Égypte : ô Louvre !

Mardi 6 novembre 2012 2 06 /11 /Nov /2012 00:00

 

      La musique souvent me prend comme une mer !

Vers ma pâle étoile,

Sous un plafond de brume ou dans un vaste éther,

Je mets à la voile. 

 

 


Charles  BAUDELAIRE

La Musique


Les Fleurs du Mal, LXIX,

dans Oeuvres complètes,

Paris, Seuil,

p. 82 de mon édition de 1968

 

 


     Vous devez certainement vous souvenir, amis visiteurs, que je vous ai indiqué, le dernier mardi précédant le congé de Toussaint, qu'à quelques encablures d'ici, la salle 10 du rez-de-chaussée du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre est entièrement dédiée aux loisirs, en ce compris, l'art musical. 

 

     Dans l'immense meuble vitré qui trône en son milieu, - nul ne peut décemment l'ignorer ! -, sont réunis quelques-uns des instruments les plus caractéristiques que l'Égypte ait connus, toutes époques confondues.  

 

  Salle 10 - Vitrine 1 (Juin 2009)

 

 

     C'est aujourd'hui, dans cette salle, - nous quittons donc exceptionnellement la grande vitrine 4 ² et les joueuses de harpe que nous y avons entraperçues voici deux semaines -, que je vous propose de deviser aujourd'hui à bâtons rompus.

 

     "A bâtons rompus" ?

     N'y décelez malice aucune : il ne s'agit point ici d'évoquer la baguette qu'un fougueux von Karajan des bords du Nil antique pourrait briser sur son lutrin. Tout au contraire, il me sied aujourd'hui de vous convier à nous départir de certaines notions, de certaines généralités, d'un certain vocabulaire pour ensemble évoquer la musique égyptienne antique.

 

     Et précisément à propos de pupitre et de chef d'orchestre, je profite de l'occasion pour indiquer que jamais nul document - que ce soit sur papyrus, ostracon ou relief gravé -, nul système s'apparentant peu ou prou à une volonté de notation musicale n'a été jusqu'à présent exhumé par les archéologues.

      Pis : nonobstant le nombre imposant de scènes de banquets funéraires ou véritablement festifs mises au jour dans les mastabas de l'Ancien Empire, dans les hypogées du Nouvel Empire ou dans les temples, nulle part vous n'apercevrez la silhouette d'un musicien ou d'un chanteur se référant à une quelconque partition.

 

     Ce qui, en d'autres termes, signifie que les Égyptiens ne consignaient pas les compositions qu'ils interprétaient.

 

     Toutefois, au siècle dernier, le grand musicologue allemand Hans Hickmann (1908-1968), spécialiste incontesté de l'organologie égyptienne, ne parvint pas à concevoir la non-existence d'une quelconque transcription musicale chez un peuple qui par ailleurs avait créé de toutes pièces l'écriture hiéroglyphique. Admettant néanmoins, faute de preuves matérielles contradictoires, qu'aucun document de la sorte n'avait encore été retrouvé ou représenté sur l'une ou l'autre paroi, il voulut voir dans la gestuelle chironomique une première approche, une première ébauche de solfège.

 

     Il est vrai qu'il avait un précurseur en la matière, et non des moindres : le célèbre musicographe belge François-Joseph Fétis (1784-1871) prétendait déjà au siècle précédent, dans le premier des cinq tomes de son Histoire générale de la Musique, que les gestes des chironomes égyptiens étaient à l'origine même de notre notation musicale moderne.

 

     En effet - et j'avais déjà eu, lors d'un rendez-vous consacré aux singes familiers en février 2011, l'opportunité d'y faire une brève allusion -, sont parfois peints ou gravés, près de différents musiciens, des hommes également assis posant un geste bien précis de la main. Pour Hickmann, ces chironomes comme il est convenu de les nommer, lointains ancêtres de nos chefs d'orchestre pourrais-je ajouter, guident ainsi le musicien ou le chanteur au niveau de la ligne mélodique : une même gestuelle équivaut au même son pour tous les instruments présents - qu'ils soient harpe, luth ou hautbois -, comme c'est le cas sur le dessin ci-dessous, à la fin du quatrième registre de la partie ouest de la paroi sud de la chapelle du mastaba de Ty.


 

Chironomie-chez-Ty.gif

 

 

 

     Il appert qu'un geste différent pour chacune des mains de cet accompagnateur musical, comme vous le constatez dans la partie supérieure du mur nord de la chapelle du mastaba de Ptahhotep reprise sur le dessin ci-après, initie bien évidemment deux sons distincts : la main gauche indiquant la pose des doigts pour la fondamentale et la droite pour l'exécution de sa quinte.

 

  Chironomie-polyphonique-chez-Ptahhotep-copie-1.gif

 


     Ce qui permit à Hickmann de déduire que les Égyptiens connurent, certes à un niveau extrêmement rudimentaire, les prémices d'une musique polyphonique.


     C'est également évident pour le savant allemand qu'il est question de ces gestes d'accompagnement mélodique quand, dans le célèbre Hymne au Nil qu'il y a quatre ans je vous avais donné à connaître, on lit qu'en l'honneur du fleuve, on peut chanter avec les mains

 

     En conclusion, il se pourrait bien que la chironomie constitue, sur les parois des mastabas d'Ancien Empire, une sorte de "graphie musicale" avant la lettre ; ou plutôt, avant la note !

