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25 mai 2009 1 25 /05 /mai /2009 23:00


     Nous voici donc arrivés, vous et moi ami lecteur, au terme de notre déambulation dans cette très importante salle 4 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre. 
    
    
      Depuis le mardi 5 mai déjà, nous devisons devant la dernière des vitrines en évoquant une de ces particularités de l'art égyptien de la Première Période intermédiare (P.P.I.) et du Moyen Empire que l'on appelle communément les "modèles".

     J'ai aussi eu l'opportunité de vous indiquer que ces maquettes en bois peint avaient été mises au jour dans quelques-uns des tombeaux de cette période, auprès des sarcophages qui y reposaient, en principe, pour l'éternité. 

     Sachant que les tombes rupestres de certaines nécropoles provinciales, notamment celles des notables d'Assiout, en Moyenne-Egypte, où furent retrouvés maints exemplaires de ces "modèles", ne permettaient pas, à cause de leur consistance, d'aisément en décorer les parois, il nous faut donc bien admettre que cet art miniaturisé vit le jour là pour des raisons éminemment pratiques : remplacer, en ronde-bosse cette fois, les scènes jadis réalisées à même les parois des chapelles funéraires.

     Rappelez-vous : j'avais attiré votre attention, notamment en vous soumettant, ces derniers samedis, des extraits de la littérature obligatoirement pessimiste de ce temps, sur l'affaiblissement du pouvoir central memphite, et ce, dès la fin de la Vème dynastie, à l'Ancien Empire donc, débouchant, parallèlement d'ailleurs à des catastrophes climatiques que connurent les régions du Moyen et du Proche-Orient, sur une grave crise politique, économique et sociale.

     Crise dont l'art se fit l'écho : ainsi, Memphis perdit-elle sa prédominance au profit d'ateliers provinciaux qui ne cessèrent, eux, d'en acquérir.

     Certes, en règle générale, les conventions établies à l'Ancien Empire subsistèrent, mais les oeuvres qui apparurent alors se voulurent plus spontanées, plus proches d'une réalité quotidienne. Spontanéité, nous l'avons constaté de visu avec la scène de labour E 27069 qui se trouve ici sous nos yeux, dans la première partie de cette vitrine 11 et que j'avais détaillée le 12 mai dernier, qui n'est d'ailleurs pas dénuée de quelques sympathiques maladresses.

     En outre, les thèmes que ces maquettes développèrent, mais aussi le matériau employé - essentiellement le bois importé du Liban -, furent incontestablement plus en adéquation avec la sensibilité populaire de l'époque que, précédemment, les oeuvres en pierre par exemple.

     C'est précisément ce que traduit l'égyptologue français Jean Yoyotte quand, dans le Dictionnaire de la Civilisation égyptienne, il écrit  que : "Jamais peut-être un art conçu pour les nobles n'a fait revivre aussi bien le peuple éternel d'Egypte, laborieux et joyeux sous son soleil."

     Joyeux ?  Je lui laisse la paternité de cette optimiste appréciation ... 


     Abordons à présent, si vous le voulez bien ami lecteur, la seconde maquette de cette ultime vitrine.
                 

     Il ne s'agit plus cette fois d'une scène de genre avec personnages en activité, mais d'un simple modèle de grenier (E 283), en bois peint, datant de plus ou moins 2000 A.J.-C., et mesurant 22, 5 cm de hauteur, 45 de long et 32 de large.


     En vous approchant et en vous penchant quelque peu vers le fond de la cour de ce petit bâtiment aux angles bizarrement cornus, vous constaterez que le silo proprement dit est divisé en quatre compartiments au toit, accessible par un escalier de quelques marches, percé d'un trou : dans la réalité quotidienne, c'est par ces ouvertures circulaires que la récolte était versée dans le grenier.


     

     Et en fonction des nécessités durant l'année, il était possible de récupérer les grains dans la cour, par les fenêtres percées dans la paroi frontale. Vous remarquerez par parenthèses que celle d'extrême gauche a simplement été peinte; donc suggérée ...
 


     Dernier détail : la porte d'entrée du bâtiment donnant sur la cour, cernée d'un trait rouge sur tout son pourtour, est mobile et pivote sur de petits gonds.



