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27 juin 2016 1 27 /06 /juin /2016 23:05
EXPOSITIONS Á MARIEMONT : 6. DIEUX, GÉNIES, DÉMONS EN ÉGYPTE ANCIENNE : ET SI NOUS JOUIONS ?

 

     Vous vous rappelez certainement qu'en quittant l'exposition "De Stargate au Comics" organisée jusqu'au 20 novembre prochain, au rez-de-chaussée du Musée royal de Mariemont, à Morlanwelz, en province de Hainaut belge, je vous avais conviés, vos enfants ou petits-enfants et vous, amis visiteurs, à m'accompagner au second étage pour y déambuler entre "Dieux, génies et démons en Égypte ancienne" où, comme le suggère parmi d'autres cette affiche qui chapeaute notre rendez-vous de ce matin, - le dernier avant que débutent les vacances d'été, partant les quelque deux mois de repos que s'octroie et vous octroie ÉgyptoMusée -, un parcours a été conçu à l'intention des plus jeunes aux fins qu'ils puissent eux aussi découvrir ici, mais de manière ludique, qui sont ces divinités dont ils croiseront diverses figurations.

 

     Nonobstant cette intéressante et première approche, les concepteurs de ces deux manifestations ont également jugé opportun de lui associer un certain nombre d'activités parallèles, - appelons-les "stages d'été" -,  dont il me siérait maintenant d'évoquer le calendrier et les objectifs. 

 

 

 

1.     "Le musée à la hauteur des petits"

Pour les enfants de 3 à 6 ans : du mardi 5 au vendredi 8 juillet, de 10 à 16 H.

 

Photo de Musée royal de Mariemont.

 

"Dis-moi ce que tu vois, je te dirai comment tu es grand ! Parcourir le musée et le parc avec le point du vue du petit, lui confier un appareil photo, enregistrer les sons, les exclamations, le bruit des objets, dessiner des espaces dans lesquels bouger, remuer, écouter de la musique,… avec la précieuse complicité d’Olivier Roisin, danseur et chorégraphe."

 

PAF : 60 € pour les quatre jours 
 

Inscription obligatoire !

Infos : sp@musee-mariemont.be ou 064 27 37 84

 

 

 

2.     "Crayon, papier, ciseaux !"

 

Pour le enfants de 8 à 15 ans : du mardi 5 au vendredi 8 juillet, de 10 à 16 H.

 

Photo de Musée royal de Mariemont.

 

"Les collections permanentes du Musée et l’exposition temporaire "Dieux, Génies, Démons en Égypte ancienne" seront notre source d’inspiration. Objectif de la semaine : réaliser un livre de l’illustration à la reliure…

Pour en illustrer les pages, nous utiliserons du Coca, des gommes, de l’huile, de l’encre de Chine, du brou de noix… de la colle et des ciseaux.

Livre unique réalisé par des artistes en herbe !"

 

PAF : 60 € pour les quatre jours 
 

Inscription obligatoire !

Infos : sp@musee-mariemont.be ou 064 27 37 84

 

 

 

3.     "Dieux, Génies et Démons, c’est qui ? c’est quoi ?"

Pour les enfants de 6 à 12 ans : du mardi 12 au vendredi 15 juillet, de 10 à 16 H.

 

Photo de Musée royal de Mariemont.

 

"Partons à la découverte de l’univers des mythes, des dieux, des génies et des démons égyptiens. Parfois intimidants, parfois intimes, souvent étranges et complexes, les divinités égyptiennes n’ont cessé de fasciner l’homme, et ce, depuis l’Antiquité. Mais après tout, qu’est-ce qu’un dieu ? Et pourquoi choisir de représenter des divinités aussi étranges, tantôt humaines, tantôt animales ou hybrides ?"

 

PAF : 60 € pour les quatre jours 
 

Inscription obligatoire !

Infos : sp@musee-mariemont.be ou 064 27 37 84

 

 

 

4.     "Héros un jour, héros toujours".

 

Pour les enfants de 6 à 12 ans : du mardi 23 au vendredi 26 août, de 10 à 16 H.

 

Photo de Musée royal de Mariemont.

 

"Des héros, il y en a dans toutes les civilisations. Qui étaient les héros d’hier ? Qui sont-ils de nos jours ? Sont-ils toujours considérés comme « super » ? Quels sont leurs pouvoirs ? Entre mythologie et comics, nous découvrirons des récits racontant leurs exploits."

 

PAF : 60 € pour les quatre jours 
 

Inscription obligatoire !

Infos : sp@musee-mariemont.be ou 064 27 37 84

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     Voilà ce que vous pourrez trouver, amis visiteurs, concernant toutes les activités soumises au bon vouloir de vos enfants et/ou petits-enfants par l'équipe pédagogique du Musée, en relation avec les expositions égyptologiques ; renseignements que j'ai tout simplement pour vous recopiés de la page Facebook de l'Institution.

 

    J'y ajouterai toutefois une dernière proposition qui se déroulera, pour les familles, les premiers dimanches des cinq mois à venir, intitulée :  "Vers l'infini et l'au-delààààà"

 

     Il s'agira, de 14, 30 H. à 16 H., les 3 juillet, 7 août, 4 septembre, 2 octobre et 6 novembre, pour une participation de 2 € par personne, - enfants à partir de 5 ans, compris -, de prolonger la visite des deux expositions par un "atelier pour super-héros aux super-pouvoirs" ...

 

 

     Reconnaissez, amis visiteurs, qu'à la différence d'ÉgyptoMusée, Mariemont pour sa part, ne vous "abandonne" pas pendant les vacances d'été !

 

     Bonne visite, bon stage à ceux qui parmi vous décideront de passer cette année par le Musée royal de Mariemont et, quoi que vous en fassiez,

 

EXCELLENTES VACANCES

 

à toutes et à tous

Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte en Belgique
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20 juin 2016 1 20 /06 /juin /2016 23:03

     Je ne peux pas m'imaginer voir d'un coup un Cézanne. Je sens que je suis obligé, pour le rendre à la vision, de le penser presque point par point, touche par touche, plan par plan, lentement, vite, comme si je n'allais jamais parvenir à le terminer en tant qu'ensemble.  

 

 

Philippe SOLLERS

Le paradis de Cézanne 

 

dans Éloge de l'infini

Paris, Gallimard, Folio 3806, 2003

p. 46

 

 

 

     

      Qu'il se puisse que cela vous ait échappé, amis visiteurs, ne m'étonnerait guère dans la mesure où je n'ai pas vraiment insisté mais la semaine dernière, en réquérant votre attention pour deux pièces en rapport avec la déesse Isis présentées à l'exposition "Dieux, génies, démons en Égypte ancienne" que propose jusqu'au 20 novembre prochain au second étage du Musée royal de Mariemont, à Morlanwelz, en province de Hainaut belge, Arnaud Quertinmont, Conservateur du Département Égypte/Proche-Orient, j'avais évoqué l'étroite corrélation qui existait dans la mythologie égyptienne entre cette divinité et Hathor.

 

    Ce matin, je souhaiterais vous permettre d'admirer un objet en stéatite glaçurée, - autre coup de coeur personnel -, en partie relatif à la déesse Hathor, petit il est vrai puisqu'il ne mesure que 7 centimètres de long, 4,50 de large et 2,50 de haut, ce que le superbe gros plan qu'a accepté de m'offrir Alain Guilleux pour illustrer mon propos ne laisse pas à première vue deviner. 

 

 

© Alain Guilleux

© Alain Guilleux

 

     Déposé à l'avant-plan gauche d'une vitrine dans laquelle figurent, - et ce n'est point un hasard ! -, une statue de Bès, un ivoire magique et une statuette de fertilité, ce petit objet funéraire, vraisemblablement un godet à onguent, peut relativement passer inaperçu, 

 

EXPOSITIONS Á MARIEMONT : 5. DIEUX, GÉNIES, DÉMONS EN ÉGYPTE ANCIENNE : HATHOR

 

tout autant d'ailleurs qu'au Département des Antiquités égyptiennes du Louvre où il semblait encore bien plus perdu dans l'immense vitrine 2 de sa salle 5 quand, en 2010 déjà, j'avais dessus porté l'éclairage aux fins de le considérer tel qu'il le mérite, certains d'entre vous parmi les plus anciens et fidèles lecteurs s'en souvenant peut-être.

 

     Acquis jadis pour le musée parisien par feue l'égyptologue Madame Christiane Desroches Noblecourt, ce minuscule bassin rectangulaire malheureusement ébréché en certains endroits date la XVIIIème dynastie.

 

     Dans la droite ligne des propos de Philippe Sollers choisis ce matin en guise d'exergue concernant l'oeuvre de Paul Cézanne qu'à la lumière de commentaires échangés sur sa page Facebook avec Alain Yvars, de longue date lecteur attentif de mon blog, je relus avant hier, je voudrais vous rendre sensibles à la beauté des différentes facettes de cette pièce exceptionnelle.

 

     Devant vous, le côté le plus long immédiatement visible sur le cliché d'Alain chapeautant notre rencontre démontre que sont successivement gravés en creux deux thèmes qu'il m'a jadis été donné d'aborder sur mon blog : celui d'abord du frêle petit veau qui a traversé, de manière ou d'une autre, mais très souvent en vue d'être mené à l'abattoir, bien des scènes que nous avons déjà rencontrées : ici, ce n'est plus sur les épaules d'un tout jeune moscophore qu'il est transporté, mais en barque ; et celui, ensuite, sur la droite, de la capture d'oiseaux palustres à l'aide d'un filet hexagonal.

 

     Sur la face opposée, décelable grâce au petit miroir judicieusement placé à l'arrière,

Louvre E 25298 © Georges Poncet

Louvre E 25298 © Georges Poncet

 

l'artiste a représenté une théorie de divers animaux sauvages habituellement chassés par les Égyptiens aux marges des déserts qui s'étendaient de part et d'autre de la Vallée du Nil et capturés pour soit les consommer, soit les domestiquer : oryx, antilope, singe, bovidé ... tous aussi évoqués dans divers anciens articles de mon blog.

 

     Les thématiques développées sur les deux étroits côtés doivent, quant à elle, s'appréhender sous un angle quelque peu plus religieux.

 

     Sur le premier d'entre eux, 

 

 

 

 

Louvre E 25298 © Georges Poncet

Louvre E 25298 © Georges Poncet

 

vous remarquerez, entourant le bas d'un collier de fleurs de lotus, la présence dédoublée de Hapy, génie de fécondité, incarnation de la crue du Nil en tant que fleuve nourricier, - auquel j'avais, en août 2008, consacré une de mes interventions hebdomadaires -, avec entre eux deux, un tilapia nilotica, poisson qui ne peut lui aussi que vous être devenu familier puisque dans cet article-ci mais également celui-là, je vous ai expliqué la symbolique qu'il véhiculait au niveau de la croyance des Égyptiens en une régénérescence dans une seconde vie depuis qu'ils s'étaient aperçu qu'immédiatement après la ponte, cette espèce abritait ses petits dans la gueule pour ne les régurgiter qu'une fois éclos.

 

     À nouveau, devant ce minuscule objet à connotation funéraire, vous aurez compris, amis visiteurs, combien les motifs présentés ne sont en rien anodins ni en rien gratuits : l'image égyptienne, je n'ai depuis huit ans cessé de le répéter, fut essentiellement utilitaire avant d'être simplement décorative.

 

     Finalité plus religieuse pour les décors des côtés latéraux, viens-je de vous préciser, qui vous apparaîtra plus évidente encore maintenant que nous allons envisager de découvrir la raison pour laquelle, après Isis la semaine dernière, il me seyait aujourd'hui de convoquer Hathor ... et même une théorie de sept Hathor, à l'instar des fées qui telles celles du conte de la Belle au Bois dormant prédisent leur destinée aux nouveau-nés.    

Louvre E 25298 © Georges Poncet

Louvre E 25298 © Georges Poncet

 

     Déesse du ciel, Hathor, - reconnaissable à sa couronne caractéristique : deux cornes de vache qui enserrent le disque solaire, rappelant ainsi qu'elle est fille de Rê -, était pourvue de multiples fonctions dans la cosmogonie égyptienne : patronne de l'amour, du désir érotique aussi, mais également de l'ivresse, de la joie, de la musique, de la danse ; sans oublier qu'en lien avec la fécondité, elle avait également en charge de protéger les femmes, leurs grossesses, leurs accouchements puis, tout naturellement, leurs nourrissons.

 

     Ressortissant aussi au domaine plus spécifiquement funéraire, elle était considérée comme la souveraine de la nécropole thébaine avec dessein de pourvoir à la renaissance des défunts.

 

     Déesse des déesses, nourrice céleste, parfois démultipliée, au nombre de sept comme sur ce godet à onguent quadrangulaire ici devant nous où elle est toutefois figurée sous forme humaine, elle pouvait également prendre une apparence bovine et, dès lors, décliner sept noms distincts, ainsi que le confirment et la vignette et le chapitre 148 du Livre pour sortir au jour, plus souvent mais improprement nommé Livre des Morts : 

 

 

Formule pour approvisionner le bienheureux dans l'empire des morts.

 

Paroles dites par N. " Salut à toi, celui qui brille en son disque, (âme) vivante qui monte de l'horizon !

N. te connaît et connaît ton nom, et connaît le nom des sept vaches et de leur taureau.

Vous qui donnez pain, bière, ce qui est profitable aux âmes, qui fournissez les portions journalières, donnez du pain et de la bière, fournissez les provisions pour moi, N. ; qu'il vous accompagne, qu'il vienne à l'existence sous vos croupes !

 

     Vache  Château-des-kas, maîtresse-de-l'Univers ;

     Vache  Igeret, celle-qui-se-tient-en-avant-de-sa-place ;

     Vache  La Khemmite, celle-qui-emmaillote-le-dieu ;

     Vache  Grand-est-son-amour, la Rousse ;

     Vache  Possesseur-de-vie, la Colorée ;

     Vache  Celle-dont-le-nom-fait-autorité-dans-sa-catégorie ;

     Vache  Nuée-du-ciel, celle-qui-porte-le-dieu ;

 

     Taureau, le mâle-des-vaches ;

 

donnez pain, bière, offrandes alimentaires, approvisionnez le bienheureux N., bienheureux parfait qui est dans l'empire des morts.

