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4 mai 2009 1 04 /05 /mai /2009 23:00


     Commencée ensemble le mardi 30 septembre, notre visite détaillée de cette quatrième salle du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre touche pratiquement à sa fin avec la découverte que nous allons entreprendre aujourd'hui et certains prochains mardis de la onzième et dernière de ses vitrines.


VITRINE  11



     Nous avons abondamment eu l'occasion, souvenez-vous ami lecteur, d'admirer dans cette immense salle, aux moments où, de conserve, nous avons pénétré, les yeux ébahis, dans les chapelles funéraires d'Akhethetep, tout au fond à droite de l'entrée, et d'Ounsou, ici derrière nous, ces scènes de la vie quotidienne relatant les travaux agricoles sur les terres pharaoniques que le fonctionnaire aulique avait désiré voir représentées, peintes ou gravées, registre après registre, sur les parois de sa "demeure d'éternité", tant pour signifier ce qu'il avait rencontré ici-bas que pour, selon le sempiternel principe, que j'ai déjà précédemment évoqué avec vous,  de la magie de l'image, et de celle du verbe créateur, s'en assurer l'existence post-mortem, dans sa vie de l'au-delà.

     Une étude quelque peu approfondie des fouilles et des mises au jour archéologiques qu'elles entraînent inévitablement démontre une évolution manifeste dans le domaine des pratiques funéraires. Et notamment une modification notoire émergeant à la fin de la VIème dynastie, à l'Ancien Empire donc, qui perdure pendant toute la Première Période intermédiaire (P.P.I.) et qui atteint manifestement son acmé au Moyen Empire, avec la XIème dynastie, aux temps des trois ou quatre Mentouhotep et Antef qui s'y sont succédé : l'apparition, autour du sarcophage de ce que les égyptologues nomment des "modèles", à savoir des maquettes qu'à la limite, à notre époque, l'on considérerait presque comme étant des jouets destinés aux bambins des rives du Nil, tant est flagrant le parallélisme que je pourrais établir avec les petits soldats de plomb de mon enfance, par exemple, ou encore, si le matériau n'était là aussi totalement différent, avec la ferme miniature qui actuellement fait le bonheur de mon petit-fils.

   Mais quelles sont les raisons de cet apogée au début du Moyen Empire ? Un petit rappel historique serait peut-être, ici et maintenant, le bienvenu. 

     Il ne faut pas être grand clerc pour se rendre compte, quand on se penche sur un tableau chronologique de l'Histoire égyptienne, que le Moyen Empire, constitué des seules XIème et XIIème dynasties aux yeux de la majorité des égyptologues, semble coincé entre l'Ancien et le Nouvel Empire, forcément, et spécifiquement pris comme en étau entre les Première et Deuxième Périodes intermédiaires. 
    
     Sur cette Deuxième Période intermédiaire (D.P.I.), l'invasion des Hyksos et la reprise du pouvoir par un certain Ahmosis débouchant sur la constitution de la prestigieuse XVIIIème dynastie, fleuron du Nouvel Empire, j'aurai très certainement un peu plus tard l'opportunité de vous entretenir abondamment. Mais aujourd'hui, il me plairait de m'attarder quelque peu sur ce moment charnière qu'est le premier de ces trois temps jalonnant l'Histoire égyptienne.

     Cette époque d'une petite centaine d'années - approximativement, de 2134 à 2040 avant notre ère, selon la datation établie par Erik Hornung -, se caractérise par une dislocation de l'Etat égyptien centralisé qui avait permis à l'Ancien Empire de se constituer. S'ensuivirent, inéluctablement, des troubles dont se fait l'écho, par exemple, un texte célèbre connu sous le nom de "Lamentations d'Ipou-Our", que je vous proposerai en lecture le samedi 16 mai  prochain. 


   Memphis, dans le nord, qui avait connu le statut de capitale du pays pendant les presque mille ans qu'avait durés l'Ancien Empire, perd sa prépondérance; et notamment les ateliers d'art qui s'y étaient développés, au profit d'autres écoles artistiques disséminées dans certains chefs-lieux régionaux : Thèbes en particulier.

     Et c'est en fait de ce nome thébain, - "Ouaset", en égyptien classique -, connu et habité par ailleurs depuis l'époque paléolithique, bien avant donc que se constitue officiellement l'Egypte pharaonique, qu'à nouveau une unité nationale va se réaliser, avec des nomarques comme les Antef (Ier, II et III), mais surtout avec le pharaon Montouhotep II qui, prenant le contrôle de toute la vallée du Nil, s'impose comme le réunificateur que le pays attendait.

     Grace à ce souverain, grâce au rôle prépondérant qu'il offrit à son nome d'origine, l'art à son époque et dans ce lieu connaîtra lui aussi un renouveau particulièrement intéressant.

     C'est précisément de ce temps que datent les deux maquettes de la vitrine 11 que nous détaillerons à partir de mardi prochain.


(Wildung : 1984, passim)

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commentaires

J
Une fois de plus, tu m’épates : que d'éminents égyptologues d'un âge certain (ce n’est pas ton cas !) et ayant consacré toute leur vie à leurs recherches maîtrisent tout ceci, toutes ces connaissances d'érudit, je le conçois. <br /> Je n’ignore pas, bien sûr, que tu as toi-même étudié longuement l’égyptologie et que tu n’es pas novice en la matière, mais tout de même : tel un jongleur avec ses balles ou ses quilles, tu parais jongler avec ces dates, ces noms, ces règnes, ces périodes, toutes ces connaissances d’érudit dans lesquelles je me perdrais, à tout jamais, si même l’envie me prenait de creuser le sujet (tel l’agriculteur de la maquette). Bravo l’artiste ! <br /> Je lirai avec intérêt ton prochain article plus « terre à terre » (si je peux me permettre l’expression), consacré à ces deux maquettes de la vitrine 11, sans doute plus abordable pour moi.
Répondre
R
<br /> <br /> C'est au moment où je mets le point final au brouillon de l'article prévu pour mardi prochain, plus spécifiquement consacré à la première des deux<br /> maquettes de la vitrine 11, que je prends connaissance de ton commentaire : je t'assure qu'à part disposer, comme tu le sais, d'une très imposante bibliothèque d'égyptologie, je n'ai que le<br /> mérite de connaître, - secondé aussi d'ailleurs par la banque de données qu'au fil de ces nombreuses années d'enseignement, de recherches bibliographiques et de lecture, je me suis<br /> concoctée avec un logiciel idoine -, la composition des ouvrages que je possède et d'aller, sans trop perdre de temps, chercher au bon endroit la bonne source qui me permettra de rédiger la<br /> synthèse nécessaire formant le squelette d'un futur article que je n'aurai plus qu'à habiller de mes mots, de mes tournures de phrases .. <br /> <br /> Ne connaissant évidemment pas toutes ces dates par coeur - qui d'ailleurs en serait capable ? -, j'ai simplement la chance et la facilité de disposer à domicile de<br /> cet inestimable trésor de documentation que, je te l'accorde, je compulse et compulse, au seul risque, ironiserait mon épouse, de me fouler l'index ...<br /> <br /> Ceci étant, il est bien agréable de lire semblable commentaire laudatif.<br /> Merci à toi.     <br /> <br /> <br /> <br />

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