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19 juin 2018 2 19 /06 /juin /2018 00:00

 

 

"Au-dessus des étangs, au-dessus des vallées,

Des montagnes, des bois, des nuages, des mers, 

Par delà le soleil, par delà les éthers,

Par delà les confins des sphères étoilées,

 

Mon esprit, tu te meus avec agilité,

Et, comme un bon nageur qui se pâme dans l'onde,

Tu sillonnes gaiement l'immensité profonde

Avec une indicible et mâle volupté.

 

Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides ;

Va te purifier dans l'air supérieur,

Et bois, comme une pure et divine liqueur,

Le feu clair qui remplit les espaces limpides."

 

(...)

 

 

Charles  BAUDELAIRE

Élévation

 

 

Les Fleurs du Mal, 3

(Extrait)

 

dans Œuvres complètes

Paris, Seuil, Collection "L'Intégrale", 1968,

p. 46

 

 

 

DE LA NAVIGATION ÉGYPTIENNE - 5. ÉCLAIRCISSEMENTS ...

 

      En ouvrant mes volets, vendredi dernier, j'augurai que la journée m'apporterait la lumière.

 

     Elle le fit ...

 

 

     Vous vous souvenez assurément, amis visiteurs, que cette thématique consacrée aux barques exposées dans la vitrine 2 de la salle 3 du Département des Antiquités égyptiennes du Louvre (D.A.E.) a de façon inattendue débouché sur un certain nombre de questions concernant d'incontestables changements intervenus au niveau de leur apparence quand il m'a pris l'idée de comparer les photographies que Claude Field, un de mes amis parisiens qui m'a fait l'immense cadeau de se rendre sur les lieux aux fins de me les offrir, - de nous les offrir à tous en réalité ! -, avec celles encore actuellement proposées sur le site officiel internet du Musée, exactement les mêmes qu'il y a dix ans quand déjà je traitai ce sujet, de manière bien plus minimaliste, il est vrai.

 

     Ce mien questionnement, je le soumis le 1er juin au D.A.E et reçut bien aimable réponse qui, je le rappelle au passage, figurait en fin d'article de la semaine dernière. Vous y appreniez que m'était également adressée une étude exceptionnelle dont je n'avais, au préalable, pas eu connaissance, sous les plumes de mesdames Gersande Eschenbrenner-Diemer, Docteur en Égyptologie et Anne Portal, Conservateur-restaurateur du patrimoine ; article paru dans la première livraison de 2016 de la "Revue du Louvre", qui précisément traitait des modèles de bateaux égyptiens en bois et de leur rénovation récente, à l'origine, vous l'aurez deviné, des manifestes modifications opérées sur certains de ceux ici devant vous alignés.

 

     En fouillant par la suite quelque peu le Net, je m'aperçus que G. Eschenbrenner-Diemer pouvait actuellement être considérée comme LA spécialiste en la matière dans la mesure où précisément son Doctorat porta sur ce sujet.

     Non négligeable, cette jeune dame disposait d'une adresse FB.

     Je la contactai donc à tout hasard et fus plus que très agréablement surpris qu'elle accepte d'apporter réponses aux questions que son article n'avait pas nécessairement toutes abordées.  

 

     Je ne la remercierai jamais assez de m'avoir ainsi accordé sa confiance - c'est rare à notre époque parsemée d'étoiles qui, plus souvent qu'elles ne le devraient, ne condescendent que très rarement à converser avec les vers de terre.

 

 

     Reprenons, voulez-vous, amis visiteurs, dans l'ordre où vous les avez découvertes, les embarcations concernées.

 

 

E 284

 

DE LA NAVIGATION ÉGYPTIENNE - 5. ÉCLAIRCISSEMENTS ...

 

 

     À la page 28 de son étude publiée dans la "Revue du Louvre", Madame Eschenbrenner-Diemer écrit : "... il semble que les figurines aient été déplacées à plusieurs reprises."

 

     En effet, vous avez comme moi constaté que le marin debout qui, précédemment était tourné vers la structure ajourée abritant le défunt assis tenant en main une fleur de lotus, symbole de renaissance, a pivoté sur lui-même pour faire face aux hommes d'équipage.

     Parfaitement logique selon Madame Eschenbrenner, dans la mesure où il occupe enfin maintenant sa position originelle, ce que prouve, après l'examen minutieux qu'elle lui accorda, une cheville cassée à l'arrière de la tête permettant à l'homme d'ainsi être fixé au dais.

