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19 mai 2008 1 19 /05 /mai /2008 23:00

    

     Pour terminer ma présentation de la partie supérieure de la vitrine 2 de cette salle 3 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, après les embarcations abordées la semaine dernière, j'envisage aujourd'hui de vous présenter les objets que l'on a indistinctement intitulés "cuillers de toilette", "cuillers à parfum", "cuillers à onguent", "cuillers à fard", etc.

 

     Dans sa Notice descriptive des Monuments égyptiens du Musée du Louvre, Champollion les avait déjà classées sous la rubrique Ustensiles et instruments de culte privé et public. Notre célèbre égyptologue belge Jean Capart a même défendu l’idée, rejetée depuis, que certaines d’entre elles, plus spécifiquement en forme de bovidé ligoté, auraient remplacé, sur les tables d’offrandes, les animaux que l’on avait sacrifiés.

 

     Bien que n'ayant donc pas toujours été d'accord, les savants conviennent maintenant qu’elles ont pu servir, soit dans des cérémonies religieuses, pour faire brûler de l’encens ou de la myrrhe, soit en tant qu'objets de toilette : rien d'étonnant quand on connaît le rôle important joué en l'occurrence par la toilette du dieu dans le rituel divin journalier, mais aussi l'attention que les grandes dames accordaient à leur propre aspect physique. Et ce n'est pas pur hasard que, dans le mobilier funéraire retrouvé lors des fouilles, ces cuillers côtoyaient peignes, miroirs, pots à onguent et autres étuis à kohol.

 

 

 

     Les exemplaires proposés dans cette vitrine, non seulement figurent tous une nageuse, mais en outre, parce qu'il est évident que le cuilleron ne présente pas la moindre trace d'usage, sont des objets qui n'ont manifestement jamais connu de destination pratique
    


E 10903
(E 10 903)


     En os, d'une longueur totale de 12,5 cm, cette première nageuse de la fin de la XVIIIème dynastie renverse la tête en arrière, présentant ainsi un menton très relevé : elle semble vouloir à tout prix garder la tête hors de l'eau. Une natte assez épaisse qui s'étire dans le dos termine sa coiffure. Une ceinture a été gravée relativement bas, au milieu des fesses. Ses bras ne sont pas placés dans l’axe du corps, mais bien inclinés vers la droite : probablement soutinrent-ils un cuilleron long, étroit et profond, dont il ne reste qu’une partie.
 

     Des traces de couleur noire subsistent au niveau des yeux et surtout des cheveux. A une date indéterminée, ses jambes furent recollées un peu en dessous des genoux.


                                                                                 

E 11122

                                                                (E 11 122)

 

     Coiffée d’une perruque courte retenue autour du front par un bandeau, cette jolie jeune fille en bois de caroubier datant également de la XVIIIème dynastie, fut rerouvée à Medinet el-Ghorab. La pièce mesure 20 centimètres, en ce compris le cuilleron de 6,7 cm.


     Ses jambes, dont un pied est cassé, sont légèrement pliées. Ses bras, étendus, soutiennent la cuve rectangulaire, d'une largeur de 5,5 cm.
   


                                                              
 

 
N 1728

    (N 1 728)


    

     Datant de la XXVème dynastie, cet exemplaire, e bois et d'une longueur totale de 26,3 cm, est malheureusement fendue de l'épaule vers le dos. Elle présente donc un cuilleron en forme de cartouche, assez imposant, sur le bord duquel elle pose le menton. Elle arbore, pour sa part, une perruque se terminant en pointe et comme la première que nous venons d'admirer, elle porte une ceinture pour seul vêtement.

 

 

     Peu me chaut qu'ils aient ou non servi, et quel que soit le nom que les égyptologues veulent leur donner, vous admettrez avec moi, amis lecteurs, que ces petits objets constituent indéniablement des oeuvres d'art à part entière, d'une délicatesse et d'un raffinement extrêmes. Car en fait, ce n'est pas leur usage qui est  mis en lumière dans cette salle et cette vitrine consacrées au Nil - (il le sera plus loin, dans la salle 9, par exemple, dédiée à la parure) -, mais bien le corps, les formes agréablement galbées d'une jeune femme qui nage dans les eaux du fleuve.  


(Vandier d'Abbadie : 1972, I-VIII et 10-38
 )

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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commentaires

Louvre-passion 26/05/2008 21:17

Sais tu que l'un des premiers livres de ma "collection égyptienne" est un petit opuscule de Jean Capart intitulé "Je lis les hiéroglyphes".
En l'ouvrant pour écrire ce commentaire, je me rend compte qu'il a 40 ans. Ce doit être une rareté aujourd'hui.

Richard LEJEUNE 26/05/2008 21:59



C'est assez extraordinaire !
Le hasard fait, comme on dit souvent, bien les choses : en effet, à la suite de ton article du 9 mai dernier, m'est venue l'idée (tu en liras les raisons) de publier un billet rendant
hommage à ce très grand monsieur qu'était Jean Capart. Je termine à l'instant de le peaufiner pour le publier demain mardi.
Puis je lis ton commentaire ... Les "grands esprits" se rencontreraient-ils vraiment ? 

J'ai aussi ce petit livre de Capart : certes, il a vieilli; il est même dépassé par les découvertes philologiques qui ont été faites depuis. Et dans ce domaine, je suppose que tu connais les deux
tomes que Pierre Grandet et Bernard Mathieu ont publiés en 1990 aux éditions Khéops (voir ma bibliographie, du 18 mars dernier) et qu'ils mettent en pratique, je pense, avec des cours
prodigués à Paris ou par correspondance).

Mais cette initiation première, due à la plume de Jean Capart en 1946 (soit un an avant sa mort), reste un document extrêmement savoureux à mes yeux ... 
Chez les bouquinistes bruxellois, près de la gare centrale, ou à Redu (voir mon article de demain), il n'est pas rare d'en trouver encore un exemplaire.
A Paris, je ne sais pas ... Peut-être sur les quais de la Seine ?   



Cat 20/05/2008 16:04

L'art pour l'art! En effet ces objets insolites sont d'une finesse extrème. Même le bois rare dans lequel ils ont été sculptés (bois de caroubier...) interpelle notre imagination et nos envies de dépaysement. Merci de continuer à nous faire ainsi rêver et voyager Mr l'Egyptologue!

Richard LEJEUNE 22/05/2008 08:34



Cette formulation est très gentille, Cat. Mais j'insiste, je ne suis pas officiellement égyptologue; je n'ai aucun diplôme universitaire en la matière. Car si,
bien évidemment, j'ai pendant quelques années, parcouru le cursus égyptologique proposé à l'Université de Liège, je n'ai jamais désiré présenter des examens dans la mesure où, à ces
moments-là, j'en faisais moi-même passer à mes Etudiants de l'Ecole Polytechnique dans laquelle j'enseignais ...
Mais était-il vraiment nécessaire, à l'âge où j'ai entrepris ce parcours, de concrétiser un savoir, une envie d'apprendre et de transmettre une passion par l'un quelconque papier
officiel ?   



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