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3 juillet 2018 2 03 /07 /juillet /2018 00:00

 

 

     "Prenez un jeune homme de fortune modeste, de goûts artistes, assis dans la salle à manger au moment banal et triste où on vient de finir de déjeuner et où la table n'est pas encore complètement desservie. L'imagination pleine de la gloire des musées, des cathédrales, de la mer, des montagnes, c'est avec malaise et avec ennui, avec une sensation proche de l’écœurement, un sentiment voisin du spleen, qu'il voit un dernier couteau traîner sur la nappe à demi relevée qui pend jusqu'à terre, à côté d'un reste de côtelette saignant et fade. Sur le buffet un peu de soleil, en touchant gaiement le verre d'eau que des lèvres désaltérées ont laissé presque plein, accentue cruellement, comme un rire ironique, la banalité traditionnelle de ce spectacle inesthétique.

(...)

     Il maudit cette laideur ambiante, et honteux d'être resté un quart d'heure à en éprouver, non pas la honte, mais le dégoût et comme la fascination, il se lève et, s'il ne peut pas prendre le train pour la Hollande ou l'Italie, va chercher au Louvre des visions de palais à la Véronèse, de princes à la Van Dyck, des ports à la Claude Lorrain, que, ce soir, viendra de nouveau ternir et exaspérer le retour dans leur cadre familier des scènes journalières."

 

 

Marcel  PROUST

Chardin et Rembrandt

 

dans Essais et articles - Débuts littéraires

Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 2009, pp. 372-3

 

 

 

     Jamais achevé, jamais envoyé donc, c'est pourtant à cet article que le jeune Marcel Proust, en 1895, - il a 24 ans -, fait allusion quand il adresse à Pierre Minguet, directeur de la Revue hebdomadaire, une lettre manuscrite figurant dans les archives de la Bibliothèque nationale, à Paris, commençant par ses mots : 

     "Je viens d'écrire une petite étude de philosophie de l'art, si le terme n'est pas trop prétentieux, où j'essaie de montrer comment les grands peintres nous initient à la connaissance et à l'amour du monde extérieur, comment ils sont ceux «par qui nos yeux sont déclos» et ouverts en effet sur le monde.

 

     1895, c'est l'année où, lors des soirées "Salon du jeudi" de Madame Alphonse Daudet, Proust fait la connaissance de ses deux fils, et plus spécifiquement, Lucien, de 7 ans son cadet. 

     La correspondance qu'il reçut du "Maître"et le récit de leur relation que Lucien, étudiant à l'Académie Julian, a publiés dans un ouvrage intitulé "Autour de soixante lettres de Marcel Proust", lu tout dernièrement, m'a permis de découvrir cet extrait :

 

     " Quelquefois, j'allais chercher Marcel Proust à la Bibliothèque de l'Institut ; (...) nous allions souvent au Musée du Louvre. Il était un grand critique d'art. Personne alors n'en savait rien. Tout ce qu'il découvrait dans un tableau, à la fois picturalement et intellectuellement, était merveilleux et transmissible ; ce n'était pas une impression personnelle, arbitraire, c'était l'inoubliable vérité du tableau (...) et, de même que dans son oeuvre, rien de pédant, rien d'abstrait non plus, mais l'opération mystérieuse qui change la valeur du mot le plus courant, et en fait une formule magique ..."

 

     Ah ! qu'il m'eût plu de pouvoir suivre discrètement semblable esthète dans les salles du Louvre ; qu'il m'eût plu de l'entendre disserter sur Chardin ou Rembrandt, ou sur les chefs d'oeuvre de trois Primitifs italiens, Fra Angelico, Ucello et Ghirlandajo, qu'il adorait ; et qu'il m'agréerait aujourd'hui de lire, dans un des articles ou mélanges rédigés dans sa jeunesse, bien avant la renommée qui fut sienne, ce qu'il eût pensé de ces extraordinaires et si fragiles modèles d'embarcations antiques, présentés tels que, depuis plusieurs semaines déjà, nous les découvrons vous et moi de conserve, amis visiteurs, en cette vitrine 2 de la salle 3 du Département des Antiquités égyptiennes ... comme, par exemple, celui vers lequel, ce matin, je vous convie à porter un regard attentif.

