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9 juin 2008 1 09 /06 /juin /2008 23:00

 

     Comme annoncé la semaine dernière, dans ce deuxième article consacré à la faune nilotique, je vais évoquer deux des quatre derniers types de figurines proposées au bas de cette immense vitrine qui occupe le centre de la salle 3 du Département des Antiquités égyptiennes : les grenouilles et les canards. 


     Si parmi les animaux des rives du Nil, des marais et des lacs, le crocodile et l’hippopotame, comme je le démontrerai dans mon article de la semaine prochaine, eurent une terriblement grande influence sur la vie quotidienne des Egyptiens, il n’en va pas de même des grenouilles ou des canards.

     Il faut toutefois savoir que, dès l'époque prédynastique, des figurines d'animaux, à ce moment-là en argile ou en silex, furent déposées dans les tombes. Et que, l'usage ayant pris de l'ampleur, les égyptologues en retrouvèrent, datant de la Ière dynastie, en faïence déjà, offertes en guise d'ex-voto dans les premiers sanctuaires égyptiens : crocodiles et hippopotames, afin d'apaiser leur puissance divine; grenouilles, dans l'optique d'une quête de fertilité.   


     A propos de batraciens, précisément, il faut d'emblée que je vous fasse remarquer, ami lecteur, que si leurs représentations ne permettent pas toujours de distinguer effectivement les différences entre les espèces, je puis néanmoins affirmer que la grenouille, elle, possédait une valeur sémantique bien précise : parce qu’elle était issue des eaux - donc éventuellement des eaux primordiales, dans la mythologie égyptienne -, elle fut dès l’époque archaïque liée à l’apparition de la vie.


     Symbole de forces vivifiantes, dispensatrice de vie, elle fut assimilée à la déesse accoucheuse Heket, parèdre de Khnoum, le dieu potier qui modèle l’enfant divin sur son tour : c’est donc cette déesse-grenouille qui donne souffle de vie en tendant le signe de vie ("ankh") en direction du visage du petit être que Khnoum crée.


     Cette connotation perdurera bien au-delà de l’Egypte pharaonique puisque l’on a exhumé des exemplaires chrétiens de lampes décorées de grenouilles portant le texte, en grec, : "Je suis la résurrection".


     Quelques figurines de grenouilles, essentiellement du Nouvel Empire, sont exposées ici. Celle qui porte le numéro d’inventaire E 17 364 est en bois; la grenouille-sceau AF 8 550 et celle, toutefois sans numéro, à ses côtés sont en faïence siliceuse; elles datent de la XIXème ou de la XXème dynastie.



     

AF 11 513 et AF 11 514 sont également en faïence siliceuse.


     En revanche, E 22 720, don de la famille Curtis, est en cornaline alors que AF 8 557, dernier échantillon du Nouvel Empire, en stéatite glaçurée. 


                  
                                                                          
                                                                               

 

 

 

 


     De Basse Epoque, deux exemplaires terminent ce petit bestiaire de batraciens : E 2 245, en verre et AF 2 549, retrouvé à Tanis, dans le delta oriental, en basalte.


     Parmi les palmipèdes, le canard, aux nombreuses variétés dans les régions palustres du pays, et l'oie sont indéniablement les animaux les plus représentés dans les scènes peintes des hypogées égyptiens ou dans les palais royaux (à Amarna, dans celui d'Akhenaton, notamment).

   Si le canard pilet fut, de loin, le plus abondant, il existait également des canards sauvages, synonymes de désordre, symboles néfastes puisqu'ils avaient la réputation de manger les récoltes.   

     La vitrine qui nous occupe ici nous propose d
eux boîtes en bois de caroubier du Nouvel Empire, en forme de canard : ce sont E 219 et N 1 740.

                                      











     Plus petite, la première ne mesure que 8, 3 cm de longueur et 2, 5 cm de large, tandis que la seconde est longue de 16, 5 cm et large de 6, 5 cm. Pour toutes les deux, ce sont les ailes qui font office de couvercle : il s’ouvre par le milieu sur le corps évidé du volatile, et en pivotant.


     Si la première avait été façonnée uniquement dans du bois clair, la seconde, en revanche, est agrémentée d’un peu d’ébène pour le tour de l’oeil et d’incrustations en ivoire pour l’intérieur.


     Plus élaboré aussi, ce deuxième exemplaire propose un petit décor en dents de scie à la fois sur le bord des ailes, et sur celui de la boîte proprement dite.

