Égypte : ô Louvre !

Mardi 26 février 2013 2 26 /02 /Fév /2013 00:00

 

     Paroles dites par N. quand il adore la corporation divine qui est dans la double Campagne des Félicités.

Qu'il dise : "Salut à vous, maîtres des subsistances ! 

Je suis venu dans de bonnes dispositions à vos campagnes pour recevoir des aliments ; faites que je parvienne au grand dieu et que je reçoive les offrandes alimentaires que donne continuellement son ka, en pain, bière, viandes, volailles." 

 

 


 

 

dans Paul  BARGUET

 

Le Livre des Morts des anciens Égyptiens 

Début du Chapitre 110


Paris, Éditions du Cerf, 1967

p. 143

 

 

 

  Table-d-offrandes-de-Tepemankh--gros-plan-de-E-25408---Cli.jpg

 

 

 

      Après cette belle émotion suscitée par la très intéressante découverte à laquelle, de conserve avec les inventeurs de la pyramide de Khay, je vous ai conviés la semaine dernière, amis visiteurs, quittons pour un temps la colline de Gournah et rentrons en Europe, plus précisément à Paris, au Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre où, dans la haute vitrine 5 de la salle 5, nous attend, sur ce bloc de calcaire E 25408 que nous envisageons depuis la rentrée de janvier, la scène du repas funéraire de Tepemânkh.

 

     Au sein même de mes interventions mais également des réponses apportées à vos commentaires, j'eus l'occasion d'insister sur l'énorme importance accordée, dans les peintures ou reliefs présents sur les parois murales des mastabas d'Ancien Empire, aux besoins de nourriture exprimés par le défunt de manière à garantir sa survie dans l'Au-delà.

 
     Je vous ai ainsi fait remarquer que, par pure précaution contre une interruption toujours possible du culte familial, cette figuration du premier repas servi le jour de l'inhumation et que, parfois, les égyptologues nomment "banquet", mais aussi la représentation et la liste des aliments ("menu") ainsi qu'une formule d'offrandes parfois plusieurs fois répétée, auguraient pour son Ka, sa "force vitale" - magie de l'image, magie des mots - un perpétuel ravitaillement.

     Enfin, au cas où tout cela n'eût pas encore été suffisant, une dernière éventualité consistait à représenter la même scène dans un encadrement au-dessus de la stèle fausse-porte que les égyptologues appellent "tableau" ; stèle à propos de laquelle, à l'automne 2008, dans la rubrique Décodage de l'image, je vous avais longuement entretenus quand nous avions visité, dans la salle 4 précédente, la chapelle funéraire du mastaba d'Akhethetep.

 

     C'est en relation avec ce monument de première importance que je voudrais aussi ce matin succinctement évoquer la table d'offrandes.

 

     En effet, salle 4, dans une alcôve vitrée aménagée dans le mur à la droite de l'entrée de la chapelle, nous avions remarqué, exposée devant quelques objets de vaisselle funéraire, celle d'Akhethetep,


 


 

pièce imposante initialement disposée au pied de la fausse-porte par où, remontant du caveau dans lequel il avait été inhumé, le défunt était susceptible de venir recueillir les vivres que membres de sa famille et amis, à dates régulières, se devaient de lui prodiguer.

 

     Si ce matin, je fais à nouveau allusion à cette pierre de granite rose, c'est simplement pour signaler que ce qu'il est convenu de nommer "table d'offrandes" prit, au cours de l'histoire égyptienne, non seulement des formes et des formats différents mais aussi fut fabriquée dans divers matériaux : en bois, pour les plus anciennes, en métal aussi parfois, et surtout en pierre. 

     Il est toutefois pratiquement certain que dans les tombeaux primitifs, c'était sur une simple natte - celle que l'on retrouve dans le hiéroglyphe de l'offrande (
R 4 dans la liste de Gardiner, se lisant hetep),

 

Hiéro R4

 

que vous apercevez gravé au centre du bloc massif ci-dessus - et sur laquelle avait été déposé un pain qui, à lui seul, symbolisait le repas du mort dans sa maison d'éternité.

     Avec le temps, l'évolution des moeurs et des croyances religieuses, cette natte, dont les Egyptiens s'étaient probablement rendu compte qu'inévitablement elle se détériorait, fut remplacée, aux toutes premières dynasties pharaoniques, par un plateau circulaire.

 

     Et c'est la représentation de ce type de plateau devenu table que nous retrouvons à l'envi sur les murs des tombeaux dont, ici devant nous, celui de Tepemânkh, qui nous retiendra plus particulièrement mardi prochain, le 5 mars, puisque j'escompte placer l'éclairage tout à la fois sur ce qui est posé dessus, en rapport direct avec le début du chapitre 110 du Livre pour sortir au jour que j'ai choisi aujourd'hui en guise d'exergue à mon intervention, et sur ses différentes composantes ...

 

 

     A mardi ?

 

 

(Cherpion : 1989,  25-82 ; Legros : 2008, 231-52Vercoutter : 1978, 81-100 ; Ziegler : 1990, 258-60)

Par Richard LEJEUNE - Publié dans : Égypte : ô Louvre ! - Communauté : ÉGYPTO-ARCHÉOLOGIE
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Mardi 19 février 2013 2 19 /02 /Fév /2013 00:00

 

     Le passé est, par définition, un donné que rien ne modifiera plus.

Mais la connaissance du passé est une chose en progrès, qui sans cesse se transforme et se perfectionne.

