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17 janvier 2009 6 17 /01 /janvier /2009 00:00

     A nouveau sur la panse d'un vase retrouvé à Deir el-Medineh, ce poème - fort fragmentaire, d'où les lacunes ici sous forme de "..."  - caractérisé par une anaphore.

Si seulement j'étais la Nubienne
Qui est sa suivante,
Alors on irait lui chercher
... des mandragores ...
Il serait dans sa main pour qu'elle hume;
Ce qui veut dire qu'elle me présenterait
La carnation de tout son corps.


Si seulement j'étais le foulon du linge
De l'Aimée, ne serait-ce qu'un mois ! 
Je prospérerais en ...
... qui auraient été en contact avec son corps.
Et, de plus, c'est moi qui laverais
Les huiles qui sont sur son foulard.
Je frotterais mon corps avec ses vêtements d'apparat
...
J'en serais réjoui, et mon corps rajeuni ...


Si seulement j'étais le petit anneau
Qui est le compagnon de son doigt,
Je contemplerais son amour chaque jour !
...
Je m'emparerais de son coeur.


Si seulement j'étais le matin
Afin de contempler comment elle passe son temps !
...
Son miroir est joyeux
Car c'est vers lui qu'elle porte le regard.


Si seulement je disposais de l'Aimée quotidiennement (...)
Elle serait à moi quotidiennement,
Comme verdoient les couronnes
Et les fleurs de toutes sortes qui poussent dans les prés.
... tout entière.


Si seulement elle venait à moi pour me voir
...
Je célébrerais des fêtes pour le dieu
Afin qu'il l'empêche de s'éloigner,
Et qu'il me donne la dame quotidiennement,
Sans qu'elle se sépare de moi.



(Traduction d'après Pascal VERNUS : 1993, 90-1)  

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Littérature égyptienne
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commentaires

Nefersylvie 05/02/2009 12:53

.......nourrie.........!!!

Nefersylvie 05/02/2009 12:41

L'amour n'est autre qu'un mal qui fait du bien en somme... et vu mon âge, l'expérience est nourri d'amertume, c'est vrai!!!

Nefersylvie 05/02/2009 11:31

Si seulement l'amour à notre époque était aussi simple qu'un calame glissant sur le papyrus pour déclarer une flamme dont l'encre n'est qu'une larme pour un amour à sens unique et incompris...

Richard LEJEUNE 05/02/2009 12:19



Quelle élégance de phrasé !, dans ces mots tout empreints eux aussi de poésie, et d'amers regrets sous-jacents ...

Ceci étant, ne croyez pas, NeferSylvie, que cela était nécessairement plus facile pour les jeunes Egyptiens de l'Antiquité : souvenez-vous de ce chant d'amour que j'ai publié le 6 juillet
2008. Il était lui aussi gros d'évidents regrets frappés au coin de l'amertume ...



Nefersylvie 04/02/2009 12:20

Que de poésie et de tendresse... Les sentiments amoureux sonnent toujours de la même manière... C'est beau

Richard LEJEUNE 05/02/2009 10:53



Cela me paraît d'autant plus beau que les mots sont aussi simples que l'amour lui-même; et que des milliers d'années après, ils résonnent toujours de la même ferveur
...



lady_en_balade 20/01/2009 19:09

Je me permettrai de parler de Rûmi sur Envie d'ailleurs, prochainement ... c'est un ami qui m'a mise sur sa piste et m'a donné envie d'en savoir un peu plus ...

Et en ce qui concerne le poème : une fois de plus, je suis frappée par le côté romantique de ces vers ...

Richard LEJEUNE 22/01/2009 16:10



Plus je lis la poésie égyptienne, et plus je suis persuadé que rien n'est nouveau sous le soleil : ils étaient eux aussi de grands amoureux ...



Cat de La mansarde bleue 19/01/2009 14:38

Merci pour ces explications passionnantes! Et si en plus vous évoquez M.Onfray...

joruri 19/01/2009 14:23

"Son miroir est joyeux
Car c'est vers lui qu'elle porte le regard."

On dirait du Djallal Oddin Rümi ! Extraordinaire sonorité orientale si sensuelle et élevée à la fois.
On pense aussi à Guillevic:
"Je dirais au tournesol qu'il s'est trompé, c'est vers toi qu'il aurait dû se tourner"
( De mémoire).

Richard LEJEUNE 20/01/2009 08:19



Je ne connais pas ce premier poète auquel tu fais allusion, mais il est absolument certain que la sensualité orientale que l'on pourrait croire contemporaine trouve
ses racines les plus profondes dans la poésie égyptienne, parfois même, d'ailleurs, sans en être vraiment consciente ... 
Il te suffira, en outre, de remonter simplement le temps de mon blog, pour trouver dans d'autres poèmes précédemment publiés cette même sensualité joyeuse, dionysiaque comme dirait
Nietzsche. 



Cat de La mansarde bleue 17/01/2009 13:24

Je me demande bien à quoi pouvait lui servir l'étrange mandragore...

Richard LEJEUNE 18/01/2009 12:17



     Cette mandragore égyptienne n’a, vous vous en doutez, Cat, rien à voir avec l’Arbre de la connaissance dont Eve aurait goûté le fruit; ni
avec la magicienne grecque Circé; ni avec toute la symbolique médiévale de la sorcellerie; ni avec ces fruits qui poussaient aux pieds des gibets et que l’on disait fécondés par le sperme des
pendus; et encore moins avec ce qu’en a écrit Madame Rowling dans ses "Harry Potter" qui veut voir en sa racine l’effigie d’un bébé pleureur dont les cris seraient mauvais pour
l’homme.



     En revanche, dans la pièce éponyme du grand Machiavel, qui met l’accent sur certaines vertus de la plante permettant au jeune héros d’assouvir son dessein de séduire son
aimée, la mandragore se rapproche, plus que tout autre fruit, de la symbolique égyptienne.



     L’égyptologue belge Philippe Derchain - auquel j’ai déjà souvent eu l’opportunité de faire allusion dans mes billets consacrés à la littérature égyptienne -, a écrit un
article remarquable (voir référence dans le premier volet, (A - F), de mon dossier "Bibliographie" du 18 mars 2008), évoquant la poésie érotique des Egyptiens dans lequel il envisage trois
végétaux : le lotus, symbolisant la grande vigueur créatrice du soleil (Râ); le perséa, symbolisant le Nil qui féconde, année après année, grâce à ses crues, le sol de l'Egypte et la mandragore
symbole de cette sensualité joyeuse si chère, de nos jours, au philosophe Michel Onfray.



     La mandragore, dans l’Egypte antique, était effectivement symbole d’amour. Les qualités aphrodisiaques reconnues à ses baies débouchaient bien évidemment sur une
connotation érotique : dans la poésie, elles étaient très souvent comparées aux seins d’une femme.



     En outre, dans les bouquets que l’on voit gravés sur les murs des temples et qui sont présentés lors de la "Belle Fête de la Vallée", le lotus et la mandragore sont
étroitement associés à l’idée de renaissance.



     Enfin, si vous relisez le début de ce poème, respirer l’odeur des baies de ce fruit équivaut de la part de l'Aimée, à offrir à l'Aimé la couleur de son corps
tout entier (dernier vers de la première strophe); cette dernière expression, toujours selon Ph. Derchain, signifiant "se donner à l’amour".


     C'est, sans ambiguïtés aucune, ce que l’Aimé attend de la mandragore ...



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