DE LA NAVIGATION ÉGYPTIENNE - 7. MODÈLE D'EMBARCATION  (Inv. E 32566)

 

 

     En effet, ne souhaitant pas plus m'attarder sur le très banal E 5539 datant comme beaucoup d'autres du Moyen Empire

DE LA NAVIGATION ÉGYPTIENNE - 7. MODÈLE D'EMBARCATION  (Inv. E 32566)

 

 

que sur ces quelques avirons rassemblés sous le même numéro d'inventaire N 1536 et que seule, administrativement, une lettre ajoutée, - A, B ou C, -,  différencie les uns des autres, 

DE LA NAVIGATION ÉGYPTIENNE - 7. MODÈLE D'EMBARCATION  (Inv. E 32566)

 

j'ai plutôt choisi d'évoquer ce matin cette pièce exceptionnelle datant, tout comme N 2457, de l'extrême fin de l'Ancien Empire.

 

 

     Convenez-en, amis visiteurs, il y aura du monde aujourd'hui, assurément !

     Oh, certes pas autour de nous pour participer à l'ultime rendez-vous qu'ÉgyptoMusée vous a fixé avant de vous donner congé aux fins de pleinement profiter des vacances estivales loin de lui mais, comme vous le constatez, à bord ainsi que sur un socle en bois  

DE LA NAVIGATION ÉGYPTIENNE - 7. MODÈLE D'EMBARCATION  (Inv. E 32566)
DE LA NAVIGATION ÉGYPTIENNE - 7. MODÈLE D'EMBARCATION  (Inv. E 32566)

 

placé à côté de l'embarcation papyriforme E 32566 qui, je le souligne au passage, constitue en matière de navigation égyptienne, la dernière pièce que le Musée acquit, voici déjà 20 ans, lors d'une vente proposée par un collectionneur privé.

 

     Ces rameurs isolés sur ce socle, globalement semblables à leurs voisins immédiats, font partie du projet d'étude et de reconstitution envisagé par Madame Gersande Eschenbrenner-Diemer, dont vous ne pouvez plus ignorer à présent la pertinence du travail qui fut sien pour mettre en valeur les bateaux de cette vitrine. Ces hommes semblent donc former un équipage homogène dont l'embarcation d'origine n'a malheureusement pas été retrouvée, raison pour laquelle le socle sur lequel ils ont été ainsi rassemblés n'a d'autre raison d'être que de vous permettre, par comparaison évidente avec E 32566 tout à côté, d'en imaginer la perspective. 

 

     "Pièce exceptionnelle", avançai-je à l'instant à propos de cette barque funéraire en bois naturel recouverte de stuc jadis peint dont il ne subsiste que traces éparses, notamment par sa taille puisqu'elle mesure un mètre trente-cinq de longueur pour une largeur de seulement onze centimètres ; exceptionnelle également par son contenu humain : 29 "marins", le défunt et un autre homme, que j'évoquerai tout bientôt, ce n'est guère fréquent ni sur les maquettes traditionnelles ni au niveau des peintures ou des bas-reliefs découverts dans les mastabas de l'Ancien Empire ; exceptionnelle enfin par la rareté de pièces semblables au sein d'autres institutions muséales : dans la présentation qu'il en a faite, référencée dans ma bibliographie infrapaginale, l'égyptologue français Dominique Farout, précise, p. 29,  qu'à sa connaissance, il n'en existe que deux autres exemplaires, l'un au Musée du Caire (1,87 mètre et 37 personnages) et dans celui de Turin (33 figurines ; les dimensions du bateau n'étant toutefois pas indiquées). 

 

     Madame Eschenbrenner, dans l'étude qu'elle a menée à bien quelques années après la parution de l'article du Professeur Farout, - voir à nouveau la bibliographie ci-après -, s'est pour sa part étonnée de ce nombre imposant de personnages et, après les avoir minutieusement analysés, en conclut, p. 23, que :

 

     "Trop serrés les uns sur les autres, démultipliés en trop grand nombre vers la proue et la poupe, ils proviennent assurément de plusieurs modèles similaires".

     Car, répète-t-elle : "Il était en effet courant, dans le commerce de l'art, de rendre plus attractifs les modèles en croisant différents équipages.