 

 

Marc  BLOCH

Apologie pour l'histoire ou Métier d'historien

 

(Nouvelle édition critique de l'ouvrage posthume et inachevé)


Paris, Armand Colin, 1993

p. 105.

 

 

 

 

  E 25408 - C. Larrieu

 

 

 

      Le 8 février 1879, lors d'une conférence proposée à la Sorbonne pour l'Association scientifique de France, le grand égyptologue français Gaston Maspero, celui-là même qui l'année suivante, dégageant les chambres funéraires à l'intérieur des tombeaux des souverains des Vème et VIème dynasties, découvrit avec un bonheur incommensurable le plus ancien corpus funéraire de l'Humanité, - ce qu'il est convenu d'appeler aujourd'hui Textes des Pyramides -, s'adressa en ces mots à l'assemblée :


 

     "Messieurs,

 

     Pour la plupart des personnes qui visitent le Louvre, la salle égyptienne n'est guère qu'un lieu de passage, un endroit qu'on traverse, sans presque s'arrêter, avant d'aller aux galeries de peinture." 


 

     Il nous faut malheureusement penser - je vous en ai d'ailleurs souvent touché un mot, amis visiteurs -, que près de 150 ans plus tard, les habitudes de beaucoup de nos contemporains ne le cèdent en rien à cette façon d'agir que stigmatisait Gaston Maspero : combien de fois, au fil des années, ne me suis-je pas retrouvé seul dans l'une ou l'autre petite salle de ce Département des Antiquités égyptiennes qui en compte maintenant trente, à prendre notes et clichés ?

     Combien de fois n'ai-je pas été tenté de héler le ou la porte-étendard d'un groupe d'une trentaine de visages avides qui, au pas de charge et le verbe haut, n'avaient visiblement qu'un mot de cinq lettres à l'esprit, fort différent, je vous l'avoue, de celui que j'avais envie de leur crier ! : momie

     Combien de fois ai-je manifestement gêné par ma présence ceux qui se précipitant d'une salle à l'autre me trouvaient exactement au beau milieu de leur chemin, bic ou appareil photo numérique en main ?

 

     Assurément, voilà quelques-unes des raisons pour lesquelles j'ai pensé intéressant d'ouvrir ce blog et de "contraindre" ceux qui me suivraient à véritablement prendre conscience de l'intérêt de tous ces petits et grands monuments exposés, fruit du travail de maints et maints artistes antiques, auxquels parfois l'on ne jette même pas un regard rapide.

 

     Après Metchetchi de longs mois durant, voici venu le tour de Tepemânkh puisque depuis quelques mardis, nous nous retrouvons ici, devant la grande vitrine 5 de la salle 5 dans laquelle est déposé un bloc de calcaire de 118 centimètres de hauteur et de 101 de largeur, transversalement fracturé, dépourvu de sa partie supérieure gauche et dont le milieu du côté droit pâtit lui aussi d'une substantielle cassure.

 

     Souvenez-vous, le 15 janvier, nous fîmes connaissance avec son propriétaire, destiné à devenir notre hôte ; je vous ai également emmenés à l'étage supérieur, dans la Galerie d'étude n° 2 de la salle 22, pour y admirer un relief semblable provenant de son mastaba, sur lequel il était là assis en compagnie de son épouse.

 

     Le 22 janvier, j'ai quelque peu mis l'accent sur ce qui est considéré comme la partie principale de cette scène et qui, d'ailleurs, justifie le titre donné à ce monument par les égyptologues, à savoir : le "menu". En fait, je vous ai plutôt décrit ce qui, par suite des dégradations inhérentes aux pillards qui arrachèrent la pièce à une des parois murales du tombeau, manque ici au texte, verticalement, sur toute la hauteur droite et, horizontalement, en toute sa partie supérieure.

 

     Ensuite, ce que beaucoup d'entre vous attendaient avec une certaine impatience, ce avec quoi, au départ, je me proposais de terminer l'ensemble de mes interventions, la composition du "menu" funéraire en lui-même, je vous la présentai le mardi suivant, 29 janvier.

 

     Ayant ainsi bousculé à votre seule intention mon projet initial, et parce que j'estimais avoir encore tellement de détails à vous faire découvrir, le 5 février, avant le congé de carnaval, je revins à la description de ce qu'indépendamment du "menu", vous aperceviez sur la pierre, en commençant par les quatre fils qui, comme en salle 22, apportent des offrandes, là-haut à leurs parents réunis, ici, à leur père seul.

 

     Après cette semaine de "repos" qui, j'espère, vous fut des plus agréables - sauf peut-être si vous avez avalé, avec quelques bonnes bières belges pour mieux les ingurgiter, trop de confetti à votre goût -, il m'agréerait à partir d'aujourd'hui de consacrer plusieurs mardis consécutifs à deux éléments du mobilier représenté dans cette scène et cela, sous l'angle particulier ressortissant au domaine très pointu du problème de la datation. Et, pour ce faire, m'appuyer sur les travaux pertinents entamés dès 1977 par l'égyptologue belge Nadine Cherpion qui érigea certains détails de monuments au rang de critères stylistiques révélateurs.


 

     Il ne vous a probablement pas échappé, tout au long des semaines précédentes, que j'ai défini la tombe de Tepemânkh que l'archéologue allemand Georg Steindorff avait exhumée dans le cimetière ouest de Gizeh au début du XXème siècle par l'appellation, probablement quelque peu sibylline pour la majorité d'entre vous, de D 20.