     Ses bras levés infèrent qu'il gréait un mât, malheureusement jamais arrivé au Louvre avec le reste de la collection Clot-Bey, en 1852.

 

     Le marin assis qui, précédemment se trouvait à la poupe, et qui a ensuite été relégué derrière les quatre autres, aurait dû en réalité y rester mais tourné vers le dais, dos au Nil donc, en tant que barreur. 

     Sur ce point, Madame Eschenbrenner escompte rediscuter avec le Conservateur de la salle.

 

     Quant à l'aviron se trouvant à la poupe en remplacement du timonier, il provient d'une autre barque funéraire car si E 284 date du début du Moyen Empire, la décoration du gouvernail ajouté le situerait plus vraisemblablement au milieu de ce même Moyen Empire.

     Scientifiquement parlant, il n'a donc pas à intégrer ce bateau funéraire. Quoi qu'il en soit, il est probable que, pour une simple question de bonne compréhension du public, le Conservateur a cru bon de combler le vide ...

  

     Et Madame Eschenbrenner de conclure, dans un de nos échanges : "Je vous remercie pour vos remarques. Les modèles en bois ont subi de nombreux remontages, démontages et cela dès leur découverte pour être revendus. J'ai tant de fois constaté la réutilisation d'un équipage pour qu'une coque vide prenne vie !

Mes travaux ont tenté de faire avancer cette question mais comme je le constate, tout n'est pas parfait !

 

 

 

 

E 11993/E 11994

DE LA NAVIGATION ÉGYPTIENNE - 5. ÉCLAIRCISSEMENTS ...

 

     En réponse à une question qui, tout logiquement, nous intriguait, Claude Field et moi-même, - pour quelle raison attribuer deux numéros d'inventaire à un seul artefact ? -, Madame Eschenbrenner me précisa ce dont je me doutais un peu, à tout le moins sur le principe : 

 

     "Cher Monsieur, le numéro E 11993 correspond à la barque tandis que E 11994 correspond à la petite rame. J'aurais en effet dû le préciser, votre œil est particulièrement aiguisé.

 

 

 

E 17111

DE LA NAVIGATION ÉGYPTIENNE - 5. ÉCLAIRCISSEMENTS ...

 

 

     Enfin, avant de mettre un terme à notre rendez-vous de ce matin, il me reste à envisager avec vous la dernière embarcation qui me posa problème puisque a aujourd'hui disparu un élément pourtant toujours présent sur la photo qu'en propose le site Internet officiel du Louvre : un immense portique peint.

 

     Voici à son sujet ce que m'a divulgué Madame Eschenbrenner :

 

     "Concernant le bateau E 17111, l'immense portique dont vous parlez était un mauvais remontage constitué de plusieurs pièces appartenant à une voilure sans doute d'une autre embarcation.

     Tous les bateaux ont été examinés, les éléments mal remontés remis en place ou retirés si ceux-ci provenaient d'autres objets.

     Ils sont à présent conformes à la réalité archéologique et bien datés."

(C'est moi qui souligne.)

     

 

 

 

     Avant  de prendre congé de vous jusqu'à mardi prochain, 26 juin, amis visiteurs, il me siérait dans un premier temps, en votre nom et au mien de grandement féliciter Madame Gersande Eschenbrenner-Diemer pour l'excellence du travail qu'elle a effectué sur les embarcations présentées dans la vitrine 2 de la salle 3 du Département des Antiquités égyptiennes de Musée du Louvre ; puis, dans un second temps, de la remercier d'avoir eu l'extraordinaire gentillesse de répondre à mes questions.

 

     Madame, grâce à votre article publié dans la "Revue du Louvre", grâce à ceux dont je disposais déjà personnellement et dont je fournis la référence dans ma bibliographie infrapaginale, grâce aussi à nos échanges scripturaux à plusieurs reprises dans la semaine écoulée, soyez consciente que ma présente intervention vous doit tout !

 

     MERCI à vous d'avoir, avec autant d'aménité, consenti à m'instruire toutes les fois que je vous sollicitai.

 

 

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

 

ESCHENBRENNER-DIEMER  Gersande/PORTAL  Anne, Un nouveau regard sur des modèles de bateaux égyptiens au musée du Louvre, dans La Revue des Musées de France - Revue du Louvre, Paris, 2016, n° 1, pp. 18-29.

