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18 mai 2009 1 18 /05 /mai /2009 23:00



      En terminant mon intervention mardi dernier, ici, devant la vitrine 11 qui bientôt clôturera notre visite de la salle 4 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, j'ai attiré votre attention, ami lecteur, sur le fait que, volontairement, j'avais employé le terme vague de "bovidés" pour désigner sur la scène de labour, sujet du "modèle" E 27069les deux bêtes de trait.

     Et de vous donner alors rendez-vous ce 19 mai pour plus spécifiquement réserver mon exposé à cette famille d'animaux de l'Egypte ancienne afin de mieux cerner leur origine, les races qui en font partie, les multiples rôles qui furent les leurs dans la société de l'époque et la façon dont les artistes les ont représentés pour tenter de nous faire comprendre comment les distinguer les uns des autres.


     Il semblerait, à la lumière des dernières études qui ont été menées à leur sujet, que les premiers bovins domestiqués, issus en fait de l'aurochs sauvage "Bos primigenius", l'auraient été dans les régions du Fayoum et du désert libyque, aux environs de 4800 A.J.-C.; et que cette domestication serait la simple et obligatoire conséquence de la désertification que connut  le Sahara au Vème millénaire avant notre ère et qui conduisit les populations autochtones, mais aussi leurs animaux familiers,  à chercher à atteindre des lieux moins arides, en l'occurrence la riche vallée du Nil. L'élevage et l'agriculture proprement dits pouvaient alors commencer à petits pas : sans bien évidemment en être conscients, ces hommes quittaient ce que les historiens ont pris l'habitude d'appeler Préhistoire et entraient, par la grande porte s'ouvrant sur une prodigieuse civilisation de l'écrit, dans l'Histoire elle-même.

     Indéniablement, l'élevage des bovins tint une place cardinale dans tous les aspects de la vie quotidienne des Egyptiens, tant civile, avec leur utilisation à différents travaux ou pour nourrir certaines catégories de la population, que religieuse, aux fins de les honorer, leur attribuant dans cette spécificité bien précise, une valeur éminemment symbolique. Pour preuves de ce que j'avance, les nombreuses représentations  dont ces animaux font l'objet dans toutes les scènes peintes ou gravées des tombeaux, ainsi qu'en ronde-bosse, comme ici devant nous, vitrine 11.

     C'est d'ailleurs grâce à l'étude de ces peintures égyptiennes que les spécialistes en la matière peuvent actuellement déterminer qu'existèrent quatre races principales.
    
 

    La plus répandue, celle que la langue appelle "negaou" (la désinence "ou" étant la marque du pluriel), se caractérisait par des animaux à longues cornes en forme de lyre, comme ici, dans la tombe de Menna.





      Hauts sur pattes, ils présentaient une encolure courte et un large museau. Certains d'entre eux, particulièrement engraissés, portaient le nom de "iouaou".

      

     




     Avec la présence des envahisseurs Hyksos venus d'Asie, apparut une race de bovins plus petits que les précédents et dotés de cornes courtes : ce sont les "oundou".












    



     Nettement moins nombreux, mais beaucoup plus appréciés notamment pour les produits laitiers qu'ils procuraient, furent les bovins dépourvus de cornes, comme ici, dans le mastaba de Ty.


    
 

     Enfin, dernière catégorie de cette succincte différenciation entre races, les bovins nantis d'une bosse cervico-thoracique du type "zébu" qui, en définitive, furent peu présents dans l'art égyptien.


     Art égyptien qui, bien évidemment, établira tant que faire se peut, une autre distinction, sexuelle cette fois : indépendamment de la simple et apparente visualisation des organes particuliers aux uns et aux autres, les artistes insisteront sur le dimorphisme sexuel en représentant les vaches de taille visiblement inférieure à celle des taureaux et des boeufs.

     Le boeuf ! Autre débat qui divise la communauté égyptologique, et controversé s'il en est : existait-il ou non des boeufs en Egypte antique ?

     Oui, et incontestablement pour ceux des scientifiques qui arguent du fait qu'un extrait du célèbre Papyrus Anastasi établit une sorte de liste de ce qu'il faut rassembler pour l'arrivée imminente de Pharaon, à savoir : "des boeufs, de belles bêtes châtrées, à courtes cornes, provenant de l'Ouest et des veaux engraissés venant du Sud". 