 

     L'on doit en réalité ce type de nomenclature au grand égyptologue français Auguste Mariette qui, pour faciliter sa tâche et celle des historiens futurs, avait établi ce que nous pouvons sans conteste considérer comme le premier classement chronologique systématique de la nécropole (selon les propres termes de Madame Cherpion), en divisant les quelque six cents mastabas et hypogées de particuliers à Saqqarah qui présentent reliefs et/ou peintures, en six groupes distincts qu'il identifia par une lettre suivie d'un nombre.


      Ainsi, si je m'en réfère aux pages 57 à 67 de la publication de son ouvrage de 1889 intitulé Les mastabas de l'Ancien Empire que nous offre de télécharger gratuitement sur le Net le site de l'Université de Heidelberg : A correspondait aux tombeaux archaïques ; B à ceux qu'il estima datés du début de la IVème dynastie ; C à ceux de la seconde moitié de la IVème dynastie ; D aux tombes de la Vème dynastie ; E à celles de la VIème et F aux sépultures dont la datation lui paraissait douteuse à établir.


     Un système de dénomination semblable - il y a de quoi s'y perdre !  - fut également créé uniquement pour les tombes de Gizeh : ainsi le G et quatre chiffres définissent les mastabas fouillés là par les égyptologues allemand Herman Junker et américain George Reisner ; LG suivis de un ou deux chiffres, ceux exhumés par Richard Lepsius et un D qu'accompagnent également deux chiffres, ceux mis au jour par Georg Steindorff : ceci vous permettant de comprendre l'origine de cette dénomination D 20 que j'ai si souvent citée à propos de Tepemânkh !

 

     Mais il faut bien reconnaître que ce qu'Auguste Mariette avait choisi comme critère, à savoir un cartouche enfermant un nom de souverain  - pour autant qu'il soit visible sur une paroi, ce qui n'était pas toujours le cas -, souffrait de très nombreuses exceptions qui conduisirent à quelques erreurs certaines.

    

      

     Au fil du temps, d'autres égyptologues se sont succédé, chacun avec un système différent, chacun apportant sans conteste sa contribution à cet important dossier de détermination chronologique : au début des années soixante, Klaus Baer, de l'Institut oriental de l'Université de Chicago, qui se basa sur les titres de fonctionnaires ; ou, rappelez-vous, le savant allemand Winfried Barta qui étudia minutieusement les listes des offrandes alimentaires proposées au défunt ; ou encore Elisabeth Staehelin, de l'Université de Göttingen, qui se fonda sur les vêtements portés par les propriétaires des tombes ; ou, ou ... les uns, parfois, avançant des dates en total désaccord avec celles des autres. 

 

     Puis vint Nadine Cherpion qui eut l'heur de passer trois années durant en Égypte, à l'Institut français d'archéologie orientale du Caire (I.F.A.O.) et d'ainsi bénéficier de l'opportunité de visiter tout à son aise mastabas après mastabas. Très vite, elle y décela maintes variantes dans la représentation d'objets précis gravés ou peints sur leurs parois : ainsi par exemple les sièges sur lesquels les propriétaires sont assis, les coussins qui les recouvrent, les types de dossiers et de pieds qui les soutiennent ; ou les tables d'offrandes et ce qu'elles contiennent ; ou les fausses-portes ...

      Maintes différences aussi au niveau des vêtements et des accessoires comme, entre autres, perruques ou éventuels colliers et bracelets. 

 

     Forte de ce bagage inestimable dont elle prit évidemment la peine de minutieusement confronter les données, Madame Cherpion publia en 1989 aux éditions bruxelloises "Connaissance de l'Égypte ancienne", son important ouvrage Mastabas et hypogées d'Ancien Empire. Le problème de datation, somme magistrale dont je me servirai lors de nos prochaines rencontres - d'où la présente introduction - pour envisager avec vous deux éléments importants du bloc de calcaire de Tepemânkh que nous avons ici devant nous : la table d'offrandes, le 26 février et le 5 mars ; et le siège sur lequel il est assis, le 12 mars

 

 

 

 

(Cherpion : 1989,  7-25 ; Maspero : 1893, 35)

Par Richard LEJEUNE - Publié dans : Égypte : ô Louvre ! - Communauté : ÉGYPTO-ARCHÉOLOGIE
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Mardi 5 février 2013 2 05 /02 /Fév /2013 00:00

 

     Partir à la découverte des hommes du passé (...), c'est poser pour principe que la nécessité de comprendre ne doit jamais le céder en rien au désir de tout expliquer. L'ignorance avouée n'est pas un échec, mais la conscience prise des espaces à découvrir.

A vouloir occuper ceux-ci, à tout prix, par les chatoyances de l'imagination, plaisir de l'instant, l'on ne peut que s'écarter davantage de ces hommes du lointain que l'on se proposait de rejoindre.

 

 

Dimitri MEEKS

  Approche de la civilisation égyptienne


dans Egypte et Provence -

Civilisation, survivances et "Cabinetz de curiositez"

Avignon, Fondation du Museum Calvet, 1985

p. 15

 

 

 

 

      Souvenez-vous, amis visiteurs : lors de notre rencontre du 15 janvier dernier, je tins absolument à sacrifier aux présentations d'usage de manière à vous permettre de mieux connaître Tepemânkh, ce nouvel "Ouvreur de chemins" destiné à nous accompagner un temps lors du premier trimestre de cette nouvelle année académique.