 

     Quoi qu'il en soit, et le gros plan réalisé par Claude Field vous le confirmera immédiatement, ce bateau funéraire devait contenir plus de figurants encore : apercevez-vous çà et là des trous sur le pont et des petits tourillons n'attendant que la présence d'un nouveau bonhomme qui viendrait là se ficher pour l'éternité ? 

 

     

 

DE LA NAVIGATION ÉGYPTIENNE - 7. MODÈLE D'EMBARCATION  (Inv. E 32566)

 

     Autorisez-moi quelques dernières considérations pour clôturer notre rendez-vous de ce matin à propos des personnes présentes sur cette embarcation funéraire relativement fruste mais, à tout le moins pour ce qui me concerne, extrêmement émouvante.

 

     Le défunt, d'abord, la taille ceinte d'un pagne blanc, assis à la poupe sur un siège cubique sans dossier, les mains posées sur les genoux, dut très probablement à l'origine être protégé par un dais dont il ne subsiste que quatre montants de bois peints en rouge et noir, le toit, à la différence de E 284 ou E 17111, ayant ici disparu.. 

  

DE LA NAVIGATION ÉGYPTIENNE - 7. MODÈLE D'EMBARCATION  (Inv. E 32566)

 

 

     Comme lui, tous les occupants du bateau funéraire sont tournés vers la proue.

     Tous ?

     Vraiment ?

 

     Approchez-vous davantage, amis visiteurs : distinguez-vous, dépassés les quatre premiers assis devant le défunt, genoux remontés jusqu'à la taille et bras tendus à l'horizontale, un autre debout, intégralement nu, penché vers le bord du bateau vous exposant impudiquement son arrière-train ... ou son sexe, si l'envie vous prend de le vérifier de l'autre côté de la vitrine ?

 

     S'agirait-il d'un pêcheur ?, s'interroge Madame Eschenbrenner, forte d'une comparaison qu'elle établit avec l'un ou l'autre relief de mastabas d'Ancien Empire où, toutefois, un cache-sexe dissimule le bas-ventre, mais aussi grâce à la présence de petites chevilles de bois visibles au niveau de ses mains invitant à penser qu'il tenait éventuellement de quoi remonter aisément les poissons ainsi capturés. Dominique Farout, pour sa part, opterait plutôt pour voir en lui un sondeur.

 

     Les autres personnages assis, quinze à bâbord, quatorze à tribord, genoux écartés les uns par rapport aux autres et néanmoins repliés haut, verticalement, ne sont pas tous identiques : indépendamment du fait que certains ont subi les outrages du temps, - qui a perdu une main, qui le bras entier -, tous, quand ils le peuvent, adoptent pourtant la même gestuelle des bras étendus parallèlement et horizontalement ; tous, relativement filiformes, non seulement ne sont pas de même hauteur, non seulement ne sont pas dotés de la même petite tête alors qu'ils portent tous la même courte perruque couvrant leurs oreilles, mais en outre, tous se démarquent par rapport à la morphologie du corps de l'homme nu et de celui du défunt, tout en affichant les mêmes particularités au niveau de leur visage ...

 

     Personnellement, eu égard à la position si parallèle de leurs bras, je comprends difficilement que l'on en fasse des rameurs ... sauf à penser évidemment que quand il arriva jadis chez le collectionneur qui en 1998 le revendit au Louvre, l'objet se présenta en divers morceaux comme ce fut souvent le cas par le passé et que sa reconstitution, son remontage pêcha par défaut de connaissance du "restaurateur" qui alors s'en chargea ...

 

 

 

* * * 

 

 

     "Le monde n'a pas été créé une fois, mais aussi souvent qu'un artiste original est survenu."

 

Marcel  PROUST

À  la recherche du temps perdu

Le côté de Guermantes,  II

 

Paris, Gallimard, Le Livre de Poche 1639-40, 1966,

p. 30.

 

 

 

* * *

 

     En espérant vous retrouver nombreux le mardi 4 septembre prochain, je vous souhaite à toutes et à tous, amis visiteurs, un excellent été.

 

     Richard

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

 

COMPAGNON  Antoine, Proust au Musée, p. 6 du texte librement téléchargeable sur le site du Collège de France.

