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31 octobre 2009 6 31 /10 /octobre /2009 00:00
     Il est l'heure !


 
    Laquelle, me demanderez-vous, en scrutant le cadran hébraïque aux aiguilles tournant dans le sens inverse de celles de l'horloge qui le surplombe sur le fronton de l'ancien hôtel de ville juif ?

     L'heure de nous rendre en fait, après avoir admiré samedi dernier un autre système, astronomique celui-là, agrémentant la face sud de l'hôtel de ville de Staré Mesto, dans Josefov.
     C'est en hommage aux prises de position en sa faveur instaurées par Joseph II, à l'extrême fin du XVIIIème siècle, que ce nom fut attribué par la communauté des Juifs pragois à ce quartier.

     Quelques précisions historiques seront, je pense, ici les bienvenues pour mieux en comprendre l'origine.

     De nombreux Juifs ayant fui leur terre d'élection vivaient un peu partout dans la ville dès le milieu du Moyen Âge ; diaspora nécessitée par les mesures discriminatoires encourues depuis des siècles par cette communauté, et sur lesquelles, évidemment, il n'est nul besoin de m'attarder ici ...

     Deux ou trois points, néanmoins, pour recadrer. Au tout début du XIIIème siècle, tristes prémices, un premier concile, celui de Latran, bientôt suivi par celui de Narbonne, souhaite qu'un signe particulier puisse  différencier un Juif d'un Chrétien.

     Et en
1269, le "bon" roi Louis, le dévot Louis IX, roi de France - par ailleurs canonisé 27 ans après sa mort par l'Eglise catholique ! -, entérine ces recommandations conciliaires en intimant aux Juifs l'ordre d'arborer des détails vestimentaires distinctifs : ce seront un bonnet spécial pour les femmes, et ... le port de la rouelle - étoffe de couleur jaune (déjà) -, pour les hommes. En outre, ils devront cesser de vivre parmi les Chrétiens : le concept de ghetto était né !
Je dois toutefois à la vérité historique d'ajouter que le terme lui-même n'apparut qu'au début du XVIème siècle, dans la République de Venise.

     Les Juifs de Prague, comme de bien d'autres villes par le monde d'ailleurs, furent donc contraints soit de se convertir au christianisme, soit de se rassembler  : en l'occurrence, ici, ce sera sur la
rive droite de la Vltava, approximativement à partir de l'actuelle Place de la Vieille Ville jusqu'au méandre de la rivière, au nord, et de part et d'autre de l'artère aujourd'hui appelée Parizska, l'Avenue de Paris.

     Ils vécurent là des heures souvent sombres jusqu'au règne de Joseph II, empereur d'origine autrichienne, frère de la reine de France Marie-Antoinette, à l'extrême fin du XVIIIème siècle. Disciple convaincu des philosophes français de son temps (ce temps que l'Histoire retient sous le vocable de "Epoque des Lumières"), Joseph II entend gouverner selon les principes de la Raison. Certes, des réactions patriotiques opposées à ses intentions brideront ses tentatives de réformes. Mais il n'en demeure pas moins que les Tchèques en général - (il procède notamment  à l'unification des différents quartiers de la ville, promulgue un code civil, abolit la peine de mort, ainsi que la censure et décide de ne conserver ouverts que les couvents qui se sont donné mission d'éduquer des enfants ou de prodiguer des soins aux malades) -, et
les Juifs en particulier, vis-à-vis desquels il élimine définitivement les anciens arrêtés à connotation discriminatoire, lui seront désormais acquis.

     En outre, et ce n'est pas la moindre de ses réformes à leurs yeux : le temps de son seul règne malheureusement, les impôts furent diminués et la médiévale corvée imposée aux paysans jadis asservis et qu'il a déliés de cette mainmise remplacée par un prélèvement soit en nature, soit en argent.