 

     Parce que j'escomptais bien par la suite y revenir avec force détails, je n'avais à l'époque cru bon que de simplement vous citer le prénom des autres personnages présents au registre inférieur de l'imposant bloc de calcaire E 25408


 

E 25408 - C. Larrieu

 

 

exposé dans le très haut mur-vitrine séparateur, au centre de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre.


     Peut-être l'avez-vous oublié, mais nous les avions également croisés au premier étage de cette "Aile Sully", dans la Galerie d'étude n° 2 de la salle 22, sur un autre important fragment provenant du même mastaba D 20 du cimetière ouest de Gizeh.



05. Quatre fils de Tepemânkh et Aoutib - Louvre E 11161 (Cliché : SAS)

 

   

    

     Pour l'heure, approchons-nous d'eux voulez-vous, aux fins de comprendre la raison de leur présence dans la tombe de Tepemânkh.

 

 

E 25408 - Quatre fils de Tepemânkh (Cliché - C. Larrieu)

 

 

  

      A la différence du bloc E 11161 de la salle 22, sur E 25408 ici devant vous, les fils n'avancent pas vers leurs parents - Tepemânkh se tenait en effet là-haut aux côtés de son épouse Aoutib -, mais sont agenouillés devant leur père assis à sa table d'offrandes : ce lien de parenté, ce lien de filiation est clairement indiqué sur les deux monuments, devant chacun des personnages sur l'un, au-dessus de leur tête sur l'autre.  

 

    Si à l'étage, seuls les deux premiers fils arboraient un vêtement à devanteau triangulaire entourant leur taille, ici devant nous, tous sont ceints d'un autre type de pagne de lin, très simple, court et collant, que l'on retrouve donc à cinq reprises sur les deux bas-reliefs.

  

     Tous portent également la perruque courte, typiquement masculine, sauf ici le premier qui a manifestement opté pour une coiffure un peu plus longue lui couvrant la nuque.

 

     Ces quelques petits détails mis à part, ces deux scènes ressortissent au même rituel : les quatre jeunes hommes, en bons fils aimant, pourvoient aux besoins d'offrandes funéraires de leurs parents sur l'un, d'uniquement leur père, sur l'autre.


 

     En salle 22, Qaptah, le premier à gauche, tend une fleur de lotus, symbole - je l'ai déjà souvent souligné au sein de la rubrique Décodage de l'image égyptienne - de régénérescence des défunts ; Khénouka, le deuxième, présente un canard - également symbole régénérateur - ; le troisième, Kaenitef, une aiguière et le bassin qui l'accompagne, connotant évidemment une notion de pureté et enfin, en quatrième position, Tepemânkh le jeune, propose un plateau de divers pains ; offrande alimentaire celle-là sur laquelle, après notre rendez-vous de la semaine dernière, vous me permettrez de ne plus m'appesantir.

 

     Relevant du même rituel, quelques peu différentes sont toutefois les offrandes proposées par ses fils à ce père aimé sur le bloc E 25408 ici dans la grande vitrine 5 : ainsi, Khenouka, en première position, le genou gauche posé sur le sol, la jambe droite relevée, tend la main droite vers Tepemânkh assis de l'autre côté de la table, et récite (ou chante ?) un texte manifestement écrit sur le papyrus qu'il tient dans la gauche. 

 

     Deux autres de ses frères, Qaptah et Kaenitef, pour leur part complètement agenouillés, tendent chacun deux vases évasés, contenant soit des produits de purification, comme de l'encens, soit du vin.

Quoi qu'il en soit, ce geste simple métaphorise la notion d'offrande. 

 

     Quant au quatrième fils - car n'en déplaise à ceux qui sur le Net ont regardé ce monument sans véritablement le voir - il exista bien, avant que cette scène subisse quelques déprédations sur son côté droit, un quatrième homme derrière les trois autres dont on n'aperçoit plus que deux mains tenant également chacune le même petit récipient et, au-dessus, le début des deux hiéroglyphes signifiant : son fils.

      Si comme moi vous vous référez au bloc fragmentaire E 11161 de la salle 22 que je viens d'évoquer, vous n'aurez aucune difficulté, amis visiteurs, à considérer qu'il s'agit de Tepemânkh junior.  

 

     Vous aurez aussi bien évidemment remarqué sur chacune de ces deux pièces la différence de taille notoire entre le personnage assis et ceux qui l'honorent : il s'agit, comme déjà je l'ai ailleurs expliqué, de l'application d'une convention qui veut que l'on figure traditionnellement le propriétaire d'une tombe en taille héroïque, - selon la terminologie habituellement employée par les égyptologues. Le maître sera dès lors reconnu en tant que tel ; les autres, quels qu'ils soient par rapport à lui, quels que soient leur âge, leur sexe et leur condition sociale, étant obligatoirement de taille réduite.

 

      Cet apport d'offrandes essentiellement alimentaires de la part d'un ou de plusieurs enfants de défunts fait évidemment partie intégrante d'un processus ritualisé de devoirs post mortem sur lequel je me suis également épanché lors d'une intervention dédiée à Metchetchi, ici même, en décembre 2011.

 

     Si, d'aventure, cette conversation à propos de l'amour filial vis-à-vis d'un père défunt vous a échappé ou si votre mémoire vous fait quelque peu défaut, puis-je vous suggérer de profiter du repos que je nous octroie la prochaine semaine aux fins de dignement célébrer le carnaval pour, éventuellement, prendre le temps de relire les notes que je vous avais alors fournies ?