 

 

ESCHENBRENNER-DIEMER  Gersande, Modèle de barque funéraire, dans Catalogue de l’exposition Sésostris III, Pharaon de légende, Lille,  Éditions Snoeck, 2014, p. 217.

 

EAD., Les modèles en bois du Moyen Empire dans les collections d’Émile Guimet, dans Catalogue de l'exposition Un jour j’achetai une momie. Émile Guimet et l’Égypte antique, Lyon, Éditions Hazan/Musée des Beaux-Arts de Lyon, 2012, pp. 88-89.

 

 

 

 

 

 

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commentaires

Carole 26/06/2018 00:02

Et merci à vous de nous faire prendre conscience que la précision et la minutie sont les deux conditions d'un savoir véritable.

Richard LEJEUNE 26/06/2018 08:57

Tout à fait d'accord avec vous, Carole.
Et, personnellement, j'y associerais la patience ...

Cendrine 25/06/2018 19:42

Quelle magnifique lumière, Richard ! La beauté en ouvrant les yeux s'offre à travers une arche boisée, comme si une porte se créait dans l'impalpable de l'air et nous invitait à un voyage... Un thème qui vous va si bien !
Un grand merci pour les mots de Baudelaire et pour les explications passionnantes recueillies auprès de cette dame avec qui se sont ébauchés des liens de respect, de connaissance, de partage...
Un très beau travail accompli, celui qui consiste à contempler l'oeuvre avec notre humilité d'êtres humains et de chercheurs infatigables.
Rien n'est parfait et c'est de cette absence de perfection que naissent de bien jolies choses, des rencontres qui peuvent inviter à de nouveaux voyages.
Quant à votre oeil aiguisé, il l'est indéniablement ! Personne ne pourrait vous dire le contraire...

Je veux également vous remercier pour vos messages qui m'ont fait chaud au coeur.
Et je veux vous dire aussi « prosaïquement » et avec humour que nous avions 21 degrés à Paris dans la nuit de Midsummer... Une sacrée amplitude entre nos lieux de vie respectifs et un temps qui ne sait plus où il donne de la tête !!!

Bien amicalement et encore merci pour ces explications privilégiées
Cendrine

Richard LEJEUNE 26/06/2018 08:55

Merci à vous, Cendrine, pour cette fidélité virtuelle qui nous fait mieux connaître, à l'un comme à l'autre, des beautés de "mondes" qui, jusqu'à la découverte de nos blogs respectifs, ne pénétraient pas aussi profondément au sein de nos univers de connaissances ...

Je ne sais pas si le "thème [me] va si bien", comme vous l'écrivez aimablement mais ce dont je suis de plus en plus conscient en prenant de l'âge, c'est que l'environnement calme et bucolique qui nous entoure, mon épouse et moi-même, nous sied merveilleusement ... et me permet de lire, de me documenter et d'écrire en toute quiétude ...

christiana 25/06/2018 18:44

Eh bien, la lumière fut cher œil de lynx aiguisé!
Ta pugnacité a eu raison du désordre et tout s'explique à présent. Bravo à toi!
Je suppose que tu vas maintenant nous abandonner - longtemps- pour d'autre cieux, pauvres de nous...
Je rentre de vacances où j'ai moi aussi navigué sans m'emmêler les mâts ni les avirons.
Et merci à cette dame qui a répondu aux questions.

Richard LEJEUNE 26/06/2018 06:59

Déjà rentrée ? Le temps passe-t-il si vite ?

Je ne pouvais "rencontrer" meilleure interlocutrice pour répondre aux questions qui se posaient à propos de ces embarcations ...

Effectivement, Christiana : nous arrivons tout doucement au port ! Un pénultième modèle de bateau aujourd'hui, puis un dernier mardi prochain, le 3 juillet, à la suite duquel, cette partie de la vitrine 2 terminée, nous pourrons, mon blog, moi-même et tous mes lecteurs quitter le Louvre deux mois durant ...