     Sémantiquement, en effet, existe en égyptien classique un terme "seab" dont le déterminatif est constitué du dessin d'un bovidé, et qui signifie "châtrer".

     Oui, pour ceux aussi qui, avec force détails, nous décrivent les cortèges de boeufs destinés au sacrifice rituel associé à l'importante Fête d'Opet, à Thèbes.

     Oui également dans le chef des égyptologues qui veulent voir, dans les représentations de bovidés "iouaou" sur le mur ouest de la grande cour de Ramsès II, à Louxor, par exemple, ou dans le temple du même Ramsès II, à Abydos, ou encore dans un des sanctuaires d'Amenhotep IV/Akhenaton, le "Roud Menou", érigé en dehors de l'enceinte du temple d'Amon, à Karnak, des boeufs excessivement engraissés, aux mensurations imposantes, impressionnantes même quand on lit, dans les quelques hiéroglyphes qui, parfois les accompagnent, qu'ils peuvent atteindre jusqu'à 4 mètres de longueur, des sabots postérieurs jusqu'à la pointe extrême des cornes, et peser quelque deux tonnes !
     (Sur les parois du "Roud Menou", par exemple, quatre bovins paraissent si énormes qu'ils ont été installés sur un chariot tiré, pour chacun d'eux, par une escouade d'une dizaine de personnes ...)  

     Toutefois, quelques hirondelles n'annonçant pas nécessairement  le printemps, ces "preuves" avancées, parmi quelques autres, rares force est néanmoins de le constater, ne sont pas suffisamment probantes pour rallier à cette cause les autres savants qui, eux, affirment qu'il n'y a strictement rien déterminant avec certitude que ce sont bien des boeufs qu'il faut voir là; et que, dès lors, ce ne seraient simplement que des taureaux.

     Ce sont d'ailleurs les mêmes qui refusent d'admettre une thèse pourtant souvent prônée, mais non véritablement étayée de manière tangible, que les différenciations voulues par les artistes et auxquelles je faisais tout à l'heure allusion au niveau des cornes des bovidés seraient une façon de notifier ou non la castration d'un mâle : les cornes lyriformes pour les boeufs et les courtes pour les taureaux.

     Permettez-moi maintenant de revenir à mon propos initial : la différenciation sexuelle. Si l'on juge uniquement au sexe visiblement décelable dans les scènes peintes, il appert, statistiquement parlant, que furent bien plus souvent représentés des bovidés mâles que des femelles. Les philologues, en outre, qui se sont abondamment penchés sur les textes explicitant ces peintures ont définitivement établi que des termes tels que "nega", "ioua"  ou "ih" définissaient des éléments mâles, tandis que "iouat" ou "hemet" se rapportaient plus spécifiquement aux femelles.  (Le T, par parenthèses, constituant la désinence du féminin dans la langue classique égyptienne).

     Ceci étant, qu'ils soient mâles ou femelles, taureaux, castrés ou non, les bovins constituèrent une partie non négligeable de l'iconographie égyptienne : abondantes en effet sont les scènes, surtout dans les mastabas de l'Ancien Empire à Saqqarah - je pense plus particulièrement, comme souvent d'ailleurs, à ceux de Ty, de Ptahhotep et de Mererouka ... -, qui nous donnent à voir des défilés de bovidés devant un propriétaire défunt, des combats taurins pour une femelle, des scènes de boucherie, voire même de traite de vache ou de vêlement ...; sans oublier le côté pratique que les Egyptiens tiraient de leur présence et que les artistes ont aussi abondamment représentés sur les parois des chapelles de ces complexes funéraires. 

    Et c'est précisément par l'évocation des nombreux rôles qui leur furent dévolus dans la civilisation égyptienne que je voudrais poursuivre le présent article.

     En toute première position, j'épinglerai les travaux agricoles : le labour, essentiellement, mais aussi le dépiquage des céréales, c'est-à-dire la séparation des grains de la balle protectrice, tâche initialement effectuée par les ânes.

     Ils servirent en outre d'animaux de trait, notamment pour le halage des sarcophages.

     Bien évidemment, ils pourvurent à la nourriture de l'homme : la viande, certes, mais aussi le lait et les produits dérivés; tout en étant attentif au fait que, si l'on se fie à la taille des récipients utilisés pour recueillir le lait de la traite, il semblerait que les vaches, à cette époque, en produisaient peu : seulement de 1 à 2 litres, selon les estimations.