 

     Il semblerait en outre - et là, c'est à nouveau Hans Hickmann qui l'exprime - qu'au moins deux signes hiéroglyphiques (ceux correspondant à notre i et à notre h), quand ils sont plusieurs fois répétés les uns à la suite des autres au-dessus d'instrumentistes sur la paroi d'une tombe auraient vraisemblablement une signification musicale : mais cela n'est encore que conjecture, faute de documents suffisants qui viendraient avérer l'hypothèse.  

 

     De sorte que, nonobstant les recherches et déductions des savants belge et germanique auxquels je viens de faire référence, il demeure que les musicologues et autres acousticiens estiment, en cela suivis par maints égyptologues, que pour avoir une certaine idée des sonorités musicales de cette époque antique, il ne nous reste plus, dans un premier temps, qu'à nous intéresser à ce que chantent ou jouent les ouvriers et les paysans égyptiens contemporains quand ils veulent se donner du coeur à l'ouvrage, pour autant que l'on établisse comme base de réflexion qu'ils perpétuent dans une certaine mesure (sans quelconque jeu de mots !), au travers des siècles, au travers des générations, quelques réminiscences des mélodies antiques. Et dans un second temps, à prendre en bonne considération les chants liturgiques de ces descendants des lointains Égyptiens que sont les chrétiens coptes qui, vraisemblablement, pérennisent eux aussi les mélopées sacrées anciennes.

 

     Car les preuves archéologiques - peintures et reliefs -, tout autant que les récits des voyageurs grecs, ne manquent pas qui nous donnent à concevoir la musique de l'antique Kemet sous deux aspects bien distincts : l'un, profane et l'autre, sacré. Entendez, (toujours sans mauvais jeu de mots !), une musique secondant la quotidienneté, dans ses travaux autant que dans ses fêtes ; l'autre ressortissant à la vie cultuelle, au sein des temples notamment, où des hymnodes s'accompagnant de la harpe offraient leurs psalmodies au dieu à honorer.

 

     Vous aurez donc compris, amis visiteurs, que la musique en général, qu'elle soutienne chants ou danses, revêtit une très grande importance dans toutes les couches de la société égyptienne d'alors, chez les plus humbles travailleurs comme chez les privilégiés : c'est ainsi que le Palais se chargeait d'enseigner et de rémunérer un personnel spécialisé, vraisemblablement doué au départ. Ce sont en outre dans des ateliers royaux que des facteurs de haut niveau confectionnaient les différents instruments en usage.


 

     Dans un article datant de 1906 consacré à la poésie de Basse Époque - Poesie aus der Spätzeit -, l'égyptologue allemand Hermann Junker (1877-1962) attirait l'attention sur un hymne gravé sur l'un des murs du temple d'Hathor à Denderah qui nous donne à comprendre combien la musique fit également partie de la vie religieuse personnelle des souverains :


Es kommt der Pharao zu tanzen,
Er kommt, (dir) zu singen.
     Ô seine Herrin ! sieh, wie er tanzt ;
     Ô Braut des Horus ! sieh, wie er hüpft.


(...)


Ô Goldene! wie schön ist dieses Lied !
Wie das Lied des Horus selbst.

 

Traduction personnelle :


Le Pharaon vient pour danser,

Il vient pour chanter.

     Ô toi sa souveraine, vois comme il danse ;

     Ô Épouse d'Horus, vois comme il sautille.


(...)


Ô Dorée ! combien beau est son chant !

Tel le chant d'Horus lui-même.

 

   

     Et l'Hymne au Nil que je citai tout à l'heure, n'est pas en reste quand il nous permet de comprendre l'importance  de la harpe associée à Hapy, une des divinités les plus honorées de tout un peuple dans la mesure où elle permettait les débordements salvateurs tant attendus d'un fleuve, crues qui assuraient la pérennité de la société :

 

On commence à chanter à la harpe en ton honneur,
à chanter avec les mains.     

 

 

      C'est de harpe, précisément, qu'il sera donc question le 13 novembre prochain puisque je vous propose de nous retrouver dans cette même salle 10 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre pour autant qu'en ma compagnie vous souhaitiez mieux connaître cet instrument tellement apprécié des anciens habitants des rives du Nil.

 

     A mardi ?

 

 

 

(Careddu : 1991,39-59 ; Hickmann : 1987, 49-50 et 90 ; Junker : 1906, 102-3 ; Loret : 1913, 1-34 ; Van der Plas : 1986, I, 138)

 

 


     (Merci à Thierry Benderitter pour l'excellence de son site OsirisNet, source inépuisable dans laquelle il me permet toujours de venir m'abreuver. Ce matin, pour les deux dessins de chironomie présentés ci-dessus.)

Par Richard LEJEUNE - Publié dans : Égypte : ô Louvre ! - Communauté : ÉGYPTO-ARCHÉOLOGIE
Voir les 13 commentaires - Ecrire un commentaire
Mardi 23 octobre 2012 2 23 /10 /Oct /2012 00:00

 

     En ce qui concerne le bon et le mauvais, ils ne manifestent non plus rien de positif dans les choses, du moins considérées en elles-mêmes, et ne sont que des modes de penser, c'est-à-dire des notions que nous formons parce que nous comparons les choses entre elles.