 

 

     Approvisionner le bienheureux dans l'empire des morts, indique la formule : je crois qu'il n'est nul besoin, amis visiteurs, après l'extrait de ce texte funéraire, de m'apesantir sur la raison pour laquelle ce magnifique petit bassin en stéatite destiné à accompagner le défunt dans sa maison d'éternité qui tant me plaît convie le collège des sept déesses Hathor, tout à la fois protectrices et nourricières, pour son devenir post mortem ...

 

 

    Mais j'espère aussi, sollicitant à nouveau Philippe Sollers invité à l'entame de notre rencontre, vous amener à la conclure avec la même philosophie que ces quelques mots qu'il avance, page 47 de l'ouvrage précité :

 

     Je renonce donc au grappin optique, à la vulgarité meutrière du "j'ai vu", en réalité je ne vois déjà plus rien, je pense à voir, ce qui est tout autre chose. 

 

 

 

 

 

 

     À nouveau grand merci à toi, Alain, d'avoir consenti à m'offrir ici la possibilité d'exporter un de tes clichés, celui qui chapeaute le présent article.

 

 

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

 

 

BARGUET Paul, Le Livre des Morts des anciens Égyptiens, Paris, Éditions du Cerf, 1967 pp. 206-7.

 

 

 

MARUÉJOL Florence, 2009, Dieux et rites de l'Égypte antique, Paris, La Martinière, 2009, p. 36.

 

 

QUERTINMONT Arnaud, Petit bassin, dans QUERTINMONT ArnaudDieux, génies et démons en Égypte ancienne, Paris, Somogy Éditions d'Art / Morlanwelz, Musée royal de Mariemont, 2016, notice catalogue 20, pp. 90-1.

 

 

SOLLERS PhilippeLe paradis de Cézanne, dans Éloge de l'infini, Paris, Gallimard, Folio 3806, 2003, pp. 46-7.

 

 

SPIESER Cathie, Meskhenet et les sept Hathors en Égypte ancienne, Études de lettres [En ligne], 3-4 (2011) : Des Fata aux fées, Faculté des lettres de l'Université de Lausanne, pp. 5 sqq.

 

 

 

   

 

     (À nouveau grand merci à toi, Alain, d'avoir consenti à m'offrir ici la possibilité d'exporter un de tes clichés : celui du petit godet funéraire qui chapeaute le présent article.)
Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte en Belgique
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13 juin 2016 1 13 /06 /juin /2016 23:03

 

     Certes, j'eusse pu vous convier, amis visiteurs, à une balade dans un parc de quelque 45 hectares, superbe, celui du domaine royal de Mariemont, à Morlanwelz, en province de Hainaut belge où nous aurions flâné de conserve sur les bords munificents d'un plan d'eau ; 

 

 

EXPOSITIONS Á MARIEMONT : 4. DIEUX, GÉNIES, DÉMONS EN ÉGYPTE ANCIENNE : ISIS

 

où nous aurions admiré des essences classées, certaines rares parce qu'exotiques, d'autres parce que moult fois séculaires ; 

 

EXPOSITIONS Á MARIEMONT : 4. DIEUX, GÉNIES, DÉMONS EN ÉGYPTE ANCIENNE : ISIS

 

où nous aurions badaudé sur des chemins ourlés de flamboyants massifs d'azalées et de rhododendrons qu'ombragent fraternellement des hêtres pourpres ;

 

EXPOSITIONS Á MARIEMONT : 4. DIEUX, GÉNIES, DÉMONS EN ÉGYPTE ANCIENNE : ISIS

 

où nous aurions croisé six hommes, de licou et de simple chemise couverts, résignés si j'en crois Froissart, à se sacrifier pour sauver les habitants de leur ville s'apprêtant à être conquise par la soldatesque d'Édouard III d'Angleterre ; 

   

Auguste RODIN "Les Bourgeois de Calais"

Auguste RODIN "Les Bourgeois de Calais"

 

où nous aurions ...

 

     Brisons net l'anaphore et acceptez, - la beauté bucolique du parc ne le cédant en rien à celle des oeuvres égyptiennes encore à découvrir -, qu'après l'article préliminaire, sorte de mise en bouche apéritive du 17 mai dernier, après le préambule du 24 mai suivant, après les deux rencontres que nous nous sommes octroyées les 31 mai et 7 juin, j'aie préféré suivre l'invite que me suggère l'index injonctif de ce jeune garçon, - doigt que le scribe Amenempopé aurait pu comparer à un bec d'ibis :

 

 

Victor ROUSSEAU : "Vers la vie"

Victor ROUSSEAU : "Vers la vie"

 

nous rendre à nouveau au Musée lui-même 

 

EXPOSITIONS Á MARIEMONT : 4. DIEUX, GÉNIES, DÉMONS EN ÉGYPTE ANCIENNE : ISIS

 

et plus spécifiquement en son second étage pour y reprendre, là où nous l'avions à peine ébauchée, la visite de l'exposition "Dieux, génies, démons en Égypte anciennequ'Arnaud Quertinmont, 

EXPOSITIONS Á MARIEMONT : 4. DIEUX, GÉNIES, DÉMONS EN ÉGYPTE ANCIENNE : ISIS

 

Égyptologue, Docteur en Histoire, Art et Archéologie et Conservateur du Département Égypte/Proche-Orient, y propose jusqu'au 20 novembre prochain.

 

     Dans l'imposant ouvrage d'art de quelque 380 pages, - un catalogue, est-il convenu de l'appeler -, réalisé sous sa direction,

 

 

 

EXPOSITIONS Á MARIEMONT : 4. DIEUX, GÉNIES, DÉMONS EN ÉGYPTE ANCIENNE : ISIS

 

l'introduction et les trois grandes thématiques envisagées par les contributions de grands noms de l'égyptologie contemporaine sont précédées d'un  texte, pp. 11-3, Par Horus demeure ! ou l'éternelle fascination des dieux égyptienssigné Jean-Marcel Humbert.

 

     Docteur en Histoire (égyptologie) et Docteur d'État ès-lettres et Sciences humaines de l'Université Paris IV-Sorbonne, Conservateur général honoraire du Patrimoine, J.-M. Humbert est incontestablement devenu LA référence en matière d'égyptomanie, thème qu'il a développé dans de nombreux écrits, ainsi qu'en tant que Commissaire de la mémorable exposition "Égyptomania. L'Égypte dans l'art occidental (1730-1930)", que j'eus l'heur de voir au Louvre en mars 1994.

 

     Le titre de son article, à tout le moins les trois premiers termes, fait évidemment référence, beaucoup d'entre vous l'auront reconnue, à l'exhortation "Par Horus demeure !" prononcée par le Professeur Mortimer en brandissant dans la direction d'un dangereux serpent naja rampant vers son lit la petite gaine de cuir contenant une quelconque formulation magique tracée en hiéroglyphes sur un vieux papyrus - (Mystère de la Grande Pyramide, tome II : La chambre d'Horus, planche V, dernier philactère) - que lui avait offerte quelques heures plus tôt le cheik Abdel Razek (op. cit., planche IV, 9ème vignette).

 

     Court article en réalité qui aurait tout aussi bien pu figurer dans un éventuel catalogue de l'exposition De Stargate aux comics que nous avons visitée de conserve les deux semaines précédentes, dans la mesure où traitant d'égyptomanie, il montre dans un premier temps combien certains dieux égyptiens contribuent de nos jours à faire acheter, Bastet, des croquettes pour chats, Osiris, des voitures d'occasion et Isis, des tire-lait !! 

 

     Isis dont J.-M. Humbert retrace ensuite la popularité dans l'imaginaire collectif depuis les cultes isiaques que propagèrent dans tout le bassin méditerranéen les légions romaines jusqu'aux comics américains qui en firent une héroïne surhumaine, dont également le cinéma s'empara, détenant certains pouvoirs comme ceux de s'envoler, de passser murailles, d'apparaître ou de disparaître selon son humeur ...

 

    Cette Isis devenue égérie d'une littérature éminemment contemporaine, l'exposition du rez-de-chaussée la met en valeur dans une de ses vitrines.          

 

     

 

 

 

EXPOSITIONS Á MARIEMONT : 4. DIEUX, GÉNIES, DÉMONS EN ÉGYPTE ANCIENNE : ISIS

 

      Preuve, si besoin s'imposait encore de le souligner, qu'exista dans le chef de ses commissaires l'impérative volonté de les penser de manière que soit possible entre elles une étroite interdépendance susceptible, à des niveaux différents certes, de grandement séduire autant les parents que leurs enfants.

     Enfants qui sont bien sûr attendus eux aussi au second étage et auxquels un parcours est suggéré, avec jeux de questions/réponses, guidés qu'ils seront par un "Bès" contemporanéisé. 

 

© Alain Guilleux

© Alain Guilleux

 

 

     Là, tous auront loisir de retrouver la déesse Isis, épouse d'Osiris, mère d'Horus plus d'une quinzaine de fois représentée sous divers aspects et à différents époques avec les traits d'une jeune femme élancée, revêtue d'une robe longue moulante et souvent "coiffée" du signe hiéroglyphique figurant le siège du roi servant à écrire son nom en égyptien.

 

     C'est cette première apparence que je soulignerai aujourd'hui grâce à un fragment de cartonnage de momie en lin stuqué et peint (FT 207), datant de l'époque pendant laquelle l'Égypte vécut sous les dominations grecque puis romaine.

 

EXPOSITIONS Á MARIEMONT : 4. DIEUX, GÉNIES, DÉMONS EN ÉGYPTE ANCIENNE : ISIS

 

     Il fait partie d'un très bel ensemble de textiles coptes, 220 pièces, constitué par Maria Luise Fill et Robert Trevisiol, couple véritablement passionné par les tisssages et qui, dernièrement, décida d'offrir leur collection à la Fondation Roi Baudouin avec mission de la sauvegarder. Celle-ci jugea opportun de la placer en dépôt au Musée royal de Mariemont aux fins qu'elle soit admirée par le plus grand nombre. 

 

     Scrutez cette pièce de tissu : au niveau de la portion inférieure gauche, sous les représentations momiformes de chacun des quatre fils d'Horus et face à sa soeur Nephthys, vous distinguerez Isis, tournée vers la droite, assise sur le hiéroglyphe de l'or et portant sur la tête la figuration minimalisée du trône qu'à l'instant j'évoquai.

 

     Avant de prendre congé de vous, amis visiteurs, préférant vous laisser déambuler seuls au sein de l'exposition à la recherche des autres Isis présentes, j'aimerais  partager avec vous un véritable coup de coeur. Il constituera la seconde apparence sur laquelle je souhaitais ce matin attirer votre attention : une Isis coiffée de cornes ceignant un disque solaire, l'assimilant fortement à la déesse Hathor, figures divines de l'amour maternel qu'elles représentaient toutes deux dans la mythologie égyptienne.

 

EXPOSITIONS Á MARIEMONT : 4. DIEUX, GÉNIES, DÉMONS EN ÉGYPTE ANCIENNE : ISIS

     

    Qu'importe si pour expliquer d'aussi longues ailes, d'aucuns évoquent un geste protecteur quand d'autres hésitent entre celui de permettre l'ombre et, plus poétique et mieux en accord avec les souhaits des défunts, celui d'apporter en battant le doux souffle du vent du nord : mais ne trouvez-vous pas, amis visiteurs, qu'ainsi dotée, de cette statuette en bronze de 26 centimètres de haut, de cette Isis ailée, comme il est convenu de la nommer dans la littérature égyptologique, sourd une élégance hors du commun ?              

 

     Il vous reste un peu plus de cinq mois pour venir l'admirer à Mariemont avant qu'elle s'en retourne au Museum aan de Stroom d'Anvers où elle est répertoriée sous le numéro d'inventaire AV 79.1.30.

 

 

 

     (Grand merci à toi, Alaind'avoir aussi amicalement accepté de m'offrir ta photo de l'affiche de Bès destinée aux enfants pour l'insérer dans le présent article.)

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

CANNUYER ChristianStatuette d'Isis ailée, dans QUERTINMONT ArnaudDieux, génies et démons en Égypte ancienne, Paris, Somogy Éditions d'Art / Morlanwelz, Musée royal de Mariemont, 2016, notice catalogue 57, pp. 190-1.

 

QUERTINMONT ArnaudFragment de cartonnage, dans QUERTINMONT ArnaudDieux, génies et démons en Égypte ancienne, Paris, Somogy Éditions d'Art / Morlanwelz, Musée royal de Mariemont, 2016, notice catalogue 149, pp. 340-1.   

  

TREVISIOL Robert & alii, Textiles coptes. La collection Fill-Trevisiol, Bruxelles, Fondation Roi Baudouin, 2015, pp. 30 et 99.

Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte en Belgique
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6 juin 2016 1 06 /06 /juin /2016 23:03

 

     Nul doute donc que la puissance d'évocation des dieux de l'Égypte ancienne, qui ont atteint la force de mythes éternels, ne perdure encore longtemps, quelles que soient les métamorphoses que beaucoup leur font journellement subir.

 

 

Jean-Marcel  HUMBERT

Par Horus demeure ! ou l'éternelle fascination des dieux égyptiens

 

dans QUERTINMONT Arnaud 

Dieux, génies et démons en Égypte ancienne

 

Paris, Somogy Éditions d'Art / Morlanwelz, Musée royal de Mariemont, 2016

p. 12

 

 

 

 

 

    Après avoir longuement évoqué, la semaine dernière, la première partie de l'exposition De Stargate TM aux Ccomics. Les dieux égyptiens dans la culture geek (1975-2015) que proposent ce semestre jusqu'au 20 novembre au rez-de-chaussée du Musée royal de Mariemont, à Morlanwemz, en province de Hainaut belge, Bertrand Fédérinov, Conservateur du fonds ancien de la Réserve précieuse et Responsable de la bibliothèque documentaire et Arnaud Quertinmont, Conservateur du Département Égypte/Proche-Orient, 

 

EXPOSITIONS Á MARIEMONT : 3. LES  DIEUX  ÉGYPTIENS  DANS  LA  CULTURE  GEEK - Seconde partie : FASCINATION POUR L'ÉGYPTE DANS LES BANDES DESSINÉES ET DIFFÉRENTS TYPES DE JEUX ...

