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26 février 2011 6 26 /02 /février /2011 00:00

 

Momie-de-Ramses-II.jpg

 

 

     Donnant suite au commentaire que m'adressa un fidèle lecteur la semaine dernière et à la réponse que j'y apportai, j'ai pensé opportun d'interrompre aujourd'hui notre cheminement dans les Maximes (dites) de Ptahhotep qui devait plus spécifiquement nous amener à découvrir la première d'entre elles, pour vous proposer un petit excursus que je voudrais consacrer à la notion de vieillesse chez les Egyptiens de l'Antiquité.


 

     Jadis, l'on savait que l'on contenait sa mort comme le fruit son noyau, écrivait en 1910 le poète pragois Rainer Maria Rilke (1875-1926) dans son unique roman, les Cahiers de Malte Laurids Brigge.

 

     Toute l'histoire de la littérature du monde, de la philosophie à la poésie, toute l'histoire de la médecine, toute celle de la peinture et finalement tous les arts en général se sont à un moment ou à un autre, d'une manière ou d'une autre intéressés à la mort, partant, à la vieillesse.

 

     En présentation de son remarquable essai éponyme (La vieillesse, Paris Gallimard, 1970), Simone de Beauvoir - qui, dans ses Mémoires ne s'est pas privée de narrer avec force détails, parfois sordides, la sienne et celle de son compagnon Jean-Paul Sartre -, se pose une première question philosophique : Les vieillards sont-ils des hommes ?

 

     A laquelle, d'emblée, elle répond : À voir la manière dont notre société les traite, il est permis d'en douter. Elle admet qu'ils n'ont ni les mêmes besoins ni les mêmes droits que les autres membres de la collectivité puisqu'elle leur refuse le minimum que ceux-ci jugent nécessaire ; elle les condamne délibérément à la misère, aux taudis, aux infirmités, à la solitude, au désespoir. Pour apaiser sa conscience, ses idéologues ont forgé des mythes, d'ailleurs contradictoires, qui incitent l'adulte à voir dans le vieillard non pas son semblable mais un autre. Il est le Sage vénérable qui domine de très haut ce monde terrestre. Il est un vieux fou qui radote et extravague. Qu'on le situe au-dessus ou en dessous de notre espèce, en tout cas on l'en exile (...)

 

     Me permettez-vous une petite confidence : ce monumental ouvrage de quelque 600 pages dont très récemment je viens de relire l'essentiel, quarante ans après sa parution, à la différence de votre serviteur, n'a absolument pas pris une seule ride ... Tout au plus, alors qu'est étudiée la vieillesse dans les sociétés antiques, fait-il complètement l'impasse sur la civilisation égyptienne : la philosophe évoque la Mésopotamie, la Bible, les Grecs, les Romains, poursuit avec le Moyen Âge et les siècles qui nous ont immédiatement précédés, mais de la sénescence sur les rives du Nil, point !

 

     Convoquant tout à la fois Léonard de Vinci, dont les sanguines, les dessins à la plume et à l'encre sur pointe de métal de visages et de corps de vieillards constituent un des joyaux de la  Biblioteca Reale de Turin ; mais également quelques savants qui se sont penchés sur le sujet : au IIème siècle de notre ère, le médecin grec Galien dont les prescriptions d'hygiène furent adoptées en Europe jusqu'au XIXème siècle, ou Avicenne, scientifique perse du XIème siècle qui s'intéressa plus particulièrement aux troubles mentaux et aux maladies chroniques des vieillards, ou encore le bruxellois André Vésale qui, au XVIème siècle, permit à la science anatomique d'avancer d'un pas de géant grâce aux dissections dont il était le maître incontesté, Simone de Beauvoir rappelle que dans les civilisations antiques, en ce compris l'Egypte, la médecine se confondit avec la magie et qu'il faudra attendre Hippocrate, médecin grec ayant vécu à la fin du Vème siècle et au début du IVème avant notre ère pour prendre conscience que la maladie et le vieillissement constituent le produit d'une rupture de l'équilibre des quatre humeurs entre elles que sont, selon Pythagore, le sang, le phlegme, la bile jaune et l'atrabile.