En effet, une seule et même chose peut être, dans le même temps, bonne et mauvaise, et aussi indifférente. Par exemple, la musique est bonne pour le mélancolique, mauvaise pour qui éprouve de la peine ; mais pour le sourd, elle n'est ni bonne ni mauvaise.

 


 

SPINOZA

Éthique, IV, Préface

 

dans Oeuvres complètes,

Paris, Gallimard, La Pléiade,

p. 489 de mon édition de 1954

 

 


 

      "Ayant fin juin épuisé le premier des deux grands axes thématiques du programme iconographique de la tombe de Metchetchi, celui consacré aux rites indispensables pour que son culte funéraire soit assuré, je pus envisager les "vacances" en vous laissant en compagnie de Sinouhé ...", vous précisais-je mardi dernier, amis visiteurs, à la fin de ma table des matières reprenant le passé de nos rendez-vous devant la collection de fragments peints exposée en cette vitrine 4 ² de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre

 

     Est-il besoin d'ajouter que si, thématiquement parlant, la première partie de notre étude de ces morceaux de mouna provenant de son mastaba est arrivée à son terme en juin dernier, nous pouvons à présent partir à la découverte de la seconde ? Que j'avais par ailleurs rapidement définie, le 19 novembre 2011, en soulignant qu'il s'agissait des loisirs qui furent siens de son vivant et dont il souhaitait encore bénéficier dans son éternité.

 

     "Loisirs", uniquement ? ...

 

  

     Vous vous souvenez assurément que nous avons au printemps dernier concentré notre attention plusieurs semaines consécutives au fragment E 25515 de 45 centimètres de hauteur et 81 de longueur, accroché ici devant nous.

 

 

30. Fragment E 25515 (2009)

 

 

     Si aujourd'hui je m'y attarde à nouveau, vous vous doutez évidemment que ce n'est plus pour évoquer les scènes de la naissance du veau et de la traite de la vache qui se déploient au registre inférieur, ni celle de l'ablation de la patte antérieure et son apport pour le repas funéraire de Metchetchi à droite du registre supérieur.  

 

     Pour l'heure, je vous ai fixé ce rendez-vous afin d'aborder un thème qui, derechef, nous invitera vers d'intéressants nouveaux horizons : il s'agit de la scène peinte au-dessus, à gauche.

 

     Malgré l'état du fragment pour le moins discutable, auquel vient malheureusement s'ajouter la piètre qualité de mon cliché ci-après, ce qui, convenez-en, n'autorise pas vraiment une belle lecture, il ne doit se présenter aucune difficulté pour que vous distinguiez trois jeunes femmes assises, jouant de la harpe.

 


Joueuses-de-harpe.-Fragment-E-25515-(2009)-.JPG    


     Il est interdit de frapper du tambour et de jouer de la harpe ou du hautbois ..., peut-on lire dans le "Décret divin" de l'Abaton gravé à Philae, au niveau du mur intérieur nord du portique du temple qu'y fit ériger l'empereur romain Hadrien ; texte dont, pour une tout autre finalité, je vous avais déjà engagé à découvrir quelques extraits le 5 juin dernier, souvenez-vous, quand nous avions évoqué le lait consacré aux libations destinées aux dieux ; à Philae en l'occurrence : à Osiris.

 

     Nonobstant que, comme je viens de le préciser, elle fasse à certains moments l'objet d'une proscription dans le culte divin sur l'île de Biggeh, ainsi que dans d'autres sanctuaires où avait été conservée l'une quelconque relique censée avoir appartenu à Osiris, - ce dieu qui abomine tout bruit, peut-on lire dans un des Textes des Sarcophages ou encore, tout aussi révélatrice, cette épithète qui lui est parfois associée : Seigneur du silence, - la harpe fut, tout comme le sistre d'ailleurs, l'instrument de musique qui connut, et cela dès l'Ancien Empire, une faveur insigne auprès des Égyptiens. 

 

     Il faut évidemment souligner que, de tous les instruments à cordes figurés sur les reliefs ou les peintures actuellement mis au jour - je pense essentiellement au luth et à la lyre - ; de tous ceux que l'on peut admirer dans les musées et, notamment ici même un peu plus loin au rez-de-chaussée, en la salle 10, elle fut la seule à connaître une origine autochtone, tous les autres ayant été importés d'Asie à des époques plus récentes. De sorte que, pour l'Ancien Empire, elle constitue l'unique exemple de cordophone - comme aiment à l'appeler les spécialistes - présent dans un ensemble musical.

 

     Il me faut enfin préciser - et ceci corrobore aussi cela - que la musique en général revêtit une très grande importance dans les strates aisées de la société égyptienne d'alors.

  

 

     Mais qu'entend-on véritablement par musique à l'époque pharaonique ?

Dans quelles circonstances était-elle pratiquée ?

Pour qui ? Par qui ?

Avec quels types d'instruments ?

 

     Quant à ces trois musiciennes assez effacées - au propre comme au figuré -  qui fort discrètement nous ont accompagnés ce matin, qui étaient-elles réellement ?

 

     A toutes ces questions, et à d'autres probablement qui surgiraient tout au long de nos rencontres, je me propose d'apporter une réponse à mon retour au pays, dès le premier mardi après les vacances de Toussaint, le 6 novembre donc, ici, devant la vitrine 4 ² de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre.

