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19 juin 2009 5 19 /06 /juin /2009 23:00


     J'avais pris prétexte, il y a peu, d'un dessin qu'avait réalisé puis m'avait offert mon ami Jean-Claude Vincent pour vous décrire, le mardi 9 juin dernier, le bas-relief de la reine Tiy exposé aux Musées Royaux d'Art et d'Histoire de Bruxelles.

     C'est de cette reine, à nouveau, mais dans la rubrique "Littérature égyptienne" cette fois, que je voudrais vous entretenir aujourd'hui.

     En effet, si j'ai eu déjà l'occasion d'attirer votre attention, ami lecteur, sur le fait que cette jeune enfant nubile, à peine pubère, devenue la "Grande Epouse royale" d'un Amenhotep III presque aussi jeune qu'elle, n'était pas d'extraction noble, ce n'est assurément pas ce détail qui constitua l'originalité de son règne, mais bien plutôt que, dans toute l'histoire de l'Egypte, elle fut incontestablement la première dame à jouer un rôle véritable, notamment de conseillère politique, aux côtés de son époux, voire même de prendre en mains les rênes diplomatiques du pays quand la santé du souverain s'amenuisa rapidement. Rôle qui, j'aime à l'épingler, n'apparaît pas que dans les documents égyptiens - qu'il serait dès lors toujours loisible de qualifier de propagandistes -, mais qui fut révélé par des sources au plus haut niveau international de l'époque.
(Nous le découvrirons d'ailleurs dans un prochain article à paraître samedi 27 juin ...) 

     Les vestiges égyptiens, quant à eux, qu'ils ressortissent à la statuaire, aux reliefs funéraires ou liturgiques, ou aux inscriptions présentes sur de nombreuses stèles, associent constamment les noms de ces deux souverains. Et il n'est pas d'objets, aussi menus soient-ils qui, durant leur règne, n'évoquent le couple : je pense à certains bijoux, mais surtout à ces scarabées qui firent florès et que l'on retrouve dans les départements égyptiens des plus grands musées de la planète. 

     (Et bien évidemment, nous rencontrerons bientôt, ici au Louvre, bijoux et scarabées, que ce soit salle 7, dans la vitrine 11 plus spécifiquement consacrée au verre et à la faïence, ou salle 9 qui présente la parure, ou au niveau du circuit chronologique à l'étage, dans la salle 24 consacrée au Nouvel Empire).

     Aménophis III fut en fait le premier souverain égyptien à "inventer" et faire exécuter le plus grand nombre de scarabées - plus de 200 seraient actuellement répertoriés dans le monde - dont près de 60 % sont en stéatite émaillée verte ou bleue. Pouvant atteindre jusqu'à 11 centimètres de longueur, ils portent sur le plat un texte gravé en petits hiéroglyphes, assez long parfois (16 lignes), destiné à commémorer un événement marquant du règne : les exploits cynégétiques de Pharaon, par exemple, ou la création d'un grand lac artificiel.

     Toutefois, plus d'un quart de cette production initiée par Amenhotep III, 56 exactement connus à l'heure actuelle, furent émis la première année de son union avec Tiy et sont qualifiés, de manière erronée d'ailleurs, "Scarabées du mariage", par les égyptologues, alors qu'en réalité aucune allusion n'y est faite à cet événement.

     En revanche, comme vous allez le lire ci-dessous, ami lecteur, le texte, après avoir énuméré les cinq noms de la titulature complète du roi fait immédiatement après référence à sa jeune épouse et, nouveauté pour l'époque, à ses parents, pourtant non nobles.

     Vous allez bien évidemment me demander les raisons pour lesquelles Amenhotep III choisit la représentation d'un scarabée (Scarabeus sacer), avec les différentes parties du corps reproduites de manière réaliste, pour véhiculer ces faits historiques sur la pierre, et plus spécifiquement ici, cette sorte de "carte de visite" du jeune couple.

     Vous me permettrez d'être plus disert à leur sujet dès que nous rencontrerons le premier exemplaire dans la vitrine 11 de la salle 7 du Musée. Néanmoins, et pour ne pas vous laisser sur votre faim et avec des points d'interrogation dans les yeux, je soulignerai simplement, après en avoir d'ailleurs déjà fait quelque peu allusion dans mon article du 11 avril 2008 relatant l'exposition que le très controversé artiste belge Jan Fabre fit ici au Louvre, que le scarabée, dans le bestiaire égyptien, symbolisait Khépri, le jeune dieu solaire, suite à  l'analogie que l'on avait remarquée entre le soleil émergeant de l'horizon et le coléoptère coprophage qui présentait la particularité de constituer une boule de fumier qu'il faisait avancer, dans laquelle il avait inséré ses oeufs et qu'il enfouissait dans le sol; de sorte que le petit en émergeait, dès que formé, semblable au soleil levant.

