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3 août 2015 1 03 /08 /août /2015 23:05

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Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte en Belgique
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27 juillet 2015 1 27 /07 /juillet /2015 23:05

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20 juillet 2015 1 20 /07 /juillet /2015 23:05

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13 juillet 2015 1 13 /07 /juillet /2015 23:05

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6 juillet 2015 1 06 /07 /juillet /2015 23:05

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29 juin 2015 1 29 /06 /juin /2015 23:05

...

Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème

De la Mer, infusé d'astres et lactescent,

Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême 

Et ravie, un noyé pensif parfois descend ;

 

(...)

 

J'ai vu des archipels sidéraux ! et des îles

Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur :

- Est-ce en ces nuits sans fond que tu dors et t'exiles,

Million d'oiseaux d'or, ô future Vigueur ?

 

 

 

Arthur  RIMBAUD

Le bateau ivre

(Extraits)

 

 

Paris, Éditions "Aux Quais de Paris", 1957

pp. 120-5

 

 

 

     Je vous l'avais laissé sous-entendre la semaine dernière, amis visiteurs, dans l'introduction à l'étude des dernières vitrines, la septième et la huitième, non encore détaillées en cette salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Louvre : ÉgyptoMusée prend ses quartiers d'été jusqu'à la rentrée scolaire de septembre prochain.

 

ÉGYPTOMUSÉE  EN  VACANCES ...

 

     Mais pour qu'il ne s'efface pas totalement de vos mémoires, pour qu'il continue à accompagner ceux qui ne s'évaderont pas tout de suite et peut-être leur permettre d'apprendre quelque chose de nouveau à propos d'égyptologie, belge de surcroît, j'ai jugé intéressant de rééditer, chaque mardi de ces deux mois à venir, des interventions déjà proposées à mes lecteurs d'Overblog les samedis de juillet et août 2009.

 

     Ce n'est point être infatué de reconnaître que, depuis lors, mon lectorat s'est considérablement étoffé ; et mon inscription sur Facebook en septembre 2014 l'a encore amplifié. Mais beaucoup de mes visiteurs n'ont pas toujours pris le temps de lire ce que j'avais rédigé avant qu'ils ne me connaissent.  

 

     Belge d'origine, plus personne ne l'ignore à présent, j'avais cru bon, l'été 2009, d'évoquer le premier de nos égyptologues, l'un des plus grands de ce petit pays : je veux évidemment nommer le Professeur Jean CAPART.

 

ÉGYPTOMUSÉE  EN  VACANCES ...

 

     Ce blog avait deux mois quand, en mai 2008, je lui avais déjà rendu un premier hommage en esquissant sa riche carrière. C'est par cette modeste contribution que je vous convie à entamer ce matin votre voyage en sa compagnie.

     "En sa compagnie" constitue l'expression idoine dans la mesure où, dès mardi prochain, je m'effacerai totalement aux fins d'entièrement lui donner la parole pour vous permettre d'appréhender au plus près sa vie en égyptologie.

 

    Ce seront donc des extraits de ses écrits que, tout au long des vacances qui pour les Étudiants belges - et leurs Enseignants - commencent officiellement ce jour à 16 H., vous découvrirez.

 

     Il va sans dire que si vous souhaitez déposer un commentaire à la suite de l'un ou l'autre d'entre eux, je me ferai un plaisir d'y répondre lors de mes retours devant l'ordinateur ; car en effet, point de portable à mes côtés lors de ces escapades estivales hors frontières

     Soyez donc patients ; mais assurés aussi que ma mutité ne durera pas deux mois complets ! 

 

     Je vous souhaite à toutes et à tous, amis visiteurs d'Overblog et de Facebook réunis, d'excellentes vacances et de toutes aussi excellentes lectures en compagnie ou non d'ÉgyptoMusée.

 

     Richard

   

 

     Et donc, avant de le laisser s'exprimer, apprenons, grâce au lien ci-dessous sur lequel il vous suffira de cliquer, à connaître Jean CAPART ...

 

 

http://egyptomusee.over-blog.com/article-19579978.html

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Publié par Richard LEJEUNE - dans A propos de ce blog
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22 juin 2015 1 22 /06 /juin /2015 23:05
SALLE 5 - VITRINES 7 ET 8 : UNE PRÉSENTATION INTRODUCTIVE ...

   

     On ne le dit pas assez, et c'est bien dommage : les Égyptiens ont toujours apprécié le vin, comme ils ont toujours apprécié l'humour. Deux prédilections, au demeurant, pas toujours sans rapport, et qui rendent franchement sympathique la civilisation pharaonique, alors qu'elle ne pourrait être que grandiose. 

 

 

Pascal VERNUS

Dictionnaire amoureux de l'Égypte pharaonique

 

Paris, Plon, 2009,

p. 961

 

 

 

 

    L'étude approfondie de la double grande vitrine 6 peut-être déjà dissipée pour d'aucuns dans la brume des souvenirs ; le bloc-vitré 9 simplement donné à voir la semaine dernière, nous pouvons maintenant profiter, amis visiteurs, de ce pénultième rendez-vous précédant les vacances d'été d'ÉgyptoMusée, aux fins d'aborder les prémices de l'ultime thématique développée elle aussi dans cette salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre : deux vitrines, d'importance très inégale quant à l'espace et au contenu, sont en effet dédiées à la vigne en Égypte ancienne. 

 

     Ce sont, sur votre droite, la septième avec sa petite dizaine de pièces ; 

SALLE 5 - VITRINES 7 ET 8 : UNE PRÉSENTATION INTRODUCTIVE ...

puis, au fond, la huitième et ses amphores, espace offrant la particularité d'être à la fois visible de l'endroit où nous nous trouvons actuellement, mais aussi de la salle 8 

SALLE 5 - VITRINES 7 ET 8 : UNE PRÉSENTATION INTRODUCTIVE ...

