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24 avril 2008 4 24 /04 /avril /2008 11:00

 

 

     A une centaine de kilomètres de Liège, vers le sud de la Belgique, en direction donc de la frontière française, se visite, en province de Luxembourg, une petite ville typique de nos Ardennes, connue, entre autres, pour sa magnifique église abbatiale datant du premier quart du XVIème siècle, de style ogival tertiaire, lieu de pèlerinage réputé.

 

 
 

     En 1927, à l’occasion du douzième centenaire de la mort de son saint patron, elle fut élevée au rang de "basilica minor".

    
     Saint Hubert - car c’est bien de lui qu’il s’agit ici -, patron des chasseurs, et donc tout naturellement invoqué pour le succès des chasses à courre, ainsi que pour la protection des chevaux et des chiens a, non seulement donné son nom à cette petite ville wallonne, mais est aussi le prétexte d’un grand rassemblement annuel de cavaliers avec leur monture, et de sonneurs de cors.

 

    


     Précédée d’une messe, cette concentration équestre automnale débouche sur une grande bénédiction de chevaux, essentiellement, mais aussi de chiens de toutes races - ce qui, vous me l’accorderez, ami lecteur, n’a plus aucun rapport avec le domaine cynégétique ...




 
 


     Si l'on épingle donc la célébrité de la ville pour cette manifestation religieuse qui, par parenthèses, a pris une telle ampleur en Wallonie que plusieurs autres communes du territoire consacrent un dimanche d’octobre ou de novembre à bénir les animaux, quels qu’ils soient, beaucoup de Belges ignorent jusqu'à l'existence d'un de ses citoyens, Henri-Joseph REDOUTÉ, dont le talent pourtant dépasse très largement nos frontières.



     Né en 1766 dans la bourgade de Saint-Hubert, Henri-Joseph était le puîné de deux soeurs et de deux frères dont un, Pierre-Joseph, fut par la suite surnommé le "Raphael des fleurs" : dans cette famille, en effet, de père en fils, la peinture semble avoir été un véritable don atavique : les deux frères, Pierre-Joseph et Antoine-Ferdinand, deviendront d'ailleurs à Paris respectivement illustrateur botaniste et peintre décorateur.

 

     Et c’est ainsi, le succès aidant - après les années de pauvreté à Saint-Hubert - qu’ils invitèrent leur jeune frère Henri-Joseph - il avait à peine 19 ans -, à venir les rejoindre dans la capitale française.

 

     Initié par son frère au dessin d’histoire naturelle, Henri-Joseph, modestement commence par réaliser des aquarelles de champignons de la région parisienne. Mais bien vite, les deux frères, accédant à une certaine notoriété qui n’était pas que d’estime, vont illustrer, à l’aquarelle et au lavis, colorier à la main et enluminer des gravures d’albums botaniques; et ce, pour différents commanditaires dont le plus illustre fut le naturaliste français Jean-Baptiste de Monet, plus connu en tant que chevalier de Lamarck, pour, notamment, son Encyclopédie botanique dans laquelle les deux Belges signèrent plus de 70 planches.

     Puis, tout bascula de manière extrêmement positive dans la vie du jeune homme quand, avec l’accord de ses frères et des professeurs du Museum national d’Histoire naturelle, il s'engagea à faire partie d’une commission de scientifiques et d’artistes : celle-là même que s’adjoindra Bonaparte pour se rendre en Egypte. 

     Henri-Joseph Redouté avait alors 32 ans.

 

     Accompagné d’Etienne Geoffroy Saint-Hilaire, il quitte donc Paris le 4 floréal de l’an VI (23 avril 1798) en direction de Toulon où le rejoignent d’autres artistes, d’autres savants. Et tout ce petit monde embarque sur La Diane, le 19 mai suivant, à destination de l’Egypte où l'arrivée est effective le 6 juillet. C’est le début d’une grande, exaltante et néanmoins dangereuse aventure. 