     Et dans la langue égyptienne, le hiéroglyphe du scarabée, que nous prononçons "khéper" signifiait "advenir, venir à l'existence".

     Enfin, je rappellerai à tout visiteur de Karnak que c'est en l'honneur de Khépri, principe créateur qui se manifeste dans le soleil sortant des ténèbres de la nuit, qu'Aménophis III fit sculpter près du lac sacré un imposant scarabée en ronde-bosse posé sur un socle.


     J'ai choisi aujourd'hui, parmi les 56 exemplaires actuellement mis au jour, de ne pas vous proposer celui du Louvre, que nous découvrirons plus tard et dans un autre contexte, mais plutôt, parce que moins connu, celui en gneiss du Kunsthistorisches Museum de Vienne (ÄOS 3878)  qui fut présenté au Grimaldi Forum de Monaco en 2008, lors de l'exposition "Reines d'Egypte", organisée sous le Commissariat de Madame Christiane Ziegler, Conservateur général honoraire du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre. 



     Pour une épaisseur de 3, 4 cm, cette pièce mesure 8, 7 cm de hauteur et 6 de large.


     Le texte hiéroglyphique a été gravé sur un espace de 10 lignes qui se lisent de droite à gauche et, bien évidemment, de haut en bas.

     Retranscrit en trois lignes, cela donne :

    

     
    Et traduit : 

     Que vive l'Horus Taureau-puissant-qui-apparaît-en-vérité, Celui des Deux Maîtresses, Celui-qui-établit-les-lois-et-apaise-les-Deux-Terres, l'Horus d'or Grand-par-la-vaillance-et-qui-frappe-les-Asiatiques (1), le Roi de Haute et Basse-Egypte Nebmaâtrê, le fils de Rê Amenhotep-souverain-de-Thèbes, doué de vie (ainsi que) la "Grande Epouse royale" Tiy. Qu'elle vive !
Youia est le nom de son père et Touia le nom de sa mère.
C'est l'épouse d'un roi puissant dont la frontière Sud va jusqu'à Karoy
(2) et la (frontière) Nord jusqu'au Naharina (3) .
 

(1)  Asiatiques était l'acception utilisée pour définir l'ensemble des peuples vivant au nord-est de l'Egypte.
(2) Karoy serait actuellement  au Soudan, à proximité du Gebel Barkal, soit au niveau de la 4ème cataracte.
(3)  Naharina était le nom donné à l'antiquité au royaume du Mitanni (Haute-Mésopotamie)


(Delange : 1993, 34 et 53-8; Ziegler : 2008, 350-1 et 401)     

     

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Littérature égyptienne
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commentaires

Confino Raphaël 30/03/2016 00:45

Bonjour, merci pour ce texte très instructif. Je me permets de vous poser une question. Je suis tombé sur le marché "internet" sur un scarabée beaucoup plus simple que les scarabées commémoratifs, avec uniquement le hyéroglyphe Neb-maat-re (le seigneur de la vérité est Ré) et je m'interroge. Que sait-on de l'usage qui était fait d'un tel scarabée? Est-ce que cela correspond à un scarabée qui était en circulation durant le règne d'Amenothep III ? Est-ce qu'il s'agit d'un scarabée dont l'usage était réservé aux proches du Pharaon? Merci à vous, si vous avez quelques minutes de bien vouloir m'éclairer là-dessus car j'aimerais offrir ce scarabée à ma femme et j'aimerais savoir !

Richard LEJEUNE 30/03/2016 08:59

Vous êtes "tombé" ..., m'écrivez-vous.
Surtout, relevez-vous et fuyez le plus vite possible ! Ne souscrivez à aucun achat via Internet.
Seuls d'excellents antiquaires peuvent - peut-être - vous proposer des pièces d'origine, pourvues d'un certificat d'authenticité ...
Le reste n'est que du marché parallèle dont il faut bien se garder d'être le pigeon de service ...