Guillermo Fernández Oria 22/06/2018 19:47

Après une semaine entouré par les pinasses du bassin d'Arcachon et d'avoir assisté au défilé des grands voiliers, glissant le long de la Gironde, lors de la clôture de l’événement « Bordeaux Fête le Vin », je me replonge, avec plaisir, dans la navigation égyptienne.
En premier lieu, je me joins à vos félicitations et remerciements adressés à Madame Gersande Eschenbrenner-Diemer, dont l'amabilité et les connaissances méritent largement l'hommage.
Les réponses m'ont permis de comprendre certains détails qui m'avaient échappé auparavant, mais aussi de constater le retard dans la mise à jour de la base de données, avec des photographies qui ne correspondent plus à l'état actuel des modèles. Le cas du bateau E 284 est particulier, car le positionnement des marins n'est toujours pas conforme et l'ajout de l'artefact N 1536 ne semble pas très heureux. Espérons que le Conservateur de la salle soit réceptif aux conseils avisés de Madame Gersande Eschenbrenner-Diemer, qu'elle n'ait plus à écrire une conclusion comme la présente...
Mes travaux ont tenté de faire avancer cette question mais comme je le constate, tout n'est pas parfait ! , dans laquelle je sens poindre l'amertume.

Richard LEJEUNE 22/06/2018 20:16

Merci dès votre retour, Guillermo, d'avoir jeté un œil sain sur mon article qui, en toute logique, en toute amitié surtout, se devait de faire la part belle aux travaux de recherche, de remise en ordre de certaines embarcations et de rédaction d'article (et de thèse) aussi de Madame Eschenbrenner. Effectivement, l'aviron N 1536 n'a, ne fût-ce que pour une simple question de datation, absolument pas sa place à la poupe de E 284 !!

C'est à présent dans le camp des conservateurs du D.A.E. que la balle se trouve ...

Alain 20/06/2018 08:48

ACTE III Scène IV Edmond Rostand - Cyrano de Bergerac

Mais oui, c’est adorable. On se devine à peine.
Vous voyez la noirceur d’un long manteau qui traîne,
J’aperçois la blancheur d’une robe d’été :
Moi je ne suis qu’une ombre, et vous qu’une clarté !


Un Cyrano malheureux, lui aussi ver de terre amoureux d'une étoile. J'écouterais les vers de cette pièce sublime pendant des heures. Le film avec Depardieu est si beau...

Ce n'est pas une raison pour te comparer trop souvent à un ver.

Richard LEJEUNE 20/06/2018 09:43

La Claaaaase !
Cyrano !

Que j'apprécie être ainsi répondu dans un commentaire !

Quelle chance j'ai d'avoir des lecteurs cultivés !
Merci Alain.

Promis, la prochaine fois que je viens à Paris, je te fais signe et t'offre un verre ...

Alain 19/06/2018 14:10

Je comprends pourquoi, inspiré par la poésie baudelairienne, ta journée s’annonçait lumineuse dès l’ouverture de tes volets.
De nombreux mystères résolus grâce à ton flair, tes connaissances, et celles de cette dame égyptologue. C’est un beau travail de reconstitution de la vérité historique que vous avez résolu à deux dans une parfaite communauté d’esprit.
Cesse de te comparer à un vers de terre face aux étoiles et autres sommités. Tu n’as vraiment aucune raison de te sous-estimer à ce point.

Richard LEJEUNE 19/06/2018 16:22

Merci Alain, mais je ne suis qu'un simple passeur de mémoire, un simple ouvreur de chemins grâce aux connaissances des autres, des vrais égyptologues, que je lis, que j'assimile et dont je rends compte ici sur mon blog et mes pages FB.

Ceci posé, quand j'ai comme cette fois la chance, rare, d'échanger avec plus compétent que moi qui ne suis qu'amateur, éclairé peut-être, mais amateur quand même, je prends plus de plaisir encore à partager ce que j'apprends ...

Quant à l'évocation du ver de terre, elle fait, toutes proportions gardées et avec un immense clin d’œil de ma part, allusion à ce passage célèbre du Ruy Blas de Victor Hugo, que j'eus l'heur de réciter quand, grand adolescent, je suivais les cours d'Art dramatique au Conservatoire de V., en province de Liège :

" Madame, sous vos pieds, dans l'ombre, un homme est là. Qui vous aime, perdu dans la nuit qui le voile ; qui souffre, ver de terre amoureux d'une étoile ; qui, pour vous, donnera son âme s'il le faut, et qui se meurt en bas quand vous brillez en haut."
(Acte II, scène 2)

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