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24 octobre 2017 2 24 /10 /octobre /2017 00:00

 

     Ils étaient annoncés, amis visiteurs, les voici, l'un contre le mur de gauche, avant de vous diriger vraiment vers le Sphinx logé dans la Crypte qui lui est désormais dévolue au Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, dont vous atteindrez la deuxième salle, celle-ci étant la première, en empruntant l'escalier de gauche ; l'autre, sur le mur latéral opposé, juste avant de monter, si l'envie vous en prend, par l'escalier de droite vers les salles du Département des Antiquités grecques.

 

     Approchons-nous, voulez-vous, de ces deux imposants bas-reliefs en calcaire jadis peints, bien protégés derrière leur vitre respective, que je vous ai, la semaine dernière, promis d'aujourd'hui découvrir ensemble.    

 

DEUX BAS-RELIEFS -  2. APPROCHE  ÉGYPTOLOGIQUE

 

     Exhumés dans le premier quart du 19ème siècle par Battista Caviglia, malgré que trop souvent, ils ne font l'objet d'aucune attention soutenue de la part des touristes, ces monuments préparent à mon sens notre mémoire égyptologique à mieux comprendre le colosse hybride, - mi-homme, mi-lion -, qui trône ici devant vous, à propos duquel, depuis un certain temps déjà, je vous entretiens.

 

     Il est donc grand temps maintenant, à B 18

 

Relief B 18 - Louvre  © Christian Décamps

Relief B 18 - Louvre © Christian Décamps

 

 

et à B 19,

 

Relief B 19 - Louvre - © Christian Décamps

Relief B 19 - Louvre - © Christian Décamps

 

de consacrer notre présent rendez-vous hebdomadaire.

     Mais, d'emblée, je souhaiterais aussi rappeler que, lors de ses fouilles au niveau du Sphinx de Gizeh, Cavaglia avait tout d'abord mis au jour ce qu'il est convenu de nommer la "Stèle du Songe".

 

Reproduction de la "Stèle du Songe", exposée au Musée rosicrucien de San José, en Californie -  © Captmondo (https://commons.wikimedia.org/wiki/File:ReproductionOfDreamSteleOfThutmoseIV_RosicrucianEgyptianMuseum.png)

Reproduction de la "Stèle du Songe", exposée au Musée rosicrucien de San José, en Californie - © Captmondo (https://commons.wikimedia.org/wiki/File:ReproductionOfDreamSteleOfThutmoseIV_RosicrucianEgyptianMuseum.png)

 

 

     Souvenez-vous du site que je vous ai montré tout dernièrement : une petite chapelle sise entre les pattes du gigantesque Sphinx dont le mur du fond était constitué de cette importante stèle de la dix-huitième dynastie puisqu'elle date du règne de Thoutmosis IV, toujours en place actuellement, et ceux de côté, par chacun des reliefs désormais dans la Crypte du Louvre, provenant pour leur part de la dix-neuvième dynastie puisqu'ils furent réalisés à l'époque de Ramsès II.

 

     Si vous prenez la peine de comparer le cintre de la Stèle du Songe et chacun de ces deux blocs de calcaire qui, jadis, l'encadraient, un peu comme aujourd'hui ils coudoient le Sphinx A 23, vous remarquerez aisément l'incontestable similitude : manifestement, Ramsès II a voulu reproduire et le geste et l'iconographie du souverain thoutmoside, la différence résidant simplement au niveau de l'offrande puisque c'est d'encens seul qu'il s'agit chez Ramsès II, d'encens et d'un liquide offert en libation, eau ou vin dans une aiguière, chez Thoutmosis IV.

 

     Ainsi, qu'il soit figuré sur la droite ou la gauche, le souverain debout devant la divinité solaire couchée s'apprête à l'apaiser et à éventuellement évacuer des forces malfaisantes, démoniaques. Pour ce faire, il avance un encensoir de quelque cinquante centimètres, - la valeur d'une coudée égyptienne ! -, en forme d'avant-bras, - ce que les égyptologiques nomment "Bras d'Horus" -, présentant une tête de faucon à une de ses extrémités, figuration évidente d'Horus, et un petit bol rempli de charbon brûlant, à l'extrémité opposée. Entre les deux, un autre récipient contient des boules de cet encens que les Égyptiens rapportaient des contrées du Sud, notamment de Nubie.

     Pour la fumigation proprement dite, Pharaon déposait quelques graines d'encens sur les braises incandescentes de cette longue et particulière "cuillère à offrandes".

 

     Et, selon le principe bien connu théorisé voici bientôt un siècle par Marcel Mauss, ce don du roi appelait en retour un contre-don de la part du dieu qu'il honorait, Hor-em-Akhet, Horus dans l'Horizon, ici, en l'occurrence, dans l'espoir d'être à son tour assuré de sa protection toute divine, voire de jouir de différents biens matériels.     