 

 

DAUDET  Lucien, Autour de soixante lettres de Marcel Proust, Paris, Gallimard, 2012, p. 18. 

 

 

ESCHENBRENNER-DIEMER  Gersande/PORTAL  Anne, Un nouveau regard sur des modèles de bateaux égyptiens au musée du Louvre, dans La Revue des Musées de France - Revue du Louvre, Paris, 2016, n° 1, pp. 18-29.

 

 

 

FAROUT  Dominique, Un nouveau modèle de barque égyptienne au Musée du Louvre, dans La Revue du Louvre, Paris, 2000, n° 5, pp. 29-32.

 

 

 

PROUST  Marcel, Chardin et Rembrandt, dans Essais et articles - Débuts littéraires, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 2009, pp. 372-3.

 

 

 

ID.  À  la recherche du temps perdu, Le côté de Guermantes II, Paris, Gallimard, Le Livre de Poche 1639-40, 1966, p. 30.

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commentaires

Cendrine 03/09/2018 12:09

Bonjour Richard,
J'espère que vous avez passé de bonnes vacances ainsi que votre famille.
Je vous écris car j'ai reçu un message qui semblerait être de vous, dans ma messagerie, et son contenu m'étonne un peu...
Je ne sais pas s'il est vraiment de vous et s'il m'est destiné?

Voici le message:
"Bonjour,comment vas-tu?
J'ai un service à te demander.
Puis-je le faire par mail? Mon mobile est pour le moment hors-service.

Richard Lejeune"

Le tutoiement ne me gêne pas, si c'est bien un message pour moi mais...

Je viens aux nouvelles...

En vous souhaitant une bonne journée, bien amicalement!

Cendrine

Richard LEJEUNE 03/09/2018 12:16

Bonjour Cendrine.

Non, non : n'en tenez point compte car j'ai reçu effectivement depuis ce matin des messages de la part de plusieurs de mes contacts pour me signaler ce piratage inapproprié de mon adresse courriel.
J'espère que personne ne se sera laissé piéger ... car je présume que "je" demandais de l'argent ...
Merci de m'avoir vous aussi signalé cette déplorable intrusion.

Barbara 08/07/2018 14:07

Bonjour Richard .Ravie de pouvoir vous lire ,enfin...! Une opération récente des voies lacrymales -et ses conséquences- m'empêchait de distinguer lettres et mots ..Merci pour ce "sujet" qui m'a intéressée et passionnée car naviguer ,c'est partir au loin ,s'évader du quotidien mais aussi s'immerger dans la vie de ces marins de l' Egypte antique .Et ma traduction du " Naufragé" va se poursuivre cet été avec une vision différente , grâce à votre blog et commentaires divers .
Vous quitter jusqu'au 4 septembre sur cette dernière photo "suggestive" -hasard ou pas ? - est un clin d'œil aux vacances estivales ,certaines tenues étant très minimales ....et cela me fait sourire .
Bonnes vacances à vous et votre famille ,profitez-en bien et au plaisir de vous retrouver avec un nouveau sujet . Bisous .
Barbara :-)

Bonnes vacances à vous et votre famille .

FAN 06/07/2018 18:33

Cher Richard, même si votre étude pointue sur la navigation égyptienne ne m'a pas vraiment intéressé, je vous souhaite d'excellentes vacances et vous dit à bientôt pour 4 Septembre 2018!! Bisous Fan

Richard LEJEUNE 07/07/2018 08:17

Tous les sujets de mes articles ne peuvent évidemment pas intéresser tous mes lecteurs, chère Fan. Merci d'avoir l'honnêteté de l'écrire. Bel été à vous.

christiana 06/07/2018 14:49

Dommage qu'on ne puisse pas voir comment ils tenaient et maniaient leurs rames; une de chaque côté? en parallèle? IL me semble impossible de ramer dans cette position: au moment où les genoux sont hauts et serrés, les bras devraient être écartés, coudes levés et au moment où les bras sont tendus, les jambes devraient être dépliées et le buste penché en arrière… était-ce une sorte galère?

