Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
1 juin 2015 1 01 /06 /juin /2015 23:05

 

    

        Les grands artistes, les grands découvreurs, ce sont justement les jardiniers de la pensée, qui plantent aux allées mornes de l'habitude les fleurs nouvelles et si vives de leur savoir ou de leur fantaisie, ouvrant à nos regards ces clairs chemins qui pourront le conduire un peu plus haut.

 

 

 

Carole CHOLLET

En cheminant

 

12 décembre 2013

 

     Au Louvre, à tout le moins en son Département des Antiquités égyptiennes, m'agenouiller près d'une vitrine n'est point rare.

 

M'agenouiller ? A l'instar de croyants dans l'un quelconque lieu saint ? 

M'agenouiller ? Ainsi que devant leur suzerain, certains vassaux du Moyen Âge promettant allégeance ?

 

     S'agenouiller pour prier, s'agenouiller pour se soumettre ?

 

     Quand, comme ici devant vous, amis visiteurs, au pied de cette vitrine 6, côté Seine, de la salle 5, il nous fallut le 12 mai dernier découvrir ensemble, à l'intérieur de modèles de cour de boucherie, les morceaux de viande jonchant leur sol ; quand, la semaine suivante, derechef, je vous proposai de vous pencher, - au sens littéral du terme - ,  sur les cinq oies troussées en calcite qui les précédaient, la plongée de nos regards vers toutes ces pièces ne posa pas vraiment de problème.

 

SALLE 5 - VITRINE 6, CÔTÉ SEINE : 31. DU RELIEF  AF 8970

 

     Mais quand bizarrement à côté d'elles, le Conservateur en charge de la disposition des objets relègue un petit bas-relief anépigraphe d'une hauteur de 27 centimètres et d'une largeur maximale de 23 qu'obligatoirement il nous faudrait envisager de face, s'agenouiller devient inévitable.

 

     Indispensable, même : dans un premier temps, pour le photographier au plus près, pour le détailler à notre aise, pour le "lire" avec toute l'attention qu'il mérite, non pas nécessairement pour ce qu'il "dit", mais pour la manière dont il le "dit" !

 

      Puis, dans un second temps, l'on se prend à conserver la position de génuflexion pourtant quelque peu inconfortable parce que l'on s'aperçoit qu'il ne s'agit nullement d'un banal éclat de calcaire, semblable à des centaines d'autres éclats de calcaire peuplant musées et catalogues, qui se dresse là devant nous, mais d'un réel "bijou" de l'art égyptien.

 

    Et de me poser la question de la motivation : pourquoi un égyptologue en principe amoureux et fier de ce que "son" Musée détient choisit-il d'ainsi cantonner sur le sol d'une vitrine un monument qui, pour être admiré à sa juste valeur, eût à mon sens dû figurer bien plus en évidence, et à hauteur d'yeux ?

 

 

S'agenouiller ? A l'instar de croyants dans l'un quelconque lieu saint ?

Oui. Le geste me paraît en définitive relever du même concept : prier l'art de longtemps encore nous ravir l'oeil et l'esprit, car c'est lui, entre autres, qu'il soit plastique ou littéraire, qui nous permet - pour ce qui me concerne, à tout le moins - de transcender bien des vicissitudes du quotidien. 

   

S'agenouiller ? Ainsi que devant leur suzerain, certains vassaux du Moyen Âge promettant allégeance ?

Oui, également. La position métaphorise alors une même envie de soumission, cette fois de nos sens, à l'Esthétique qui sourd des époques égyptiennes les plus anciennes, à la Beauté qui naît si naturellement de la main d'homme.

 

SALLE 5 - VITRINE 6, CÔTÉ SEINE : 31. DU RELIEF  AF 8970

 

 

     Ignorant tout du site originel d'où ce morceau de calcaire fut un jour soustrait par des pillards, ignorant tout autant le truchement par lequel il se trouve maintenant dans les collections du Louvre, je n'aurai d'autre choix, amis visiteurs, après vous avoir quelque peu entretenus de sa datation, que de simplement attirer votre attention sur ce que l'artiste antique a souhaité nous montrer, partant, nous faire comprendre.

 

     Eu égard à la typicité qui est sienne, et que les historiens qualifient de "renaissance saïte" parce qu'elle constitue une remise à l'honneur de divers concepts stylistiques parmi les plus anciens de l'art égyptien, dont Saïs, ville du Delta occidental, constitua le foyer d'origine, il est maintenant convenu de le dater de la XXVème ou de la XXVIème dynastie.

 

     Sans vouloir à nouveau soulever la moindre polémique, j'ajouterai au passage que le cartel du Louvre, ainsi d'ailleurs que son site Internet, l'estiment encore de l'Ancien Empire, tout en assortissant néanmoins l'indication d'un point d'interrogation mis entre parenthèses ; et de toujours considérer les pains comme étant des légumes !?!?