 

je voudrais ce matin, amis visiteurs, poursuivre nos déambulations en vous faisant découvrir la seconde partie, plus spécifiquement dédiée à la bande dessinée et aux jeux, ayant bien évidemment certains membres du Panthéon égyptien en guise de fil conducteur.

     Au rez-de-chaussée du Musée, elle est concentrée dans la salle qui jouxte la Réserve précieuse que j'eus l'heur de personnellement découvrir l'année dernière.

   

EXPOSITIONS Á MARIEMONT : 3. LES  DIEUX  ÉGYPTIENS  DANS  LA  CULTURE  GEEK - Seconde partie : FASCINATION POUR L'ÉGYPTE DANS LES BANDES DESSINÉES ET DIFFÉRENTS TYPES DE JEUX ...

 

     Ce n'est point inutilement coqueriquer que souligner le grand déploiement que connut au XXème siècle la bande dessinée belge : je pense bien évidemment, entre autres artistes, à Frankin et à ses "Fantasio" et "Spirou" (1946) ; à Morris et à son "Lucky Luke" (1947) ; à  Peyo et à ses "Schtroumpfs" (1958).

 

     Sans en être les seuls Belges, les deux premiers d'entre eux furent même distingués au point de recevoir le "Grand Prix de la ville d'Angoulême" à son festival international annuel de la BD ; le dernier prix en date, en janvier 2016, ayant également été attribué à un compatriote, le créateur de "Jeremiah", Hermann Huppen, originaire de Bévercé, près de Malmedy, en province de Liège.

 

     Dans notre pays, il est de tradition d'admettre que la bande dessinée acquiert véritablement ses lettres de noblesse à partir de 1929, avec les albums de Hergé et son "Tintin", portant également l'éclairage sur quelques personnages devenus emblématiques comme le Capitaine Haddock et ses succulents jurons, les Dupont et Dupond professant de mêmes mots, persuadés qu'ils sont d'ainsi toujours en dire plus, le Professeur Tournesol, inventeur invétéré atteint d'une surdité suscitant le cocasse, ainsi que l'inénarable, époustouflante et emperlousée Bianca Castafiore incapable de s'empêcher jamais d'interpréter devant son miroir l'extase que lui procure sa beauté ; sans oublier Milou, l'inséparable fox-terrier blanc qui, quelles que soient les circonstances, d'office trottine aux basques, - ou, plutôt, à la culotte de golf -, de Tintin.

 

     Le patrimoine graphique belge se devait évidemment d'affûter ses crayons pour convoquer l'Égypte ancienne et ses dieux au sein même de sa production : ce fut chose faite avec les deux tomes dus au Bruxellois Edgar P. Jacobs, parus respectivement en 1954 et 1955 : "Le Mystère de la Grande Pyramide".

 
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     Sacrifiant inévitablement à un manichéisme récurrent dans ce genre de littérature, Jacobs créa un couple de héros, Sir Francis Blake et le Professeur Philip Mortimer, confrontés au colonel Olrik, parangon du "méchant". Les uns recherchent une chambre secrète - eh oui, déjà !! - prétendument celée au coeur de la pyramide de Chéops qui contiendrait la tombe et le trésor d'Akhenaton ; l'autre, Olrik, tentant bien évidemment de déjouer les plans des enquêteurs.

 

     Dans le premier des deux tomes, "Le papyrus de Manéthon", apparaît également le Docteur Grossgrabenstein, égyptologue allemand qui fouille sur le plateau de Guizeh, personnage haut en couleur, partiellement inspiré, j'eus déjà l'opportunité de vous l'indiquer dans cet ancien article, par le Professeur Jean Capart, "père" et sommité de l'égyptologie belge.

 

     Vous vous doutez bien, amis visiteurs, que l'exposition de Mariemont ne pouvait passer sous silence ces incontournables de la bande dessinée "égyptisante" de notre pays. 

     Concomitamment, elle fait la part plus que belle à ce qu'il est convenu d'appeler les "Comics", terme anglais pour mêmement définir le 9ème art aux États-Unis.

 

     À la fin des années '30, après les incontournables héros que sont "Superman" et "Batman", - qu'il ne faut plus présenter, je pense -, apparaissent timidement outre Atlantique quelques livres sacrifiant également à l'Égypte en tant que théâtre de leur intrigue.

 

     Toutefois, l'exploitation plus intense des divinités intrinsèques aux mythes égyptiens en corrélation étroite avec les dieux astronautes que j'évoquai la semaine dernière n'interviendra en définitive dans la bande dessinée d'Outre-Atlantique qu'à partir des années '60, pour encore de nos jours donner naissance à de nouveaux ouvrages, The Book of the dead (1999), réinterprétation du mythe osirien que Plutarque a magistralement décrit dans son De Iside et Osiride, que j'avais déjà mentionné dans ce vieil article 

© DC Comics

© DC Comics

 

ou The Mighty Thor (2012) par exemple, dont rendent compte, conjointement à d'autres documents exposés dans les vitrines, les vingt encadrements alignés sur le mur de la salle.

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     Je m'en voudrais, amis visiteurs, avant de terminer notre tour d'horizon de cette exposition tout à fait exceptionnelle, - vers laquelle, j'espère, je vous aurai donné envie de vous précipiter avant le 20 novembre prochain -, de ne point attirer votre attention sur la perspective ludique bien présente dans la culture geek mise ici à l'honneur : les jeux vidéo, les jeux de rôle ou plus simplement de plateau.  

 

     Peut-être se peut-il que certains parmi vous, ou que vos enfants, voire vos petits-enfants, s'adonnent à ces "joutes" grâce à votre ordinateur, comme par exemple Lara Croft et le temple d'Osiris, ou grâce à divers petits écrans plus manipulables sur les genoux.

    Peut-être aussi, d'autres, - ou les mêmes -, préfèrent-ils les jeux de société que l'on pratique volontiers en famille ou entre amis, tel cet exemplaire de Kemet ici exposé, - Kemet (ou Kemi), terme que l'on traduit habituellement par "Terre noire", était le nom donné par les Égyptiens de l'Antiquité à leur pays : partie de stratégie dans laquelle les joueurs s'affrontent sur une carte représentant le territoire égyptien en sollicitant les dieux aux seules fins de complètement le dominer.   

 

 

   

 

EXPOSITIONS Á MARIEMONT : 3. LES  DIEUX  ÉGYPTIENS  DANS  LA  CULTURE  GEEK - Seconde partie : FASCINATION POUR L'ÉGYPTE DANS LES BANDES DESSINÉES ET DIFFÉRENTS TYPES DE JEUX ...

 

     Si, en parcourant l'exposition de Mariemont puis, en consultant l'album édité à son occasion, j'appris déjà beaucoup, c'est aussi en conversant avec un Petit Prince de 8 ans et demi que je pus accroître mes connaissances, notamment mon vocabulaire "technologique" à propos de consoles de jeux, de WII, de DS, - qui, comme j'aurais naïvement pu le croire, n'a strictement rien à voir avec une quelconque déesse égyptienne !! -, de PS VITA et d'autres PSP aux acronymes aussi ésotériques à mon entendement qu'ils sont exotériques au sien et que je puis maintenant considérer que tous ces sigles me sont devenus, si pas familiers, à tout le moins partiellement compréhensibles.

 

 

Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte en Belgique
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30 mai 2016 1 30 /05 /mai /2016 23:03

 

 

     Ainsi l'égyptophilie s'est-elle nourrie des tâtonnements des débuts de l'archéologie égyptienne, des premières visites des voyageurs aux monuments, des premiers contacts, aussi, des collectionneurs et des érudits avec les objets mobiliers, statues ou amulettes. Les publications de textes et de dessins qui en sont issues et qui vont continuer à se multiplier jusqu'à la véritable naissance de l'égyptologie ont servi de base à l'apparition, puis au développement de l'égyptomanie.

 

 

Jean  LECLANT

Avant-propos

 

dans Jean-Marcel  HUMBERT 

L'égyptomanie dans l'art occidental

 

Paris, ACR Édition internationale, 1989

p. 9

 

 

 

     Si d'aventure certains d'entre vous, amis visiteurs, persistaient à croire qu'une exposition égyptologique ne constitue jamais que l'éternel retour d'une précédente exposition égyptologique, sorte de tautologie au sein de différentes institutions muséales, il serait opportun de venir ces prochains mois, jusqu'au 20 novembre très exactement, au Musée royal de Mariemont, à Morlanwelz, en province de Hainaut, pour y découvrir des événements ayant la mythologie pour toile de fond qui, assurément, marqueront au coin de l'excellence le paysage culturel belge.  

 

    En guise de prémices, je vous les avais déjà voici deux semaines annoncés. Du premier d'entre eux, "Dieux, génies, démons en Égypte ancienne", je vous en avais mardi dernier, souvenez-vous, simplement présenté les lignes directrices, vous assurant de m'y consacrer plus en détail dans le courant de ce tout proche mois de juin.

 

     Aujourd'hui, comme promis, j'aborderai ce qui très probablement constituera l'ÉVÉNEMENT - avec d'incommensurables majuscules ! -, au coeur de cette remarquable trilogie du semestre à venir : " De Stargate TM aux Ccomics. Les dieux égyptiens dans la culture geek (1975-2015).

 

     Ainsi l'égyptophilie s'est-elle nourrie des tâtonnements des débuts de l'archéologie égyptienne, des premières visites des voyageurs aux monuments, des premiers contacts, aussi, des collectionneurs et des érudits avec les objets mobiliers, statues ou amulettes. Les publications de textes et de dessins qui en sont issues et qui vont continuer  à se multiplier jusqu'à la véritable naissance de l'égyptologie ont servi de base à l'apparition, puis au développement de l'égyptomanie.

 

 

Jean  LECLANT

Avant-propos

 

dans Jean-Marcel  HUMBERT 

L'égyptomanie dans l'art occidental

 

Paris, ACR Édition internationale, 1989

p. 9

 

 

 

     Si d'aventure certains d'entre vous, amis visiteurs, persistaient à croire qu'une exposition égyptologique ne constitue jamais que l'éternel retour d'une précédente exposition égyptologique, sorte de tautologie au sein de différents musées, il serait opportun de venir ces prochains mois, jusqu'au 20 novembre très exactement, au Musée royal de Mariemont, à Morlanwelz, en province de Hainaut, pour y découvrir des événements qui, assurément, marqueront au coin de l'excellence le paysage culturel belge.  

 

    En guise de prémices, je vous avais déjà voici deux semaines, annoncé ces trois expositions ayant la mythologie pour de toile de fond.

 

     De celles plus spécifiquement dédiées à l'Égypte, j'avais la semaine dernière, souvenez-vous, simplement présenté les lignes directrices de la première, "Dieux, génies, démons en Égypte ancienne", vous assurant d'y revenir plus en détails dans le courant de ce prochain mois de juin.

 

     Aujourd'hui, comme promis, je voudrais aborder ce qui très probablement constituera l'ÉVÉNEMENT - avec d'incommensurables majuscules ! -, au coeur de cette remarquable trilogie du semestre à venir : " De Stargate TM aux Ccomics. Les dieux égyptiens dans la culture geek (1975-2015) 

EXPOSITIONS Á MARIEMONT : 2. LES  DIEUX  ÉGYPTIENS  DANS  LA  CULTURE  GEEK - Première partie : FASCINATION POUR L'ÉGYPTE DANS LES PRODUCTIONS CINÉMATOGRAPHIQUES ET TÉLÉVISUELLES

 

         L'égyptomanie, - car c'est effectivement de cela qu'il s'agit quand parmi ses différents aspects possibles l'on convoque la partie de culture geek dans laquelle est manifeste la résurgence des déités égyptiennes -, n'assoit nullement ses fondemements, à l'encontre de ce que l'on lit trop souvent sur le Net, sur la seule Campagne d'Égypte de Bonaparte, à l'extrême fin du XVIIIème siècle.

 

     Bien antérieurement, - et feu Jean Leclant le souligne judicieusement dans l'exergue que j'ai ce matin choisi pour vous -, c'est à la Renaissance que se développe en Europe l'envie de collectionner des objets en provenance des rives du Nil, dans le chef des premiers voyageurs d'abord, des puissants souverains très vite ensuite - je pense notamment à François Ier et à Charles Quint qui s'offrirent d'imposantes galeries d'antiques -, puis, enfin de riches particuliers souhaitant adorner leur environnement quotidien avec ce qu'il est convenu de nommer un "Cabinet de curiosités".

 

     C'est Bertrand Federinov, Licencié en Histoire et diplômé en Sciences du livre, Conservateur du fonds ancien de la Réserve précieuse et Responsable de la bibliothèque documentaire au Musée de Mariemont 

 

EXPOSITIONS Á MARIEMONT : 2. LES  DIEUX  ÉGYPTIENS  DANS  LA  CULTURE  GEEK - Première partie : FASCINATION POUR L'ÉGYPTE DANS LES PRODUCTIONS CINÉMATOGRAPHIQUES ET TÉLÉVISUELLES

qui nous guidera dans cette exposition qu'il a mise sur pied avec son collègue Arnaud Quertinmont, Égyptologue, Docteur en Histoire, Art et Archéologie et Conservateur du Département Égypte/Proche-Orient de ce même Musée.

 

     Dans un premier temps, il attirera notre attention sur la fascination, l'engouement pour tout ce qui, peu ou prou, eut un rapport avec l'Égypte en nous proposant la reconstitution d'une partie du mobilier ayant appartenu à Raoul Warocqué, ce très riche collectionneur hennuyer qui légua ses "trésors" à l'État belge ; meubles que vous distinguez ici de part et d'autre du tapis rouge de l'entrée. 

 

      Ainsi, parmi eux, je retiendrai cette armoire vitrée contenant entre autres quelques exemplaires de vases pansus

 

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dont, sur l'étagère médiane, celui de droite

 
(© Cliché J.M. Humbert)

(© Cliché J.M. Humbert)

 

 

qui provient de la célèbre manufacture de porcelaine Wedgwood qui, à partir de 1771 introduisit en Grande-Bretagne le style égyptien dans l'art de la céramique en fabriquant entre autres ce type d'objet décoratif, interprétation plus que libre des vases canopes qui, au nombre de quatre, étaient destinés à contenir certains des viscères des défunts égyptiens antiques.

