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10 octobre 2017 2 10 /10 /octobre /2017 00:00
 LE DÉPARTEMENT DES ANTIQUITÉS ÉGYPTIENNES DU MUSÉE DU LOUVRE : 3.    E  -  N  -  AF  ... et quelques autres

 

 

     Parfaitement conscient, amis visiteurs, que le rendez-vous que je vous propose aujourd'hui ne passionnera probablement pas la majorité d'entre vous, j'ai néanmoins jugé qu'il pourrait intéresser l'un ou l'autre, ne fût-ce que pour donner l'impression, dans un salon, s'il en subsiste encore de semblables à celui de Madame Verdurin, quai de Conti, de briller des mêmes feux que ceux de la cour Napoléon ci-dessus,  quand d'aventure la conversation, un tantinet pointue, porterait sur le Louvre, juste en face, le Pont des Arts franchi ; ou, pour les plus jeunes d'entre vous, quand vous souhaiteriez déconcerter une petite amie qui s'imaginerait que Neymar et le Paris Saint-Germain constituent le sujet de votre future thèse de doctorat ...

 

 

 LE DÉPARTEMENT DES ANTIQUITÉS ÉGYPTIENNES DU MUSÉE DU LOUVRE : 3.    E  -  N  -  AF  ... et quelques autres

 

     Mon propos, vous l'aurez compris d'emblée en prenant connaissance et du titre et du document ci-dessus, concernera les numéros d'inventaires indiqués sur les cartels accompagnant presque toujours les objets exposés au Département des Antiquités égyptiennes.

     

     Nul besoin, je présume, de lourdement insister sur le fait que la lettre E à l'entame d'un très grand nombre d'entre eux maintenant ne peut que renvoyer au nom "Égypte" ; ce qui est également le cas dans nos Musées royaux d'Art et d'Histoire, au Cinquantenaire, à Bruxelles, tout en précisant qu'il ne s'agit nullement d'une constante universelle.

 

     Au Louvre, plusieurs types de numérotation furent mis sur pied au fil du temps qui,  ainsi que vous l'a prouvé mon cliché, se trouvent encore actuellement en vigueur ... jusqu'à ce que, peut-être, un jour futur, un recollement décidera d'officiellement appliquer une nomenclature généralisée à l'ensemble des objets d'origine égyptienne avec ce E en guise de lettre cardinale. Ceci posé, cela constituerait vraisemblablement un fastidieux travail que seul allégerait l'appoint de cette informatique qui nous réserve très probablement d'insoupçonnées et infinies possibilités dans les décennies futures.

 

     Mais avant de nous projeter au sein de cet avenir aussi hypothétique que prometteur, accordons, voulez-vous, un regard sur l'évolution chronologique de ces inventaires, car il y en eut plusieurs, le pluriel n'étant évidemment ici pas fortuit ! 

   

     Le tout premier d'entre eux fut élaboré et appliqué de l'accession au pouvoir de l'Empereur Napoléon III, en décembre 1852, et jusqu'en février 1857 : il comprit 5 451 numéros précédés d'un N, pour "Napoléon", évidemment, et non pour "Numéro" comme quelques fois je l'ai entendu péremptoirement asséner par l'un ou l'autre visiteur autour de moi. 

     Nonobstant, et participant du même recensement, vous ne manquerez pas d'aussi rencontrer les lettres I ou Inv. (pour "Inventaire", bien sûr) : le balbutiement, - ou les raisons d'administrativement déjà compliquer le travail des futurs chercheurs -, était né !  

 

     Car, en outre, et vraisemblablement pour apporter une précision supplémentaire, à la même époque, il fut décidé de classer les artefacts égyptiens par catégories, auxquelles une lettre distincte fut attribuée, ainsi : la lettre A désigna les statues ; B, les bas-reliefs ; C, les stèles et D les sarcophages, tables d'offrandes et autres objets divers.

 

    Mais au fil des années, devant la forte augmentation des pièces présentes au Musée, ce système fut aboli.

 

     De sorte qu'à partir de mars 1857, comme je l'ai ci-avant mentionné, l'inventaire avec un E en guise de lettre de référence fut mis sur pied : actuellement toujours d'application, il répertorie les objets de E 1 à E x milliers, suivant leur ordre d'arrivée dans les collections du Louvre. Ainsi, le papyrus E 32 847 constitue-t-il le numéro le plus élevé que j'aie repéré au cours de mes lectures ... mais peut-être n'ai-je pas eu connaissance des toutes dernières entrées. 

