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29 septembre 2008 1 29 /09 /septembre /2008 23:00

      Après vous avoir longuement fait découvrir, depuis le mardi 29 avril dernier, la troisième salle du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre; après avoir, tout au long de ces mardis de septembre, évoqué la vie de Jean-François Champollion à partir d'une visite estivale au musée qui lui est partiellement consacré à Figeac; après avoir terminé cette évocation en quatre "épisodes", mardi dernier, par la création de salles égyptologiques au Louvre - le Musée Charles-X de l'époque -, quel plus bel enchaînement, et surtout quel plus bel hommage rendre à l'Historien d'art qu'il fut que celui de revenir à l'élément constitutif de ce blog, à savoir la description, salle après salle, vitrine après vitrine de ce département ?   

     Je vous propose donc aujourd'hui, ami lecteur, d'entamer la visite de la salle 4 consacrée aux travaux des champs. Et d'immédiatement découvrir la partie la plus célèbre du


                                                    MASTABA  D'AKHETHETEP 

                                                                   (E 10 958 A)



 

 


    "
Ce samedi 28 mars 1903

     Monsieur le Directeur, 

     Deux mots seulement pour vous annoncer la bonne nouvelle. 
    J’ai enfin un magnifique tombeau.

    Hier vendredi, je suis allé, comme je vous l’avais écrit, à Saqqarah. Trois tombeaux avaient été déblayés pour être soumis à mon examen : deux étaient d’un intérêt moyen; le troisième était au contraire d’une grande beauté : style et variété des scènes, perfection de l’exécution, état de conservation, toutes les qualités étaient réunies pour faire de ce monument une pièce digne de notre Louvre ... La grande affaire maintenant va être de l’extraire, de le débiter en «tranches» et de l’emballer de la façon la plus minutieuse, et je n’épargnerai rien pour cela. Chaque bloc après avoir été retaillé de manière à perdre une notable partie de son poids inutile sera emmitouflé dans un épais vêtement d’ouate et mis en caisses dans de bonnes planches. Je vais présider à tout cela moi-même ... "


     Ces quelques phrases annonçant à Albert Kaempfen, Directeur des Musées nationaux, la découverte du mastaba d’Akhethetep et son arrivée imminente au Louvre sont signées de Georges Bénédite, Conservateur adjoint au Département des Antiquités égyptiennes entre 1887 et 1904.


     D’abord remonté en 1905 dans un rez-de-chaussée situé au-delà des guichets du Carrousel, il sera de nouveau démonté en 1932 afin de venir s’installer (probablement de manière définitive) dans cette salle 4 dont nous entamons la visite aujourd’hui, en bordure de la Cour Carrée. Bizarrement, lors de cette opération, deux blocs inscrits couronnant la double fausse-porte ont disparu.  


     Avant de vous faire découvrir ce joyau du musée, j’aimerais ici préciser ce qu’est exactement un mastaba. Le terme vient en fait de la langue arabe moderne et définit les banquettes que l’on peut encore voir de nos jours devant les maisons villageoises égyptiennes. C’est ce vocable que l’égyptologue français Auguste Mariette (1821 - 1881) retint pour qualifier les tombeaux de l’Ancien Empire, tout étonné qu’il fut de la ressemblance entre les deux silhouettes.

    

     Depuis lors, entrée d'autorité dans le vocabulaire archéologique, cette appellation désigne donc les tombes que, par pur privilège pharaonique, les membres de la famille royale et un nombre considérable de hauts fonctionnaires se firent construire à l’époque dans le désert occidental.

    

     Il suffit, pour nous convaincre de cette profusion, de jeter un oeil sur le dessin ci-dessous réalisé par l’égyptologue français Jacques de Morgan (1857 - 1924) quelque six ans avant la découverte de celui du Louvre : tous les petits carrés rouges représentent en fait l’emplacement des mastabas connus à l’extrême fin du XIXème siècle.



     (Je rappelle que le simple mortel ne bénéficiait que d’une anodine fosse creusée à même le sable et qu’il ne recevait ni culte ni offrandes quelconques.)

                                                                              


     Ce que les archéologues appellent mastaba n’est en réalité que la superstructure apparente du tombeau : il faut en effet savoir que le défunt reposait dans un caveau souterrain au fond d’un puits muré, parfois à plus de trente mètres de profondeur.


