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22 mai 2018 2 22 /05 /mai /2018 00:00

 

 

Plus utile un livre qu'une stèle gravée,

Qu'une enceinte consolidée.

Si on avait fait ces édifices et ces pyramides,

C'était afin de prononcer leurs noms.

Et assurément, c'est utile pour la nécropole,

Le nom dans la bouche des gens.

Un homme est disparu,

Son corps n'est plus que poussière,

(Et) tous ses proches, des "partis-en-terre".

Ce sont les écrits qui font qu'il est mentionné

Dans la bouche de celui qui profère un nom.  

 

 

 

 

 

Papyrus Chester Beatty IV

(Extrait)

 

dans  Pascal  VERNUS

Sagesses de l'Égypte pharaonique

 

Paris, Éditions de l'Imprimerie nationale, 2001,

pp. 272-3

 

 

* * * 

 

 

     "En réalité, chaque lecteur est, quand il lit, le propre lecteur de soi-même. L'ouvrage de l'écrivain n'est qu'une espèce d'instrument d'optique qu'il offre au lecteur afin de lui permettre de discerner ce que, sans ce livre, il n'eût peut-être pas vu en soi-même."

 

 

 

Marcel  PROUST

Le Temps retrouvé

 

Paris, Gallimard, Bibliothèque de Pléiade, 

Volume III, 1954,

 p. 911.

 

 

 

     De l'importance de l'écrit, partant, de celle de la lecture avec ces extraits, l'un d'une antique "Sagesse" égyptienne inscrite en hiératique sur un papyrus conservé au British Museum, à Londres (P. BM 10684), l'autre d'une réflexion appuyée car deux fois énoncée dans l'ultime volume de "À la recherche du temps perdu", de Marcel Proust évidemment, auxquels il me seyait ce matin, amis visiteurs, de faire référence avant que de conserve nous nous penchions sur les artefacts exposés dans la vitrine 2 de cette salle 3, - (ou 336, selon la nouvelle nomenclature ?) -, du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, à Paris, et après avoir introduit depuis quelques semaines ceux à la thématique de la navigation consacrés grâce, souvenez-vous, à nombre de considérations liminales qu'offraient le Conte du Naufragé, le Roman de Sinouhé, le Conte de l'Oasien, le Conte du Prince prédestiné, le Voyage d'Ounamon, et enfin le Livre pour sortir au jour.

 

     (Permettez-moi de rappeler, notamment à l'intention de mes nouveaux lecteurs de Facebook, que dans le corps de mes articles, les termes ainsi surlignés en rouge expriment des liens cliquables vous permettant de retrouver une précédente intervention.)          

 

 

     Le Nil, j'eus l'opportunité de vous l'indiquer le 27 février dernier, creusant une vallée entre les collines des déserts libyque, à l'ouest, et arabique, à l'est, et progressant depuis sa source au niveau du lac Victoria sur des milliers de kilomètres, véritable épine dorsale du pays, constitua l’artère quasiment unique, partant, primordiale, de circulation et de communication entre les hommes, que ce soit en Égypte même ou vers les terres étrangères, au-delà des mers. 

     

DE LA NAVIGATION ÉGYPTIENNE - 1. DE L'ÉCRIT À L'ARTEFACT FUNÉRAIRE ...

 

 

   

     En sorte que tous les déplacements humains importants, qu'ils fussent du quotidien ou de l'ultime voyage, tous les transports commerciaux aussi, s'effectuant inévitablement par voie d'eau, frêles esquifs, barques ou bateaux comptèrent assurément parmi les premières "inventions" mises en chantier, au sens propre autant que figuré.

 

     Cette prévalence donnée à la navigation, vous ne pouvez plus l'ignorer maintenant, fut telle qu'au IVème millénaire avant notre ère déjà, pas moins qu'une quinzaine de types différents d'embarcations sur les centaines de gravures rupestres mises au jour tant en Nubie que dans le désert oriental, furent recensés par les égyptologues.

 

     L'étude de ces représentations pariétales permit de distinguer deux grands groupes : dans un premier temps, dès l'époque pré-dynastique, des barques confectionnées en tiges de papyrus, essentiellement destinées, à tout le moins au niveau des marais du Delta, à de prosaïques activités cynégétiques et halieutiques ; ainsi, dans la tombe de la dame Hetepet, à Guiza, mise au jour en 1909, puis perdue de vue pendant quelque 108 ans et fort opportunément ré-exhumée en fin d'année 2017 par une équipe d'archéologues indigènes, cette peinture murale dévoilée à la presse en février dernier - (Merci Thierry ! ) ;

Barque de papyrus - Peinture pariétale de la tombe de la dame Hetepet - (© https://osirisnet.net/news/n_02_18.htm?fr)

Barque de papyrus - Peinture pariétale de la tombe de la dame Hetepet - (© https://osirisnet.net/news/n_02_18.htm?fr)

 

puis, dans un second temps, des bateaux tout à fait ordinaires primitivement conçus en bois locaux, tel l'acacia, avançant à la rame et ensuite dotés de voiles ...