     J'ajouterai que ces aliments étaient souvent  préalablement offerts aux dieux, à leurs statues dans les temples en fait, puis, comme j'ai déjà eu l'occasion d'y faire allusion, redistribués en fin de journée aux nombreux prêtres affectés au culte de ces institutions religieuses.

     Tous ces animaux procuraient en outre aux artisans la matière première, le cuir essentiellement, pour confectionner sandales, fourreaux d'armes blanches, lanières, voire même tentures murales afin de se protéger de l'accablante chaleur quotidienne. En outre, étaient également récupérés sabots, os et cornes pour fabriquer qui de la colle, qui des bijoux ou des amulettes ...

     Il me plairait à présent de terminer cet exposé par l'évocation d'une fonction qui, si à nos yeux d'hommes du XXIème siècle trop souvent intolérants, a parfois tendance à paraître risible, n'en constitue pas moins un élément primordial dans la mentalité antique : il s'agit de l'importance religieuse, partant symbolique, accordée à certains de ces bovidés.

     Ainsi la vache est-elle tout à la fois symbole de fécondité, dispensatrice du lait vivifiant dont s'abreuvent les dieux, et personnification terrestre de la déesse Hathor, tout en se retrouvant en plus parfois associée à d'autres divinités comme Isis,et Nout, déesse du ciel.

     Quant au taureau, il est symbole de virilité et de fertilité, mais aussi de force et de combativité : souvenez-vous, ami lecteur, de la titulature de Ramsès II que j'avais traduite dans un article de l'année dernière, et plus particulièrement du premier de ses cinq noms, celui d'Horus : "Taureau victorieux ..." 

     Mais indépendamment de la personne royale, le taureau fut aussi l'objet d'une attention soutenue, dès la IIème dynastie : trois cultes taurins virent ainsi le jour en Egypte antique : celui de Boukhis, celui de Mnevis et, le plus important, le plus connu aussi depuis que l'égyptologue français Auguste Mariette mit au jour, au milieu du XIXème siècle ces sépultures animales qu'il est depuis convenu d'appeler le Serapeum de Memphis : celui des taureaux Apis.


     Sur tous ces points, sur toutes ces notions quelque peu énumérées à la manière d'une liste qui serait loin de se donner visage d'exhaustivité, j'aurai, vous vous en doutez, maintes et maintes fois encore l'occasion d'à nouveau m'étendre au fur et à mesure de notre parcours dans ce Département des Antiquités égyptiennes dans lequel nous déambulons, vous et moi depuis plus d'un an. Mais, dans un premier temps, et en guise de succincte approche, il m'importait aujourd'hui de les aborder dans une optique essentiellement programmatique afin que, déjà, vous en ayez une vue générale qui ne demandera, si vous acceptez qu'ensemble nous poursuivions ici nos découvertes, qu'à être précisée dans les prochaines semaines, dans les prochains mois ...

 

 

 

 

(Cabrol : 1999, 15-27;  Roman : 2004, 35-45; Vandier : 1969, 8-185; ID. : 1978, 1-38

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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commentaires

Cendrine 28/02/2015 17:24

La majesté de ces bovidés est impressionnante, la pureté des lignes esthétiques est un régal pour les yeux et vos explications que j'aborde amoindrie (je vous disais tout à l'heure sur votre blog Eklablog que je m'excusais par avance d'un flottement dans mes écrits en raison d'un affaiblissement de mon coeur...) m'ont réjouie, tout simplement. La vache est un symbole si riche, archétypal, je me dis que dans notre société "on" gagnerait à bien mieux considérer ces êtres nourriciers, je pense aussi aux races qui ont malheureusement disparu au profit du rendement industriel.
Amitiés Richard
Cendrine

Richard LEJEUNE 02/03/2015 08:41

Immense symbole, effectivement, que la vache en Égypte puisqu'elle fut même associée à la grande déesse Hathor. J'ai à maintes reprises sur ce blog l'opportunité de le souligner.
Merci de prendre la force de venir si fidèlement le visiter, chère Cendrine, et d'y déposer des paroles toujours agréables à lire ...

Prenez bien soin de vous.