 

     Tout en vous souhaitant un excellent congé, je fixe d'ores et déjà notre nouveau rendez-vous au mardi 19 février, toujours devant le bas-relief de Tepemânkh, dans la vitrine 5 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre.

 

     Bon carnaval à tous !

 


 

 

(Ziegler : 1990, 253-60)

Par Richard LEJEUNE - Publié dans : Égypte : ô Louvre ! - Communauté : ÉGYPTO-ARCHÉOLOGIE
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Mardi 29 janvier 2013 2 29 /01 /Jan /2013 00:00

 

     Formule pour donner les offrandes alimentaires à N., à Memphis, dans l'empire des morts.

 

     Paroles dites par N. : "Ô Grand, maître des aliments ! Ô Grand qui préside aux demeures d'en haut ! Vous qui donnez le pain à Ptah le grand qui est dans la grande place, donnez-moi le pain, donnez-moi la bière, et que mon déjeuner soit un gigot et un pain-sacheret !

 

     Ô passeur du Champ des Souchets, apporte-moi ces pains (sur) tes eaux célestes, comme (tu fais pour) ton père le Grand ! Que mon passage soit comme (celui de) la barque divine !

 


 

 


dans BARGUET Paul,

 

Le Livre des Morts des anciens Égyptiens 

Chapitre 106,


Paris, Éditions du Cerf, 1967

p. 141

 

 

 

 

 

     Ce qui subsiste de la partie supérieure du grand fragment E 25408 exposé ici devant nous dans la vitrine 5 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre - et qu'il est convenu d'appeler "menu" de Tepemânkh -, commence donc pour vous, amis visiteurs, dans le coin supérieur droit, par l'annonce que le souverain octroie des denrées alimentaires à ce fonctionnaire décédé qu'il veut récompenser : Offrande, repas du Palais, 2.

 

     (Ce 2, matérialisé par les petits traits verticaux au bas du premier carré partiellement conservé, signifie que deux rations étaient prévues ; toutes les autres barres verticales semblables que vous apercevrez désignant également la quantité de chacun des produits définis dans chaque case.)

 


E-25408-----Menu---de-Tepemankh.jpg

 

    

     Souvenez-vous, la semaine dernière, j'avais évoqué les 15 rubriques disparues au dessus de ce qui a été sauvegardé du monument. Nous pouvons dès lors nous concentrer ce matin sur ce que nous voyons réellement et qui en compose véritablement la partie principale.

 

     Il y est d'abord question du premier repas, du petit déjeuner, pour lequel injonction est faite au défunt de s'installer : Assis par terre, 2, lui est-il péremptoirement enjoint dans cette case ; ce chiffre indiquant que l'ordre lui est répété à deux reprises.


     Parfois, pouvait même être ajoutée la mention En silence ! : ce fut notamment le cas sur la stèle-chapelle de Ky et de son épouse Zatchedabed que nous avions découverte en mars 2012 au premier étage, dans la Galerie d'étude n° 1 de la salle 22.


 

     Sont ensuite ici proposés deux types de pains, qu'accompagnent deux cruches de bières différentes : une de bière djeseret et une de kenemes.

 

     Pain et bière, - dois-je vraiment le rappeler ? -, constituaient l'essentiel de l'alimentation quotidienne de la majorité des Égyptiens ; constituaient également, avec les céréales, un des paiements en nature de la plupart des ouvriers oeuvrant à la construction des tombes royales ; constituaient enfin les premières denrées mentionnées dans la traditionnelle formule d'offrandes dont nous retrouvons à deux reprises sur le monument même une expression simplifiée : sous le menu d'abord,

 


Formule d'offrandes (1) (E 25408 - Cliché C. Larrieu)

 

 

et sous la table, à gauche, devant les jambes de Tepemânkh,

 

 

Formule-d-offrandes--2---E-25408---Cliche-C.-Larrieu-.jpg

 

toutes deux précisant : ... mille pains, mille cruches de bière, mille têtes de bétail, mille volailles ; le hiéroglyphe M 12 dans la liste de Gardiner

 

Hiéroglyphe 1000.jpg (M 12 dans liste Gardiner)

figurant notre nombre 1000. 

 

     Pain et bière étaient des données également présentes au sein des différents corpus funéraires dont les Égyptiens se sont entourés : dès l'Ancien Empire, les Textes des Pyramides ; au Moyen Empire, les Textes des Sarcophages et enfin, au Nouvel Empire, le Livre pour sortir au jour, avec cette formule que j'ai ce matin choisie pour vous en guise d'exergue : grâce à elle, dans la barque solaire qui lui permettra de traverser le ciel et d'accéder au domaine de Ro-Setaou, le défunt, assis auprès de Rê, escompte bénéficier des nourritures dévolues aux dieux.


 

     Les cases suivantes fondent le viatique attendu par le mort : elles comprennent, à la deuxième rangée notamment, l'énumération démesurée d'une dizaine de pains distingués par leur appellation : out, hetcha, neher, depeti, pezen, chenes, kenefou, hebenenout, zif et ceux dits cuits dans la terre et de boulangerie ...

 

     Dans l'éventualité où les quantités ne seraient pas suffisantes, - deux, voire plus, pour chaque sorte -, la troisième rangée commence par ajouter quatre pains grillés et la même proportion de gâteaux pat.

