est-ce que cette composition vous interroge également ?

FT : La composition symétrique est connue en ancienne Égypte, mais pas dans la façon dont elle se trouve réalisée dans les "Oies de Meïdoum". S’il s’agissait d’une peinture égyptienne, les six oies devraient être toutes de la même dimension. Celles qui se trouvent aux extrémités sont seulement un peu plus petites que les deux couples qui les suivent. Cette disproportion est très commune dans un art qui connaît la perspective. Je l’avais prise comme une preuve de l’existence de quelque chose de très proche de cela dans l’ancienne Égypte et je l’avais expliqué, toujours, avec le fait que je me trouvais confronté à un chef-d’œuvre et, pour cela, unique dans son genre. Maintenant je vois cette composition comme un autre élément qui parle contre l’authenticité de la peinture.

ÉA : Vous êtes conscient que vos dires secouent le monde de l'égyptologie et que des voix s'élèvent... Pensez-vous, plus tard, pouvoir vous baser sur des analyses, de pigments par exemple, pour étayer votre thèse ? 

FT : Je suis parfaitement conscient du fait que déclarer la possible "fausseté" des "Oies de Meïdoum" peut m’attirer des critiques et, depuis la publication de mon article sur il Giornale dell’arte et sa reprise par la presse mondiale, il y a eu pas mal de gens qui se sont sentis en devoir d’exprimer leurs jugements sur le sujet, en arrivant parfois à m’insulter. Je dois avouer que tous les arguments qui ont été émis, soit étaient fondés sur une pauvre connaissance de l’argument et contenaient pas mal d’erreurs, soit sur une prétention qui trop souvent est devenue la règle dans notre domaine de recherche. 
Mon intention était de soulever un débat et de mettre en question une discipline comme l’égyptologie qui a besoin d’une autoréflexion pour devenir une véritable science.
L’affaire des "Oies" m’a fait comprendre que trop souvent on juge et on regarde sans vraiment ni voir ni analyser. Je suis le premier à m’être trompé pendant des années. J’ai publié au moins cinq fois sur les "Oies" comme si elles étaient un chef-d’œuvre de l’art égyptien. Après avoir regardé la question depuis différentes perspectives scientifiques, je suis arrivé à la conclusion que je me suis trompé. J'ai voulu partager ce résultat avec les collègues et je l'ai transformé en une invitation à vérifier ce que l’on a devant les yeux, et à le voir avec un regard différent. C’est aussi une invitation à la nouvelle génération des égyptologues égyptiens à examiner ce que leurs ancêtres ont fait sans se laisser conditionner par ce qui est déjà dit. Je crois que c’est à leur tour d’écrire l’histoire et l’histoire de l’art de leur pays. 
Je considère l’égyptologie comme étant une science avec des règles et des formules, comme toutes les autres. Je les ai appliquées et je suis sûr que toutes les analyses ne pourront que reconfirmer ce que je pense. Autrement je n’aurais pas écrit mon article. Renvoyer chaque décision finale à des analyses, qui peuvent aussi très bien être falsifiées (on a pas mal d’exemples dans le passé), signifie dénier le statut de science à l’égyptologie et je suis tout à fait contre cela. 

ÉA : Si l'égyptologue Luigi Vassalli avait vraiment réalisé un "faux" - ce qui ne serait absolument pas déontologique - qu'elle aurait pu être sa motivation ? 

FT : Je ne crois pas que, dans l’esprit de Vassalli, peindre les "Oies de Meïdum" ait pu représenter quelque chose de déontologiquement incorrect. Il faudrait étudier un peu mieux la façon de concevoir les antiquités et les musées au XIXe siècle. Je crois que Vassalli a voulu remplir un vide dans le musée de Boulaq (il n’y avait pas de peintures) dans une intention tout à fait didactique. C’est le même esprit qui a poussé Arthur Evans à refaire des parties entières du Palais de Cnossos, par exemple. Pendant des dizaines d’années, personne n'a rien trouvé à redire sur ses "restaurations" qui ont même servi à bâtir un mythe de grandeur autour de la civilisation Minoenne qu'à bien voir, il vaudrait mieux réviser. Il faudrait faire la même chose avec la culture égyptienne. Si l'on arrivait à établir que les "Oies" ne sont pas un produit de l’Ancien Empire (je ne veux pas utiliser le mot de "faux"), mais d’un peintre du XIXe siècle (Luigi Vassalli), on perdrait sûrement un chef-d’œuvre, mais on obtiendrait une vision un peu plus vraie de l’art égyptien dont la magnificence, d’ailleurs, ne se fonde absolument pas seulement sur cette peinture. 

propos recueillis par Marie Grillot pour “Égypte actualités”

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Rich'Art
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18 mai 2015 1 18 /05 /mai /2015 23:05

     Après avoir envisagé avec vous, amis visiteurs, depuis mars 2014, les monuments exposés de ce côté sud de la vitrine 6 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre aux fins d'en retirer la substantifique moelle de ce qu'ils avaient à nous révéler concernant les repas des Égyptiens, tant pour ce qui concerne les légumes et les fruits que les produits carnés qui, selon que l'on était "puissant ou misérable", se composaient de morceaux de premier choix ou plus simplement d'intestins, de foie, de cervelle ou de langue après avoir, la semaine dernière, évoqué les lieux d'abattage et de dépeçage des animaux consommés, et alors que dans moins d'un mois probablement nous nous acheminerons vers le meuble suivant, je m'en voudrais de n'avoir point attiré votre attention sur une dernière possibilité de nourriture.

 

    M'autorisant dans un premier temps des pièces immédiatement avant les modèles de cour de boucherie ici devant vous posées et que j'ai délibérément laissées pour, - oserais-je employer cette expression ? -, la "bonne bouche", j'escompe dès ce matin prendre quelques mardis supplémentaires pour vous faire goûter de la volaille, puis définitivement clore le meuble.

 

SALLE 5 - VITRINE 6, CÔTÉ SEINE : 30. DE L'OIE ... ni d'un jeu ni du Capitole ...

     

     Même si cette double vitrine, jamais, n'y fit allusion, vous devez savoir qu'au-delà du boeuf, du porc et d'autres animaux, les Égyptiens ne dédaignèrent pas lhérisson, voire aussi la souris, puisqu'il appert, si j'en crois l'égyptologue français Pierre Tallet, que leurs petits ossements ont parfois été identifiés dans l'estomac de certaines momies analysées.

    Ne réside-t-il pas là un éclectisme au sein duquel nos pratiques alimentaires pourraient peut-être puiser afin de trouver une solution pour accompagner les araignées, les vers et les criquets sautés promis pour les proches décennies à venir  ?

 

    En revanche, comme déjà je l'ai signalé, souvenez-vous, lors de notre rendez-vous du 20 avril 2012, je puis difficilement accréditer ses propos quand dans cette énumération, il cite l'hyène, s'appuyant  sur la scène de gavage bien connue réalisée en léger relief puis peinte, au premier registre du mur nord de la chambre A 13 du mastaba de Mererouka qu'à défaut d'avoir réellement visité, vous trouvez décrit sur l'excellent site d'OsirisNet, préférant pour ma part emboîter le pas à un de ses confrères, l'égyptologue Pierre Montet, quand il affirme que les riverains de la vallée du Nil ne considéraient pas de tels carnassiers comme nourriture acceptable tant pour les vivants que pour les défunts, ajoutant que de les gaver relevait d'une tout autre finalité : celle de dissuader l'hyène de se repaître de gibier quand elle était requise pour participer à une chasse dans le désert.

 
 

Gavage des hyènes - Mererouka (OsirisNet)

 

 

     Ce dont toutefois vous devez être certains, amis visiteurs, c'est de l'engouement général pour diverses volailles, dont l'oie que, plumée, troussée et  prête à rôtir ou à simplement cuire, ils représentèrent si fréquemment sur les tables d'offrandes mises au jour dans leurs complexes funéraires ; et ce, dès l'Ancien Empire.

 

     Que ce soit pour sa chair ou parce qu'élevée par les gens du peuple, elle constitua un mets peu coûteux qui, à l'instar d'autres volatiles tels que pigeons, canards, grues, hérons, cailles et perdrix, sans oublier maints oiseaux des régions aquatiques, fut indéniablement apprécié : souvenez-vous de ces scènes de chasse dans les marais, de ces filets hexagonaux dont ils se servaient pour les capturer ; souvenez-vous aussi de ces théories de porteuses et porteurs d'offrandes chez Akhethetep, croisés ici même, dans une salle précédente, à l'automne 2008 ...

 

     Mets apprécié aussi au point de vouloir s'assurer de sa présence dans l'Au-delà : la "pancarte" du mastaba de Ptahhotep ne stipule-t-elle pas en effet l'apport de 121 200 oies ro (comprenez : "cendrées") et, dans les mêmes proportions, d'oies tcherep ("rieuses") ?

     Et comme si cela ne suffisait pas encore, s'y additionnent 11 100 oies semen (= "du Nil") !, avais-je aussi noté lors d'une autre de nos rencontres au cours de laquelle j'avais traité de la suralimentation forcée de certains animaux. 

 

             A cette liste, vous pouvez encore ajouter les oies ser ("grises") et les hedj, ("blanches") puisque les recherches égyptologiques ont relevé l'existence à l'époque d'au moins cinq catégories d'oies différentes.

 

 

     Celles sur lesquelles je vous propose de maintenant nous pencher (E 17239 - E 25189 - E 25190 - E 25191 et E 25192) sont répertoriées au Louvre parisien - à la fois sur les cartels et sur son site Internet -, comme étant des "Modèles d'oies troussées".

 

 

SALLE 5 - VITRINE 6, CÔTÉ SEINE : 30. DE L'OIE ... ni d'un jeu ni du Capitole ...

    

     Bizarrement, deux d'entre elles (E 25189 et E 25192) qui s'envolèrent cet hiver jusqu'au Musée du Louvre-Lens pour représenter l'espèce à la très belle exposition "Des animaux et des pharaons. Le règne animal dans l'Égypte ancienne", furent chacune identifiées par Noëlle Timbart, Doctorante en égyptologie, en tant qu'un "Modèle de canard prêt à cuire".

 

     Convenez, amis visiteurs, que voilà une bien étonnante mutation génétique opérée entre Paris et Lens !!

 

     Toutefois, et pour tempérer un humour que je ne voudrais point trop caustique, l'honnêteté intellectuelle m'invite à préciser que ce n'est pas la première fois, dans l'histoire de cette discipline, que des égyptologues animaliers mais pas nécessairement ornithologues patentés, s'interrogent sur de semblables figurations et s'opposent quant à déterminer si ce sont des canards ou des oies.

     Pour certains autres, comme le Suisse Philippe Germond, l'image de volatiles troussés destinés à être offerts aux défunts, symboliserait l'ensemble de la volaille, sans distinction d'une catégorie particulière.

 

     Au-delà de ces questionnements identitaires, que puis-je vous dire à propos de ces cinq  pièces déposées sur le sol de la vitrine, ici devant vous ?

 

     Qu'à l'instar des deux premières des trois figurines qui se succèdent tout en haut et que nous avions étudiées à partir de novembre 2013,

 

E 25212 - E 25213 et E 17238

 

elles entrèrent dans les collections du Musée en 1951, suite à une donation du gouvernement égyptien du roi Farouk en partage des fouilles entreprises par l'égyptologue français Jean Vercoutter sur le site de Kom ed-Dara, en Moyenne-Égypte.

 

    Qu'à l'instar aussi de ces trois petits personnages, elles constituent des simulacres, des modèles datant du Moyen Empire qui, comme je vous l'ai précisé mardi dernier, matérialisaient des thématiques qu'aux dynasties précédentes les défunts souhaitaient emporter dans leur maison d'éternité, afin, l'image valant l'action, d'être assurés de leur efficacité post mortem.

 

     Qu'à l'encontre de ces trois figurines en calcaire, elles furent confectionnées en un matériau plus "riche", la calcite, que certains savants préfèrent nommer "albâtre égyptien".

 

     Que leur longueur varie entre 13 et 15 centimètres.

 

     Qu'en tant qu'oies, à l'image de celles que l'on retrouve en guise de cuilleron dans les cuillères à offrandes, - et non "à fard", comme d'aucuns persistent à erronément les appeler -, dont je vous avais entretenu le 24 octobre 2011

 

 

N-1725-a.jpg

 

    

elles étaient empreintes d'éléments symboliques ressortissant au domaine de la pure sémantique, comme ce fut d'ailleurs très souvent le cas dans l'art égyptien : elles matérialisaient en effet un emblème hiéroglyphique qui pouvait se lire Geb, nom du dieu de la terre que certains textes funéraires appellent "Grand Jargonneur".

