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24 mars 2015 2 24 /03 /mars /2015 00:00

     Quand, le 29 janvier 2013, nous découvrîmes ensemble, amis visiteurs, dans cette même salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, le "menu" de Tepemânkh sur le grand fragment que nous distinguons encore au sein de la cinquième vitrine, là-bas, sur la gauche de la sixième où je vous ai à nouveau donné rendez-vous ce matin, 

SALLE 5 - VITRINE 6, CÔTÉ SEINE : 25. LE RELIEF B 32

j'attirai votre attention, souvenez-vous, sur les denrées escomptées par le défunt pour continuer à se sustenter en sa "maison d'éternité", tout à la fois gravées dans ou sous les cases de sa "pancarte", ainsi que le long du pied de la table d'offrandes posée devant lui.

    Tableau classique s'il en est que, de manière récurrente, ceux parmi vous qui ont déjà pénétré, à Guizeh, dans l'un ou l'autre mastaba de l'Ancien Empire, auront certainement remarqué.

 

    Parmi les produits de bouche énoncés, après les sempiternels mille pains et les mille cruches de bière s'inscrivant toujours en première position dans ce type d'invocation, la formule de dessous la table prévoyait mille têtes de bétail et mille volailles. Elle insistait en réalité de manière globale sur ce qu'il avait fait inscrire avec force détails plus haut, dans les cases du troisième rang et du début du quatrième, à savoir : épaule de boeuf, cuisse de boeuf, rognon, côte de boeuf, foie, rate, poitrineoie cendrée, oie rieuse, canard pilet, tourterelle.

     

 

Menu de Tepemânkh

 

     Prudente tautologie dans le chef de Tepemânkh ?

     Les mots valant, dans la pensée égyptienne, ce qu'ils expriment, ainsi s'assurait-il ses repas futurs dans l'éventualité où famille et amis oublieraient de lui apporter l'offrande de nourriture.

 

      Ceci posé, apparemment lui sembla-t-il suffisante une portion pour chacun des aliments retenus, les côtes de boeuf exceptées puisqu'il en souhaita quatre !

 

     Cette abondance carnée chez ce défunt privilégié - je rappelle au passage qu'il fut Directeur du bureau des Khentyou-she du Palais -, constitue un peu, mutatis mutandis, ce que figure, non plus en hiéroglyphes cette fois, mais - oserais-je ce jeu de mots ? -, en chair et en os, le monument par lequel, ce matin, il m'agréerait de poursuivre avec vous la découverte détaillée de cette partie sud de la vitrine 6, à savoir : le relief B 32, accroché sur la droite.

 Menu de Tepemânkh

 

 

 

(Grand merci à François de m'avoir envoyé le lien vers le site "Flickr" -http://www.flickr.com/photos/clairity/3837326106/sizes/o/in/photostream/ - permettant ainsi à tous de rendre le document ci-dessus plus lisible en l'agrandissant).

 

 

     Il faut évidemment concevoir que ce que vous auriez tendance à considérer comme un gargantuesque festin dans ces scènes d'agapes funéraires que vous ne manquerez pas de rencontrer dans vos visites de mastabas ou de musées ne rend nullement compte des repas réels et quotidiens des Égyptiens de l'Antiquité, fussent-ils souverains ou notables : ce ne sont, d'une part, qu'images à valeur performative de ce que souhaitait bénéficier tout défunt au cours de sa seconde vie et, d'autre part, que manière d'exprimer un des aspects du système relationnel établi entre lui et les membres en vie de sa famille, voire ses amis, tous censés, à certaines périodes déterminées, lui déposer sur la table d'offrande au pied de la stèle fausse-porte de quoi subsister éternellement dans l'Au-delà.

 

     Cette surabondance alimentaire ne doit donc pas être prise au pied de la lettre pour les vivants : elle fait partie intégrante du discours funéraire, donnant ainsi aux morts une dimension hors du commun, hors de toute réalité immédiate.

 

SALLE 5 - VITRINE 6, CÔTÉ SEINE : 25. LE RELIEF B 32

 

     Ce fragment de calcaire jadis entièrement polychrome exhumé des ruines de la chapelle du culte de Séthi Ier, dans le petit temple de Ramsès II, à Abydos (XIXème dynastie), mesure 80 cm de longueur, 54 de hauteur et 9 de profondeur. Il avait appartenu à Jean-François Mimaut (1774-1837), qui fut consul  général de France à Alexandrie, de 1829 jusqu'à sa mort.