Louvre-passion 20/06/2009 19:24

Ton article m'a incité à relire dans le tome 2 de "l'Egypte et la vallée du Nil" de Claude Vandersleyen la partie consacrée au règne d'Aménophis III et au rôle de Tiyi. J'ai retrouvé le roi étranger mais parle de son rôle, mais je ne dévoilerais pas ton futur article. Par contre je lis que les représentations de Tiyi datant de l'époque Amarnienne lui donnent "un visage dur et volontaire, à la limite de la mauvaise humeur".
Curieux non ?

Richard LEJEUNE 21/06/2009 12:05



Le double "problème", avec cet incontournable ouvrage de Claude Vandersleyen, c'est qu'il représente incontestablement une mine pour disposer d'une
vue d'ensemble sur la Première Période intermédiaire (P.P.I.) et le Nouvel Empire, mais que, malheureusement, datant déjà d'une quinzaine d'années, il n'a pas été mis à jour. De sorte que
constamment, la science égyptologique ayant fort évolué ces derniers temps grâce aux découvertes nouvelles et à leur analyse pointue par de jeunes et brillants égyptologues, des notions avancées
par l'égyptologue belge sont mises à mal, contestées, voire même complètement abandonnées.

En outre, lui-même, parfois, manque de cohérence et nous oblige à reconsidérer son texte à la lumière de ce qu'il prône quelques pages plus loin.

Il en est ainsi pour ce qui concerne ta remarque sur les représentations de la reine Tiy quand il écrit, p. 398 : "Si quelques images de la reine lui accordent un minois tout rond et
aimable, celles qui relèvent de l'art amarnien et de la fin de sa vie lui donnent un visage dur et volontaire, à la limite de la mauvaise humeur".
Puis, p. 402 : "Une dernière caractéristique du règne, c'est la libération des formes en art, ce refus d'une certaine fidélité trop étroite à la réalité." 

Indépendamment de cette flagrante contradiction, j'ajouterai, comme je l'ai d'ailleurs écrit dans mon article du 9 juin consacré au superbe bas-relief de Bruxelles, que les premiers portraits de
Tiy, avant l'époque amarnienne donc, insistent sur sa juvénilité, sa fraîcheur ...

Alors, reflet fidèle de la réalité ou non ? Pourquoi le serait-ce avant l'époque amarnienne, et pas pendant ? Tu avoueras que ce ne semble pas être très clair dans son esprit ... 

Mais bon, il n'en demeure pas moins que, dans l'ensemble, cet ouvrage nous apprend énormément de choses ...  




Jean-Claude VINCENT 20/06/2009 06:46

J'ignorais qu'Aménophis III avait lancé la mode du scarabée, et surtout que plus d'un quart de ces sacarabées furent émis la première année de son union avec Tiy, une déclaration d'amour en quelque sorte, ou du moins la reconnaissance officielle de son existence ?
Je lis Aménophis III, puis Amenhotep III, j'en conclus qu'il porte ces deux noms, indifféremment?
J'aurais aimé graver ces scarabées...

Richard LEJEUNE 20/06/2009 11:01



     Ce souverain n'a pas lancé la mode du scarabée en soi, puisqu'il constituait déjà un élément important de la
symbolique égyptienne, mais c'est à lui effectivement que l'on doit les premières représentations de ces petits coléoptères ainsi gravés pour commémorer un événement important du
règne.
 
     A sa suite, l'un ou l'autre pharaon seulement reprendra et avec très très peu d'exemplaires cette façon de procéder. C'est donc la raison pour laquelle la majorité
de ces pièces exposées dans les musées datent de l'époque d'Amenhotep III.

     Tu as parfaitement raison de le souligner, c'est dans un but de reconnaissance officielle de l'existence de cette toute jeune et superbe épouse que fut Tiy
qu'il "émettra" autant de scarabées dont le texte, fort semblable d'une pièce à l'autre, l'associait complètement à sa titulature personnelle, ainsi que le nom de
ses parents.  

     Quant aux noms des souverains, ils nous sont le plus souvent parvenus sous le "filtre" de la langue grecque : des Thoutmosis ou des Amenophis, entre autres, ne sont
que transcriptions grecques, puis francisées, des noms égyptiens antiques qu'étaient Thoutmes ou Amenhotep; ce dernier par exemple signifiant : "Amon est satisfait".
De sorte que dans les ouvrages spécialisés, les égyptologues emploient indifféremment le nom égyptien ou celui qu'ont retenu les Grecs.

     J'ajouterai, pour répondre à ta dernière phrase : pourquoi graver ? Pourquoi pas, maintenant, te lancer dans les dessins de hiéroglyphes, sur le plat d'un scarabée ou
tout autre support ? ...
    



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