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22 juin 2009 1 22 /06 /juin /2009 23:00


     Bien que dans l'article de mardi dernier, je vous aie donné rendez-vous aujourd'hui, ami lecteur, au devant de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, j'ai résolu, dérogeant ainsi à mes habitudes, en raison non seulement de demandes qui m'ont été adressées par quelques lecteurs parmi les plus fidèles, mais aussi de la période de vacances se profilant à l'horizon, et dont je vous entretiendrai le mardi 30 juin prochain, d'abandonner mon projet initial de visite.

     Samedi, souvenez-vous, je vous ai proposé la transcription et la traduction d'un des 56 scarabées dits du mariage du très jeune pharaon Amenophis III et de la non moins jeune Tiy.



     Je voudrais ci-après, aux fins de répondre à certaines questions donc, quelque peu analyser cette inscription, et m'attarder sur la titulature royale qui l'introduit.

     Il est de tradition, dans les articles d'égyptologie qui contiennent des textes hiéroglyphiques, originellement inscrits, sur un papyrus ou de la pierre, de droite à gauche ou de haut en bas, de les publier dans le sens même de notre propre écriture, c'est-à-dire de gauche vers la droite. Et même si, la semaine dernière, je n'ai pas respecté cette convention dans l'unique but que vous puissiez mieux comparer et le texte antique et sa transcription moderne, je vais ci-dessous, pour une question de facilité, me conformer à cette façon de procéder. 



     Le texte, comme je l'ai précisé, commence par les cinq noms du souverain. Certes, je vous avais déjà familiarisé voici un an, en mai 2008 exactement, avec cette importante notion qu'était la titulature royale égyptienne. Toutefois, et pour ceux qui n'étaient pas encore à l'époque lecteurs de mon blog, ou ceux qui auraient oublié les principes de cette énumération, vous m'autoriserez, avant de décliner celle d'Amenhotep III gravée sur le scarabée ÄOS 3878 du Musée de Vienne, de brièvement rappeler les différentes parties qui composent semblable nomenclature.
                           
     
               

     1.  Le premier des cinq noms royaux est constitué du nom d'Horus, qui plaçait le souverain sous la protection de l'oiseau sacré, patron de la ville d'Hiérakonpolis d'où le premier roi, Narmer, était originaire; et par la même occasion l'identifiait au dieu Horus. Le faucon pouvait être, comme ci-contre, placé au-dessus de la représentation d'un mur d'enceinte protégeant le palais royal, à l'intérieur duquel figure idéalement le nom du pharaon. C'est ce que les égyptologues appellent le "serekh".

 

     2. Avec le deuxième, le nom de "Nb.ty", les "Deux maîtresses", le monarque était sous la protection des déesses tutélaires des deux royaumes primitifs : Nekhbet, le vautour de Haute-Egypte et Ouadjit, le cobra de Basse-Egypte. En tant que telles, elles personnifient les couronnes blanche et rouge représentant les deux parties du pays. Dès lors, Pharaon était considéré comme régnant sur l'Egypte unifiée.

  
             

     3. Le troisième, le nom d'Horus d'or, composé du signe du faucon, figuration de Rê, et de celui du collier d'or réunis en un monogramme, liait la personne royale à celle de l'Horus solaire et céleste.

 

 

     4. Le quatrième nom, (souvent appelé prénom ou nom de règne ou de trône), celui de "Nesout-bity"   (= "Celui du Roseau et de l'Abeille", que nous traduisons par "Roi de Haute et Basse-Egypte"), entouré d'un premier cartouche, assimilait le roi à la faune et à la flore symboliques de chacune des deux parties de son Etat : le jonc, pour la Haute-Egypte et l'abeille pour la Basse-Egypte.



      Est-il vraiment besoin que je rappelle que les égyptologues nomment "cartouche" un ovale représentant une boucle de corde nouée à l'une de ses extrémités ressemblant à une petite barre rectiligne. Le terme "chenou" qui le désigne en égyptien ancien dérive en fait d'un verbe qui signifie "encercler". Il faut ainsi comprendre que les deux derniers noms du souverain inscrits dans ce graphisme permettent non seulement d'être clairement isolés, donc de mettre Pharaon en évidence, mais aussi de symboliquement le qualifier de "Maître de ce que le disque solaire entoure"; en clair : le maître de l'Egypte entière.
 

     5. Enfin, dans le deuxième cartouche, le dernier nom, son nom de naissance, celui de "Sa-Rê = Fils de Rê ", (le hiéroglyphe du canard  = "Fils de" et celui du soleil = "") mettait à nouveau le roi en relation intime avec le soleil, la grande puissance cosmique de l'univers.
     Des cinq noms du roi, c’est celui-ci qui est passé à la postérité, devenant ainsi le plus connu du public.