Amitiés,
Richard

Montoumès 22/05/2009 08:38

Je pense, en toute modestie, avoir raison sur ce point : la mèche de l'enfance n'est pas la mèche princière. Voici au Louvre Ramsès II lui-même sous les traits d'un enfant : on note, comme tu l'as justement dit, le tressage et le doigt à la bouche (http://lieralune.net/Egypte/Ramses/Ramses1/ramses04.jpg). Ici par contre, cette procession de fils de Ramsès II est différente (http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/2/2e/Louxor_inauguration_pylone.jpg) : la mèche est plate (à mèches "droites"), s'évase vers le bas, et est toujours porté sur une perruque.
C'est un aspect de l'art ramesside et de ces "codes" iconographiques.
Wikipedia n'a pas toujours raison :)

Richard LEJEUNE 22/05/2009 10:51



Qu'il soit bien clair ici, Montoumès, que je suis à mille lieues de mettre en doute tes compétences en matière d'égyptologie, ou de jouer les doctes qui connaissent
tout sur tout : je ne suis pas égyptologue, mais un simple amateur au même titre que toi. Et donc laisse tomber ce "en toute modestie" que je
ressens comme une marque de politesse d'un homme jeune qui ne veut pas choquer un plus âgé : avec la différence entre la mèche de l'enfance à laquelle je faisais allusion, et celle,
ramesside, que tu évoquais, tu m'as appris un point qui ne m'avait pas vraiment sauté aux yeux. Et c'est très bien ainsi : j'espère encore et encore, malgré mon âge, en
apprendre des plus jeunes, histoire de ne pas mourir idiot !

Pour ce qui concerne mon lien vers Wikipedia qui allait quelque peu à l'encontre de ce que tu avançais à propos du document iconographique provenant de Louxor, c'était évidemment par pure
provocation : je voulais attirer ton attention sur ce que tu m'écris ici en conclusion, à savoir que Wiki n'est pas le cerveau universel auquel on peut faire entièrement confiance. Qu'il
peut dire ou montrer tout et son contraire. Et aussi que si tu prônes Wiki comme preuve irréfutable de ce que toi tu penses, je peux aussi, pour ma part, prouver avec le même Wiki que
ce que je dis est exact ...
Ce n'est donc effectivement pas à mes yeux un site de référence irréfutable !

Par parenthèses, aurais-tu connaissance d'un article, ou d'une étude qui ferait la distinction entre ces deux types de mèches ? J'ai eu beau fouiller dans ma bibliothèque, de prime abord, je n'ai
bizarrement rien trouvé à ce sujet ...)

Amicalement

Richard



Alain 21/05/2009 14:44

Bigre ! Des bœufs de 4 mètres de long et 2 tonnes. Impressionnant… Au salon de l’agriculture, ils auraient raflé tous les prix.

Richard LEJEUNE 21/05/2009 22:05



Oui, certes; pour autant que parmi les visiteurs de ce salon il n'y ait pas un certain Sarkozy invectivant grossièrement un autre visiteur, volant ainsi la vedette
aux impressionnants boeufs ... 

Plus sérieusement : dans l'étude de feue l'égyptologue française Agnès Cabrol, que j'ai compulsée - entre autres documents -, pour la rédaction de l'article ci-dessus, il est fait mention du
record actuel (avant 2007) détenu par un boeuf holstein-durham pesant plus de deux tonnes !!

Et la seule espèce qui, d'après elle, peut régulièrement peser plus d'une tonne serait la Chianini, originaire d'Italie. Que seuls, paraît-il, les Etats-Unis peuvent encore entretenir dans la
mesure où les agriculteurs européens n'ont matériellement pas les moyens d'y pourvoir.

Et madame Cabrol de conclure qu'il "est tentant de reconnaître en ces modernes bovins Chianini les descendants des boeufs "iaouou" de l'Egypte ancienne".

Je précise que je ne maîtrise absolument pas le sujet des bovins contemporains, que je n'ai aucune connaissance en sciences vétérinaires et que je rapporte ces propos tels que je les ai lus. Avec
tout le respect que je dois aux travaux de cette grande égyptologue trop tôt disparue que fut Agnès Cabrol.