 

     Avant de vous quitter, pour que vos jours à venir soient ensoleillés de poésie à chaque coin de rues, permettez-moi de vous offrir "Cinq notes" : cette portée-là ne pourra que vous séduire. Et si l'envie vous en prend, ne vous en contentez pas : partez à la découverte d'autres aussi beaux coups de coeur avec Carole


 

     A bientôt.

     Excellent congé à tous.


     Richard

 


 

 

(Emerit : 2002, 189-210 ; EAD. 2005 : 3-16 ; Loret : 1913, 23-30)

Par Richard LEJEUNE - Publié dans : Égypte : ô Louvre ! - Communauté : ÉGYPTO-ARCHÉOLOGIE
Voir les 9 commentaires - Ecrire un commentaire
Mardi 16 octobre 2012 2 16 /10 /Oct /2012 00:00

 

 Une pierre

deux maisons

trois ruines

quatre fossoyeurs

un jardin

des fleurs

...

 

Jacques  PRÉVERT

Inventaire

 

dans Paroles

Paris, Gallimard, Le Livre de Poche n° 239

p. 201 de mon édition de 1965

 


 

 

 

     Derrière nous, loin déjà, l'été 2012 qui nous a emmenés vous et moi, amis visiteurs, dès le premier mardi de juillet, sur les routes de l'exil vers les terres asiatiques d'un fonctionnaire aulique du Moyen Empire égyptien.

 

     Quoi de plus exaltant, pendant ces trois mois de "vacances", que de parcourir avec vous le Roman de Sinouhé que j'avais jadis traduit et que j'ai pris grand plaisir d'exhumer de mes archives d'alors pour vous le donner à lire ?

      Quoi de plus étonnant que d'y associer - rencontre d'un autre type ! - le trop peu lu poète français Saint-John Perse ?

     Quoi de plus stimulant que de découvrir au fil des semaines que vous ne fûtes point que des lecteurs aimables mais, inespéré pour moi, de vrais passionnés par ce texte, son vocabulaire, son style d'une haute teneur littéraire : le nombre de commentaires, ici ou par mails privés, le nombre de "J'aime ça" sur les réseaux sociaux, autre fort agréable encouragement inattendu, en constituent une preuve irréfutable.

Merci à tous.

 

     Chaque chose arrivant un jour à terme, la rentrée académique s'étant déjà depuis plusieurs semaines manifestée à l'horizon universitaire belge, je vous propose maintenant de quelque peu délaisser la voie du romanesque - mais pas nécessairement de la poésie - aux fins de reprendre celle du Musée du Louvre sur laquelle, je n'en doute pas un seul instant, vous vous engagerez à nouveau pour m'accompagner d'un pas décisif et décidé.

 

 

Pied--03-07-2012--401.jpg

 

     Nonobstant, ce n'est pas véritablement à vous, fidèles coreligionnaires en esthétique égyptienne, que je m'adresse ce matin mais, plus spécifiquement, à celles et ceux qui, désirant nous rejoindre pour la suite du voyage, se sont inscrits ces derniers mois pour réserver leur place dans notre dahabieh virtuelle. 

 

      Notre destination ? Le mastaba de Metchetchi.

     Notre point d'embarquement ? Les vitrines 4 1 et 4 ² ici devant nous sur le mur nord de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes.

 


Vitrines 4

 


     "Nouveaux" amis visiteurs, soyez assurés que tous les "Anciens" qui vous entourent aujourd'hui ont grandement appris à la connaître, à la détailler, à l'admirer cette collection de vestiges naguère arrachés par de bien peu scrupuleux "amateurs d'art" aux parois murales de la tombe qu'à l'instar de tout Égyptien, Metchetchi avait espérée inviolable, partant, inviolée.

 

     Mais de quoi s'agit-il ?, vous interrogez-vous probablement ...

 

     Afin de ne point vous contraindre à une recherche fastidieuse des pages de mon blog, nombreuses à cet homme lige du roi Ounas dédiées, pour y débusquer le renseignement souhaité, j'ai pensé ici vous proposer, non pas un inventaire à la Prévert mais, plutôt, dans toute la froideur de son énumération, une table des matières qu'il vous sera loisible de conserver dans vos favoris. Il ne vous restera plus par la suite qu'à la consulter d'un simple clic sur une des dates pour que, grâce à une sorte de tapis volant vers la Connaissance tel celui, mordoré, recouvrant maintenant les salles du nouvel espace que le Musée du Louvre a décidé d'offrir aux arts de l'Islam, Cour Visconti,


 

Toit-Departement-des-Arts-de-l-Islam.jpg

 

vous soyez emmenés jusqu'aux titres proposés en regard.

 

     Excellent voyage à tous parmi cette collection de petites merveilles provenant du mastaba de Metchetchi, à découvrir, voire même, à redécouvrir ...