 

     Ces deux coffrets en forme de canard constituaient vraisemblablement des objets de toilette.

    
     Pour terminer, permettez-moi de vous rappeler, ami lecteur, que c'est un canard qui a été choisi pour entrer dans la composition ... non pas d’une recette que je serais bien en peine de vous dévoiler, mais d’un des cinq noms de la titulature royale : celui de "Fils de Rê".


(Derchain : 1978, 65-6; Meeks/Favard-Meeks : 1993, 242; Vandier d'Abbadie : 1972, 45)

 

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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commentaires

grillon 12/06/2008 12:08

J'ai une reproduction de la grenouille, la RMN me l'avait offerte en cadeau , je l'aime bien. On appelle en effet les bébés aussi des grenouilles, et leur barboteuse s'appelle justement une grenouillère. " Batrachos " désigne aussi en grec un poisson de mer, la baudroie.
J'ai aussi de belles boîtes de canard chez moi, en confit. C'est pas gras, le confit !

Richard LEJEUNE 12/06/2008 15:44



Toi qui aimes les boîtes, Grillon, je gage que tu te verrais bien à l'époque pharaonique disposant, pour ta toilette matutinale, de semblables mignons
petits coffrets en forme de canard pour y celer tes onguents les plus précieux ... 
Sur la tablette de ta pièce d'eau, ils voisineraient avec le miroir en électrum au manche papyriforme que t'aurait offert ce noble courtisan syrien choisi depuis comme époux, et cet étui à kohol
à l'effigie du dieu Bès, le bon génie protégeant tes maternités ...



Alain 12/06/2008 08:52

Et bien moi j’aime bien le petit canard en bois tout simple et ces grenouilles colorées symbolisant l’apparition de la vie. Les femmes de ces périodes avaient la chance de posséder des oeuvres d’art comme objets de toilette.
Comme Cat, il faudra que je retourne au Louvre examiner d’un regard moins touristique ce dont tu parles avec tant de talent.
J’ai vu ta réponse précédente à Louvre-passion. Quelle conscience professionnelle ! Se ruer dans le Louvre presque à l’aube pour pouvoir étudier à l’aise… afin d'enrichir ta passion et transmettre ensuite tes connaissances.
Existerait-on vraiment sans passion.

Richard LEJEUNE 12/06/2008 15:55



Tu as parfaitement raison Alain.
Et reprenant à mon compte ces quelques mots d'une chanson de Bourvil, je dirais simplement que l'on peut "vivre sans la gloire, qui ne prouve rien; être inconnu dans l'histoire et s'en
trouver bien. Mais vivre sans [passion], il n'en est pas question. Non, il n'en est pas question."



Cat 10/06/2008 16:44

J'ai un faible pour le deuxième canard. Avec ses ailes qui pivotent et son bois délicatement sculpté. Je sais maintenant que lorsque j'irai enfin visiter le Louvre, j'aurai un but bien précis qui me poussera vers ces objets que vous décrivez avec tellement de talent et devant lesquels, avant de découvrir votre blog, je serais passée, indifférente...Quand je suis allée à Paris en février visiter nombre de musées en compagnie de ma fille, j'avais inscrit le Louvre dans la liste. Mais en voyant la taille du bâtiment j'ai pensé que ce serait une hérésie de visiter en une seule journée et au pas de course. J'ai donc remis à plus tard cette découverte et aujourd'hui en lisant vos articles, cette "remise à plus tard" prends tout son sens!

Richard LEJEUNE 10/06/2008 21:22



Un peu dans le sens du commentaire de Louvre-passion concernant mon article de la semaine dernière à propos des poissons, vous me faites énormément plaisir, Cat,
avec ces quelques appréciations. Je vous avouerai que, quand j'ai commencé la mise en chantier de ce blog, j'étais loin de m'imaginer qu'un petit prof d'histoire belge vous apporterait autant, à
vous Français, Parisiens ou non : il me semblait en fait que les recoins de vos musées nationaux n'avaient plus aucun secret pour vous. 

Je suis dès lors extrêmement heureux et fier que cette modeste mise en valeur d'un poisson, d'une grenouille ou d'un petit canard en bois vous donnent envie de (re) voir le Louvre avec d'autres
yeux.

Merci à vous, par vos commentaires, d'indirectement me conforter à poursuivre ce partage d'une passion ...     



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