 

     Nommé membre de la section des arts de l’Institut des Sciences et des Arts d’Egypte (plus couramment appelé : l’"Institut"), tout nouvellement créé par Bonaparte lui-même, Henri-Joseph rejoint le jeune général au Caire dès le mois de septembre. Et l’année suivante, avec une des deux commissions scientifiques chargées d’explorer la Haute-Egypte, il se rend à Thèbes, Louxor, Esna, Edfou, Assouan, ainsi que sur l’île de Philae.

 

     Après quelques péripéties, il rentre définitivement à Paris le 8 janvier 1802 avec, dans ses cartons, et c’est là le plus important pour l’Histoire, maints dessins et aquarelles d’animaux, de plantes, de bas-reliefs, de statues, d’ensembles architecturaux, d’objets divers, de paysages aussi; le tout exécuté lors de son périple sur la terre des pharaons.

 

     Un certain nombre de ses travaux, il faut le savoir, n’ont pas été publiés, mais sont néanmoins consultables à la Bibliothèque centrale du Museum national d’Histoire naturelle de Paris où 42 planches originales d’Egypte forment ce que l’on appelle la collection des vélins. D’autres ont été disséminés dans des collections particulières; ou irrémédiablement égarés.

 

     Mais, fort heureusement, la majorité d’entre eux se retrouvent dans la Description de l’Egypte : plus de 70 planches ont été gravées, partiellement ou totalement, à partir de dessins de Redouté, tant dans la section consacrée aux Antiquités que dans celle traitant de l’Etat moderne. Enfin, 24 planches de la partie Histoire naturelle sont également signées de sa main.

 

     A la chute de Napoléon Ier, en 1815, après la bataille de Waterloo (dans les environs de Bruxelles), il semblerait que Henri-Joseph perde quelque peu de son prestige sur le sol français. Il faut toutefois admettre qu’une maladie des yeux l’isola de plus en plus de toute vie sociale.

 

     De sorte qu’il finit sa vie, à Paris où il meurt en 1852, à près de 86 ans, dans l’indifférence générale, une quasi complète cécité et un dénuement inversement proportionnel à la richesse qu'il nous a transmise. 
 

      Car, monochromes


     

                                        

 

    
ou coloriées,

 

 

                                    

  






 

                                                        

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

toutes ses planches apparaissent, avec le recul, non seulement comme des oeuvres d’art à part entière, mais surtout comme des documents exceptionnels dédiés à une époque : n’est-ce pas grâce à ce monumental ouvrage que l’on peut bénéficier avec une indéniable rigueur scientifique, et bien avant l’invention de la photographie, d’un état des lieux précis de tous les monuments visités avec, notamment, la preuve que bon nombre d’entre eux étaient encore partiellement ensablés ? N’est-ce pas grâce à cette recension "de dernière minute", donc cardinale, que l’on peut encore avoir connaissance, iconographiquement parlant, de monuments irrémédiablement disparus parce que détruits dans les ateliers des chaufourniers du XIXème siècle ?

 

     Dès lors, et au-delà des siècles, merci à Henri-Joseph Redouté et à tous ces artistes et savants français, connus et moins connus qui, parfois au péril de leur vie, ont collationné et ramené de semblables trésors iconographiques, de façon à nous permettre d’approfondir de manière pointue ce qui allait, grâce à eux, devenir une science à part entière (et non plus une "manie" confinant parfois à de fumeuses théories ésotériques) : l’Egyptologie, avec un E véritablement majuscule.
 

 

(Dierkens/Duvosquel : 1993, pp. 11-5)


P.S. Vous aurez très certainement remarqué, ami lecteur, que cet article inaugure une nouvelle catégorie dans mon blog, que j'ai intitulée L'Egypte en Belgique. A mes yeux, elle n'aura d'autre objectif que de faire allusion soit à des compatriotes qui ont laissé un nom dans le domaine égyptologique, soit à des musées ou des monuments sur lesquels il me paraît intéressant de projeter un certain éclairage.

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Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte en Belgique
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commentaires

N@n 13/03/2009 14:38

Si je connais bien la ville de Saint-Hubert par mon ascendance ardennaise et la participation de Redouté à la campagne d'Egypte, j'étais loin de me douter du lien entre les 2 !

