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29 avril 2008 2 29 /04 /avril /2008 10:00

     Le parcours thématique proprement dit s'ouvre donc, avec cette troisième salle, sur une évocation du Nil, le fleuve-dieu, le fleuve maître du pays dont la crue annuelle, bienfaisante, était attendue avec impatience dans la mesure où, apportant le limon, engrais naturel, elle permettait à la population de cultiver une terre constamment asséchée, faute de pluie.

     Et, dès lors, d'avoir de quoi se nourrir une nouvelle année encore.


     

























    





     Ci-dessus, un plan réalisé jadis pour mes notes personnelles. Bien avant qu'Internet, et ce blog, entrent dans ma vie ...

     Vaste, claire, aérée - seulement trois vitrines au sol et deux aux murs - cette salle offre en outre la particularité de proposer trois grandes cartes, situées dans l'embrasure de chacune des fenêtres donnant sur la Cour Carrée, panneaux didactiques (ci-dessous, photo de droite) qui, en relation directe avec les vitrines (ci-dessous, photo de gauche), présentent l'Egypte ancienne selon trois axes primordiaux : l'environnement politique, illustré par la première vitrine (non visible ici sur la photo); le cadre physique et naturel, illustré par les vitrines 2 (la toute grande au  centre) et 3 (contre le mur, à droite sur la photo) et enfin la topographie religieuse, illustrée par les vitrines du fond, 4 (sur le sol) et 5 (au mur, à gauche sur la photo). 
 

                











     Dans cet article consacré aux vitrines de  la salle 3, j'évoquerai uniquement la première d'entre elles.
 


VITRINE  1  

Socle d’une statue de Nectanébo II - (E 11 220)

     Provenant du petit temple ptolémaïco-romain de Coptos, ce bloc d'albâtre rectangulaire de 26 cm de hauteur, sur 60 de long et 41 de large, dont la partie centrale a été évidée et la face arrière profondément entaillée, de manière à y faire glisser une statue, fut découvert en 1910 et offert au Louvre en mai de l'année suivante par l'égyptologue français Raymond Weill (1874-1950) et A. Reinach qui tous deux travaillaient pour la Société Française de Fouilles archéologiques. 

     Sur cette face, deux cartouches jumelés, posés sur le signe de l'or, symbole d'indestructibilité et surmontés chacun du disque solaire qu'encadrent deux plumes, révèlent le nom du propriétaire: il s'agit de Nectanébo II, dernier pharaon égyptien (XXXème dynastie), chassé du trône lors de la seconde invasion perse, celle d'Artaxersès III, en 341 A.J.-C.

     Le cartouche de gauche contient le nom de naissance du roi : "Puissant est Horus du Jubilé, fils d'Isis et d'Onouris", tandis que celui de droite porte son nom de couronnement : "Celui qui rend doux le coeur de Rê, l'élu d'Amon ". Deux petites colonnes, de part et d'autre des plumes, précisent qu' "Isis la Grande, mère du dieu" (à gauche) et "Min de Coptos" (à droite) aiment le roi.

     Ces hiéroglyphes sont flanqués de deux prisonniers agenouillés, les bras liés dans le dos, symbolisant, à gauche, les ennemis du Nord (prisonnier libyen) et à droite, ceux du Sud (= homme d'aspect négroïde) soumis au pharaon. Chapeautant l'ensemble : le signe du ciel.

     De part et d'autre de l'entaille, donc au-dessus de chacun des deux prisonniers, deux courtes colonnes de texte proclament, à gauche, que "tous les pays désertiques sont sous les pieds de ce dieu parfait" et, à droite, que "toutes les terres sont sous les pieds de ce dieu parfait"; l'expression "dieu parfait" étant une des épithètes du roi régnant.

     Sur tout le pourtour du socle, des gravures assez médiocrement réalisées selon la technique du relief dans le creux (que j'ai expliquée dans un précédent article), évoquent l'idée politico-religieuse que le souverain d'Egypte est le maître incontesté de "tous les pays étrangers". C’est ainsi que les flancs du monument, par exemple, présentent les "Neuf Arcs", c'est-à-dire les neuf peuples hostiles qui habitaient la terre d'Egypte et ses confins aux temps des premiers rois : les quatre ennemis traditionnels du Nord (à gauche sur la photo ci-dessous) :  


 















et les cinq du Sud :  




















     Et bien qu'au cours des siècles, l'environnement ethnique et politique des Egyptiens se soit considérablement transformé, cette terminologie, en vigueur pendant l'histoire pluri-millénaire du pays, faisait de tout pharaon le "Seigneur des Neuf Arcs". Remarquez que le corps des personnages est constitué de la représentation d'une forteresse entourant le nom de chacun de ces peuples ennemis. Une longue corde les relie les uns aux autres.
 

     Terminons par la face avant du monument.

















     Le texte gravé constitue un rébus, répété deux fois autour d'un axe central symbolique représenté par le hiéroglyphe du coeur et de la trachée qui se lit "nefer" et signifie "beau", "bon", "parfait" avec, de chaque côté, une sorte de drapeau, en fait l'emblème de la divinité qui se lit "netjer" et qui signifie "dieu".

     Cette épithète royale, "dieu parfait ", est ici flanquée du signe de la corbeille, qui a la valeur phonétique "neb" et se traduit par "tout" que surmontent deux oiseaux "rekhyt " levant un bras humain (geste d'adoration) : tout cela constitue un ensemble de signes hiéroglyphiques qui nous font comprendre que le peuple tout entier rend hommage à pharaon.

     En outre, ils sont gravés au-dessus de neuf arcs, notion que je viens déjà d'évoquer : comprenons que le roi et son peuple dominent et neutralisent les éléments qui pourraient être hostiles au pays.


     Dès lors, ce socle à valeur apotropaïque, était destiné à protéger la statue royale, en l’occurrence ici, celle du pharaon Nectanébo II, de toute influence nuisible tout en le plaçant sous l’égide du couple divin honoré à Coptos : Min, dieu de la fécondité et Isis, considérée là comme son épouse.


(Barbotin/Devauchelle : 2006, 30-1; Schumann-Antelme : 1981, 275-7)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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