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18 février 2014 2 18 /02 /février /2014 00:00

 

  La police de la pensée interdit la traversée en dehors des passages cloutés de l'historiographie officielle.

 

 

 

Michel  ONFRAY

Le magnétisme des solstices

Journal hédoniste  V

 

Paris, Flammarion, 2013,

p. 11

 


 

     Mardi dernier, nous nous sommes quittés vous et moi, amis visiteurs, après nous être longuement attardés devant la table d'offrandes de Mâya et de Tamit exposée à nos pieds, sans annotation explicative de la part du Conservateur en charge de la vitrine 6 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre.

 


 Table d'offrandes -1 (© SAS)

 

 

     Nonobstant, grâce à la pugnacité de lecteurs avisés, - relisez les commentaires de François -, j'ai pu pallier ce manque et ainsi, dans un addendum inséré le lendemain, lui rendre sa situation spatio-temporelle précise.

 

     A cause de l'"excitation" du moment, vous aura peut-être échappé la promesse que j'avais pourtant faite de vous donner connaissance d'une interprétation à avancer quant à la particularité stylistique qui la place quelque peu en marge des pièces semblables que vous avez coutume de rencontrer.

 

     En effet, et en guise d'exemple comparatif, je vous avais emmenés, rappelez-vous, au premier étage, en salle 23 pour y considérer, dans la vitrine 18, un petit monument du Moyen Empire (XIIIème dynastie), mis au jour à Abydos, d'un certain Senpou (E 11573), dans le socle duquel est insérée une table d'offrandes. 

 

 

Table-d-offrandes-de-Senpou--Louvre-E-11573---c-C.-Decamp.jpg

(© C. Décamps)


     De facture tout à fait "classique", celle-ci propose la figuration de la natte de joncs ou de papyrus tressés avec, au milieu, un pain vu de face, symétriquement encadré de deux vases qu'accompagnent deux autres pains, des ronds en l'occurrence et, saillant d'un des côtés, un déversoir rectiligne destiné, grâce au sillon d'écoulement qui le traverse, à évacuer les eaux lustrales.    

 

     Parmi les différentes variantes que connut ce type d'objet funéraire au cours des quatre millénaires de l'Histoire de l'Égypte antique, - et sur lesquelles je me garderai bien aujourd'hui de m'étendre -, j'en retiendrai néanmoins une, celle qui caractérise la table qui nous occupe ici même en salle 5 : 


      Table d'offrandes -1 (© SAS)

  

l'excroissance n'est plus en rien rectangulaire.

 

     Mis à part le fait qu'elle se dégage seule d'un des côtés alors que, vous l'avez constaté avec un autre bloc semblable provenant des fouilles de Bernard Bruyère, à Deir el-Médineh, dans la première moitié du XXème siècle (E 13994), d'autres peuvent la présenter enchâssée dans un cintre de pierre : rappelez-vous celle qu'avait photographiée le Professeur JF Braduayant appartenu à Imenemipet et à son épouse Noubemtekh, exceptionnellement sortie des réserves du Louvre pour l'exposition de 2002 consacrée aux Artistes de Pharaon.

 

 

Table-d-offrandes-d-Imenemipet-et-Noubemtekh.jpg 

      

cette forme, pour l'ensemble de la communauté égyptologique, fait référence au pain traditionnel.

 

     Pour la majorité des historiens, certes, mais pas pour Michel Dessoudeix, - auteur de plusieurs ouvrages égyptologiques notamment consacrés à la traduction d'importants textes hiéroglyphiques -, que je remercie vivement de m'avoir fait l'honneur de choisir de soumettre ou non à votre entendement le postulat qui est sien concernant ce détail stylistique particulier. 

 

     J'ai beaucoup réfléchi, amis visiteurs, soyez-en assurés. Beaucoup hésité. Beaucoup revu ma documentation personnelle. Beaucoup échangé avec lui, aussi, par courriels interposés, soupesant ses arguments qu'en toute impartialité il m'a présentés à charge comme à décharge.

 

     Finalement, je me suis dit que, par honnêteté intellectuelle et quelle que soit ma propre opinion, je ne pouvais m'autoriser à faire fi de la sienne d'un revers de clavier.


     Dès lors, permettez-moi ce matin de vous l'exposer de manière succincte.

  

     Partant du principe que lui paraît extrêmement étrange un "canal" ainsi creusé au milieu d'un pain, il émet l'hypothèse qu'il s'agirait plutôt de la figuration du gland d'un sexe masculin : la rigole centrale représenterait ainsi l'urètre et l'eau lustrale qui servit à la libation des offrandes symboliserait l'éjaculation de la "Première fois", le "sep tepy" des Égyptiens, qui permit d'asseoir l'ordre du monde lors de sa création.

 

     Ajoutons à cela, poursuit M. Dessoudeix dans l'une de nos correspondances, que dans les temples, les offrandes aux dieux sur ce type de tables étaient faites au lever du jour.

     De sorte que l'on retrouve beaucoup de comparaisons avec le premier matin du monde renouvelé chaque nouveau matin ...

 

     Ainsi donc, conclut-il, la vie apportée par l'offrande d'aliments surgit de la même manière que l'acte primordial et premier parmi tous qui a donné LA vie : l'éjaculation.  

 

     Semblable supposition prêtant une connotation sexuelle à cette protubérance dans la pierre pourrait parfaitement s'inscrire dans la droite ligne de ce que sur ce blog, lors de certaines interventions de la rubrique "Décodage de l'image égyptienne", j'ai déjà eu et aurai encore bientôt l'opportunité de vous expliquer : l'art égyptien dans bien de ses composantes, eut aussi pour finalité d'assurer, par la magie de l'image, comme par celle des mots, la régénération d'un défunt dans l'Au-delà.

 

 

     Michel Onfray, encore (p. 127) :

 

     (Que) l'on cesse de mobiliser Descartes pour comprendre le fonctionnement d'une pensée africaine, voire d'une vision du monde issue du désert.

     Dès lors, une fois mis à la poubelle le "Discours de la méthode", on peut envisager une autre raison que la "raison pure" occidentale. Notamment la "raison magique", autrement dit "raison poétique", "raison fabuleuse", "raison mythologique".

Car la raison ne fut pas toujours rationnelle. Tant s'en faut.


 

    Armés de mes propos, vous disposez à présent du droit de réponse : que pensez-vous, amis visiteurs, de l'interprétation prônée par Michel Dessoudeix que je viens de relayer ?


