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8 mai 2018 2 08 /05 /mai /2018 00:00

 

 

     Je pagaie dans cette barque, dans les canaux de Hotep ; (...) je pagaie dans ses canaux pour gagner ses villes, je fais remonter le fleuve au dieu qui s'y trouve ...     

 

 

 

 

 

Chapitre 110

(Extrait)

 

dans Paul  BARGUET

Le Livre des Morts des Anciens Égyptiens

Paris, Éditions du Cerf, 1979,

p. 144. 

 

 

 

Louvre - Vignette du Chapitre 110 du "Livre pour sortir au jour", de Djedhor (© C. Décamps)

Louvre - Vignette du Chapitre 110 du "Livre pour sortir au jour", de Djedhor (© C. Décamps)

 

 

     À Paris, au Musée du Louvre que tout bientôt nous réintégrerons, amis visiteurs, sont exposés dans une des vitrines de la salle 4 du Département des Antiquités égyptiennes deux papyri d'époque tardive d'un certain Djedhor : il s'agit plus exactement de feuillets proposant la vignette du chapitre 110 de ce qui est encore communément appelé, par pure facilité de langage, le Livre des Morts, alors qu'il serait bien plus correct, j'eus déjà moult fois l'opportunité d'ici le souligner en me référant à la traduction littérale de l'intitulé des scribes égyptiens eux-mêmes, de le nommer Livre pour sortir au jour, étant entendu que vous devez comprendre par là qu'il s'agit d'incantations offrant au défunt l'opportunité d'assurer son passage vers sa seconde vie, de chaque jour lui renouveler la permission de quitter sa sépulture, puis d'y rentrer à sa guise.

 

     Ce Chapitre 110 évoque la "Campagne des Félicités", les "Champs d'Ialou" ... qu'a rejoints, hier soir, lundi 7 mai, Maurane, l'immense Maurane ; champs, désormais, qu'elle couvrira de sa voix exceptionnelle ...   

 

 

©  Bertrand Guay / AFP

© Bertrand Guay / AFP

 

     Par ce simple titre donc, Livre pour sortir au jour, ce recueil exprime le souhait de tout défunt, à savoir : se départir des ténèbres, sortir à la lumière, suivre le soleil dans son parcours diurne et l'accompagner dans son voyage nocturne, chtonien en fait. Ce parcours du décédé étant semé d'embûches, sa progression étant susceptible d'être entravée, le Livre pour sortir au jour lui fournit un nombre considérable de conseils et de préconisations bienvenus, à réciter par un prêtre lors des funérailles, ensuite par le défunt lui-même, qui lui garantiront d'éviter les difficultés du voyage vers l'Au-delà, de ne point mourir à nouveau, assurer sa survie constituant alors l'essentiel de ses désirs !        


     Parfois rédigé en fragments sur des bandelettes de lin, de manière à envelopper la momie elle-même ; un peu plus souvent sur les parois intérieures de certaines tombes ou sur leur matériel funéraire, voire sur le sarcophage lui-même, ce "livre" des anciens Égyptiens fut essentiellement inscrit sur papyri, en des milliers d’exemplaires qui font actuellement la fierté de bon nombre de musées dans le monde.

 

     Le Louvre en posséderait plus d’une centaine, malheureusement pas tous exposés. 

     Il est avéré que, le plus souvent roulés et scellés, portant in fine le nom et les différents titres du défunt qu’ils accompagnaient dans la tombe, ces documents funéraires à caractère religieux et magique constituent l'ouvrage illustré le plus ancien de l’Humanité.


     Selon les époques et les conditions sociales du défunt, ces rouleaux, - certains pouvaient  avoisiner les vingt-cinq mètres ! -, étaient soit posés sur le sarcophage, soit enfermés dans une statuette d’Osiris ou dans une boîte servant de base à une effigie de Sokaris, ce faucon momifié qui règne sur la nécropole et qui, au début du premier millénaire avant notre ère (Troisième Période intermédiaire) fut associé à Ptah et à Osiris, sous la dénomination de Ptah-Sokar-Osiris, réunissant de la sorte, et sous ce seul nom, les fonctions des trois divinités, à savoir : la création, la métamorphose et la renaissance.