 

     Rappelez -vous que la parèdre de Geb, dans l'ennéade héliopolitaine, était Nout, déesse du ciel, divinité primitive figurée aux plafonds de certaines tombes ou à l'intérieur de couvercles de sarcophages. De tout le panthéon égyptien, elle fut la seule à être représentée sous l'apparence d'une jeune femme entièrement nue pour autant qu'elle soit allongée sur l'étendue céleste. D'où, vous l'aurez compris, la relation avec les cuillères ornées telles que celle-ci (N 1725 a - Cliché : Louvre © Ch. Décamps), alliant ébène et ivoire, et que vous pourrez éventuellement une nouvelle fois contempler tout à l'heure, après notre rencontre, dans la vitrine 13 si vous vous rendez au premier étage ci-dessus, en salle 24.

 

     Les mythes religieux nous expliquent également que Nout, chaque soir, avale le soleil à son couchant qui, la nuit durant, traverse son corps de manière à renaître à l'aube nouvelle : existe-t-il plus beau symbole de  renaissance, de régénérescence d'un défunt que celui-là ?

 

     Ce couple, dans la conception cosmogonique héliopolitaine, eut aussi pour fils Osiris, dieu des morts. Pas étonnant, dès lors, que toutes les représentations d'oies, qu'elles soient gravées, peintes ou en ronde-bosse, fassent partie du viatique funéraire destiné à notamment préserver la vie post mortem en faisant offrande aux dieux que chaque défunt - devenu un nouvel Osiris parce que reconnu justifié par le Tribunal divin lors de la psychostasie -, sera susceptible de retrouver dans l'autre monde ; destiné aussi - c'est le cas de celles qui présentent des symboles à connotation érotique -, à permettre une régénération qui assurera au trépassé un devenir dans l'Au-delà semblable, si pas meilleur, à la vie qu'il a connue ici-bas et, surtout, qui lui permettra de recouvrer sa vigueur sexuelle à son acmé ; destiné enfin à le nourrir pour l'éternité : c'est évidemment le cas des cinq très beaux petits modèles que j'ai souhaité aujourd'hui vous permettre d'admirer.

 

    J'espère toutefois, amis visiteurs, que mes propos ressortissant au domaine de la conception symbolique de l'oie ne vous ont point lassés à l'instar de ceux d'un grand jargonneur et que, de ce fait, vous ne me précipiterez pas du haut de la roche tarpéienne, car j'ai encore à vous présenter l'animal sous différents autres points de vue ...

 

     S'il vous agrée de poursuivre cette introspection de l'oie en ma compagnie, je vous propose de nous retrouver tous devant cette vitrine 6 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre mardi  26 mai prochain.

 

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

 

GERMOND Philippe

En marge du bestiaire : un drôle de canard ..., BSÉG 25, Genève, 2002, pp. 75-94.

 

MEEKS Dimitri/FAVARD-MEEKS Christine
Les dieux égyptiens, Paris, Hachette, 1995, p. 150.

 

MONTET  Pierre

Les scènes de la vie privée dans les tombeaux égyptiens de l'Ancien Empire, Paris/Strasbourg, Librairie Istra, 1925, p. 114.

 

PETERS-DESTÉRACT  Madeleine

Pain, bière et toutes bonnes choses ... L'alimenattion dans l'ancienne Égypte, Monaco, Éditions du Rocher, 2005, pp. 76 sqq.

 

TALLET Pierre

La Cuisine des pharaons, Arles, Actes Sud, 2003, pp. 54-65.

 

TIMBART  Noëlle

"Modèle" de canard prêt à cuire, dans Des animaux et des pharaons. Le règne animal dans l'Égypte ancienne, Catalogue de l'exposition au Musée du Louvre-Lens, Paris, Somogy Éditions d'art, 2014, notice p. 130.

 

VANDIER  Jacques

Manuel d'archéologie égyptienne, Tome V : Bas-reliefs et peintures - Scènes de la vie quotidienne, Paris, Picard, 1969, pp. 400-4.

 

E 25212 - E 25213 et E 17238

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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11 mai 2015 1 11 /05 /mai /2015 23:05

 

 

     Le Louvre est le livre où nous apprenons à lire. Nous ne devons cependant pas nous contenter de retenir les belles formules de nos illustres devanciers. Sortons-en pour étudier la belle nature, tâchons d'en dégager l'esprit, cherchons à nous exprimer suivant notre tempérament personnel. 

 

Paul  CÉZANNE

Lettre à Émile Bernard (1905)

 

dans Conversations avec Cézanne 

Paris, Macula, 1978

 

 

 

 

     Nos déambulations au sein de la salle 5 du circuit thématique du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre consacrée, je le rappelle au passage, à la chasse, à l'élevage et à la pêche, ainsi que tout ce qui permet de constituer les repas, réels ici-bas ou souhaités pour l'au-delà des Égyptiens, nous ont amenés, amis visiteurs, à nous intéresser depuis un très long temps déjà, aux monuments que propose la sixième de ses vitrines, meuble double en réalité puisque vous n'ignorez plus maintenant que sa face interne, tournée vers le centre de la salle, se consacre à la thématique du pain et de la bière, tandis que celle des légumes et de la viande se déploie de l'autre côté,

 

SALLE 5 - VITRINE 6, CÔTÉ SEINE : 29. DES MODÈLES DE COUR DE BOUCHERIE ...

celui, goulûment embrassé, voire embrasé, par la lumière naturelle qui filtre à travers les hautes fenêtres grillagées donnant sur les quais de Seine

 

SALLE 5 - VITRINE 6, CÔTÉ SEINE : 29. DES MODÈLES DE COUR DE BOUCHERIE ...

et, au-delà, sur l'Institut de France créé pour accueillir les Académiciens

SALLE 5 - VITRINE 6, CÔTÉ SEINE : 29. DES MODÈLES DE COUR DE BOUCHERIE ...

 

qui, jusqu'à la fin du XVIIIème siècle, siégeaient toujours au Louvre, n'ayant que le Pont des Arts à emprunter pour aller définitivement s'installer sous la célèbre "Coupole".

 

     Sur les divers monuments exposés du côté sud de la vitrine 6, rappelez-vous, nous nous sommes déjà abondamment penchés, le porc et ce que j'avais à vous en dire étant le dernier sujet en date avec notamment cette petite enquête qui a monopolisé nos trois mardis précédents.

 

     Ce matin, je vous propose de prendre nos distances par rapport à l'étude d'une nouvelle catégorie de viande consommée et de plutôt accorder notre attention à un endroit bien spécifique, peu représenté et pourtant le premier d'importance pour les thèmes qui actuellement nous occupent puisqu'il constitue celui où tout commence pour le consommateur et où tout finit pour l'animal : vous aurez évidemment compris que je veux évoquer le lieu d'abattage.

 

     Deux objets peu connus que les Conservateurs en charge de la vitrine ont choisi de déposer à même son sol, deux figurations de cour de boucherie en terre cuite, serviront de faire-valoir à notre rencontre.

SALLE 5 - VITRINE 6, CÔTÉ SEINE : 29. DES MODÈLES DE COUR DE BOUCHERIE ...

 

     Datant du Moyen Empire, à l'instar de ces petites maquettes ou de ces statuettes de laborieux que nous avons déjà croisées ici et là, elles matérialisent des thématiques qu'à l'époque précédente les défunts avaient pris l'habitude de faire graver ou plus souvent peindre sur les parois murales de leurs mastabas, aux fins, l'image valant action, d'être assurés de leur efficacité post mortem.

 

      Crise économique aidant, s'offrir les services d'un "scribe des contours" greva outre mesure le budget de certains, qui furent alors contraints de se faire façonner dans un matériau peu coûteux un élément essentiel du tableau ancien de manière à évidemment bénéficier des mêmes assurances de subsistance pour l'éternité. 

 

    Cette modification notoire, - j'entends l'apparition, au sein du mobilier funéraire, de ce que les égyptologues nomment volontiers des modèles -, émergeant à la fin de la VIème dynastie de l'Ancien Empire, perdurant toute la Première Période intermédiaire (P.P.I.) et atteignant manifestement son acmé au Moyen Empire, avec la XIème dynastie, aux temps des Mentouhotep et Antef qui s'y sont succédé, relève en effet des conditions socio-économiques d'une époque, - une petite centaine d'années, approximativement de 2134 à 2040 avant notre ère -, se caractérisant par une dislocation de l'Etat égyptien centralisé qui avait permis à l'Ancien Empire de se constituer. S'ensuivirent inéluctablement des troubles dont la littérature du temps se fit l'écho : je pense ainsi à un texte fameux connu sous le nom de "Lamentations d'Ipou-Our",  que je vous avais déjà permis de lire, à tout le moins quelques extraits.

 

     Le premier de ces modèles donc, que je souhaiterais vous présenter aujourd'hui, 

SALLE 5 - VITRINE 6, CÔTÉ SEINE : 29. DES MODÈLES DE COUR DE BOUCHERIE ...

mesure 7 centimètres de haut, 27,7 de long et 20,7 de large. Il fut acheté par le musée en 1986.

 

     Pour le second, plus rectangulaire, posé à sa droite,

SALLE 5 - VITRINE 6, CÔTÉ SEINE : 29. DES MODÈLES DE COUR DE BOUCHERIE ...

je n'ai trouvé aucune notice documentaire qui eût pu m'en indiquer les dimensions. 

 

     Pis : les cartels qui accompagnent les pièces ne fournissent qu'un seul numéro d'inventaire : E 27254

 

     Quand ils indiquent que toutes deux sont en terre cuite, que toutes deux datent du Moyen Empire ; quand ils fournissent approximativement la même description de ce que chaque cour contient, pourquoi prendre la peine de placer deux cartels aussi peu diserts ?

 

     Que déduire de cette carence d'informations ? Qu'il y a oubli de la part des concepteurs de la vitrine ou que le même numéro vaut pour les deux ? Que ces maquettes sont le produit du même mode d'acquisition ? Que la même provenance géographique les réunit ? Que ..., que ...   ? 

 

    Bref, et pour reprendre les propos de Paul Cézanne à Émile Bernard que je vous ai d'emblée choisis en guise d'incipit : "... tâchons d'en dégager l'esprit, cherchons à nous exprimer suivant notre tempérament personnel."

 

 

     Il me paraît indéniable que ces maquettes traduisent dans la matière une partie d'un véritable topos iconographique qu'inévitablement ceux parmi vous qui se sont déjà rendus en terre pharaonique auront remarqué au détour d'une visite de la nécropole de Guizeh : le thème du sacrifice d'un bovidé auquel j'ai notamment fait allusion quand, de conserve, nous nous sommes attardés devant les fragments peints de la vitrine 4 ², là-bas, sur le long mur nord de cette salle, provenant du mastaba de Metchetchi ; thème que les égyptologues sont convenus de nommer "scène de boucherie", dans laquelle un professionnel, boucher ou prêtre ritualiste, suivant la finalité des opérations, maintient levée une des pattes antérieures d'un animal - ce peut être un boeuf, même si nous avons vu également que cela pouvait aussi bien concerner une gazelle qu'un oryx ou une antilope -, qu'il s'apprête à découper.

 

 

      Ayant déjà pris la peine, en mars 2012, de vous décrire dans le détail le déroulement des gestes posés par cet homme, autorisez-moi à n'y point revenir et, grâce à nos deux modèles, à donc plutôt explorer le lieu où cela se passait.

 

    

   Il vous faut d'abord être conscients, amis visiteurs, que bien qu'il soit pratiquement assuré que chacun des temples funéraires égyptiens se devait de réserver un espace pour procéder à l'abattage et au dépeçage des animaux destinés à "nourrir" le dieu tutélaire, dans un premier temps, l'ensemble des prêtres qui y rendaient le culte au souverain, dans un second, peu de traces archéologiques rendent compte de ces maisons d'âmes, comme les nommaient les Égyptiens -,à l'exception toutefois de l'imposant abattoir, de 27 mètres de long et 15 de large du complexe funéraire de Raneferef, celui sur lequel on dispose de plus de renseignements. À l'exception aussi, de celui d'Ouserkaf, des deux abattoirs de Niouserrê, ainsi que de celui qu'évoquent les archives du temple funéraire de Neferirkarê-Kakaï, (tous souverains de la Vème dynastie) - archives qu'il est convenu d'appeler les Papyrus d'Abousir -, magistralement étudiées en 1976 par l'égyptologue française, Madame Paule Posener-Kriéger. 

 

     Ces papyri ressortissant au domaine de la comptabilité révèlent en effet que le temple solaire du roi, aujourd'hui entièrement disparu, constituait l'endroit où étaient entreposés les vivres quotidiennement acheminés, grâce à une embarcation prévue à cet effet, en direction du temple funéraire qu'ainsi ils approvisionnaient.

 

     Ils nous apprennent également qu'une salle de ce temple solaire avait été agencée pour permettre l'abattage des bêtes sacrifiées avant qu'on les transportât au temple funéraire.

 

    Ils nous précisent aussi qu'un boeuf - plus, pour les besoins accrus lors de célébrations de fêtes -, était abattu chaque jour aux fins de subvenir au culte funéraire du roi.