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commentaires

jamot 18/03/2014 12:18

je viens de lire la suite des commentaires des Mrs Dessoudeix et Jean.Finalement il existe une communion(!) non négligeable entre les deux points de vue.Sur le plan d'une synthèse sommaire :1)
l'eau lustrale vient du noun( elle est donc pure) , en glissant sur l'offrande, elle imprègne celle-ci et se charge de sa substance ( au sens du XII s), le canal et le moyen de l'apporter au Dieu
qui l'accepte dans un moment privilégié court et limité ( donnée hautement aspectuelle).Une fois acceptée , cette eau perd sa connotation véhiculaire.Pour le pain , sa forme après avoir levé
entraîne naturellement une comparaison phallique ( de nos jours ou à l’époque) , le clin d’œil à la première fois (qui dut faire partie de la formation du prêtre pur )semble aller d'emblée .Donc
oui pour la "demi-vie" sacrée, oui pour le réveil de l’offrande, oui pour la rupture avec et la notion biblique ( mais aussi avec le bouthros).de toute façon , voila matière à publication.Surtout
continuer pour notre plaisir et notre enricchissement

Richard LEJEUNE 19/03/2014 08:14



     Grand merci à vous, Monsieur Jamot, d'être entré dans le cercle des commentateurs de mon article à cette forme particulière de tables d'offrandes
consacré ; et d'avoir par votre présente intervention contribué à tenter une synthèse de celles de messieurs Dessoudeix et Jean.


 


     Je suis également sensible à votre dernière phrase. 



Michel Dessoudeix 12/03/2014 01:45

Je suis d'accord avec vos point 1 à 4 car ils reprennent pour partie au moins ce que j'ai développé plus avant.

1) L'objet "chargés" ou "non chargés" :
L'offrande faite aux dieux ou aux défunts n'a pas à "être chargées" ou non. En effet, il n'y a pas besoin d'offrir une quelconque magie aux dieux car ils en sont les maîtres, c'est le don qu'ils
ont fait aux humains pour se prémunir des "coups du sort". Ils n'ont besoin d'aucun effet apotropaïque ou prophylactique, ce sont les hommes qui en ont besoin. Ceci est donc hors de propos pour ces
offrandes.
L'offrande faite vise essentiellement à communiquer l'essence vitale de l'offrande (un objet pouvant être porteur de vie pour les Egyptiens). Ne pas être "chargées" n'a rien à voir avec leur
pureté.
C'est une sorte d'échange avec les dieux (plus qu'avec les défunts, il est vrai) : ils permettent à la vie de se développer, les hommes (en fait le roi) leur redonner une part de cette vie.

2) Les offrandes étaient choisies, sélectionnées (stp) avec soin (parfois en fonction des jours, fêtes, etc.) et préparées (apr puis sspd) par des prêtres en charges de la chose, et non par des
laïcs. Il y avait donc bien un rituel de préparation, et tout le monde n'avait pas accès à ces offrandes. Ce rituel donnait une dimension à l'offrande qu'elle n'avait pas auparavant. Elle devenait
digne du dieu ou du défunt.
On se doute que dans le cas du culte funéraire, il devait y avoir un zèle moins important et tout e devait pas être respecté à la lettre, mais je parle de théorie de culte pas de sa mise en oeuvre
pratique au our le jour.

3) L'offrande ne se faisait pas n'importe où mais sur le domaine du temenos, physiquement séparé par un mur du monde extérieur (enceinte pour les temples, muret pour les tombes). La séparation
était nette, surtout dans les temples où n'entrait QUE ce qui était pur (le plus bas des prêtres devait être wab, pur).

4) Le fait que l'offrande puisse être (ré)utilisée ne lui enlève pas la possibilité d'avoir été sacrée : en quittant l'enceinte du temenos, elle redevenait ce qu'elle avait été auparavant.

5) L'eau ne vient absolument pas rendre l'offrande consommable puisqu'elle l'est déjà !! De plus, il ne s'agit pas de n'importe qu'elle eau. On n'utilisait pas l'eau du Nil mais l'eau puisée dans
les lacs SACRES, en provenance de la nappe phréatique assimilée aux résurgeances des eaux du Noun. Elle avait un caractère sacré car en provenance du Noun. Elle ne pouvait donc pas lui donner vie,
puisque par définition le Noun en est dépourvu. L'offrande EST la vie. Je rappelle que l'on offrait des bouquets montés car le mot égyptien pour bouquet a le même schéma consonnantique que le mot
vie (anx). Encore un jeu de mot.
Cette eau n'était vraiment pas faite pour faire son petit bouillon du soir !

6) Je terminerai sur la pureté nécessaire aux aliments offerts. Les animaux sacrifiés ne l'étaiznt apparemment pas dans l'enceinte : je vous renvoie à la salle des bouchers d'Abydos (de Sethy Ier)
qui n'était que rituelle (les goulots d'évacuation ne menaient nulle part).

Donc pour moi, l'offrande recevait une eau sacrée en provenance d'un milieu sans vie (comme le Démiurge), le Noun. Cette eau se chargeait de la vie contenue dans cette offrande et la restituait
magiquement, symboliquement sous la même forme que le premier acte de production de vie : une éjaculation.

Bien cordialement,
Michel.

Richard LEJEUNE 13/03/2014 07:30



     Merci à vous également, Monsieur Dessoudeix, d'ainsi poursuivre ce passionnant débat entre le Dr. Richard-Alain Jean et vous
...



Richard-Alain JEAN 11/03/2014 23:21

Je viens répondre à Monsieur Michel Dessoudeix

Merci d’approuver mes points 1 à 4.