 

     Autorisez-moi une rapide remarque au passage : qu'il en existât aussi dits de boulangerie corrobore ce que les fouilles archéologiques ont désormais permis de comprendre, à savoir que la plupart des maisons égyptiennes mises au jour, notamment à Amarna et à Deir el-Medineh, comprenaient meule et four, c'est-à-dire de quoi permettre de produire soi-même sa propre farine, partant, de cuire sa propre quantité de pains. 

 

     Pains et bières, si importants chez les vivants, je viens de le souligner à nouveau, apparaissent donc ici, dans le contexte funéraire, comme la métaphore de l'alimentation post mortem type. 

 

     A la troisième rangée, ainsi qu'au début de la quatrième, le menu de Tepemânkh prévoit du plus consistant : défilent alors pièces de viande et de volaille, tels que : épaule de boeuf, cuisse de boeuf, rognon, côte de boeuf, foie, rate, poitrineoie cendrée, oie rieuse, canard pilet, tourterelle.

Pour toutes, une portion semble suffire, à l'exception des côtes de boeuf : "Vous m'en mettrez quatre, je vous prie !"

 

     A l'étage supérieur, Zatchedabed quant à elle n'en prévit qu'une seule : ces dames devaient manifestement avoir des préoccupations nutritionnelles différentes de celles des époux ...

 

     Bien. Et si nous nous faisions encore un peu plaisir ?

Quelques gâteaux, peut-être ? Voici, au choix, deux appelés shaout, deux nepat et deux mesout.

Quelques bonnes bières ? - Non, amis visiteurs, parfaitement conscient que les distances qui nous séparaient alors n'auraient jamais permis à aucun Égyptien de la connaître et de l'apprécier, je ne prendrai pas la chauvine et anachronique liberté de spécifier : "belges" !


      Une blonde djeseret et une kenemes, ou plutôt deux ?, souhaite à nouveau Tepemânkh en terminant la quatrième rangée. Avant d'envisager, à la suivante, d'autres boissons qu'il ne prend pas le temps de nous préciser, préférant en arriver à l'essentiel, le vin : deux cruches de cinq types distincts !

 

    En guise de dessert sont suggérées deux portions de céréales, grillées ou non : orge blanche, orge verte ; sans oublier quelques fruits : jujubes, caroubes ...


 

     Vous noterez toutefois que cette longue liste de vivres ne mentionne bizarrement qu'un seul légume - l'oignon (troisième case de la troisième ligne) -, prévu en quatre portions. D'autres sources pourtant font état de nombreuses catégories de légumineuses qui, ne l'oublions pas, représentaient un important quota au sein de la nourriture égyptienne : on les retrouve d'ailleurs souvent en abondance sur les tables d'offrandes funéraires figurées dans les mastabas ... 

 

     Si, derechef, vous montez voir le bloc E 11161 de la Galerie d'étude n° 2 de la salle 22, à l'étage supérieur, penchez-vous sur le premier registre des denrées étalées devant Tepemânkh et son épouse Aoutib : sur la petite table circulaire, de part et d'autre du pain conique qui en occupe le centre, vous distinguerez, à gauche, un botte de jeunes oignons recouvrant quelques figues et une laitue dépassant sur la droite.  

 

 

Oignons-et-laitue---Tepemankh---Louvre-E-11161--Cliche--S.JPG

 

 

     Vous serez alors amenés à penser que, aux antipodes de nos préceptes d'équilibre alimentaire, ce couple ne plébiscita seulement que ces deux types de légumes, l'oignon et la laitue : peut-être parce que l'odeur du premier était censée stimuler tout défunt et, à l'instar du mythe de Sokaris, gageait sa résurrection ; peut-être aussi parce que souvent associée au dieu ithyphallique Min, symbole de fertilité, la seconde passait aux yeux des Égyptiens anciens pour détenir des vertus aphrodisiaques, - assertion dont les études modernes ont définitivement réfuté le bien-fondé.  


 

     Redescendons à présent, voulez-vous, en salle 5 : le "menu" que nous y présente Tepemânkh se termine par quelques formulations classiques assez générales, vagues à souhait : toutes les friandises, toutes les offrandes du Nouvel An et demi-pains ... sans indication supplémentaire.


     Cette abondance qu'ensemble nous avons ce matin détaillée, vous pourrez à votre aise vous en délecter, amis visiteurs, pour autant que vos yeux le permettent, si vous vous avancez vers le carton imprimé, à gauche dans la vitrine : c'est, à tout le moins, la finalité de ce panneau explicatif accroché là par le Conservateur de la salle. 

  Menu de Tepemânkh

 


 

(Grand merci à François de m'avoir envoyé le lien vers le site "Flickr" - http://www.flickr.com/photos/clairity/3837326106/sizes/o/in/photostream/ - permettant ainsi à tous de rendre le document ci-dessus plus lisible en l'agrandissant).

 

 

     Il faut évidemment concevoir que ce que vous auriez tendance à considérer comme un gargantuesque festin dans ces scènes d'agapes funéraires que vous ne manquerez pas de rencontrer dans vos visites de mastabas ou de musées ne rend nullement compte des repas réels et quotidiens des Égyptiens de l'Antiquité, fussent-ils souverains ou notables : ce ne sont, d'une part, qu'images à valeur performative de ce que souhaitait bénéficier tout défunt au cours de sa seconde vie et, d'autre part, que manière d'exprimer un des aspects du système relationnel établi entre lui et les membres en vie de sa famille, voire ses amis, tous censés, à certaines périodes déterminées, lui déposer sur la table d'offrande au pied de la stèle fausse-porte de quoi subsister éternellement dans l'Au-delà.

