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26 juin 2018 2 26 /06 /juin /2018 00:00

 

 

     " L'homme de génie ne peut donner naissance à des œuvres qui ne mourront pas qu'en les créant à l'image non de l'être mortel qu'il est, mais de l'exemplaire de l'humanité qu'il porte en lui. Ses pensées lui sont, en quelque sorte, prêtées pendant sa vie, dont elles sont les compagnes. À sa mort, elles font retour à l'humanité et l'enseignent." 

 

 

 

 

Marcel  PROUST

John Ruskin

 

dans Gazette des Beaux-Arts, 1er avril 1900

 

repris de Pastiches et mélanges

Paris, Gallimard, La Pléiade, 1971,

p. 106.

 

 

 

 

 

     Après avoir tout récemment, grâce à Madame Gersande Eschenbrenner-Diemer, Docteur en Égyptologie et à l'amabilité qui fut sienne de me fournir nombre considérable de renseignements inhérents aux travaux de recherche qu'elle mena et qui débouchèrent en 2013 sur une bien judicieuse intervention menée, en collaboration avec Madame Élisabeth Delange, Conservateur en chef des Antiquités égyptiennes du Louvre et Madame Anne Portal, Conservateur-restaurateur du patrimoine, sur les modèles de bateaux alignés ici devant vous, amis visiteurs, sur la grande étagère centrale de la vitrine 2 de la salle 3, - mais aussi, sur ceux toujours actuellement conservés dans les réserves, et qui, sous peu j'espère, seront enfin présentés au grand jour, ne fût-ce que dans une banque de données accessible à tout un chacun - ; après avoir, donc, éclairci l'origine de quelques "transformations" qui nous avaient intrigués suite à la simple comparaison des photos prises par Claude Field le 31 janvier dernier et celles, partiellement différentes, apparaissant toujours sur le site internet officiel du Musée, je souhaiterais avec vous poursuivre la découverte des autres maquettes d'embarcations, en commençant par N 2457, chronologiquement la première de celles actuellement au Louvre puisqu'elle figurait au sein de la collection des 4000 œuvres dont Henry Salt (1780-1827), consul général britannique au Caire, cherchait à se départir et qu'après avoir reçu l'aval du roi Charles X, Jean-François Champollion, rappelez-vous, avait acquise.

     Elle était entrée au Musée en 1826.

 

DE LA NAVIGATION ÉGYPTIENNE - 6. MODÈLE D'EMBARCATION  (Inv. N 2457)

 

 

      À la différence de la majorité des pièces de la série ici proposée que maintenant vous savez provenir du Moyen Empire, cet exemplaire en bois polychromé de 107, 3 centimètres de long, 21 de large et 25,2 de hauteur se révèle quelque peu antérieur puisqu'il date de la VIème dynastie, soit de la fin de l'Ancien Empire.

 

     Il s'agit d'un artefact dont l'origine géographique n'a pas été relevée, si pas véritablement unique, à tout le moins esseulé ou délaisé, à tel point que dans sa Notice descriptive des Monuments égyptiens du Musée Charles-X, Champollion en personne, - lui qui pourtant avait étudié et invité son souverain à offrir cette deuxième collection Salt à la France, la première ayant été, je le rappelle incidemment, acquise par le British Museum de Londres, en 1818 -,  n'en fit même pas mention !

     Oubli ? Volonté délibérée dans le chef de l'inventeur des hiéroglyphes, par ailleurs premier Conservateur des Antiquités égyptiennes  ?

 

     Nonobstant, au British précisément, un modèle, BM EA 9510, accuse de manifestes analogies quant au style, aux dimensions et à la technique de fabrication avec "notre" N 2457. De sorte qu'il donne à penser que tous deux pourraient exciper d'une origine commune dans la mesure où la position caractéristique des jambes repliées des marins infère que les deux bateaux émaneraient d'un même atelier, probablement memphite, et auraient été réalisés au cours de la même VIème dynastie.     

 

     Quoi qu'il en soit, pour ma part, alors que voici 10 ans, il ne figurait nullement dans la vitrine, j'applaudis à la décision prise d'enfin l'exhumer des sous-sols et d'ici l'intégrer.

     Cela permit de s'aviser de l'apposition, au dos d'un des hommes d'équipage, d'une petite étiquette vieille d'environ deux siècles mentionnant simplement qu'il faisait partie de la collection Salt qui, je le souligne également au passage, ne constitua nullement l'unique apport de monuments, de quelque taille qu'ils fussent, au Département des Antiquités égyptiennes du Louvre.

     Forte de cette mince mais assurément pas anodine indication, Madame Eschenbrenner conjectura que d'autres figurines s'autorisant de la même référence d'acquisition, "perdues", voire "oubliées" dans les riches entrailles du Musée, devaient inévitablement faire partie intégrante de la même embarcation.

 

     Celle-ci, relativement fruste, monoxyle, comprenez : taillée dans une seule pièce de bois, m'apparaissant "émouvante" malgré son aspect peu dégrossi, annonce la particularité de certaines du Moyen Empire, papyriformes, que vous avez admirées les semaines précédentes : il ne s'agit en définitive que pérenniser l'esthétique globale des barques égyptiennes des temps premiers.

 

     Alors que ses extrémités effilées furent originellement peintes en jaune et la figuration des ombelles qui les terminent tout à la fois recouvertes de noir, de rouge et de rose, la partie centrale de la coque, plus large, se différencie par sa blancheur. 

 

 

DE LA NAVIGATION ÉGYPTIENNE - 6. MODÈLE D'EMBARCATION  (Inv. N 2457)

 

 

     Approchons-nous, voulez-vous de trois des marins assis sur le pont, jambes repliées ; pont qui, probablement l'aurez-vous déjà remarqué, est à bâbord comme à tribord encadré de longerons protecteurs de faible hauteur.