 

     Si de Mimaut l'on retient son entregent auprès de Mehmet-Ali, Vice-roi d'Égypte, qui lui valut d'être un acteur important dans le don puis le transport de l'obélisque choisi par Champollion pour être offert à la France, l'on ne doit pas oublier la très riche collection d'antiquités égyptiennes, grecques et romaines rassemblées par ses soins. Collection qui fut vendue à Paris, au 22 de la rue d'Aguesseau-Saint-Honoré, à partir du 18 décembre 1837, quasiment onze mois après son décès : elle fut acquise à la fois par le British Muséum de Londres et, pour une somme modique, par le Louvre, ce dernier à hauteur de 158 pièces, dont le présent bas-relief.

 

      À la page 32 du catalogue qu'il établit de la collection Mimaut, le Conservateur adjoint des Antiques du Musée royal du Louvre de l'époque, Léon Jean Joseph Dubois, (1780-1846), indique :  

 

189. Calcaire peint. - Débris d'un grand bas-relief représentant un amas d'offrandes. Sur la gauche existe une colonne d'hiéroglyphes, et le haut d'un cartouche dont on ne voit plus que le disque solaire. 

 

 

     Concevez que, personnellement, ce laconisme ne me sied guère ; et encore moins dans l'éventualité où vous attendez de ma part une compréhension détaillée de la scène. 

 

    Dès lors, que pourrais-je vous préciser, amis visiteurs ?

 

     Peut-être le fait qu'à la colonne de gauche vient perpendiculairement s'attacher une bande horizontale d'une épaisseur certaine séparant deux registres d'un tableau d'offrandes, le principal, incontestablement, étant celui du dessous.

     Au-dessus, s'alignent quelques récipients dont nous ignorons le contenu.

 

     Peut-être ajouter que si au centre de ce grand fragment de paroi figure un panier rempli de figues et de grenades semblables à celles déposées sur l'étagère vitrée de gauche, tout le reste de la composition qui l'entoure, constitue, gravée en relief dans le creux et ayant conservé traces de ses teintes originelles, une nomenclature idéale des différents morceaux de viande espérés par tout défunt.

 

     Peut-être aussi qu'indépendamment de ses couleurs quasiment estompées, l'ensemble se révèle empreint d'une certaine recherche esthétique.

     Car vous aurez remarqué cette patte de bovidé qui, de part et d'autre, épousant sa forme semi-circulaire, semble soutenir le panier. Et aurez assurément reconnu le khepech, cette patte antérieure droite des bovidés, ce morceau d'excellence, comme le définissaient les textes qui, avant tout autre, lors du découpage rituel, était rapidement emporté en guise d'offrande de premier choix au propriétaire de la sépulture. Pièce de viande sur laquelle j'avais voici peu attiré votre attention.

 

     Peut-être ajouter également qu'à gauche à tout le moins car à droite, la cassure de la pierre n'autorise qu'une éventuelle conjecture, au-dessus de cette cuisse tant convoitée, tant appréciée,  repose la tête du boeuf dépecé avec, devant elle, de chaque côté cette fois, un peu comme élément symétrique qui décorerait les bords du panier, un coeur, dont la forme, n'était sa dimension, s'harmonise élégamment avec les fruits de l'intérieur.

 

     Peut-être ajouter enfin qu'en dessous de cette composition esthétiquement pensée - car c'est le cas, n'en doutez point ! -, figurent côtes et entrecôtes, gîtes de boeuf, mais aussi des pains prêts pour l'offrande qu'en fils respectueux, Ramsès II se devait d'octroyer à son père défunt, Séthi Ier ...

 

     Peut-être devrais-je même vous adresser toutes ces remarques à la fois ...

 

     

     Nonobstant, dans ces scènes d'agapes funéraires où la viande abonde, il vous faut concevoir que ce que vous auriez tendance à envisager comme un gargantuesque festin ne rend nullement compte des repas réels et surtout quotidiens des Égyptiens de l'Antiquité, fussent-ils souverains ou notables ; et n'évoquons même pas les gens du modeste peuple ! Ce ne sont, d'une part, qu'images à valeur performative de ce qu'ils espéraient bénéficier au cours de leur seconde vie et, d'autre part, que façon d'exprimer un des aspects du système relationnel établi entre eux et les membres en vie de leur famille, voire leurs amis, tous censés, à certaines périodes déterminées, venir déposer sur la table d'offrande au pied de la stèle fausse-porte de quoi subsister éternellement dans l'Au-delà.

 

     Cette surabondance alimentaire ne doit donc pas être prise au pied de la lettre pour les vivants : elle fait partie intégrante du discours funéraire, donnant ainsi aux morts une dimension hors du commun, hors de toute réalité immédiate.

