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4 octobre 2016 2 04 /10 /octobre /2016 00:00

 

 

Première  Partie :

 

D'UN OBÉLISQUE EXCEPTIONNEL

 

 

 

     Dans sa très belle et émouvante conférence "Marguerite Yourcenar et l'Égypte", prononcée au Palais des Beaux-Arts de Lille où il était l'invité, le 23 mai 2015, de l'Association Papyrus présidée par Madame Martine Détrie-Perrier, l'égyptologue français Jean-Pierre Corteggiani révéla que la romancière qui avait publié Mémoires d'Hadrien en 1951 ne se rendit qu'une seule fois en terre égyptienne, en janvier 1982, soit 5 ans avant son décès, alors que dès son plus jeune âge, j'eus déjà l'opportunité de vous l'expliquer la semaine dernière, amis visiteurs, non seulement elle parcourut, notamment avec son père, différents musées européens,  non seulement elle visita, toujours en sa compagnie, la Villa Hadriana, à Tivoli, mais sans le vouloir délibérément, s'invitant en d'esthétisantes déambulations, Marguerite Yourcenar s'offrit l'inestimable trésor de s'imprégner très tôt de la culture et de l'art des Grecs et des Romains : comme elle le confie à Matthieu Galey, dans Les yeux ouverts, vivant aussi une partie de son adolescence dans le Midi, parmi de tant de ruines, elle découvre l'Antiquité sur le terrain.

 

     Toutefois, aussi bizarre que cela puisse vous paraître, aussi bizarre que cela m'est apparu, nulle part dans son oeuvre, que ce soit dans ses Carnets de notes de Mémoires d'Hadrien qui clôturent le roman lui-même ou au sein des Essais et mémoires réunis dans le second volume de ses écrits que lui consacre la Bibliothèque de La Pléiade, chez Gallimard, l'écrivain, - (désolé, j'entends résister farouchement à "écrivaine" tout autant qu'à "auteure") -, n'indique des références égyptologiques lui ayant permis de s'immiscer avec autant d'acuité dans l'esprit et les rites des anciens habitants des rives du Nil, notamment, vous l'avez lu avec moi tout au long du mois de septembre, quand il s'est agi pour elle de relater les funérailles d'Antinoüs.

 

     En revanche, pour ce qui concerne l'histoire du monde romain en général et celle d'Hadrien tout particulièrement, elle a tenu à mentionner, parmi ses nombreuses lectures préparatoires, les noms d'incontournables auteurs classiques tels que Pausanias, Aurélius Victor et surtout Dion Cassius et son Histoire romaine, ainsi que l'Histoire auguste, compendium dans lequel plusieurs historiographes, - Spartien, Lampride et Capitolin, entre autres, -, ont brossé le portrait d'une petite trentaine d'empereurs, à partir d'Hadrien justement, à l'apogée d'un monde qui ne se savait pas si près de finir, indique-t-elle dans un texte pénétrant intitulé Les visages de l'Histoire dans l' "Histoire auguste".

 

     Convenez avec moi, amis visiteurs, que des allégations d'historiens et d'historiographes rédigées parfois des siècles après les événements qu'ils rapportent peuvent être frappées au coin d'une malencontreuse suspicion, quand ce n'est pas à celui d'une certaine longanimité ou d'une franche inimitié.   

 

     Ces réserves émises, quelle ne fut pas ma surprise de toutefois découvrir, précisément dans ce texte de 1958, Les visages de l'Histoire dans l' "Histoire auguste", enfouie dans une énumération presque banale et surtout non développée, non exploitée par la romancière, cette courte remarque qui, me sembla-t-il, entrouvrait la porte sur une possible approche de la vérité historique :

 

... l'obélisque du Pincio corrobore en caractères hiéroglyphiques la mention de Spartien de la mort d'Antinoüs

 

     De cette assertion avancée par Marguerite Yourcenar et en quoi elle se révèle primordiale pour notre "dossier-enquête", je vous entretiendrai à partir de la semaine prochaine. Car pour l'heure permettez-moi de consacrer le temps de rencontre qu'il nous reste à évoquer le contexte historique de ce monument exceptionnel qu'est l'obélisque du Pincio, - appelé aussi obélisque Barberini ; puis, in fine, à rapidement faire le point sur ce que nous savons de ce type de monument et de la symbolique qu'il véhicule.     

 
Rome : Obélisque sur la colline du Pincio - © Joris - https://fr.wikipedia.org/wiki/Obélisque_du_Pincio#/media/File:Pincio_Obelisk

Rome : Obélisque sur la colline du Pincio - © Joris - https://fr.wikipedia.org/wiki/Obélisque_du_Pincio#/media/File:Pincio_Obelisk

 

 

     C'est au début du XVIème siècle, brisé en trois morceaux, qu'il fut exhumé des ruines du Circus Varianus, à Rome, sorte d'hippodrome oblong destiné à recevoir les jeux tant prisés par le peuple de l'époque, construit sous le règne du très jeune et très décrié empereur Varius, plus connu sous les noms de Élagabale ou Héliogabale, né entre 202 et 204 de l'ère commune et assassiné en 222. 

     

     Entier, l'obélisque s'érigeait vraisemblablement au centre de ce qu'il est convenu d'appeler la spina, c'est-à-dire un long mur bas qui, sur approximativement les trois quarts de leur longueur, divisait les arènes en deux moitiés distinctes.

     Cette spina, - qui devait son nom à l'assimilation entre sa position dans les cirques et celle de l'épine dorsale dans les corps -, servait à définir la longueur de la course et, en principe, à empêcher les chars qui, lors des compétitions pas toujours ludiques en faisaient sept fois le tour, de se heurter de face.

   

    En 1632, les trois fragments cassés furent acquis par le cardinal romain Francesco Barberini, - ce qui légitime l'appellation "obélisque Barberini" souvent attribuée par les égyptologues -, puis restaurés aux fins d'orner les jardins de son palais. Au siècle suivant, en 1773, la princesse Cornelia Constanza Barberini l'offrit au pape Clément XIV qui le fit transporter au Vatican, qu'il ne quitta que par la volonté du pape Pie VII, en 1822, qui souhaita le faire ériger dans le parc du Monte Pincio où, de nos jours encore, vous pouvez (définitivement ?) l'admirer.  

 

 Mais qu'est exactement un obélisque ? 

 

     En égyptien ancien, le substantif "obeliskos" que créèrent les Grecs pour le définir, et dont le terme français est tout naturellement issu, se disait "tekhen" : il désignait un monolithe en forme d'aiguille dressé sur un piédestal, ainsi que le définit Franck Monnier dans son excellent Vocabulaire d'architecture égyptienne

     Quadrangulaire à la base, ce long bloc de pierre s'affinait jusqu'à se couronner par ce qu'il est convenu d'appeler "pyramidion", souvent recouvert d'or, ou d'électrum, à l'instar des pointes sommant les pyramides du plateau de Guizeh.   

 

     Par sa verticalité, par l'étincellement de son faîte, l'obélisque réactualisait le "benben", désignation égyptienne dérivée du verbe "ouben" ("wbn" = "poindre"), de la butte primordiale, de la première terre ferme, du rocher sacré déjà présent avant l'époque des premiers dynastes au sein d'un culte solaire en vigueur à Iounou, l'Héliopolis des Grecs, la "Cité du soleil", soit une pierre dressée sur laquelle se posait le soleil à son lever, ainsi que le décrit Serge Sauneron dans la notice qu'il consacre à l'entrée "obélisque" dans le Dictionnaire de la Civilisation égyptienne, coécrit avec deux autres éminents égyptologues français, Georges Posener et Jean Yoyotte.

 

     Vous aurez compris que la fonction originelle du monument consistait, à recueillir, à capitaliser dès que poignait l'aube, la lueur vitale régénératrice pour l'Égypte en général et pour son souverain en particulier.

 

     Ce type de monolithe solaire, très ancien donc, - le plus vieil exemplaire connu taillé dans un unique bloc de pierre et inscrit d'un nom royal est celui, en quartzite, de Téti, premier souverain de la VIème dynastie -, est, par sa forme, caractéristique de l'architecture égyptienne : mais n'imaginez surtout pas, amis visiteurs, qu'il ne fut associé à un contexte funéraire, comme ici avec le tombeau d'Antinoüs, qu'aux seules époques ptolémaïque et romaine.

 

    Que nenni ! Déjà dès la fin de l'Ancien Empire, il s'en trouve dressés dans des cours précédant des chapelles mortuaires de particuliers ! Par la suite, au Nouvel Empire, si les plus remarquables, les plus célèbres aussi, par paires ou parfois isolés, font partie intégrante de l'environnement de certains temples, - rappelez-vous le domaine d'Amon, à Karnak -, il n'en demeure pas moins que différents tombeaux royaux de la région thébaine se dotèrent de cette aiguille lithique éminemment symbolique. 

 

     Quand, aux derniers siècles avant l'ère commune, l'Égypte fut dominée par les Grecs puis par les Romains, ses souverains étrangers devenus d'autorité "pharaons", embrassant nombre de particularités autochtones aux fins d'être le mieux possible "adoptés", en firent eux aussi tailler pour les emporter bien au-delà des rives du Nil. Et notamment à Rome

     Que ces monolithes y soient arrivés à l'Antiquité ou, bien plus tard, à partir de la Renaissance, - mais alors, sous l'impulsion de la papauté, ils perdent leur finalité première pour devenir symboles de la foi chrétienne -, Rome en compte actuellement 13, le plus grand étant celui de Thoutmès III et Thoutmès IV, Place Saint-Jean-de-Latran, avec ses 32,18 mètres de hauteur.      

 

 

     Originellement, je l'ai déjà souligné, avant d'être lui aussi emmené à Rome, l'obélisque de granite rose de quelque 9, 25 mètres de hauteur évoqué par Marguerite Yourcenar dans son essai cité tout à l'heure, trônant actuellement sur la colline du Pincio, (Monte Pincio), avait été taillé en Égypte sur les ordres de l'empereur Hadrien, en vue de commémorer la mémoire de son favori, Antinoüs : Le Bienheureux qui est dans l'Au-delà et qui repose en ce lieu consacré qui se trouve à l'intérieur des Jardins du Prince [ ... ] Rome, peut-on lire dans un extrait des inscriptions hiéroglyphiques qui, sur deux colonnes parallèles, en parcourent les quatre faces.

 

     Passage relativement sibyllin ... mais qu'évidemment, je vous commenterai sous peu. 

 

    À mardi, 11 octobre prochain ?

 

 

[ ... ]

 

NOTULE

 

     Parce qu'avec la phrase en italique ci-dessus, je viens pour la première fois de vous proposer un extrait de sa traduction des textes hiéroglyphiques de l'obélisque Barberini, je voudrais dès aujourd'hui indiquer avec grand respect combien mes articles à venir devront à la remarqubale étude, - citée en référence dans la bibliographie infrapaginale -, de l'égyptologue français Jean-Claude GRENIER, Professeur émérite à l'Université Paul-Valéry de Montpellier, décédé le 22 juillet dernier.

 

     En compagnie de J.-P. Corteggiani évoqué à l'entame de notre rencontre de ce matin, J.-C. Grenier avait accompagné Marguerite Yourcenar, en janvier 1982, sur ce qu'il subsiste du site d'Antinoé, la ville que l'empereur Hadrien avait créée ex nihilo après le décès d'Antinoüs.

 

Marguerite Yourcenar sur le Nil, conversant avec Jean-Claude Grenier (Janvier 1982) - © ADEC

Marguerite Yourcenar sur le Nil, conversant avec Jean-Claude Grenier (Janvier 1982) - © ADEC

 

 

     C'est avec beaucoup de gratitude que j'adresse mes plus vifs remerciements aux membres de l'ADEC, Association Dauphinoise d'Égyptologie-Champollion, pour m'avoir autorisé à exporter de son site le document photographique ci-dessus.

 

 

 

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

 

GRENIER Jean-ClaudeL'Osiris Antinoos, dans Cahiers de l'ENIM (CENIM) I, Montpellier, Université Paul-Valéry, (Montpellier III), 2008, p. 1, note 1 ; et p. 8.

 

 

MONNIER FranckVocabulaire d'architecture égyptienne, Bruxelles, Éditions Safran, 2013, p. 213.

 

 

POSENER Georges/SAUNERON Serge/YOYOTTE JeanDictionnaire de la civilisation égyptienne, Paris, Hazan, 1959, p. 196.

 

 

QUIRKE StephenLe culte de Rê. L'adoration du soleil dans l'Égypte ancienne, (Traduction : Nathalie BAUM), Monaco, Éditions du Rocher, 2004, pp. 155 ; 182-92.

 

 

RICH AnthonyDictionnaire des antiquités romaines et grecques, Paris, Éditions Henri Veyrier, 1987, pp. 156-7 et 596.  

 
 

YOURCENAR  MargueriteLes Visages de l'Histoire dans l' "Histoire auguste", dans Essais et mémoires, 1. Sous bénéfice d'inventaire, Paris, Gallimard, Bibliothèque de La Pléiade, 1991, pp. 6 et 14-15. 

 

 

YOURCENAR  Marguerite, Les yeux ouverts. Entretiens avec Matthieu GaleyParis, Le Livre de Poche "Biblio" n° 5577,  Librairie Générale Française, 2015, p. 55. 