 

 

 

15 mars 2011 : 1. Une introduction

 

22 mars 2011 : 2. Considérations philologiques à propos de deux titres auliques


29 mars 2011 : 3. A propos de la catégorie sociale des Khentyou-she

 

5 avril 2011 : 4. A propos de l'épithète Imakhou

 

26 avril 2011 : XIII. Considérations sémiotiques à propos du fragment de linteau E 25681

 

3 mai 2011 : XIV. De l'aspectivité dans l'art égyptien (Linteau E 25681)

 

24 mai 2011 : XVI. Père et fils (Linteau E 25681)


31 mai 2011 : XVII. Derechef la perspective ? (Linteau E 25681)

 

15 novembre 2011 : Peintures - 1. Une introduction (Première partie)

 

19 novembre 2011 : 2. Une introduction (Seconde partie)

 

22 novembre 2011 : 3. Quelques précisions techniques (Première partie)

 

26 novembre 2011 : 4. Quelques précisions techniques (Deuxième partie)

 

29 novembre 2011 : 5. Quelques précisions techniques (Troisième partie)

 

3 décembre 2011 : 6. Quelques précisions techniques (Quatrième partie)


6 décembre 2011 : 7. Le propriétaire de la tombe (Première partie)

 

10 décembre 2011 : 8. Le propriétaire de la tombe (Seconde partie)

 

13 décembre 2011 : 9. De l'amour filial : le père vivant

 

17 décembre 2011 : 10. De l'amour filial : le père défunt

 

20 décembre 2011 : 11. Du parangon originel de l'amour filial

 

10 janvier 2012 : 12. De la perception de la mort en tant qu'Hymne à la Vie (Première partie)

 

14 janvier 2012 : 13. De la perception de la mort en tant qu'Hymne à la Vie (Seconde partie)

 

17 janvier 2012 : 14. Les champs thématiques du programme iconographique

 

21 janvier 2012 : 15. Les porteuses d'offrandes (Première partie)

 

24 janvier 2012 : 16. Les porteuses d'offrandes (Deuxième partie)

 

28 janvier 2012 : 17. Les porteuses d'offrandes (3) : De l'origine des domaines funéraires

 

31 janvier 2012 : 18. Les porteurs d'offrandes (Fragments E 25508 et E 25509)

 

4 février 2012 : 19. Les porteurs d'offrandes (De la monotonie de l'art égyptien ?)


7 février 2012 : 20. Les porteurs d'offrandes (Fragments E 25530 et E 25536)

 

11 février 2012 : 21. De l'élaboration des récipients en pierre

 

14 février 2012 : 22. Les porteurs d'offrandes (Fragments E 25514 et E 25529)

 

28 février 2012 : 23. De la présence de l'oryx dans l'iconologie de l'offrande alimentaire

 

3 mars 2012 : 24. Des différentes techniques pour sacrifier un oryx

 

6 mars 2012 : 25. Des raisons du sacrifice de l'oryx dans les rites égyptiens

 

10 mars 2012 : 26. De la présence de bovidés dans l'iconologie de l'offrande alimentaire

 

13 mars 2012 : 27. Du sacrifice rituel des bovidés

 

17 mars 2012 : 28. Des prêtres de l'Égypte antique, en général

 

20 mars 2012 : 29. Des prêtres-lecteurs, en particulier

 

24 mars 2012 : 30. De la pancarte

 

27 mars 2012 : 31. De l'apport des vases d'huiles rituelles

 

31 mars 2012 : 32. Des huiles canoniques

 

17 avril 2012 : 33. Demandez le programme !

 

21 avril 2012  : 34. Des domaines avicoles

 

26 avril 2012 : 35. De la suralimentation forcée

 

28 avril 2012 : 36. Où il est à nouveau question de bovins

 

1er mai 2012 : 37. Et la vache vêla

 

5 mai 2012 : 38. Et la vache, son lait donna 

 

8 mai 2012 : 39. Du lait en général : nourrir

 

15 mai 2012 : 40. Du lait en général : soigner

 

22 mai 2012 : 41. Du lait humain en particulier

 

29 mai 2012 : 42. Du lait dans différents rituels purificateurs

 

5 juin 2012 : 43. Du lait pour une libation aux dieux

 

12 juin 2012 : 44. Du lait divin pour les nouveau-nés royaux

 

19 juin 2012 : 45. Du lait divin pour les couronnements royaux

 

26 juin 2012 : 46. Du lait divin pour l'Au-delà des rois

 

 

     Ayant fin juin épuisé le premier des deux grands axes thématiques du programme iconographique de la tombe de Metchechi, celui consacré aux rites indispensables pour que son culte funéraire soit assuré, je pus envisager les "vacances" en vous laissant en compagnie de Sinouhé ... 

 

     Et pour l'heure, seriez-vous en droit de me demander, que peut-il bien encore nous apprendre ce brave homme ?

 

     Avant de vous fixer un nouveau rendez-vous pour le 23 octobre prochain, sans hésitation aucune, je répondrai que les thèmes qu'il s'était choisis pour accompagner son éternité furent tellement riches et éclectiques qu'il nous réserve encore quelques belles et intéressantes surprises ...

 

     A mardi  ...

Par Richard LEJEUNE - Publié dans : Égypte : ô Louvre ! - Communauté : ÉGYPTO-ARCHÉOLOGIE
Voir les 7 commentaires - Ecrire un commentaire
Mardi 26 juin 2012 2 26 /06 /Juin /2012 00:00

 

     Nous voici inéluctablement arrivés, amis visiteurs, à la troisième étape de notre réflexion commencée voici deux semaines à propos du lait dans le monde divin : après la tétée du nouveau-né princier, après celle précédant la cérémonie du couronnement, demandons-nous ce matin quels furent les rapports que l'idéologie pharaonique établit entre allaitement et survie dans l'Au-delà.

