Samedi 30 janvier 2010
6
30
/01
/Jan
/2010
00:00
Sur le promontoire rocheux de Hradcany dominant Prague et la Vltava,

après que le soldat de la Garde présidentielle s'en retourne accompagné des deux collègues qu'il vient de relever, un calme relatif s'installe à nouveau : nous pouvons à présent, vous et moi, amis lecteurs, songer à leur emboîter le pas et ainsi pénétrer à leur suite dans
l'enceinte du château proprement dit.

L'imposante grille au monogramme de l'impératrice
Marie-Thérèse d'Autriche franchie, parfaitement ignorés que nous sommes par les deux gardiens géants tout occupés à terrasser un ennemi, composition baroque due au sculpteur tchèque Ignac
Platzer,
celui-là même qui a réalisé les statues ornant la façade du palais
archiépiscopal tout proche que nous avons découvert samedi dernier en effectuant notre
rapide tour de Hradcanské namesti, la place ici derrière nous, entrons enfin dans la première des trois cours successives.
Une petite précision s'impose d'emblée avant de poursuivre plus avant : vous le remarquerez au centre de la prise de vue aérienne ci-dessous :

aucune homogénéité architecturale pour caractériser l'ensemble. Et ce que, par commodité, il est convenu de nommer "château de Prague", matérialisation d'un pouvoir temporel et religieux qui
régna en Bohême pendant quasiment un millénaire, constitue en fait une succession, au cours des siècles, de nombreuses demeures, voire d'appartements, d'églises, de palais aussi dont le dernier
avatar réside dans les transformations qui ont été entreprises à la constitution de la Première République tchécoslovaque, en 1918, pour aménager des appartements attribués aux différents
présidents en activité.
De gauche à droite, sur 570 mètres de longueur : la grande aile semblant serpenter au-dessus de Mala Strana construite pour l'impératrice Marie-Thérèse d'Autriche pourrait un temps faire mentir mon assertion première concernant le défaut d'harmonie si elle n'était
immédiatement suivie par le palais Louis, la salle Vladislas, une chapelle, le palais Rozmberk, le palais Lobkowicz (en vert pâle) qui, tous, n'ont en commun que le rouge de leurs toitures
respectives. Enfin, apportant son point d'orgue à l'imposante façade, la tristement célèbre tour Daliborka, donjon carcéral quadrangulaire ainsi nommé "en l'honneur" de son tout premier prisonnier, Dalibor de Kozojedy, dont l'histoire, quelque peu
théâtralisée, fut notamment chantée dans un opéra éponyme qu'écrivit le compositeur tchécoslovaque Bedrich Smetana.
De la première cour, appelée aussi "Cour d'honneur", dans laquelle nous nous trouvions il y a quelques instants, par la porte Mathias, nous
débouchons dans la deuxième, dans l'aile sud de laquelle a été aménagée la résidence présidentielle.
C'est également dans cette aile du château, au deuxième étage très précisément, qu'après les Trois Glorieuses et son abdication, le roi de France Charles X
(1757-1836) - celui-là même qui manda Jean-François Champollion au Louvre aux fins de mettre sur pied le premier Département des Antiquités égyptiennes, - le "Musée Charles-X", selon la terminologie de l'époque -, vint passer une partie de son exil, à partir de 1832, invité par l'empereur
François Ier d'Autriche, par ailleurs neveu de la reine Marie-Antoinette : là, le roi déchu reçut notamment, avant de poursuivre sa route de banni jusqu'à Görz, (en l'Empire autrichien de l'époque,
actuellement Gorizia, en Slovénie), l'homme politique et grande
plume du Romantisme français, le vicomte François-René de Châteaubriand (1768-1848).
Vous me permettrez d'ajouter ici, dans un but simplement didactique, que c'est dans cette ville à la frontière italo-slovène, qu'atteint du choléra, Charles X mourut en
1836 et surtout, fait peu connu - sauf de la branche toujours active des royalistes français -, que c'est là, à des lieues et des lieues de Paris donc que, dans la crypte d'un couvent franciscain, ils reposent, lui, son fils (reconnu sous le patronyme de Louis XIX par les mêmes
royalistes) et l'épouse de ce dernier, Marie-Thérèse de France, fille de Louis XVI et de Marie-Antoinette précisément ; sans oublier quelques autres affins.
Mais revenons plus prosaïquement au château de Prague : sacrifiant volontairement à notre modernité, l'ancienne petite chapelle Sainte-Croix du XVIIIème siècle
- à gauche sur le cliché ci-dessus - se trouve aujourd'hui reconvertie en Office du Tourisme dans lequel, commerce oblige, il est loisible d'acheter quelques bibelots souvenirs, ainsi que les
billets d'entrée autorisant la visite du château ...
Privilégiés, escortés par une Garde motorisée, nous arrivons à présent tout naturellement dans la troisième et dernière cour où il semblerait que nous sommes, vous et
moi, officiellement attendus ...