En ce qui concerne les qualités des eaux destinées, n’oublions pas, à « revivifier » les offrandes matérielles (pains, légumes …), ou bien leurs figurations sur de la pierre ou d’autres supports
(bois, bronze, argent, or) – pour qu’elles deviennent consommables par les divinités, je crois qu’il ne faut pas risquer d’amalgamer deux notions bien distinctes pour les Égyptiens, même s’il est
vrai qu’elles sont moins claires dans le Moyen-Orient – sauf peut-être dans la Bible. À mon sens, soit les objets sont destinés à être « chargés », soit ils ne le sont pas. Quand le geste n’est pas
de nature apotropaïque, les objets ne sont pas « consacrés » ni destinés à produire un effet secondaire recherché, comme par exemple par la magie, prévenir d’une maladie (effet magique
prophylactique) ou apporter une guérison (effet magique thérapeutique). Dans le cas qui nous intéresse ici, celui des « tables d’offrandes », dont les plus augustes peuvent encore être appelées
chacune « grande de nourriture » (wr-ḏf3w), elles sont bien destinées, certes à recevoir l’offrande divine (ḥtp-nṯr) qui y sera déposée (w3ḥ) par ordre royal-sacerdotal, c’est-à-dire « pour l’usage
du dieu et à sont intention », mais elles ne sont pas plus que l’offrande elle-même « consacrées » à la divinité au sens biblique (il ne s’agit pas non plus du Saint Sacrement du NT). Elles sont
conçues pour accumuler des victuailles prêtes à être virtuellement consommées, disposées là, visibles à sont « attention ». En fait il s’agit d’un « autel de présentation » (Gabentish). Ces
présentoirs (ḥtp, puis plus tard, wḏḥw, ʿb3, ṯt) peuvent également accueillir des fleurs, ou des objets cultuels comme des versoirs, des sistres ou encore des encensoirs. Les qualificatifs « grand
» et « pur » (ʿ3 et wʿb ) souvent rencontrés à leur sujet peuvent aussi distinguer par exemple un « magasin (des offrandes) » (šnʿ). Seulement, ce garde-manger stocke des nourritures terrestres qui
seront, aussitôt le dieu rassasié de leurs effluves, distribuées aux familles qui à leurs tours s’en repaîtront, et les miettes iront aux animaux, sans plus de façons. C’est ce que je voulais dire
dans ma première intervention : en réalité cette « demi-vie sacrée » n’est valable ici que pendant le « passage » de l’objet vers la divinité, c’est-à-dire pour moi au moment « saint » où le dieu
se délecte par exemple du fumet d’une viande rôtie, ou du parfum d’un fruit bien mûr. L’eau lustrale n’est venue en fait, je dirai « qu’éveiller l’offrande », la rendre « propre » à la
consommation, surtout quand celle-ci est de pierre ( !) , ou non, mais pas « pure » au sens biblique (ce n’et pas de l’eau bénite). Encore une fois, si les offrandes sont constituées de choses
véritables, elles seront par la suite emportées et mangées par les hommes (les prêtres et leurs familles et animaux) sans autre forme de procès … et l’eau qui à pourtant fécondé leur renouveau,
sera bien destinée aux fleurs ou au jardins (ou pour faire cuire les mêmes aliments). Les encens destinés aux dieux ne sont « sanctifiés » qu’aux divers moments où leurs arômes sont « captés » par
le récepteur : c’est lui qui « rend saint » en « acceptant » le produit volatile du bout de gomme odoriférante dont la valeur antérieure n’est que « marchande », et postérieure de cendres non
récupérées (même dans les textes médicaux qui pourraient en faire de grands usages s’il y avait lieu de le faire … et la magie relève d’autres procédures). Ainsi, eau, lait, vins, ne deviennent pas
des « reliques » après utilisation de leur substrat, seule une partie symbolique de leur substantifique moelle est réputée avoir effleuré « à l’aller » « et sans retour » direct l’entité – qui à la
rigueur secondaire et éloignée daignera éventuellement « écouter », dans certains cas bien précis mais non formulés dans ces actes précis (si non que de nourrir les « goûts » divins, ou d’aider à
maintenir l’Osiris N selon les sens des formules écrites). En somme, les offrandes en question ne sont pas de « saintes espèces », et on ne peut considérer comme « lieu sacré » ce qui s’y rattache
– un peu comme autrefois dans les églises les « vases sacrés », les objets « consacrés », « les huiles saintes », « l’eau bénite » – je n’ai pas lu de cérémonie particulière consistant à rendre pur
des parties d’offrandes qui auraient été malmenées comme par exemple des miettes d’hostie consacrée tombées sur le sol (plusieurs pages dans un Rituel Romain). Ainsi, je ne crois pas qu’une table
d’offrandes corresponde à un « tabernacle » juif ou chrétien, et une offrande égyptienne (dans son esprit) à une viande calcinée, une huile sainte, ou une « présence réelle » (ou une fraction de) :
il me semble qu’ « il ne faut comparer que ce qui est comparable ». Pardonnez moi d’avoir été trop long mais l’on pourrait développer cette problématique à loisir ( !)

Bien cordialement,

Richard-Alain

Richard LEJEUNE 13/03/2014 07:23



     Merci, Richard-Alain d'ainsi poursuivre ce passionnant débat entre Michel Dessoudeix et toi ...



Etienne Rémy 11/03/2014 00:29

Je recopie ici mon hypothèse formulée sur DDchampo.

Est-ce qu'une fois que l'eau lustrale a touchée les offrandes, elles ne pourraient pas symboliser une éjaculation sortant du pain phallique et symbolisant ainsi le sep tepy, l'éjaculation du
démiurge Atoum.
Le parallèle avec le Noun et l'eau lustrale est bien possible aussi.

Egypto-cordialement,
Etienne.

Richard LEJEUNE 11/03/2014 09:13



     Tu as eu tout à fait raison de "rapatrier" ici ton intervention sur notre Forum, Etienne. Elle fournit ainsi un élément de réflexion
supplémentaire à nos si intéressantes discussions ...


 


     Pour ma part, je pense maintenant qu'une étude approfondie de ces tables d'offrandes bien spécifiques serait la bienvenue : avis lancé à des
égyptologues qui me liraient, car personnellement, je n'escompte pas l'entamer, estimant qu'au seul niveau de mon blog, tout ce qui pouvait être débattu l'a été ...


 


     Immense, immense merci à vous tous qui y avez contribué ... 


 



christiana 08/03/2014 18:30

Que d'arguments à lire, que de retard à combler et pourtant, devant ce débat auquel je m'abstiendrai de prendre part car je ne me sens aucune compétence pour le faire, je ne peux qu'être
admirative... et perplexe...
C'est vrai qu'à Pompéi, les objets phalliques sont légions. J'ai pu visiter le cabinet secret des érotiques du musée d'art et d'histoire de Naples et les phallus sont mis à toutes les sauces, si
j'ose m'exprimer ainsi et c'est vrai qu'ils portent chance et symbolisent la vie alors pourquoi pas en Egypte?

Richard LEJEUNE 10/03/2014 09:29



      Merci pour cette intervention, Christiana, qui rappelle effectivement la présence de phallus dans la culture gréco-romaine.


 


     Je voudrais aussi attirer l'attention de certains lecteurs dubitatifs sur le fait qu'il ne faut pas oublier - Diodore de Sicile, Plutarque et
Hérodote nous les ont abondamment décrites - qu'existèrent en Égypte antique déjà diverses "cérémonies", ressortissant peu ou prou à un culte du phallus.