 

    Cette ultime intervention clôturera définitivement le long cycle de la perception du lait en l'Égypte antique que nous avions entamé en mai dernier.


 

     A plusieurs reprises, les Textes des Pyramides insistent sur le fait que, décédé, le roi, passant d'un état à un autre, renaît à une nouvelle vie (que notre vocabulaire étriqué appelle la mort). Cette naissance ou, plutôt, cette re-naissance, l'assimile métaphoriquement à un nouveau-né. Et dans ce cas de figure, il a tout naturellement besoin de ces soins dévolus à chaque nourrisson, l'allaitement étant d'évidence le plus important d'entre eux. D'autant plus que ce lait maternel sera pour lui le garant de la continuité, dans des conditions optimales souhaitées, de son avenir post mortem. En un mot comme en cent, il sera le gage de son éternelle jeunesse. 


       Prends mon sein afin que tu le tètes, ô souverain, puisque tu es de nouveau vivant, ô souverain, et que tu es de nouveau petit, ô souverain, peut-on par exemple lire au paragraphe 912 b.

 

     Et, lui faisant suite, les §§ 913 a et b, ajoutent :

 

     Tu monteras au ciel comme les faucons, tes plumes étant comme celles des oiseaux, ô souverain

 

     Après son décès, le roi allaité est donc assuré de s'envoler vers les cieux : ainsi s'expliquent les figurations ailées rencontrées dans certaines tombes. Dès lors, il n'est pas incongru de considérer que l'allaitement funéraire du monarque, s'il a évidemment une connotation nutritive, participe pleinement de son programme de régénération, constituant même les prémices d'une renaissance triomphale, d'une résurrection glorieuse, comme le définissait en 1951 feu l'égyptologue français Jean Leclant.

 

     En outre, protégé par l'absorption intarissable de lait divin, - comprenez : sans plus jamais être sevré ! -,  le roi peut ainsi être certain de la pérennité de ses privilèges, de la conservation perpétuelle de l'ensemble de ses prérogatives, de l'intégralité de son pouvoir dans l'Au-delà.

 

     Nutritif et protecteur, voilà des qualifications bien précises qui, dans ce corpus funéraire des premiers temps, furent étroitement associées au lait de certaines déesses.

 

 

    Il appert que c'est de la Vème dynastie que date la première représentation de la scène de l'allaitement royal. Et plus précisément dans le temple de Sahourê, un des prédécesseurs d'Ounas.

Ce thème se codifiera et son répertoire s'enrichira dans d'autres temples funéraires royaux tout au long de cette dynastie et de la suivante. 

 

Allaitement Sahourê (Bloc original)

 

 

 

Allaitement-Sahoure--Dessin-Borchardt-.jpg

 

 

     (Ces deux clichés proviennent de l'étude que l'égyptologue allemand Ludwig Borchardt consacra au monument funéraire de Sahourê, dont les trois volumes sont librement téléchargeables sur le site de l'Université de Heidelberg : le bloc original, à la page 20 du tome 1 [1910] et le dessin à la "Blatt 18" du tome 2b [1913] ).

 

     Permettez-moi, ici et maintenant, d'indiquer que si au lieu de vous présenter les trois phases successives d'allaitement du souverain dans l'ordre chronologique des étapes de sa vie - naissance, couronnement, puis décès -, j'avais plutôt respecté celui de l'apparition de cette thématique dans le programme iconographique des temples funéraires, c'est par l'allaitement d'un roi défunt que j'eusse dû commencer ; par celui d'un roi couronné poursuivre avant de, paradoxalement, terminer par celui d'un nouveau-né princier ...

 

    

     Cette fonction nourricière dans l'Au-delà est également exprimée par une scène, probablement la plus connue, la plus invraisemblable aussi si vous la jugez à l'aune de nos esprits rationalistes occidentaux contemporains, unique pour l'exprimer d'un mot : il s'agit de l'esquisse, exceptionnelle, peinte en rouge et noir que rehaussent les touches vertes des feuilles sur un des piliers de la chambre sépulcrale de l'hypogée de Thoutmosis III (XVIIIème dynastie) dans la Vallée des Rois.

 

 

Allaitement-Thoutmosis-III--Mekhitarian-.jpg

 

 

      Sur ce cliché que je me suis autorisé à prendre à partir du très bel ouvrage que consacra  l'égyptologue belge Arpag Mekhitarian à la peinture égyptienne, vous remarquerez que de ses mains grêles, le souverain, suggéré par quelques prestes traits noirs, saisit le bras, imposant, émergeant du tronc, de la déesse du sycomore, qui soutient un plantureux sein nourricier, également noir.

 

     Seule l'inscription qui suit le cartouche royal permet d'identifier la déesse sous cette forme d'arbre puisqu'elle indique : Il tète sa mère Isis ; le nom de cette dernière étant écrit grâce aux deux derniers hiéroglyphes de la colonne derrière les jambes du roi Menkheper-Rê. (Thoutmosis III)

 

       Le lait - tout comme le vin, d'ailleurs, nous le verrons quand nous aborderons les dernières vitrines de cette salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre -, était considéré comme un breuvage censé favoriser toute régénération.

