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22 novembre 2016 2 22 /11 /novembre /2016 01:00

 

 

Septième Partie : 

 

 

PROPOS INTRODUCTIFS À 

L'APOTHÉOSE D'ANTINOÜS

 

 

     Après avoir lu ensemble, les 6, 13 et 20 septembre, trois larges extraits du remarquable roman Mémoires d'Hadrien, de Marguerite Yourcenar ayant l'Égypte pour toile de fond, nous avons tenté vous et moi, amis visiteurs, de cerner plus avant la personnalité de l'empereur romain qui éleva un jeune esclave bithynien du nom d'Antinoüs, au rang insigne de favori. 

 

     J'aime à rappeler que mon choix d'ouvrir et de mener à son terme un "dossier-enquête" sur différentes facettes de l'histoire commune de ces deux hommes, ne constitue en rien le fruit d'un hasard saugrenu, voire malsain ou marqué au coin d'un quelconque prosélytisme, - comme il me l'a été souligné en privé -, mais ressortit à ma volonté de vous permettre de mieux comprendre qui ils furent, et ce, en prenant prétexte de la présence d'un très beau buste prêté par le Musée du Louvre au Musée royal de Mariemont, à Morlanwelz, en province de Hainaut belge pour l'exposition à laquelle je vous avais, au printemps dernier, convié de m'accompagner : Dieux, génies et démons en Égypte ancienne ; importante manifestation qui a fermé ses portes avant-hier, dimanche 20 novembre. 

 

Antinoüs au némès - Louvre, (inventaire : Ma 433)

Antinoüs au némès - Louvre, (inventaire : Ma 433)

 

   

     Parce que je soupçonne notre enquête plus longue qu'initialement prévu, je voudrais, au terme des deux grandes premières questions traitées, résumer aujourd'hui à grands traits, non seulement pour ceux de mes visiteurs à qui un chapitre aurait échappé mais aussi pour ces quelques nouveaux lecteurs qui se sont manifestés sur mes pages Facebook, ce dont il a été question jusqu'ici.

 

     Sachez déjà d'emblée que je l'ai scindée en deux grandes sections : à la première, j'ai donné pour titre Les devenirs d'Antinoüs : De la fiction romanesque à la réalité archéologique

     Quatre parties la composait : les trois extraits de l'oeuvre littéraire que je viens de citer, - fiction romanesque, donc -, auxquels le 27 septembre, je tins à ajouter une ultime partie constituant une première réalité archéologique : donner à voir le buste du Louvre et ses détails typiquement égyptisants.

 

     Quant à la seconde section, le coeur même du "dossier-enquête", je l'intitulai : Les devenirs d'Antinoüs : De la réalité archéologique à une certaine vérité historique

     Jusqu'à présent, six parties s'y sont succédé : une première, le 4 octobre, vous proposa la chronologie des déplacements d'un document exceptionnellement intéressant, livre de pierre "racontant" l'histoire d'Antinoüs et d'Hadrien, l'obélisque Barberini, érigé sur le mont Pincio, à Rome.

     Une deuxième, le 11 octobre, attira plus spécifiquement votre attention sur la finalité des tableaux supérieurs et des textes hiéroglyphiques qui couvrent les quatre faces de ce monument ; cette "introduction" en deux temps permettant d'enfin tenter de répondre à une première question : où se trouve la tombe qu'Hadrien fit ériger pour Antinoüs ?

     La troisième partie, le 18 octobre, énuméra et analysa les différentes hypothèses des historiens et archéologues qui cherchèrent, et cherchent toujours -, l'emplacement de ce tombeau.

     Quant à la quatrième partie, le 25 octobre, elle me permit de suggérer la dernière opinion en date, suivant en cela une très pénétrante étude menée il n'y a guère par feu l'égyptologue français Jean-Claude Grenier.

     Les cinquième et sixième parties, les 8 et 15 novembre, eurent pour centre d'intérêt la deuxième question que nous nous sommes posée : dans quelles circonstances Antinoüs a-t-il trouvé la mort ? 

 

     Voilà donc amis visiteurs, sempiternel procédé pédagogique, je vous le concède, une synthèse du chemin que nous avons parcouru de conserve, avant d'entamer ce matin un troisième thème de réflexion : l'apothéose d'Antinoüs, comprenez : sa divinisation, imposée par Hadrien lui-même. 

 

    En effet, si au début de son règne, en matière religieuse, l'empereur promut tout naturellement les cultes romains traditionnels ; si, suite à son premier voyage en Orient, en philhellène avéré, il afficha ferveur certaine pour différents dieux grecs, ainsi que pour les mystères d'Éleusis, ce ne sera qu'après son séjour en terres égyptiennes, en 130 de notre ère donc que, peut-être plus qu'il n'eût convenu car au détriment des anciens cultes, il privilégia exclusivement les croyances et les rites égyptiens.