     Et c’est à l’intérieur de ces massifs visibles, alignés le long des rues de la cité des morts entourant la pyramide royale, accessibles aux parents du défunt et aux prêtres ritualistes, que se trouve la chapelle dans laquelle était célébré le culte funéraire proprement dit. Cette chapelle peut soit consister en une simple niche dans laquelle une stèle rappelant le défunt a été déposée, soit en une pièce de petites dimensions comme celle présentée ici. Toutefois, parmi les centaines de mastabas que recèle le site de Saqqarah, certains se composent de plus de vingt pièces, les plus beaux étant ceux de Ti (Vème dynastie) et de Mérérouka, vizir de Pépi Ier (VIème dynastie).


     (Tous deux sont proposés, parmi d'autres, sur l'excellent site d'OsirisNet : il vous suffit, ami lecteur, soit de cliquer sur l'icône en haut à droite de cette page pour y accéder; soit, ci-après, sur le nom de chacun des deux  vizirs pour uniquement visionner ce qui concerne Mérérouka et/ou Ti.)   


     La chapelle funéraire d’Akhethetep reconstituée dans cette salle suggère parfaitement, avec son profil trapézoïdal, la silhouette des "banquettes" formant la superstructure des tombes privées de l’Ancien Empire. 

        
                                                      
     Construite dans ce calcaire fin typique de Toura, une des carrières les plus exploitées, à 18 km au sud du Caire, sur la rive droite du Nil, elle était située à l'est de la chaussée conduisant à la pyramide d'Ounas, souverain de la Vème dynastie, au sud-ouest du complexe de Djeser, pharaon de la IIIème dynastie.




     C'est à l'automne 1996, lors de la sixième campagne de fouilles menées sur le site de Saqqarah par les archéologues du Louvre que furent mis au jour les vestiges d'un immense mastaba de calcaire blanc d'où provenait la chapelle décorée d'Akhethetep exposée dans cette salle. Jusqu'à cette date, aucun document d'archives n'en avait livré ni le plan ni l'emplacement exact; et depuis bien longtemps, sable et déblais accumulés en avaient effacé la trace.

     Les découvertes faites sur ce site au fil des différentes campagnes de fouilles ont permis de déterminer que la chapelle du Louvre constituait le point véritablement central d'un vaste complexe funéraire aux très nombreuses chambres dont les murs sont conservés sur une hauteur de plus ou moins cinq mètres.


     D'après les évaluations menées in situ, il aurait présenté une façade de quelque 32 mètres de longueur pour 16 mètres de côté. C'est à l'arrière que se trouvait le puits du mastaba : quand le sable en fut retiré, les archéologues purent déterminer qu'il était de plan carré (2, 16 m), et profond d'une vingtaine de mètres. Il donnait bien évidemment accès au caveau proprement dit, plus ou moins rectangulaire (5, 10 x 4, 80 m), de seulement 1, 85 m de haut dans lequel se trouvait toujours une cuve de sarcophage en granite. 

     En outre, mais vraisemblablement abandonnées loin de leur emplacement d'origine par d'indélicats pillards pris sur le fait, trois statues en calcaire d'Akhethetep lui-même, d'environ un mètre, malheureusement pour nous toutes acéphales, ont été mises au jour par cette équipe du Louvre dirigée à l'époque par Madame Christiane Ziegler.

     Mardi prochain, ami lecteur, nous nous inviterons à l'intérieur de la chapelle d'Akhethetep. 


(Andreu/Ziegler : 1997, 5-17; Ziegler : 1993, passim et 1997 4 : 227-45)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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commentaires

lady_en_balade 05/10/2008 15:36

Non seulement je trouve, comme à l'accoutumée, un superbe article sur l'Egypte ancienne, nous parlant cette fois ci du mastaba d'Akhethetep, mais je vois que vous partagez mon admiration pour Iman Maleki, qu'un ami m'a fait connaître, il y a un ou deux ans. Ce peintre persan est vraiment époustouflant ! D'ailleurs, depuis que je me penche un peu sur le sujet, je trouve que la culture persane est d'une richesse inouïe. D'Avicenne ou Omar Khayyam à Iman Maleki, des Contes des mille et une nuits aux tapis de soie de Tabriz ... il y a énormément de choses à découvrir.
Bonne semaine à vous, Richard !

Richard LEJEUNE 05/10/2008 20:42



Merci, chère Lady, pour ce commentaire laudatif.