    Cet exemplaire en biscuit, prêté par un collectionneur privé parisien, fut réalisé en 1978, d'après un modèle créé au début du XIXème siècle.

 

    L'égyptomanie perdura et se développa dans différents domaines artistiques pour, au XXème siècle, également faire florès dans le cinéma et la télévision : il faut bien admettre aussi que la découverte, en 1922, de l'hypogée quasiment intact de Toutankhamon, - et la pseudo-malédiction qui lui fut associée -, ne constitua pas le moindre des phénomènes qui entretinrent dans la population, - et qui, l'actualité la plus récente le prouve encore à l'envi, entretient toujours -, cet engouement égyptomaniaque.

     Mais il faut bien reconnaître également qu'une certaine littérature ne fut pas en reste : c'est ce que démontre le contenu de cette armoire style milieu des années '60 

 

    

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qui me rappelle ma toute première "bibliothèque" de jeune adolescent, tant par le modèle vitré que par certains des livres ici exposés : j'ai reconnu là le goût immodéré que j'avais à cette époque pour les romans de H. P. Lovecraft, notamment ceux évoquant le mythe de Cthulhu, mais aussi pour la revue bimestrielle "Planète", de Jacques Bergier et Louis Pauwels, mais encore pour les ouvrages de Robert Charroux publiés par les éditions Laffont sous couverture noire ... jusqu'à ce que, mes études d'histoire entamées, l'âge de raison, - ou de discernement -, aidant, il me fallut convenir que rien n'était crédible dans tout ce qui avait pourtant alimenté maints rêves de ma prime jeunesse.

 

    Notion d'importance soulignée par l'exposition : c'est dans cette littérature et à cette époque que naquit la théorie des anciens dieux astronautes venus d'autres mondes auxquels nous serions redevables de connaissances technologiques de pointe, - dont ne disposaient évidemment pas les civilisations antiques -, permettant par exemple la construction des pyramides, celle des statues de l'Île de Pâques et d'autres monuments tout aussi imposants qui, dans certains esprits, entraînent questionnement.

     Théorie interventionniste des extraterrestres dans l'histoire de l'Égypte ancienne donc qui, au-delà de la littérature, connut comme je viens de l'indiquer, un important retentissement dans le domaine des productions cinématographiques de science-fiction faisant intervenir les dieux et qui sous-tendit incontestablement la genèse de films, voire de séries télévisées, dont Stargate, la Porte des étoiles", du réalisateur allemand Roland Emmerich, sorti en 1994 fut probablement le plus emblématique du genre. 

  

© http://soogeek.com/fr/stargate-histoire/stargate-le-film/

© http://soogeek.com/fr/stargate-histoire/stargate-le-film/

 

     À ceux d'entre vous auxquels auraient échappé les premiers moments du film, permettez-moi de très rapidement vous raviver les grandes lignes de son synopsis : sur le plateau de Guizeh, en 1928, un archéologue et sa fille exhument de dessous une dalle protectrice un énorme anneau d'une matière inconnue qui se révélera être du naqahdahminerai extrêmement rare présentant la propriété d'absorber, d'accumuler et de restituer de l'énergie.

 

 

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    L'anneau central de cette imposante pièce couverte de symboles hiéroglyphiques devait être activé de façon que certains d'entre eux viennent se placer à l'aplomb d'un des chevrons de l'immense anneau extérieur aux fins de permettre de se déplacer dans l'espace, vers d'autres constellations, en franchissant cette "Porte des étoiles". 

 

     C'est ce que comprit, près de soixante années plus tard, le jeune égyptologue Daniel Jackson en déchiffrant l'inscription gravée, - (http://projetrosette.info/page.php?Id=116) -, qu'a pour nous reproduite sur un tableau scolaire semblable l'un des concepteurs de l'exposition.

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     La traduction de ces quelques phrases permirent d'ouvrir la voie à une expédition dirigée par le colonel Jack O'Neil menant à la découverte de la planète Abydos et de ses habitants dirigés par un humain, Kasuf,

 

 

 

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père de Skaara. 

 

 

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     Admirez au passage l'esthétique des costumes.

 

     Dans le film, Abydos nommait donc une planète aride dont la population, aux us et coutumes fort semblables à ceux des Égyptiens de l'Antiquité, se débat sous la coulpe de Râ, un tyran de l'engeance des dieux hostiles, les Goa'ulds, qui assure son autorité grâce à une soldatesque - les Jaffa's - présentant, certains, les attributs d'Horus 

 

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et d'autres, ceux d'Anubis

 

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et dont les lances bénéficient d'une réserve de naqahdah en guise d'accumulateur d'énérgie pour mieux attaquer l'ennemi.

 

     Et, in fine, ce ne sera que quand les soldats du colonel O'Neil auront tué cet extraterrestre parasite qu'est Râ que les Abydossiens seront enfin à même de recouvrer leur liberté.

 

     Cette histoire, je pense donc qu'en substance beaucoup parmi vous, amis visiteurs, s'en souviennent mais sans certainement avoir eu l'opportunité d'admirer de près tout ou parties des tenues arborées par les personnages, acteurs principaux ou leur doublure,

Armure de Bra'tac, un des Jaffas originaire de Chulak, planète du Goa'uld Apophis, dans la série télévisée "Stargate SG-1".

Armure de Bra'tac, un des Jaffas originaire de Chulak, planète du Goa'uld Apophis, dans la série télévisée "Stargate SG-1".

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que les commissaires de cette exposition hors du commun sont parvenus à rassembler grâce à des collectionneurs privés qui ont accepté de s'en départir six mois durant pour les prêter à Mariemont.

 

    En revanche, saviez-vous que Roalnd Emmerich, attentif à néanmoins garantir une certaine crédibilité historique à son scénario, s'adjoignit le concours de spécialistes en histoire de l'art, en archéologie, en philologie aussi, dont le moindre de ses conseillers scientifiques ne fut pas l'égyptologue américain Stuart Tyson Smith, actuellement Professeur à l'Université de Californie, à Santa Barbara, et qui, grâce à sa parfaite connaissance de l'égyptien ancien, fut en 1999 également consulté par Stephen Sommers, réalisateur d'un autre film célèbre : "La momie".

 

    Pour l'heure, avant de vous quitter et de vous proposer d'à nouveau me rejoindre ici même mardi prochain, le 7 juin, aux fins d'ensemble terminer notre visite par la seconde partie de cette remarquable exposition, permettez-moi de simplement attirer l'attention de ceux qui, parmi vous, seraient amateurs du genre sur les récentes sorties, en mars dernier, du film "Gods of Egypt", d'Alex Proyas et, ce mois-ci, de "X-men : Apocalypse", de Bryan Singer, productions cinématographiques dans lesquelles l'Égypte continue à être sollicitée ... 

Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte en Belgique
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23 mai 2016 1 23 /05 /mai /2016 23:02

 

 

    Souvenez-vous, amis visiteurs, j'y avais consacré l'intégralité d'un article préliminaire publié ici même mardi dernier : le Musée royal de Mariemont, établissement scientifique de la Fédération Wallonie-Bruxelles, s'offre le luxe peu commun de proposer six mois durant, - du 21 mai au 20 novembre 2016 très exactement -, trois expositions à la mythologie consacrées, dont deux plus précisément dédiées à celle de l'Égypte ancienne : quoi de plus normal que cette mise en évidence d'une civilisation spécifique me direz-vous puisque, mesurée à l'aune de notre "petite" Belgique, la collection des pièces égyptiennes exposées en permanence à Mariemont constitue la deuxième d'importance, après bien évidemment celle des Musées royaux d'Art et d'Histoire (M.R.A.H.), de Bruxelles. 

 

     Souvenez-vous également que je vous avais promis en vous quittant la semaine dernière que, puisque j'avais l'honneur d'être invité à la conférence de presse du jeudi 19 mai, suivie des visites des trois expositions commentées par leurs commissaires respectifs, je prévoyais dès cette semaine de vous rendre compte de deux d'entre elles, choisissant, vous vous en doutez,  celles ayant l'Égypte pour toile de fond.

 

     Soyez conscients que mon ambition ne sera nullement de tutoyer l'exhaustivité, à l'instar de nos anciennes pérégrinations au sein du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre quand, huit années durant, j'ai détaillé pour vous chacun des objets dans chacune des vitrines de chacune des cinq premières salles.

    

     Ce que je souhaite en réalité, par le verbe et l'image, - celle de mes coups de coeur surtout, - démarche subjective s'il en est, je vous l'accorde -, c'est inciter la plus grande partie possible d'entre vous à céder à l'envie latente de venir jusqu'en terres wallonnes, à Morlanwelz, en province de Hainaut pour, de visu, constater que mes propos à venir, loin de sacrifier à une quelconque démarche publicitaire ou commerciale, loin de jouer le thuriféraire de circonstance, reflètent sincèrement l'enthousiasme qui fut mien pour les oeuvres, connues ou découvertes que j'ai admirées à Mariemont jeudi dernier mais aussi pour les connaissances nouvelles que j'y ai acquises et qu'avec ceux qui n'auront malheureusement pas l'opportunité de s'y rendre, j'aimerais dès à présent partager.

 

     

"Stargate" - "Porte des Étoiles", reconstituée au milieu du plan d'eau, devant le Musée

"Stargate" - "Porte des Étoiles", reconstituée au milieu du plan d'eau, devant le Musée

  

       Si, notamment en cliquant dessus pour l'agrandir, vous regardez attentivement la photo ci-avant, vous remarquerez qu'elle est cadrée de manière telle que cette "Porte des étoiles", même si intrinsèquement elle n'illustre qu'un seul des événements annoncés, s'ouvre sur la perspective des deux expositions égyptologiques.

 

     Sans plus attendre, il me siérait ce matin de vous les présenter sous le seul angle du cheminement des thématiques abordées au sein de chacune d'elles, réservant à nos prochains rendez-vous, le soin de les détailler en peaufinant mes propos.   

 

    Au deuxième étage du Musée, l'imposant escalier gravi, - "réservé" aux sportifs (et sportives, n'est-ce pas Mélanie ?) dédaignant l'ascenseur avec superbe condescendance -, 

 

EXPOSITIONS Á MARIEMONT : 1. PRÉAMBULES

 

c'est Amenhotep II qui, au haut des marches, vous accueille, - mais non, Arnaud, je ne t'ai pas confondu avec le pharaon quand tu as entamé, toi, tes explications et moi pas encore la bouteille de ce bien agréable Muscat servi au buffet qui suivit la visite en ta compagnie. 

 

EXPOSITIONS Á MARIEMONT : 1. PRÉAMBULES

 

Un Amenhotep II figuré sous l'aspect d'un faucon,

 

EXPOSITIONS Á MARIEMONT : 1. PRÉAMBULES

 

 - le dieu bon, Maître des Deux-Terres, Âakheperourê, aimé d'Horus

 

EXPOSITIONS Á MARIEMONT : 1. PRÉAMBULES

 

ainsi que, au-dessus de la formule d'offrande à Horus adressée par le prêtre-ouab Ahmès sur la face antérieure du socle, l'identifient les hiéroglyphes et le cartouche incisés sur le plat, devant les serres du rapace divin.

 

     En calcaire, haut de plus de quatre-vingts centimètres, piédestal de 14 compris, (MRM - Inv. B. 126), il fut exhumé en plusiseurs fragments à Abydos, dans la nécropole d'Oumm el-Qaab lors de la campagne de fouilles françaises de 1895-96 dirigée par l'archéologue Émile Amélineau (1850-1915).

 

     Ainsi mis en évidence à l'entrée de l'exposition qu'a imaginée Arnaud Quertinmont, Égyptologue, Docteur en Histoire, Art et Archéologie et Conservateur du Département Égypte/Proche-Orient au Musée de Mariemont, cet Horus faucon sur la tête duquel repose le pschent, comprenez la couronne réunissant celle de Haute-Égypte à celle de Basse-Égypte, métaphore visuelle de la légitimité et de la puissance sur le Double-Pays, - l'Égypte du Nord autant que celle du Sud -, accordée par les dieux à Amenhotep II, roi de la XVIIIème dynastie ; cet Horus hiéracocéphale, une des premières divinités du complexe panthéon égyptien ; cet Horus faucon, fils d'Osiris, protecteur de la royauté auquel le souverain en titre est assimilé, vous invite en quelque sorte à pénétrer en sa compagnie dans le monde des dieux, des génies et des démons de la mythologie égyptienne et, secondé par d'autres divinités, répondra tout au long de cette exposition aux diverses questions que vous vous posez sur les différentes cosmogonies expliquant leur création du monde, sur la notion de "dieu", sur ce qu'il est convenu d'appeler les génies et les démons, sur les rôles inhérents à tous ces personnages, etc.

 

    Comme également y répondra, soyez-en persuadés, ce qu'il est convenu d'appeler "catalogue" qui, sous la direction d'Arnaud Quertinmont toujours, collige les interventions de grands noms de l'égyptologie contemporaine, belge autant que française, mais aussi allemande, suisse et californienne et qui, bien plus qu'un simple catalogue d'exposition, constitue un véritable ouvrage d'art de quelque 380 pages, - publié conjointement par le Musée de Mariemont et les éditions Somogy, s'il vous plaît ! -, et de référence tant par l'iconographie présente que par les études proposées, regoupées en trois grandes sections :

 

"Qui est dieu ?" ; 

"Nommer et représenter les dieux" ;

"Que font les dieux ?"  

 

 

EXPOSITIONS Á MARIEMONT : 1. PRÉAMBULES

 

     Et comme y répondront aussi à leur manière particulière car placé sous un éclairage franchement contemporain d'autres artefacts que vous découvrirez dans la galerie du rez-de-chaussée : là réside l'idée géniale dont il faut créditer, et féliciter, les concepteurs de ce semestre égyptologique à Mariemont, Bertrand Federinov, Licencié en Histoire et diplômé en Sciences du livre, Conservateur du fonds ancien de la Réserve précieuse et Responsable de la bibliothèque documentaire du Musée, et à nouveau Arnaud Quertimont, tous deux commissaires de la deuxième exposition, tous deux férus de culture geek, entendez dans ce cas précis de films, de bandes dessinées et de jeux, vidéo ou de rôle, ressortissant au domaine de la science-fiction et du fantastique dans lesquels interviennent notamment des dieux égyptiens.

