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3 février 2009 2 03 /02 /février /2009 00:00


     Dans cet espace qui permet, en quittant éventuellement la salle 4 d'entrer dans la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, nous avons découvert ensemble, ami lecteur, les différents mardis de janvier, les deux vitrines 5 et 6, les premières à gauche sur la photo ci-dessus, et les quelques papyri juridiques et administratifs qu'elles proposaient.



     Je vous invite aujourd'hui à simplement faire volte-face, afin de considérer celles qui se présentent en vis-à-vis, la 7 et la 8, encastrées qu'elles sont dans ce grand mur érigé au milieu de la salle et censé réprésenter la paroi de gauche du couloir qui, à Saqqarah, menait à la chapelle d'Ounsou que nous avions visitée le mardi 2 décembre 2008.




     Dans la première de ces deux vitrines, celle qui porte le numéro 7, à gauche donc, nous sont proposées deux feuilles de papyrus qui, toutes deux, nous présentent la vignette du chapitre 110 de ce qui est encore communément appelé, par pure facilité, le Livre des Morts, alors qu'il serait plus correct, se référant à une traduction littérale de l'intitulé donné par les scribes égyptiens eux-mêmes, de le nommer Livre pour sortir au jour, étant entendu qu'il faut comprendre par là : formules pour sortir pendant le jour.

     Par ce simple titre donc, ce recueil exprime le souhait le plus avéré du défunt, à savoir : sortir à la lumière, suivre le soleil dans son parcours diurne, puis l'acompagner dans son voyage nocturne, chtonien, passant donc, comme dans la réalité géographique, d'une rive à l'autre. Cette marche nocturne du défunt étant semée d'embûches, sa progression étant susceptible d'être entravée, le Livre pour sortir au jour fournit donc un nombre considérable de formules à réciter par le prêtre lors des funérailles, ensuite par le défunt lui-même, qui lui offriront la possibilité d'éviter les difficultés du voyage vers l'au-delà; assurer sa survie restant alors l'essentiel de sa tâche !        


     Parfois rédigé en fragments sur des bandelettes de lin, de manière à envelopper la momie elle-même; un peu plus souvent sur les parois intérieures de certaines tombes ou sur leur matériel funéraire, voire sur le sarcophage lui-même; très rarement sur du cuir, ce "livre" des anciens Egyptiens a été essentiellement retrouvé sur papyri, en des milliers d’exemplaires qui font actuellement la fierté de bon nombre de musées dans le monde.

Le Louvre en posséderait paraît-il plus d’une centaine ... pas tous exposés. 

     Le plus souvent roulés et scellés, portant en préambule le nom et les différents titres du défunt qu’ils accompagnaient dans la tombe un peu à la façon d’un livre de prières richement illuminé, ces documents funéraires constituent le plus ancien "livre" illustré de l’Humanité.


     Selon les époques et les conditions sociales du défunt, ces rouleaux de papyrus étaient soit simplement posés sur le sarcophage, soit enfermés dans une statuette d’Osiris ou dans une boîte servant de base à une statuette de Sokaris, ce faucon momifié qui règne sur la nécropole et qui, au début du premier millénaire avant notre ère (Troisième Période intermédiaire) fut associé à Ptah et à Osiris, sous la dénomination de Ptah-Sokar-Osiris, réunissant de la sorte, et sous son seul nom, les fonctions des trois divinités, à savoir la création, la métamorphose et la renaissance.


     Toutefois, plus simplement, ces rouleaux funéraires furent aussi glissés à même le corps du défunt, entre les bandelettes de sa momie.

     Il faut savoir que, pour la plus grande majorité d'entre eux, ces papyri étaient fabriqués en séries dans des ateliers spécialisés. Et suivant son rang social et ses propres moyens, l'Egyptien pouvait acheter le "Livre des Morts" de son choix qu'il prévoyait de compléter en y faisant ajouter, le moment venu, son nom et ses titres.

     Se détachant soit en hiéroglyphes cursifs noirs disposés en colonnes sur le fond jaune pâle du papyrus, soit en hiératique, soit encore, aux époques grecques et romaines, en démotique,  cet ensemble de formules contient quelques passages inscrits en rouge (titres et rubriques), mais surtout, pour la toute première fois, de très nombreuses vignettes richement colorées. 



     Ce nouveau corpus funéraire provient en droite ligne des Textes des Sarcophages, auxquels j’ai déjà fait allusion dans mon article du 21 juin 2008.


     Ce qui me permet aujourd'hui de schématiquement classer les différents textes funéraires qui se sont succédé à l’Antiquité égyptienne sous trois grandes catégories de formes, d'époques et de classes sociales, mettant ainsi l’accent sur une évidente démocratisation des pratiques mortuaires :


* Les Textes des Pyramides, à l’Ancien Empire, destinés aux seuls pharaons, mais seulement à partir de la Vème dynastie, gravés dans la pyramide du roi Ounas; toutes les autres qui avaient précédé, j'aime à le souligner, étant parfaitement anépigraphes.
 

* Les Textes des Sarcophages, au Moyen Empire, à l’usage des nobles et des hauts dignitaires du royaume.
 

* Les "Livres des Morts" du Nouvel Empire jusqu'à la fin de la civilisation égyptienne antique, époque gréco-romaine comprise, à l’intention aussi des petites gens; ce qu'aujourd'hui il est coutume d'appeler la classe moyenne.


     Dans ce recueil de formules funéraires d’inégales longueurs, Jean-François Champollion déjà, avait déterminé trois parties que l’on peut ainsi résumer :


1. Chapitres 1 à 16 : "Sortir au jour" : prières. Marche vers la nécropole. Hymnes au soleil et à Osiris.

2. Chapitres 17 à 63 : "Sortir au jour" : régénération. Triomphe et épanouissement. Impuissance des ennemis. Pouvoir sur les éléments.