 

    Ne serait-il pas venu le temps de déléguer quelque doctorant, quelque brillant diplômé de la prestigieuse École du Louvre pour réévaluer et réécrire bon nombre de ces vieux cartels à la lumière de l'évolution de la science égyptologique ?   

 

 

     Malgré les cassures et autres déprédations humaines qui affectent généreusement ce petit monument, vous remarquerez sans la moindre difficulté que les offrandes alimentaires proposées se déployaient sur deux registres superposés d'une paroi, séparés qu'ils étaient par une ligne horizontale en relief plus épais.

 

     Détaillons-les ensemble, voulez-vous ?

     

SALLE 5 - VITRINE 6, CÔTÉ SEINE : 31. DU RELIEF  AF 8970

 

     Le peu qui subsiste du niveau supérieur nous propose, de gauche à droite, une natte sur laquelle, tels les rochers "Ferrero" d'une publicité bien connue, des figues ont été ordonnées en combinaison pyramidale. À leur droite, le lapicide a très élégamment rompu le rythme de la verticalité d'une composition qui eût dû s'imposer pour aligner en alternance laitues romaines et hauts vases à boissons : en effet,  à la première salade, il a fait quelque peu perdre son équilibre tout en lui donnant l'opportunité d'éviter la chute en venant s'appuyer contre le petit monticule de fruits. 

 

     Preuve s'il m'était encore besoin d'en fournir que l'art égyptien n'a rien de redondant, de lassant, de fastidieusement répétitif et qu'au sein de codifications initiales néanmoins précises, il était loisible aux plus créatifs de s'extérioriser, d'exprimer leur propre ressenti, de laisser libre cours à leur imagination, à leur fantaisie, pour reprendre le terme de Madame Carole Chollet dans l'exergue que j'ai spécifiquement choisi pour introduire notre entretien de ce jour.

     Bref, il appert qu'une certaine liberté artistique leur était accordée, voire, - pourquoi ne pas le penser ? -, recherchée par des défunts d'un rang social élevé qui s'offraient certainement le luxe de rémunérer des artistes plus talentueux que d'autres.

 

 

    Dans ces laitues, autorisez-moi, amis visiteurs, à ne plus croquer à belles dents : ce que je pouvais en déguster, je l'ai partagé avec vous les 21 et 28 avril, ainsi que le 5 mai 2014

 

    Ce sur quoi je me permettrai simplement aujourd'hui d'insister, c'est sur la finesse des détails : la légèreté des traits figurant la base des feuilles des salades par exemple, ainsi que sur la délicatesse de l'ensemble de la gravure, imprimées par un artiste d'il y a quelque 28 siècles.

    Et cette réflexion, vous allez le constater, s'impose également pour le tableau du registre inférieur.

SALLE 5 - VITRINE 6, CÔTÉ SEINE : 31. DU RELIEF  AF 8970

 

     Avez-vous comme moi l'impression, amis visiteurs, que c'est précisément cette coupe, et elle seule, qui plut véritablement aux pilleurs s'arrogeant le droit d'un jour arracher ce relief à une paroi murale d'un monument égyptien ?

     Car, convenons-en, elle constitue le seul élément qui soit entier, ou quasiment, au sein de ces deux registres que Madame Élisabeth Delange, Conservateur en chef du Patrimoine au présent Département des Antiquités égyptiennes, ose, sans craindre l'anachronisme, nommer dans la notice qu'elle consacre à ce bas-relief pour le catalogue de l'exposition du Louvre-Lens, l'hiver dernier, une "nature morte".  

 

    Ce terme qui apparaîtra au milieu du XVIIIème siècle pour caractériser certains types définis de peintures, détrônant quelques autres comme le "nature reposée", ou le "nature inanimée" que prôna Diderot dans ses célèbres Salons, voire le "vie silencieuse" qui n'eut guère plus de succès, ne convient-il pas parfaitement, ainsi que le pense avec justesse Madame Delange, à ce que vous avez devant vous ? Même s'il s'agit d'une représentation gravée dans le calcaire ? Même si elle date de l'Antiquité égyptienne ? Même si ce n'est pas pour cette catégorie artistique que l'expression fut choisie ?

 

     Remplissant ad libitum l'intérieur du plat incurvé : pains, à l'avant-plan, deux couchés et un qui semble ne tenir debout que par la pression des autres, suggérant ainsi qu'il prolonge à sa manière le pied doté de cannelures soutenant l'ensemble ; grappes de raisins finement incisés, permettant d'ainsi discerner chaque grain, aux arrière-plans gauche et droit ; et, au milieu, véritablement encaquées dans un espace peu adapté à leur nombre, des oies troussées, manifestement bien dodues - telles que les appréciaient les Égyptiens -, et que l'artiste, pour nous sensibiliser à cette exiguïté, a décidé de laisser la tête de trois d'entre elles dodeliner par-dessus bord.

 

     Oies prêtes à rôtir afin de ravir pupilles et papilles d'un dieu ou d'un défunt ...

 

 

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

 

DELANGE  Élisabeth

Offrandes alimentaires sur un éclat de relief, dans Des animaux et des pharaons. Le règne animal dans l'Égypte ancienne, Catalogue de l'exposition au Musée du Louvre-Lens, Paris, Somogy Éditions d'art, 2014, notice p. 128.

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
commenter cet article

commentaires

claude field 06/06/2015 14:33

Tel Alain, je n'avais pas remarqué les têtes d'oie du registre inférieur. Une fois de plus la qualité de ton regard fait merveille!
Et merci, de surcroît, d'avoir fait découvrir le blog de Carole Chollet!

Richard LEJEUNE 07/06/2015 20:44

Le blog de Carole est un véritable régal.

Le mien ...

Carole 04/06/2015 23:58

Merci pour la citation, Richard, c'est vraiment gentil.
Je me suis souvent dit que l'archéologue, par nature, était un être "agenouillé". Penché sur les petites et grandes choses qu'il arrache au temps pour les offrir à notre vénération. Une sorte de prêtre, finalement. Alors c'est bien que parfois les visiteurs s'agenouillent un peu eux aussi.

Richard LEJEUNE 05/06/2015 14:44

Probablement pas encore bien réveillé quand j'ai répondu à votre commentaire ce matin, Carole, j'oubliais un point qui me tient à coeur : si, en guise d'incipit à mes articles, j'exporte l'un ou l'autre de vos aphorismes, croyez bien que ce n'est nullement gentillesse de ma part mais reconnaissance appuyée de l'excellence de VOS écrits accompagnant VOS photographies sur VOTRE blog ...

Et ceux de mes lecteurs qui ne s'y seraient pas encore précipités ne savent pas ce qu'ils perdent !

Richard LEJEUNE 05/06/2015 08:08

Ce serait bien, en effet, si pour mieux regarder, pour mieux apprécier, les visiteurs prenaient le temps de s'agenouiller, Carole.

Malheureusement, je crains que ce soit plutôt une visite au pas de course que beaucoup d'entre eux effectuent, à tout le moins jusqu'à ce qu'ils soient arrivés à la salle des immenses statues, ou à celle de la momie ou du scribe assis ...

FAN 03/06/2015 15:30

Vous avez raison, Richard, aussi, ce ne peut être que sur le plan esthétique que ces deux grappes de raisin sont dessinées.Quant à la pierre, j'avais pensé à de l'albâtre plutôt que du calcaire! BISOUS FAN

Richard LEJEUNE 03/06/2015 15:56

Cela ne se peut non plus, Fan : il ne s'agit pas d'une stèle ou de tout autre monument gravé sur de la pierre dure mais un morceau arraché à l'une des parois murales d'une tombe enfouie dans la roche, le plus souvent calcaire ...
Je pense par exemple aux hypogées de la montagne thébaine ...

Alain 03/06/2015 08:29

Nature morte ? Effectivement, je pense à la corbeille de petits pains tendres, cuits à point, sur la table de « La laitière » de Vermeer. Puis, quelques épis de maïs, l’ensemble couronné par ces oies que la laitière n’aurait pas acceptées dans sa corbeille.
Je ne vois qu’une seule tête d’oie dépassant et non pas trois ?

Richard LEJEUNE 03/06/2015 10:17

J'aime beaucoup l'expression "nature inanimée" de Diderot qui caractériserait ces plateaux d'offrandes égyptiennes.
Mais c'est un autre débat, plus sémantique que véritablement artistique ...


La tête d'oie que tu vois probablement mieux que les autres, Alain, et que tout le monde remarque en fait au premier coup d'oeil, repose à l'arrière-plan, entre les deux grappes de raisins.
En revanche, les trois têtes qui pendent par dessus bord sur lesquelles j'ai attiré l'attention se trouvent "à l'avant" entre le pied cannelé qui supporte la coupe et la partie épaufrée du relief, à l'extrême-gauche. D'ailleurs le bec de la dernière a disparu avec les éclats dans la pierre.

Maintenant examinons le relief attentivement !
Je viens de mettre la locution adverbiale "à l'avant" entre guillemets car en fait si c'était réellement là que les cous des bêtes dodelinaient, ils cacheraient en partie le bord incurvé de la coupe.
Or, ce n'est pas le cas.
DONC, comme l'oie du fond dont tous nous voyons en premier lieu la tête, les trois autres volailles sont bien avec elles et pendent en réalité à l'arrière de la coupe !!

D'une tentative de perspective dans l'art égyptien ??

Etienne Rémy 02/06/2015 18:52

Hello Richard!
oui ces cartels d'un autre temps méritent évidemment d'être revus et corrigés.
Mou aussi comme Fan penserait plutôt à des maïs???

Voilà une offrande qui vient à point à mon appétit.

Egypt-amicalement!
Etienne :-)

Richard LEJEUNE 03/06/2015 11:08

Non pas la grosse boulette, Étienne : un simple oubli, chez Fan comme chez toi !
Il n'est pas toujours facile de mettre en parallèle l'histoire de toutes les civilisations : parfois, quelques "bribes" apprises il y a bien longtemps nous échappent ...

Etienne Rémy 03/06/2015 11:04

Kalimera,
Oh oui la grosse boulette!
Bonne journée! ☺

Richard LEJEUNE 03/06/2015 10:38

Cela ne se peut, Étienne. Comme je l'ai indiqué à l'instant à Fan, le maïs était une plante originaire de l'Amérique centrale précolombienne. Partant, inconnue des Égyptiens.

FAN 02/06/2015 17:06

Curieusement, mes yeux soumis la cataracte il y a peu de temps, me permettent de visionner deux épis de maïs et non pas du raisin!! Je vous remercie Richard de vous êtes agenouillé avec respect pour mieux nous raconter l'histoire de ce morceau de calcaire blanc comme neige!! BISOUS FAN

Richard LEJEUNE 03/06/2015 10:36

Il est impossible que ce soit des épis de maïs, chère Fan, pour la bonne et si simple raison qu'il était inconnu des Égyptiens de l'Antiquité, la plante étant d'origine méso-américaine. Pour ce qui nous concerne, ce ne sera qu'avec Christophe Colomb que nous la découvrirons ...

Jean-Pierre 02/06/2015 15:07

Avant de vous relever, soyez béni, Richard ! MDR...

Richard LEJEUNE 03/06/2015 10:32

Si c'est avec un Chablis Ier Cru Montée de Tonnerre, je veux bien l'être, cher Jean-Pierre !
Y compris boire le calice jusqu'à la lie ...ou presque.

Christiana 02/06/2015 08:47

Plus prosaïquement... Pourquoi quand je m'applique à faire une mise en page de mes commentaires, à la ligne, espace, entre-ligne, etc... overblog s'en contre-fiche et me met tout en rangs d'oignons? :-(

Richard LEJEUNE 03/06/2015 10:30

C'est notre lot à tous, malheureusement, avec Overblog, que ce soit pour la rédaction des commentaires ou des réponses que j'y apporte...
Pis : parfois, je retrouve une de mes réponses ailleurs que sous le commentaire auquel elle était véritablement destinée ...

Les voies du seigneur informatique sont bien impénétrables ...

Christiana 02/06/2015 08:44

Pourquoi ce calcaire est-il si blanc? Semblable à du marbre de Carrare...

S'émerveiller devant la ciselure si fine et délicate de ces morceaux de pierre...
S'agenouiller afin de transcender le quotidien, oui, sûrement...

" Pour respirer le parfum de la rose qui borde le chemin, on doit d'abord s'arrêter et s'agenouiller ... La beauté demande un temps d'arrêt, d'observation. et d'appréciation "

Eluard

Richard LEJEUNE 03/06/2015 10:28

C'est peut-être ma photo qui le rend si blanc, Christiana. Elle a été prise en juillet 2012 et, depuis, j'avoue avoir oublié la couleur exacte. Mais dans la nature, le calcaire est blanc comme cela, non ?

Merci pour l'aphorisme d'Éluard que je ne connaissais pas : je le retiens car il pourrait servir de futur exergue. En connais-tu la référence exacte car dans la "liste des titres et incipit" qui clôture le deuxième volume de ses oeuvres complètes que je possède en "Pléiade", il n'y figure pas ...
Et, à vrai dire, je n'ai ni le temps ni l'envie de relire tout Éluard pour le retrouver ...

Présentation

  • : EgyptoMusée - Le blog de Richard LEJEUNE
  • EgyptoMusée  -  Le blog de Richard  LEJEUNE
  • : Visite, au Musée du Louvre, au fil des semaines, salle par salle, du Département des Antiquités égyptiennes.Mais aussi articles concernant l'égyptologie en Belgique.Mais aussi la littérature égyptienne antique.Et enfin certains de mes coups de coeur à découvrir dans la rubrique "RichArt" ...
  • Contact

SI VOUS CHERCHEZ ...

Table des Matières (13-12-2012)

 

METCHETCHI

 

OU

 

Sinouhé - Hiéroglyphes

 

SINOUHE

Ou Encore ...

L' INDISPENSABLE



Les dessins au porte-mines

de Jean-Claude VINCENT

EgyptoMusée est membre de

Pages