Richard LEJEUNE 07/07/2018 08:11

Ce sont évidemment les peintures murales ou les bas-reliefs qui nous renseigneront mieux sur le sujet que les reconstitutions de pièces détachées comme sont arrivées certaines des embarcations exposées au Louvre, Christiane. Et effectivement, E 32566 se présente bizarrement ... même si l'on considère les judicieuses comparaisons avec des courses de notre époque suggérées ici même par Alain et Guillermo, ainsi que les explications très pointues de ce dernier ... Une remarque toutefois : dans ces compétitions lezs hommes sont placés les uns derrière les autres. En revanche, et ceci répond à ta question, en Égypte, il y a chaque fois un rameur à bâbord et un à ses côtés, à tribord : ce qui signifie que chaque homme tient sa rame des deux mains ...

Cendrine 05/07/2018 21:04

... pour porter chance à l'embarcation...
:)

Cendrine 05/07/2018 21:03

Un petit coucou supplémentaire Richard, concernant le personnage nu montrant son arrière-train, sourires... Se pourrait-il qu'il s'agisse d'une sorte de dieu facétieux, façon Bès? Je n'ai pas dit qu'il s'agissait de lui et je me doute que le personnage ne réunit pas les caractéristiques associées à ce personnage vif et dansant mais dans l'idée, je ne sais...je réfléchis!
Un personnage qui expose d'un côté ses attributs sexuels pour porter chance à la route de l'embarcation et de l'autre côté dire "bon vent", sans jeu de mot gazogène, aux périls pouvant faire chavirer la dite embarcation.
Oh... je me dis que vous allez peut-être penser que j'ai fini par croiser le lapin blanc et qu'il m'a invité à déguster je ne sais quel élixir faisant délirer mon esprit. Ne m'en veuillez pas là non plus si ce que je propose semble purement loufoque.
Un facétieux, un personnage ayant un lien avec une certaine idée de la fécondité comme les esprits du riz dans le Shinto qui se montrent nus, tendent leur croupe façon boutade et "bon tour" à jouer aux gens qui regardent.
Qui sait???
J'arrête là mes spéculations et je vous souhaite à nouveau un très bel été
Bien amicalement,
Cendrine

Richard LEJEUNE 07/07/2018 07:42

J'apprécie beaucoup ce supplément d'élucubrations frappées au coin de l'oeuvre de Lewis Carroll, Cendrine et vous avez évidemment raison d'éliminer, avec beaucoup d'humour, votre pensée première faisant allusion à un Bès dont les caractéristiques physiques que lui prêtèrent les Égyptiens furent bien éloignées de celles du marin aux fesses ici dévoilées.
Il n'en demeure pas moins que votre prose lue de si bon matin m'a pleinement réjoui ... Bel été à vous deux et à bientôt, en septembre. Très amicalement, Richard ...

Cendrine 05/07/2018 20:45

Comme vous, Richard, j'aurais tant aimé suivre, en petite souris ou belette facétieuse du Louvre, les déambulations artistiques et philosophiques du grand Marcel Proust. Ah, si nous pouvions faire la connaissance d'un lapin blanc en redingote, passionné d'horloges et enclin à nous créer un vortex nous permettant de remonter le temps... Je laisse mon imagination s'emballer, vous ne m'en voudrez pas !
Il n'empêche... Nous pourrions assister à l'installation de certaines pièces du Louvre, entendre des récits qui nous feraient palpiter l'esprit, voir des « puits » de culture en pleine action...

Je reviens à ces petits personnages au nombre impressionnant. Ils sont pleins de vie, une vie qu'on sent crépiter à travers la matière et que votre passionnant exposé nous donne particulièrement envie « d'écouter ». Au-delà du propos historique et archéologique, je me laisse happer par la poésie qui émane de vos exposés. Vous nous proposez des promenades qui deviennent aventures et de cela, personne ne peut se lasser. Un grand merci à vous Richard !

Merci également à cette dame qui accomplit un travail de recherches remarquable.

Merci pour cette navigation à rebondissements multiples. Je vous retrouverai avec grand plaisir en septembre et je tiens à vous exprimer combien je suis ravie de nos échanges et de cette fidélité qui s'est installée à travers nos petits espaces de la toile. Des années maintenant... Et cela est précieux !
Très bel été à vous et à votre famille
Bien amicalement,
Cendrine

Richard LEJEUNE 07/07/2018 07:22

Merci pour ce nouveau très beau commentaire, chère Cendrine/Alice ...