 

     Ceci posé, en fonction de grands et beaux apports nouveaux, alors même que se développait l'inventaire E, d'autres tentatives de classement particulier firent leur apparition. Ainsi quand l'égyptologue français Auguste Mariette, après ses fouilles dans le Sérapéum de Memphis, en rapporta de précieux monuments au Louvre, apparurent des étiquettes collées à même les pièces exposées portant les lettres A.M. (pour "Auguste Mariette", évidemment), I.M. (pour "Inventaire Mariette") ou S (pour "Sérapéum").

 

     Toutefois, après quelques années de manipulations d'objets à l'intérieur des vitrines  ou des réserves en sous-sol, la détérioration de ces étiquettes devint patente ; quand ce ne fut pas leur totale disparition, notamment quand il s'est agi, en août 1939, quelques jours avant qu'éclate la Deuxième Guerre mondiale, de sauver et transporter maints "trésors" dans différents châteaux de France, à Chambord dans un premier temps, d'où ils furent répartis et dirigés par la suite vers d'autres lieux sûrs des environs : ainsi, de nombreuses caisses d'antiquités égyptiennes accompagnées de huit gardiens arrivèrent-elles le 6 septembre à Courtalain, en Eure-et-Loir, à une heure et demie de Paris, pour être entreposées dans le grand salon du château. 

 

     

     Aux objets parfois dépourvus d'étiquettes fut donnée par la suite une cote fictive, AF, ce qui signifiait, sans plus de précision, qu'ils appartenaient à l'Ancien Fonds du Musée.

 

     Enfin, dépossédés de leur identité initiale, certains furent-ils simplement signalés par un SN, ce qui, vous l'aurez deviné, signifie tout bêtement : sans numéro !! 


     Concevez, amis visiteurs, que ces deux dernières appellations, "non contrôlées", AF et SN étaient vouées à n'être que provisoires, donc à disparaître au fur et à mesure que le véritable numéro d'inventaire serait retrouvé dans les registres archivés. Mais fallait-il encore qu'on le cherchât ! De sorte que, comme souvent, constatation s'impose d'admettre que le provisoire aurait tendance à devenir définitif ... 

 

 

     Pour clore notre présent rendez-vous peut-être un peu didactique, voire rébarbatif aux yeux de certains, je ferai appel aux connaissances des plus avisés parmi mes visiteurs : en effet, dans la mesure où il m'est arrivé de rencontrer l'une ou l'autre référence commençant par Al peinte sur certaines pièces des galeries d'étude du circuit chronologique, au premier étage de ce Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, j'aimerais en connaître la signification et l'origine.

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

 

KRIÉGER  Paule, Note concernant les numéros d'inventaire des objets conservés au département des antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, RdE 12, Paris, Klincksieck, 1960, pp. 92-7.

 

LEVENT  FrédéricQuand le château de Courtalain hébergeait des œuvres du Louvre en 1939-1945, article et cliché publiés dans L'Écho républicain du 4 mars 2016, consultable ici.

 

NICHOLAS  Lynn H, Le pillage de l'Europe. Les œuvres d'art volées par les nazis, Paris, Seuil, 1995, p. 110. 