 

     Ils nous indiquent enfin que le temple funéraire de Niouserrê disposait d'une "boucherie" apparemment modeste mais néanmoins suffisante pour pallier d'éventuelles carences au niveau du temple solaire. 

 

     Il y  eut évidemment aussi des abattoirs "privés" : c'est vraisemblablement ce que figurent les deux objets devant vous au bas de la vitrine 6 ; ou, pour être plus précis, je pense qu'ils nous donnent à voir la cour, cernée de murets, qui précédait la boucherie où s'effectuait la mise à mort des animaux, ici en l'occurrence, des bovidés puisque au centre de chacune, jonchent le sol, notamment la tête d'un boeuf, quelques-unes de ses côtes et d'autres parties de sa découpe. En outre, au centre de la première, vous distinguez le "khepech" : souvenez-vous, c'est la patte antérieure droite, morceau de choix qui devait obligatoirement être proposé en première offrande au défunt.

 

     Pourquoi la nommer cour, me demanderez-vous ? Parce que si vous regardez encore plus attentivement, vous constaterez la présence d'une rigole centrale voire de plusieurs, selon les modèles, creusées pour permettre l'évacuation des liquides organiques, probablement aussi pour faciliter l'écoulement des eaux après que l'entretien de l'abattoir, le travail du jour terminé, a été effectué ; abattoir qui, notez-le, se situe, dans le second modèle à tout le moins, derrière les quatre ouvertures du fond, sous la  mezzanine à laquelle un escalier, à gauche, permettait d'accéder.

 

     Un dernier détail : il est évident que, dans la réalité, les parties découpées des bovins n'étaient pas ainsi exposées au soleil, au milieu de la cour. Il s'agit ici d'une convention adoptée par l'artiste pour vous permettre de "visualiser" tout ce qu'il veut que vous compreniez de la "scène de boucherie". Et cela, bien sûr, dans le cadre de la notion d'aspectivité caractérisant l'art égyptien qui, comme vous ne l'ignorez plus depuis notre rendez-vous du 2 mai 2011, veut que l'artiste s'efforce de fournir une représentation simultanée de tous les aspects susceptibles de nous informer le plus complètement possible sur un sujet donné.

 

     Il est certain, admettez-le, amis visiteurs, que dans le cas de ces représentations de cours, les morceaux de viande ainsi figurés sur leur sol nous renseignent bien plus précisément sur la finalité des lieux que s'il n'y avait rien eu dedans.

 

 

    Et c'est maintenant, avant de nous quitter, que je me dois de vous soumettre un point qui m'interpelle. 

 

   La première de ces maquettes figure dans le splendide catalogue édité à l'occasion de l'exposition récente "Des animaux et des pharaons", au Louvre-Lens. À la page 110, sous la plume de Geneviève Pierrat-Bonnefois, Conservateur en chef du Patrimoine, responsable de la documentation au Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, je m'étonne qu'elle soit définie en tant que : "Plateau d'offrandes en forme de cour de boucherie". 

 

     Plateau d'offrandes ?

     Dois-je comprendre : "Table d'offrandes" ?

 

    Pourtant, dans le corps de sa notice, l'égyptologue française indique que cette pièce doit être différenciée des tables d'offrandes dans la mesure où, d'une part, elle s'inspire de l'architecture rurale et, d'autre part, ne propose que des denrées en rapport direct avec les bovins.

 

    Et là, inévitablement, j'excipe des limites intellectuelles du simple amateur que je suis : alors que je ne connais pas de parallèle pour tenter de comprendre le sens de cette appellation, quelle(s) différence(s) dois-je ici établir entre un plateau d'offrandes et une table d'offrandes ?

 

 

 

 

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

 

 

HAMONIC  Fanny

"Adieu veau, vache, cochon, couvée ..." - La boucherie à l'Ancien Empire : croisement des données iconographiques, textuelles et archéologiques, Cahiers de l'École du Louvre n°3, Paris, 2013, pp. 53-62.

(Librement téléchargeable sur ce site) 

 

 

 

PIERRAT-BONNEFOIS  Geneviève

Plateau d'offrandes en forme de cour de boucherie, dans Des animaux et des pharaons. Le règne animal dans l'Égypte ancienne, Catalogue de l'exposition au Musée du Louvre-Lens, Paris, Somogy Éditions d'art, 2014, p. 110.

 

 

 

POSENER-KRIÉGER  Paule

Les archives du temple funéraire de Neferirkarê-Kakaï (Les papyrus d'Abousir), BdÉ LXV, Le Caire, I.F.A.O., 1976, Tome 2, pp. 519-23.

 

 

 

WILDUNG Dietrich
L'âge d'or de l'Egypte, le Moyen Empire, Fribourg, Office du Livre, 1984, passim.

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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4 mai 2015 1 04 /05 /mai /2015 23:05

 

     Il est donc important de remonter jusqu'aux origines de cette histoire, dans l'espoir qu'un tel travail du souvenir puisse contribuer à une meilleure compréhension, et à un dépassement de cette dynamique qui est à l'oeuvre dans la constitution d'un rejet culturel ou religieux.

 

 

 

Jan  ASSMANN

Moïse l'Égyptien. Un essai d'histoire de la mémoire

 

Paris, Aubier, 2001, p. 81

 

D'UN PRÉTENDU "INTERDIT" DU PORC  ?  - 3. TEXTES GRECS ET LATINS

 

     Du petit village de pêcheurs d'Elounda, au nord-est de la Crète, l'on aperçoit, au milieu de la baie de Mirabello, une "longue épine" rocheuse écrasée de soleil. Maintenant inhabité, cet ilôt aride du nom de Spinalonga est connu pour avoir accueilli jusqu'en 1957 l'ultime lazaret européen.

 

    Aménagé par ceux-là mêmes qui allaient vivre et mourir dans une forteresse ceinte d'impressionnants remparts qu'avaient bâtie en 1579 les Vénitiens aux fins de protéger le port d'Elounda des Ottomans qui tentaient d'y imposer leur suprématie, il hébergea en effet depuis le début du XXème siècle, une communauté de lépreux, autarcique puisque rejetée de tous, qui parfois atteignit jusqu'à 400 malades confinés là, victimes d'une étiologie religieuse qui stigmatisait bien plus leur "impureté" que les déformations cutanées dont ils souffraient.

 

    Pour ceux d'entre vous que l'histoire de cette léproserie intéresserait, je signale simplement ce petit article du docteur Aly Abbara.

 

    L'évoquer à l'entame de notre présente rencontre, après vous avoir, mardi dernier, donné à lire quelques textes égyptiens permettant d'approfondir la thématique du prétendu "interdit" de consommation de porc et vous avoir promis d'aborder ce matin les auteurs classiques grecs et latins sur ce même sujet, n'est évidemment pas anodin dans la mesure où je voudrais revenir sur ce terrible fléau chronique qu'est la lèpre, sur cette maladie séthienne aux yeux des Égyptiens, qui diffusée à partir de la Mésopotamie, n'atteignit les côtes proche-orientales de la Méditerranée (Canaan, notamment) que vers le XIVème siècle avant l'ère commune, le reste du monde antique, dont l'Égypte, n'y ayant été confronté que 10 siècles plus tard, à l'époque gréco-romaine donc. C'est dire la lenteur de la pandémie ; c'est dire aussi son absence durant toute l'histoire égyptienne proprement autochtone.

 

     L'imaginaire collectif, je l'ai souligné la semaine dernière déjà, imputait à l'infâme porc d'en être le vecteur originel : accusation qui constituait la punition infligée pour avoir osé attenter à l'oeil divin ; accusation que l'on sait maintenant dénuée de fondement puisque les scientifiques ont définitivement prouvé que, quelle que soit ses distinctions cliniques - lépromateuse ou tuberculoïde, sur lesquelles vous me permettrez de ne pas m'étendre -, la maladie est due au "bacille de Hansen" (Mycobacterium Leprae) et ne touche exclusivement que les humains.

     C'est à tout le moins ce qu'affirmait le Professeur Mirko Grmek, (1924 - 2000), cité par Thierry Bardinet dans un excellent article, tous deux référencés dans ma bibliographie infrapaginale.   

  

 

     Mais accueillons ces auteurs antiques avec lesquels je vous ai aujourd'hui donné rendez-vous. Et, d'emblée, convoquons à la barre le premier d'entre eux, - si je m'en tiens à la chronologie -, le philosophe et moraliste grec Plutarque (circa 46 - 125) pour nous présenter deux extraits de ses Oeuvres morales.

 

     Au Livre V, d'abord, intitulé Isis et Osiris, il écrit :

 

    Les Égyptiens regardent aussi le porc comme un animal impur. Et cela parce que ces animaux paraissent le plus souvent s'accoupler quand la lune décroît et que leur lait fait ensuite fleurir, sur le corps de ceux qui en boivent, la lèpre et d'autres terribles affections cutanées. Pour expliquer le fait qu'une seule fois dans l'année, pendant la pleine lune, les Égyptiens immolent un porc et en mangent, ils disent que Typhon, [comprenez : Seth] en poursuivant un de ces animaux pendant la pleine lune, trouva le coffre de bois où était renfermé le corps d'Osiris et le défonça.

 

    En note, Mario Meunier, traducteur et commentateur de l'ouvrage, précise un point que je m'autoriserai à simplement rappeler puisque, amis visiteurs fidèles, vous en connaissez déjà la teneur : 

 

 " Selon d'autres traditions, les Égyptiens immolaient un porc parce que, l'âme d'Osiris habitant la lune, Typhon, le quinzième jour de chaque mois, à la pleine lune, attaquait cet astre sous la forme d'un pourceau noir, et essayait de le dévorer. En immolant cet animal, on croyait aider au développement et favoriser la constance des phases de la lune qui, chaque mois, diminue, décroît, disparaît, pour renaître et croître au début du mois suivant."

 

    Dans les mêmes Oeuvres morales, au Livre IV de ses Propos de table, Plutarque écrit, (Question V) :

 

     Si la chair du porc cause tant d'horreur aux Juifs, c'est, je crois, parce que les Barbares redoutent par-dessus tout la lèpre et la gale, persuadés que de telles maladies finissent par ronger les hommes sur qui elles se jettent. Or nous voyons que généralement le porc a sous le ventre la peau couverte de lèpres et de pustules blanchâtres : éruptions qui semblent se produire à la suite d'un mal secret et d'une corruption intérieure. Du reste la malpropreté du porc en sa façon de vivre donne à sa chair une mauvaise qualité. Nous ne voyons aucun animal aimer autant que lui la bourbe et les endroits dégoûtants et impurs, si l'on excepte les bêtes qui y naissent et qui sont destinées par leur nature à y séjourner. 

 

      Aux fins de m'assurer de la bonne compréhension de cette traduction, permettez-moi d'indiquer qu'aux yeux des Grecs, étaient qualifiés de "Barbares" tous les peuples qui n'étaient point grecs ; en l'occurrence, les Égyptiens. 

 

    Ici, vous aurez remarqué qu'intervient une dimension nouvelle, d'extrême importance : la référence au peuple juif. Nous y reviendrons ... 

     

     Et précisément, poursuivons, par un très long extrait du Livre V des Histoires, de l'historien romain Tacite (58 - circa 120), contemporain de Plutarque, qui vous permettra de comprendre la genèse de bien des attitudes ayant, tout au long de l'Histoire de l'Humanité, et jusqu'à l'épouvantable XXème siècle, impitoyablement pesé sur les Juifs, voire, étant encore susceptibles de les atteindre dans les décennies à venir :

 

     " III. La plupart des auteurs s'accordent à dire qu'une maladie contagieuse qui couvrait tout le corps de souillures s'étant répandue en Égypte, le roi Bocchoris en demanda le remède à l'oracle d'Hammon, et reçut pour réponse de purger son royaume et de transporter sur d'autres terres, comme maudits des dieux, tous les hommes infectés. On en fit la recherche, et cette foule misérable, jetée dans un désert, pleurait et s'abandonnait elle-même, lorsque Moïse, un des exilés, leur conseilla de ne rien espérer ni des dieux ni des hommes, qui les avaient également renoncés, mais de se fier à lui comme à un guide céleste, le premier qui jusque-là eût apporté quelque secours à leurs misères. Ils y consentirent, et, sans savoir où ils allaient, ils marchèrent au hasard.

(...)

 

    IV. Moïse, pour s'assurer à jamais l'empire de cette nation, lui donna des rites nouveaux et un culte opposé à celui des autres mortels. Là est profane tout ce qui chez nous est sacré, légitime tout ce que nous tenons pour abominable. (...)  ils sacrifient le bélier comme pour insulter Hammon. Ils immolent aussi le boeuf, que les Égyptiens adorent sous le nom d'Apis. Ils s'abstiennent de la chair du porc, en mémoire de la lèpre qui les avait jadis infectés, et à laquelle cet animal est sujet.