Guillermo Fernández Oria 05/07/2018 13:57

Nous voici arrivés à Ithaque. Un voyage enrichissant, en ce qui me concerne, m'ayant permis de
découvrir ces modèles de bateaux quelque peu « délaissés », en grande partie par la faute de vendeurs d'antiquités cupides peu soucieux d'histoire, mais aussi de faire la connaissance de
Madame Gersande Eschenbrenner-Diemer, dont les travaux de restauration et mis en ordre des bateaux, ainsi que sa compétence et amabilité méritent d'être mises en lumière.
Je dois vous faire part de la surprise qui fut mienne en lisant votre dernier paragraphe. Des souvenirs de mon adolescence m'assaillirent, des images des régates de traînières dans la baie de Santander, Cantabrie, lieu d'origine de ses barques de pêche reconverties en vaisseaux de course. Dans mon esprit nul doute qu'il s'agissait des rameurs. Je me permets de vous soumettre une photo de l'une de ces manifestations.
https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/d/d6/Santander_en_Regional_de_Cantabria_de_Traineras_2006.JPG
Je vous souhaite des bonnes vacances et une excellente lecture au calme et me réjouis de vous retrouver le 4 septembre prochain.

Richard LEJEUNE 07/07/2018 07:19

Immense merci à vous, Guillermo, pour ces intéressantes explications supplémentaires qui, je vous l'avoue, me jettent personnellement par dessus bord, tant la mécanique physique que le vocabulaire afférent. Mais je présume que pour compenser à vos yeux mon impéritie en la matière, d'aucuns parmi mes visiteurs les apprécieront à leur juste valeur.
Je vous souhaite un beau séjour en pays baltes. Nous nous retrouverons en septembre. À votre meilleure convenance ...

Guillermo Fernández Oria 06/07/2018 16:52

J'ai lu avec intérêt votre réponse à mon commentaire et peux vous apporter quelques compléments d'information.
En premier je vous ferai part d'une idée qui m'effleura en voyant les « rameurs » des bateaux
E 11993/E 11994 ou E 12027 et qui tient à la position de leurs bras. Le mouvement de la rame devait être de peu d''amplitude et l'avance du bateau empreint de lenteur.
L’explication de ce que j'avance, est basée sur la mécanique physique. La pelle de l'aviron doit effectuer un mouvement aussi horizontal que possible, tout juste en dessous de la surface de l'eau, pour réduire l'effort du rameur et obtenir un maximum d'efficacité dans la poussée. Ceci explique pourquoi les bras des rameurs de traînières soient plus hauts que ceux des « huit avec barreur », car les avirons de ces derniers sont plus longs que ceux des anciennes barques de pêche. D'autres aspects ont aussi leur importance, comme le fait que les traînières ont des bancs et des tolets fixes alors que les Blue Boat 's ont de bancs coulissants et des tolets articulés.
Mais trêve de technicisme ! Revenons à nos anciens égyptiens qui ont dû ramer dans leurs bateaux, tout comme nous pour mieux comprendre leur histoire.
Au plaisir de vous retrouver, certes avec un léger retard, car je serais du 25 août au 8 septembre en visite dans les pays baltes.

Richard LEJEUNE 05/07/2018 17:51

Merci pour votre aimable commentaire, Guillermo, mais également pour la très intéressante remarque qui le clôt, avant vos vœux.
À l'instar de celui d'Alain qui hier, ici même, faisait allusion à la course Oxford-Cambridge, le vôtre m'a invité à me documenter sur les épreuves semblables en Cantabrie lors de votre adolescence. Les souvenirs, la réminiscence : Proust, encore et toujours, n'est guère loin ...

Si je me suis autorisé cet avis personnel dans mon dernier paragraphe, c'est en comparant les bras d'autres marins dans la vitrine, notamment, souvenez-vous E 11993/E 11994 ou E 12027.

Une première remarque, celle-ci par rapport à votre photo : si ces sportifs ont effectivement les bras à l'horizontale parallèlement placés au niveau des épaules, ne serait-ce pas parce que la hauteur de la coque sur laquelle posent leurs rames les y oblige ?
Car, et c'est ma seconde remarque, cette fois par rapport aux photos des compétitions anglaises que j'ai vues, ces hommes ne positionnent nullement si haut leurs bras.
Qu'en pensez-vous ?