     Parfois, plus simplement, ils furent glissés à même le corps du défunt, entre les bandelettes de sa momie.

     Vous ne devez pas ignorer que, pour la plus grande majorité d'entre eux, ces manuscrits funéraires étaient réalisés en série dans des ateliers idoines. De sorte que suivant son rang social et ses moyens "financiers", l'Égyptien s'offrait celui qui lui seyait le mieux, car de l'un à l'autre, le nombre, le choix et l'ordre des chapitres pouvaient être différents. Il ne lui restait plus qu'à combler certaines parties laissées volontairement dépourvues d'inscriptions en y faisant ajouter, le moment venu, son nom, ses titres et fonctions.


     Se détachant soit en hiéroglyphes cursifs noirs disposés en colonnes sur le fond jaune pâle du papyrus, soit en hiératique, soit encore, aux époques grecque et romaine, en écriture démotique, cet ensemble de formules contient quelques passages inscrits en rouge, des titres de chapitres, notamment mais surtout, pour la toute première fois, de très nombreuses vignettes, parfois bellement colorées, au Nouvel Empire, par exemple, parfois simplement dessinées en noir, comme au Louvre celle de Djedhor, à l'époque tardive ; tout dépendant, je viens de le souligner, de la place dans la société de celui qui l'acquérait. 


     Ce corpus funéraire provient en droite ligne de deux autres qui se sont succédé à l’Antiquité égyptienne qui, de ce fait, en connut trois grandes catégories qu'il m'agréerait de rapidement vous remettre en mémoire :


* Les Textes des Pyramides, à l’Ancien Empire, destinés aux seuls souverains, gravés, mais seulement à partir de la Vème dynastie, dans la pyramide du roi Ounas pour la première fois et de certains de ses successeurs par la suite ; toutes les autres pyramides précédemment érigées, je tiens à le marteler, étant totalement anépigraphes.

 

* Les Textes des Sarcophages, au Moyen Empire, à l’usage des nobles et des hauts dignitaires du royaume.

 

* Les "Livres des Morts" du Nouvel Empire jusqu'à la fin de la civilisation égyptienne antique, époque gréco-romaine comprise, à l’intention également des gens de conditions plus modestes ; ce qui, par parenthèse, nous informe sur l'évidente démocratisation des pratiques mortuaires.

.

 

     Dans ce recueil de formules funéraires d’inégales longueurs, Jean-François Champollion déjà, avait déterminé trois parties, que l’on peut ainsi résumer :


1. Chapitres (ou formules) 1 à 16 : "Sortir au jour" : prières. Marche vers la nécropole. Hymnes au soleil et à Osiris.


2. Chapitres 17 à 63 : "Sortir au jour" : régénération. Triomphe et épanouissement. Impuissance des ennemis. Pouvoir sur les éléments.


3. Chapitres 64 à 129 : "Sortir au jour" : transfiguration. Pouvoir de se manifester sous diverses formes, d’utiliser la barque solaire, d’appréhender certains mystères. Retour dans la tombe. Jugement devant le Tribunal d’Osiris.


     A ces trois sections distinguées par le génial Figeacois que j'ai ici reprises quasiment in extenso de l'ouvrage de Paul Barguet, - (voir référence dans ma bibliographie infrapaginale -), maintenant que les études en la matière se sont affinées grâce à de nouvelles découvertes, il convient d’en ajouter deux :


4. Chapitres 130 à 162 : Textes de glorification du défunt à prononcer certains jours de fêtes, pour le culte funéraire. Offrandes. Préservation de la momie grâce aux amulettes.


5. Chapitres 163 à 192 : Formules qui ne sont, en définitive, que des développements secondaires.

     Ce qui porte à près de deux cents, l'intégralité des chapitres de ces miscellanées. 
     

 

     Vous aurez évidemment remarqué, amis visiteurs, au troisième point de la liste descriptive que je viens d'énoncer, cette annotation : " Pouvoir d'utiliser la barque solaire",  mais également le texte de mon incipit, et tout aussi évidemment compris que si ce matin j'aborde le Livre pour sortir au jour, c'est, dans la droite ligne de ma série d'articles destinés à introduire la découverte de la vitrine 2 de la salle 3 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, après les textes littéraires que vous avez lus ces dernières semaines, d'épingler à nouveau, cette fois dans un corpus magico-religieux, ce qui a trait à la thématique de la navigation ...

