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5 avril 2008 6 05 /04 /avril /2008 12:20

  

    Avant de poursuivre notre visite, j’envisage, ami lecteur, afin de répondre aux questionnements de ceux d’entre vous qui m’ont contacté via mon adresse mail personnelle, d’introduire ici quelques considérations générales concernant l’art égyptien et ce, en rapport avec les premiers monuments que j’ai évoqués dans mes précédents articles.  

 

    Dans la mesure de mes connaissances, je compte en effet insérer au fil des semaines quelques articles théoriques regroupés sous le titre générique de "Décodage de l’image". Ils permettront de mieux faire comprendre les intentions des artistes partant du principe que, peu de gens sachant lire et écrire - on estime, pour l’Egypte antique, à 1 % de la population ceux qui en étaient capables -, c’est essentiellement l’image qui véhicule les différents messages émanant du pouvoir politique et religieux.
Il y a donc complémentarité, interdépendance de l’écriture et de l’image.  

 

     Je n’ai évidemment pas la prétention de fournir toutes les clés qui vous permettront d’ouvrir les portes conduisant à une totale compréhension de l’art égyptien. Mais si d’aventure quelques-unes, vous paraissant par moi déjà entrebâillées, vous invitent à pousser plus loin l’investigation, mon but sera certainement un peu atteint. Et, j’espère, la bibliographie que je propose fera le reste.

 

     Non, à vrai dire, c’est vous, ami lecteur, qui ferez le reste. Je n’aurais été que simple passeur ...

     Permettez-moi, dans un tout premier temps de revenir un peu plus didactiquement sur un point que j’ai pourtant déjà eu l’occasion d’aborder mais, à lire certains d’entre vous, pas avec suffisamment de précision : la direction de l’écriture, partant, de la lecture des hiéroglyphes.

 

     Pour déterminer le sens de lecture d’un texte, on repère la direction vers laquelle est tournée la tête de tout être vivant. Si un dieu, un humain ou un animal a le visage ou le bec dirigé vers la gauche, comme sur le bas-relief B 19 le sont ceux qui sont gravés dans les colonnes au-dessus du sphinx, on commence par lire en partant de la gauche et en progressant, ici de haut en bas, vers la droite. Et bien évidemment, si les têtes ou les personnages sont tournés vers la droite, comme Ramsès II sur ce même bas-relief, on lit de droite à gauche.

 

     Et c’est d’ailleurs cette règle, la lecture de droite à gauche, que l’on retrouve le plus fréquemment adoptée, en toute logique, quand il s’agit d’un texte rédigé sur papyrus et par respect d’une tradition codifiée quand il s’agit d’un relief : c’est ce que les égyptologues appellent la "direction dominante".

 

     En toute logique, ai-je écrit. Je m’explique.

                                                                                                                                                                                            
Scribe E 3 023

Musée du Louvre - Région Sully - Premier étage 
Salle 22 - Vitrine 10
 


     Le scribe, accroupi, généralement droitier, maintenait de la main gauche, à plat sur son pagne tendu, le papyrus sur lequel il allait écrire en commençant tout naturellement au bord droit de la feuille. Au fur et à mesure qu’il rédigeait son texte, il déroulait de plus en plus de papyrus pour avancer ainsi vers la gauche.


     S’écrivant de droite à gauche, les signes, tournés vers le début de la page, vers la droite, se lisaient donc tout naturellement de droite à gauche.

 

     C’est cette direction dominante qui sera, dans les monuments isolés, réservée aux dieux : ceux-ci regarderont vers la droite et le roi, par exemple, obligatoirement vers la gauche. De même, les hiéroglyphes qui accompagneront ces scènes.

     Mais reprenons les deux bas-reliefs B 18 et B 19 de Ramsès II. J’ai déjà précédemment eu l’occasion d’attirer votre attention sur le fait que, placés au-dessus du souverain ou du sphinx, les hiéroglyphes ne se présentent pas - et ne sont donc pas lus - dans le même sens. Je n’ai rien à ajouter à l’explication que j’en avais donnée à l’époque : elle me paraît suffisamment claire.

 

     En revanche, vous êtes en droit de vous demander, ami lecteur, alors que je viens d’expliquer que sur les monuments, le dieu a le regard tourné vers la droite et le roi vers la gauche, pourquoi il n’en est pas ainsi sur B 19.

     Rassurez-vous, je n’aurai pas, comme d’aucuns ..., l’outrecuidance de vous faire patienter jusqu’au prochain épisode de ce palpitant feuilleton ! Et d’ailleurs, si vous m’avez lu attentivement, vous connaissez déjà, à l’évidence, la réponse à cette interrogation.


     J’ai en effet précisé que cette règle concernait les monuments isolés. Or, ici, souvenez-vous, les bas-reliefs formaient une paire que Caviglia retrouva entre les pattes du sphinx de Guizeh : ils se répondaient l’un l’autre.
 
 

 

   La codification de la "direction dominante" souffre donc au moins une exception : quand le relief d’une paire, ou d’une suite, est situé à droite dans un temple, le dieu regarde vers la gauche, et donc le roi dans le sens inverse.

     A présent, il nous est aisé de déterminer l’emplacement qui était le leur quand Caviglia les mit au jour : B 18 se trouvait à gauche en entrant dans le petit sanctuaire et B 19 à droite.

 

     Vous remarquerez, pour terminer, que les conservateurs du Louvre ont respecté ces positions puisque, dans la crypte, installés de part et d’autre du sphinx, B 18 est présenté sur le mur de gauche et B 19 sur celui de droite.

 


(Fischer : 1986)

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commentaires

L'Amateur 06/04/2008 23:12

Si les points de suspension pouvaient parler, ils en diraient des choses ! (Pierre Dac)

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