 


     Ainsi, dans son ouvrage D'Isis et d'Osiris, Plutarque, nous décrit-il la procession de la
représentation d'un Osiris triplement membré ... 



Michel Dessoudeix 07/03/2014 18:52

J'ai oubli de parler du côté "théologie".
Vous mettez des réserves géographiques et temporelles. Certes, mais il faut prendre en compte que les premières tables (Ancien Empire) sont liées à la noblesse, qui était pour son immense majorité
basé à Héliopolis et Memphis. De plus, les théologies (Héliopolis, Hermopolis, Memphis) ne se contredisent en aucun cas car elles ne décrivent pas le même moment de la création. Au contraire, elles
sont strictement complémentaires et décrivent un enchaînements des faits fort rigoureux. Lequel enchaînement aboutit à la création de la vie par un premier "acte sexuel", la masturbation.
Une fois de plus, je n'utilise pas les réinterprétations tardives (surtout pas, dirais-je) et les différences géographiques pour les époques classiques n'aboutissent pas à des contradictions ni à
des versions concurrentes.

Richard LEJEUNE 08/03/2014 10:53



     J'ai pris bonne note de ces propos complémentaires, Michel, et espère qu'il en sera de même dans le chef de Richard-Alain Jean, absent jusqu'à ce
dimanche, je crois ...


 


     Ainsi, envisagera-t-il de répondre globalement aux deux commentaires que vous lui avez laissés.



Michel Dessoudeix 07/03/2014 18:42

Bonsoir M. Jean,
comme vous le dites, il faudrait faire une éude sur un nombre de tables bien plus iportant, c'est certain. Il faudrait également tenir compte des hiéroglyphes. Mais, je me permets de reprendre
quelques points :
1) l'eau lustrale perdant son importance après avoir glissé sur les offrandes : pour moi, c'est tout le contraire. Il faut bien séparer le monde privé du royal. Mais oublions un instant ce "détail"
(qui n'en est pas un). Lorsque l'offrande arrive sur la table, c'est qu'elle a été purifiée ou qu'elle est considérée comme telle. Elle est une offrande au dieux. Celui-ci va l'accepter et s'en
nourrir par son essence. Elle est donc, en un sens, entrée en contact avec le dieu. L'eau, en glissant sur l'offrande, se chage de sa substance, de son essence, de son énergie, de sa vie (s'il
s'agit d'une plante, d'un légume ou d'une viande). C'est elle qui apporte cette essence au dieu. Comment pourrait-on imaginer que cette eau puisse être comparée à une eau usagée, sale, impure dans
un lieu et une circonstance où la pureté est la règle absolue ! Donc, pour moi, l'eau lustrale prend son importance APRES avoir touché l'offrande. AVANT ce n'est que de l'eau.
2) les hiéroglyphes : ils ne reflète qu'un état de fait de la table. Ne comprenant pas vraiment cette table, nous avons forcément des difficultés à interpréter le signe hiéroglyphique.
3) Cette interprétation ne repose en aucun cas sur une réinterprétation tardive, au contraire. Les exemples sont assez anciens. De plus, je le redis, car pour moi c'est un élément inhérent à la
pensée égyptienne, l'un n'empêche pas l'autre car les Egyptiens procédaient très souvent de la métonymie, de l'analogie et du jeu de mot / jeu d'image.
4) La forme du pain : c'est un élément que j'avais en effet souligné (sans parler de levure, son emploi n'étant pas complètement assuré). La forme du pain pouvait dès l'origine mimer un
phallus.

Pour les points que vous développez de 1 à 4, je ne peux qu'adhérer.

Bien cordialement,
Michel.

Richard LEJEUNE 08/03/2014 10:49



     Merci à vous, Michel, d'ainsi répondre au docteur Jean.


 


     Dois-je vraiment souligner à nouveau que ces échanges entre amateurs passionnés d'égyptologie que sont mes visiteurs traditionnels - et moi, tout
le premier - et savants avérés comme M. Jamot et Richard-Alain Jean, scientifiques, et vous, philologue, ne peuvent que me ravir ?


 


     Sans oublier que tous, vous  apportez un incontestable regard neuf au sein de mon modeste blog ...



Richard-Alain JEAN 07/03/2014 14:28

Pour ma part je ne suis pas très sûr de cette interprétation qui me laisse perplexe, – ou bien s’agit-il d’une « relecture » tardive ?

- En effet, si l’on considère que la libation est faite en amont et qu’elle y a donc sa valeur magique, la partie située en aval perd immédiatement de son importance. C’est la raison pour laquelle
George Fischer n’hésite pas à utiliser le mot « égout » pour désigner le canal d’évacuation des eaux lustrales, liquides qui se trouvent en quelque sorte « usés » après emploie et dénués de tout
effet rémanent dans un contexte mortuaire (il ne s’agit pas ici d’une stèle apotropaïque).

Il faudrait étudier beaucoup plus de tables d’offrandes et à toutes les époques, mais si l’on regarde les écoulements on les trouvera situés d’une façon indépendante du pain X2 (ta) placé sur sa
natte d’offrande pour former le signe R4 (hetep). On peut même les trouver encastrés. Une cupule latérale à bec verseur peut aussi être ajoutée sur le côté … etc.

- Cependant, l’argument théologique construit autour du sep-tepy pourrait être recevable de plusieurs façons différentes :

1) Pour celles qui sont déjà avancées, mais avec la double réserve géographique et de relecture plus tardive ? car nous savons que les théologies locales peuvent varier dès lors qu’elles
s‘éloignent quelque peux du pouvoir central purement égyptien (retour au contexte africain à Méroé par exemple).

2) Ensuite, je connais au moins de mémoire un exemple d’objet de lustration, mais en bronze cette fois, et qui se présente sous la forme (sans aucune contestation possible) d’une situle phallique.
De plus, son bec est en forme de tête de lion, ce qui nous ramène probablement à Méroé.

Il existe aussi en Égypte des situles ornées avec un lotus à la base et même pour certains un téton. On pourrait de cet fait penser à une superposition thématique tardive.

3) Nombre de « liquides » peuvent être désigné par mw (eau, eaux, liquide amniotique, sperme, urine, venins, poisons, médecines …) le liquide séminal n’est donc pas à exclure immédiatement. Il peut
être sollicité par la « main du dieu », ou par délégation hathorique par une « vierge de non acte » (au sens égyptien).

4) Le pain figurant sur la natte peut être issu d’un moule ouvert, comme une brioche, et sa forme supérieure indique par conséquent qu’il a monté. Cela veut dire qu’il contient de la levure, un
produit vivant capable de se régénérer seul comme je l’ai longuement décrit à propos des bières et des képhyrs en Égypte.