 

   

       À mardi, 15 mai prochain, pour la développer plus encore aux fins de découvrir divers extraits des chapitres du Livre pour sortir au jour

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

 

 

BARGUET  Paul, Le Livre des Morts des Anciens Égyptiens, Paris, Éditions du Cerf, 1979

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commentaires

ABDOU 27/10/2020 04:39

Merci pour l'explication.

Richard LEJEUNE 27/10/2020 06:18

Je vous en prie ...

Cendrine 15/05/2018 00:50

Comme je prends plaisir à poursuivre ce voyage avec vos mots, Richard et je ne peux m'empêcher de songer à cette philosophie qui m'anime « Carpe Diem » ! Après, on verra bien ce que la Faucheuse aura concocté pour chacun de nous.
Quand j'écris la Faucheuse, je ne visualise pas un être en particulier. C'est une façon de parler.
Vous rendez un magnifique hommage à Maurane. C'est vous qui m'avez appris son décès, ce qui m'a, je l'avoue, figée pendant un moment. J'aime énormément cette artiste. Je ne peux pas en parler au passé. Je n'avais pas vu les infos et quand j'ai lu votre commentaire, j'étais...
Une dame formidable qui est partie mais sa voix, son regard intense, son beau sourire et son talent, nous ne les oublierons pas.
« Sortir au grand jour », l'expression est fascinante. La nuit de la vie est souvent si compliquée bien que riche de saveurs à cueillir et à partager.
Un grand merci à vous et de belles pensées d'amitié
Cendrine

Richard LEJEUNE 15/05/2018 08:03

Merci pour votre commentaire, Cendrine.
Avec l'article sorti ce matin se termine cette longue incursion que j'ai pris plaisir à mener au sein de la littérature égyptienne en prenant la navigation comme thématique puisque dans la salle 3 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre qui va bientôt à nouveau nous accueillir, la vitrine 2, intitulée "Le Nil", propose, comme vous ne pouvez l'ignorer, vous Parisienne, des maquettes d'embarcation sur lesquelles nous nous pencherons tout bientôt ...

Plutôt que le terme "Faucheuse" sous-tendu par une image précise que tout le monde connaît, je préfère, pour ma part, évoquer la "Camarde" dont probablement certains de mes lecteurs doivent de prime abord se demander le rapport existant avec l'adjectif "camard" décrivant le plus souvent une forme de nez ...
J'aime ainsi, - chassez le naturel du Prof, il revient au galop... -, ouvrir des chemins vers des termes de vocabulaire peu usités, pourtant si nombreux dans notre si belle langue française ...

Christiana 13/05/2018 16:25

De tous temps l'homme fut bien démuni devant la mort et prêt à tout pour que cela ne s'arrête pas...Encore un peu, autrement, ailleurs...
Pourtant ne rien espérer après est probablement vivre intensément chaque minute qui passe.

Richard LEJEUNE 14/05/2018 08:30

Je le pense aussi, Christiana. Merci.

Alain 10/05/2018 13:49

Je plaisantais, Richard. Je ne crois, comme toi en aucune voix céleste qui m'accorderait un aller simple pour le paradis auquel ont droit, paraît-il, les meilleurs d'entre nous. Je ne suis qu'un athé ne croyant en rien, à part les capacités que nous possédons qui parfois nous aident. Et l'art qui nous permet de nous élever et, parfois, d'atteindre un ciel différent de celui des croyants.
Je suis allé à Lourdes plusieurs fois uniquement en touriste...

Richard LEJEUNE 10/05/2018 16:49

Même si cela ne me regarde nullement, même si chacun a droit à exprimer ses convictions sans que qui que ce soit lui reproche quoi que ce soit, je suis vraiment "soulagé" d'apprendre que tu plaisantais, Alain.