(...) 

 

     V. Ces rites, quelle qu'en soit l'origine, se défendent par leur antiquité : ils en ont de sinistres, d'infâmes, que la dépravation seule a fait prévaloir. Car tout pervers qui reniait le culte de sa patrie apportait à leur temple offrandes et tributs. La puissance des Juifs s'en accrut, fortifiée d'un esprit particulier : avec leurs frères, fidélité à toute épreuve, pitié toujours secourable ; contre le reste des hommes, haine et hostilité.

    (...) entre eux, tout est permis. Ils ont institué la circoncision pour se reconnaître à ce signe. Leurs prosélytes la pratiquent comme eux, et les premiers principes qu'on leur inculque sont le mépris des dieux, le renoncement à sa patrie, l'oubli de ses parents, de ses enfants, de ses frères. Toutefois on veille à l'accroissement de la population : il est défendu de tuer aucun nouveau-né, et l'on croit immortelles les âmes de ceux qui périssent dans les combats ou les supplices. Il s'ensuit qu'on aime à procréer et qu'on s'inquiète peu de mourir. Ils tiennent des Égyptiens l'usage d'enterrer les corps au lieu de les brûler ; sur les enfers, même prévoyance, mêmes idées ; quant au ciel, les croyances diffèrent. L'Égypte adore beaucoup d'animaux et se taille des images ; les Juifs ne conçoivent Dieu que par la pensée et n'en reconnaissent qu'un seul. Ils traitent d'impies ceux qui, avec des matières périssables, se fabriquent des dieux à la ressemblance de l'homme. Le leur est le dieu suprême, éternel, qui n'est sujet ni au changement ni à la destruction. Aussi ne souffrent-ils aucune effigie dans leurs villes, encore moins dans leurs temples. Point de statues ni pour flatter leurs rois, ni pour honorer les Césars. 

 

 

     N'est-il pas édifiant ce portrait, franchement et volontairement calomniateur, hostile aux Judéens considérés comme des "Impurs", et déformé aussi sur les motifs réels de l'Exode ? Portrait pourtant prétendument historique parce que sous la plume d'un auteur dont l'immense notoriété ne fut jamais battue en brèche.

     Portrait dont nous retrouverons aussi bientôt de funestes conséquences ... 

 

    Mais avant, terminons cette éclairante anthologie par Élien, (Caelius Aurelianus), historien romain de langue grecque (circa 175 - 235) citant Manéthon, célèbre prêtre égyptien qui écrivit, en grec, dans la première moitié du IIIème siècle avant notre ère une histoire de son pays dont ne subsistent plus que quelques passages, l'ensemble ayant disparu, et des citations chez certains auteurs antiques, dont Élien que nous lisons maintenant ensemble : 

 

 

     J'ai entendu aussi que Manéthon l'Égyptien, qui avait atteint le sommet de la sagesse, a déclaré que celui qui goûtait au lait de porc en était infecté par la gale ou la lèpre. Tous les Asiatiques, en effet, véhiculent ces maladies. Les Égyptiens soutiennent que le porc est détesté tant par le soleil que par la lune ; ainsi, lorsqu'ils célèbrent la fête annuelle en l'honneur de la lune, ils sacrifient un porc à la déesse, alors qu'à une autre période de l'année ils refusent de sacrifier cet animal à la lune ou à tout autre divinité.

 

 

     Que vous apprennent ces textes incontournables, amis visiteurs ?

 

     Que tous les auteurs, quelle que soit leur nationalité, quelles que soient les raisons proposées,  présentent l'interdit du porc comme étant d'origine égyptienne.

     Or, nous savons maintenant que dans ce pays, cette proscription n'était à respecter que lors de certains rites, par certaines personnes, dans certains nomes et à certains moments de l'année : c'est dire toute sa relativité ! 

     Rappelez-vous que j'ai aussi précédemment démontré que les études archéologiques et scientifiques prouvaient à l'envi que le cochon était consommé par un grand pourcentage de la population des rives du Nil.

 

     Qu'aux yeux des Grecs et des Romains, l'interdit de consommation s'imposa de lui-même dans la mesure où, parce qu'il copulait au décours de l'astre lunaire ou parce qu'un de ses congénères avait, une nuit de pleine lune, prêté main forte à Seth pour débiter le corps défunt d'Osiris, l'animal était jugé impur.

 

     Egalement parce qu'il s'agissait d'éviter la propagation des graves maladies de la peau dont il était porteur : n'en voyait-on pas les stigmates, sur son ventre, avec ces éruptions blanchâtres ?

    Parce que, aussi, se vautrant dans la saleté, il ne pouvait que donner une viande de mauvaise qualité !

    Parce qu'enfin, le lait de sa femelle infectait ceux qui en buvaient ...

 

    Décidément, pour ces auteurs, rien n'est bon dans le cochon !

 

    Ce détail à propos du lait n'évoquerait-il pas quelque chose chez certains parmi vous, amis visiteurs, ressortissant au domaine de l'imaginaire médiéval ?

 

      Bien évidemment, vous avez raison : la "Truie juive", (Judensau), présente dans l'imagerie chrétienne qui, depuis le 13ème siècle en Allemagne essentiellement mais aussi dans des cathédrales ou de simples églises comme à Aarschot en Belgique, à Colmar et à Metz en France, à Bâle en Suisse, pour ne choisir que des pays limitrophes, donnait à voir des Juifs s'abreuvant aux mamelles d'une plantureuse truie ;  caricature, vous l'aurez compris, assimilant métaphoriquement les Juifs à des porcs !  

 

     Poussons jusqu'au XIXème siècle : vous souvenez-vous de cette description de "l'espèce d'être vivant qui gisait" déposé sur la planche des enfants trouvés, "le matin de la Quasimodo" proposée à la deuxième page du premier chapitre du Livre IV de Notre-Dame de Paris, de Victor Hugo ?

 

     "J'imagine, disait Agnès de la Herme, que c'est une bête, un animal, le produit d'un juif avec une truie ; quelque chose enfin qui n'est pas chrétien, et qu'il faut jeter à l'eau ou au feu."     

     

     Mais revenons, voulez-vous, à nos textes antiques ci-dessus car ils vous apprennent aussi :

 

     Qu'au-delà des exagérations mensongères de l'un ou l'autre, la transmission de la lèpre s'effectuait, selon Manéthon, par l'entremise des Asiatiques, tentant indéniablement, par cette assertion, d'exonérer les Égyptiens de toute responsabilité en la matière, tout en admettant, concession accordée à la réalité, qu'est bien d'origine égyptienne la rumeur, térébrante comme toutes les rumeurs, qui laisse croire que boire du lait de truie entraîne bien la lèpre.

    Mais, et là, j'insiste même si vous avez certainement relevé ce détail d'importance : jamais il n'indique que consommer de la viande porcine cause quelque maladie que ce soit.

     En d'autres termes, pas la moindre prohibition généralisée en Égypte ! Seule exista la restriction théologique que j'ai rappelée tout à l'heure. 

 

     D'où mon titre, réitéré d'article en article, dont chaque terme fait sens, dont les guillemets ont raison d'être : D'un prétendu "interdit" du porc ... même si, bien après Manéthon, Plutarque, dans son alarmant tableau, affirme encore qu'à l'instar des Juifs, les Égyptiens n'en consommaient pas, habités qu'ils étaient par la crainte d'une éventuelle contamination ...    

 

     Et puis Tacite vint et avec lui s'enfonce le clou dans la chair juive ...  pour sembler jamais ne devoir en être extirpé !   

 

     Ceci posé, à quels Asiatiques impies Manéthon faisait-il allusion ? Et, surtout, que venaient-ils faire dans cette felouque ?

 

     Si je m'en réfère à l'immense égyptologue allemand Jan Assmann, Manéthon accuse là les Hyksos dont le souvenir reste cuisant dans l'esprit des Égyptiens en tant que parangons d'ennemis religieux, de conquérants étrangers à expulser du pays et, que par totale confusion, les auteurs classiques grecs assimileront aux Juifs et aux lépreux, tous étant des "impurs" dont les oracles conseillaient de se débarrasser au plus vite.

 

    Et l'Occident d'entériner cette conception erronée, cette histoire émanant tout droit de l'imagination d'historiens, tel Tacite qui mêlera le récit de l'Exode, c'est-à-dire de la sortie d'Égypte du peuple juif sous l'autorité de Moïse et celui des lépreux contraints à l'ostracisme par le souverain égyptien ; confusion qui constitua, toujours selon Assmann, l'une des prémices à l'antijudaïsme européen, autorisant ainsi bien des actes dramatiques dont l'inanité, l'imbécillité n'eurent d'égal que les déviances conceptuelles de ceux qui les commirent.  

 

    Mais, et il me semble important de le souligner, cet antijudaïsme antique dont vous venez de voir quelques-unes de ces manifestations, cet antijudaïsme qu'il est convenu d'appeler aujourd'hui antisémitisme -, ne fut ni raciste, ni socio-économique : il fut viscéralement culturel et religieux.

 

    Ainsi, j'évoquais tout à l'heure la vicieuse iconographie de la "Truie juive" mais j'aurais tout aussi bien pu vous rappeler, autre violence qui marqua l'histoire sociale du XIVème siècle, l'accusation honteuse, dès le début des épidémies de peste qui frappèrent les populations de l'époque, faite aux Juifs et aux lépreux d'avoir délibérément empoisonné les puits, les fontaines, voire les sources et les ruisseaux auxquels les chrétiens venaient s'approvisionner.

     Nul besoin d'insister sur les emprisonnements et les persécutions policières qui, conséquemment, en découlèrent !  

 

    L'on retrouve là, vous l'aurez remarqué, le même schéma basique de certains des textes grecs que nous avons lus ensemble ce matin : maladie contagieuse = menace contre la religion = nécessité d'évincer les supposés coupables.

 

    Mutatis mutandis, Richard Wagner, l'empereur allemand Guillaume II et, surtout, quelques années plus tard, Adolphe Hitler, souligne Jan Assmann, tinrent eux aussi des discours calqués sur le même canevas simpliste.

     Nul n'ignore ce qu'il en advint ...

 

     Décidément, tout n'est pas nécessairement bon dans le cochon !

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

 

ASSMANN  Jan

Moïse l'Égyptien - Un essai d'histoire de la mémoire, Paris, Aubier, 2001, pp. 59-81.

 

BARDINET  Thierry

Remarques sur les maladies de la peau, la lèpre, et le châtiment divin dans l'Égypte ancienne, RdE 39, Paris, Éditions Peeters, 1988, pp. 3-36.

 

ÉLIEN 

De Natura Animalium, Livre X, 16, traduction dans Youri VOLOKHINE, Le porc en Égypte ancienne. Mythes et histoire à l'origine des interdits alimentaires, Liège, Presses universitaires de Liège, 2014, p. 130 et note 103.

 

GRMEK  Mirko

Les maladies à l'aube de la civilisation occidentale. Recherches sur la réalité pathologique dans le monde grec, préhistorique, archaïque et classique, Paris, Payot, 1983, pp. 227 et 258-9.

 

HUGO  Victor

Notre-Dame de Paris, Livre IV, Chapitre 1 : Les bonnes âmes, Lausanne, Éditions Rencontre, 1968, p. 156.

(Librement téléchargeable sur ce site)  

 

 

PLUTARQUE

De Iside et Osiride, traduction de Mario MEUNIER, Isis et Osiris, Paris, L'artisan du livre, 1924, chapitre 8, pp. 39-40

 

Propos de table, traduction de Victor BÉTOLAUD, Paris, Hachette, 1870.

(Librement téléchargeable sur ce site)

 

 

TACITE

Histoires, Livre V, 3-5, Traduction J.-L. BURNOUF, Paris, Librairie L. Hachette, 1859.

(Librement téléchargeable sur ce site).

 

 

VERNUS  Pascal

Des cochons pour Sakhmis, dans ZIVIE-COCHE Christiane/GUERMEUR Ivan (s/d.), "Parcourir l'éternité" - Hommages à Jean Yoyotte, Turnhout, Brepols, 2012, Tome II, pp. 1059-74.

 

 

VOLOKHINE Youri

Le porc en Égypte ancienne. Mythes et histoire à l'origine des interdits alimentaires, Liège, Presses universitaires de Liège, 2014, passim.

 

 

    Enfin, que ceux qui souhaiteraient une rapide synthèse à propos de la "Truie juive", des empoisonnements de puits et de quelques autres stéréotypes antisémites émaillant l'histoire sociale du Moyen Âge, me permettent de leur conseiller de visiter ce site.

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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1 mai 2015 5 01 /05 /mai /2015 14:15

 

 

     Vous vous souvenez, je présume, amis visiteurs, de cet article que j'avais publié le 19 avril dernier pour stigmatiser le plagiat d'un certain Alexandre NIsis de l'une ou l'autre de mes phrases soustraites d'une de mes interventions consacrées au porc, datant de septembre 2009 ; plagiat mot à mot, sans évidemment citer ÉgyptoMusée en référence. 