 

     Cette surabondance alimentaire ne doit donc pas être prise au pied de la lettre pour les vivants : elle fait partie intégrante du discours funéraire, donnant ainsi aux morts une dimension hors du commun, hors de toute réalité immédiate.

 


 

     Qu'elle se lise de droite vers la gauche, ou dans le sens inverse ; qu'elle se présente en colonnes verticales - à l'instar de celle de Metchetchi -, ou en cases carrées comme ici dans la vitrine 5 ; que peinte ou gravée, elle figure soit sur un des murs d'une chapelle funéraire, sur une des parois de cercueils ou sur tout autre support, cette imposante nomenclature du rituel de l'offrande qui put connaître, je l'ai souligné, quelques variantes d'une dynastie à une autre à la fin de l'Ancien Empire et à la Première Période intermédiaire, présente néanmoins pour chacune de ces époques un catalogue type, constituant ainsi un des critères stylistiques autorisant une datation plus ou moins précise pour tout nouveau monument semblable qu'éventuellement des archéologues pourraient encore exhumé ; critères de datation à propos desquels j'escompte vous entretenir ... mais dans quelques semaines seulement car, pour l'heure, espérant avoir rencontré votre attente, je vous laisse digérer l'imposant "menu" de Tepemânkh.

 


 

        

(Barguet : 1967, 99 et 141 ; Barta : 1963, 73-6 ; Broze/Preys : 2004, 83 sqq ; Moers : 2004, 45Peters-Destéract : 2005, 26-34 ; Ziegler : 1990, 246, 258-61)

Par Richard LEJEUNE - Publié dans : Égypte : ô Louvre ! - Communauté : ÉGYPTO-ARCHÉOLOGIE
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Mardi 22 janvier 2013 2 22 /01 /Jan /2013 00:00

 

     Longtemps, je me suis levé de bonne heure ...


 

 

     Rassurez-vous, amis visiteurs, ce n'est pas par méconnaissance que j'ai ainsi trahi l'incipit le plus célèbre de la littérature française, la première phrase de A la recherche du temps perdu, de Marcel Proust.

 

     J'ai simplement repris, petit clin d'oeil, ce qu'au début de 1983, j'avais estimé quelque peu audacieux, voire irrévérencieux, à savoir le titre de l'émission matinale de France-Inter présentée par Philippe Caloni qui s'était permis de remplacer couché par son antonyme.

Certains lecteurs parmi vous s'en souviendront peut-être ...

 

     A présent, trente ans plus tard, j'ose en sourire ... et m'approprier ce mot que ce matin je place volontairement dans la bouche de Tepemânkh.

 

     Ce Tepemânkh que nous avons appris à mieux connaître mardi dernier, en le différenciant de son homonyme également présent au Département des Antiquités égyptiennes du Louvre. Ce Tepemânkh qui nous a vus des semaines et des mois durant nous approcher de lui - mais sans véritablement jamais lui accorder la moindre attention ! -, à l'écoute que nous étions tous de ce que Metchetchi nous expliquait. Ce Tepemânkh qui, longtemps, s'était assurément lui aussi levé de bonne heure, espérant que, peut-être, l'on ne sait jamais, il se pourrait bien que ... et qui, de mardis en mardis, de plus en plus dépité, nous vit ne jamais le voir ... Ce Tepemânkh qui crut qu'à aucun moment son jour n'arriverait de réussir lui aussi à nous intéresser. Ce Tepemânkh qui ne trouva rien mieux pour éveiller notre appétence ici-bas que nous parler de son appétit dans l'Au-delà ...

 

 

Vitrine 5

 

 

     En effet, et comme je le précisai au terme de notre précédent rendez-vous, amis visiteurs, nous serons reçus ce matin et mardi prochain, commensaux privilégiés, à la table du repas funéraire de cet amphitryon de choix, haut fonctionnaire de cour dans l'Égypte de la fin de la Vème dynastie et du début de la VIème.

 

     Certes, Metchetchi, souvenez-vous, nous avait mis l'eau à la bouche avec son menu personnel que, d'où nous nous trouvons pour l'instant tous regroupés en demi-cercle devant la vitrine 5, nous avons encore l'opportunité d'apercevoir sur notre droite, pratiquement au centre du grand meuble vitré s'étendant sur le mur nord.

 

 


(Paris) 096

 

 

     Mais point de table chez Metchetchi, devant laquelle, comme Tepemânkh, nous l'aurions trouvé assis. En outre, et d'un seul coup d'oeil, vous aurez évidemment remarqué que les fragments de paroi murale de ces deux hommes sont nettement distincts : l'un est peint alors que l'autre est gravé en bas-relief, l'un se présente en colonnes quand l'autre est constitué de cases carrées.

 

     Nonobstant, et même si quelques diversités de contenu permettent de les dater de règnes de souverains différents, ce qu'ils désignent se révèle pratiquement identique : il s'agit des victuailles dont, comme tant d'autres, ces deux fonctionnaires auliques souhaitaient à jamais bénéficier dans leur maison d'éternité.