 

dans laquelle nous déambulerons probablement un jour futur, salle dévolue au thème de la maison égyptienne antique, ainsi qu'à son mobilier.

 

    Mais avant de nous pencher sur ces deux meubles vitrés à la rentrée de septembre, et sans toutefois prétendre rédiger un traité d'ampélologie qui se voudrait exhaustif, j'aimerais aujourd'hui avancer quelques notions introductives dont certaines avaient en partie déjà été évoquées lors d'une précédente rencontre datant de mars 2009. 

 

     La vigne constitue une des plus anciennes cultures du pourtour méditerranéen en général, et de l’Égypte en particulier où, là, naquit un mythe indiquant que si les hommes ont pu continuer à exister, c’est parce que Rê fit un jour déguster plus que de raison à sa fille Hathor cette vigoureuse liqueur couleur de sang qui l’endormit, soustrayant ainsi l’humanité à sa vindicte destructrice ...

 


     Il est avéré qu’au IVème millénaire avant notre ère, entre Tigre et Euphrate, les Mésopotamiens furent un des premiers peuples à domestiquer et à cultiver la vigne, probablement après les habitants du Caucase qui, au VII ème millénaire eux, s’y seraient déjà intéressés.


     Quoi qu’il en soit, c’est bel et bien d’Égypte que proviennent les plus anciens témoignages d’une viticulture organisée, réfléchie et ce, dès l'époque thinite : espaliers et surtout treilles pour les plants ; bâtons fourchus en leur extrémité supérieure pour soutenir de longues tiges de bois horizontales portant les branches grimpant depuis les ceps.

 

    Dès cette époque aussi apparaissent des stèles rectangulaires figurant un personnage assis devant sa table d'offrandes : ainsi, après notre rendez-vous de ce matin, si cela vous intéresse, aurez-vous tout loisir de monter au premier étage pour découvrir, dans la vitrine 5 de la salle 21 du parcours chronologique, dévolue précisément aux premières dynasties, un de ces petits monuments de calcaire (E 27157), double pour sa part puisque aux noms de deux défuntes, Nytouâ et Nytneb, dont le vin, - (trois hiéroglyphes, sous mes flèches qui, de droite à gauche, se lisent irep) -, constitue la première offrande gravée pour ces dames, juste avant les onguents.

© C. Décamps

© C. Décamps

 

  

 

     Bien des mastabas memphites du début de l’Ancien Empire, ceux de Menna, de Mérérouka et de Ti, par exemple ; mais aussi, plus tard, au Nouvel Empire, dans la montagne thébaine, les hypogées de Nakht et d'Ouserhat, notamment, proposent de superbes scènes polychromes relatant de typiques activités, tels que les vendanges, le foulage du raisin que quelques hommes piétinaient au son de claquoirs, la torsion de sacs de toile dans lesquels avaient été rassemblés peaux, pépins et rafles en vue d'en exprimer le jus bénéfique, la fermentation et la décantation du vin dans des récipients d'argile non couverts ; enfin sa mise en amphores de terre cuite pour son transport, voire son stockage.

 

 

( Je vous convie à visiter l'une ou l'autre de ces tombes lors de votre prochain séjour en terre égyptienne ... ou, à défaut, sur l'excellent site de Thierry Benderitter :

http://www.osirisnet.net/centrale.htm ).

 

 

     Nombreuses furent les jarres vinaires thinites, généralement rendues moins poreuses par un enduit de résine appliqué à même la paroi intérieure, - comme certaines de celles de la vitrine 8, j'y reviendrai à l'automne prochain -,  mises au jour par les archéologues : elles étaient déjà estampillées soit en portant sur l’épaule des suscriptions rédigées à l'encre noire en écriture hiératique et indiquant, suivant les cas, le nom du vignoble, celui des parcelles d’où provenaient les raisins, le millésime, les noms du propriétaire et du maître de chai ; soit, explique le grand égyptologue français Jacques Vandier, en présentant l'empreinte d'un cylindre en bois ou en ivoire que l'on avait roulé sur l'argile encore fraîche du gros bouchon destiné à hermétiquement les fermer, et qui ainsi "imprimait" l'une ou l'autre des indications que je viens d'énoncer.

 

     Dépouillées, traduites, étudiées, toutes ces précisions nous permettent dorénavant de déterminer la localisation de certaines zones plus propices que d’autres à la viticulture : ainsi, les oasis occidentales de Kharga, de Dakhla, de Baharia et de Farafra, notamment ; mais aussi dans le Fayoum et, plus au nord, dans le Delta du Nil.

     Notez que, en quelque sorte privilégiées, ces deux dernières régions sont considérées comme le véritable berceau des vins égyptiens antiques de qualité.

     

 

     Je me dois toutefois de souligner que cette production, à tout le moins à l'Ancien Empire, resta l'apanage exclusif du souverain, de sa famille et des hauts dignitaires de cour, en vue d'une consommation personnelle, bien sûr, mais aussi, - et le détail, en Égypte, est évidemment d'importance -, pour les besoins de rituels funéraires, ainsi que cultuels en faveur des dieux à honorer.


     L’évolution sociale du pays, la démocratisation de nombreuses traditions au départ essentiellement régaliennes, mais également la croissance économique qui suivit les grandes conquêtes firent qu’au Nouvel Empire, et plus particulièrement à l'époque des Ramsès, la production de vin connut un essor tel que, non seulement tous ceux qui le souhaitaient, tous ceux en fait qui le préféraient à la bière, boisson "nationale" consommée par la majorité des hommes, toutes classes sociales confondues, purent s’en offrir.