     A l'origine d'une véritable amélioration de leurs conditions de vie, Joseph II fut  donc considéré, de son vivant déjà, comme un bon souverain par les Tchèques. Non seulement, ils lui consacrèrent maints poèmes et fervents chants patriotiques, mais ce quartier de la ville porte désormais fièrement son nom.


     Josefov, c'est là que je vous propose de nous rendre dès à présent, ami lecteur, après avoir quitté la  tour de l'hôtel de ville de Staré Mesto et ses centaines et centaines de touristes qui, chaque heure de 9 à 21, se massent devant les personnages qui s'animent.
Débouchons directement sur la Place de la Vieille Ville proprement dite et prenons immédiatement la direction, sur notre gauche, entre le monument élevé à la mémoire de Jan Hus et la façade blanche ouvertement baroque de l'église hussite Saint Nicolas, de la grande avenue de Paris.





     Puis, après avoir simplement léché les vitrines des boutiques de grand luxe sans en avoir poussé la porte,  pénétrons dans la petite rue de la synagogue Vieille-Nouvelle, sur notre gauche : nous sommes dès à présent au coeur même du quartier juif, devenu lui aussi, depuis quelques travaux de démolition et de reconstruction bien nécessaires à la fin du XIXème siècle, l'un des hauts lieux du tourisme pragois.




     Dissuasifs ? Je ne sais ... Quoiqu'il en soit, ils  seront quasiment la première présence que nous remarquerons en entrant dans la ruelle médiévale.
Mais peut-être ne sont-ils prévus là que pour renseigner le touriste ... ou surveiller le jeune rabbin qui a disposé je ne sais quel petit matériel sur sa table pliante ?




     Persuasif, lui ? Prosélyte ? Probalement pas ...

     Néanmoins, j'ai là assisté à une scène particulière : trois jeunes touristes, des Américains à n'en point douter, s'arrêtent devant la table et comme si c'était tout à fait logique,  - et, probablement, l'était-ce -, sans même avoir besoin de converser, l'un d'entre eux tend son bras gauche au rabbin. Celui-ci l'enveloppe, ainsi d'ailleurs que son front, de cordelettes de cuir au bout desquelles pend une petite boîte : il s'agit en fait,  comme je l'apprendrai un peu plus tard dans la journée en visitant
l'exposition présentée à la synagogue Klausen, du port des "téfilines", lanières de cuir et boîtiers noirs contenant des petits rouleaux de parchemin sur lesquels sont inscrits des versets de la Torah, ce texte fondateur du judaïsme.

     Ici, le jeune homme lira simplement ce qu'il trouvera sur la feuille que le rabbin lui tendra, tandis que ses copains resteront silencieux et dignes, entourés des touristes, nombreux, certains bêtement goguenards, qui vont et viennent dans la ruelle.

     Par décence pour cet acte religieux que je respecte, mais auquel je n'adhère point, je ne pris aucune photo et m'éloignai avant la fin de la petite "cérémonie". Peut-être, par la suite, les deux autres jeunes gens se plièrent-ils eux aussi au même rituel.

      J'ajouterai simplement que j'admire qu'à notre époque des jeunes aient encore une foi, quelle qu'elle soit ...




     En revanche, et dans la même perspective de respect, j'ai déploré trouver,  accolées en contrebas des murs extérieurs du cimetière juif, des boutiques de souvenirs exactement comme si j'étais dans n'importe quel endroit touristique du monde, commercialement et exagérément exploité.

     Mais là ne fut heureusement pas l'essentiel à retenir de ma visite dans ce Josefov que je vous propose de découvrir en détail, ami lecteur, le samedi 14 novembre prochain, après le congé de Toussaint en vigueur dans nos écoles belges ; semaine de "repos" que je vous souhaite fort agréable.

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Publié par Richard LEJEUNE - dans RichArt
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commentaires

Louvre-passion 03/11/2009 15:05


Joseph II fut un "despote éclairé" et abolit notamment le servage et la torture ce qui explique sa popularité.
Il a aussi fait venir Mozart à Vienne.