   

     Envisageons à présent, voulez-vous, la titulature royale d'Amenophis III en reprenant la transcription moderne ci-dessus :
    
1. Le nom d'Horus : Taureau puissant qui apparaît en Vérité  




     
     Les cinq hiéroglyphes situés après le faucon Horus qui donnent donc le premier nom de cette titulature sont ici précédés du signe de vie "ankh" que l'on peut traduire par "Que vive ..."


2. Le nom des "Deux Maîtresses" :
 


     Les deux premiers hiéroglyphes de gauche, représentant un vautour et un cobra, introduisent le deuxième nom du souverain que l'artiste a gravé sur ce scarabée : Celui qui établit les lois et apaise les Deux Terres; cette dernière dénomination, évoquant évidemment les deux parties du pays sur lesquelles règne Pharaon, à savoir respectivement la Haute et la Basse-Egypte.


3. En troisième position vient le nom d'Horus d'or que personnifie le faucon posé sur un collier d'or : Grand par la vaillance et qui frappe les Asiatiques; ce dernier terme générique définissant les ennemis traditionnels de l'Egypte.



 

     Les trois derniers petits cercles, tout comme d'ailleurs ceux au milieu du nom qui précède, correspondent à la marque du pluriel en égyptien, parfois aussi notée grâce à trois traits verticaux.

     Les deux derniers noms de toute titulature figurent à l'intérieur d'un cartouche. Le premier d'entre eux, le quatrième nom donc de l'ensemble de la nomenclature quand elle est complète, est introduit par la représentation d'un roseau, symbole de la partie Sud du pays (Haute-Egypte) et d'une abeille, personnifiant le Nord (Basse-Egypte).
 



     C'est dans ce premier cartouche qu'est indiqué le nom d'intronisation du souverain : de gauche à droite, le soleil "" que l'on note en première position dans la mesure où il s'agit d'un dieu, mais qui se lira en dernière; sous ce premier hiéroglyphe, la corbeille "neb", que l'on traduit par "maître" et enfin la représentation de la Vérite/Justice personnifiée par la déesse Maât, portant une plume sur la tête.

     L'ensemble se lit donc Nebmaâtrê et peut se traduire par "Maître de la Vérité/Justice de Rê".

     Enfin, en cinquième et dernière position, également dans un cartouche, se place traditionnellement le nom sous lequel l'Histoire, le plus souvent, a retenu le monarque. Il est précédé des hiéroglyphes du canard et du soleil (= Fils de Rê




     Nous avons, à l'intérieur de cet ultime ovale, de gauche à droite, les trois premiers signes  figurant le nom Amenhotep (Amon est satisfait) qui fut donc celui que l'enfant reçu à la naissance, suivi de deux hiéroglyphes signifiant "Souverain de Thèbes". Et pour terminer cette évocation, deux signes indiquant qu'il était "doté de vie".
     
     Immédiatement à la suite de cette inscription qu'un lapicide grava sur le plat du scarabée, sans transition aucune, apparaît le nom, lui aussi dans un cartouche, de la reine Tiy, précédé de son prestigieux titre de "Grande épouse royale" :





      L'expression se compose d'un premier hiéroglyphe, le jonc des marais, que nous avons déjà rencontré au niveau du quatrième nom et qui fait référence au roi de Haute-Egypte (noté à l'extrême fin de la première ligne de la transcription moderne reprise en début d'article), que l'on traduit ici par "royale"; du hiéroglyphe "hem" placé au-dessus du demi-pain correpondant au "T" et concrétisant la marque du féminin en égyptien classique, les deux signes ensemble se lisant "hemet" et signifiant "épouse" ; puis des dessins de la petite caille et de la bouche, se lisant "our", accompagnés, une fois encore, de la marque du féminin puisque tous ces termes se rapportent à Tiy. Ces trois derniers signes avant le cartouche se lisent "ouret" et signifient "grande".

     L'ensemble de ces six hiéroglyphes présente donc le titre accordé par Amenophis III à sa jeune femme : Grande épouse royale, tandis que dans le cartouche proprement dit se trouve inscrit le nom même de la reine Tiy (que d'aucuns écrivent parfois Tiyi ...). Le tout étant  suivi de ce que les égyptologues appellent la formule d'eulogie, sorte de souhait : "Qu'elle vive" ...


     Viennent ensuite, mais pas inclus dans un cartouche, puisqu'ils ne faisaient pas partie de la famille royale, les noms des parents de la reine; littéralement :

"Le nom de son père est Youiou"

et

"Le nom de sa mère Touiou".



     Et le texte hiéroglyphique du scarabée constituant une sorte de "carte de visite" du jeune couple de se terminer, comme je l'ai spécifié samedi dernier, par l'évocation des frontières de cette glorieuse Egypte de la XVIIIème dynastie sur laquelle Amenhotep III et Tiy allaient régner quelque 38 années avant qu'elle ne soit aux mains de leur fils, Amenophis IV/Akhenaton, de sa révolution religieuse et de ses conceptions totalement nouvelles en matière artistique.

     Mais ceci est déjà une autre histoire ...

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