 

     Corseté dans un encadrement de métal, le relief de calcaire de Tepemânkh que le musée parisien acquit en 1956 mesure 118 cm de haut, 101 de long et est épais d'approximativement 3,5 cm.

 

 

E 25408 - C. Larrieu

 

 

      Tel, et malgré ses dimensions, il me paraît vraiment perdu dans ce fort grand espace devenu sien, même si l'accompagne un dessin explicatif en réduction de ce que contiennent les différentes cases.

 

 

Salle 5 - Vitrines 9 et 5

 

 

     Il me semble également important de préciser d'emblée que nous ne sommes nullement en présence d'une stèle - comme vous pourriez le lire en vous rendant sur l'un ou l'autre site Internet -, mais d'un bas-relief, imposant fragment arraché vraisemblablement au milieu du XXème siècle au mastaba D 20 qui avait été découvert quelques dizaines d'années auparavant - entre 1903 et 1907 - par l'égyptologue allemand Georg Steindorff alors que, pour le compte de l'Université de Leipzig, il fouillait la nécropole ouest de Gizeh, plus familièrement appelée d'ailleurs "Cimetière Steindorff" par les égyptologues.

 

     Aux fins de ne point trop crier haro sur le baudet, je dois à la vérité d'ajouter que cette confusion est partiellement explicable dans la mesure où ce type de scène se retrouve également sur bon nombre de stèles présentes dans maints tombeaux memphites.

 

     Beaucoup d'entre elles furent étudiées par l'égyptologue Peter Der Manuelian, titulaire de la chaire d'égyptologie de l'Université de Harvard, dans un ouvrage capital en la matière : Slab stelae of the Giza necropolis, librement téléchargeable sur le Net.

(A ceux d'entre vous que cela intéresse, il suffira de cliquer sur le titre ci-dessus pour y accéder).    

 

 

     Délaissons à présent, voulez-vous, le monument entier - nous y reviendrons plus tard, en février ... -, et consacrons-nous plus spécifiquement au "menu" de Tepemânkh gravé en sa partie supérieure.


 

E-25408-----Menu---de-Tepemankh.jpg

 

 

     Vous l'aborderez de droite vers la gauche puisque, comme je l'ai maintes fois souligné lors de précédentes rencontres, la lecture des hiéroglyphes s'effectue toujours en se dirigeant vers la face des animaux figurés ou le visage des personnages représentés : et comme vous l'aurez ici remarqué, Tepemânkh assis à gauche de la composition regarde vers la droite et tous les petits hiéroglyphes animaliers sont eux aussi tournés dans cette même direction.

 

     Sachant que, dès la Vème dynastie, fut fixée une liste canonique du rituel de l'offrande comprenant, répertoriés toujours dans le même ordre, répartis en quelque 90 items, rites à exécuter, produits de bouche qu'à sa meilleure convenance le trépassé pouvait déguster ainsi que les rations qui devaient être attribuées à chacun d'eux, - énumération que l'égyptologue allemand Winfried Barta a minutieusement étudiée -, l'on peut, sans trop conjecturer, établir que la présente liste d'offrandes alimentaires correspond aux "menus" habituellement retrouvés dans les mastabas de la Vème dynastie, même si quelques minimes détails la distinguent de ses consoeurs, comme par exemple  l'inversion de deux cases, ou l'absence d'une autre, ou encore deux produits différents anormalement gravés à l'intérieur du même petit espace carré.

 

     Mais ne sont-ce très probablement là que d'infimes erreurs dues à un lapicide peu attentif et certainement pas une preuve d'un changement typologique naissant au sein des multiples scènes de repas funéraire qui se sont succédé à la fin de l'Ancien Empire.

 

     Toutefois, et en référence toujours à la liste "type" de cette époque définie par Barta, il appert que les 15 premières rubriques qui auraient dû constituer la rangée supérieure ont ici disparu : elles indiquaient, c'est certain, les rites préparatoires, ceux de purification (verser l'eau, auriez-vous pu lire en entrée), d'encensement (par deux fois : ), d'onction (avec les sept huiles rituelles que nous avons notamment rencontrées chez Metchetchi), de maquillage (un sachet de fard vert, un de fard noir) et d'habillement de la momie (deux bandes d'étoffe).

 

     Il faut comprendre que le début de cette pancarte résume en quelque sorte les gestes rituels effectués sur la momie ou sur la statue du défunt lors de la cérémonie de l'Ouverture de la bouche et que verser l'eau, brûler l'encens constituent des actions de purification en prémices de tout repas, même dans la vie quotidienne. 

 

     Il vous faut aussi être conscients, amis visiteurs, - car cela saute partiellement aux yeux -, que dans les déprédations infligées à ce bas-relief, d'autres cases ont également été "sacrifiées" sur la droite : en fait, une et demie à l'entame de chacune des rangées horizontales. 


 

     Mais, s'interrogeront assurément les plus impatients d'entre vous - parce qu'en ce début d'année ils ont consenti à un déplacement jusqu'à Paris, depuis Genève ou Nice pour venir nous retrouver ici - : après toutes ces mises en bouche, Richard, quand allons-nous enfin aborder le "menu principal" de Tepemânkh ?

 

     Mardi prochain, 29 janvier : cela vous agréerait-il ?

 

 

 

 

(Peters-Destéract : 2005, 26-34 ; Ziegler : 1990, 258-61)

Par Richard LEJEUNE - Publié dans : Égypte : ô Louvre ! - Communauté : ÉGYPTO-ARCHÉOLOGIE
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