   
     Certes, les inscriptions hiéroglyphiques en colonnes ou celles ceintes du cartouche royal sont évidemment distinctes sur les trois monuments, mais il n'en demeure pas moins que certaines d'entre elles y sont tout naturellement communes dans la mesure où elles désignent un même sphinx : celui de Gizeh ; le "Père de tous les Sphinx", comme le définit judicieusement l'égyptologue belge Eugène Warmenbol.

     Veuillez ainsi noter, - sans toutefois que j'entre dans de substantielles considérations philologiques -, qu'au-dessus de leur tête sont à chaque fois inscrits les trois mêmes signes hiéroglyphiques, (détériorés sur B 18, complets sur B 19) : de 
haut en bas, un oiseau, une sorte de U horizontal et enfin un cercle engoncé dans un rectangle.



- Le premier hiéroglyphe

figure le faucon Horus; et se lit "Hor".



- Le deuxième, une côte

   constitue notre préposition "dans"; et se lit "èm".

- Le dernier


 représente le soleil entre deux collines ; et se lit "Akhet".

  
   Le tout, Hor-em-Akhet signifiant, en translittération, "
Horus dans l'Horizon", Horus de l'Horizon" ou encore "Horus à l'Horizon", suivant les traductions les plus courantes ; Hor-em-Akhet que les Grecs de l'Antiquité rendirent par "Harmachis", patronyme donné par les Anciens au géant gardien du plateau de Gizeh.

     Ces trois seuls signes hiéroglyphiques, placés en cet endroit précis, constituent donc, à l'instar des phylactères des bandes dessinées, une sorte de document l'identifiant de manière incontestable. 

     Quant aux nom et prénom du souverain, ils figurent dans les cartouches gravés au-dessus de lui.

     Pour ce qui concerne la notion de cartouche, ainsi que la titulature royale avec les différentes appellations attribuées aux souverains, ayez la patience, amis visiteurs, d'attendre la fin du congé d'Automne pour que le mardi qui suit, je vous explique ce dont il s'agit ...



     Un dernier point, si vous m'accordez encore quelques instants, en fait un moyen simple, non pas pour vous enseigner directement la signification des hiéroglyphes mais pour vous indiquer d'abord le sens de votre futur apprentissage de lecture, qui n'est pas uniquement de droite à gauche, comme on le croit trop souvent : il faut toujours considérer la direction vers laquelle une tête d'humain ou d'animal est tournée et commencer à interpréter les pictogrammes en partant de ce visage et en poursuivant vers ce qui se trouve en dessous, s'ils se présentent en colonnes, ou derrière s'ils s'alignent sur un même plan horizontal.

 

     Ainsi, dans le cas qui nous occupe ce matin, vous aurez évidemment remarqué que les hiéroglyphes gravés en colonnes au-dessus des scènes ne se présentent pas uniformément dans le même sens, mais sont orientés parfois dans un sens, parfois dans un autre, en fonction du personnage qu'ils définissent, qu'ils caractérisent.

     Prenez par exemple, pour mieux comprendre mon propos, le monument B 19, plus "lisible" car moins endommagé dans sa partie supérieure : couché à droite, le Sphinx regarde vers la gauche. Au-dessus de sa tête, la transcription de son nom commence par la représentation du faucon Horus, lui aussi tourné vers la gauche.


     En revanche, dans la petite colonne qui lui fait face, un hibou est représenté la tête dirigée vers la droite : il figure en fait dans la première des colonnes précédant les cartouches de Ramsès II dont tout le corps est également tourné vers la droite.

     Qu'en déduire ?  Que les quatre colonnes de textes visibles sur B 19, au-dessus du corps du Sphinx, se lisent de gauche à droite et que celles qui leur font face se rapportent à Ramsès et donc se lisent de droite à gauche.

     Vous aurez aussi constaté, je présume, que si tous ces hiéroglyphes sont gravés côte à côte, un espace vide, moins large qu'une colonne, sépare celles dont le texte se réfère au Sphinx de celles se rapportant à Pharaon. Il est donc aisé, même pour qui ignore la langue et les écritures égyptiennes, de différencier les propos des uns et des autres.


     Terminons voulez-vous en indiquant ce que nous apprennent  les quatre petites colonnes surmontant le Sphinx : il s'agit d'un ensemble de formules, classiques au demeurant, destinées à maintenir la pérennité du pays, garantie par le souverain en tant que seul détenteur du pouvoir d'exercer le culte. Et comme je vous l'ai expliqué voici quelques instants, Ramsès II, en faisant offrande à Harmachis, attend ainsi en échange que ce dernier lui accorde quelques bienfaits. 