     Mieux : que l'excédent fut envoyé dans différents autres pays du monde méditerranéen, ce qui manifeste incontestablement des  échanges commerciaux d'une envergure certaine.


     Certes, comme je l’ai déjà indiqué, la terre d’Egypte appartenait en principe tout entière au souverain ; certes les temples eux aussi, suite à de nombreuses donations, géraient de vastes étendues viticoles, mais les sources documentaires font également état de l'existence de vergers à vin privés, propriété de particuliers aisés, contentant en suffisance leurs besoins familiaux.

    Indépendamment de ces raisons pratiques et matérielles, il ne vous faut pas perdre de vue, amis visiteurs, qu'au sein des croyances osiriennes, dans lesquelles le vin est symbole du sang versé par le dieu, - comme il le sera bien plus tard, d'ailleurs, dans l'histoire christique -, la simple représentation de pampres au plus profond d'un tombeau 
constitue un gage certain de renaissance pour son propriétaire défunt.

 

     C'est dans ce sens qu'il vous faut comprendre une "décoration" viticole en damiers, avec grappes de raisins et feuilles de vigne dans quelques hypogées de la XVIIIème dynastie : ceux d'Amenemhat (TT 340) et de Panehesy (TT 16), à Deir el-Médineh, de Khonsou (TT 31), à Cheik Abd el-Gournah ; sans oublier évidemment le plus connu d'entre tous, celui de Sennefer (TT 96), également dans la Montagne thébaine. 

 

     Dans la foulée, je m'en voudrais ne pas mentionner un cas particulier, non encore exploré en profondeur à cause de la configuration extrêmement dangereuse des lieux, celui mis au jour lors de la campagne de fouilles de 1996-97 par l'équipe de l'égyptologue français Alain Zivie, dans la colline du Bubasteion, à Saqqarah. Cette tombe, ayant appartenu au scribe du cadastre Ptahmès, de la XVIIIème dynastie, (époque d'Amenhotep III), laisse elle aussi entrapercevoir une décoration viticole en damiers de premier choix ...  

 

 

 

     J'ai tout à l'heure employé le terme millésime qui, pour nous, connote une idée extrêmement précise. J’aurais plutôt dû indiquer : année de fabrication, car sachant que bien d’autres produits, comme l'huile, la bière, la graisse animale ou le mielportaient mention d’une date d’origine, il serait tout à fait illusoire et particulièrement anachronique de croire que les Égyptiens conservaient des amphores dans le seul principe d'une bonification au fil des ans.

 


     Grâce aux relations laissées de leurs voyages par des écrivains antiques comme le naturaliste romain Pline l’Ancien ou le géographe grec Strabon, on sait qu’existaient des cépages dénommés "Kaenkeme", d’un moelleux supérieur à celui du miel ; "Taniotique", blanc doux lui aussi onctueux ; "Shédeh", liquoreux très alcoolisé ; "Sébennythique", vin élaboré à partir de raisin et de résine de pin.

     Sans oublier le "Maréotique", blanc également doux originaire du lac Mariout, à l’ouest du Delta : la légende avance qu'il fut le préféré de Cléopâtre VII ...


     Indépendamment de tous ces vins blancs très prisés à la Cour, nous connaissons l’existence d’un rouge, apparemment assez puissant, vinifié à base de muscat noir.


     Pour le menu peuple, existait aussi un vin de dattes ou de palme et en circulaient d'autres, de qualité moindre, tel le "Paour", "piquette" que certains égyptologues considèrent d’ailleurs plus comme un vinaigre qu'utilisait lpharmacopée pour soigner diverses plaies que comme un vrai vin de consommation courante.


 

     Enfin, je terminerai ces propos introductifs en ajoutant que dans certaines formules d’offrandes se rencontre une nette distinction entre le vin "tout venant" palestinien et l’égyptien : 50 grappes de raisin ordinaire et mille grappes de raisin de l’Oasis.

 

     Ce qui donne à penser, amis visiteurs, que non contents d’en produire eux-mêmes pour leur besoins personnels ou pour la vente à l'étranger, les Égyptiens en importaient également.

 

 

    Grands consommateurs de vin les Égyptiens, laissait entendre Pascal Vernus dans l'exergue de ce matin ...

 

 

 

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

 

 

AUFRERE Sydney

Études de lexicologie et d'histoire naturelle, XVIII-XXVI, dans BIFAO 87, Le Caire, I.F.A.O., 1987, § XXIII (6) - "JP-WR ; P3-WR > Dém. PWR : "Vinaigre", pp. 36-9.

 

 

 

BAUM  Nathalie

Arbres et arbustes de l'Égypte ancienne, Louvain, 1988, OLA 31, pp. 259 sqq.

 

 

BARDINET  Thierry

Les papyrus médicaux de l'Égypte pharaonique, Paris, Fayard, p. 396. 

 

 


BRESCIANI  Edda

1996, Nourritures et boissons de l'Egypte ancienne, dans FLANDRIN J.-L/MONTANARI M (s/d), Histoire de l'alimentation, Paris, Fayard, 1996, pp. 61-72.

 

 

 

CAMINOS  Ricardo A.

Le paysan, dans DONADONI Sergio, L'Homme égyptien, Paris, Seuil, 1992, p. 29.

 

 

 

CHERPION  Nadine

Le "cône d'onguent", gage de survie, BIFAO 94, Le Caire, IFAO, 1994 : 79-107.

 

 

 

FAIVRE Colette

Le vin en Égypte antique, sur Blog "Passion égyptienne".

 

 

 

HEGAZY El-Sayed/MARTINEZ Philippe/ZIMMER Thierry
Une vigne divine sous le règne d'Aménophis II, Paris, Cahiers de Karnak IX, 1993, pp. 205-12.