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commentaires

C
Vous avez bien raison, Richard, de proposer au lecteur cette « promenade » à travers la sylve des numéros d'inventaire. Ce n'est pas moi qui ai étudié tant de choses que certains jugent rébarbatif qui vais dire le contraire, sourires... Mais au-delà de l'humour de votre entrée en matière et de votre avertissement au lecteur, c'est tout simplement très intéressant puisque les numéros sont la marque de la présence de l'oeuvre dans le lieu et qu'ils témoignent aussi du travail mené par différentes personnes... identifier, répertorier, permettre au public de contempler des merveilles dans un endroit « organisé ».<br /> Merci à vous et que votre fin de semaine soit très agréable, amitiés chaleureuses !<br /> Cendrine
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R
Je me doutais bien, chère Cendrine, que vous ne figureriez point dans une éventuelle liste de grincheux susceptibles de me reprocher un article plus rébarbatif qu'à l'accoutumée.<br /> Merci pour votre approbation si bellement tournée ...
F
Comme Christiana, je suis curieuse de voir les rasoirs!! Certes, le post nous apprend que ce n'est guère facile de lister tous les objets et je plains les "listeurs"!! le papyrus E 32847 me fait dire qu'il y a bien des milliers d'objets répertoriés et la gestion n'est guère facile, surtout lorsqu'il y a des objets qui voyagent pour des expos hors LE LOUVRE!!! Wouaouhh Bisous Fan
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R
Ce ne doit être certes pas facile, chère Fan, mais je pense qu'avec de la rigueur, de la ténacité et un logiciel adapté, il doit être possible de réaliser un classement qui colligerait l'ensemble des pièces de la collection égyptienne sous la même dénomination E + numéro, tout en conservant, pour les chercheurs notamment, peut-être au sein d'une parenthèse, l'ancien numéro ...<br /> <br /> Ce pourrait par exemple donner un cartel du type : E 1000 (= N 500) ; ou (AM 500) ...
C
C'est très intéressant, en réalité. J'ignorais tout cela. Ces classifications témoignent en elles-mêmes des regards successifs qu'on a pu porter sur l'Egypte ancienne.<br /> Pour Al, je suggère "Antiquité libérée (de nos préjugés)", ou même "A (Richard) Lejeune", mais je ne suis pas sûre que les conservateurs du Louvre soient d'accord...
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R
Heureux de vous avoir appris quelque chose, Carole. <br /> Heureux aussi de lire et d'imaginer que les Conservateurs du Louvre, - qui persistent à royalement m'ignorer depuis autant d'années ! -, auraient pu envisager de faire référence à ma petite personne dans un inventaire de leur collection égyptienne ... :) :)
C
Je ne vais pas me servir des numéros d'inventaires pour jouer les "Madame Verdurin" ou essayer de jeter de la poudre aux yeux à quelque fan de Neymar... mais... j'ai été intéressée par les noms des objets sur la photo: Fer à friser, pince à épiler... Je voulais voir à quoi ces objets ressemblaient alors j'ai fait une recherche dans la colonne de droite et je n'ai eu que ceci comme proposition: 21 juin 2010 <br /> SALLE 5 - VITRINE 2 : LES OBJETS DE TOILETTE - 1. ÉTUI À KOHOL N 1764<br /> <br /> Pas de photos de ces objets...<br /> <br /> Peut-être nous les montreras-tu un jour?
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R
N'hésite pas à me recontacter, Christiana, si tu te perds dans les méandres du site internet du Louvre ...
C
Merci Richard, je vais aller voir sur le site du Musée du Louvre, si je peux trouver les photos. C'est une simple curiosité féminine... savoir comment les femmes égyptiennes se servaient de ces instruments...
R
Il ne figure pas de photographies des objets indiqués sur le cartel que j'ai ce matin inséré dans mon article, Christiana, pour la bonne et simple raison que le but n'était pas de les évoquer mais de montrer réunis, sur un même document, plusieurs numéros relevant de différents inventaires, puisque commençant par des lettres distinctes. <br /> Pour la petite histoire, il s'agit d'un cartel se trouvant dans l'une des vitrines de l'étroite salle 9 au premier étage du Département des Antiquités égyptiennes, dédiée à la parure.<br /> <br /> Peut-être qu'un jour, effectivement, aurais-je l'opportunité de la présenter aux visiteurs d'ÉgyptoMusée ...<br /> <br /> Quoi qu'il en soit, si tu es impatiente de découvrir ces petits objets de toilette, il t'est toujours loisible de visualiser leur photo en consultant le site officiel du Musée du Louvre, ici, sur Internet et d'ainsi te rendre virtuellement en salle 9 : je viens de lire qu'il y en avait 351 de répertoriés !!<br /> <br /> Ceci posé, il est bien évident que si tu souhaites que je te guide dans les méandres de la recherche sur le site du Louvre, je suis à ta disposition ...
J
C'est toujours passionnant. Merci mon cher Richard.
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R
Grand merci à vous, Jean-Marie, pour vos propos si aimables concernant mon modeste travail ... Ce sont de semblables appréciations <br /> qui m'invitent, semaine après semaine, à poursuivre la publication de mes articles.
J
Depuis la classe de 6ème, je suis passionné par l'Égypte. Depuis, je ne compte pas le nombre de visites au Louvre. Et puis mon épouse, qui a les mêmes goûts que moi, est toujours partante pour aller dans ce pays merveilleux.<br /> Vous avez la gentillesse de nous rappeler, toujours merveilleusement bien, différents faits, objets, anecdotes et voyages au pays de RA !<br /> Encore un grand merci.
R
Passionnant ? Je ne sais pas vraiment, cher Jean-Marie. Mais d'un certain intérêt pour tous ceux qui, de près ou de loin, approchent la collection égyptienne du Louvre, je le crois sincèrement.

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