3. Chapitres 64 à 129 : "Sortir au jour" : transfiguration. Pouvoir de se manifester sous diverses formes, d’utiliser la barque solaire, d’appréhender certains mystères. Retour dans la tombe. Jugement devant le Tribunal d’Osiris.


     A ces trois parties distinguées par le génial Figeacois, maintenant que les études en la matière se sont affinées grâce à de nouvelles découvertes, il convient d’en ajouter deux :


4. Chapitres 130 à 162 : Textes de glorification du défunt à prononcer certains jours de fêtes, pour le culte funéraire. Offrandes. Préservation de la momie grâce aux amulettes.

5. Chapitres 163 à 192 : Formules qui ne sont, en définitive, que des développements secondaires.
 
     

     En quoi consiste en réalité le chapitre 110 d'où sont issues les deux vignettes de cette vitrine ? Qui, je le souligne en passant, me paraissent assez frustes, peu recherchées et guère aussi attrayantes que celles qui figurent dans nombre d'autres papyri que nous découvrirons dans ce musée, et notamment, bien plus colorée, celle qui, depuis la création de ce blog, chapeaute chacun de mes articles.


     Ce chapitre 110 constitue en fait le centre même autour duquel s'ordonnent, deux par deux, une dizaine de formules de la troisième grande division notifiée par Champollion et à laquelle je faisais ci-dessus allusion; division importante s'il en est dans la mesure où, non seulement elle comporte le plus grand nombre de chapitres de ce corpus funéraire mais, surtout, après ce qui n'était en définitive que des préparatifs mis en oeuvre pour donner au défunt tous les moyens possibles lui permettant d'accomplir quotidiennement son voyage vers la lumière, vers le soleil levant, elle rend enfin effective la "sortie au jour" qui donne son titre à l'ensemble de l'ouvrage.

     Il décrit en fait cette terre de prédilection, siège de la brise bienfaisante, ce lieu privilégié avec canaux d'irrigation, îles et luxuriante végétation qu'est, aux yeux de tout Egyptien, la "Campagne de Félicités", le "Champ des offrandes", comme elle est aussi souvent appelée; cette terre d'abondance où les céréales atteignent des hauteurs de 5 à 7 coudées (de 2, 50 à 3, 50 mètres !!); cet endroit synonyme de bien-vivre vers lequel il espère se rendre après sa mort et ainsi s'identifier au dieu Hetep lui-même, dont le nom seul signifiait tout à la fois l'offrande alimentaire, la félicité, la paix ...

     Et comme les autres, ce chapitre 110 est agrémenté d'une vignette illustrant parfaitement ce lieu de séjour idyllique que j'évoquais à l'instant. On peut habituellement y discerner trois parties principales : au registre supérieur résident les divinités que le défunt se doit d'honorer dès qu'il aura quitté la barque qui lui aura permis, venant de la rive est, du monde des vivants, d'accoster à la rive ouest, le monde des morts.

     (Est-il encore vraiment besoin de rappeler que dans la réalité topographique de l'Egypte ancienne, les villes de la vallée du Nil étaient essentiellement situées à l'est et que les nécropoles se trouvaient à l'ouest ?)

     Au registre inférieur de nos vignettes serpentent les canaux d'irrigation qui, le fleuve étant rentré dans son lit après la crue, permettent de continuer, la sécheresse revenue, à abreuver les terres arables jusqu'à maturité des céréales tant attendues.

     Enfin, au registre médian, sur un ou deux niveaux, nous voyons le défunt, très souvent richement vêtu, qui laboure, sème et récolte la provende sur la terre qui lui a été confiée. La formule, toutefois, précise bien que ces tâches étaient à charge des serviteurs, les fameux oushebtis - sur la fonction desquels je reviendrai abondamment quand nous en rencontrerons dans ce musée -, rémunérés afin de le libérer de semblables activités.

     La première des deux vignettes de cette vitrine 7 constitue la feuille 13 du papyrus de Basse Epoque N 3079 ayant appartenu au Livre pour sortir au jour d'un certain Djedhor :         
 


     Vous constaterez tout de suite que la partie purement géographique se situe bien, comme je viens de le préciser, au registre inférieur; l'arrivée devant les dieux, au registre supérieur et que les travaux des champs s'effectuent aux deux niveaux centraux qu'il faut évidemment "lire" non pas comme étant superposés, mais dans une continuité temporelle et logique quant à la succession des tâches (souvenez-vous des fragments de la chapelle d'Ounsou que nous avions admirés ensemble au début du mois de décembre dernier) : on laboure la terre à l'aide de l'araire tiré par des boeufs, on récolte les céréales puis on fait écraser les épis par des boeufs qui, en les piétinant sur l'aire de battage, séparent le grain lui-même de sa balle protectrice.


     La seconde vignette, feuille 8 du papyrus également de Basse Epoque, N 3086, d'un prêtre Iâhmès ayant vécu au VIIème siècle A.J.-C. présente évidemment la même iconographie, sauf que les travaux des champs dans l'au-delà sont ici dessinés sur un espace plus restreint puisqu'un seul niveau suffit à l'artiste pour les évoquer.




     Samedi prochain, je me propose de vous donner à découvrir, ami lecteur, dans la catégorie "Littérature égyptienne", de très larges extraits de ce long et important chapitre 110 du Livre pour sortir au jour.

(Barguet : 1967, 97 sqq)

     (A nouveau, un merci tout particulier à la conceptrice du site "Louvreboîte" - adresse dans mes liens, ci-contre -  pour sa précieuse collaboration photographique.) 

 

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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