 

     L'Égypte se révélant extrêmement pauvre en bois longs si attendus dans la construction navale, force fut, dès le tout début de l’Ancien Empire, de nouer des relations commerciales avec des voisins syro-libanais pour importer du cèdre : vous comprendrez aisément  que ces premiers bateaux d’importance furent l’apanage du souverain, le seul à disposer des moyens à même de financer ce genre de réalisation : souvenez-vous d'Ounamon, mandé pour s'en aller quérir des houppiers de cèdre aux fins de réfectionner la barque royale.

  

     À partir de la fin de l'Ancien Empire et au Moyen Empirenobles et très hauts fonctionnaires bien en cour s'arrogèrent certains privilèges préalablement dévolus à la seule famille régnante pour, comme je vous l'ai récemment expliqué, ce qui concerne les rituels funéraires, - avec notamment les "Textes des Sarcophages" -, mais aussi le moyen de transport permettant de franchir le Nil et d'accéder à la nécropole de l'Ouest ; sans oublier leur navigation métaphorique vers l'Au-delà et les "Champs d'Ialou".  

 

     Bon nombre d’entre eux d’ailleurs, accroissant judicieusement bien malgré eux nos connaissance de cette thématique, firent figurer des scènes de navigation dans les chapelles de leur mastaba, que ce soit pour représenter la construction d'esquifs de papyrus ou des joutes de mariniers revenant d’une journée de travail d'arrachage de ces cypéracées dans les régions palustres.

 

 

      Fallût-il que le Nil occupât une place cardinale dans le quotidien de chaque Égyptien, - ce que, je présume, nul parmi vous, amis visiteurs ne contestera -, pour qu'une vitrine entière, la deuxième des cinq de cette salle, y soit entièrement dévolue,

DE LA NAVIGATION ÉGYPTIENNE - 1. DE L'ÉCRIT À L'ARTEFACT FUNÉRAIRE ...

 

avec, entre autres, la présentation dans sa partie supérieure, de plusieurs modèles de barques ou bateaux.

 

     Et notamment, le plus ancien d'entre eux puisqu'il date du temps des premiers rois du pays, à l'époque thinite donc, pièce très rare offrant la particularité d'avoir été réalisée en terre cuite : il s'agit d'une embarcation papyriforme, jadis peinte, à la proue effilée et plus haute que la poupe et contenant en sa partie centrale l'ébauche, - ou le vestige ? -, de ce qui vraisemblablement fut un siège pour son propriétaire. 

 

 

DE LA NAVIGATION ÉGYPTIENNE - 1. DE L'ÉCRIT À L'ARTEFACT FUNÉRAIRE ...

 

 

 "Très rare", ai-je souligné, mais pas unique puisque le 1er décembre 2007, dans l'une des salles de vente de l'Hôtel Drouot-Richelieu, à Paris, fut acquise par un particulier pour 15 000 € une pièce tout à fait semblable que mettait alors en vente l'homme d'affaires français Pierre Bergé.

 

     Mardi 29 mai prochain, pour vous, avec vous, j'envisage de poursuivre le tour d'horizon  à peine entamé des modèles d'embarcations exposés dans la vitrine 2 de cette salle 3 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre parisien ... 