  

    C'est rappelez-vous, la raison pour laquelle, sans heureusement devoir traverser le plan d'eau pour y accéder, nous interpella ce matin cette gigantesque, et intriguante pour d'aucuns, "Porte des étoiles" 

 

       

 

     

EXPOSITIONS Á MARIEMONT : 1. PRÉAMBULES

 

dont l'anneau rotatif central est couvert de symboles qui, sans que nous soyons obligés de le manipuler aux fins que l'un d'entre eux vienne correspondre avec un des chevrons de l'immense anneau extérieur, nous transportera d'office sur cette autre grande constellation matérialisée par la deuxième exposition.

 

     Avant de consacrer tout ou partie du mois de juin à parcourir celle du second étage dont, ce matin, je ne vous ai brossé que les très grandes lignes, je vous propose amis visiteurs, pour autant que "De Stargate TM aux Comics. Les dieux égyptiens dans la culture geek" constitue un sujet qui également vous intéresse, de me rejoindre ici-même le mardi 31 mai prochain. 

 

 

 

 

 

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

DELVAUX LUC

Faucon, dans DERRIKS Claire/ DELVAUX Luc, Antiquités égyptiennes au Musée royal de Mariemont, Morlanwelz, Musée royal de Mariemont, 2009, notice pp. 67-71 

 

 

QUERTINMONT Arnaud

Statue d'Horus, dans QUERTINMONT Arnaud, Dieux, génies et démons en Égypte ancienne, Paris, Somogy Éditions d'Art / Morlanwelz, Musée royal de Mariemont, 2016, notice catalogue 40, pp. 162-3.

 

Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte en Belgique
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16 mai 2016 1 16 /05 /mai /2016 23:02

 

     Mariemont.

 

     Vous souvenez-vous, amis visiteurs ?

MYTHOLOGIES À MARIEMONT ...

 

 

     Mariemont.

 

     La famille Warocqué, à l'origine de ce Musée royal belge sis à Morlanwelz, dans la province du Hainaut.

MYTHOLOGIES À MARIEMONT ...

 

Mariemont.

 

     L'exposition "Du Nil à Alexandrie. Histoires d'eau". 

 

MYTHOLOGIES À MARIEMONT ...

 

     Nous l'avions de conserve, vous et moi, visitée à partir du 22  avril 2013 : vous en souvenez-vous ?

 

     Mariemont.

 

     C'est à nouveau dans ce très beau Musée que je souhaiterais vous emmener et pour un événement encore plus exceptionnel que celui de 2013 dans la mesure où non seulement il s'agit de deux expositions ayant l'Égypte pour toile de fond mais aussi qu'elles sont inédites, alors que celle "Du Nil à Alexandrie" avait été préalablement présentée en France et en Suisse avant d'arriver chez nous.

 

    Du 21 mai au 20 novembre 2016, à Mariemont, au deuxième étage, vous déambulerez parmi les DIEUX, GÉNIES ET DÉMONS de l'Égypte ancienne.

MYTHOLOGIES À MARIEMONT ...

 

     Osiris, Anubis, Hathor ou Isis, mais aussi bien d'autres divinités peuplant le très riche et parfois complexe panthéon égyptien, moins connues peut-être, étranges, voire bizarres d'aspect parfois, seront au rendez-vous : ne les manquez surtout pas !

 

    Pour vous recevoir, pour répondre aux différentes questions que certainement beaucoup d'entre vous se posent, - que sous-entend exactement le terme égyptien que nous avons pris l'habitude de traduire par "dieu" ? ; pourquoi tant d'animaux ont-ils été déifiés ? pourquoi même des concepts ont-ils été personnalisés ? ; quelles furent les attributions inhérentes à chacun des membres des différentes cosmogonies égyptiennes, mais aussi celles des génies et des démons ? -, et pour élucider bien d'autres coins d'ombre que très probablement j'omets d'évoquer, ils seront venus de diverses institutions muséales de Belgique, certes, mais aussi du Musée du Louvre à Paris, de l'Allard Pierson Museum d'Amsterdam et de l'August Kestner Museum de Hanovre ... 

 

     Si nous nous interrogeons à leur sujet, si tant ils nous fascinent au point que le cinéma et les séries télévisées, la bande dessinée, les comics mais aussi les jeux vidéos, et même divers jeux de rôle entre amis, s'en sont emparés, si cette mythologie vieille de quelque 5000 ans fait encore florès, il doit bien y avoir une raison !

 

     C'est ce que propose de vous expliquer une deuxième exposition, toujours du 21 mai au 20 novembre 2016, toujours à Mariemont mais cette fois au rez-de-chaussée, dans la galerie autour de la "Réserve précieuse".

     Là, vous découvrirez, DE STARGATE ™ AUX COMICS. LES DIEUX ÉGYPTIENS DANS LA CULTURE GEEK (1975-2015).

 

 

MYTHOLOGIES À MARIEMONT ...

 

     Bertrand Federinov et Arnaud Quertinmont, ses deux commissaires, férus aussi de ce type de culture, développeront pour vous les analogies existant entre les héros "imaginés" par certains de nos artistes contemporains et ceux des mythes égyptiens antiques, et cela grâce à des objets mais aussi des costumes provenant de certaines productions filmiques ; grâce également à des exemplaires de bandes dessinées ...

 

 

    Et puisque j'ai pris la peine d'intituler cet article "Mythologies à Mariemont", autorisez-moi à mentionner pour terminer une troisième exposition, aux mêmes dates que celles dont je viens de vous faire part, prévue quant à elle au premier sous-sol du Musée : HÉROS D'ARGILE ET DE PAPIER.  

   

MYTHOLOGIES À MARIEMONT ...

 

     Elle vous invitera à entrer de plain-pied dans le monde des déités gréco-romaines, cette fois, grâce à des sculptures et des dessins préparatoires de héros devenus intemporels, réalisés à l'époque baroque et néo-classique dans nos anciens Pays-Bas, pièces de choix qui ont appartenu à Charles van Herck, collectionneur et antiquaire anversois de la première moitié du XXème siècle.

 

 

    Convié à la conférence de presse qui aura lieu ce tout prochain jeudi, je prévois de vous rendre compte dans les semaines à venir de ces importants événements ... délaissant un temps, vous l'aurez compris, nos pérégrinations dans la nécropole d'Abousir.

 

     Avant de définitivement aujourd'hui prendre congé de vous, amis visiteurs, il me siérait de grandement remercier Mélanie Thiry, du Service Communication du Musée, de m'avoir très aimablement fait parvenir les clichés ci-dessus de l'affiche des trois expositions et bien évidemment Arnaud Quertinmont, Égyptologue et Conservateur du Département des Antiquités égyptiennes du Musée royal de Mariemont, qui m'a tout aussi amicalement autorisé à vous proposer la présente invitation.     

 

 

 

Pour plus d'informations pratiques : 

 

http://www.musee-mariemont.be/index.php?id=1034

 

Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte en Belgique
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9 mai 2016 1 09 /05 /mai /2016 23:02

 

 

 

     Ma promenade a duré six heures. Je suis entré, en revenant à mon auberge, dans une cour délabrée, aux murs de laquelle sont appliquées des pierres sépulcrales chargées d’inscriptions mutilées. J’ai copié quelques-unes de ces inscriptions.

(...)

Que peut-il y avoir de plus vain ? Je lis sur une pierre les regrets qu’un vivant donnait à un mort ; ce vivant est mort à son tour, et après deux mille ans je viens, moi barbare des Gaules, parmi les ruines de Rome, étudier ces épitaphes dans une retraite abandonnée, moi indifférent à celui qui pleura comme à celui qui fut pleuré, moi qui demain m’éloignerai pour jamais de ces lieux, et qui disparaîtrai bientôt de la terre.

 

 

 

 

François-René de CHATEAUBRIAND

Voyage en Italie

11 décembre 1803

 

Paris, Éditions Payot et rivages Poche, 2015

pp. 52-3

 

 

 

 

  

     Alors que je vous ai expliqué précédemment, amis visiteurs, que grâce aux relevés des membres de l'expédition de l'égyptologue prussien Carl Richard Lepsius en 1843 dans la nécropole d'Abousir, nous savons que moult scènes peintes de la cour hypostyle du mastaba de Fetekti ressortissaient au domaine de la vie quotidienne, comme par exemple, ci- après, celle évoquant les bovins

 

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Fetekti3c.jpg

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Fetekti3c.jpg

 

 

ou cette autre, dédiée notamment à la viticulture, 

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Fetekti1.jpg

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Fetekti1.jpg

 

 

c'est, comme je vous l'avais promis au terme de notre dernier rendez-vous, sur les différentes scènes de marché que nous donnent à voir deux des faces du pilier central de cette cour d'entrée que je voudrais aujourd'hui définitivement clôturer notre visite de cette sépulture.

(©  https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Fetekti2.jpg)

(© https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Fetekti2.jpg)

    

     Ou plutôt, que donnaient à voir car ce fut une des déconvenues des égyptologues tchécoslovaques qui redécouvrirent le mastaba en 1991, après un siècle et demi d'oubli complet, que de constater que bon nombre des peintures reproduites dans les Denkmäler aus Aegypten und Aethiopien, le magistral ouvrage de Lepsius, n'existaient plus : les pluies torrentielles qui chaque année s'engouffraient dans ce vallon avaient irrémédiablement détruit l'oeuvre des "scribes des contours" antiques.

 

     Il faudra donc vous contenter de la planche 96 ci-dessus extraite du tome II de la somme du savant prussien pour ensemble déambuler sur ce marché égyptien.

 

     Les différentes activités figurées ici, je l'ai précisé la semaine dernière, se déploient sur trois registres horizontaux se subdivisant chacun en deux évocations distinctes : bien que celles du niveau supérieur étaient déjà en partie effacées en 1843,

L'ÉGYPTOLOGIE TCHÈQUE : III. LES FOUILLES D' ABOUSIR DURANT LA DERNIÈRE DÉCENNIE DU XXème SIÈCLE - 6. LA TOMBE DE FETEKTI : LES DIFFÉRENTES PARTIES DE LA SCÈNE DE MARCHÉ

 

vous distinguez ici à gauche, - dans la réalité, sur la face ouest du pilier -, un homme debout qui vraisemblablement tend une pièce de tissu à un autre qui se trouve devant lui, un genou posé sur le sol.

 

     Je souligne vraisemblablement dans la mesure où les commentateurs ne sont pas tous d'accord avec cette vision des choses ; pour ma part, j'ai opté pour l'interprétation de l'égyptologue tchèque Miroslav Barta, qui me paraît être, dans son analyse de l'ensemble de ces scènes, celui qui prend le mieux en considération les textes hiéroglyphiques qui les accompagnent ... quand bien évidemment ils ont été préservés.

 

   Selon lui, seuls deux exemples proposant semblable transaction d'un produit textile, seraient actuellement connus. S'interrogeant sur la raison pour laquelle l'un d'eux se trouve précisément dans ce mastaba-ci, le Profeseur Barta rappelle que Fetekti dirigeait un atelier de fabrication textile au service de la Cour et que cette pièce de tissu pourrait constituer une récompense qui lui aurait été accordée.

 

     Pour la petite histoire, j'ai en revanche lu dans un ouvrage qu'ici l'homme debout présenterait plutôt une planche à son vis--à-vis ! Mais comme aucune légende hiéroglyphique permettant de préciser le geste n'a été conservée au-dessus de ce fragment peint, le débat reste pour vous ouvert, quant à votre propre interprétation ...

 

     Ceci posé, si M. Barta est dans le vrai, cela incline à penser, dans un premier temps, qu'il ne s'agirait alors nullement d'une scène de marché ; ensuite, que nous aurions là avec le personnage agenouillé un "portrait" du défunt lui-même.

 

 

     Au registre médian, nettement moins endommagé,

L'ÉGYPTOLOGIE TCHÈQUE : III. LES FOUILLES D' ABOUSIR DURANT LA DERNIÈRE DÉCENNIE DU XXème SIÈCLE - 6. LA TOMBE DE FETEKTI : LES DIFFÉRENTES PARTIES DE LA SCÈNE DE MARCHÉ

 

la scène de droite, - en réalité, sur la face sud du pilier -, relate un échange entre deux hommes mêmement vêtus d'un pagne, celui de gauche, debout, tenant des sandales dans une main, propose toutefois de l'autre un collier de perles à celui assis devant son panier de gâteaux : ayant déjà agrippé le bijou qui semblerait l'intéresser, ce dernier tend une de ses pâtisseries.

 

     Les textes hiéroglyphiques apparents qui encadrent le début de l'échange fournissent l'une ou l'autre précision : ainsi apprenons-nous que l'homme debout se prénomme Iounek mais surtout restituent les propos de chacun : Vois, mon gâteau est suave, dit l'un ; Vois, mes sandales sont solides, rétorque l'autre.

 

     La scène de gauche, - comprenez : sur la face ouest du pilier -, vous donne quant à elle à comprendre deux transactions qui se déroulent en même temps : tout en éviscérant un des poissons de son panier, l'homme assis discute avec une jeune femme à robe longue et cheveux courts portant un coffret sur l'épaule.

     Vous souvenez-vous de la similitude avec le relief existant sur une des parois de la "Chaussée d'Ounas" que je vous avais montré lors de notre précédente rencontre ?

 

     Trop de hiéroglyphes ont disparu sur la droite pour que nous puissions encore reconstituer les dialogues : la dame offre-t-elle le contenu de son fardeau ? Sont-ils en train de négocier le prix des poissons alors qu'elle n'a rien à proposer en échange ?

     Ici aussi, les avis divergent chez les exégètes ...

 

     Tout proche, une autre femme, à cheveux longs cette fois, essaie, selon les inscriptions, de troquer deux bols nemset, contre un vase mesekhet. Faut-il comprendre, par l'attitude de l'homme assis qui maintient son récipient sur le sol alors que la chalande lui tend les siens, que la proposition ne lui paraît pas recevable, partant, que l'échange sera difficile ?