 

 

 

HUGONOT Jean-Claude
Le jardin dans l'Egypte ancienne, Frankfurt am Main/Paris, Publications universitaires européennes, Série XXXVIII, Archéologie, vol. 27, 1989, p. 21.

 

 

 

POSENER Georges/SAUNERON Serge/YOYOTTE Jean
Dictionnaire de la civilisation égyptienne, Paris, Hazan, 1959, pp. 140-1 ; 299-301.

 

 

 

REEVES Nicholas
À la découverte de Toutânkhamon, Paris, Editions Inter-Livres, 1995, pp. 202-3.

 

 

 

TALLET Pierre

Le shedeh : étude d'un procédé de vinification en Egypte ancienne, BIFAO 95, Le Caire, IFAO., 1995, pp. 459-92.

 

La cuisine des pharaons, Arles, Actes Sud, 2003, p. 105.

 

 

 

VANDIER  Jacques

Manuel d'archéologie égyptienne, Tome I. Les époques de formation, vol. 2. Les trois premières dynasties, Paris, Éditions Picard, 1988, p. 861-2. 

 

 

 

ZIVIE  Alain

Une "tombe des vignes" memphite, dans Thèbes aux 101 portes, Mélanges à la mémoire de Roland Tefnin, édités par Eugène Warmenbol & Valérie Angenot, Turhnout, Brepols, Association égyptologique Reine Élisabeth, 2010, pp. 185-9. 

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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15 juin 2015 1 15 /06 /juin /2015 23:05

 

     Bizarrerie ! 

     Une de plus, avanceront certains qui, ayant encore en mémoire que la semaine dernière, nous terminions notre longue, minutieuse et intéressante, - à tout le moins, je l'espère pour vous, amis visiteurs ! -, exploration de l'immense et double vitrine 6, s'étonneront du titre donné à notre rendez-vous de ce mardi.

 

    Bizarrerie ? 

    En effet, si je devais m'en tenir à la logique mathématique, il eût aujourd'hui convenu que nous dirigions nos pas vers le septième meuble vitré de cette salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre. Or, je vous propose de me suivre vers le neuvième et dernier, celui qui se trouve juste avant la sortie vers la salle suivante.

 

 

 

 

SALLE 5 - VITRINE 9 : COMPLÉMENTS À ...

    

Bizarrerie dans mon chef ? 

    Que nenni ! Car ma logique à moi, ver de terre amoureux de l'étoile "Louvre" ; à moi, simple amateur qui s'offre parfois l'outrecuidance d'enfoncer, telles les abeilles des ruchers de l'Hymette leur dard, quelques perfides reproches dans le dos de ses "Maîtres" ; ma logique donc eût voulu que ce meuble cubique portât le numéro 7 pour les bonnes et tellement simples raisons qu'il procède du même thème que la vitrine 6 et qu'en outre, il en complète judicieusement certaines données.

 

    Bizarrerie dans le chef du Conservateur en charge de l'organisation de la salle ?

    Je le pense, oui, dans la mesure où, comme vous le découvrirez bientôt, les septième et huitième vitrines officielles participent d'une thématique nouvelle, alors que la neuvième ici devant vous reprend, pour en dévoiler des exemplaires naturels desséchés, une série de produits, des fruits essentiellement, dont certains furent évoqués quand nous détaillâmes de conserve une des étagères, côté Seine, de la vitrine en question.

 

Salle 5 - Bloc-vitrine 9

Salle 5 - Bloc-vitrine 9

 

     Bizarrerie pour bizarrerie, chacun, en toute logique, défendant son pré carré, je m'arroge aujourd'hui et le droit de vous faire découvrir, avant les septième et huitième, que nous n'envisagerons qu'à partir de la semaine prochaine, ce neuvième et ultime meuble vitré, ainsi que celui d'avoir le plaisir de réitérer mes remerciements les plus amicaux à Louvre-passion, ancien blogueur parisien qui, sur mienne requête, avait l'année dernière pris tous les clichés que je souhaitais.

 

      Même si certaines d'entre elles, vous vous en souviendrez peut-être, avaient déjà été insérées dans plusieurs de mes interventions quand nécessité s'en était présentée, je me contenterai aujourd'hui de vous offrir ces coupes en verre les unes après les autres aux fins que vous disposiez d'une vue générale des récipients alignés, et seulement assorties d'indications minimales car, bien évidemment, je ne vous obligerai pas à derechef écouter mes propos de 2014.  

Coupe 1 - Epi de blé poulard (E 11637)

Coupe 1 - Epi de blé poulard (E 11637)

Coupe 2 - Grains de blé poulard (E 2786)

Coupe 2 - Grains de blé poulard (E 2786)

Coupe 3 - Grains d'orge à six rangs (E 2787)

Coupe 3 - Grains d'orge à six rangs (E 2787)

Coupe 4 - Graines de légumineuses (E 14545)

Coupe 4 - Graines de légumineuses (E 14545)

Coupe 5 - Graines de ricin (AF 1861 - E 2792)

Coupe 5 - Graines de ricin (AF 1861 - E 2792)

Coupe 6 - Fruits du mimusops (N 1417)

Coupe 6 - Fruits du mimusops (N 1417)

Coupe 7 - Fruits du balanite (arbre-ished)

Coupe 7 - Fruits du balanite (arbre-ished)

Coupe 8 - Noyau de fruits du balanite (arbre-ished) ayant été grignotés par des rongeurs.

Coupe 8 - Noyau de fruits du balanite (arbre-ished) ayant été grignotés par des rongeurs.