 

 

 

IL Y EN A QUI NE SONT PAS VITE GÊNÉS (Suite et fin)

 

     Pour ceux auxquels, parmi vous, il aurait échappé, je m'autorise aujourd'hui à en rendre ici le lien.

     Je crois inutile de le commenter, la comparaison entre les deux textes, le mien et le sien, s'imposant d'elle même.

   

     Puiser des idées, des données, ses sources en fait chez des auteurs qui nous ont précédés et que l'on cite dans ses notes bibliographiques est une chose normale alors que ne l'est absolument pas le fait de recopier des phrases entières, sans en changer un seul mot, sans nommer celui qui les a écrites, ainsi que s'est autorisé à le faire ce monsieur A. NIsis.

 

     Outré par mon accusation, il me répondit sur sa page Facebook où j'avais comme ici sur mon blog, divulgué cette "aventure", en écrivant, dans un premier temps :

 

 

Excusez-moi Richard Lejeune, je n'ai pas pu identifier votre propre source dans votre article ( d'autant que vous précisez que c'est selon certains Papyrus ) à moins que vous soyez né avec la science égyptienne infuse, vous vous êtes aussi autorisé à reprendre le travail d'un autre mais vous ne le citez pas, c'est pourquoi je ne lai pas fait pour vous mais pour d'autres bien...) Comme quoi, on ne me reprochera pas de me servir de mauvaises références....Eh quoi mon livre ?! Vous voulez que je vous fasse un chèque ?  Mon enquête n'a pas pour sujet les 1001 façons d'accommoder le porc, elle cible l'astronomie égyptienne. Votre article ne traite pas du même sujet.

 

 

     Devant tant de mauvaise foi, ne souhaitant pas dialoguer avec lui, je pris toutefois la peine de préciser, ici, sur mon blog, à une de mes lectrices, que :

 

 1. Toute personne un peu versée dans l'égyptologie sait - ou tout lecteur qui veut en savoir plus "fouillant" dans mes références bibliographiques infrapaginales apprendra - que Thierry Bardinet (en cliquant sur ce premier auteur en dessous de mon article, l'on accède au titre et références éditoriales de son ouvrage) a étudié les papyrus médicaux que je cite.
 

2. Toute personne un peu versée dans les termes latins qui émaillent notre langue française sait - ou toute personne voulant les comprendre et se renseignant sur la toile ou dans les dictionnaires apprendra - que "passim", comme je l'ai indiqué à côté du nom de cet auteur, signifie que, dans un ouvrage mentionné, c'est à plusieurs endroits que l'on peut trouver référence de ce à quoi j'ai fait allusion dans mon texte.
 

Je me sens donc parfaitement "en ordre" avec les principes déontologiques qui manquent à M. NIsis : moi, j'ai cité mes sources ! Et correctement !

 

 

     Dans un second temps, toujours sur Facebook, il m'adressa le message suivant : : 

 

Alexandre NIsis 

Photo de Alexandre NIsis.
 
Je tenais à faire mon Mea Culpa à Richard Lejeune, c'est lui le vrai auteur de l'enquête de 1600 pages dont certaines illustrées.

Il est normal et logique, que ce soit à lui que revient le droit de donner son nom à la plus formidable investigation de tous les temps, celle de nous révéler que les Latins ont réinventé une science Grèce Antique en astronomie qui n'a jamais existé comme on l'apprend à l'école.

J'ai eu besoin d'infos sur le Porc, car le Musée du Louvre continue à afficher au Public, qu'il s'agirait d'un babouin et non d'un porc pour illustrer l'éclipse solaire du 7 mars -51/-50.

Mon travail a consisté à restaurer le Zodiaque de Denderah car à l'heure qu'il est aucun égyptologue digne de ce statut n'est arrivé à le traduire, de fait, je me suis servi de sources variées et multiples provenant du Web.

Quand il y avait une source, un auteur sérieux, je l'indiquai dans la bibliographie mais tous n'ont pas forcément écrit un livre.

Bref, si dorénavant vous avez besoin d'infos sur l'astronomie de l'Ancienne Egypte, c'est à Richard Égyptomusée - R. Lejeune qu'il faut vous adressez.

Sa science est tellement grande, qu'il vous transforme un onguent à la graisse de porc en constellation !

Je suis prêt à lui faire un chèque de 3.000 milliards d'eur pour le préjudice, en espérant qu'il me pardonnera un jour !

 

     Refusant à nouveau de m'abaisser à répondre à ce genre de discours, qui n'est en définitive qu'un dialogue avec un sourd, je préférai, toujours sur Facebook, et maintenant ici pour vous, amis visiteurs - ainsi pourrai-je définitivement clore l' "incident" -, donner à lire d'autres propos, d'autres "portraits" que ce monsieur brosse de ma personne.

 

Alexandre NIsis :

Richard Lejeune n'est qu'un misérable "webmaster" à la retraite qui cherche à faire sa pub pour monétiser son blog pour lequel il a râlé parce que la plateforme qui l'héberge à changé sa politique d'hébergement. Richard Lejeune n'a jamais écrit de livre sur le sujet du Porc ni sur aucun autre sujet, selon Google. De fait, c'est lui le coupable de plagiat qui veut nous faire croire qu'il a sucé de son pouce que la graisse de porc a servi de soin ophtalmologique dans l'Ancienne Égypte. Guignolo qu'il est.

 

     Puis celui-ci, qui n'est pas mal non plus :

 

     Quel tartuffe vous faites cher Richard Lejeune, il va vous dire, que c'est lui qui a écrit entièrement mon livre sur l'astronomie égyptienne, alors qu'il s'agit d'un très court extrait concernant l'usage du porc. Il n'avait qu'à s'offrir mon livre, pour lire la biographie pour constater que je cite les vrais auteurs et non pas un type qui a lu un truc qu'il lui est impossible de savoir par lui-même mais que lui n'a pas pris la peine de sourcer.. J'avais rajouté aussi sources Internet quand il n'était pas possible d'identifier l' auteur. Vous êtes un petit, Lejeune tellement petit que votre "scandale" ne peut que faire parler de mon livre, en mal ou en bien, les gens s'en fichent tellement vous êtes un inconnu qui se prend pour Champollion

 

     Et, cette nuit, ces deux autres, pitoyablement ridicules ... :

 

    Puisque tu fais encore partie de mes amis, je peux t'appeler tête de con, il n'y a rien d'insultant à ça, sinon que signifierait l'amitié sans familiarité ?! Ce que tu as écrit là : "Car si vous prenez connaissance de ma réponse ici même, hier, à Franck, vous comprendrez que ce qu'il me reproche - manque de référence !!??!! - se trouvait bel et bien, comme d'habitude, au bas de mon article, dans mes notes bibliographiques !!! " Il fallait l'indiquer dans ton article pourri que tu as l'audace et la bêtise de publier sans chercher à me contacter par messagerie pour m'expliquer ton stress. En fait, si je te suis, tu voulais me signaler à moi "Un certain Alexandre N.Isis" dont l'amitié réciproque existe depuis plus d'un an, que tu me reprochais de ne pas avoir citer ton auteur ?! C'est bizarre, c'est pas ce qui était écrit...C'est toi qui m'a reproché de ne pas t'avoir cité, toi et ton blog, genre entraide entre blogueurs, c'est de là qu'est né le malentendu. Pour les autres qui lirez peut être ce com,si Richard respecte mon droit de réponse...Comment expliquez-vous que nous soyons encore amis, lui et moi, si cette "affaire" n'était pas un malentendu aussi ridicule qu'amusant émoticône wink Sans rancune Richard Lejeune, tu sais bien que je t'aime. 

 

Alexandre NIsis Tu fais comme tu le sens Richard Lejeune, tu supprimes ton article malentendu et parallèlement disparaîtront mes mots un peu familiers à ton égard pour cette étonnante et saugrenue histoire. Ni vue ni connue, tout le monde zappera cette histoire de cochon des étoiles, en se disant qu'être ami sur Facebook, inclut aussi une réaction humaine à ton action. J'en ai rien à faire du politiquement correct de culs coincés, ni avec toi, ni avec qui que ce soit, si tu lisais un peu plus mes publications sur Facebook, tu lirais que je n'ai pas la langue de bois avec aucun sujet aussi varié soit il. Avant d'être un modeste auteur que tu as attaqué publiquement et de manière injuste, je suis sensible aussi. Car en général, tu sais quand même qu'une bibliographie se met à la fin d'un livre, même celui que tu n'as pas ( encore ) lu. Sinon, tant pis, laisse ton article, je n'ai rien à me reprocher pour un livre publié en 2012 et dont aucun scandale de plagiat n'est venu ternir la réputation ( alors que j'en ai fait la promo un peu partout ) avant toi qui n'est même pas auteur...

 

     Sans évoquer le fait qu'il veut attaquer en justice Madame Christiane Moreau, une de mes  lectrices, pour son commentaire sur ma page FB

 

Alexandre NIsis Christiane Moreau, soit vous retirez votre com soit je vous attaque en diffamation. Vous faites référence à un article ( de blog ) qui traite de poursuites judiciaires de la part de l'imposteur "Jacques Grimault" . Ce J.G s'avère être un imposteur et pas un amateur. Faites des recherches sur lui et vous verrez à quel point il a été pour arnaquer des ados grâce à son illusion de l'Egyptologie. C'est donc moi la victime et non l'inverse. Vous le précisez vous-même avec votre extrait : Je vous attaquerai pour diffamation car aussi vous vous servez de mon ex-surnom comme si il s'agissait d'une tare. Ensuite, je vous attaque en diffamation pour m'avoir traiter publiquement d'"attardé mental profond", avec votre patois du Sud .Pour conclure, qui êtes-vous, vous pour juger de mon travail alors que vous ne faites pas partie de mes lecteurs ? De fait, vous faites bien de la diffamation et pas des moindres. Je connais tous mes lecteurs et ils sont prêts à confirmer que j'ai bien indiquer en fin de la bibliographie de mon livre, que les sources inconnues viennent d': Internet. Ce qui inclut le blog de Richard Lejeune qui n'a pas écrit de livre, sinon, je l'aurai mentionné, personnellement comme les autres auteurs. En ce qui concerne notre relation amicale entre Richard et moi, vous ne pouvez pas la saisir, puisque vous n'avez même pas pris la peine de regarder qui est dans les amis de chacun...C'est vous qui n'êtes bonne à rien même pas à être une bonne amie...

 

     Je vous laisse le soin de vous faire une opinion.

 

     Tout en vous souhaitant une excellente fin de semaine, amis visiteurs, le "guignolo" vous donne rendez-vous mardi prochain aux fins de poursuivre notre enquête sur le prétendu "interdit" du porc ... 

 

     À bientôt ...

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27 avril 2015 1 27 /04 /avril /2015 23:01
D'UN PRÉTENDU "INTERDIT" DU PORC  ?  - 2. TEXTES ÉGYPTIENS (Seconde partie)

 

 

     De la salle 23 du premier étage du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre où je vous avais emmenés mardi dernier, amis visiteurs, je vous propose ce matin de redescendre au rez-de-chaussée, en salle 14 dans laquelle, parmi tant d'autres "maîtres de vie" destinés à être conservés inviolés au plus profond de leurs "maisons d'éternité", comme aimaient à dire les Égyptiens avec cette poésie qui fleurit souvent au sein de leur langue, - comprenez : parmi tant d'autres sarcophages jadis enfouis dans les tombes, est exposée cette cuve oblongue en grauwacke de 2,85 mètres de longueur, 1,24 de largeur et 1,20 de hauteur. Datant de la Basse Époque, de la 30ème dynastie très exactement, elle avait appartenu à un certain Djedhor, prêtre d'Amon au 4ème siècle avant l'ère commune.  

     Avec son couvercle présenté verticalement tout à côté, elle avait été acquise sur fonds propres par Jean-François Champollion lors de son séjour en Égypte. 

 

     Si j'ai choisi ce matin d'attirer votre attention sur cet imposant monument, ce n'est certes pas uniquement parce qu'il constituerait à mes yeux un prétexte iconologique à la poursuite de notre enquête en cours qui consiste, - faut-il le rappeler ? -, à nous interroger sur les raisons qui motivent, chez certains, l'interdit de consommer de la viande porcine.

 

     Enquête que j'ai choisi d'étayer, dans un premier temps, avec des documents d'époque égyptienne : ainsi, mardi dernier, vous ai-je donné à lire tout à la fois des extraits des Textes des Pyramides (Ancien Empire), des Textes des Sarcophages (Moyen Empire) et du Livre pour sortir au jour (Nouvel Empire), selon la désignation que l'égyptologue allemand Richard Lepsius donna à cet inestimable corpus funéraire.  