 

 

     Au registre inférieur, incontestablement la partie la moins détériorée de l'ensemble de ces scènes de marché,

L'ÉGYPTOLOGIE TCHÈQUE : III. LES FOUILLES D' ABOUSIR DURANT LA DERNIÈRE DÉCENNIE DU XXème SIÈCLE - 5. LA TOMBE DE FETEKTI : PRÉMICES À LA SCÈNE DE MARCHÉ

 

la scène de droite, - en réalité, sur la face sud du pilier -, relate un échange entre deux hommes mêmement vêtus d'un pagne : celui de gauche, debout, tenant des sandales dans une main, propose toutefois de l'autre un collier de perles à celui assis devant son panier de gâteaux : ayant déjà agrippé le bijou qui semblerait l'intéresser, il présente une de ses pâtisseries.

 

     Les textes hiéroglyphiques apparents qui encadrent le début de l'échange fournissent à la fois l'une ou l'autre précision - ainsi apprenons-nous que l'homme debout se prénomme Iounek -, mais surtout restituent les propos de chacun : Vois, mon gâteau est suave, dit l'un ; Vois, mes sandales sont solides, rétorque l'autre.

 

     La scène de gauche, - comprenez : sur la face ouest du pilier -, quant à elle, nous donne à comprendre deux transactions qui se déroulent en même temps : tout en éviscérant un des poissons de son panier, l'homme assis discute avec une jeune femme à robe longue et cheveux courts portant un caisson sur l'épaule. Trop de hiéroglyphes ont disparu sur la droite pour que nous puissions encore reconstituer les dialogues : la dame offre-t-elle le contenu de son fardeau ? Sont-ils en train de négocier le prix des poissons alors qu'elle n'a rien à proposer en échange ?

     Ici aussi, les avis divergent chez les commentateurs ...

 

     Tout proche, une autre dame, à cheveux longs cette fois, essaie, selon les inscriptions, de troquer deux bols nemset, contre un vase mesekhet. Faut-il comprendre, par l'attitude de l'homme assis qui maintient son récipient sur le sol alors que la chalande lui tend les siens, que la proposition ne lui paraît pas recevable, partant, que l'échange sera difficile ?

 

 

     Au registre inférieur, incontestablement la partie la moins détériorée de l'ensemble de ces scènes peintes,

L'ÉGYPTOLOGIE TCHÈQUE : III. LES FOUILLES D' ABOUSIR DURANT LA DERNIÈRE DÉCENNIE DU XXème SIÈCLE - 5. LA TOMBE DE FETEKTI : PRÉMICES À LA SCÈNE DE MARCHÉ

 

vous voyez, à droite, - c'est-à-dire sur la face sud du pilier -, un producteur installé avec son imposant panier d'osier apparemment rempli de légumes dont on peut distinguer, du côté des deux hommes qui s'approchent, la partie supérieure de jeunes oignons : le premier des acheteurs potentiels, celui qui porte un sac en bandoulière, se présente avec un collier à  échanger, tandis que le second tient en mains deux types distincts d'éventails (ou de chasse-mouches).

 

     Vois cette parure, vois ce beau bijou, vois ces éventails, précisent les textes.

     Laisse-moi voir, répond le paysan en s'emparant du collier, et donne-moi ton prix.

 

 

     A gauche de cette scène, - sur la face ouest du pilier, donc -, deux autres, comme au registre médian, se déroulent en parallèle : la première, plus difficile à analyser parce qu'abîmée au niveau d'une grande partie de la légende hiéroglyphique, nous montre deux hommes dont un seul tient quelque chose dans chacune de ses mains : peut-être des hameçons dans la droite et un papyrus qu'il brandit dans la gauche? 

 

     Tout à côté, une jeune femme en robe longue, cheveux courts et caisson sur l'épaule - serait-ce la même qu'au registre médian ? -,  dont le nom, Minmeret, est cette fois inscrit juste devant les jambes, discute avec un autre poissonnier assis près de son éventaire. Il semblerait, d'après la portion de texte traduisible, qu'elle juge le prix demandé excessif et en appellerait à un certain Ibi, superviseur du marché, afin qu'il tranche leur différend.

 

     Quoiqu'il en soit exactement des analyses que l'on peut - ou ne peut exactement -  déterminer, il n'en demeure pas moins que ces quelques "prises de vues" d'un marché égyptien antique réalisées par un ou plusieurs artistes de l'Ancien Empire, et que Lepsius a eu la bonne idée d'enregistrer dans ses dessins,  restituent parfaitement une ambiance, une réalité sociale qu'en Égypte comme ailleurs nous pouvons encore en partie retrouver à notre époque ...

 

     J'ai même eu, un instant, l'impression d'entendre une voix chaude qui me fredonnait :

 

     J'ai hâte au point du jour de trouver sur mes pas ce monde émerveillé qui rit et qui s'interpelle le matin au marché :

     Voici pour cent francs du thym de la garrigue, un peu de safran et un kilo de figues.
     Voulez-vous, pas vrai, un beau plateau de pêches ou bien d'abricots ?
     Voici l'estragon et la belle échalote, le joli poisson de la Marie-Charlotte.
     Voulez-vous, pas vrai, un bouquet de lavande ou bien quelques oeillets ? ...

 

 

 

     Pas vous ??

 

 

 

(Allam : 2008, 133-4 ; Barta : 2001, 75-123 ; ID. : 2005 ³Menu : 2008, 129 ; Montet : 1925, 319-26 ; Peters-Destéract : 2005, 109)

L'ÉGYPTOLOGIE TCHÈQUE : III. LES FOUILLES D' ABOUSIR DURANT LA DERNIÈRE DÉCENNIE DU XXème SIÈCLE - 6. LA TOMBE DE FETEKTI : LES DIFFÉRENTES PARTIES DE LA SCÈNE DE MARCHÉ
 
vous voyez, à droite, - c'est-à-dire sur la face sud du pilier -, un producteur installé avec son imposant panier d'osier apparemment rempli de légumes dont on peut distinguer, du côté des deux hommes qui s'approchent, la partie supérieure de jeunes oignons : le premier des acheteurs potentiels, celui qui porte un sac en bandoulière, se présente avec un collier à  échanger, tandis que le second tient en mains deux types distincts d'éventails (ou de chasse-mouches).

 

     Vois cette parure, vois ce beau bijou, vois ces éventails, précisent les textes.

     Laisse-moi voir, répond le paysan en s'emparant du collier, et donne-moi ton prix.

 

 

     A gauche de cette scène, - sur la face ouest du pilier, donc -, deux autres, comme au registre médian, se déroulent en parallèle : la première, plus difficile à analyser parce qu'abîmée au niveau d'une grande partie de l'inscription hiéroglyphique, nous montre deux hommes dont un seul tient quelque chose dans chacune de ses mains : peut-être des hameçons dans la droite et un papyrus qu'il brandit dans la gauche ? 

 

     Tout à côté, une jeune femme en robe longue, cheveux courts et caisson sur l'épaule - serait-ce la même qu'au registre médian ? -,  dont le nom, Minmeret, est cette fois inscrit juste devant les jambes, discute avec un autre poissonnier assis près de son éventaire. Il semblerait, d'après la portion de signes traduisibles, qu'elle juge le prix demandé excessif et en appellerait à un certain Ibi, superviseur du marché, afin qu'il tranche leur différend.

 

     Quoi qu'il en soit exactement des analyses que l'on peut - ou ne peut exactement -  déterminer, il n'en demeure pas moins que ces quelques "prises de vues" d'un marché égyptien antique réalisées par un ou plusieurs artistes de l'Ancien Empire, et que ceux de l'expédition Lepsius ont eu la bonne idée de reprendre dans leurs dessins, restituent parfaitement une ambiance, une réalité sociale qu'en Égypte comme ailleurs nous pouvons encore en partie comprendre à notre époque ...

 

     J'ai même eu, un instant, l'impression d'entendre une voix chaude, fredonnant :

 

     J'ai hâte au point du jour de trouver sur mes pas ce monde émerveillé qui rit et qui s'interpelle le matin au marché :

     Voici pour cent francs du thym de la garrigue, un peu de safran et un kilo de figues.
     Voulez-vous, pas vrai, un beau plateau de pêches ou bien d'abricots ?
     Voici l'estragon et la belle échalote, le joli poisson de la Marie-Charlotte.
     Voulez-vous, pas vrai, un bouquet de lavande ou bien quelques oeillets ? ...

 

 

 

     Et vous, amis visiteurs ??

 

 

 

(Allam : 2008, 133-4 ; Barta : 2001, 75-123 ; ID. : 2005 ³Menu : 2008, 129 ; Montet : 1925, 319-26 ; Peters-Destéract : 2005, 109)

2 mai 2016 1 02 /05 /mai /2016 23:02

 

 

 Ruines ! ma famille !

 

 

Charles BAUDELAIRE

 

Les Fleurs du Mal,

Tableaux parisiens, 108,

 

Les petites vieilles, IV

 

  dans Oeuvres complètes 

Paris, Seuil

p. 98 de mon édition de 1968

 

 

 

 

     Ceux qui, parmi vous amis visiteurs, ont connu cette belle opportunité d'arpenter la nécropole de Saqqarah, se souviennent plus que très probablement de ce que leur guide a présenté sous l'appellation de "Chaussée du complexe funéraire du roi Ounas", - cet Ounas, souvenez-vous qui, le premier, fit graver ce qu'il est maintenant convenu de nommer "Textes des Pyramides" dans sa "Demeure d'éternité" ; cet Ounas qui aussi, j'aime à le rappeler, au sein d'une pléiade de hauts fonctionnaires s'adjoignit les services d'un certain Metchetchi.

 

L'ÉGYPTOLOGIE TCHÈQUE : III. LES FOUILLES D' ABOUSIR DURANT LA DERNIÈRE DÉCENNIE DU XXème SIÈCLE - 5. LA TOMBE DE FETEKTI : PRÉMICES À LA SCÈNE DE MARCHÉ

     

      Cette allée pavée, - la mieux préservée de toutes celles de l'époque -, comportait un programme iconographique constitué de tableaux polychromes gravés en léger relief sur un parcours formant vraisemblablement tunnel de quelque 700 mètres de long et 6,70 de large, depuis le temple bas, au bord du Nil, prévu pour accueillir le cortège funèbre royal, jusqu'au temple haut, là où s'effectuaient certains rituels dont celui de l' "Ouverture de la bouche", simulacre de rendre fonction à quelques-uns des sens primordiaux du défunt, - vue, ouïe et parole -, avant l'inhumation définitive à l'intérieur de sa pyramide.

 

    Vous aurez remarqué, je présume, cet évident interstice entre les imposantes dalles du toit : sur toute la longueur, il constituait en réalité l'ingénieuse réponse apportée par les architectes antiques de ce long et sombre couloir aux fins d'y pourvoir un éclairage naturel.  

 

 

     Sauf à exciper de l'indéniable proximité des deux nécropoles, quelle raison invoquer pour vous octroyer semblable digression introductive, seriez-vous en droit de me demander, alors que, depuis un certain temps, vous nous entretenez uniquement de celle d'Abousir ? 

 

     Quand nous avons ensemble, mardi dernier, pénétré dans le mastaba de Fetekti, je vous avais expliqué, amis visiteurs, que l'endroit avait fort heureusement déjà fait l'objet d'une étude réalisée au XIXème siècle par l'égyptologue prussien Carl Richard Lepsius, notamment à propos des murs de la cour intérieure qu'il avait excavée et des peintures ressortissant au domaine de ce qu'il est habituellement convenu d'appeler "scènes de la vie quotidienne" qu'il y avait découvertes et relevées.

 

     Parmi elles, une célèbre évocation d'un marché de plein air auquel, comme promis en nous quittant, j'escompte déjà aujourd'hui consacrer en partie notre rendez-vous, avant d'être plus prolixe encore lors de celui de la semaine prochaine.

 

     Réalisée sur un lavis bleu-gris clair recouvrant une épaisse couche de plâtre de boue jaune-brun mélangée à des fibres végétales appliquée sur le pilier central de la cour d'entrée, elle se distribue en trois registres superposés, à partir d'approximativement un mètre de hauteur par rapport au niveau du sol et seulement sur deux de ses quatre faces.

     Fort heureusement pour nous, ces scènes de marché figuraient parmi les parties les mieux conservées des parties peintes d'origine encore admirées par Lepsius lors de ses fouilles de 1843 en Abousir. 

 

     Le dessin ci-après, extrait de ses Denkmäler ..., vous les propose toutes rassemblées et séparées par un simple trait vertical : considérez qu'à gauche de cette ligne médiane, vous dénombrez les trois scènes de la face ouest du pilier central de la cour hypostyle du mastaba de Fetekti et qu'à droite, celles de la face sud de ce même pilier. 

 

(©  https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Fetekti2.jpg)

(© https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Fetekti2.jpg)

 

     Célèbre, indiquai-je à l'instant à propos de cette figuration d'une marché dans la mesure où la présence de semblable manifestation populaire dans un contexte funéraire se révèle en définitive particulièrement peu fréquente et, à tout le moins à l'Ancien Empire, se résume à deux  tombes exhumées à Abousir : celle de Ptahshepses, que j'avais évoquée avec vous le 16 février dernier et dans laquelle, si j'en crois le texte hiéroglyphique qui l'accompagne, on peut voir un homme troquant vraisemblablement un pain contre des oignons ; et bien évidemment dans celle de Fetekti sur laquelle nous nous concentrerons ce matin.

     Mais aussi à quelques-unes situées à Saqqarah, dont - et voici ma réponse à votre questionnement initial concernant le bien-fondé de mon introduction -, deux blocs de calcaire disposés côte à côte sur la troisième assise de la paroi nord de la Chaussée d'Ounas évoquée d'emblée tout à l'heure, à quelque 230 mètres de son aboutissement, ainsi que l'un ou l'autre fragment épars mis au jour sur le site. 

 
L'ÉGYPTOLOGIE TCHÈQUE : III. LES FOUILLES D' ABOUSIR DURANT LA DERNIÈRE DÉCENNIE DU XXème SIÈCLE - 5. LA TOMBE DE FETEKTI : PRÉMICES À LA SCÈNE DE MARCHÉ

 

 

     Le premier de ces blocs relatant diverses transactions commerciales vous donne à voir, à droite, un homme assis sur un siège cubique invitant à considérer des poissons amoncelés dans une corbeille semi-circulaire posée entre lui et un personnage debout qui porte un petit coffret à corniche. 