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commentaires

C
telles ou telles oeuvres... des petits "s" qui se sont dérobés... sourires!
Répondre
R
Pour qui sont ces "s" qui se séparent de vos syntagmes ?
C
Bonsoir Richard,<br /> La soirée monte et je navigue à travers la richesse de votre magnifique article... J'aime profondément l'idée du « propre lecteur de soi-même », comme si le livre était un inépuisable révélateur de pensées et d'émotions lovées en soi, un territoire d'initiation nous confrontant à d'autres aspects de nous, pas forcément visibles même quand on se connaît bien ou qu'on pense bien se connaître. Voyage à travers les mots, les strates de différents mondes et, au gré d'intenses pérégrinations culturelles, au creux de soi.<br /> <br /> Des mots du papyrus, absolument superbes : « Plus utile un livre qu'une stèle gravée,<br /> Qu'une enceinte consolidée.<br /> Si on avait fait ces édifices et ces pyramides,<br /> C'était afin de prononcer leurs noms... » à ceux de Marcel Proust, on est saisis, emportés, non pas de Charybde en Scylla mais vers des contrées où écriture et lecture sont reines. <br /> <br /> Les modèles de barques et de bateaux sont fascinants. On dirait qu'ils cheminent dans leur majestueuse immobilité, au sein de leur vitrine, un océan transparent. Les photos nous offrent un mouvement silencieux et vous nous alléchez en évoquant l'étude des modèles d'embarcations. <br /> La quête de la matière première, ces bois indispensables, l'acacia, le cèdre aux senteurs aromatiques, promet une enquête des plus aiguisées et palpitantes alors merci d'avance.<br /> <br /> Merci également, avec une émotion très intense, pour ce que vous m'avez écrit. J'en suis fort touchée et je ne manquerai pas de proposer à la lecture des textes que je retrouverai au gré de mes rangements et possibilités... Votre enthousiasme ainsi que celui d'Alain que je remercie avec la même intensité m'est très précieux, je tenais à vous le dire. Et d'autant plus précieux pendant les jours « compliqués » sur le plan de la santé.<br /> Quant à la boulimie de connaissance à laquelle vous faites allusion, je la ressens si souvent... Une « addiction » généreuse à ce que la culture, à travers ses différents visages, peut nous proposer. Continuons d'être boulimiques de ces trésors, notre faim ne sera jamais totalement rassasiée mais le plaisir sera au rendez-vous ! Merci pour les superbes saveurs de vos travaux et la générosité qui en émane. Une générosité qui contraste tant avec l'égoïsme de riches personnages, faisant l'acquisition de telle ou telle oeuvre pour s'en délecter à leur convenance ou jouir du fait de les posséder alors que ce sont des trésors de l'Humanité...<br /> Je vous souhaite une excellente soirée, avec mes pensées d'amitié !<br /> Cendrine
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R
MERCI Cendrine pour ce superbe commentaire que votre extrême sensibilité à mes modestes articles vous une nouvelle fois dicté ...
A
C’est une belle « sagesse » qui est mise en exergue à côté d’un extrait de Proust. Les égyptiens antiques avaient parfaitement conscience que le plus important n’était pas l’objet ou l’édifice mais les noms gravés dessus qui resteront, grâce au pouvoir de l’écrit, dans l’esprit des générations futures.<br /> Lorsque je vois, au bas de la vitrine du Louvre, tous ces types de poissons qui devaient peupler les eaux du Nil, je me dis que la pêche devait être une activité florissante pour commercer où tout simplement se nourrir. Le Nil, fleuve nourricier n’est pas un vain mot.
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R
Pas trop vite, Alain : nous "pêcherons" les poissons du Nil bien plus tard dans l'année ... Nous allons d'abord nous occuper des embarcations ...
C
affaires
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C
Quel dommage que de riches hommes d'affaire, y compris Pierre Bergé, se permettent d'acheter le patrimoine de l'humanité pour leur seul plaisir personnel…<br /> <br /> <br /> Un bien bel en-tête d'article qui me parle.<br /> <br /> <br /> Je m'en vais moi aussi naviguer sur un autre fleuve royal, à bientôt.
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R
Oui, Christiana : et ils sont nombreux dans le monde ces richissimes qui s'offrent des œuvres d'art pour leur seule jouissance personnelle ...<br /> <br /> Vacances "dans" les châteaux de la Loire ?<br /> <br /> Excellent séjour à vous deux.
G
Je dois remercier ce cher Proust, qui m'est secourable en devançant mon étourderie, car je n'aurai point de regret, au moment de couper les amarres ; celles-ci étant les tentacules d'une pieuvre, pourront repousser.
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R
Toujours il nous faudra remercier le petit Marcel d'être devenu l'immense Proust, Guillermo, et d'ainsi nous avoir permis, avec Chateaubriand avant lui, de comprendre ce qu'est réellement cette si belle langue française qui tant mérite notre admiration ; car après lui, on peut compter les grands littérateurs sur les doigts d'un manchot de la main droite ...
G
Nous arrivons aujourd'hui près du rivage, devant notre « Per Ânkh », le Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, à Paris. Ayant navigué sur le Nil nourricier au gré de vos considérations liminales basées sur les anciens contes égyptiens, il nous incombe de nous fixer, « ...comme une pieuvre qui jette une première puis une seconde, puis une troisième amarre... »* sur cette vitrine remplie de ce que vous nommez artefacts et qui deviennent, pour nous vos lecteurs des promesses de nouveaux écrits. <br /> Permettez moi de vous souhaiter une excellente semaine.<br /> <br /> *(M. Proust, À la recherche du temps perdu,Du côté de chez Swann, 1913, p. 283. )
Répondre
R
Que me plaît, cher Guillermo, cette comparaison que vous empruntez à Marcel Proust évoquant les sentiments de jalousie de Swann envers Odette ! Pour la poursuivre, permettez-moi de trahir grandement ses propos en indiquant qu'après celle que nous allons découvrir ensemble, il y aura beaucoup plus tard une autre vitrine, puis une autre encore ...<br /> Merci à vous d'être ici venu commenter mon article.

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  • : Visite, au Musée du Louvre, au fil des semaines, salle par salle, du Département des Antiquités égyptiennes.Mais aussi articles concernant l'égyptologie en Belgique.Mais aussi la littérature égyptienne antique.Et enfin certains de mes coups de coeur à découvrir dans la rubrique "RichArt" ...
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