 

     De gauche à droite, donc, en empruntant la traduction de l'égyptologue français Christophe Barbotin, vous pouvez lire  :

Colonne 1 : Horus-dans-l'Horizon
Colonne 2 : qu'il daigne accorder toute vie,
Colonne 3 : 
toute pérennité, tout pouvoir, toute santé,
Colonne 4 :
 toute allégresse comme Rê, chaque jour.


 


     "Vie, santé et joie", notez-vous parfois aussi sur les cartes de vœux que vous envoyez au moment du Nouvel An ...

 

     ***

 

     Mais avant cela, dès à présent, permettez-moi de vous souhaiter un excellent congé d'Automne et de vous proposer de nous retrouver ici même le mardi 7 novembre prochain.   
 

 
 
 
 
BIBLIOGRAPHIE
 
 
BARBOTIN  Christophe, La voix des hiéroglyphes, Paris, Editions Khéops, 2005, p. 29.
 
 

CAUVILLE  Sylvie, L'offrande aux dieux dans le temple égyptien, Leuven, Peeters, 2011, pp. 36-8.

 

WARMENBOL  Eugène, Sphinx. Les gardiens de l'Égypte, dans Catalogue de l'exposition éponyme, Bruxelles, ING Belgique et Fonds Mercator, 2006, p. 13 

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commentaires

C
Fascination d'une promenade, en terre de songe et de hiéroglyphes, comme si les mots, les signes, les caractères et leurs reflets acoustiques palpitaient davantage à travers le prisme du "rêve"... "daimon" du réel... <br /> Passion d'un professeur imprégné d'une poésie que le temps ne figera jamais... <br /> Transmission et bonheur de recevoir... alors grand merci à vous Richard pour la découverte exaltante de ces bas-reliefs...<br /> Je vous souhaite une belle soirée et d'agréables congés, amitiés!<br /> Cendrine
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R
Merci, Cendrine, pour vos commentaires toujours rédigés au coin de votre extrême sensibilité ...
J
Richard, comme tout paraît simple quand tu racontes...<br /> Bon, on attendra patiemment que nos chères têtes blondes rejoignent les bancs d'école pour la suite.<br /> J.Jacques
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R
Merci J.-J. et pour ton commentaire et pour ta patience d'attendre l'après congé d'Automne dans l'Enseignement belge.
F
Merci Richard pour la suite de l'enquête!! Je suis béate devant la "stèle du songe", cette reproduction est-elle réalisée à l'identique matière?? je comprends mieux celles du Louvre et avec la traduction des hiéroglyphes, on peut se rendre compte que le pharaon tenait ce lieu pour demander au Sphinx "joie, prospérité, et santé"!!tous les ans, comme nous??? A bientôt Richard et bonne vacances!!Bisous Fan
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R
Non, non, Fan : la reproduction du Musée rosicrucien de San Jose, en Californie, a l'intérêt de fournir le texte et l'iconographie de la stèle demeurée entre les pattes du Sphinx qui, elle, mesure plus de trois mètres de hauteur ...
C
Chaque fois que tu nous enseignes comment lire les hiéroglyphes, j'ai l'impression de découvrir quelque chose de merveilleux, de pouvoir accéder à un secret dont seuls quelques initiés ont les clés; ça me paraît incroyable de pouvoir comprendre un petit mot, une petite phrase...
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R
Merci, Christiana, pour ce commentaire qui correspond exactement à mes premières impressions quand, voici 31 ans déjà, j'entamai mon cursus égyptologique à l'U.Lg. Ce furent cinq années d'apprentissage exceptionnelles et extrêmement enrichissantes ...
P
Je vais essayer de reprendre mes "longues" lectures sur votre blog passionnant.<br /> En début de semaine, j'étais en avance pour le rendez-vous "L'En-cas" chaque mercredi à 12 h 30 au musée des Beaux Arts de Lyon, aussi je suis allée vers les antiquités égyptiennes et j'ai eu une pensée pour vos articles. Et nous avons bien échangé au milieu des commentaires d'une amie qui m'a bien taquinée. Coïncidences que je remarque depuis quelques temps et qui m'intriguent. Cela fait bien longtemps que je ne suis pas allée au Louvre - je n'y ai pas pensé lors de mon dernier séjour. Pour une prochaine fois.
Répondre
R
Quel plaisir pour moi de lire que mes modestes articles peuvent donner envie de se rendre au Louvre ! Merci Maryvonne.<br /> Vous évoquez ici le Musée des Beaux-Arts de Lyon et sa section égyptienne. Quid du tout nouveau Musée des Confluences où je pensais avoir lu qu'elle s'y trouvait ?

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