Richard LEJEUNE 08/11/2009 22:13



Entièrement d'accord avec toi : c'est d'ailleurs, sans me lancer dans un cours magistral à propos de Joseph II, ce que je voulais en quelque sorte faire passer comme
message dans cet article : une époque de grands changements sociaux attendus, appréciés par les Pragois.

Mozart à Vienne, oui, indubitablement une étape importante dans sa vie.
Mais aussi, Mozart à Prague ...  Egalement, un grand moment de sa carrière. J'y ferai allusion prochainement ...



Jean-Claude 31/10/2009 20:28


Oui, que des jeunes aient encore la foi, à notre époque, sans doute est-ce admirable.
Mais une foi en quoi ? Le concept de foi est le plus souvent rattaché aux religions, avec malheureusement toutes les dérives que ces croyances entraînent.
Si tu parles d'une foi en l'Humanité, en l'avenir de l'homme, oui, c'est admirable à notre époque de remises en question et de crises en tous genres.
Quoi qu'il en soit, il me tarde, aussi, d'aller visiter ce cimetière que tu nous promets.


Richard LEJEUNE 08/11/2009 22:05



Je pensais effectivement que, transcendés ces aspects tout à fait visuels de leur judaïsme, c'est en l'Homme que ces jeunes osaient, voulaient  croire : et là,
je les rejoins entièrement ...

D'aucuns crieront à l'utopisme le plus naïf. Peut-être. Mais si d'aventure on nous défend d'avoir encore cet espoir, que reste-t-il en guise de futur ?



J-P Silvestre 31/10/2009 18:25


A quand une pétition pour la canonisation de Philippe Pétain ou Léon Degrelle, par exemple ?


Richard LEJEUNE 08/11/2009 21:59



Vous savez, cher Jean-Pierre, dans ce monde de valeurs bafouées, plus rien ne m'étonne ...
J'ose néanmoins espérer que, jamais, il n'y aura de personnes assez déconnectées de la réalité historique pour proposer semblable "promotion" ...



Nat 31/10/2009 14:12


Est-il possible de visiter là une synagogue aisément ou bien faut-il également disposer d'une autorisation du Grand Rabbinat comme dans les synagogues en Turquie ? Peut-être en saurons-nous plus
dans deux semaines, de même que sur le cimetière juif... Patience, patience ! Tu as gardé le rythme des congés scolaires je vois, quel veinard tu es !


Richard LEJEUNE 08/11/2009 21:56



Pour ce qui concerne les synagogues du "circuit" officiel, il est en effet possible, comme tu le découvriras samedi prochain, le 14, de les visiter tout à son aise :
l'entrée est forcément payante et la plupart d'entre elles constituent en quelque sorte un espace muséal de premier choix pour une meilleure connaissance - à mon niveau à tout le moins - de
l'histoire, des moeurs et des traditions du judaïsme : bizarrement, nulle part ailleurs qu'à Prague, je n'avais eu envie de pénétrer dans cet inconnu ...

Pour une visite du vieux cimetière juif, il te faudra encore patienter une semaine de plus : mais je pense que cela en vaudra vraiment la peine ...

Quant à ta dernière remarque, je ne suis pas vraiment persuadé d'être un veinard ! Je suis simplement un retraité de l'Enseignement - et cela, déjà, est gros d'un passé que jamais je ne
retrouverai et d'un avenir qui ne me laisse plus des décennies de découvertes ...
Aussi, quand d'aventure les vacances scolaires permettent à mon épouse d'être plus disponible, tu penses bien que je "délaisse" en priorité l'ordinateur et mon blog qui m'occupent pendant la
semaine pour préférer lui consacrer, nous consacrer, le peu de temps que ses activités professionnelles nous octroient pour voyager ensemble ...



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