 

DE LA NAVIGATION ÉGYPTIENNE - 6. MODÈLE D'EMBARCATION  (Inv. N 2457)

 

 

     Grâce à ce gros plan que nous offre ici Claude Field, vous avez l'opportunité, amis visiteurs, d'aisément comprendre un détail de fabrication de ces personnages taillés dans du bois de sycomore : les petits trous noirs que vous distinguez sur le haut du corps de chacun des deux de l'avant-plan, à la taille pour celui de gauche, à l'épaule pour son voisin, vous prouvent que leurs bras étaient enchevillés tout à la fois aux épaules et aux coudes.

     Et c'est également une petite cheville qui les maintenait assis sur le pont du bateau. En revanche, leur collègue debout à la proue, censé sonder, comme déjà j'eus l'opportunité de vous l'expliquer, la profondeur de l'eau du Nil, se trouve pour sa part fixé par un tenon saillant de son pied pour s'enfoncer dans une mortaise percée dans le bois du pont.  

 

     Si, gantés de blanc, vous aviez l'heur de prendre en mains cette embarcation millénaire retirée de sa vitrine, vous constateriez que d'autres évidements pratiqués à même ce pont vous permettraient d'en supputer l'équipage ... qui, d'origine, comprit le marin sondeur à la proue et le barreur à la poupe, mais aussi six rameurs : trois sont donc peut-être encore à dénicher dans les réserves ... ou irrémédiablement égarés pendant leur traversée, non pas du Nil, mais de la Méditerranée et peut-être aussi de la Seine, avant de franchir les guichets du Louvre ... 

 

     Quant au timonier, si esseulé à la poupe, si dépourvu, alors que la bise ne fut pas encore venue, qu'en dire de plus que ce que déjà, à propos de E 12027, je vous ai expliqué le 12 juin dernier ? 

 

 

     En revanche, c'est par une mise au point concernant la coque de l'embarcation sur laquelle nous nous sommes penchés ce matin que je mettrai fin à la présente entrevue et, par la même occasion, que j'introduirai succinctement notre futur entretien du mardi 3 juillet, vraisemblablement l'ultime avant mon traditionnel cadeau annuel : deux mois de vacances estivales sans la moindre incursion d'EgyptoMusée dans votre vie.

 

     Et pour l'heure donc, concevez, amis visiteurs, que se classent en deux catégories distinctes les bateaux se terminant par des ombelles de papyrus soit, comme N 2457 aujourd'hui ou E 11993 évoqué dernièrement, présentant une coque épaisse et massive, soit comme celui de la semaine prochaine, E 32566, doté d'une coque fine et extrêmement effilée ... 

 

     À mardi, pour que de conserve nous la découvrions ?       

 

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

 

 

ESCHENBRENNER-DIEMER  Gersande/PORTAL  Anne, Un nouveau regard sur des modèles de bateaux égyptiens au musée du Louvre, dans La Revue des Musées de France - Revue du Louvre, Paris, 2016, n° 1, pp. 18-29.

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commentaires

ARMELLE BARGUILLET 15/02/2021 11:40

Incroyable et fastueuse civilisation qui a toujours fait rêver les amateurs d'histoire. Quand je suis allée en Egypte, je n'ai pas été déçue. Non seulement les monuments sont beaux mais les sites sublimes dans leur imposant silence.

Richard LEJEUNE 15/02/2021 12:08

Non seulement, la civilisation égyptienne fait rêver les amateurs d'histoire, Madame Barguillet-Hauteloire, mais au temps si heureux et malheureusement révolu de mes années d'Enseignant, j'eus le bonheur de voir son or souvent se refléter dans les yeux de mes jeunes Élèves : beaucoup d'entre eux souhaitaient devenir archéologues, égyptologues. Les parents, la vie à vrai dire, en décidèrent autrement ... Mais au moins, adolescents, avaient-ils pu un temps rêver ...

françoise 03/07/2018 16:40

Alors rendez vous le 4 septembre. Je vous souhaite de bonnes vacances joyeuses et ensoleillées.
Amicalement.

christiana 30/06/2018 11:04

L'embarcation N 2457, 3 centimètres de long, 21 de large…
Ça ne serait pas plutôt le contraire? 21 de long et 3 de large??? En observant la photo, ton énoncé ne me semble pas correct...

Richard LEJEUNE 30/06/2018 16:16

Ah ! La Gloire, la Gloire ...!!!

Christiana 30/06/2018 13:22

Oups! Désolée! Ça ne va pas mieux moi!

Richard LEJEUNE 30/06/2018 11:14

??? Mais j'ai écrit "107, 3 centimètres de long", chère Christiana !!!

Alain 30/06/2018 10:39

Je m’aperçois que, cette fois, le timonier n’a plus de piliers derrière lui percés de trous permettant avec des baguettes de faire bouger le gouvernail.
Ce brave timonier semble s’égosiller dans le vide car il manque effectivement des rameurs dont nous voyons encore l’emplacement. Peut-être pourrait-on (faute de mieux) ajouter des rameurs d’époques plus récentes, du moyen empire, qui semblent peu différents en dehors de la tête. Ce que j’en dis, c’est pour qu’ils se sentent moins seuls…

Richard LEJEUNE 30/06/2018 11:22

Extraordinaire ! Sais-tu que tu deviens un pro, Alain ?
Il va falloir que je me méfie de ton savoir en égyptologie, que je me méfie de ces Étudiants qui surpassent le "Maître" ...

Mais qu'est-ce que tu me fais plaisir ... en jonglant ainsi avec les époques de l'histoire égyptienne.
Sans parler de ton humour clôturant ton présent commentaire ....

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