    Rien n'indique son contenu.

L'ÉGYPTOLOGIE TCHÈQUE : III. LES FOUILLES D' ABOUSIR DURANT LA DERNIÈRE DÉCENNIE DU XXème SIÈCLE - 5. LA TOMBE DE FETEKTI : PRÉMICES À LA SCÈNE DE MARCHÉ

 

 

     Le second bloc montre, à gauche, un homme installé sur un coussin qui dispose à ses pieds lui aussi des poissons mais séchés, cette fois. 

 

     (Immense merci à Yopi, - pseudonyme d'une couple de Parisiens avec lesquels j'avais sympathisé lors d'un colloque consacré à Sésostris III, au Palais des Beaux-Arts de Lille à l'automne 2014, - de m'avoir autorisé à publier ici pour vous leurs clichés.) 

 

    Hormis ces deux scènes chez Ounas, quelques figurations de marché se retrouvent également dans des sépultures non-royales, notamment celles de Kagemni, avec des personnages proposant onguents et parfums quand d'autres échangent différents types de vases ; de Tepemankh dont un fragment représentant là aussi l'étal d'un poissonnier est d'ailleurs exposé au Département des Antiquités égyptiennes des Musées royaux d'Art et d'Histoire, à Bruxelles ; d'Ankhmahor, par ailleurs connu pour une scène de circoncision ; des deux frères, Niankhkhnoum et Khnoumhotep et, bien sûr, dans le mastaba de Ti que je vous ai si souvent conseillé de virtuellement visiter grâce à l'excellent site d'OsirisNet.

 

     Vous aurez évidemment remarqué les deux verbes que j'ai employés pour définir ces relations commerciales : troquer et échanger. Il faut en effet savoir qu'à cette époque lointaine, c'est par ce moyen que dans toute société s'obtenaient les marchandises convoitées : l'un pouvait exhiber une paire de sandales qu'il avait confectionnées contre quelques légumes cultivés dans le jardin d'un autre ; ou une villageoise marchander quelque ustensile de cuisine fabriqué par son époux contre un bijou, un vêtement ...

 

     Parallèlement à ces scènes peintes, la lecture d'une abondante documentation papyrologique confirme parfaitement que les produits d'utilité courante ou autres que l'on désirait se procurer pouvaient être obtenus grâce à l'un quelconque objet que l'on possédait en plusieurs exemplaires, voire dans certains cas, dont on acceptait de se priver. Et vraisemblablement, comme à l'occasion de nos actuelles brocantes dominicales belges, il était avéré que le superflu de l'un constituait souvent le nécessaire d'un autre. 

 

     Un point me semble en outre intéressant à épingler : que ce soit dans certains textes de transactions ou sur les représentations pariétales d'un tombeau et même au niveau des légendes hiéroglyphiques afférentes, rien, pratiquement jamais, ne nous renseigne sur le qui est qui ?, sur le qui fait quoi ? ; rien ne vient en fait différencier un vendeur d'un acheteur.

    Ce qui corrobore qu'en de semblables marchés de campagne ou citadins se pratiquaient des activités commerciales sur base du simple troc entre participants.

 

     Le souci de vérité historique m'oblige à toutefois ajouter que même s'il fallut attendre les rapports marchands plus larges, notamment à l'Époque tardive avec les Perses et les Grecs, pour voir apparaître une véritable monnaie frappée à l'effigie d'un souverain ou d'un tout autre symbole, les Égyptiens utilisèrent, et ce dès l'Ancien Empire, des mesures de denrées quotidiennes - les céréales ou l'huile, par exemple,-, en guise de système d'évaluation.

 

     Et même, vous vous en doutez probablement beaucoup moins, des unités pondérales : en effet, un petit anneau d'argent appelé shâti dans les textes, d'environ 7,5 grammes servit ainsi d'unité monétaire pendant au moins deux millénaires ; secondé qu'il fut également par le deben, un "poids" d'approximativement 90 grammes, et qui correspondait donc à 12 shâtis.

 

 

 

     Ne pensez-vous pas, amis visiteurs, toutes ces prémices établies, qu'il serait bientôt temps de revenir sur le marché dont Fetekti avait souhaité une évocation picturale sur un des piliers de la cour d'entrée de son mastaba ?

 

    C'est ce qu'avec vous, la semaine prochaine, mardi 10 mai, je me propose d'entreprendre ...

 

 

 

 

 

(Allam : 2008, 133-4 ; Barta : 2001, 75-123 ; ID. : 2005 ³; Labrousse/Moussa : 2002, 334 + Fig. 36 ;/  Menu : 2008, 129 ; Montet : 1925, 319-26 ; Peters-Destéract : 2005, 109)

 

25 avril 2016 1 25 /04 /avril /2016 23:02

 

 

 Charme profond, magique, dont nous grise

Dans le présent le passé restauré !

 

 

Charles Baudelaire

Un fantôme

 

Les Fleurs du Mal, 41, II,

Le Parfum

 

  Oeuvres complètes, Paris, Seuil

p. 64 de mon édition de 1968

 

 

 

     C'est au bord du puits funéraire du mastaba de Kaaper dans lequel, malheureusement, nous n'avons pu descendre pour des raisons de sécurité évidentes que, vous et moi amis visiteurs, nous nous sommes quittés la semaine dernière, sans évidemment avoir l'intention d'abandonner la nécropole d'Abousir qui tant encore doit nous apprendre. 

 

     Je  ne sais plus si, depuis que nous y déambulons, j'ai déjà saisi l'opportunité d'évoquer pour vous Carl Richard Lepsius (1810-1884) ? 

 

L'ÉGYPTOLOGIE TCHÈQUE : III. LES FOUILLES D' ABOUSIR DURANT LA DERNIÈRE DÉCENNIE DU XXème SIÈCLE - 4. LA TOMBE DE FETEKTI : CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

 

     Vous n'ignorez probablement pas que c'est grâce à ce savant prussien, - "fondateur de la science égyptologique allemande", ainsi que l'indique Dimitri Laboury dans son ouvrage dédié à Akhénaton (voir référence infrapaginale), que nous devons la division de l'histoire égyptienne en trois grandes périodes auxquelles il a donné les noms de Ancien Empire, Moyen Empire et Nouvel Empire.

 

    Mais ce que vous savez peut-être un peu moins, c'est que, mandé par Frédéric Guillaume IV de Prusse, il dirigea, à l'instar de Champollion pour la France, une expédition de quelque trois années en terres d'Égypte et de Nubie qui lui permettra, entre autres découvertes majeures, après avoir notamment exploré quelques jours le site d'Amarna, de considérablement affiner le regard que l'égyptologie naissante du XIXème siècle portait sur la personnalité d'Amenhotep IV-Akhénaton.

 

    Mais si j'évoque Lepsius ce matin, c'est bien évidemment pour une tout autre raison : commençant pratiquement son périple par la Basse-Égypte et la nécropole memphite, il en vint très rapidement à s'intéresser au site d'Abousir.

 

     Grâce à une phénoménale provende de documents, dessins et prises de notes, minutieusement colligés par les membres de sa mission, il publiera, entre 1849 et 1859, sa célébrissime série de douze immenses volumes comportant près d'un millier de planches, librement téléchargeables sur le Net : les Denkmäler aus Aegypten und Aethiopien.

   

L'ÉGYPTOLOGIE TCHÈQUE : III. LES FOUILLES D' ABOUSIR DURANT LA DERNIÈRE DÉCENNIE DU XXème SIÈCLE - 4. LA TOMBE DE FETEKTI : CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

 

     La tombe qui, aujourd'hui et les deux prochaines semaines, retiendra notre attention, celle de Fetekti, - emplacement n° 16  sur le plan ci-après -, fut, comme celle de Kaaper, l'objet des soins de l'équipe des égyptologues tchécoslovaques sous la direction du Professeur Verner dès 1991. C'est à Miroslav Barta qu'à nouveau nous devons, notamment dans la publication consacrée au cimetière sud que j'ai déjà mentionnée, les résultats complets de cette nouvelle fouille. 

L'ÉGYPTOLOGIE TCHÈQUE : III. LES FOUILLES D' ABOUSIR DURANT LA DERNIÈRE DÉCENNIE DU XXème SIÈCLE - 4. LA TOMBE DE FETEKTI : CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

     

    Nouvelle fouille, certes, mais absolument pas nouvelle découverte : située quelque peu plus au nord que l'ensemble des autres sépultures, sur la pente d'un vallon descendant vers le Nil, celle de Fetekti (ou Fetekta, selon certains égyptologues étrangers), vraisemblablement prêtre à Abousir à la fin de la Vème dynastie, fut donc, comme je viens de vous l'indiquer, mise au jour en 1843 par les membres de l'équipe de Lepsius, à tout le moins, son entrée et sa cour intérieure à colonnes.

    

     Après les premières fouilles du milieu du XIXème siècle, l'emplacement même de cette "Maison d'éternité"  fut complètement oublié pendant un siècle et demi jusqu'à ce que, en 1991, les archéologues tchécoslovaques en redécouvrent donc le chemin et s'y intéressent à nouveau.

 

     Cette nouvelle investigation permit de constater que le mastaba réalisé en briques de boue avait été agencé exactement de la même manière que d'autres dans les environs immédiats, à savoir : espace intérieur à ciel ouvert que j'évoquais à l'instant, jadis magnifiquement décoré, et chapelle funéraire, - ici en fait, un étroit corridor -, destinée au culte que famille et amis du défunt lui rendaient périodiquement ; pièce dans laquelle les fouilleurs mirent au jour des peintures pariétales inédites qui venaient dès lors accroître l'ancien corpus déjà connu grâce à Lepsius.

 

     Ils relevèrent également l'existence, sur le mur ouest de la chapelle, de deux fausses-portes symbolisant, je l'ai déjà maintes fois souligné, le passage entre le monde des morts et celui des vivants .

 

     (Si vous ne l'avez déjà fait voici deux semaines, je vous invite à peut-être relire l'article de la rubrique "Décodage de l'image égyptienne" du 21 octobre 2008 que j'avais précisément consacré à ce type de monument.)

 

    En outre, à l'ouest de la chapelle, ils exhumèrent l'entrée de deux puits au bas desquels, à environ 10 mètres de profondeur, ils aboutirent dans deux chambres sépulcrales : incontestablement, le mastaba de Fetekti constituait un tombeau commun. Et ce que laissait supposer la présence des deux fausses-portes fut avéré par celle des deux chambres mortuaires.

 

     L'étude des panneaux permit de déterminer que la stèle fausse-porte située au sud était prévue pour le culte de Fetekti, officiellement propriétaire des lieux, tandis que celle au nord appartenait à un mystérieux Mety dont il n'a pas encore été possible de définir la personnalité, son nom n'étant attesté nulle part ailleurs, ni la relation existant entre les deux hommes.

 

     En revanche, non seulement des inscriptions dans sa tombe, mais aussi notamment des archives le concernant retrouvées dans le temple de Neferirkarê-Kakaï, - auxquelles, souvenez-vous, lors de cet ancien rendez-vous, j'avais déjà fait allusion -, nous fournissent quelques détails sur la  carrière professionnelle de Fetekti : prêtre, serviteur du dieu, il appert qu'il aurait eu pour tâche de prendre soin d'une partie de l'inventaire de ce temple funéraire à la mort du souverain ; ce qui, dans la hiérarchie des fonctionnaires palatiaux, représente un rang relativement élevé.

 

      A cela, pour tenter d'être complet, il me faut ajouter que certains titres laissent supposer qu'il avait également pour fonction de diriger les ateliers des tisserands royaux, c'est-à-dire ceux qui confectionnaient des vêtements de haute qualité pour le souverain et sa famille.  

 

     Une analyse anthropologique des restes humains retrouvés dans la chambre principale a toutefois déterminé qu'il serait décédé entre 30 et 40 ans. Dispersé tout autour de ce que fut le corps du défunt : son viatique pour l'au-delà se résumait à quelques tessons de poterie, vraisemblablement des ustensiles de vaisselle.

 

     Ce qui permet d'augurer que cette sépulture fut comme tant d'autres la proie de pillards mais aussi, malheureusement, celle des conditions climatiques  : très vite en effet, les fouilleurs tchécoslovaques se rendirent compte que là où se trouvait le tombeau, à cause des eaux accumulées lors des pluies torrentielles que subissait annuellement le plateau désertique, un ruissellement vers le bas de la Vallée du Nil avait considérablement entamé le monument et, en premier lieu, la décoration de la cour d'entrée et de ses piliers.

 

     Constatant l'irrémédiable disparition de certaines des peintures que Lepsius avait tant admirées, et heureusement reproduites, les égyptologues n'eurent d'autre choix que se reporter à cette unique source de documentation alors connue, ses Denkmäler aus Aegypten und Aethiopien car le savant allemand avait relevé l'ensemble du programme figuratif de cette cour, ressortissant au domaine de ce qu'il est habituellement convenu d'appeler "scènes de la vie quotidienne", notamment l'assemblage et le transport du matériel dont se devait de disposer tout défunt ; la travail de la vigne et la manière dont le vin était produit ; un atelier de menuiserie ; la traditionnelle et si symbolique chasse au gibier sauvage dans le désert, etc. 

 

     Et parmi elles, j'épinglerai plus particulièrement, parce que relativement peu fréquente dans un contexte funéraire, anciennement sur plusieurs registres des faces sud et ouest du pilier central de la cour hypostyle, une très intéressante représentation d'un marché populaire de plein air où visiblement se côtoyaient artisans, paysans et pêcheurs : c'est notamment vers elle que j'escompte vous emmener mardi 3 mai prochain, amis visiteurs, si d'aventure persiste en vous l'envie de découvrir plus avant la tombe de Fetekti en ma compagnie ...