 

     Sachant que ce ne sera que la semaine prochaine que nous nous pencherons sur l'importance déterminante du regard porté par les auteurs grecs et latins sur le porc, il me siérait maintenant, dans un second temps, et toujours au sein de la littérature égyptienne de l'époque, d'aborder deux dernières sources importantes : le Livre des Portes et ce qu'il est convenu de nommer Papyrus du Delta.

 

     Envisageons d'emblée, voulez-vous, le Livre des Portes.

   

     Il s'agit d'une composition funéraire qui apparut pour la toute première fois dans la tombe de Horemheb (XVIIIème dynastie) et qui fait état des portes fortifiées scandant la progression de la barque de l'astre solaire dans l'Au-delà ; portes toutes gardées par des génies et/ou des serpents cracheurs de feu ; portes censées séparer entre elles les heures du parcours de Rê, chaque nuit, dans le monde souterrain ; portes délimitant un espace d'un certain volume dans lequel, à tout le moins pour les dix premières divisions horaires, figurent de 9 à 12 dieux momiformes.

 

     Vous aurez évidemment compris, amis visiteurs, qu'à l'extrême fin de cet ensemble, au bout de la 12ème heure, la barque du soleil s'étant jouée des épreuves qui eussent éventuellement pu la freiner arrive sans encombre au terme de son parcours nocturne : émergeant des eaux du Noun, elle sort enfin hors des ténèbres.

 

    Ceci précisé, quelle pourrait donc être selon vous la raison qui a ce matin motivé mon choix d'attirer votre attention sur la cuve de Djedhor ?

 

     Vous vous doutez, je pense, qu'à l'instar du sarcophage de Séthi Ier au Soane's Museum de Londres, ou dans l'Osireion d'Abydos, ou dans l'hypogée de Ramsès Ier, ainsi que dans ceux de ses successeurs Ramsès II, III, VI et VII, voire plus tard, dans quelques autres tombes de particuliers cette fois, ce monument du Louvre propose lui aussi, notamment sur ses faces externes, des passages du Livre des Portes

 

     Dont celui sur lequel je voudrais maintenant insister : la figuration de la salle du "Tribunal d'Osiris" et de la scène du "Jugement", qui s'y déroule à la 5ème des 12 heures de la nuit.

 

    Les plus fidèles d'entre vous auront tout de suite reconnu la célèbre "Pesée du coeur" du défunt, ce que suivant les cas, les égyptologues nomment "Psychostasie", ou "Confession négative" ou encore "Déclaration d'innocence", qu'évoque le chapitre 125 du Livre pour sortir au jour dont, en février 2009 déjà, je vous avais expliqué les tenants et aboutissants.

 

     Ne disposant malheureusement pas dans ma photothèque personnelle d'un gros plan de sa représentation sur la cuve de Djedhor qui eût pu vous permettre de la comprendre - il n'est pas toujours possible de tout photographier ! ; n'étant point autorisé d'en importer ici une copie publiée dans une revue égyptologique française, je ne vois qu'une solution : vous la décrire succinctement, sachant que si vraiment de visionner cette "Scène 33" du Livre des Portes, il vous faisait plaisir, vous n'auriez qu'à feuilleter les planches rassemblées à la fin de l'article de Colleen Manassa référencé en note infrapaginale, et notamment la seizième, grâce au lien que je vous y fournis.

 

    Qu'y verrez-vous ? Osiris portant la couronne Atef, trônant au-dessus d'un escalier, avec sur chacune des neufs marches, un des dieux de l'Ennéade qu'il préside. Devant lui, la presque traditionnelle balance pour juger les défunts ; presque, me dois-je de souligner car ici, le support axial a bizarrement pris l'aspect d'un personnage momiforme qui soutient le fléau au bout duquel pendent les deux plateaux habituels. 

 

    Face à Osiris assis, là où l'on s'attendrait à trouver la dépouille funèbre, vous apercevez une barque sur laquelle se tiennent un cochon et deux cercopithèques, ces derniers un bâton à la main. C'est le même terme égyptien qui, en écriture cryptographique, désigne à la fois ces singes mais également une des appellations de Thot, censé protéger l'oeil d'Horus ; ce qui donne à penser qu'il vous faut concevoir le couple de singes comme des hypostases du dieu Thot. 

 

     Mais le plus important à comprendre, c'est la légende qui accompagne ce tableau particulier : d'abord elle définit le porc comme un "avaleur", comme "celui-qui-avale; ensuite, elle prête ces propos à celui des singes qui le suit (traduction de Marc Gabolde) : ce dieu est apparu, qu'il fasse que soit recraché ce qu'il a avalé.

 

    Qu'en déduisez-vous, amis visiteurs, maintenant que vous avez mardi dernier suivi mes explications à propos de la formule 157 des Textes des Sarcophages ?

 

     Effectivement, que vous êtes là en présence d'un porc séthien encadré par deux babouins maniant bâtons qui, parce qu'il a attenté à l'oeil d'Horus que, vraisemblablement, il a gobé, est menacé aux fins de l'obliger à le régurgiter. Car, ne l'oubliez pas, avaler l'oeil du dieu, c'est dissimuler l'astre lunaire à la vue des Égyptiens ; c'est, en d'autres termes provoquer le chaos puisque retours cycliques le pays ne connaîtra plus !

 

     Voilà donc "notre " porc coupable d'une action hautement répréhensible portant atteinte au pays tout entier, jugé devant le Tribunal d'Osiris et les dieux de l'Ennéade et, comme l'indique la légende accompagnant la scène, obligé de rendre ce qu'il a ingurgité !

 

     Comment toute cette histoire va-t-elle se terminer ?

 

     Eh non, rassurez-vous : je ne vais pas vous contraindre à patienter jusqu'à la semaine prochaine. Puisque vous êtes ici à m'écouter, je vous garde un instant encore ... pour que nous puissions découvrir ensemble un nouveau document détenu par le Brooklyn Museum de New York : un papyrus mythographique habituellement appelé "Papyrus du Delta" et qu'a étudié l'égyptologue français Dimitri Meeks :

 

     "Or donc, le porc avait mutilé l'oeil de Rê et avait avalé quelque chose de ses écoulements. Lorsqu'on lui demanda, il répondit : "Je n'ai pas avalé cela".

    Mais il sortit de ses chairs comme maladie-hemet-za."

 

 

     Dans ce texte tardif - il date en fait de la XXVIème dynastie saïte, soit des 7ème et 6ème siècles avant notre ère -, vous aurez remarqué que l'on retrouve le "porc avaleur" mais augmenté de quelques détails supplémentaires non négligeables : ainsi, sont reprises les parties du mythe que déjà vous connaissez grâce à la Formule 157 des Textes des Sarcophages et le chapitre 112 du Livre pour sortir au jour sur lesquels j'ai insisté mardi dernier. Remarquez toutefois que ce n'est plus l'oeil d'Horus qui est l'objet du préjudice séthien, mais celui de Rê.

 

     Remarquez aussi que le porc s'exprime - probablement pour la première fois, avance l'égyptologue Youri Volokhine -, : il ment en niant le forfait dont on l'accuse.

 

     Remarquez enfin, et ceci me semble bien plus important encore, car gros de conséquences futures : d'avoir ingurgité l'oeil divin et/ou ses écoulements rend visiblement l'animal malade.

 

    Voilà donc qu'apparaît à la fin de l'histoire autochtone de l'Égypte - les Perses, puis les Grecs vont bientôt s'emparer du pays -, pour la première fois dans un récit mythologique, une connotation médicale qui laisse entendre que le porc a contracté une maladie de peau.

     

     Voilà donc - et la pensée occidentale ne sera pas la seule à l'entériner par la suite, à tort, bien évidemment ! -, le porc associé à cette maladie hemet-za que mentionne le Papyrus du Delta et qui correspond à la lèpre dont vous n'ignorez pas qu'elle fut jusqu'en des temps très proches des nôtres à l'origine de ségrégations et d'exclusions sociales d'importance : rappelez-vous ces mises à l'écart dans des bâtiments appelés léproseries, lazarets (du Lazare de la Bible), ladreries, maladreries, etc.

 

     De théologique qu'il était au départ, nous l'avons vu la semaine dernière, le pseudo-interdit du porc prend dans l'Égypte tardive une connotation ressortissant au domaine des maladies cutanées.

 

     Le mythe pouvait alors s'amplifier dans ce sens : les auteurs classiques grecs et romains ne tarderont pas à s'en emparer.

 

     Mais cela est une autre histoire pour laquelle, cette fois, je vous fixe vraiment rendez-vous la semaine prochaine, le 5 mai.      

    

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

 

BARGUET  Paul

Le Livre des Portes et la transmission du pouvoir royal, RdE 27, Paris, Klincksieck, 1975, pp. 30-6.

 

 

 

CARRIER  Claude

Le Livre des Portes, dans Grands livres funéraires de l'Égypte pharaonique, Paris, Cybele, 2009, pp. 168-280.

 

 

 

 

GABOLDE  Marc

Une interprétation alternative de la "Pesée du coeur" du Livre des Morts, Égypte, Afrique & Orient 43, Cybele, Octobre 2006, pp. 11-22.

 

 

 

MANASSA  Colleen

The Judgment Hall of Osiris in the Book of Gates, RdE 57, Paris, Éditions Peeters, 2006, pp. 109-50. 

Librement téléchargeable grâce à ce lien :

https://www.academia.edu/323244/The_Judgment_Hall_of_Osiris_In_the_Book_of_Gates

 

 

 

MEEKS  Dimitri

Mythes et légendes du Delta d'après le Papyrus Brooklyn 47.218.84, MIFAO 125, Le Caire, 2006. 

 

 

 

VOLOKHINE Youri

Le porc en Égypte ancienne. Mythes et histoire à l'origine des interdits alimentaires, Liège, Presses universitaires de Liège, 2014.

 

 

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25 avril 2015 6 25 /04 /avril /2015 06:59

 

 

 Le 6 octobre 2014, dans le cadre d'une série d'articles consacrés au palmier-dattier, j'en publiai un, intitulé : "De la symbolique du palmier-dattier au sein de l'architecture égyptienne" pour lequel, préalablement, j'avais, sur mon blog et sur Facebook sollicité mes lecteurs.

     J'espérais en effet pouvoir illustrer un propos avec la photographie d'une scène tout à fait particulière présente sur la paroi externe du mur d'enceinte du temple d'Edfou : l'on y voit en effet, à gauche, le souverain Ptolémée offrant à Horus, à droite, la Basse et la Haute-Égypte qui, métaphoriquement, sont toujours représentées, la première, par un fourré de papyrus et la seconde, par un de lotus : or là, le lapicide a "revisité" le choix des végétaux dans la mesure où il a remplacé le bouquet de lotus attendu par une théorie de palmiers de deux hauteurs distinctes d'où pend, de part et d'autre de chacun des stipes, une abondante grappe de dattes.

 

    C'est ce rare exemple de papyrus et de palmiers-dattiers symboliquement associés dans la pierre pour figurer l'union de la Vallée et du Delta, l'union des Deux Terres, dont j'espérais obtenir le cliché.

 

    En vain, à l'époque, malgré bien des contacts avec des personnes résidant peu ou prou sur les rives du Nil ... jusqu'à ce que, bel exemple de recherche, bel exemple de cadeau offert à ÉgyptoMusée, l'une de mes lectrices, Madame Sara Marielle Villermet me fit savoir la semaine dernière qu'elle avait dépêché un guide de ses connaissances aux fins de photographier la scène, pourtant tout en haut du mur extérieur.

 

    Plusieurs prises de vue reçues quelques jours plus tard, réalisées par Mosallam Gad, dont je vous en propose deux ci-après, amis visiteurs, pour mettre un point final à mon article d'octobre dans lequel je viens de les insérer mais surtout pour grandement remercier Sara et Mosallam d'avoir ainsi magistralement répondu à mon attente.

 

 

BELLE RECHERCHE, BELLE DÉCOUVERTE : MERCI !
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20 avril 2015 1 20 /04 /avril /2015 23:01

 

 

     ... Alors Rê dit à Horus :

"Permets-moi de voir ton oeil après ce qui lui est arrivé !"

Quand il le vit,

il dit : "Regarde donc vers ce trait-là

(tandis que) ta main ouverte est sur l'oeil sain qui est là !"

Horus se mit à regarder vers ce trait-là.

Horus dit : "Vois, je vois tout blanc."

C'est ainsi qu'apparut l'oryx blanc.

Rê dit alors :

"Regarde donc à nouveau vers ce porc noir là !"

Alors Horus se mit à regarder vers ce porc (et) se mit à crier à cause de l'état de son oeil blessé

en disant :

"Vois, (mon) oeil est comme (il était) à ce premier coup qu'avait porté Seth  contre mon oeil".

Alors Horus perdit connaissance devant lui.

Rê dit alors (aux dieux) :

"Mettez-le donc sur son lit jusqu'à ce qu'il ait été guéri"

Alors Seth se transforma en porc contre lui

et

il causa une blessure dans son oeil.