Tout comme vous, je suis évidemment persuadé de la richesse ancestrale de cette culture; mais très honnêtement, du contemporain Maleki, j'ignorais tout avant ce matin et le commentaire d'un
collègue. Mais quelle découverte !

Bien à vous.
Richard     



Jean-Claude 05/10/2008 08:51

Merci Richard, pour continuer inlassablement à communiquer ta passion de l'Egypte ... et, par l'intermédiaire de la communauté "Egypte" dont je viens d'ouvrir le bloc, d'avoir pu découvrir le peintre "Iman Maléki" : quand tu verras ses oeuvres, si ce n'est déjà fait, tu comprendras pourquoi son art m'attire ... et m'époustoufle !

Richard LEJEUNE 05/10/2008 11:53



C'est moi qui te remercie de venir visiter mon blog et d'y laisser une appréciation !
 
Et tant mieux, cher Jean-Claude, si en plus de connaissances égyptologiques, il t'a permis de découvrir grâce à la communauté dans laquelle je viens d'être admis, un peintre
réaliste effectivement assez "époustouflant" : c'est pratiquement de la photographie que nous avons là avec les oeuvres de Maléki !



@nne marie:0010: 02/10/2008 22:02

Bienvenue dans la communauté "Egypte" !
Bravo pour ce beau blog si riche en infos ! ! !
Amitiés du pays de Râ ! ! ! ! @nne-marie

Richard LEJEUNE 05/10/2008 11:11



Merci à vous pour cet accueil et votre commentaire.



Louvre-passion 01/10/2008 21:52

Les articles sont toujours très documenté, je m'incline devant la science du maître. Par contre la dénomination officielle du monument est : la chapelle funéraire provenant du mastaba de Akhethétep. C'est ce que j'avais découvert à l'occasion d'un article écrit le 5 janvier 2007 (eh oui, le temps passe....).

Richard LEJEUNE 02/10/2008 08:08



La deuxième partie de ta première phrase me gêne énormément : il est donné à tout le monde, pour autant qu'animé par une passion, de prendre des notes dans un musée,
de faire des recherches dans une documentation appropriée et d'ensuite rédiger un compte rendu destiné à être éventuellement lu.
C'est d'ailleurs, Louvre passion, ce que tu as magistralement fait sur ton blog bien avant moi ...

La différence entre nous réside simplement dans le fait que tu présentes les oeuvres de manière générale dans un court article que beaucoup lisent, alors que moi je les analyse plus en
détails dans un article dont la longueur doit probablement parfois en rebuter plus d'un. 

Ta deuxième remarque est évidemment tout à fait correcte. Car si, dans le titre de l'article, et pour accrocher à ce que les gens connaissent peut-être, j'ai employé le terme de mastaba, c'est
pour pouvoir expliquer à quoi correspondait ce type de monument à l'Ancien Empire, avant très vite d'en arriver à préciser qu'au Louvre, il s'agissait "de la partie la plus célèbre" du
mastaba d'Akhethetep et d'employer continuellement le terme exact pour carcatériser le monument exposé salle 4 : la chapelle.
D'ailleurs, d'entrée, si l'on pointe sur la photo que je reprends, apparaît un encadré avec "Chapelle du mastaba d'Akhethetep".

En outre, tu auras remarqué, à la dernière phrase, l'invitation que je propose de nous retrouver mardi prochain pour une approche plus précise encore de cette chapelle : j'ai en effet déjà
rédigé les trois articles à propos de ce monument, le dernier devant paraître le 14 octobre. 

Bonne journée.
Richard



Colette 30/09/2008 06:43

Bonjour Richard

Combien de fois étes vous allé en Egypte ? Pour connaitre si bien son histoire ?
Amitiés
Colette

Richard LEJEUNE 30/09/2008 19:43



Détrompez-vous, chère Colette : je ne suis jamais allé en Egypte.
Je suis un "rat de bibliothèque", et mes modestes connaissances sont le fruit des études universitaires en égyptologie, reprises à près de 40 ans, alors que j'étais déjà Professeur
d'Histoire générale depuis une vingtaine d'années..

Et surtout de la constitution de ma propre bibliothèque dans laquelle, comme je l'ai d'ailleurs mentionné dans mon article de présentation liminaire du 18 mars dernier, je puise à l'envi pour
peaufiner mes articles.

De la passion, de solides bouquins de référence, de la passion, de bonnes études, de la passion : et ce n'est pas plus difficile que cela ... 



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