Coupe 9 - Fruits divers (E 14574)

Coupe 9 - Fruits divers (E 14574)

Coupe 10 - Grenades (E 10747 et E 10748)

Coupe 10 - Grenades (E 10747 et E 10748)

Coupe 11 - Grenades (N 1474)

Coupe 11 - Grenades (N 1474)

Coupe 12 - Noix de palmier-argun (E 2789)

Coupe 12 - Noix de palmier-argun (E 2789)

Coupe 13 - Noix de palmier-doum

Coupe 13 - Noix de palmier-doum

Coupe 14 - Figues de sycomore (N 1416)

Coupe 14 - Figues de sycomore (N 1416)

Coupe 15 - Dattes et noyaux de dattes (N 1418)

Coupe 15 - Dattes et noyaux de dattes (N 1418)

Coupe 16 - Raisins (E 2791)

Coupe 16 - Raisins (E 2791)

Coupe 17 - Oignons (N 1410), dont l'un d'eux porte des traces de dorure.

Coupe 17 - Oignons (N 1410), dont l'un d'eux porte des traces de dorure.

Ombelles de papyrus (n° 18)

Ombelles de papyrus (n° 18)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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8 juin 2015 1 08 /06 /juin /2015 23:05

 

 

 "... on ne sait pas le nombre des oies. Elles sont là en incarnation des ennemis et grillent sur les autels."

 

 

 

Philippe DERCHAIN

 

De l'holocauste au barbecue - Les avatars d'un sacrifice 

 

Göttinger Miszellen 213

Göttingen, Georg-August Universität, 2007

pp. 19-22

 

 

 

     Voici venu le temps, amis visiteurs, quelque peu nostalgique, de porter aujourd'hui un dernier regard à cette très prolifique vitrine 6 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre qui tant nous apprit depuis le 12 novembre 2013, déjà.

 

     Celui aussi du regret d'accompagner mon dernier propos d'un petit monument

 

SALLE 5 - VITRINE 6, CÔTÉ SEINE : 32. DES OIES ET DES DIEUX ....

 

qui semble tellement laissé pour compte, tellement déconsidéré, même pas arrimé, simplement déposé contre la paroi médiane, insignifiant dans ce coin à l'extrême-gauche de l'armoire vitrée, - parce qu'il fallait bien le mettre quelque part, je présume -, en retrait par rapport au magnifique bas-relief des offrandes que nous avons admiré de conserve mardi dernier ; et "effacé" dans la mesure où aucun cartel n'en définit l'origine, n'en précise le numéro d'inventaire et où la grande notice explicative sur une feuille format A-4 glissée à ses pieds, que nous aurions pu espérer le concerner, las ! se rapporte en réalité à son prestigieux compagnon de vitrine ...

SALLE 5 - VITRINE 6, CÔTÉ SEINE : 32. DES OIES ET DES DIEUX ....

     Espérant quelque peu, comme Proust l'écrivait de la nature, faire "de la lumière avec de l'obscurité" et jouer "de la flûte avec le silence", je m'autorise deux mots néanmoins pour ne point le laisser ainsi nu, devant vous ...

 

    Approximativement d'une trentaine de centimètres de hauteur, il corrobore le fait qu'il fut comme son voisin immédiat arraché à deux registres superposés d'une paroi murale, voire à un troisième, en dessous. 

     Toutefois, ici, ce n'est plus une ligne de séparation en léger relief qui délimite les différentes parties, mais un large creux horizontal peint en noir, à tout le moins pour celui du dessus.

 

     Ce qui subsiste du niveau supérieur laisse entrevoir la présence de deux hommes de taille considérablement réduite, agenouillés, tournés vers la gauche faisant, d'après la position des mains du second d'entre eux, offrande à un défunt qui, comme souvent dans ce type de composition, se trouvait un peu plus loin devant eux. 

 

     Je viens de souligner qu'ils étaient tournés vers la gauche, soit vers le propriétaire de la tombe, assis en taille héroïque, contemplant ses biens, soit, dans certains autres cas, vers la stèle fausse-porte, au pied de laquelle avait été posée la table d'offrandes aux fins de recevoir les denrées dont le défunt aurait besoin pour se sustenter dans l'Au-delà ; "porte" que seul il serait censé franchir pour sortir au jour.

 

     Ces deux personnages, parce que le regard dans cette direction, prouvent que la scène dont ils ont été arrachés se situait sur la paroi de droite en entrant dans la chapelle funéraire, c'est-à-dire sur le mur nord.

 

 

     Plus "prolixe", le registre inférieur propose, dans sa portion droite, quelques aliments carnés dans lesquels vous reconnaîtrez la tête d'un bovin, le "traditionnel" khepech, patte antérieure droite de l'animal, et une volaille, le tout gravé en relief dans le creux.

 

     Quant à la moitié gauche, elle est entièrement habitée par un vase de dimensions bizarrement démesurées par rapport aux autres éléments, maintenu sur un support et qu'enlace une tige de fleur de lotus - symbole de renaissance par excellence -,  tel que parfois l'on en voit sous le plateau des tables à pied central devant laquelle sont assis les défunts, quand la place manque à l'artiste pour les représenter à côté.

     S'il en existe de différents types, tous ont pour finalité de permettre au propriétaire de la tombe de procéder aux ablutions et libations rituelles qui précèdent ses repas.

 

     Mais il se pourrait aussi, supposition parfaitement plausible, que ce soit un vase contenant une boisson quelconque, bière ou vin : il ferait alors partie intégrante des offrandes alimentaires post mortem

 

 

     A défaut de notice officielle, fort de ces précisions ou supputations de ma part, ce monument "oublié", ou plutôt le volatile qu'il donne à voir, me tiendra lieu ce matin de prétexte pour consacrer notre ultime rendez-vous à l'oie, animal d'importance tellement grande aux yeux des Égyptiens qu'il eut, à l'instar d'autres certes, d'étroits rapports avec les dieux.