 

 

 

(Barta : 2001, 55-141; ID. : 2005 ³ ; Laboury : 2010, 21)

L'ÉGYPTOLOGIE TCHÈQUE : III. LES FOUILLES D' ABOUSIR DURANT LA DERNIÈRE DÉCENNIE DU XXème SIÈCLE - 3. LA TOMBE DE FETEKTI : CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

 

 

 

 

 

     C'est au bord du puits funéraire du mastaba de Kaaper dans lequel, malheureusement, nous n'avons pas pu descendre pour des raisons de sécurité évidentes que, vous et moi amis lecteurs, nous nous sommes quittés  samedi dernier, sans toutefois oublier de nous donner rendez-vous ce matin en vue de poursuivre nos allées et venues archéologico-touristiques dans cette partie du cimetière de l'Ancien Empire situé à l'extrémité de la nécropole d'Abousir.

 

Abousir sud - Plan

 

 

     La tombe qui, aujourd'hui, retiendra notre attention, - emplacement n° 2 sur le plan ci-dessus -, fut, comme la précédente, l'objet des soins de l'équipe des égyptologues tchèques sous la direction du Professeur Verner dès 1991. C'est à Miroslav Barta qu'à nouveau nous devons, notamment dans la publication consacrée au cimetière sud que j'ai précédemment mentionnée, les résultats complets de cette nouvelle fouille. 

 

      Nouvelle fouille, certes, mais absolument pas nouvelle découverte !

 

     Située quelque peu plus au nord de l'ensemble des autres tombes, sur la pente d'un vallon descendant vers le Nil, celle de Fetekti (ou Fetekta, selon certains égyptologues étrangers), vraisemblablement prêtre à Abousir à la fin de la Vème dynastie, fut en effet mise au jour, au milieu du XIXème siècle déjà, par l'égyptologue allemand Karl RichardLepsius (1810-1884), lors d'une expédition pour le compte de Frédéric IV de Prusse ; à tout le moins, l'entrée et sa cour intérieure à colonnes.

    

     Après ce début de fouilles menées par l'équipe de Lepsius, l'emplacement même de la tombe fut  complètement oublié pendant un siècle et demi jusqu'à ce que, en 1991 donc, les archéologues tchèques en redécouvrent le chemin et s'y intéressent à nouveau.

 

     Cette nouvelle investigation permit de constater que le mastaba réalisé en briques de boue avait été agencé exactement de la même manière que d'autres dans les environs immédiats, à savoir : l'espace intérieur à ciel ouvert que j'évoquais à l'instant, jadis magnifiquement décoré, et la traditionnelle chapelle - ici en fait, un étroit corridor - destinée au culte funéraire que la famille et les amis du défunt lui rendaient périodiquement, dans laquelle ils mirent au jour des peintures pariétales inédites qui venaient donc accroître le corpus déjà connu grâce à Lepsius.

 

     Les Tchèques relevèrent également l'existence, sur le mur ouest de la chapelle, de deux fausses-portes permettant le passage entre le monde des morts et celui des vivants .

(Si vous ne l'avez déjà fait la semaine dernière, je vous invite à peut-être relire l'article de la rubrique "Décodage de l'image égyptienne" du 21 octobre 2008 que j'avais précisément consacré à la stèle fausse-porte.)

 

    En outre, à l'ouest de la chapelle, ils exhumèrent l'entrée de deux puits au bas desquels, à environ 10 mètres de profondeur, ils aboutirent dans deux chambres sépulcrales : incontestablement, le mastaba de Fetekti constituait un tombeau commun. Et ce que donc laissait supposer la présence des deux fausses-portes fut confirmé par celle des deux chambres funéraires.

 

     L'étude des panneaux permit de déterminer que la stèle-porte située au sud était prévue pour le culte de Fetekti, officiellement propriétaire des lieux, tandis que celle au nord appartenait à un mystérieux Meti dont il n'a pas encore été possible de définir la personnalité ni la relation qui existait entre les deux hommes.

 

     En revanche, non seulement des inscriptions dans sa tombe, mais aussi notamment des archives le concernant retrouvées dans le temple de Neferirkarê-Kakaï, - (qu'ici j'avais déjà mentionnées) -, nous fournissent quelques détails sur la  carrière professionnelle de Fetekti : prêtre, serviteur du dieu, il appert qu'il aurait eu pour tâche de prendre soin d'une partie de l'inventaire de ce temple funéraire à la mort du souverain ; ce qui, dans la hiérarchie des fonctionnaires palatiaux, représente un rang relativement élevé.

 

      A cela, il me faut ajouter, pour être complet, que certains titres laissent supposer qu'il avait également pour fonction de diriger les ateliers des tisserands royaux, c'est-à-dire ceux qui confectionnaient des vêtements de haute qualité pour le souverain et les siens. Si j'osais une comparaison quelque peu anachronique, j'indiquerais que Fetekti était en quelque sorte à son époque, le  Edouard Vermeulen, Fournisseur breveté de la Cour de Belgique ...

 

 

     Une analyse anthropologique des restes humains retrouvés dans la chambre principale a toutefois déterminé qu'il serait décédé entre 30 et 40 ans. Dispersé tout autour de ce que fut le corps du défunt : son viatique pour l'au-delà se résumant à quelques tessons de poterie, vraisemblablement des ustensiles de vaisselle.

Il semblerait donc que cette tombe fut comme tant d'autres la proie des pillards.

    

     Mais aussi, malheureusement, celle du temps ou, plus spécifiquement, des conditions climatiques  : très vite en effet, les fouilleurs se rendirent compte que là où se trouvait le tombeau, à cause des eaux accumulées lors des pluies torrentielles que subissait annuellement le plateau désertique, un ruissellement vers le bas de la Vallée du Nil avait considérablement entamé le monument et, en premier lieu, la décoration de la cour d'entrée et de ses piliers.

 

     Constatant l'irrémédiable disparition de certaines des peintures que Lepsius avait tant admirées, et reproduites, les égyptologues n'avaient plus d'autre choix que celui de se reporter aux documents du XIXème siècle.

 

     En effet, dans une magistrale étude en douze volumes sur l'ensemble des nécropoles de la région memphite, publiés entre 1849 et 1859, et de nos jours librement téléchargeablessur le Net,  les Denkmäler aus Aegypten und Aethiopien,

 

Lepsius---Volumes-des-Denkmaler-copie-1.jpg

 

 

le savant allemand, à propos de la sépulture de Fetekti, avait relevé l'ensemble des peintures de cette cour,  ressortissant au domaine de ce qu'il est habituellement convenu d'appeler "scènes de la vie quotidienne" : notamment l'assemblage et le transport du matériel dont se devait de disposer tout défunt ; la travail de la vigne et la manière dont le vin était produit ; un atelier de menuiserie ; la traditionnelle et si symbolique chasse au gibier sauvage dans le désert, etc. 

 

     Et parmi elles, j'épinglerai plus particulièrement, parce que relativement peu fréquente dans un contexte funéraire, anciennement sur plusieurs registres des faces sud et ouest d'un pilier de la cour ouverte, une très intéressante figuration d'un marché populaire de plein air où visiblement se côtoyaient artisans, paysans et pêcheurs : c'est elle que j'escompte vous présenter samedi prochain, amis lecteurs, si d'aventure persiste en vous  l'envie de visiter plus avant le tombeau de Fetekti en ma compagnie ...

 

 

 

(Barta : 2005 ³ )

L'ÉGYPTOLOGIE TCHÈQUE : III. LES FOUILLES D' ABOUSIR DURANT LA DERNIÈRE DÉCENNIE DU XXème SIÈCLE - 3. LA TOMBE DE FETEKTI : CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

 

 

 

     C'est au bord du puits funéraire du mastaba de Kaaper dans lequel, malheureusement, nous n'avons pas pu descendre pour des raisons de sécurité évidentes que, vous et moi amis lecteurs, nous nous sommes quittés  samedi dernier, sans toutefois oublier de nous donner rendez-vous ce matin en vue de poursuivre nos allées et venues archéologico-touristiques dans cette partie du cimetière de l'Ancien Empire situé à l'extrémité de la nécropole d'Abousir.

 

Abousir sud - Plan

 

 

     La tombe qui, aujourd'hui, retiendra notre attention, - emplacement n° 2 sur le plan ci-dessus -, fut, comme la précédente, l'objet des soins de l'équipe des égyptologues tchèques sous la direction du Professeur Verner dès 1991. C'est à Miroslav Barta qu'à nouveau nous devons, notamment dans la publication consacrée au cimetière sud que j'ai précédemment mentionnée, les résultats complets de cette nouvelle fouille. 

 

      Nouvelle fouille, certes, mais absolument pas nouvelle découverte !

 

     Située quelque peu plus au nord de l'ensemble des autres tombes, sur la pente d'un vallon descendant vers le Nil, celle de Fetekti (ou Fetekta, selon certains égyptologues étrangers), vraisemblablement prêtre à Abousir à la fin de la Vème dynastie, fut en effet mise au jour, au milieu du XIXème siècle déjà, par l'égyptologue allemand Karl RichardLepsius (1810-1884), lors d'une expédition pour le compte de Frédéric IV de Prusse ; à tout le moins, l'entrée et sa cour intérieure à colonnes.

    

     Après ce début de fouilles menées par l'équipe de Lepsius, l'emplacement même de la tombe fut  complètement oublié pendant un siècle et demi jusqu'à ce que, en 1991 donc, les archéologues tchèques en redécouvrent le chemin et s'y intéressent à nouveau.

 

     Cette nouvelle investigation permit de constater que le mastaba réalisé en briques de boue avait été agencé exactement de la même manière que d'autres dans les environs immédiats, à savoir : l'espace intérieur à ciel ouvert que j'évoquais à l'instant, jadis magnifiquement décoré, et la traditionnelle chapelle - ici en fait, un étroit corridor - destinée au culte funéraire que la famille et les amis du défunt lui rendaient périodiquement, dans laquelle ils mirent au jour des peintures pariétales inédites qui venaient donc accroître le corpus déjà connu grâce à Lepsius.

 

     Les Tchèques relevèrent également l'existence, sur le mur ouest de la chapelle, de deux fausses-portes permettant le passage entre le monde des morts et celui des vivants .

(Si vous ne l'avez déjà fait la semaine dernière, je vous invite à peut-être relire l'article de la rubrique "Décodage de l'image égyptienne" du 21 octobre 2008 que j'avais précisément consacré à la stèle fausse-porte.)

 

    En outre, à l'ouest de la chapelle, ils exhumèrent l'entrée de deux puits au bas desquels, à environ 10 mètres de profondeur, ils aboutirent dans deux chambres sépulcrales : incontestablement, le mastaba de Fetekti constituait un tombeau commun. Et ce que donc laissait supposer la présence des deux fausses-portes fut confirmé par celle des deux chambres funéraires.

 

     L'étude des panneaux permit de déterminer que la stèle-porte située au sud était prévue pour le culte de Fetekti, officiellement propriétaire des lieux, tandis que celle au nord appartenait à un mystérieux Meti dont il n'a pas encore été possible de définir la personnalité ni la relation qui existait entre les deux hommes.

 

     En revanche, non seulement des inscriptions dans sa tombe, mais aussi notamment des archives le concernant retrouvées dans le temple de Neferirkarê-Kakaï, - (qu'ici j'avais déjà mentionnées) -, nous fournissent quelques détails sur la  carrière professionnelle de Fetekti : prêtre, serviteur du dieu, il appert qu'il aurait eu pour tâche de prendre soin d'une partie de l'inventaire de ce temple funéraire à la mort du souverain ; ce qui, dans la hiérarchie des fonctionnaires palatiaux, représente un rang relativement élevé.

 

      A cela, il me faut ajouter, pour être complet, que certains titres laissent supposer qu'il avait également pour fonction de diriger les ateliers des tisserands royaux, c'est-à-dire ceux qui confectionnaient des vêtements de haute qualité pour le souverain et les siens. Si j'osais une comparaison quelque peu anachronique, j'indiquerais que Fetekti était en quelque sorte à son époque, le  Edouard Vermeulen, Fournisseur breveté de la Cour de Belgique ...

 

 

     Une analyse anthropologique des restes humains retrouvés dans la chambre principale a toutefois déterminé qu'il serait décédé entre 30 et 40 ans. Dispersé tout autour de ce que fut le corps du défunt : son viatique pour l'au-delà se résumant à quelques tessons de poterie, vraisemblablement des ustensiles de vaisselle.

Il semblerait donc que cette tombe fut comme tant d'autres la proie des pillards.

    

     Mais aussi, malheureusement, celle du temps ou, plus spécifiquement, des conditions climatiques  : très vite en effet, les fouilleurs se rendirent compte que là où se trouvait le tombeau, à cause des eaux accumulées lors des pluies torrentielles que subissait annuellement le plateau désertique, un ruissellement vers le bas de la Vallée du Nil avait considérablement entamé le monument et, en premier lieu, la décoration de la cour d'entrée et de ses piliers.

 

     Constatant l'irrémédiable disparition de certaines des peintures que Lepsius avait tant admirées, et reproduites, les égyptologues n'avaient plus d'autre choix que celui de se reporter aux documents du XIXème siècle.

 

     En effet, dans une magistrale étude en douze volumes sur l'ensemble des nécropoles de la région memphite, publiés entre 1849 et 1859, et de nos jours librement téléchargeablessur le Net,  les Denkmäler aus Aegypten und Aethiopien,

 

Lepsius---Volumes-des-Denkmaler-copie-1.jpg

 

 

le savant allemand, à propos de la sépulture de Fetekti, avait relevé l'ensemble des peintures de cette cour,  ressortissant au domaine de ce qu'il est habituellement convenu d'appeler "scènes de la vie quotidienne" : notamment l'assemblage et le transport du matériel dont se devait de disposer tout défunt ; la travail de la vigne et la manière dont le vin était produit ; un atelier de menuiserie ; la traditionnelle et si symbolique chasse au gibier sauvage dans le désert, etc. 

 

     Et parmi elles, j'épinglerai plus particulièrement, parce que relativement peu fréquente dans un contexte funéraire, anciennement sur plusieurs registres des faces sud et ouest d'un pilier de la cour ouverte, une très intéressante figuration d'un marché populaire de plein air où visiblement se côtoyaient artisans, paysans et pêcheurs : c'est elle que j'escompte vous présenter samedi prochain, amis lecteurs, si d'aventure persiste en vous  l'envie de visiter plus avant le tombeau de Fetekti en ma compagnie ...

 

 

 

(Barta : 2005 ³ )

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