Tifet 21/05/2009 11:19

oui Richard vs avez tout à fait raison mais mon com était en effet généraliste et ne tenait pas compte des différentes périodes, pour moi un commentaire n'est pas un article ou un exposé où on prend le temps de détailler, j'ai en effet survolé le sujet pour certains !......Selon les périodes, les personnages ont toujours les mêmes proportions mais les échelles varient. Toutes ces figurations répondent à des règles strictes et les artistes doivent s'y conformer.Au bord du Nil, l'artiste se soucie plutôt de travailler de façon durable et utile. C'est sa richesse intérieure qui lui permet, au-delà des conventions que lui impose la religion par exemple, d'exécuter avec brio des scènes pourtant maintes fois reproduites; l'art pharaonique demeure fonctionnel ; les chefs-d'oeuvre nous sont donnés par surcroît. Coridalement; Tifet

Richard LEJEUNE 21/05/2009 11:42



Tonton Sigmund ne doit pas être loin, chère Tifet ...

J'ai en effet beaucoup apprécié alors que l'article initial traitait, entre autres, de taureaux, que vous terminiez ce commentaire (lapsus calami - ou, plus probablement trop grande
rapidité à effleurer votre clavier) par ce remarquable : "Coridalement".
Et même s'il manque ici obligatoirement un R, je trouve votre néologisme, tout empreint d'humour, et d'une rare saveur ...



Montoumès 20/05/2009 14:59

Non non, je fais bien référence à la "mèche princière" du règne de Ramsès II, et non pas à la mèche de l'enfance que tu évoques : voir cette image par exemple : http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Louxor_Ramessou_0805.jpg

Pour le second point, j'évoque la taille concernant les personnages, et non pas les bœufs. Je m'excuse d'avoir mal formulé mon propos : il s'agit juste de dire que ce qui est représenté ne reflète pas une réalité. Les scènes des bas-reliefs méritent toutes une interprétation :)

Bien amicalement

Richard LEJEUNE 20/05/2009 17:13



Je suis ouvert à toute discussion, et à toute "preuve"; mais il faudrait vous mettre d'accord Wikipedia et toi, car quand je lis ce qui est mentionné dans le
texte explicatif proposé grâce au lien ci-dessous, à propos précisément de cette fameuse mèche de Ramessou, je me dis que subsiste un petit problème quelque
part ...

(http://fr.wikipedia.org/wiki/Ramessou)

Quant à l'interprétation des scènes de bas-reliefs, comme de peinture, je suis évidemment entièrement d'accord avec toi; et certains des articles publiés l'année dernière dans ma
rubrique "Décodage de l'image" le prouvent, je pense, abondamment.

Amicalement.



Montoumès 19/05/2009 14:28

Oui Tifet vous avez raison. Cependant, je me demande si vous n'abreuvez pas le moulin de ce qui ne crois pas aux bœufs : en effet, le rapport de taille entre les femmes, filles et fils du pharaon n'indique en rien leur taille réelle ! De la même manière, les fils royaux de Ramsès II, par exemple, sont toujours représentés selon des conventions, juvéniles avec la mèche des princes : certains avaient plus de 30 ans au moment de la réalisation des bas-reliefs ! Donc on pourrait en conclure que ce qu'on pense être un bœuf dans une représentation ne l'est peut-être pas... Raisonnement par l'absurde, bien entendu, puisque je n'y crois pas :)

Richard LEJEUNE 20/05/2009 14:28



Je pense, Montoumès, que tu mêles plusieurs choses, ici, dans cette réponse que tu proposes à Tifet.

1. Quand tu écris : "les fils royaux de Ramsès II, par exemple, sont toujours représentés selon des conventions, juvéniles avec la mèche des
princes", ta formulation n'est pas tout à fait exacte : cette mèche que tu évoques, tombant sur le côté droit du crâne rasé, fait partie, avec le doigt à la
bouche, des conventions des artistes de toutes les époques de l'art égyptien pour exprimer l'enfance chez les petits garçons, cet "attribut" disparaissant habituellement à la puberté.
C'est donc loin de constituer un détail ressortissant uniquement à la représentation princière.

2. Pour ce qui concerne la différenciation entre taureaux châtrés ou non, ce n'est pas la taille qui en marque la distinction, comme je l'ai bien indiqué dans l'article, mais soit évidemment
l'apparence ou non des organes sexuels sur les représentations qui en ont été faites; ou les indications hiéroglyphiques qui précisent certaines scènes.