 

 

 

 

ERRATA

 

     Bravo et grand merci à Alain, pour sa lecture minutieuse : la note qu'il cite si judicieusement dans un commentaire qu'il a déposé sur mon blog m'avait totalement échappé et seule la phrase présente dans mon article ci-dessus, extraite d'un essai de Marguerite Yourcenar - Les visages de l'Histoire dans l' "Histoire auguste" -, avait retenu mon attention.


     Pour relater les funérailles d'Antinoüs, la romancière s'est donc effectivement appuyée sur une référence égyptologique de taille : la première traduction en date des textes de l'obélisque Barberini, actuellement sur le Monte Pincio, par l'égyptologue allemand Adolf Erman.
 

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Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte à Rome
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commentaires

FAN 06/10/2016 17:32

J'ai lu avec attention ce nouvel article nous expliquant un peu l'historique de cet obélisque et la définition de celui-ci!! Merci Richard pour vos recherches judicieuses! Bisous Fan

Richard LEJEUNE 06/10/2016 17:46

C'est un réel plaisir pour moi, chère Fan, d'ainsi poursuivre l'aventure de ce blog quand je constate que quelques lectrices et lecteurs assidus me restent ainsi fidèles ...

Jerry OX 06/10/2016 15:58

Voila une jolie mise en lumière et une relecture historique particulièrement fouillée, Richard. De plus, l'auteure Marguerite Yourcenar reste encore à ce jour une énigme à scruter davantage .

Richard LEJEUNE 06/10/2016 16:14

Merci à vous, Jerry, nouveau commentateur de mon blog, pour l'appréciation que vous portez à mes recherches actuelles.

Qu'est-ce qui vous fait avancer que M. Yourcenar reste une énigme ?
Elle s'est beaucoup confiée au sein d'écrits avoués auto-biographiques, notamment les trois volumes de "Le Labyrinthe du monde", ainsi que ses entretiens avec Matthieu Galey, "Les Yeux ouverts" ; sans oublier les actes de certains colloques, dont ceux des rencontres de Cerisy-la-Salle, publiés en 2007, aux Presses Universitaires de Rennes : "Les Diagonales du temps".

Alain 05/10/2016 11:09

Je sais que je m’avance un peu sur le dossier-enquête que tu prépares pour les semaines à venir. Je veux juste revenir un instant sur ton article concernant ce superbe obélisque de Pincio que tu nous montres.
J’ai relu « Mémoires d’Hadrien », grand livre dont pourraient s’inspirer de nombreux auteurs de romans historiques.
Tu dis que Marguerite Yourcenar ne semble pas avoir exploité une remarque prise dans un livre : « .. l'obélisque du Pincio corrobore en caractères hiéroglyphiques la mention de Spartien de la mort d'Antinoüs. ». Pourtant, dans ses notes, la romancière mentionne qu’elle s’est inspirée, pour les funérailles d’Antinoüs, du texte hiéroglyphique de l’obélisque de Pincio relatant les funérailles du jeune homme et décrivant les cérémonies de son culte. Elle a donc bien exploité les hiéroglyphes de l’obélisque ?
Une petite information : Tu dis que l’obélisque s’érigeait au centre d’un cirque destiné au jeux à Rome construit par l’empereur Varius. Le monument aurait dons été déplacé de son lieu d’origine dans Rome, quelques années après la mort d’Hadrien, pour être installé dans ce cirque.

Richard LEJEUNE 05/10/2016 11:49

Bravo et merci, Alain, pour ta lecture minutieuse : la note que tu cites si judicieusement m'avait totalement échappé et seule la phrase présente dans l'essai publié dans le volume de La Pléiade avait retenu mon attention.
Marguerite Yourcenar s'est donc effectivement appuyée sur une référence égyptologique de taille, la première traduction en date des textes de l'obélisque du Mont Pincio par l'égyptologue allemand Adolf Erman.

L'obélisque a bien été déplacé de son lieu d'origine, le tombeau d'Antinoüs, - emplacement qui fait toujours l'objet de grandes controverses au sein de la communauté égyptologique, et sur lequel je reviendrai un peu plus tard, si tu me le permets -, avant de figurer sur la spina du Circus Varianus, près de la Porta Maggiore, dans les ruines duquel il fut retrouvé au XVIème siècle.

Jean-Pierre 04/10/2016 19:20

Pour mettre un terme au problème de l'écrivain(e) ou de l'auteur(e) cher Richard, on pourrait suggérer à l'Académie française de décréter que le masculin est du genre... neutre !

Richard LEJEUNE 05/10/2016 07:46

J'aime votre humour !

Vous en connaissez beaucoup, cher Jean-Pierre, des hommes qui accepteraient d'être neutres ?

:)

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