Merci et bravo pour ce superbe article, Richard, qui, après avoir la lecture de l'article sur Antoine et Cléopâtre, m'incite à poursuivre la découverte de ton blog !
Bonne continuation à cet éloge de la passion !


N@n
matelot à bord de la felouque de Ddchampo ;-)

Richard LEJEUNE 14/03/2009 12:30



Je suis particulièrement ravi, Anne, que cet article t'ai plu et, surtout, qu'à toi, d'origine ardennaise, il ai pu encore apprendre quelque chose.

Reviens quand tu veux déambuler parmi mes coups de coeur ...




momo TITI 17/05/2008 17:18

un aRTICLE super bel article sur REDOUTE..

j'ai appris beaucoup de choses sur ce botaniste ..
je peins souvent sur ces dessins

bon samedi

Richard LEJEUNE 22/05/2008 08:38



Heureux que ce modeste article ait pu contribuer à augmenter vos connaissances sur cet artiste, à mes yeux, trop méconnu.
Au plaisir d'à nouveau vous rencontrer sur ce blog.



Louvre-passion 30/04/2008 21:21

Merci pour l'info, le bouquin a l'air d'être un "méga pavé", j'irais voir si il existe à la librairie de la RMN sous la Pyramide du Louvre.

Louvre-passion 27/04/2008 14:56

A la lecture de cet intéressant article où on y parle indirectement du Louvre avec Dominique-Vivant Denon resurgit en moi une interrogation que je me suis posé assez souvent.
Quand tu dis de Henri-Joseph REDOUTÉ "Après quelques péripéties, il rentre définitivement à Paris le 8 janvier 1802" j'ai remarqué que tous les ouvrages qui parlent de la campagne d'Egypte s'arrêtent au départ (la fuite) de Bonaparte mais que l'on sait finalement peu de choses de la fin de l'armée dont le commandement fut confié à Kleber. Je sais qu'ils furent capturés par les Anglais puis libérés, mais comment et dans quelles conditions ? D'autres aussi s'installèrent. Mais existe t'il un ouvrage qui raconte la fin de cette aventure ?

Richard LEJEUNE 28/04/2008 11:28



Certes oui, cette "mine " existe : elle est le fruit des travaux de recherche d'un éminent historien français, LE spécialiste des questions du Moyen Orient,
tant de l'époque de Bonaparte que contemporaines, actuellement Professeur au Collège de France : Henry LAURENS.

Son ouvrage majeur sur la question, lourde "brique" de 520 pages passionnantes :

L'Expédition d'Egypte, 1798-1801Paris, Armand Colin, Novembre 1989

(Avec, en annexes trois très intéressantes contributions  : deux d'égyptologues (Jean-Claude GOLVIN et Claude TRAUNECKER) et une sur les aspects scientifiques de l'Expédition due à la
plume de Charles C. GILLISPIE, de l'Université de Princeton aux Etats-Unis.)

Pour ce qui concerne plus spécifiquement H.-J. Redouté, j'entendais par "péripéties" ce qui lui était personnellement arrivé lors de son séjour en Egypte, et sur lesquelles
mésaventures je n'avais pas cru bon de m'étendre dans mon article : en septembre 1798, son cheval s'emballe, tombe dans le Nil. Redouté perdit une quarantaine de ses dessins
et faillit se noyer. Le lendemain, il est la cible de paysans hostiles : il échappa de justesse à leurs balles. 

Bref, c'est à cela, entre autres choses, que je faisais allusion quand j'ai aussi noté : "parfois au péril de leur vie".



grillon 25/04/2008 19:38

Oui, je parlais bien de Clairvaux dans le Luxembourg grand duché, car notre fille aînée a étudié à l'université de Kaiserslautern en Rhénanie-Palatinat, et nous sommes allés la voir une année en faisant du tourisme au Luxembourg et en Moselle.
Au fait, notre troisième fille, elle , a fait ses études supérieures à Bruxelles et est diplômée de l'ULB !
Le Clairvaux de l'Aube, oui, je connais, car nous avons habité à côté de Fontaine-les-Dijon où est né Saint Bernard de Clairvaux qui fonda l'abbaye de Fontenay, fille de Clairvaux.
Tu as de la chance de passer des vacances vers Rodez, j'ai un ancêtre qui fut évèque de Rodez, et l'un de mes grands-pères était originaire de Lozère.
Mais pardon Richard, rien à voir avec l'Egypte, je m'égare !