     C'est donc sous l'éclairage particulier de la symbolique théologique de l'oie que je terminerai aujourd'hui, amis visiteurs, notre introspection des deux côtés de la haute vitrine 6.   

 

     Vous souvenez-vous des scènes d'holocauste relatées par feu l'égyptologue belge Philippe Derchain qu'affichent, avec quelques différences de phrasé mais avec le même esprit quant au sujet à développer, les sanctuaires ptolémaïques d'Edfou et de Dendera, tableaux auxquels j'avais fait allusion le 31 mars dernier alors que j'évoquais le morceau de viande grillée exposé sur l'étagère ici devant vous ? 

 

     Si, à l'époque, je vous avais fourni la traduction du texte hiéroglyphique qui, gravé sur les parois de l'escalier accédant au kiosque aménagé sur le toit du temple de Dendera, accompagnait une procession de porte-enseignes et de différents prêtres, menée par le roi et la reine censés présenter les divinités des lieux au soleil du Nouvel An, j'ai plutôt souhaité ce matin vous proposer en guise d'exergue celle du passage gravé dans le temple d'Edfou qui, comme vous ne l'ignorez certainement pas, est voué au dieu Horus.

 

    Pour l'heure, il m'intéresse de vous rappeler l'allusion manifeste notée dans les deux temples à des oies grillant sur des autels, parce qu'incarnations des ennemis de l'Égypte et, plus spécifiquement, comme le précise la glose que l'artiste a ajoutée, de la déesse Sekhmet, en vue d'en apaiser la vindicte ; vindicte dont j'avais expliqué tenants et aboutissants les 26 août et 2 septembre 2013.

 

     Peu ou prou en rapport avec la déesse Sekhmet, donc ; avec aussi, je l'ai tout récemment souligné, avec Geb et Nout, sa parèdre, mais encore, vous allez le constater, avec trois autres divinités du panthéon égyptien, et non des moindres puisque la première n'est autre qu'Amon, le dieu tutélaire thébain.

 

     Différents types de documents nous apprennent que depuis au moins le Moyen Empire, mais surtout à l'époque ramesside (Nouvel Empire), l'oie du Nil, - "alopochen aegyptiacus", préciserait le savant Brichot, ! -, l'oie "sémen", donc, fut considérée comme animal sacré d'Amon, au point que des statues furent mises au jour, parfois sarcophages, parfois creuses aussi, comme celle, (E 26020 - © Ch. Décamps), si élégante, en bronze et cartonnage, de Basse Époque

 

SALLE 5 - VITRINE 6, CÔTÉ SEINE : 32. DES OIES ET DES DIEUX ....

 

que vous n'aurez malheureusement pas l'opportunité d'admirer sur son socle de bois dans la vitrine 1 de la salle 19 tout à l'heure, après notre entretien, puisque, telles les Muses du célèbre tableau de Gustave Moreau qui quittent Apollon, leur père, pour aller éclairer le monde, elle et d'autres membres du bestiaire de ce département du Louvre parisien migrèrent vers l'exposition de Lens l'hiver dernier pour, ce printemps, s'envoler vers l'Espagne, à Madrid d'abord, à Barcelone ensuite, jusqu'en janvier 2016 ...

 

     Je pense aussi à d'autres statues d'oies offertes en ex-voto à Amon par des artisans du village de Deir el-Médineh dont le texte les accompagnant cantonnait le dieu dans le rôle de protecteur des malheureux

     Je pense également à ces cinq oies que Victor Loret exhuma, momifiées, en 1905, rituellement sacrifiées en vue de faire partie du dépôt de fondation du temple funéraire de Thoutmosis III.

     Je pense enfin à ces nombreuses stèles sur lesquelles elles  furent représentées, définies par cette appellation claire, - comme "d'origine contrôlée" : parfaite oie sémen d'Amon.

 

      Nonobstant l'importance de ces exemples datant tous du Nouvel Empire et des époques historiques qui suivirent, je voudrais attirer votre attention, amis visiteurs, sur certains passages des Textes des Pyramides (Ancien Empire, donc) qui, non seulement soulignent la divinisation de l'animal mais aussi l'associent au souverain défunt en le comparant à une oie  ou à un faucon qui s'envole vers le ciel.

     Ainsi, cet extrait (§ 463 a et b) :

 

     (Si) Oupouaout a fait s'envoler Ounas vers le ciel parmi ses frères les dieux, c'est qu'Ounas s'est servi de ses mains comme une oie sémen de ses ailes (et) qu'Ounas a battu de l'aile comme un milan.

 

     Sans oublier que dans les Textes des Sarcophages (Moyen Empire, donc), l'on peut lire que le défunt se transforme en oie !

    Ainsi cet autre extrait (Formule 23) :

 

    Transformation en oie sémen. J'ai volé en qualité de dieu grand. J'ai jargonné en qualité d'oie sémen.

 

    Et là, vous comprenez qu'oie et faucon sont unis ; entendez : Amon et Horus. Voilà donc un deuxième grand dieu du panthéon égyptien auquel l'oie peut être associée.

 

    Quant au troisième, il s'agit de Seth : les ennemis de l'Égypte, l'ennemi d'Osiris, c'est lui, le dieu mauvais par excellence, pour lequel l'on sacrifie l'oie en la grillant en holocauste sur des autels.

     Le même sacrifice faisait partie, je le rappelle au passage, de la cérémonie funéraire de l'Ouverture de la bouche mais aussi du rituel de fondation de temples : aux yeux de la population égyptienne, l'oie était immolée en tant que représentation symbolique de ce dieu qui avait dépecé son frère et auquel il était parfaitement admis d'infliger le même sort en guise de punition !  