 

 

- "Mais ce petit peuple auquel vous venez presque subrepticement de faire allusion", seriez-vous en droit de vous inquiéter, "ne consommait -il donc jamais de viande" ?

 

 

     Que diriez-vous de nous retrouver à nouveau ici même, amis visiteurs, devant la vitrine 6, côté Seine, de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, mardi 31 mars prochain, pour commencer à répondre à votre légitime interrogation ?

 

 

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE 

 

 

 

DELANGE Élisabeth

Relief : amoncellement de victuailles, dans Des animaux et des pharaons. Le règne animal dans l'Égypte ancienne, Catalogue d'exposition, Somogy Éditions d'Art, 2014, p. 129. 

 

 

DUBOIS Léon-Jean-Joseph

Description des Antiquités égyptiennes, grecques et romaines, monuments cophtes et arabes, composant la collection de feu M. J.-F. Mimaut, Paris, Panckoucke, 1837, p. 32.

(Librement téléchargeable ici.)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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commentaires

Lili 01/04/2015 12:36

J'aime beaucoup.

Richard LEJEUNE 01/04/2015 15:24

J'en suis heureux. Merci à vous ...

Carole 26/03/2015 00:49

J'aime bien le jeu de mots "en chair et en os".
Je n'avais pas remarqué la disparition de la "chapka" stalinienne sur OB. Ce n'était pas bien terrible, mais je crois que personne n'aime qu'on lui demande s'il "n'est pas un robot". C'est très impoli !

Richard LEJEUNE 26/03/2015 15:43

Merci pour votre appréciation, Carole.

Richard LEJEUNE 25/03/2015 07:13

J'espère que vous aurez remarqué, amis visiteurs, que l'obligation de se plier à la loi de la "chapka" a disparu de mon blog.
En fait, après bien des récriminations de la part de ses affiliés réticents à ce système, Overblog a décidé de laisser cette option à la discrétion de chacun d'entre nous.
J'ai personnellement choisi de ne plus vous y soumettre ...

Richard LEJEUNE 25/03/2015 13:55

Si je m'en réfère à la langue d'Overblog, c'est plutôt la "captcha" que j'aurais dû écrire dans mon précédent message ... et non la "chapka", que je rends bien volontiers à la langue russe ...

FAN 24/03/2015 18:35

Impressionnant pan d'un bas relief et un menu pantagruélique où je remarque que les abats comme les merveilleux morceaux que sont les "joues"des animaux ne sont pas à l'ordre du menu!! !!un abat qui devient même un luxe en 2015!! En effet, je pense que la plèbe ne devait pas avoir toute cette abondante nourriture dans leur assiette!! BISOUS FAN

Richard LEJEUNE 25/03/2015 07:10

Vous soulevez là, chère Fan, un pan du voile qui cache encore un peu la thématique de nos rendez-vous à venir ...

Silvestre 24/03/2015 15:32

Si j'ai tout compris, Richard, les souverains égyptiens emportaient dans la tombe de nombreux surgelés !
Veuillez excuser mon manque de respect pour l'Histoire de l'Antiquité...

Richard LEJEUNE 25/03/2015 07:08

"Shocking" !, diraient nos amis d'Outre-Manche ...

Mais comme je ne parle pas le franglais ...

Alain 24/03/2015 12:02

Comme tu le soulignes, Richard, il y a une véritable organisation stylistique dans le dessin des victuailles du fragment de calcaire polychrome : l’arrondi des pattes enveloppant gracieusement le panier de fruits, des formes plutôt rondes en haut : tête, cœurs, fruits, des formes allongés dessous : côtes, entrecôtes, pains.
Il s’agit, d’une part de montrer le festin réservé au défunt, d’autre part d’une recherche esthétique d’un artiste pour créer une harmonie dans cet ensemble disparate.

Richard LEJEUNE 25/03/2015 07:06

C'est tout à fait exact, Alain ...

christiana 24/03/2015 11:44

Une bonne question sur l'alimentation du peuple... car tu nous as appris depuis longtemps à ne pas prendre au pied de la lettre pour les vivants, les descriptions de banquets funéraires avec toute cette surabondance alimentaire .
Passons sur morceau d'excellence et le découpage rituel que nous ne sommes pas prêts d'oublier... et attardons-nous quelque peu sur l'esthétisme du bas-relief -jadis- polychrome, couleurs quasiment estompées mais si douces à l'œil d'aujourd'hui.

Richard LEJEUNE 25/03/2015 07:05

Merci Christiana pour ce beau cheminement de ta pensée ...

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