Voici donc pour le moment l’état de ma réflexion à ce sujet fort intéressant mais qui demanderait une étude plus approfondie.

Richard LEJEUNE 08/03/2014 10:40



     Merci Richard-Alain d'être entré dans "l'arène".


 


     Comme Michel Dessoudeix, j'aurais tendance à complètement adhérer à la dernière partie de tes propos en quatre points.


 


     Je présume qu'à ton retour, fin de ce samedimanche ensoleillé, tu auras plaisir à répondre aux deux commentaires qu'il a laissés après avoir lu
le tien ... 



jamot 27/02/2014 09:22

Messieurs bonjour , en rentrant de siéger à Paris , j'ai trouvé vos addenda.Il semblerai en effet que j'ai une attirance particulière pour le travail fait et publié en Belgique; je me souviens
d'avoir tanné C. Obsomer pour avoir son DVD avant même sa sortie.Mon gout pour la linguistique est particulier: la phonologie ne me passionne pas trop , par contre ,réfléchir sur les processus
ideatoires qui ont présidés à la mise en place des données sémantiques et syntaxiques , voila un champ de recherche qui me parle ,c'est un point de vue original pour appréhender la vie
intellectuelle et son évolution depuis les premiers pictogrammes jusqu'au Textes des Pyramides comme le raconte si bien Bottero dans une publication de 1982 dans son domaine si specifique. Bien
cordialement votre.

Richard LEJEUNE 27/02/2014 09:45



     Merci pour vos réponses, monsieur Jamot, dans ces échanges avec M. Dessoudeix qui me ravissent ...



jamot 24/02/2014 23:26

Monsieur Dessoudeix, l'avantage de l'age, c'est qu'il permet de dire ce que l'on pense sans avoir à tenir compte d'une quelconque orthodoxie.je suis un amoureux de l’écriture ( non plutôt de la
linguistique) et des livres, donc bien sur des auteurs mais cinquante années de neurosciences et de comportementalisme m'ont amené à rechercher au delà de l’écrit, la pensée conceptuelle du
locuteur.Il y a eu beaucoup de déceptions devant des manques criants d'imagination mais aussi quelques plaisirs esthétiques profonds.Mes commentaires sur le blog de Monsieur LEJEUNE et vos
propositions représentent donc ce plaisir de l'esprit.J'ai eu les mêmes relations épistolaires avec Marcel OTTE et son livre " à l'aube spirituelle de l'humanité" .C'est tres agréable de se sentir
redevable vis à vis d'un auteur lorsqu'on se plonge pour la Nieme fois dans un ouvrage bien connu mais qui continue d'apporter cette sensation de familiarité et de nouveauté.Bonne soirée dans
l'attente de la suite du blog et d'un nouvel ouvrage rejouissnt

Richard LEJEUNE 26/02/2014 07:34



     Vous citiez précédemment Jean Winand et Michel Malaise, voici maintenant Marcel Otte ...


 


     Auriez-vous, Monsieur Jamot, vos entrées privilégiées chez nos Professeurs à l'U.Lg.  ?


 


     A vous deux, grand merci pour ces échanges qui ne peuvent qu'être bénéfiques à tous ...


     Richard


 


 


 


ADDENDUM


26 février, 15, 53 H.


 


Message de Michel Dessoudeix


 


M. Jamot, je vous remercie infiniment
de ces mots très aimables à mon encontre. Si vous avez pu retirer un quelconque intérêt de cette discussion (ou de mes écrits), j'en suis tout à fait comblé. Cela provient peut-être du fait que
je ne fais pas partie du sérail comme on dit et que ma formation est toute différente. J'écris ce que je ne peux pas acheter...


 
Bien que scientifique "dur", je
m'intéresse particulièrement à l'écrit (c'est malheureusement tout ce qui nous reste des Anciens Egyptiens) et donc à la linguistique moi aussi. Il s'agit du miroir des civilisations et des
cultures. J'aime à penser comme M. Lejeune qu'il ne faut pas se contenter de ce qui a été écrit en égyptologie et le reprendre sans y revenir régulièrement. L'égyptologie évolue, les pensées et
modes de visions également (nous ne pouvons plus décrire l'Egypte ancienne comme on le faisait au temps de Mariette). Je crois qu'il faut oser l'hypothèse, le bouleversement parfois, pour
provoquer le mouvement (bien que les personnes ne faisant pas partie dudit sérail n'en provoquent que peu car dédaignées...).


Je l'avais constaté lors de la
traduction du Speos Artemidos d'Hatshepsout. Je ne retrouvais pas ce que je lisais, strictement partout et à longueur de pages (au sujet des Hyksôs, notamment). C'est ce qui a motivé les
Lettres Egyptiennes.


 
Je ne me donne qu'une limite, mais de
taille, ne jamais bâtir d'hypothèse(s) sur une autre hypothèse. J'émets une hypothèse concernant le dévidoir des stèles, mais je ne vais pas plus loin. Indémontrable à 100% (pour le moment, en
tout cas), ce serait ridicule. D'autant que, pour amoindrir cette vision, voir une partie du sexe masculin n'empêche pas vraiment l'allusion au pain (pour moi c'est un sexe qui peut rappeler un
pain et non le contraire). Les Égyptiens étaient très friands de jeux de mots, d'allusions et d'analogies. Pourquoi pas ici ? La forme ressemble aux pains représentés vraiment comme tels, soit.
Mais ne s'agit-il pas de pains auxquels on a donné expressément la forme d'un sexe ? Je le redis : la sexualité (et non le sexe, qui est affaire d'intimité) était primordiale dans la culture et
la religion égyptiennes.


 
Bien cordialement,
Michel Dessoudeix.

Bien amicalement à vous, M.
Lejeune,
Michel.


 


      A vous deux, grand merci pour ces échanges qui ne peuvent qu'être bénéfiques à tous ...


     Richard






jamot 24/02/2014 09:28

J'ai oublié de vous dire tout le plaisir que je trouve à la lecture de vos articles; vivant loin du Louvre j'ai vraiment l'impression de le parcourir de nouveau , merci. De même j'aimerai dire à
vos lecteurs de lire les Lettres Égyptiennes de Mr Dessoudeix.En plus de leur intérêt propre, l'intelligence de la présentation en fait une lecture agréable, précise , enrichissante et montre par
son coté didactique la qualité de la réflexion qui a présidée à leur élaboration ( la dernière fois que j'avais fait ce type de remarque c’était avec le Malaise et Winand)Bien à vous

Richard LEJEUNE 24/02/2014 09:55



     Merci à vous pour ce codicille bien agréable à lire.