 

    Pour terminer, j'ajouterai qu'elle ne fut évidemment pas la seule soupçonnée en tant qu'animal séthien, donc pas la seule à faire l'objet de sacrifices, puisque à Basse Époque plus spécifiquement, l'on  trouve à ses côtés crocodiles, tortues, hippopotames, ânes et ... cochons.

 

     Mais ceci est une autre histoire, déjà connue ...

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

 

CARRIER Claude

Textes des Pyramides de l'Égypte ancienne, Tome I, Textes des Pyramides d'Ounas et de Téti, Paris, Éditions Cybele, 2009, pp. 166-7.

 

 

 

DERCHAIN Philippe

De l'holocauste au barbecue - Les avatars d'un sacrifice, dans Göttinger Miszellen 213, Göttingen, Georg-August Universität, 2007, pp. 19-22.

 

 

PROUST  Marcel

Contre l'obscurité, dans Écrits sur l'art, Paris, Garnier Flammarion n° 1053, 1999, p. 98.

 

 

VANDIER  Jacques

L'oie d'Amon. À propos d'une récente acquisition du Musée du Louvre, dans Monuments et mémoires de la Fondation Eugène Piot, Tome 57, 1971, pp. 5-41. 

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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1 juin 2015 1 01 /06 /juin /2015 23:05

 

    

        Les grands artistes, les grands découvreurs, ce sont justement les jardiniers de la pensée, qui plantent aux allées mornes de l'habitude les fleurs nouvelles et si vives de leur savoir ou de leur fantaisie, ouvrant à nos regards ces clairs chemins qui pourront le conduire un peu plus haut.

 

 

 

Carole CHOLLET

En cheminant

 

12 décembre 2013

 

     Au Louvre, à tout le moins en son Département des Antiquités égyptiennes, m'agenouiller près d'une vitrine n'est point rare.

 

M'agenouiller ? A l'instar de croyants dans l'un quelconque lieu saint ? 

M'agenouiller ? Ainsi que devant leur suzerain, certains vassaux du Moyen Âge promettant allégeance ?

 

     S'agenouiller pour prier, s'agenouiller pour se soumettre ?

 

     Quand, comme ici devant vous, amis visiteurs, au pied de cette vitrine 6, côté Seine, de la salle 5, il nous fallut le 12 mai dernier découvrir ensemble, à l'intérieur de modèles de cour de boucherie, les morceaux de viande jonchant leur sol ; quand, la semaine suivante, derechef, je vous proposai de vous pencher, - au sens littéral du terme - ,  sur les cinq oies troussées en calcite qui les précédaient, la plongée de nos regards vers toutes ces pièces ne posa pas vraiment de problème.

 

SALLE 5 - VITRINE 6, CÔTÉ SEINE : 31. DU RELIEF  AF 8970

 

     Mais quand bizarrement à côté d'elles, le Conservateur en charge de la disposition des objets relègue un petit bas-relief anépigraphe d'une hauteur de 27 centimètres et d'une largeur maximale de 23 qu'obligatoirement il nous faudrait envisager de face, s'agenouiller devient inévitable.

 

     Indispensable, même : dans un premier temps, pour le photographier au plus près, pour le détailler à notre aise, pour le "lire" avec toute l'attention qu'il mérite, non pas nécessairement pour ce qu'il "dit", mais pour la manière dont il le "dit" !

 

      Puis, dans un second temps, l'on se prend à conserver la position de génuflexion pourtant quelque peu inconfortable parce que l'on s'aperçoit qu'il ne s'agit nullement d'un banal éclat de calcaire, semblable à des centaines d'autres éclats de calcaire peuplant musées et catalogues, qui se dresse là devant nous, mais d'un réel "bijou" de l'art égyptien.

 

    Et de me poser la question de la motivation : pourquoi un égyptologue en principe amoureux et fier de ce que "son" Musée détient choisit-il d'ainsi cantonner sur le sol d'une vitrine un monument qui, pour être admiré à sa juste valeur, eût à mon sens dû figurer bien plus en évidence, et à hauteur d'yeux ?

 

 

S'agenouiller ? A l'instar de croyants dans l'un quelconque lieu saint ?

Oui. Le geste me paraît en définitive relever du même concept : prier l'art de longtemps encore nous ravir l'oeil et l'esprit, car c'est lui, entre autres, qu'il soit plastique ou littéraire, qui nous permet - pour ce qui me concerne, à tout le moins - de transcender bien des vicissitudes du quotidien. 

   

S'agenouiller ? Ainsi que devant leur suzerain, certains vassaux du Moyen Âge promettant allégeance ?

Oui, également. La position métaphorise alors une même envie de soumission, cette fois de nos sens, à l'Esthétique qui sourd des époques égyptiennes les plus anciennes, à la Beauté qui naît si naturellement de la main d'homme.

 

SALLE 5 - VITRINE 6, CÔTÉ SEINE : 31. DU RELIEF  AF 8970

 

 

     Ignorant tout du site originel d'où ce morceau de calcaire fut un jour soustrait par des pillards, ignorant tout autant le truchement par lequel il se trouve maintenant dans les collections du Louvre, je n'aurai d'autre choix, amis visiteurs, après vous avoir quelque peu entretenus de sa datation, que de simplement attirer votre attention sur ce que l'artiste antique a souhaité nous montrer, partant, nous faire comprendre.

 

     Eu égard à la typicité qui est sienne, et que les historiens qualifient de "renaissance saïte" parce qu'elle constitue une remise à l'honneur de divers concepts stylistiques parmi les plus anciens de l'art égyptien, dont Saïs, ville du Delta occidental, constitua le foyer d'origine, il est maintenant convenu de le dater de la XXVème ou de la XXVIème dynastie.