Richard LEJEUNE 25/04/2008 22:41



"Mais pardon Richard, rien à voir avec l'Egypte, je m'égare !"
Mais ne te freine surtout pas, Grillon ... C'est cela aussi la sympathie des commentaires sur un blog. J'apprécie grandement ce côté spontané ... 



Laurent Morancé 25/04/2008 18:19

Il est donc probable que le camarade Redouté ait croisé et connu Vivant Denon (quels patronymes ils ont tous les deux, quand on y pense), le " fondateur " du Louvre...

Le plus drôle, dans l'histoire, est tout de même cette pyramide dans la cour du célèbre musée.

Inconscient quand tu nous tiens...

Richard LEJEUNE 25/04/2008 22:37



Probable ? Certes non : certain !
Ils faisaient tous les deux partie des artistes dessinateurs, graveurs ... qui accompagnèrent Bonaparte en Egypte. Et, par exemple, le portrait de Redouté que j'ai introduit dans mon article a
été réalisé par André Dutertre, un autre membre de cette expédition ...

Quant au patronyme ? Ses prénoms étaient "Dominique" et "Vivant", reliés par un trait d'union : Dominique-Vivant. Peu courant, en effet.
Et le nom de cette famille d'origine bourguignonne : DENON. Qu'au début, Dominique-Vivant signait encore en deux mots : DE NON.
Puis Vivant DENON.
Puis Baron DENON ...

Pour une biographie détaillée : http://www.napoleonica.org/denon/denon_bio.html

Pour une superbe biographie littéraire, je suggère la lecture de :

SOLLERS Philippe, Le Cavalier du Louvre, Paris, Plon, 1995. 



grillon 24/04/2008 19:35

J'ignorais que le Redouté des fleurs avait un frère aussi talentueux, ses planches colorées d'égyptologie sont aussi belles que les fameuses roses familiales !
La villes de Saint Hubert me fait penser à une autre que j'ai visitée sans doute non loin de là, Clairvaux dans le Luxembourg ...
Merci !

Richard LEJEUNE 25/04/2008 11:35



Sans vouloir jouer au prof de géo que je n'ai jamais été, j'attirerai simplement l'attention, Grillon, sur le fait que dans cette Belgique administrativement et
politiquement très compliquée, la province du Luxembourg, dans laquelle se situe la ville de Saint-Hubert, constitue une des dix provinces de notre territoire. En revanche, le Luxembourg
(exactement : "le Grand-Duché du Luxembourg"), limitrophe avec la province sus-dite, et dans lequel se situe la superbe ville de Clairvaux à laquelle tu fais allusion, est bien un pays à part
entière; qui, avec les Pays-Bas où comme chez nous on parle le néerlandais, fut à l'origine de l'Union européenne (c'est ce que l'on appela le Bénélux).
Mais cela remonte presque à la nuit des temps ...

Quant à ce Clairvaux luxembourgeois que tu as visité, et nonobstant le fait que comparaison n'est nullement raison, je pense - d'après mes souvenirs d'école primaire - que la ville est
architecturalement plus attrayante que Saint-Hubert ... Mais ceci n'engage que moi !

Je terminerai par remarquer que tu as raison de préciser dans ton commentaire qu'il s'agit du Clairvaux du Luxembourg, car deux autres sont encore à épingler : le Clairvaux avec la très
belle abbaye cistercienne, à Ville-sous-la-Ferté, dans l'Aube (Champagne-Ardenne), pas très loin de chez nous non plus; et Clairvaux d'Aveyron, dans la région rodézienne (où nous allons
passer une partie de nos vacances d'été), célèbre aussi - et c'est un aspect non négligeable - pour la production des vins de Marcillac.

De Redouté à Marcillac, il n'y a donc qu'un pas, que j'ai franchi un verre de rosé à la main ... Santé !!      



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