 


     Je partage bien évidemment votre appréciation des deux volumes des Lettres égyptiennes de Michel Dessoudeix, dont j'ai sur le Forum d'égyptologie que nous fréquentons lui et moi, déjà eu l'opportunité d'indiquer
tout le bien que j'en pensais.


 


     Je suis certain de ne pas trop m'avancer en vous écrivant que la comparaison que vous établissez avec la grammaire de Jean Winand et Michel
Malaise - qui furent deux de mes professeurs voici déjà un quart de siècle à l'Université de Liège -, ne pourra que lui agréer.


 


ADDENDUM


Lundi 24 février, 21,28 H.


 


     Bonsoir M. Jamot





     Avec son plein assentiment, permettez-moi de vous adresser ce soir le message qu'en privé Michel Dessoudeix m'a fait parvenir après avoir pris
connaissance de vos propos de ce jour.


 


     Bonsoir M. Lejeune


 


     J'ai bien suivi la progression des commentaires. Et depuis, je me sens moins seul dans cette vision des tables d'offrandes. Comme quoi, il faut
toujours s'ouvrir aux autres, quitte à ne pas être suivi, ce qui n'est pas grave.





     Le commentaire de M. Jamot me fait énormément plaisir (on s'en doutera) car c'est surtout le côté didactique qui a été souligné. Pour le
professeur que je suis (pas uniquement de hiéroglyphes !), cela me conforte car c'est vraiment le point que j'avais décidé de développer. Cela me réconforte également car en écrivant un livre, on
vit des moments de très grands doutes voire de solitude. Je ne peux donc que remercier chaleureusement M. Jamot de ces aimables paroles !


 


     Concernant la présentation, elle doit beaucoup à Aude Gros de Beler qui a eu une bonne vision globale des livres.


 


     Bien cordialement,


     Michel Dessoudeix. 



jamot 24/02/2014 00:00

loin de moi , l'idée de disserter sur les mérites respectifs des uns ou des autres.Ce qui m'importe c'est le coté cognitif dans le cadre des capacités à s'abstraire de sa pensée de base , de ses
raisonnements habituels pour envisager un point de vue autre et pouvoir ainsi appréhender un questionnement sous tous les angles possibles et envisageables.Et donc si l'on parle de Freud, Jung ,
Adler ou LevyStrauss,que voyons nous? le plus ouvert est Jung .Sa vision de l'anthropologie, de l’archéologie, en plus de son esprit médical lui ont permis une plasticité ( même si tout n'est pas à
prendre au pied de la lettre)novatrice pour cette époque et font qu'il reste toujours une référence non pas sur les idées pures mais sur la façon de procéder sur une donnée inhabituelle, sur la
mise en place de raisonnement innovants.Voila pourquoi en archéologie , en neuroscience Jung garde une estime certaine chez les professionnels.

Richard LEJEUNE 24/02/2014 07:17



     Grand merci à vous, Monsieur Jamot, d'avoir pris la peine à une heure aussi tardive de répondre à mon questionnement.


 


     Votre mise au point me donne envie d'en savoir plus encore à propos de Jung.


Il faudra qu'un jour je prenne le temps de le découvrir vraiment. De le lire, en fait ... 



jamot 23/02/2014 11:26

Comme toujours lorsque l'on cherche à comprendre une personne ou une réalisation dont les bases de pensée , de conception, sont éloignées des nôtres , il convient de faire une abstraction complète
de nos présupposés.Et ceci est difficile car du fait de nos apprentissages , de nos fondamentaux culturels et cultuels nous émettons, dans l'une des zones de notre cerveau ( partie ventromediane du
cortex préfrontal droit), à chaque raisonnement ce que nous appelons une copie d'efference qui est là pour nous indiquer si notre hypothèse ne va pas à l'encontre des pensées générales de
l’entourage dans lequel nous baignons.Ceci explique ce qui peut , pour certains, paraître choquant dans cette hypothèse du phallus et de son urètre; le sillon balano-preputial bien dégagé
(n'oublions pas la fréquence de la circoncision),l’évocation en 2D de la forme en cloche du gland en érection (Je dois avouer qu'à la vue de la représentation ce fut pour moi ma première pensée) et
puis le rôle de la première fois dans la cosmogonie égyptienne.Soyons Jungiens et non Freudiens.

Richard LEJEUNE 23/02/2014 12:04



     Merci Monsieur Jamot pour ce commentaire pointu : avec les termes de votre discipline, non seulement vous corroborez parfaitement les propos de
tous ceux qui auraient tendance à suivre Michel Dessoudeix dans son intéressante hypothèse mais également la phrase de Michel Onfray que j'avais choisie en
guise d'exergue à intervention de ce mardi.


 


     Si mes études de philosophie et mes lectures m'ont amené à entrer dans l'univers freudien - univers magistralement déconstruit en 2010 par Michel
Onfray, encore lui, dans son "Crépuscule d'une idole" et l'Apostille au crépuscule" qu'il fit suivre quelques mois après suite aux tirs nourris d'Elisabeth Roudinesco, elles ne
m'ont pas permis de connaître Jung aussi profondément. Très loin de là, d'ailleurs !


Et je vous avouerai que, de moi-même, je n'ai pas vraiment cherché à dépasser le stade de leur mésentente qu'évoqua Peter Gray dans sa biographie de Freud.


 


     De sorte que, ne comprenant malheureusement pas ce à quoi vous faites allusion dans votre dernière phrase, il me siérait que vous m'éclairiez
quelque peu ... 



Etienne Rémy 21/02/2014 00:42

Bonsoir,
je n'ai qu'un mot: PASSIONANT!

Merci à tous les intervenants, Merci Richard pour nous avoir offert une telle offrande sur le beau plateau qu'est ton site!!!
Merci encore pour avoir suivi ma proposition, sur que tu sauras étancher ma soif sur ce sep tepy!

Passionnément,
Etienne

Richard LEJEUNE 21/02/2014 07:15



     Merci à toi, Etienne, pour cette gentillesse qui, ici et sur notre Forum, émane toujours de tes propos ...



François 20/02/2014 22:29

J'adore !!!

D'abord, merci à Richard : tu m'as fait par ton article me pencher sur les tables d'offrandes comme je ne l'avais jamais fait auparavant !

Grâce à toi j'ai découvert des tas de formes et de styles de tables d'offrandes, c'est passionnant !

Merci à Michel Dessoudeix de nous livrer cette interprétation du "déversoir" des tables, interprétation qui, je l'explique plus loin, me décomplexe...