Et c'est devant la façade de ce bâtiment hébergeant divers
bureaux administratifs de la présidence de la République et du château que nous resterons sans voix, contemplant LE joyau : la cathédrale Saint-Guy-Saint-Venceslas-et-Saint-Adalbert (nom complet la plupart du temps abrégé en Saint-Guy, ou parfois
Saint-Vitus, en latin), caractérisée, sur sa tour sud, par un toit baroque en cuivre et en forme de bulbe imaginé à la fin du XVIIIème siècle par Nicolo Pacassi.
Elle fut elevée, à partir de 1344, sous l'impulsion
première de Jean de Luxembourg dont le fils, l'empereur Charles IV tant vénéré des Pragois et dont, souvenez-vous, nous avons ensemble souvent tutoyé l'ombre un peu partout dans la ville ces
derniers mois, joua là aussi un rôle déterminant : je vous avais ainsi expliqué que ce souverain avait grandi à la cour de son parrain, le roi de France Charles IV dont il
avait d'ailleurs choisi d'emprunter le prénom.
C'est donc de ce pays qu'il fit venir Mathieu d'Arras, en réalité avignonnais d'origine, pour
effectuer et diriger les travaux.
L'édification de ce qui est devenu par la suite un chevet avec
arcs-boutants à deux niveaux et double volée, ainsi que la couronne de cinq chapelles polygonales rayonnantes, étant à peine entamée,

l'architecte français décède prématurément. C'est alors que l'empereur invite un Allemand, Peter Parler, que j'ai déjà eu l'occasion de citer à propos du pont Charles notamment, dans le but
évident de poursuivre la grandiose construction.
D'interruptions dues à différents conflits internes
que connut Prague, en passant par l'incendie de 1541 et une restauration obligée, ce vaisseau au départ gothique ne fut définitivement achevé qu'en ... 1929 ; soit près de six cents ans après le
début du chantier !

Une remarquable dentelle de pierre orne la face occidentale
datant de 1861, - d'où son appellation
"néo-gothique" - qui, dès l'abord, subjugue quand nous arrivons à l'entrée de la cour : le tympan du
portail exalte dans la pierre la crucifixion ainsi que, au registre inférieur, la mise au tombeau du Christ. Quelles que soient là nos convictions, nous ne pouvons qu'être admiratifs devant
la délicatesse du travail artistique accompli ...
Quant aux tours d'une parfaite gémellité protégeant
un gâble qui chapeaute une rosace lovée dans un arc brisé, elles s'élèvent avec inouïe élégance à près d'une centaine de mètres de hauteur.
En contournant immédiatement cette première façade, nous
sommes à nouveau grandement impressionnés par le côté sud de l'édifice, de tout autre conception, mais de facture également remarquable.

Deux détails retiendront inévitablement notre attention,
hormis les sempiternels échafaudages - clin d'oeil à Nat ...- : la Porte d'Or, bien sûr, à l'extrême droite, oeuvre du même
Peter Parler, qui constitue l'entrée officielle et surtout cérémonielle de la cathédrale, caractérisée par ses nervures dédoublées formant trois triangles curvilignes ; entrée que couronne une
mosaïque vénitienne évoquant le Jugement Dernier, récemment et bellement restaurée.

Mais c'est en levant un peu plus haut les yeux que nous
resterons cois d'admiration par rapport à la fenêtre médiane de la tour elle-même : elle se trouve en effet parée d'une splendide grille dorée d'époque Renaissance à la finesse de réalisation
qui dépasse presque l'entendement.

Le gros plan que j'ai essayé d'en réaliser ci-dessus ne
parvient pas, à mon sens, à suffisamment en rendre compte : c'est d'une grue, à hauteur de la merveille, que je soupçonne d'être finalement peu remarquée par les touristes, qu'il eût fallu que
je puisse prendre ma photo ...
C'est avec cette petite touche de regret que je mets ici et
maintenant un point final non seulement à la présente intervention, mais aussi, amis lecteurs, à la rubrique de mes amours estivales de 2009.
Il est indéniable que la raison d'être de cette quinzaine d'articles que j'ai eu le bonheur de consacrer à Prague chaque samedi depuis octobre dernier résida priopritairement dans l'envie de partager avec vous les émotions esthétiques qui furent nôtres, à mon épouse et
à moi, tout au long de ce bien trop court séjour dans la capitale tchèque : je ne sais si j'y suis souvent parvenu mais ce qu'à présent au fond de moi j'espère très sincèrement, c'est de vous
avoir, au détour d'une description, au détour d'une photo peut-être, donné envie d'aller personnellement constater de visu qu'en rien je n'ai exagéré ... Et que, surtout, par ces
modestes "reportages", je suis bien loin d'avoir eu l'opportunité de vous faire découvrir le tiers du quart de la moitié des trésors que cette ville d'art, véritable musée à ciel ouvert, cèle
encore ...
Ces prochains samedis, transition bien agréable, je vous proposerai, amis lecteurs, de ne pas tout à fait quitter la Tchéquie : j'aimerais en effet, par quelques
interventions seulement, vous sensibiliser à l'apport non négligeable dont l'égyptologie bénéficia grâce à certaines des sommités tchécoslovaques du XXème siècle ; ce sera ainsi pour
moi, Thésée des temps modernes, l'occasion, après avoir avec vous déambulé dans le labyrinthe des rues des différents quartietrs pragois, de renouer avec le fil conducteur, avec le primat de ce
blog éminemment égyptophile qui, c'est mon but, se doit de poursuivre en demeurant "EgyptoMusée" ...
Derniers Commentaires