Alain 10/05/2018 12:35

On est bien d’accord, Richard. L’opium du peuple n’a pas encore agi sur moi.
Pourtant, parfois, comme toi, j’aimerais percevoir un être supérieur qui dirige tout et nous permet de nous reposer des problèmes de la vie. Je suis même allé plusieurs fois à Lourdes. J’ai regardé longuement l’endroit que Bernadette a décrit. Il m’a semblé voir une petite lueur. Ce ne devait pas être cela… Tout penaud, je suis rentré en me disant que la prochaine fois, peut-être, le seigneur daignera me parler, soulager mes peines… Alors je reviendrai…

Richard LEJEUNE 10/05/2018 13:22

Oula !
Tu me sembles quand même un peu plus "impliqué" que moi, Alain.

Le seul "seigneur" dont j'accepte les conseils, c'est, in fine, ma juridiction personnelle, mon for intérieur, pour reprendre une expression provenant des Latins. !
C'est au plus profond de soi qu'il nous faut puiser.

Une seule exception, mais de taille, dans ma façon de voir et d'être : la maladie incurable ... devant laquelle je nous pense impuissants.
(Maladie, tu l'auras compris, ne constitue évidemment pas à mes yeux une "punition divine", comme d'aucuns voudraient nous le faire accroire ... puisque de divin, il n'y a point !)

FAN 09/05/2018 18:36

Merci Richard pour ce clin d'oeil à Maurane, qui, je crois, n'a pas pensé à son livre "pour sortir au jour"!!En revanche, la vignette est superbement "comme au premier jour" !!Je n'en reviens pas qu'il y eut pu avoir des "livres" de 25m!!!! La résurrection a toujours été le plus grand fantasme des humains!! chaque religion à le sien et cela rassure ceux et celles qui ont peur de mourir!!Bisous Fan

Richard LEJEUNE 10/05/2018 12:20

Tant que cela rassure, Fan, je pense que c'est le principal ...

Alain 09/05/2018 09:24

Que ne faut-il pas faire pour espérer obtenir une seconde vie et, ainsi, pouvoir quitter sa sépulture et y revenir à tout moment…
Finalement, cela a toujours été le souhait des humains de pouvoir se régénérer d’une façon où d’une autre, de donner à son passage sur cette terre un sens qui ne s’effacera pas totalement une fois la vie terrestre terminée. Transcender notre enveloppe corporelle n’est-ce pas le pouvoir que nous offre les religions ? Je sais, je vais un peu loin…

Richard LEJEUNE 09/05/2018 14:54

Non, du tout, Alain : tu ne vas pas "un peu loin" !
C'est exactement cela : les religions, sur tous les continents, à toutes les époques, ont cru bon, pour mieux oblitérer notre esprit, de nous "offrir" ce pouvoir.
Le problème, - à tout le moins pour ceux qui, comme moi, ne croient nullement en ces "bonnes paroles" -, c'est que ce pouvoir est fallacieux. Ce n'est d'ailleurs pas un pouvoir, mais un mirage, une duperie, une tromperie ...

Parfois, au milieu de mes "convictions négatives", quand les nuages qui défilent n'ont rien de baudelairement merveilleux, je me dis que ce sont peut-être bien les croyants qui ont raison d'espérer en un "sauvetage futur" venant d'ailleurs.

Puis, rassure-toi Alain, je me ressaisis vite et m'oblige à chercher au plus profond de moi la façon de garder la tête au-dessus de l'eau, en rejetant l'idée d'une aide extérieure, pseudo-divine ou autre ...

Maryvonne DELSART 08/05/2018 08:22

Merci pour toutes ces précisions Richard qui nous permettent de retrouver cette adolescence où l'on découvrait ce monde merveilleux, irréel je l'avoue en ce qui me concerne. Cette professeur, dont je ne me souviens plus du nom, mais dont le visage reste gravé dans ma mémoire, nous "racontait" et nous faisait découvrir l'Egypte. Ce fut elle qui m'a ouvert les portes du musée du Louvre et quel éblouissement. Ce musée si proche de mon école !!!! J'ai dû ressentir une émotion si forte que l'année suivante je découvris l'émotion d'une journée "d'école buissonnière" et ses dures conséquences. Mais que m'importait tout ce vacarme et les dures punitions et même humiliations. Je me vois encore complètement médusée devant la Victoire de Samothrace !!!! Merci Richard.

Richard LEJEUNE 08/05/2018 08:40

Merci pour ces quelques confidences, Maryvonne.
Que j'eusse aimé fréquenter une école aussi proche d'un tel Musée !!

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