     J'invite maintenant ceux qui le souhaitent à se rendre un peu plus loin, toujours au rez-de-chaussée de ce même Département des Antiquités égyptiennes, salle 16 plus précisément - (que nous visiterons ensemble et plus en détails ultérieurement), - pour découvrir, dans la vitrine 3, une autre maquette de grenier (E 11938) que possède le Musée du Louvre.

     Ce grenier en réduction appartint à un notable d'Assiout de la XIIème dynastie, le chancelier Nakhti, qui vécut à la fin du XXème siècle A.J.-C.



      Relativement semblable à celui que nous avons dans la vitrine 11 de cette salle 4, pour ce qui concerne sa conception, ce "modèle" présente néanmoins, vous le constaterez aisément, l'intéressante particularité de mettre en scène des hommes au travail : ceux qui, dans la cour, manipulent les grains, et celui, agent du pouvoir administratif, scribe-comptable assurément, qui sur le toit du silo enregistre scrupuleusement l'opération.

     Le paiement de la redevance en nature - et oui, déjà ! -, n'est certes plus très éloigné ... 
 



(Grimal : 1988, 189-93; Posener/Sauneron/Yoyotte : 1959, 174)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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commentaires

Jean-Claude+Vincent 26/05/2009 06:26

Ces maquettes miniatures sont très intéressantes en effet, celle des silos et particulièrement la seconde avec cette représentation précieuse des hommes au travail.
Une question évidente me vient à l'esprit : ont-elles reçu un toit qui aurait maintenant disparu ou, si ces toits n'ont pas été ajoutés, car je suppose que les bâtiments en possédaient en réalité, pourquoi n'ont-ils pas été représentés ?
Seconde question : en quels matériaux étaient faits les toits des bâtiments de l'époque ? Tout en bois ou les tuiles existaient-elles ?

Richard LEJEUNE 26/05/2009 08:30



En vérité, les Egyptiens n'accordaient apparemment pas beaucoup d'importance aux bâtiments de leur vie quotidienne, réservant les matériaux nobles à leurs "demeures
d'éternité" et à celles de leurs dieux, c'est-à-dire mastabas, temples, etc.

Quant à leurs maisons proprement dites, l'extrême précarité du matériau utilisé à l'époque - car, il ne faut pas oublier que les conditions atmosphériques du pays le permettaient
(certains égyptologues affirment que s'il pleuvait 6 jours l'année, c'était déjà beaucoup !) -, n'a guère fourni de vestiges nous expliquant en détails leur construction.

De sorte que pour leur forme et l'agencement intérieur, il faut bien que nous nous contentions de certaines représentations figurées dans les tombes, et surtout des "modèles" - nous verrons
d'ailleurs ce type de maisons miniaturisées quand nous arriverons salle 8 ...

Et pour ce qui concerne le matériau utilisé, il ne nous reste qu'à supputer en se basant sur ce que l'on peut encore trouver actuellement dans les campagnes égyptiennes, sachant que - quelques
découvertes archéologiques le confirment quand même un peu -, il n'y a pas de distinction véritablement prépondérante entre les habitations rurales actuelles et celles de l'antiquité :
les égyptologues pensent donc que la brique crue fut essentielle comme base de ces habitations, mais qu'il ne faut évidemment pas rejeter l'emploi du bois, des troncs de palmier, du papyrus,
aussi, dont la tige est relativement dure, etc.

J'évoquais le climat : c'est évidemment la raison pour laquelle - et en Grèce, nous pouvons encore constater le même détail -, la plupart des maisons recevaient un toit plat qui soit
servait de terrasse (voire même de chambre à coucher, tellement les nuits peuvent être chaudes !), soit de réserve dans la mesure où l'on édifiait des constructions légères, appentis ou autres,
véritables "entrepôts" pour les grains, par exemple ... 

Ces toits plats, comme ceux des temples d'ailleurs quand ils ne sont pas à ciel ouvert, étaient vraisemblablement constitués de dalles de pierres de manière à supporter les constructions
annexes.
Parfois même, les cuisines se trouvaient sur un des côtés de cette terrasse ... 



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