 

     Ainsi, avez-vous peut-être un jour été étonné de voir, sur la paroi sud du sanctuaire au niveau de la dernière terrasse du temple de millions d'années de la reine Hatchepsout, à Deir el-Bahari, (XVIIIème dynastie), la figuration de quatre bassins remplis de lait : ils participaient en fait d'un rite visant à renforcer le pouvoir de renaissance de Rê chaque jour qui consistait, dans le chef des veilleurs sacrés, à éteindre à l'aube les torches en les plongeant dans ce précieux liquide.

 

     Toujours chez Hatchepsout, mais au niveau de la deuxième terrasse cette fois, cette scène ressortissant au même thème :

 

  Allaitement royal - Deir el-Bahari - Temple d'Hatchepsout -


 

la reine, à droite, à l'aspect juvénile, tétant le pis de la vache sacrée Hathor et, à gauche, adulte, sous le mufle divin.

 

 

     Comme d'autres rites - je pense par exemple à l'offrande de la Maât ou à l'offrande du nom du roi -, celui de l'allaitement invitait Pharaon à proclamer que c'était des dieux qu'il détenait sa souveraineté, possession absolument inaliénable préservant le pays de sombrer dans le chaos. Et donc, l'assurait d'un règne effectif pour l'éternité, à la suite de tous ses prédécesseurs dans l'Au-delà.

 

     

 

 

(Bonhême/Forgeau : 1988, 85-92 ; Capart : 1912, 17 ; Cauville : 2011, 55 ; Forgeau : 2010, 77-80 ; Leclant : 1951, 123-7 ; ID. : 1961, 256 sqq.Mekhitarian : 1978, 38 ; Moret : 1902, 64        

Par Richard LEJEUNE - Publié dans : Égypte : ô Louvre ! - Communauté : ÉGYPTO-ARCHÉOLOGIE
Voir les 13 commentaires - Ecrire un commentaire
Mardi 19 juin 2012 2 19 /06 /Juin /2012 00:00

 

    En tétant les déesses nourricières dès sa naissance comme nous l'avons vu précédemment ou en se repaissant au pis des vaches divines, en Égypte, le petit de roi se développe jusqu'à atteindre la maturité nécessaire pour enfin bénéficier de l'héritage paternel qui lui revient par droit de primogéniture : le pouvoir suprême sur le pays.

 

     Cette étape, la deuxième des trois moments de son existence mis en rapport direct avec le lait, il me siérait aujourd'hui, amis visiteurs, de la développer pour vous.


  

     Si, dès la fin de l'Ancien Empire, comme nous le verrons lors de notre prochain et dernier rendez-vous à ce propos, l'allaitement mystique d'un souverain faisait partie des différentes phases de sa survie post mortem, une première figuration d'un jeune roi abreuvé au sein d'une déesse, Hathor en l'occurrence, - au registre supérieur du mur ouest de sa chapelle de Denderah -, prouverait que c'est seulement à partir du règne de Montouhotep II, souverain du début du Moyen Empire, que, selon une étude très récente de l'égyptologue française Annie Forgeau, ce geste fut associé au cérémonial du couronnement :

 

     Je te rajeunis avec mon lait, si bien que tes ennemis sont abattus sous toi, peut-on lire pour accompagner cette scène ...   

 

     Il vous faut en effet savoir que ce sera plus spécifiquement dans cette circonstance-là que vous rencontrerez la plupart des représentations de l'une ou l'autre de ces déessses lui tendant un sein généreux : à Karnak, vous n'aurez qu'à choisir entre Thoutmosis III, Amenhotep II, Ramsès II, Chechonq Ier et même Philippe Arrhidée, d'origine pourtant macédonienne qui, à différents endroits du temple, ont sacrifié à ce tableau ; à Philae, vous croiserez Ptolémée II Philadelphe ; à Silsilis, Horemheb et Ramsès II ; à Medinet Habou, Ramsès III et en Abydos, Ramsès II à nouveau, pour ne citer que quelques-uns de ceux qui me viennent immédiatement à l'esprit. 

 

     Quel rapport, seriez-vous en droit de me demander, les Égyptiens établirent-ils donc entre sacre et allaitement ?

 

     Tout simplement que le prince qui va devenir roi naît à une nouvelle étape, capitale, de sa vie. Et, puisque naissance il y a, automatiquement, soins à un nourrisson se doivent d'être prodigués !

De sorte que, représenté en adolescent, on le voit téter le sein que, debout à ses côtés, lui tend une déesse qui parfois l'enlace.


     Ainsi, devient-il officiellement détenteur du pouvoir de régner sur l'Égypte entière. Parmi tout le cérémonial du couronnement, le rite de l'allaitement n'a comme raison d'être que de confirmer ce prince héritier dans la fonction royale désormais sienne, que le décès de son père lui a héréditairement attribuée, non seulement de manière mythologique : par là se répète l'éternelle geste osirienne, le roi allaité par Isis, nourrice tutélaire de la monarchie, étant, archétype divin du pharaon vivant, un nouvel Horus sur le trône d'Égypte ! ; mais également de manière matérielle : le prétendant au trône apparaît en souverain efficient, coiffé de l'une ou l'autre couronne, symbole de sa domination sur tout le pays, Basse et Haute-Égypte réunies.