         Son engouement fut tel que, éminemment meurtri par la disparition de son favori, vous l'avez compris, il souhaitera, entre autres décisions, l'élever au rang d'un dieu et d'instamment encourager son culte dans tout l'empire ... pour ne pas dire : imposer !     

 

     Certes, le procédé n'était pas neuf : si j'en crois le Professeur Grenier, une étude sur le sujet recense quelque trois cents personnes, - philosophes, poètes, athlètes, guerriers notamment mais aussi courtisanes et autres gitons -, qui dans le monde gréco-romain antique furent ainsi divinisés  par un puissant, voire par une cité.

     Cicéron, fou de chagrin après la mort de sa fille, ne se mit-il pas un temps en tête lui aussi de la faire héroïser ?

 

     Avant cela, en Égypte même, Imhotep, l'architecte de la toute première pyramide, celle dite "à degrés" du roi Djoser, ne jouit-il pas également du statut de déité à partir du premier millénaire avant notre ère ? Je pourrais aussi épingler, parmi ces divinisés égyptiens, peu ou prou connus, Amenhotep, fils de Hapou, vizir d'Amenhotep III, Isi d'Edfou, Heqaïb, d'Éléphantine ou encore Kagemni, de Memphis ...

     Sans oublier ceux des animaux qui bénéficièrent tout autant de semblables honneurs, comme certains taureaux Apis, certains chats, etc.

      

     Pour l'heure, je présume qu'il ne vous aura point échappé, si vous avez attentivement observé le buste du Louvre (Ma 433), que le socle qui le supporte, indiquant "Osiris ex Antinoo", donne clairement à comprendre que le jeune homme fut assimilé à Osiris ou, pour être plus précis, devint un Osiris.

     J'y reviendrai ...

 

      Résumons-nous avant de prendre congé : Hadrien, empereur de Rome, d'origine andalouse, et fort imprégné d'hellénisme, fit diviniser un jeune esclave provenant de Bithynie, en Asie mineure, l'identifiant à un dieu égyptien et le pourvoyant d'un culte empreint de rites égyptiens, tout en espérant une reconnaissance universelle notoire et probablement éternelle dans la mémoire collective.

 

     Quelles furent les motivations de semblable démarche dans le chef du puissant monarque ? 

     Et pourquoi diantre plus spécifiquement conférer une portée osirienne à cette apothéose  ?

 

     C'est ce que je m'emploierai à vous expliquer, amis visiteurs, à partir du mardi 29 novembre prochain ...

 

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

 

BEAUJEU  Jean,  La religion romaine à l'apogée de l'Empire : I. La politique religieuse des Antonins, Paris, Belles Lettres, Collection Guillaume Budé, 1955, pp. 96-102.

 

 

GRENIER Jean-ClaudeL'Osiris Antinoos, dans Cahiers de l'ENIM (CENIM) I, Montpellier, Université Paul-Valéry, (Montpellier III), 2008, pp. 14-5 et 47-55 ; ID. 64 et note 23.

 

 

 

GRENIER Jean-Claude, Quelques pages du livre des empereurs. L'affaire Antinoüs, dans QUENTIN Florence, Le Livre des Égyptes, Paris, Éditions Robert Laffont, Collection "Bouquins", 2014, pp. 275-80.

 

 

 

 

 

 

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Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte à Rome
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commentaires

Cendrine 06/12/2016 20:43

Un grand merci pour votre réponse, je suis très touchée et je souhaite que nous fassions de beaux rêves, emportés par ces passions archéologiques!
Amitiés Richard
Cendrine

Richard LEJEUNE 07/12/2016 07:40

Ma réponse n'exprimait qu'un ressenti vrai !

C'est moi qui, à chaque fois que je vous lis, vous suis redevable !

Cendrine 28/11/2016 11:26

C'est un vrai plaisir de retrouver, point par point, les étapes de cette enquête qui nous fait voyager à travers la littérature, l'histoire, l'archéologie mais aussi plonger dans les sentiments, les émotions de personnages qui ont tissé des moments de la grande Histoire avec leur propre histoire mêlée de complexités, d'énigmes, de rebondissements, comme dans un roman. C'est une enquête peuplée de visages qui nous fascinent parce qu'ils reflètent des mystères et semblent intemporels par leur beauté et la sérénité qui en émane. Comme lorsqu'on se promène dans un musée, on voit des visages peints, sculptés, gravés et on essaie de se projeter dans ce que vécurent ceux qui leur sont associés. C'est une manière de voyager à travers le temps en gardant son humilité car on a toujours beaucoup à apprendre de ces personnages, ancêtres réels et/ou mythiques qui semblent nous regarder aussi. Merci pour ce dossier-enquête cher Richard et au plaisir de vous retrouver très bientôt, amicalement!
Cendrine

Richard LEJEUNE 28/11/2016 15:37

J'ai fait un rêve, chère Cendrine : un éditeur me demandait de réécrire cette série d'articles entamée à la rentrée de septembre pour les publier sous forme d'un ouvrage suivi.
Et ce sont vos propos ci-dessus qu'il trouvait superbes que cet éditeur exigeait que j'accepte en guise de préface !