Merci à Hemou que je sens bougonner en lisant ce sujet.


A mon point de vue, si l'on coupe un de ces appendices et qu'on le montre hors contexte à 100 personnes, une énorme majorité partagera le regard proposé. Une telle similarité ne peut que sauter aux
yeux, et il y a longtemps que, personnellement, et un peu honteusement, peut-être, j'y voyais moi aussi un zizi...
Et je me disais que je devais être un peu étrange de ne pas vouloir y voir un pain...
Sans aucune autre interprétation que cette simple similitude de forme, pour reprendre un propos de Michel : ça me paraissait évident, parce que culturel...

Voir quelqu'un partager ce regard me fait bien plaisir, même si j'ai bien conscience que ce n'est pas dans le droit fil du canon égyptologique !

Maintenant, je suis bien incapable de comprendre comment se fait le transfert de la natte et du pain vers un réservoir de vie et son viril dispensateur...
Quel glissement sémantique conduit de l'un vers l'autre ?
Qu'est-ce qui dans les textes pourrait justifier cette transformation ?

Là je fais confiance à Michel pour trouver des pistes...
Je ne suis qu'un humble amateur incapable de lire les textes et plus encore d'en comprendre le sens caché...

Mais tout ça est passionnant !

Et pour la suite et le sep-tepy, je sais maintenant que Richard nous en expliquera le sens sur son blog (mais il nous faudra encore attendre mardi.

Ithyphalliquement !

François

Richard LEJEUNE 21/02/2014 07:13



     Merci François. Merci Monsieur Dessoudeix. Merci aussi à mes amis venus du Forum d'égyptologie : votre participation effective, votre
enthousiasme, votre engouement, vos recherches, vos réflexions, vos commentaires me touchent énormément et me stimulent.


 


     Je réapprends en vous apprenant : du pur bonheur qui devient plus tangible encore chaque mardi.


 


     Et certains oseraient le terme "routine" ??



Hemou 20/02/2014 22:13

C'est l'absence de textes et d'indices sur les tables qui me fait rester sur le pain.
Avec toutes les tables d'offrandes de toutes les époques, pas une allusion au sexe alors que le signe de l'offrande s'impose de lui même.
En plus je suis pas très "symbolique" comme garçon .

Pour les représentations vues du dessus ou de face, quand même tu connais l'art égyptien mieux que moi .
Chacun restera donc sur sa position, mais c'est quand même intéressant.

Michel Dessoudeix 20/02/2014 22:19




Le problème, c'est que les Égyptiens l'étaient, eux, symboliques !


La symbolique du lotus tenu par un fils dans les représentations (de l'AE notamment) n'apparaît
pas non plus dans les textes, cela ne nous empêche pas d'en connaître la portée. Nous sommes l'époque du post-it qui permet (l'époque pas le post-it) d'avoir des propos de la plus haute
profondeur et des écrits de la plus innommable bêtise...


Les Égyptiens étaient moins prolixes sur ce qui leur paraissait évident, parce que culturel. La
plupart des connotations sexuelles n'apparaissent dans aucun texte. C'est l'une des grandes difficultés des représentations égyptiennes (j'évite le mot art) : des lectures à plusieurs niveaux
selon le degré de connaissance et d'initiation de celui qui les contemple.






Je me trompe peut-être mais c'est le jeu de la recherche, émettre des hypothèses et
les confronter à tous les arguments possibles. En l'état, pas mal d'arguments me font douter du pain, aucun pour le sexe masculin. Mais un membre trouvera probablement un ou plusieurs arguments
qui détruiront complètement cette interprétation.


De là naîtra pour moi (en tout cas) davantage de connaissances !!



Hemou 20/02/2014 22:03

Pour moi il s'agit juste d'une adaptation en pierre des tables de la VI dynastie ou la protubérance existe déjà :

http://www.mfa.org/collections/object/model-offering-table-140615

Michel Dessoudeix 20/02/2014 22:06



Tout d'abord, le fait de dire que c'est une adaptation de ce qui existait auparavant n'apporte rien
puisqu'on en reste au même point qui est de savoir ce que représente la "protubérance". De plus, la photo me convainc encore davantage qu'il ne s'agit pas d'un pain : un pain à l'horizontale est
difficile à imaginer, alors qu'un élément phallique... On retrouve ce que je dis sur "egyptomusee" concernant les conventions 2D et 3D.



Hemou 20/02/2014 21:49

Le 19 Fév 2014, 17:07

Hemou a écrit :


Je préfère nettement l'explication du pain sur natte , présente à toutes les époques et surtout symbolisant l'offrande et la satisfaction :

http://www.metmuseum.org/Collections/search-the-collections/550781?rpp=20&pg=2&ao=on&ft=offering+table&pos=30
La natte est ici représentée .

François 20/02/2014 21:57



    Le 19 février 2014, à 18:27, François répond à Hemou :


 


Certes, Hemou, elle est souvent présente, et souvent dans le corps même de la table...


Mais si l'on prend cette table du Met, il est difficile de voir à quoi correspond le canal d'évacuation, puisqu'il n'est relié à aucun réservoir.

Celle que montre Richard (http://img.over-blog.com/600x396/1/88/5
... Decamp.jpg ) comporte bien la natte et le pain, avec de surcroît le déversoir "péniforme"...

Ne pourrait-on pas envisager que cette "déformation" stylistique du "bec verseur" puisse avoir une signification nouvelle à partir d'une certaine époque...
La symbolique, dans la table méroïtique que je propose sur le site de Richard (http://www.insecula.com/oeuvre/photo_ME0000086498.html )
semble bien montrer que c'est la vie qui est appelée à se déverser dans ce canal... Mais je répète, ce doit être le fruit d'une évolution, et peut-être d'un changement de vision de l'objet tant
la variété à travers le temps de ces "tables d'offrandes" est grande :

Ici un éventail de ces formes (et une table de sennedjem que j'ai découverte!) en cherchant des images pour ce sujet :
http://www.eternalegypt.org/EternalEgyp
... btypes=yes

Sans être totalement convaincu, j'avoue avoir souvent pensé que cet "appendice" des tables d'offrande avait quelques similarités avec les représentations du sexe masculin, et que la proposition
de M. Dessoudeix me séduit assez...



Etienne Rémy 18/02/2014 18:40

Le Fameux Sep Tepy!

Théorie concevable, mais avec tout le respect que j'ai pour M.Dessoudeix, sur quelles bases/sources se base t-il?

Dans les textes je suppose, mais lesquels?