 

     En outre, cet allaitement étant à considérer comme une forme de protection maternelle émanant d'une déesse, il confère au monarque un caractère éminemment divin.


     C'est ce qu'exprime notamment, dans le temple de Séti Ier à Abydos, la scène malheureusement fort endommagée du mur sud de la première salle hypostyle présentant une théorie de déesses "Hathor", quatre en tout, offrant le sein à l'adolescent Ramsès II, debout devant elles, arborant une couronne différente à chaque fois, et Isis, à l'extrême droite, le cajolant dans ses bras

 

 

Allaitement-de-Ramses-II---Abydos.jpg

 

 

et lui disant (petites colonnes de hiéroglyphes gravés dans la partie supérieure) :

 

   Je t'ai pris dans mes deux bras pour t'embrasser comme un enfant (qui gouvernera) les Deux Terres ; tu es sorti de mon sein comme un roi bienfaisant qui se lève couronné du casque Khepresh ; celui qui t'a modelé, c'est Khnoumou, de ses propres mains, avec Ptah lequel a fondu tes membres. La véritable Hathor de Denderah, c'est ta nourrice ; Hathor de Diospolis Parva te donne le sein ; la maîtresse de Qes et Hathor d'Aphroditopolis sont celles qui allaitent tes beautés ; toutes ensemble protègent ta Majesté en tant que chef de tous les pays.  

 

      (Grand merci à Robert Rothenflug de m'avoir autorisé à exporter ici de son site le cliché ci-dessus réalisé par Mademoiselle Nicole Michau.)

 

     Au même Ramsès II, dans le temple dédié à Amon, à Beit el-Wali cette fois, Anouket allaite le roi portant la couronne bleue tout en lui disant :


     Je suis ta mère Anoukis, maîtresse d'Éléphantine, qui (te) nourris dans mon giron pour être roi du Double-Pays, ô Maître du Double-Pays, Ouser-Maât-Rê.

 

     Des conceptions parfaitement identiques se lisent sur les parois des mammisis de Basse Époque.

 

     M'est-il vraiment nécessaire de vous rappeler que certains temples gréco-romains de Thébaïde comme Edfou, Denderah, Philae ou Kom Ombo disposèrent de ce que, dans la littérature égyptologique, il est convenu d'appeler un mammisi ? Ce termeper mes, en égyptien que vous pouvez traduire par "maison de naissance" - fut créé par Jean-François Champollion pour désigner un bâtiment annexe au temple, le plus souvent périptère, qu'il comprit, grâce aux scènes gravées sur les parois murales, prévu pour abriter l'accouchement de la déesse-mère, partant, pour la naissance et l'allaitement du dieu-enfant.

 

     Ceux qui, parmi vous ont visité Denderah se souviennent probablement de celle-ci, parfaitement représentative de mes propos.


 

Mammisi-de-Denderah--Scene-d-allaitement-.JPG

 

 

     Et dans l'un ou l'autre de ces mammisis, les guides ont vraisemblablement dû attirer votre attention sur des formules telles que : 

 

     Je suis l'allaiteuse parfaite, qui allaite son fils, sans me fatiguer ni de jour ni de nuit.

 

     Ou, à Kom Ombo :  Je t'offre le lait blanc qui est dans le pis des vaches nourricières d'Hathor.

 

     Ou encore, à Denderah : La vache céleste d'Horus, la Chetyt, le nourrit avec son lait ; elle l'allaite pour être un souverain bienveillant.

 

 

      Vous aurez évidemment compris, amis visiteurs, que toutes ces scènes, - comme d'ailleurs les statuettes d'Isis lactans -, ont un caractère plus métaphorique que réel ; qu'elles symbolisent une intention, un thème ; qu'elles ne représentent aucun rite célébré, aucune cérémonie avérée ...   

 

 

 

 

(Bonhême/Forgeau : 1988, 85 ; Capart : 1912, 17 ;  Daumas : 1958, 178 et 455 ; Forgeau : 2010, 54-6 et 77-80 ; Leclant : 1951, 123-7 ; ID. : 1961, 256-75 ; Louant : 2003, 31-48 ; Mekhitarian : 1978, 38 ; Moret : 1902, 64)        

 

Par Richard LEJEUNE - Publié dans : Égypte : ô Louvre ! - Communauté : ÉGYPTO-ARCHÉOLOGIE
Voir les 7 commentaires - Ecrire un commentaire

SI VOUS CHERCHEZ ...

Table des Matières (13-12-2012)

 

METCHETCHI

 

OU

 

Sinouhé - Hiéroglyphes

 

SINOUHE

OU ENCORE ...

Présentation

  • : EgyptoMusée - Le blog de Richard LEJEUNE
  • : 18/03/2008
  • : Visite, au Musée du Louvre, au fil des semaines, salle par salle, du Département des Antiquités égyptiennes. Mais aussi articles concernant l'égyptologie en Belgique. Mais aussi la littérature égyptienne antique. Et enfin certains de mes coups de coeur à découvrir dans la rubrique "RichArt" ...
  • EgyptoMusée - Le blog de Richard LEJEUNE
  • Partager ce blog
  • Retour à la page d'accueil

Calendrier

Avril 2014
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30        
<< < > >>

L' INDISPENSABLE



Les dessins au porte-mines

de Jean-Claude VINCENT

EgyptoMusée est membre de

 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés