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23 février 2016 2 23 /02 /février /2016 00:01

 

     ... J'avoue pourtant qu'au premier aspect des Pyramides, je n'ai senti que de l'admiration. Je sais que la philosophie peut gémir ou sourire en songeant que le plus grand monument sorti de la main des hommes est un tombeau ; mais pourquoi ne voir dans la pyramide de Chéops qu'un amas de pierres et un squelette ? Ce n'est point par le sentiment de son néant que l'homme a élevé un tel sépulcre, c'est par l'instinct de son immortalité : ce sépulcre n'est point la borne qui annonce la fin d'une carrière d'un jour, c'est la borne qui marque l'entrée d'une vie sans terme ; c'est une espèce de porte éternelle bâtie sur les confins de l'éternité.

(...)

    On voudrait aujourd'hui que tous les monuments eussent une utilité physique, et l'on ne songe pas qu'il y a pour les peuples une utilité morale d'un ordre fort supérieur, vers laquelle tendaient les législations de l'antiquité.

     La vue d'un tombeau n'apprend-elle donc rien ? Si elle renseigne quelque chose, pourquoi se plaindre qu'un roi ait voulu rendre la leçon perpétuelle ?

 

 

 

François-René de CHATEAUBRIAND

Itinéraire de Paris à Jérusalem et de Jérusalem à Paris

 

Sixième partie : Voyage d' Égypte

(Extrait)

 

Gallica - Document électronique

 

     Ah ! Chateaubriand ! Le belle langue que voilà ! Il serait plus que souhaitable de lire ou relire ce grand littérateur.

Pour moult raisons.

Celle-ci, en particulier : aux fins de mettre à mal cette "manie" qui me hérisse à chaque fois - et elles sont nombreuses ! -, que j'entends sur les chaînes de télévision françaises où elle fait florès, - même chez François Busnel à La Grande Librairie, le jeudi soir -, maint intervenant oublier que le substantif "espèce" est du genre féminin ! Partant, qu'il n'a nulle raison, à l'instar d'un adjectif, de s'accorder avec le nom qui l'accompagne en guise de complément !

     En ces temps de réapparition de vieilles réformes émergeant d'un quart de siècle d'endormissement, quel masssacre pour notre belle langue commune qui n'a mérité "ni cet excès d'honneur ni cette indignité", que d'entendre, parmi d'autres exemples : "J'ai fait un espèce de rêve ...", atroce accord si régulièrement infligé à ce pauvre terme qui n'en peut vraiment mais !!

 

     Pardonnez-moi cette espèce de coup de sang, amis visiteurs, un parmi tant d'autres, - j'aurai probablement l'opportunité d'y revenir -, et reprenons nos déambulations au sein de l'égyptologie tchécoslovaque qui nous y invite depuis quelques semaines aux côtés de Miroslav VERNER.

L'ÉGYPTOLOGIE TCHÈQUE : II. L'INSTITUT ET LES FOUILLES D' ABOUSIR - 2. MIROSLAV VERNER ET RÊNEFEREF (Première Partie)

 

     Il est parfois malaisé quand, sur un chantier de fouilles, s'enchaînent, des années durant, tant d'importantes découvertes, de déterminer celle qui restera la plus cardinale au regard de l'Histoire, concluais-je la semaine dernière, avant de prendre congé de vous.

     En définitive, est-il bien nécessaire de poser semblable jugement hiérarchique ?


     J'avais aussi, souvenez-vous, évoqué lors de ce rendez-vous hebdomadaire, le début des recherches menées à Abousir, à une petite trentaine de kilomètres au sud-ouest du Caire actuel,

 
 
Abousir-3.jpg
 


site archéologique d'importance qu'avait reçu cette république d'Europe centrale en guise de remerciement pour avoir, dans les années soixante, activement apporté son concours à la grande épopée du sauvetage des monuments de Nubie menacés de disparaître sous les eaux du deuxième barrage d'Assouan.

     J'avais épinglé, parmi d'autres trouvailles, celle de l'imposant mastaba de Ptahshepses, beau-fils de Niouserrê, un des souverains de la Vème dynastie, ainsi que celle des archives exhumées au niveau du complexe funéraire du roi Rêneferef ; documentation administrative aussi importante que celle de Neferirkarê-Kakaï, un autre monarque de la même époque, qui avait été mise au jour à l'aube du XXème siècle par la
 Deutsche Orient-Gesellschaft, sous la direction de Ludwig Borchardt, et étudiée bien plus tard par l'égyptologue française Madame Paule Posener-Kriéger.

     En 1974 et jusqu'à 1991, Miroslav Verner prit
 donc 
la direction de l'Institut tchécoslovaque d'égyptologie - qui deviendra "tchèque" à partir de 1993 ! -, et, par la même occasion, celle des missions archéologiques annuelles à Abousir.

 

     Si d'inestimables découvertes se succèdent à un rythme soutenu, - je pense notamment aux pyramides de Néferirkarê-Kakaï et de son épouse la reine Khentkaous II grâce à l'utilisation nouvelle pour l'époque d'une technologie de pointe basée sur des méthodes géophysiques ;

 
 
Pyramides_Neferirkare_Khentkaous_II.jpg
 
 

mais aussi à des mastabas de nobles, dont celui de Khékéretnebty, fille du roi Djedkarê-Isési ainsi que de hauts fonctionnaires palatiaux tels le scribe Idu et son épouse Khenitet -, c'est plus précisément vers le complexe funéraire de Rêneferef, ce souverain au départ fort peu connu, que j'aimerais aujourd'hui vous emmener de manière à mettre en exergue l'apport capital des travaux qu'entreprit Miroslav Verner dans ce domaine qu'il est maintenant convenu d'appeler dans le milieu égyptologique, la "Pyramide Inachevée" : en effet, le règne de Rêneferef ne durant vraisemblablement pas plus de deux ans, la construction entamée fut très vite muée en mastaba pur et simple, comme l'attestent ci-dessous et la photographie de Kamil Vodera et la reconstitution virtuelle qui a été réalisée de cet ensemble, sur la photo que, comme la précédente d'ailleurs, j'ai exportée du site d'un certain Sebi (Neithsabes).

 
 

Vestiges complexe funéraire de Neferefrê
Restitution-complexe-funeraire-Reneferef-copie-1.jpg
 
 


     Alors que, lors des fouilles de Borchardt auxquelles je faisais ci-avant allusion, pratiquement aucun vestige de la ronde-bosse royale n'avait été exhumé dans les différents domaines funéraires des souverains de la Vème dynastie à Abousir, la mission tchécoslovaque mit au jour en  octobre et novembre 1984, précisément sur ce site de la "Pyramide Inachevée" de Rêneferef, exactement dans la partie sud-ouest de son "temple de millions d'années", une douzaine de fragments, en pierre et en bois, de statues dont six, fait exceptionnel, représentaient le monarque en personne.

 


Reneferef---Statue.jpg
        


     L'intéressant des recherches entreprises dans cette section du temple réside aussi dans l'exhumation d'une grande salle à colonnes en bois, jadis vingt, se terminant par une botte de lotus à 6 tiges : dans la mesure où ce furent dans des pièces qui lui étaient contiguës qu'il retrouva les débris des statues, Verner pensa qu'il était plus que vraisemblable que cette salle constituât l'espace privilégié dans lequel s'effectuèrent rites et cérémonies religieuses afférents au temple.

     En outre, c'est également de cette aire que provenaient quelques statuettes à destination bien particulière ...

 

     Que je vous invite à découvrir le mardi 1er mars prochain. 


 
 
 
 

BIBLIOGRAPHIE

 

Arnold : 1999, 65 ; Koenig : 1994, 29 et 2001, 300-1 ; Lauer/Leclant : 1969, 55-62 ; Malek/Baines : 1981, 140-1 et 152-3 ; Onderka & alii : 2008, passim ; Posener : 1940, 5 ; et id. : 1987, 1-6 ; Verner : 1978, 155-9 ; 1985 (1), 267-80 ; 1985 (2), 281-4 et 1985 (3), 145-52)

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commentaires

Carole 28/02/2016 00:22

Alors j'attends la suite...
Serait-il possible que nos réformes de l'orthographe et nos querelles françaises affectent aussi la Belgique ?

Richard LEJEUNE 29/02/2016 07:40

Même si la Belgique est un pays trilingue, Carole - puisque composée de trois régions linguistiques différentes -, la langue française y est remarquablement pratiquée : je rappelle que Grevisse et Hanse, deux immenses grammairiens reconnus en France également, étaient belges !
Il y a donc de fortes "malchances" que le ressac des réformes prônées voici un quart de siècle et imposées en septembre prochain nous atteigne également ... sauf à penser que le "français de Belgique" se démarque alors complètement du français de France.
Nonobstant, l'on se comprendra toujours de part et d'autre de la frontière !

Christiana 27/02/2016 15:32

Merci pour cette longue réponse. Je n'ai malheureusement guère le temps de lire en ce moment mais... ça reviendra bientôt!

Richard LEJEUNE 27/02/2016 16:47

Si répondre à une question posée me paraît un devoir élémentaire Christiana, il se double toujours chez moi du plaisir d'apporter quelque chose de neuf à quelqu'un ...

Enseigner, d'une manière ou d'une autre : toute ma vie.

Christiana 26/02/2016 10:03

Richard, je vais te poser une question que tu jugeras sûrement idiote mais en regardant la photographie de Kamil Vodera, je vois un paysage quasi lunaire, le désert... Est-ce que à l'époque règne de Rêneferef, il y avait là de la végétation? Palmiers dattiers en abondance? Nourriture pour les hommes et les troupeaux... Pardon si tu as déjà répondu à cette question précédemment, j'ai oublié...

La statue représentant le monarque en personne, je suppose qu'elle est stylisée, car les traits de toutes les statues égyptiennes semblent sculptés sur un même modèle; comme dans la sculpture grecque classique ou archaïque, pas d'expression, plutôt un idéal.

Tu n'as pas la photo des colonnes se terminant par une botte de lotus à 6 tiges? ça doit être beau...

Tellement d'accord avec la belle langue de Chateaubriand que l'on massacre. Comme toi, ça m'énerve, les "espèces" de c... mais plus encore, par-dessus tout, le H aspiré que l'on transforme systématiquement en H muet, ce qui donne des liaisons dangereuses! ex: des (H) zéros, des (H) zauteurs, etc... ce qui change complètement le sens en plus d'écorcher les oreilles. Tôt ou tard, il faudra bien se plier au plus grand nombre et déclarer la mort du H aspiré! Et que dire des vingt-z-euros, cent-z-euros... Enfin! Je ne vais pas faire d’une mouche un élé-f-ant!

Richard LEJEUNE 26/02/2016 15:49

Il n'y a aucune question idiote, Christiana, quand elle vise à s'informer !

L'Égypte fait partie de l'Afrique saharienne et dès le début, dès les premières manifestations de peuplement, c'est l'étroit bandeau de la Vallée du Nil qui parce que son écosystème fut tout naturellement lié au cycle annuel des débordements du fleuve permettant aux terres inondées d'être plus facilement ensemencées, invita des peuples nomades ou semi-nomades à s'installer de part et d'autre du fleuve et à rendre le sol productif.
Partout ailleurs, ce n'était que déserts, exception faite de quelques oasis disséminées ...
De sorte que là où il n'y avait nulle possibilité de cultiver pour survivre, s'établirent cités et nécropoles.
À Abousir comme à Guizeh ou à Thèbes.

Détrompe-toi, Christiana, la statuaire égyptienne se positionne aux antipodes d'une uniformité quand plutôt que de se contenter de la regarder, l'on choisit d'apprendre à la voir.
J'ai souvent écrit là-dessus sur mon blog.
Champollion, déjà, après qu'il s'est occupé de l'inventaire des pièces égyptiennes du Musée de Turin, a écrit des pages décisives sur ce sujet - Lettre à M. le duc de Blacas, par exemple - qui ne souffrent plus, maintenant qu'en outre la science égyptologique a évolué, la moindre discussion.
Il suffit de lire des ouvrages consacrés à la statuaire royale, - je pense évidemment au remarquable "La statuaire de Thoutmosis III : essai d'interprétation d'un portrait royal dans son contexte historique" de mon ami Dimitri Laboury, mais aussi, avant lui, le tout aussi précieux "La statuaire d'Hatchespout : portrait royal et politique sous la XVIIème dynastie" de Roland Tefnin, pour se convaincre qu'un regard minutieux porté sur les différents visages d'un souverain à travers les monuments qui lui furent dédiés permet d'établir des distinctions telles qu'elles sont devenues maintenant source de facteurs de datation pour les égyptologues.

Pour une petite leçon à propos des colonnes égyptiennes en général et lotiformes fasciculées en particulier, - bottes de lotus -, tu peux consulter ce site :

http://horizons-d-aton.over-blog.fr/article-architecture-egyptienne-les-colonnes-et-les-ordres-124048454.html

FAN 24/02/2016 17:43

Merci Richard pour votre trouvaille de Wikipédia sur SEBI (Sébastien Quercy)!Quant à la nouvelle orthographe des "jeunes", c'est certain que nous allons avoir quelques déceptions mais il faudra apprendre à utiliser cette nouvelle langue si l'on veut "communiquer" avec eux! Bisous Fan

Richard LEJEUNE 25/02/2016 10:43

Vous avez parfaitement raison, Fan : ces clichés sont de Sébastien Quercy, que je connais personnellement pour l'avoir rencontré lors d'un colloque à Lille, alias "Sebi", alias aussi "Neithsabes".

Jean-Pierre 23/02/2016 18:02

"Mauvais genre" un article sur le mauvais emploi du mot espèce
Je le réédite aujourd'hui.

Richard LEJEUNE 23/02/2016 18:13

Et je l'ai commenté tout à l'heure, comme indiqué dans ma réponse à votre précédent propos "avorté".

Jean-Pierre 23/02/2016 17:51

Vous vous le rappelez certainement, Richard, j'ai publié, le 30 mai 2015, sous le titre "Mauv

Jean-Pierre 23/02/2016 23:38

Encore un problème de clavier ! Veuillez m'en excuser...

Richard LEJEUNE 23/02/2016 17:58

Tout à fait, Jean-Pierre, nous avons souvent, vous et moi, pleuré sur la déliquescence de notre belle langue commune et avons également disserté à propos de l'orthographe de vingt et de cent avec le terme "euro", sur laquelle j'ai également porté l'éclairage ce matin dans ma réponse ci-après à Alain ...

Mais ce que je viens de découvrir chez vous à l'instant constitue un réel petit bijou d'humour : la notion d'homosexualité grammaticale.
J'ai beaucoup apprécié !

Alain 23/02/2016 08:20

Il est vrai que l’on a tendance à dire très couramment : un espèce de rêve. Mais il y a pire je pense aujourd’hui.
Les jeunes, et pas que les jeunes, ne connaitrons jamais la langue française comme l’utilisait Chateaubriand et nos grands écrivains.
Il va falloir faire court et simple paraît-il. Est-ce une façon de s’adapter à une certaine modernité née de la mondialisation et du langage numérique ? Veux-t-on détruire lentement notre belle langue française ou lui permettre d’être plus accessible, débarrassée de difficultés diverses que nous ont léguées nos ancêtres ? Vaste débat sur lequel les puristes comme toi vont s’interroger…

Richard LEJEUNE 23/02/2016 09:02

Oh ! Alain ! Je suis retraité depuis presque 14 ans et lors de mes trente-cinq années d'Enseignement, nombreuses déjà furent celles pendant lesquelles je m'interrogeai sur la déliquescence progressive de notre belle langue écrite, sur la méconnaissance de son orthographe, sur sa prononciation aussi qui en découle et fait la part plus que belle à une multitude d'accords blessant l'oreille.
Je pense notamment à ceux qui fleurissent depuis l'apparition de l'euro quand ce terme est précédé de cent ou de vingt : cent "zeuros" ou "vingt zeuros", entend-on fréquemment dans les magasins !!!
Ce qui prouve qu'en général, et depuis toujours, les règles de grammaire concernant l'adjectif numéral cardinal sont allègrement ignorées de beaucoup de gens !

Et je pourrais aussi te citer, la dernière grosse erreur en date relevée la semaine dernière sur FB au sein d'articles ou de commentaires ressortissant peu ou prou au domaine de l'égyptologie : la confusion que font certains entre le verbe "exclure" et un imaginaire "excluer" !!! Ainsi ai-je rencontré chez deux personnes différentes l'épouvantable "j'exclue" à la premier personne de l'indicatif présent.

Etc., etc., etc.

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  • : Visite, au Musée du Louvre, au fil des semaines, salle par salle, du Département des Antiquités égyptiennes.Mais aussi articles concernant l'égyptologie en Belgique.Mais aussi la littérature égyptienne antique.Et enfin certains de mes coups de coeur à découvrir dans la rubrique "RichArt" ...
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