Le sep tepy est bien mystérieux, cela mériterait plusieurs semaines d'articles qui me passionneraient, car que sait-on vraiment de cette éjaculation primaire?

Moi, pas grand chose...

Richard, si tu peux nous faire un topo...

Mystérieusement,

Etienne

Richard LEJEUNE 20/02/2014 20:49



     Je ne sais, Etienne, si Michel Dessoudeix peut t'indiquer l'une quelconque source littéraire étayant son hypothèse. 


 


     Quoi qu'il en soit, et pour tenter d'apporter réponse à ton questionnement concernant le sep tepy, la "Première Fois", j'escompte
complètement changer mes plans aux fins d'évoquer ce sujet au cours de notre prochain rendez-vous, le mardi 25 février.


     L'idée me sied.


     Encore un petit peu de patience, donc.


 


     Merci à toi de me l'avoir suggérée par tes propos. 



Carole 18/02/2014 12:21

Moi, je n'en pense rien, ne disposant pas des connaissances nécessaires. Mais je pense que ce qui est vraiment merveilleux, c'est qu'on puisse attacher assez d'importance à une pierre ancienne pour
débattre ainsi de son sens. C'est cela, peut-être, la quotidienne régénération du (vieux) monde.

Richard LEJEUNE 19/02/2014 10:43



     Et je crois sincèrement, Carole, que le bonheur, il est là, aussi !



PASSION SCULPTURE 18/02/2014 11:36

devant tant de spécialistes, je ne peux que m'incliner, écouter et ADMIRER. MERCI

Richard LEJEUNE 19/02/2014 10:38



     Comme tous ici, Maryvonne, vous avez l'opportunité si pas d'avoir un avis circonstancié sur ce sujet précis, à tout le moins, d'avancer un
argument ou de poser l'une ou l'autre question susceptible de faire progresser le débat ...  


 


     Merci, déjà, pour votre "admiration".



François 18/02/2014 08:59

Pardon d'avoir omis de spécifier que cette table est nubienne et inscrite, sauf erreur, en méroïtique, mais n'est-ce pas tout de même plus que significatif ?

Richard LEJEUNE 20/02/2014 20:42



     Tes propos, François, si je les comprends bien, me semblent accréditer l'hypothèse de Michel Dessoudeix ou, à tout le moins, lui prêter un
certain crédit.  



François 18/02/2014 08:52

Inévitablement, cette forme est bien évocatrice...
Et l'on ne peut que partager le regard de M. Dessoudeix.
Pour ce qui est de sa vision, la discussion sur l'évolution de la forme de l' "aspersoir" est ouverte.
- Pourquoi avoir attendu tant de temps pour ainsi "personnaliser " cet élément ?
- Quelle évolution de la pensée aurait conduit à ceci ?
- Cette représentation correspond peut-être à une évolution de l'art versant vers plus de "naturalisme" ?

En tous cas, je verse au dossier cette table :
http://www.insecula.com/oeuvre/photo_ME0000086498.html
dans laquelle le don de vie ne fait aucun doute !!!

Amicalement !
François

Richard LEJEUNE 20/02/2014 20:39



     Grand merci à toi, François, d'avoir esssuyé les plâtres : voici la réponse que m'adresse en privé Michel Dessoudeix. Le débat entre vous reste
évidemment ouvert.


 


Bonjour et merci M. Lejeune de partager ici cette discussion que nous avons eue ensemble.


Tout d'abord, je tiens à souligner deux points :


1) je ne prétends pas être à l'origine de cette interprétation ;


2) je ne désire convaincre personne. C'est une vision personnelle, même si elle est basée sur des éléments concrets.


 


Pourquoi une réinterprétation si tardive en un élément phallique ? 


La question se pose dans les mêmes termes s'il s'agit réellement d'un pain : pourquoi le dévidoir rectiligne réapparaît-il sous la forme d'un pain si tard dans
l'utilisation de la table d'offrandes ?


Le Nouvel Empire (surtout la seconde moitié de la XVIIIème dynastie) a été l'époque de grands bouleversements dans la pensée philosophico-religieuse (même si je sais
que "philosophie" est un anachronisme pour l'époque). 


Nous sommes dans le mouvement de jeux de mots, de connotations, de rappels et d'allusions qui ont été développés dès cette époque.


 


Pourquoi une évolution vers le sexe masculin ? 


Il est impossible de répondre directement. Toutefois, dans la vision de l'époque la création naît de l'acte de pensée et la vie naît de l'acte sexuel. La sexualité
ne doit pas être considérée sous son aspect d'acte jouissif mais d'acte (pro)-créateur.


On rejoint alors la référence au sep-tepy, la "Première fois". 


Sans faire le tour des différentes théologies, lors de la création, après son acte de pensée entraînant ipso-facto la séparation d'avec le Noun, Râ-Atoum, qui
devient alors le Paouty (littéralement : celui qui a commencé), a initié la création par l'acte de masturbation qui donna le premier couple divin. Cet acte est personnifié
par la main du démiurge Iousâas : Elle vient et grandit. Le nom est évocateur.


 


D'autres éléments m'ont poussé à ne pas interpréter le dévidoir comme un pain :


- un pain est souvent déjà présent sur le dessus de la table, il y a donc redondance (cela n'aurait pas gêné les Égyptiens, me direz-vous, certes, mais c'est un
élément de plus) ;


- l'allusion au signe hetep : pourquoi, alors que l'on est dans le monde 3D, continuer à représenter le pain dans le même plan que le dessin des offrandes
2D sur le dessus de la table, en reprenant justement les conventions 2D pour du 3D ?


- comme l'a mentionné M. Lejeune, un canal dans un pain ? Étrange, à tout le moins !


- sa ressemblance avec le pain ? Qui donc est l'œuf et qui est la poule ? Le pain n'aurait-il pas cette forme pour ressembler à un phallus (ou une partie)



Rappelons que nous ne sommes pas au sein d'une culture judéo-chrétienne ! 


A Pompéi, on a longtemps écrit qu'il y avait plus de bordels que de boulangeries. 


Idiotie : le phallus est un signe qui porte chance, un signe de bonne fortune. 


On en dessinait partout pour appeler cette fortune.


- les dieux ne consommaient pas les aliments proposés, ils se sustentaient de leur essence. L'eau lustrale qui servait à la libation pouvait ainsi passer par le
canal du dévidoir et mimer une éjaculation, acte de création s'il en est !


 


J'oublie sans doute encore quelques éléments qui m'ont poussé à cette interprétation...


 


Bien cordialement,


Michel Dessoudeix



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