Je n'eus pas envie de me réveiller !

Jean-Pierre 24/11/2016 18:54

Toutes ces divinisations n'étaient-elles pas inspirées par la sexualité ? Sauf, peut-être celle de la fille de Cicéron, encore qu'à l'époque, l'inceste n'avait pas encore la mauvaise réputation qu'il a acquise...

Richard LEJEUNE 29/11/2016 07:24

Je comprends et apprécie votre esprit fouineur, cher Jean-Pierre mais en l'occurrence, et bien que des références aux comportements relevant du seul domaine de la sexualité ne fassent nullement partie des sujets tabous dans les documents que nous possédons sur les civilisations que vous citez, la divinisation, l'état de "bienheureux" auquel dans mon article d'aujourd'hui je fais amplement allusion, n'a aucune connotation sexuelle. Cela ressortirait plutôt au domaine du religieux !

Jean-Pierre 28/11/2016 19:58

Je lis toujours vos réponses à mes commentaires, Richard
Nous ne savons sur les Egyptiens, Grecs et Romains que ce qu'ils ont bien voulu nous dire sur eux-mêmes.
Ils seraient bien les seuls "écrivains" à ne pas dissimuler certaines choses.
C'est mon esprit fouineur qui me fait émettre cette hypothèse mais sans aucune justification, je vous le concède.

Richard LEJEUNE 24/11/2016 19:23

???
Pourquoi ces divinisations auraient-elles un rapport avec une quelconque forme de sexualité, Jean-Pierre ???
Je ne vous comprends absolument pas !
Merci de préciser votre pensée.
Et, surtout, de m'indiquer ce qui, dans mes propos au fil de tous ces articles, aurait pu engendrer cette façon de concevoir les choses dans votre esprit ...

À découvrir vos commentaires au long de ces semaines, j'ai le sentiment de laisser sous-entendre que tous les Égyptiens, Grecs et Romains divinisés furent homosexuels ou incestueux ?

Je vous avais déjà répondu dans ce sens après un précédent commentaire ... qu'apparemment vous n'étiez pas venu lire ou auquel vous n'aviez pas jugé nécessaire de répondre ...

Mais, vraiment, j'aimerais que vous précisiez votre pensée car ce que vous écrivez m'intrigue de plus en plus ...
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Christiana 24/11/2016 10:17

Nous ne te reprochons pas ton "dossier-enquête", bien au contraire, je suis ravie d'avoir compris qui furent ces personnages et qui fut cet étrange Egyptien au visage romain représenté sur ce magnifique buste.
Nous n'en avons donc pas fini avec lui, tant mieux, c'est passionnant!

Richard LEJEUNE 24/11/2016 10:33

Merci pour ton commentaire en forme d'encouragement, Christiana.

FAN 22/11/2016 17:03

Merci Richard pour ce résumé pédagogique et l'intérêt que vous nous suscitez à venir la semaine prochaine pour comprendre ce "pourquoi" Antinoüs" serait devenu "Osiris" par le bon vouloir d'Hadrien!! Bisous Fan

Richard LEJEUNE 24/11/2016 06:55

Merci surtout à vous, chère Fan, pour cette fidélité qui est vôtre à suivre, épisode par épisode, la geste d'Antinoüs ...

PASSION SCUPTURE 22/11/2016 14:22

Quel plaisir de retrouver votre blog tellement passionnant. MERCI

Richard LEJEUNE 22/11/2016 14:29

Merci à vous.

La semaine dernière, j'ai ajouté quelques propos à mes remerciements.
Comme il appert que vous n'êtes pas venue les lire, je me permets de les réitérer ci-après car ils concernent directement l'accès à votre blog :.

Savez-vous qu'en cliquant sur votre dénomination ci-dessus, l'on n'aboutit nullement sur votre site mais sur une page indiquant qu'il est inaccessible ??

Et je viens d'en trouver la raison : vous avez oublié ci-dessus le L de "SCULPTURE" !! De sorte qu'à cause de cette orthographe défectueuse, le lien qu'indirectement fournit votre dénomination ne peut absolument pas mener à votre blog.

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