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10 février 2009 2 10 /02 /février /2009 00:00

 


     Poursuivons aujourd'hui, ami lecteur, la découverte de la dernière des quatre vitrines de cette partie gauche de la salle 4 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre dans lesquelles, successivement, nous avons rencontré des actes administratifs ou juridiques portant tout naturellement sur les prêts ou donations de terres, voire de bétail puisque, précisément, cette salle dans laquelle nous déambulons maintenant depuis le 30 septembre 2008 est entièrement consacrée aux travaux des champs.



     Entamé mardi dernier avec celle de gauche et ses deux vignettes extraites du chapitre 110 du Livre pour sortir au jour, cet ensemble de vitrines emboîtées et accolées au mur censé figurer le couloir de la chapelle funéraire d'Ounsou, présente un dernier aspect de ces documents officiels : ceux non plus rédigés sur papyri, mais gravés dans la pierre. 


VITRINE  8

 

  
     Ils concernent tous deux une donation de terrain, la première sous le règne d’Osorkon Ier, pharaon de la XXIIème dynastie, la seconde sous celui d'Amasis, de la XXVIème dynastie,  quelque 330 années plus tard.
 

 

     Relativement nombreuses à Basse Epoque, ces dalles monolithes entérinent le don d’une terre, par un particulier, à un temple qui en restitue le bénéfice à l’un de ses membres : un prêtre, dans la grande majorité des cas; un musicien, par exemple, avec la première ici présentée.

     Ces monuments recèlent évidemment une fonction juridique : ce sont en effet des bornes, le plus souvent en calcaire afin de faciliter le travail de gravure en creux du lapicide, délimitant un champ, et mentionnant, après l'évocation du souverain, seul propriétaire théorique de la terre d'Egypte (comme je l'ai spécifié dans mon article du 27 janvier dernier), donc ici donateur fictif, les attributaires du bien, la concession elle-même et ajoutant, in fine, l'une ou l'autre formule d'imprécation destinée, entre autres, à décourager ceux qui, d'aventure, auraient envie, pour une raison évidente, de déplacer ces stèles.

Formule du genre : "Quant à celui qui viendrait à voler cette donation à son possesseur, la maladie s'abattra sur lui ! (...) On ne transmettra pas ses biens à ses enfants ! (...) Il ne possédera plus d'eau !" Etc.

     Le déplacement de semblables bornes constituait une faute relativement grave dans l'Egypte de l'époque : ainsi le chapitre 125 du Livre pour sortir au jour, j'y reviendrai dans un prochain article, le mentionne même en tant que délit nécessitant une sanction.

     Et des fonctionnaires furent ainsi prévus pour surperviser l'arpentage d'un terrain, jurant devant cette stèle-borne qu'elle se trouve bien à sa place ! N'oubliez pas que de manière tout à fait pragmatique, elle était destinée à informer les agents de l'Administration de tout changement juridique se rapportant au champ qu'elle bornait, en principe, aux quatre points cardinaux : opération éminemment nécessaire dans la mesure où il fallait que les émissaires du fisc sachent où et sur quelle base prélever l'indispensable impôt en nature. Arpentage qui s'effectuait à l'extrême fin de l'année égyptienne, juste avant que la crue, mi-juillet, rende ce travail totalement impraticable.

     J'avais, souvenez-vous ami lecteur, fait allusion à cette opération de délimitation des terrains, ce besoin d'arpentage, le 2 décembre 2008 , quand je vous avais détaillé les fragments peints de la chapelle d'Ounsou sur lesquels elle était représentée ... Il nous suffit d'ailleurs de contourner la vitrine 8 devant laquelle nous devisons actuellement, et de pénétrer à nouveau dans le complexe funéraire d'Ounsou pour les y retrouver :

    
                                                                                        


     De format classiquement rectangulaire, ces stèles présentent habituellement une partie supérieure incurvée, cintrée (ou parfois s'ornant d'une corniche à gorge) dans laquelle les personnages représentés, - un roi et un ou des dieux affrontés -, développent une relation d'offrande.

     Et chapeautant le tout, conformément d'ailleurs à un usage quasi systématique que l'on peut déjà dater du Moyen Empire, vous remarquerez la présence du disque solaire ailé, symbole du dieu protecteur Horus d'Edfou, flanqué de ses deux "uraei" : l'uraeus, que vous retrouvez fréquemment au front même des nombreuses statues de souverains peuplant les sections d'Antiquités égyptiennes de tous les musées du monde, figure un cobra femelle, dressé, gorge dilatée, donc en fureur, personnifiant la déesse Ouadjet, protectrice, elle, de la Basse-Egypte grâce à son venin susceptible de paralyser les ennemis du pays.

     Après cette introduction, brève mais que j'estimais néanmoins nécessaire, je vous invite à m'acompagner, mardi prochain, afin de nous pencher ensemble sur le premier des deux monuments de cette vitrine 8 : la stèle C 261 d'un harpiste d'Hathor.

(Limme : 1979, 5-10; Meeks : 1979, 605-87; Menu : 1995, 213-4)    

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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