En revanche, la différenciation au niveau de la taille des bovidés permet, selon certains égyptologues, de distinguer le mâle (taureau) de la femelle (vache) ...

Pour le reste, tu l'auras compris, les uns et les autres avancent des arguments propres et ne sont, à mon avis, pas encore prêts à se mettre d'accord sur le sujet
...  



Tifet 19/05/2009 13:57

Il est certain que dans l'art égyptien la représentation des bovidés mâles ou femelles était différente mais il en était de même pour les représentations entre hommes et femmes, la taille des femmes de Pharaon ou ses filles étaient significativement réduite par rapport à lui. Bonne journée; Tifet

Richard LEJEUNE 20/05/2009 09:49



Certes, Tifet, cela a existé, mais il faut être relativement circonspect en la matière : car une généralisation serait abusive.

Je m'explique.

Dans le chef des peintres égyptiens, ce n'est pas la taille qui sert de convention pour différencier la femme de l'homme, mais la carnation : ainsi, et à toutes les époques, l'ocre jaune
caractérisait la peau féminine et l'ocre rouge, celle des hommes.
Code parfaitement clair qui permet ainsi, quand on ne trouve aucune précision de sexe sur certaines peintures où les traits sont si fins qu'il est malaisé de savoir si l'on a affaire à une femme
ou à un homme, d'être sans discussion aucune capable de faire la distinction. 

En revanche, et c'est ici que nous devons avancer avec une relative prudence : la différenciation par la taille des personnages varie selon les époques, et est en outre fonction de bien des
critères, qui ne sont pas que sociaux !
 
Ainsi à la fin de l'Ancien Empire, la femme perdant son indépendance juridique, "tombe" sous l'autorité de son époux, voire de son fils aîné si elle est veuve. Et c'est précisément ce changement
de relation au niveau du couple que l'art symbolisera à cette époque-là en représentant, notamment dans la statuaire, mais aussi sur les stèles, la femme bien plus petite que son époux. Et
cette façon de faire perdurera pendant la Première Période intermédiaire ...

Mais, au Nouvel Empire, la condition juridique des femmes change de manière notoire : elles acquièrent une certaine indépendance, elles deviennent même beaucoup plus individualistes. Et à ce
moment-là aussi, l'art nous en rend compte : c'est une époque où, selon l'égyptologue belge Claude Vandersleyen, (Chronique d'Egypte, tome 48, n° 95, Janvier 1973, pp. 13-25), l'art
devient plus réaliste. De sorte que le principe d'isocéphalie entre les deux personnages d'une statue-groupe, par exemple, est bien plus nettement respecté qu'auparavant.
Et, toujours pour C. Vandersleyen, quand il y a différence de taille entre époux, cela ne correspond plus à l'importance sociale à accorder à l'un ou à l'autre, mais contribue simplement à une
volonté de rendre l'ensemble esthétique, équilibré, plaisant à l'oeil; et surtout, bien plus proche de la réalité biologique.

Il se pourrait d'ailleurs que le choix qui peut subsister de montrer un personnage, que ce soit dans la statuaire royale ou privée, plus grand que son épouse ne corresponde qu'au besoin d'attirer
l'attention sur la personne à qui le monument est dédié, est spécifiquement destiné; et là, sans plus aucune connotation d'origine sociale.

Puis-je me permettre, pour corroborer mes propos, de vous inviter à relire l'article que j'avais consacré, le 9 décembre dernier, au groupe d'Ounsou et de son épouse (vitrine 4 de la salle 4 du
Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre -(http://egyptomusee.over-blog.com/article-25338628.html) où, très
clairement, le couple est représenté exactement à la même échelle ?
Sachant que ce type de dyade s'inspire essentiellement de la statuaire royale classique de l'époque (Nouvel Empire), il est incontestable que l'on peut en tirer une règle, mais, comme je le
soulignais en début de ce commentaire, règle qui n'est valable que pour une époque donnée, et donc en rien généralisable à l'art de toute l'histoire de l'Egypte antique. 

J'espère, chère Tifet, que cette réponse qui n'avait d'autre but que celui de préciser votre remarque ne vous a pas parue trop longue.
Merci de votre passage, du commentaire que vous avez laissé et de votre patience à m'avoir lu ici jusqu'au bout.         



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