Quoi qu'il en soit de mon explication personnelle, - le mauvais "remontage" des éléments disparates arrivés chez le collectionneur qui vendit E 32566 au Louvre voici 20 ans -, je me suis réjoui d'avoir, non sportif, acquis de nouvelles connaissances en vous lisant tous deux.
Ce qui ne peut qu'être encouragements à poursuivre nos échanges scripturaux ...

Alain 04/07/2018 14:46

Proust comme beaucoup de grands écrivains de cette époque était également un amateur et critique d’art pictural qui le passionnait. Dans « la recherche » il en parle souvent.
Je ne me souvenais plus de ce peintre italien Ghirlandajo qui fut le maître de Michel-Ange et l’ami des florentins Botticelli et Perugino. Par contre, je me souviens parfaitement de ce tableau de lui vu au Louvre « Portrait de vieil homme et son petit-fils ». Un petit garçon blond ébahi en contemplation devant le nez énorme, globuleux, du grand père.
L’embarcation couverte de rameurs que tu nous montres est assez étonnante. On se croirait dans une course Oxford-Cambridge. Se pouvait-il que l’on mette autant de rameurs sur ce type d’embarcation étroite et fragile qui devait chavirer facilement en cas de fausse manœuvre ?
Pour finir, tu termines la saison scolaire en beauté : un homme nu coincé entre deux rameurs, on se demande ce qu’il fait là, montrant son arrière-train aux rameurs et à nous-mêmes. D’ailleurs est-ce vraiment un homme car le fessier semble avoir une apparence féminine. Ce que j’en dis…
Je crois qu’il est tant que tu prennes des vacances.
Repose-toi bien…

Richard LEJEUNE 05/07/2018 09:16

Tout à fait, Alain, et c'est Elstir qui concrétisera les idées proustiennes à propos de l'art en général et de la peinture en particulier. Bien qu'il apparaisse déjà dans "Du côté de chez Swann", le premier tome de la "Recherche", où on apprend qu'il fréquente le salon de Madame Verdurin sous les noms de M. Biche ou M. Tiche, sans que Proust nous donne à connaître son vrai nom, c'est dans "À l'ombre des jeunes filles en fleurs", que le narrateur le rencontre dans un restaurant de Balbec. Il est LE peintre de la "Recherche", sorte de condensé de quelques grands artistes qu'appréciait Proust : Chardin, bien sûr, mais surtout des impressionnistes tels que Monet,Renoir, Manet ; sans oublier Whistler à qui il devra son nom dans le roman par l'anagramme plus ou moins "correcte" qu'invente Proust en éliminant le "wh" ...

Revenons à la maquette d'embarcation E 32566. Comme je l'ai expliqué, peu d'exemples avec autant de personnes dans les musées ou sur les représentations d'époque (peintures murales ou bas-reliefs).

J'aime beaucoup ta comparaison avec la course que tu cites.

Quant à la nudité d'un des hommes d'équipage, - car c'en est bien un ! -, si les photos de Claude ne nous l'ont pas montrée ; si, personnellement, je n'y ai pas pris attention quand j'étais au Louvre voici une dizaine d'années, les deux égyptologues dont je cite les travaux dans l'article en font sans conteste mention ...
De sorte que, oui, je vais prendre des vacances, Alain, mais, rassure-toi, nullement pour délivrer mon cerveau d'une surcharge intellectuelle. Bien au contraire, je vais enfin pouvoir lire Assouline et Durand-Ruel, ainsi que le Van Gogh de Bernadette Murphy achetés et simplement feuilletés voici bien des mois ...

Artigue 03/07/2018 13:22

Passez un bel ete

Richard LEJEUNE 05/07/2018 07:55

Merci Jocelyne. Vous également ...

françoise 03/07/2018 12:11

Bien sûr je serai au RV le 4 septembre. Je vous souhaite de très bonnes vacances.
Amitiés Françoise

Richard LEJEUNE 03/07/2018 12:22

Merci pour votre fidélité sans la moindre faille, Françoise.
Bel été à vous.

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