 

     Sans vouloir à nouveau soulever la moindre polémique, j'ajouterai au passage que le cartel du Louvre, ainsi d'ailleurs que son site Internet, l'estiment encore de l'Ancien Empire, tout en assortissant néanmoins l'indication d'un point d'interrogation mis entre parenthèses ; et de toujours considérer les pains comme étant des légumes !?!?

 

    Ne serait-il pas venu le temps de déléguer quelque doctorant, quelque brillant diplômé de la prestigieuse École du Louvre pour réévaluer et réécrire bon nombre de ces vieux cartels à la lumière de l'évolution de la science égyptologique ?   

 

 

     Malgré les cassures et autres déprédations humaines qui affectent généreusement ce petit monument, vous remarquerez sans la moindre difficulté que les offrandes alimentaires proposées se déployaient sur deux registres superposés d'une paroi, séparés qu'ils étaient par une ligne horizontale en relief plus épais.

 

     Détaillons-les ensemble, voulez-vous ?

     

SALLE 5 - VITRINE 6, CÔTÉ SEINE : 31. DU RELIEF  AF 8970

 

     Le peu qui subsiste du niveau supérieur nous propose, de gauche à droite, une natte sur laquelle, tels les rochers "Ferrero" d'une publicité bien connue, des figues ont été ordonnées en combinaison pyramidale. À leur droite, le lapicide a très élégamment rompu le rythme de la verticalité d'une composition qui eût dû s'imposer pour aligner en alternance laitues romaines et hauts vases à boissons : en effet,  à la première salade, il a fait quelque peu perdre son équilibre tout en lui donnant l'opportunité d'éviter la chute en venant s'appuyer contre le petit monticule de fruits. 

 

     Preuve s'il m'était encore besoin d'en fournir que l'art égyptien n'a rien de redondant, de lassant, de fastidieusement répétitif et qu'au sein de codifications initiales néanmoins précises, il était loisible aux plus créatifs de s'extérioriser, d'exprimer leur propre ressenti, de laisser libre cours à leur imagination, à leur fantaisie, pour reprendre le terme de Madame Carole Chollet dans l'exergue que j'ai spécifiquement choisi pour introduire notre entretien de ce jour.

     Bref, il appert qu'une certaine liberté artistique leur était accordée, voire, - pourquoi ne pas le penser ? -, recherchée par des défunts d'un rang social élevé qui s'offraient certainement le luxe de rémunérer des artistes plus talentueux que d'autres.

 

 

    Dans ces laitues, autorisez-moi, amis visiteurs, à ne plus croquer à belles dents : ce que je pouvais en déguster, je l'ai partagé avec vous les 21 et 28 avril, ainsi que le 5 mai 2014

 

    Ce sur quoi je me permettrai simplement aujourd'hui d'insister, c'est sur la finesse des détails : la légèreté des traits figurant la base des feuilles des salades par exemple, ainsi que sur la délicatesse de l'ensemble de la gravure, imprimées par un artiste d'il y a quelque 28 siècles.

    Et cette réflexion, vous allez le constater, s'impose également pour le tableau du registre inférieur.

SALLE 5 - VITRINE 6, CÔTÉ SEINE : 31. DU RELIEF  AF 8970

 

     Avez-vous comme moi l'impression, amis visiteurs, que c'est précisément cette coupe, et elle seule, qui plut véritablement aux pilleurs s'arrogeant le droit d'un jour arracher ce relief à une paroi murale d'un monument égyptien ?

     Car, convenons-en, elle constitue le seul élément qui soit entier, ou quasiment, au sein de ces deux registres que Madame Élisabeth Delange, Conservateur en chef du Patrimoine au présent Département des Antiquités égyptiennes, ose, sans craindre l'anachronisme, nommer dans la notice qu'elle consacre à ce bas-relief pour le catalogue de l'exposition du Louvre-Lens, l'hiver dernier, une "nature morte".  

 

    Ce terme qui apparaîtra au milieu du XVIIIème siècle pour caractériser certains types définis de peintures, détrônant quelques autres comme le "nature reposée", ou le "nature inanimée" que prôna Diderot dans ses célèbres Salons, voire le "vie silencieuse" qui n'eut guère plus de succès, ne convient-il pas parfaitement, ainsi que le pense avec justesse Madame Delange, à ce que vous avez devant vous ? Même s'il s'agit d'une représentation gravée dans le calcaire ? Même si elle date de l'Antiquité égyptienne ? Même si ce n'est pas pour cette catégorie artistique que l'expression fut choisie ?

 

     Remplissant ad libitum l'intérieur du plat incurvé : pains, à l'avant-plan, deux couchés et un qui semble ne tenir debout que par la pression des autres, suggérant ainsi qu'il prolonge à sa manière le pied doté de cannelures soutenant l'ensemble ; grappes de raisins finement incisés, permettant d'ainsi discerner chaque grain, aux arrière-plans gauche et droit ; et, au milieu, véritablement encaquées dans un espace peu adapté à leur nombre, des oies troussées, manifestement bien dodues - telles que les appréciaient les Égyptiens -, et que l'artiste, pour nous sensibiliser à cette exiguïté, a décidé de laisser la tête de trois d'entre elles dodeliner par-dessus bord.

 

     Oies prêtes à rôtir afin de ravir pupilles et papilles d'un dieu ou d'un défunt ...

 

 

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

 

DELANGE  Élisabeth

Offrandes alimentaires sur un éclat de relief, dans Des animaux et des pharaons. Le règne animal dans l'Égypte ancienne, Catalogue de l'exposition au Musée du Louvre-Lens, Paris, Somogy Éditions d'art, 2014, notice p. 128.

 

 

 

 

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