Alors Rê dit : 

"Que le porc soit détesté par Horus !"

"Ah, s'il pouvait guérir"

dirent les dieux.

C'est ainsi qu'apparut le tabou du porc en ce qui concerne Horus, du fait des dieux, et ceux qui sont à sa suite,

et, quand il était jeune, sa bête de sacrifice était devenue le porc,

avant que son oeil ne fût malade. 

 

 

 

 

 

Textes des Sarcophages

 Formule 157

 

(Traduction Claude CARRIER)

 

 

 

 

 

 

 

     Il existe, au Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, quand vous pénétrez en salle 23 dédiée au Moyen Empire, ce qu'il est maintenant convenu d'appeler  une "Galerie d'étude", aménagée sur votre gauche, et qui constitue en réalité un petit espace délimité au sein du grand par de longs et hauts meubles vitrés dans lesquels les Conservateurs ont choisi d'entreposer un grand nombre de monuments.

 

     Si vous empruntez le couloir qui les sépare, vous remarquerez d'emblée la présence, dans la première vitrine, de deux sarcophages en bois disposés l'un au-dessus de l'autre.

 

 

 

D'UN PRÉTENDU "INTERDIT" DU PORC  ?  - 1. TEXTES ÉGYPTIENS (Première Partie)

 

     Il n'est aujourd'hui nullement dans mes intentions de m'attarder sur ces cercueils de notables, sinon pour vous faire remarquer qu'extérieurement comme intérieurement, ils sont recouverts de textes hiéroglyphiques peints que les égyptologues philologues de langue française qui les ont étudiés sont convenus d'appeler "Textes des Sarcophages", alors que les Anglais les définissent sous le vocable de "Coffin Texts".  

 

     Près de 1200 textes différents ont été recensés, que dans leurs éditions, les Allemands nomment Spruch, les Anglais Spell et nous, francophones, Formule.

    C'est à l'une d'entre elles que, dans un tout premier temps, il m'agréerait ce matin de consacrer notre rendez-vous. 

 

     Rappelez-vous, la semaine dernière, nous nous sommes quittés avec à l'esprit deux questions à résoudre :  

 

1. Qu'en est-il réellement en Égypte de cet "interdit" du porc dont, depuis les Grecs, l'on nous rebat séculairement les oreilles ?

 

2. Comment expliquer l'absence fort remarquée du porc au sein de l'art égyptien des premiers temps, alors qu'il est indéniable, - les fouilles archéologiques et archéozoologiques le prouvent -, qu'il fut abondamment consommé par les habitants de l'antique Kemet ? 

 

    Aux fins de répondre à la première d'entre elles, je voudrais, appliquant à ma manière l'apophtegme inscrit sur le Papyrus Sallier IV, 2-4, dans la traduction qu'en donne l'immense égyptologue français Pascal Vernus, référencée en note bibliographique infrapaginale : "C'est aux écrits que tu dois porter ton intérêt", appeler à la barre, amis visiteurs, ceux des textes égyptiens susceptibles de nous venir en aide.

 

     Et bien évidemment, vous l'aurez-compris, la formule 157 extraite des "Textes des Sarcophages" que je vous ai d'emblée proposée.

     Qu'est-elle exactement et que nous apprend-elle ?

 

     Il s'agit d'un récit qui s'inscrit dans un ensemble de formules en rapport avec les "baous", entendez les premiers rois divinisés qui ont notamment régné sur les cités archaïques de Nekhen et de Pé, cette dernière ayant été offerte à Horus. 

 

     Ce mythe, que sa nature permet de qualifier d'étiologique, fait état d'une conversation entre Rê et Horus : blessé à l'oeil, celui-ci se confie au démiurge. De leur échange, il appert que deux animaux sont à l'origine du forfait : un oryx blanc et un porc noir.

     Au-delà de l'opposition chromatique - oserais-je ajouter : qui saute aux yeux ? - s'appuyant sur un réel jeu de mots dans la langue égyptienne, vous me permettrez de ne plus m'attarder sur l'oryx, estimant que lors de nos rencontres du 28 février et des 3 et 6 mars 2012, je vous ai à son sujet expliqué ce qu'il fallait en savoir, j'aimerais, évidemment dans le droit fil de nos préoccupations actuelles, insister plus particulièrement sur le porc. 

 

    Dans cette histoire, il figure un des avatars choisis par Seth, le dieu néfaste, pour combattre ses ennemis. Raison pour laquelle c'est sur le cochon que Rê décide de jeter l'opprobre aux fins de notamment assurer la guérison de l'oeil divin.

 

     Car sain, cet organe - que les textes nomment  "oeil-oudjat" et dont vous apercevez des représentations sur les sarcophages du Louvre ci-dessus -, symbolise non seulement la pleine intégrité physique du dieu mais également la cohésion du monde, de l'Égypte, pour être plus précis. Vous aurez aisément compris qu'a contrario, y attenter signifie donc mettre le pays en grand danger, c'est-à-dire favoriser le retour d'Isefet, ce chaos toujours craint.

 

     Il vous faut aussi savoir que dans la pensée égyptienne, les deux yeux d'Horus étaient assimilés à ces astres cardinaux que sont le soleil et la lune. De sorte qu'y attenter signifie aussi déstabiliser le cycle cosmologique de l'éternel mouvement des astres, à l'origine, ne l'oubliez jamais, du retour de la crue, du retour des saisons, du retour du temps des semailles puis de celui des récoltes ; bref, d'une certaine manière de l'éternel retour de ce qui, chaque année, assure la vie du pays et de ses habitants. 

 

     Important, dès lors, de vouloir repousser ceux qui s'en prennent à quelque partie du dieu que ce soit ; important, au sein du présent mythe, de tenir le porc noir - Seth, encore et toujours ! -, à l'écart de manière qu'il soit fermement hors d'état de nuire.

 

     Cette formule 157 des Textes des Sarcophages, eut-elle, à l'instar de bien de ses consoeurs, un quelconque précédent dans le corpus funéraire égyptien ?

 

     En d'autres termes, que nous révèlent sur ce mythe les Textes des Pyramides, à la fin du IIIème millénaire avant notre ère ?

 

     Une simple insinuation, en fait : selon Youri Volokhine, qui nous en propose sa traduction personnelle, p. 110, il n'y aurait que dans la seule pyramide de Pépi que l'on a repéré une allusion au geste méprisable du porc séthien vis-à-vis de l'oeil d'Horus (Pyr. § 1268, a-b) :  

 

     ... Puisse Horus ne pas venir (= contre le roi défunt) avec une mauvaise intention ! Ne lui ouvre pas tes bras, mais dis-lui : " Ton nom est Aveugle-du-porc ". 

 

(Comprenez : "Aveugle à cause du porc").

 

    Indépendamment du fait que les égyptologues ne s'accordent pas vraiment sur le sens précis à donner à cet extrait, considérez-le en tant que première occurrence du porc dans un récit mythologique. 

 

     Poursuivons notre enquête : cette formule 157 des Textes des Sarcophages, eut-elle, à l'instar de bien de ses consoeurs, un quelconque prolongement dans le corpus funéraire égyptien ? 

 

    Indéniablement ! Il suffit de vous souvenir de cet autre texte, présent dans ce qu'il est erronément convenu d'appeler le Livre des Morts et que les Égyptiens, bien plus "poétiques" que nous, nommaient le Livre pour sortir au jour, datant du Nouvel Empire cette fois et que je vous avais déjà donné à lire dans un article du 14 septembre 2009

 

... "Fais-moi voir ce qui est arrivé à ton oeil aujourd’hui !" Il le vit, et alors Rê dit à Horus : "Jette donc un regard sur ce porc noir !" Alors il le regarda et la blessure de son oeil devint très vive. Alors Horus dit à Rê : "Voilà que mon oeil est comme il fut lors de ce coup que Seth avait porté à mon oeil", et il perdit connaissance. Alors Rê dit à ces dieux qui le portaient sur son lit : "Qu’il reprenne ses sens !"


Il était arrivé en effet que Seth s’était transformé en porc noir, et il avait alors porté le coup brûlant qui était dans son oeil.


Alors Rê dit à ces dieux : "Abominez le porc à cause d’Horus ! Puisse-t-il donc reprendre ses sens !" Et c’est ainsi que le porc fut en abomination, à cause d’Horus, de la part des dieux de sa suite ; de plus, alors qu'Horus était (encore) dans son enfance, ses bêtes de sacrifices étaient ses taureaux, ses caprinés, ses porcs. ..."

 

     Mis à part que plus aucune mention ne soit faite de l'oryx blanc que nous avons croisé dans la Formule 157 des Textes des Sarcophages avec laquelle nous avons commencé ce matin notre introspection de la littérature funéraire égyptienne, toutes époques confondues, cet extrait traduit par l'égyptologue français Paul Barguet, p. 149 de l'ouvrage référencé ci-après en note infrapaginale, comme d'ailleurs tous ceux dont vous venez de prendre connaissance, n'indique strictement rien quant à la consommation de viande porcine.

 

    Abomination, aversion, rejet du porc, je vous le concède, mais ressortissant au seul domaine de la théologie. Accordez-moi que rien, qu'aucune notation pour ce qui concerne l'alimentation humaine n'y figure ! 

 

     Enfin, presque ... je n'ai en effet pas encore mentionné la Formule 158 des Textes des Sarcophages ou, plutôt, sa dernière ligne (toujours dans la traduction de Claude Carrier) :

 

     ... À ne pas dire en mangeant du porc.

 

     Je vous explique rapidement. Si, comme je l'ai précisé d'emblée tout à l'heure, la 157ème évoquait les rois divinisés de la ville archaïque de Pé, la 158ème maintenant se penche sur ceux de Nekhen. Et ici comme là, le texte de ces formules est censé être lu ou récité par un prêtre lors de rituels bien spécifiques ... sauf s'il mange du porc !

 

     En d'autres termes, seuls, dans la société égyptienne, les prêtres ritualistes faisaient l'objet d'une interdiction de consommation de viande porcine ... lors de leurs offices. 

     Ce qui, convenez-en, réduit à un extrêmement petit nombre ceux sur lesquels pèserait  l'interdiction d'ingérer du cochon !

 

     De sorte que je me dois donc, amis visiteurs, de poursuivre mon enquête sur ce prétendu interdit du porc que connaissent encore actuellement certains peuples ...

 

     Dès lors, il me sied dès à présent de vous donner rendez-vous le mardi 28 avril prochain pour qu'ensemble nous analysions les résultats de mes recherches à venir.

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

 

BARBOTIN Christophe

Les statues égyptiennes du Nouvel Empire. Statues royales et divines, Paris, Éditions du Musée du Louvre/Éditions Khéops, 2007, Volume II, pp. 197-8.

 

 

 

BARGUET  Paul

 

Le Livre des Morts des anciens Égyptiens, Paris, Éditions du Cerf, 1967, Chapitre 112, pp. 148-50.

 

CARRIER  Claude

 

Textes des Sarcophages du Moyen Empire égyptien, Monaco, Éditions du Rocher, 2004,

Tome I, Formule 157, pp. 384-7 ; Formule 158, pp. 388-91.

 

 

VERNUS  Pascal

Sagesses de l'Égypte pharaonique, Paris, Editions Imprimerie nationale, 2001, p. 182.  

 

 

VOLOKHINE Youri

Le porc en Égypte ancienne. Mythes et histoire à l'origine des interdits alimentaires, Liège, Presses universitaires de Liège, 2014.

 

 

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19 avril 2015 7 19 /04 /avril /2015 07:40

 

 

     Il y en a qui ne sont pas vite gênés !!


     Voici ce que j'avais écrit dans un article du 21 septembre 2009 : http://egyptomusee.over-blog.com/article-35913113.html :

 

 

     "Un certain nombre de papyri, désormais connus sous les appellations Papyrus Ebers, Hearst, Papyrus de Londres, de Berlin ..., ont en fait été retrouvés citant quantité de remèdes, d'onguents, de décoctions ou de pansements dans lesquels entrait l'une quelconque partie du porc.

     Ainsi, sa canine, broyée finement et placée à l'intérieur de quatre gâteaux que l'on mangeait quatre jours consécutivement, était censée éliminer la toux. Le produit obtenu par le mélange d'une dent de porc écrasée avec des excréments de chien et de chat devait, appliqué sur un pansement, détruire des substances rongeant un endroit du corps. Le fiel du cochon, animal voué à ce Seth qui, je l'ai rappelé tout à l'heure, s'était jadis emparé de l'oeil d'Horus, servit à guérir certaines maladies des yeux : une première moitié de ce fiel, mélangée à du miel, était destinée à farder le soir l'oeil du patient, et l'autre moitié, séchée et finement broyée, à être appliquée chaque matin."


