Mardi 15 mai 2012 2 15 /05 /Mai /2012 00:00

 

      Tous les musées du monde qui disposent d'un espace à l'Égypte consacré, s'ils ne présentent pas une momie, gage incontournable d'afflux de visiteurs, proposent toutefois l'un ou l'autre papyrus rédigé dans l'une des écritures que connut le pays.


     Le Louvre bien évidemment ne déroge pas à la règle qui en détient un nombre important, exposés ou non : souvenez-vous, amis visiteurs, dans les vitrines 5 et 6 de la précédente salle 4, de ceux que nous avions rencontrés les 6, 13 et 20 janvier 2009, qui nous avaient permis de quelque peu mieux comprendre le régime juridique des terres, ainsi que la comptabilité administrative.

 

     Tout à l'heure, à la fin de notre rendez-vous de ce matin, il suffira de vous rendre dans la salle 6 ci-après pour, dans la vitrine 4, en découvrir un autre dont la particularité, cette fois, réside en ce qu'il consigne des remèdes médicaux.


 

Papyrus-medical-Louvre-E-4867.jpg

 

    

     Au terme de la première des huit interventions que j'escompte accorder au lait pour indiquer son importance en terre égyptienne antique, après quelques menues indications concernant sa valeur nutritionnelle en général, je vous avais promis, ici devant le fragment peint E 25515 accroché sur le mur du fond de la vitrine 4 ² de cette salle 5, d'envisager aujourd'hui, en me basant précisément sur quelques papyri médicaux dont ici j'eus déjà l'opportunité de faire allusion, sa grande utilisation dans une perspective prophylactique et thérapeutique.

 

 

     Non ! De grâce ... Tout de go, et péremptoirement, je proclame haut et fort que les lascives évolutions de Cléopâtre dans un revigorant lait d'ânesse ne sont, au mieux, qu'une belle légende dont l'art, à toutes les époques, s'empara, prétexte à dévoiler peu ou prou les charmes du corps féminin ; au pire, qu'exploitation économique, doublée parfois d'un érotisme plus que douteux, dans notre société de consommation d'une crédulité bien naïve ne faisant pas bon ménage avec la stricte vérité historique !

 

     En revanche, et c'est peut-être là qu'il faut chercher l'origine des légendaires bains de la dernière reine lagide, ce que mentionne très clairement le Papyrus Ebers, dont vous pouvez voir ci-après l'un des feuillets,


 

Feuillet-du-Pap.-Ebers.jpg

 

 

c'est que ce lait particulier - dont, je le souligne au passage, on ne connaît pratiquement rien quant à son usage alimentaire -, entrait dans la pharmacopée de plusieurs médications destinées à soigner diverses affections de la peau : comme par exemple ce mélange de gomme et de lait d'ânesse qui devait être apposé sur l'ouverture de la partie moisie d'un abcès purulent externe jusqu'à ce qu'il s'effondre de lui-même. (Eb. § 571)

 

     Puis-je innocemment faire remarquer que les termes, précis, mais guère poétiques, de ce texte égyptien, n'ont à mon humble avis jamais été empruntés par les publicitaires contemporains avant de nous dévoiler le corps d'Elisabeth Taylor ou de la sculpturale et superbe Monica Bellucci dans semblable bain ? 

 


      Dans le même recueil de préceptes guérisseurs, ce remède pour faire ouvrir la chair superficielle (comprenez : pour éliminer les gonflements de peau) dans lequel entraient également des feuilles d'acacia, mais aussi du miel, à absorber, cuit et filtré, quatre jours de suite. (Eb. § 713)

 

     Quant aux abcès internes, notamment dans l'utérus, il était conseillé de les soigner avec le lait d'ânesse dans lequel avaient été pilées dattes fraîches et à nouveau feuilles d'acacia. Ce sera laissé la nuit exposé à la rosée et versé dans son vagin. (Eb. § 819)

Cette même pathologie acceptait traitement analogue avec du lait de vache préalablement bouilli.

 

     Vous êtes évidemment conscients qu'une origine mythologique sous-tend ces notions de prophylaxie et de thérapie faisant intervenir le lait d'un animal, quel qu'il soit.

 

     Aussi, avant de nous quitter, abordons un court instant, voulez-vous, la littérature égyptienne avec un conte datant du Moyen Empire que Jean Capart intitula Les Aventures d'Horus et de Seth. Et pour l'heure, ce qu'il m'intéresse de vous en donner à lire se niche dans un extrait en rapport avec l'épisode de Seth attentant à l'oeil de son neveu Horus, geste à propos duquel, précédemment, j'attirai votre attention :

 

     ... Cependant Hathor, Dame du sycomore du sud, se mit en route et elle trouva Horus étendu et tout en pleurs, sur le plateau désertique. Elle se saisit d'une gazelle, lui prit son lait et elle dit à Horus : "Ouvre tes yeux pour que j'y mette ces gouttes de lait." Il ouvrit ses yeux et elle y mit les gouttes de lait : elle en mit dans le droit, elle en mit dans le gauche, puis elle lui dit : "Ouvre tes yeux." Il ouvrit ses yeux, elle les regarda et les trouva guéris.


 

     Ceci posé, les Égyptiens ne se contentèrent pas que de lait animal. De sorte qu'au-delà de ses indéniables qualités nutritives, celui de femmes fut par eux également convoqué dans la panoplie médicamenteuse : que ce soit par exemple pour soigner, par lavements, les douleurs anales ou, par potion, l'hématurie parasitaire ou encore, grâce à des pommades et onguents, ces abcès purulents évoqués ce matin.

 

     C'est plus spécifiquement de ce lait maternel fort prisé lui aussi sur les rives du Nil qu'il me plairait de vous entretenir, amis visiteurs, de manière détaillée, lors de notre rendez-vous du 22 mai prochain.


 

     A mardi ...  

 

 

 

(Bardinet : 1995, 332-3, 351 et 448 ; Cauville : 2011, 52-5 ; Desroches Noblecourt : 1952, 49-67 ; Lefebvre : 1988, 195 ; Ziegler, 1994 : 554-61 ; EAD. 2008 : 26-33

Par Richard LEJEUNE - Publié dans : Égypte : ô Louvre ! - Communauté : ÉGYPTO-ARCHÉOLOGIE
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