 

     Voici maintenant ce que je lis sous le plume d'un certain Alexandre NIsis dans un article qu'il publie le 8 février 2012 : (https://astrologievulgarisee.wordpress.com/…/constellation…/)

 

     "Un certain nombre de papyri, désormais connus sous les appellations Papyrus Ebers, Hearst, Papyrus de Londres, de Berlin …, ont en fait été retrouvés citant quantité de remèdes, d’onguents, de décoctions ou de pansements dans lesquels entrait l’une ou l’autre partie du porc.

Le fiel du cochon servit à guérir certaines maladies des yeux ( Horus ) : une première moitié de ce fiel, mélangée à du miel, était destinée à farder le soir l’oeil du patient, et l’autre moitié, séchée et finement broyée, à être appliquée chaque matin."

 

     Qu'en penser ?
 

 

     J'ajoute que, dans cet article, ce monsieur Alexandre NIsis reprend, sans en changer un mot et, bien sûr, sans évidemment en citer l'origine, d'autres phrases de mon article ... qu'apparemment il a publiées dans un livre dont il fait la publicité !!

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13 avril 2015 1 13 /04 /avril /2015 23:01

     

     Toute cuisine révèle un corps en même temps qu'un style, sinon un monde : lorsque enfant il m'a fallu comprendre ce qu'étaient la pauvreté et les fins de mois de mes parents, ce sont les oeufs ou les pommes de terre qui me l'ont signifié. Ou le manque de viande ...

 

 

  

Michel  ONFRAY

Le ventre des philosophes.

Critique de la raison diététique

 

Paris, Ed. Grasset & Fasquelle, 

Le Livre de Poche, Biblio Essais, n° 4122

p. 9 de mon édition de 1997

 

 

 

 

     La toute récente exposition du Louvre-Lens, cette salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, ou la découverte que beaucoup d'entre vous, amis visiteurs, ont déjà probablement faite soit des mastabas datant essentiellement de l'Ancien Empire situés sur le plateau de Guizeh soit des hypogées du Nouvel Empire enfouis dans la montagne thébaine vous ont sans conteste appris que la figuration d'animaux et des produits alimentaires dont ils sont à l'origine constitue un topos des scènes peintes et/ou gravées sur les parois des tombeaux égyptiens antiques.

 

     Mais tout ce bétail, symbole premier d'une importance économique réelle dans le chef de ceux qui s'en prévalurent, quel rôle joua-t-il dans le théâtre de la réalité factuelle du peuple égyptien, pour ce qui concerne plus spécifiquement les repas quotidiens ?

 

     C'est à tenter de répondre à cette question mais également à d'autres qui lui sont apparentées que nous nous attelons vous et moi depuis peu.

 

          Vous rappelez-vous ce morceau de viande réel mais desséché (E 14551) que vous avez vu, la semaine dernière, sur la petite étagère vitrée, tout en haut, à droite de ce côté de la vitrine 6 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes ?

SALLE 5 - VITRINE 6, CÔTÉ SEINE : 28. DE L'ALIMENTATION CARNÉE DES GENS DU PEUPLE ÉGYPTIEN (Seconde Partie)

 

     Grâce à lui, en guise de première approche, vous aviez pu prendre connaissance de l'existence de l'intéressante documentation que nous ont léguée les ouvriers et artisans du désormais célèbre village de Deir el-Médineh, au Nouvel Empire.

 

     Cela fait de très nombreuses années maintenant que les égyptologues se sont penchés sur elle et nous ont transmis leurs conclusions à propos de la quotidienneté des habitants en général, et de leurs ressources nutritives en particulier.

 

    Mais, in fine,  la question que nous nous posions résidait dans le fait de savoir si oui ou non cette communauté était véritablement représentative de la classe populaire égyptienne.

 

     Aux fins de poursuivre cette petite enquête alimentaire, je vous propose ce matin de profiter de la présence, aux côtés du volatile grillé, d'un petit bas-relief de l'Ancien Empire (E 25281), mesurant 14,5 centimètres de hauteur et 21 de longueur.

SALLE 5 - VITRINE 6, CÔTÉ SEINE : 28. DE L'ALIMENTATION CARNÉE DES GENS DU PEUPLE ÉGYPTIEN (Seconde Partie)

     

     Il fut légué au Louvre en 1952 par Georges-Henri Rivière (1897-1985), célèbre muséologue français qui, en 1937, fonda et dirigea trente années durant le Musée national des Arts et Traditions populaires, musée d'ethnologie dont les collections sont, depuis 2010, transférées à Marseille.

 

    La scène du registre principal qu'il donne à voir, - "de boucherie", comme aiment à la définir les égyptologues -, parfait exemple du traitement raffiné qu'imprimaient les artistes de l'époque à leurs gravures, les plus fidèles d'entre vous, amis visiteurs, la reconnaîtront : il s'agit de l'ablation de la patte antérieure droite d'un boeuf, - le khepesh tant souhaité -, dont les membres postérieurs ont préalablement été entravés.

 

     Au registre inférieur, dans le même ordre d'idées, - ce qui est loin d'être anodin -, l'artiste a représenté un homme portant sur ses épaules une gazelle ou un oryx, dont vous n'ignorez plus à présent qu'un même sort, un même rituel lie entre eux tous ces animaux !

 

     Bien au-delà de l'acte sacrificiel, lui-même donnant lieu à une offrande carnée de premier choix pour un défunt, avec tout ce que cela signifie quant à son alimentation post mortem, la symbolique de ces gestes se veut rappel constamment asséné de la prééminence du bon ordre social, du bon ordre universel, Maât, en fait ici personnifiée par celui qui tranche la patte, sur Isefet, le chaos, toujours susceptible de s'imposer, personnifié quant à lui par la bête qu'il faut sacrifier, assimilée dans ce cas de figure aux ennemis de l'Égypte ! 

 

      Si, comme je l'ai indiqué voici quelques instants, les travaux de l'égyptologue français Bernard Bruyère à Deir el-Médineh datent considérablement, d'autres recherches, beaucoup plus récentes et menées notamment sur des sites de l'époque pré-dynastique dans le Delta - je pense ainsi à ceux de Bouto, de Minshat Abu Omar, de Tell Ibrahim Awad ou de Maadi -, vont nous permettre d'affiner nos connaissances, c'est sur celui de Kom el-Hisn qu'aujourd'hui, amis visiteurs, je vous invite à m'accompagner.

 

    Nous sommes à l'ouest du Delta du Nil, entre une ancienne branche de ce fleuve et le désert libyque, à quelque 115 kilomètres au nord-ouest de Memphis. Le site, capitale du 3ème nome de Basse-Egypte, portant à l'Ancien Empire le nom de Ymaou, fut entre autres placé sous la protection de la déesse-vache Hathor ; ce qui ne vous étonnera pas si vous prenez en considération le fait que des cultes dédiés aux bovidés étaient fort répandus dans le Delta, au point que plusieurs des entités de la région portèrent un nom en relation avec cette famille animale. 

 

     Si les fouilles de Kom el-Hisn entamées dès l'aube de l'archéologie égyptienne par l'Anglais Francis Llewellyn Griffith (1862-1934), puis William Matthew Flinders Petrie (1853-1942) révélèrent que des monuments datant de l'époque de Ramsès II ou encore, à la XXIIème dynastie, de Chechonq, furent mis au jour, c'est sur celles entreprises avec une visée archéozoologique, en 1984, 1986 et 1988, par Robert J. Wenke que j'aimerais maintenant asseoir mon propos.   

 

     Outre que les artefacts analysés indiquent que de nombreuses activités domestiques élémentaires s'y déployaient - je pense notamment à ces pots et bols en céramique induisant préparation, voire stockage de denrées alimentaires -, il appert que Kom el-Hisn fut, dès les premiers moments de l'Histoire égyptienne, un centre d'élevage de bovins et d'ovins mais - et c'est à mes yeux le plus intéressant -, les ossements que l'on y a retrouvés sont majoritairement  ceux de capridés et de suidés.

     Ce qui, en d'autres termes, signifie que ces deux dernières familles de mammifères constituaient l'essentiel de l'alimentation carnée des fermiers producteurs, et que les deux autres, là élevées, considérées probablement comme plus prestigieuses, plus nobles, l'étaient en vue d'une exportation vers les centres cultuels les plus proches, entendez : Memphis, où il était capital de nourrir les puissants et leurs féaux et/ou Guizeh, où il était absolument nécessaire de ravitailler les ouvriers aménageant les mastabas de ces mêmes notables.

     Est-il besoin d'ajouter que l'abondance d'os de vaches, de veaux, de moutons et de chèvres retrouvés dans les nécropoles afférentes atteste mon propos ?

 

     Ce n'est donc pas - mais qui en eût douté ? -, parce que le pouvoir royal imposait – dans tous les sens du terme, déjà ! -, aux fermiers des contrées avoisinantes de produire des têtes d'un bétail considéré comme de haute qualité dans le but de subvenir aux besoins de classes sociales relativement privilégiées que ces producteurs villageois, que ces membres de la classe dite populaire, bénéficièrent de la même nourriture de premier choix !

 

     Affinons. Une étude comparative élargie à d'autres sites du Delta à cette époque - mais en a-t-il été autrement tout au long de l'histoire égyptienne ? -, révèle que la viande la plus mangée dans l'Égypte des temps anciens fut celle des porcins.

     Oui, vous m'avez bien lu, amis visiteurs, les chiffres sont formels : les reliefs osseux de porcs liés à la cuisine humaine qui furent exhumés dans ces différents sites nilotiques, affirme le Professeur Youri Volokhine, Maître d'Enseignement et de Recherche en Histoire des Religions à la Faculté des Lettres de l'Université de Genève, à la page 65 de son magistral ouvrage référencé ci-après dans la bibliographie infrapaginale, s'élèvent à 62,5 % de l'ensemble des animaux habituellement ingérés.

 

     Affinons encore. Il ressort entre autres intéressants renseignements déduits de l'analyse isotopique de tissus mous et minéralisés pratiquée par des chercheurs de l'Université Claude Bernard de Lyon à partir de momies égyptiennes appartenant au Musée des Confluences et au Musée Testut Latarjet d'Anatomie et d'Histoire naturelle médicale de la ville, - je vous invite à lire l'article détaillé grâce au lien fourni dans la référence infrapaginale, sous l'entrée "Touzeau ..." -, que les viandes les plus riches, entendez : essentiellement les bovidés, dont font état les registres peints ou gravés sur les parois des chambres sépulcrales ne furent que peu à la portée du petit peuple égyptien, probablement contraint pour diverses raisons de se contenter de chair animale plus adaptée à ses moyens personnels, comprenez : celle des porcins.        

 

     Deux importants noeuds gordiens restent maintenant à trancher.

 

1. Alors que grâce aux fouilles archéologiques et archéozoologiques, alors que grâce aux analyses scientifiques de momies, les unes apportant de l'eau au moulin des autres, vous venez de le voir, il appert incontestablement que la viande de porc fut largement consommée dans l'Égypte antique, comment peut-on expliquer son absence quasi totale au sein de l'iconographie des tombeaux actuellement connus ?

 

2. Qu'en est-il réellement en Égypte de cet "interdit" du porc dont, depuis les Grecs, l'on nous rebat séculairement les oreilles aux fins d'étayer diverses thèses, pas toujours des plus "catholiques" ?

 

     C'est à tenter de résoudre ces questions que je m'attellerai ces prochaines semaines, amis visiteurs, en commençant par vous proposer, mardi 21 avril, un court arrêt à l'entrée de cette même salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, devant la toute première vitrine que nous y avions déjà rencontrée en septembre 2009 : une petite piqûre de rappel ne me semble pas inutile avant de progresser dans notre enquête ... pour autant, bien évidemment, que cette thématique vous intéresse !

 

     A tout bientôt ? 

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE 

 

CAGLE Anthony J. 

The spatial structure of Kom el-Hisn : an Old Kingdom town in the Western Nile Delta, Egypt, Dissertation, University of Washington, 2001.

(Librement téléchargeable grâce à ce lien)

 

 

HAMONIC Fanny 

Relief : scène de boucherie, dans Des animaux et des pharaons - Le règne animal dans l'Égypte ancienne, Catalogue de l'exposition au Musée du Louvre-Lens, Paris, Somogy éditions d'art, 2014, notice p. 111.

 

 

MORENO GARCIA Juan Carlos 

"J'ai rempli les pâturages de vaches tachetées ..." - Bétail, économie royale et idéologie en Égypte de l'Ancien au Moyen Empire, dans RdE 50, Paris, Peeters, 1999, pp. 241-57.

 

 

TOUZEAU A./LECUYER C./FLANDROIS J.-P.

L'alimentation des anciens Égyptiens retrouvée par l'analyse isotopique des momies, Note de l'Institut antional des sciences de l'univers, CNRS, 11 avril 2014.

(Librement téléchargeable grâce à ce lien.) 

 

 

VOLOKHINE  Youri 

Le porc en Égypte ancienne - Mythes et histoire à l'origine des interdits alimentaires, Liège, Presses universitaires de Liège, 2014.

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