 

     Si, pour Hippocrate, la vieillesse, qu'il fut le premier à poétiquement comparer à l'hiver, commençait à 56 ans, le doxographe grec Diogène Laërce note au paragraphe 58 du Livre VIII de son célèbre ouvrage Vies et doctrines des philosophes illustres (Le Livre de Poche, Paris, Librairie générale française, 1999) que le sophiste Gorgias de Léontini - celui-là même qui fit l'objet d'un des célèbres dialogues de Platon -, aurait vécu 109 ans ! (Vraisemblablement de 485 à 376 avant notre ère.)

 

     Si, comme je l'ai précisé dans la réponse que j'ai faite au commentaire de J.-P. Silvestre que j'évoquais d'emblée ce matin, s'agissant du même rhéteur au paragraphe V, lignes 13-15 de son De Senectute, Cicéron l'ampute de deux ans - Gorgias de Léontium, son maître, accomplit sa cent septième année, et jamais il ne renonça à l'étude ni au travail -, là ne me semble pas être vraiment l'essentiel : 107 ou 109 ans, qu'importe en réalité, ne voilà-t-il pas simplement la preuve que l'on pouvait atteindre un âge très avancé dans l'Antiquité ?

 

     Avec un petit effort, je puis même "pousser" jusqu'à 110 ans pour arriver en terre pharaonique.

 

      Je ne sais si le Sage vénérable auquel tout à l'heure faisait allusion Madame de Beauvoir était ce vizir Ptahhotep que prit pour modèle et caution littéraire, quatre siècles après sa mort, le lettré égyptien qui composa les Maximes. Toujours est-il que, pour une raison qui n'a pas encore été élucidée, les Egyptiens avaient quant à eux fixé à 110 ans le terme idéal d'une vie heureuse.

 

     Il semblerait que ce choix soit tout à fait arbitraire puisque ce nombre n'apparaît jamais dans la littérature qu'uniquement assorti du mot "années".

 

      Si tous les habitants des rives du Nil, vous vous en doutez, furent loin de connaître une telle longévité, beaucoup en revanche, amoureux de la vie, espérèrent qu'en fonction des circonstances ayant émaillé la leur, ils pouvaient y prétendre.


      Ainsi nous est-il donné de lire sur une statue d'Amenhotep fils de Hapou, architecte personnel d'Amenhotep III, père d'Akhenaton : J'ai atteint 80 ans, comblé des faveurs du roi ; j'accomplirai 110 ans !

(Il serait mort approximativement peu après ses nonante ans.)

 

     Approximativement car, ne sachant ni lire ni écrire ni compter, bien malin celui qui aurait pu, à l'époque déterminer précisément son âge, partant, laisser à ce sujet des traces écrites pour la postérité. Et seul celui approximatif de certaines personnalités peut actuellement être estimé par les égyptologues après un calcul assez compliqué dans la mesure où l'on comptabilisait les années en fonction du règne d'un souverain en exercice : an 1 de tel pharaon, an 2 et ainsi de suite jusqu'au décès du roi ; et le comput recommençait avec l'intronisation du monarque suivant : an 1 du nouveau pharaon, an 2, etc. Beau casse-tête pour ceux qui vécurent sous le gouvernement de plusieurs d'entre eux ! 

 

     Ceci posé, les avancées technologiques de notre époque en matière d'imagerie médicale ont maintes fois permis de constater, notamment dans la nécropole de l'Est à Deir el-Medineh, que des hommes et des femmes du village des ouvriers avaient été inhumés là aux alentours de 75 ans. Et d'ailleurs, même si les codes inhérents à l'art funéraire imposent de représenter les défunts avec un corps jeune d'aspect, à plusieurs reprises le détail de la teinte des cheveux - qu'ils soient blancs, gris ou poivre et sel -, parle en faveur d'un échelonnement des âges voulu par les artistes.  

 

     En fait, le nombre 110, cliché bornant la possibilité maximale de longévité humaine, représentait dans les modes de pensée la récompense accordée par les dieux et/ou le pharaon à tout être qui avait mené une vie juste. Il ne faut donc absolument pas le prendre au pied de la lettre mathématique !


      Il constituait aussi un "compliment" que les zélateurs adressaient volontiers à un supérieur : Que l'Amenti (c'est-à-dire le Bel Occident, la demeure des morts, là où reposent les Justes) te soit accordé sans que tu aies ressenti la vieillesse, sans que tu aies été malade. Puisses-tu accomplir 110 ans sur terre, tes membres restant vigoureux, ainsi qu'il doit être fait à un béni comme toi, quand son dieu le récompense, peut-on lire sur le Papyrus Anastasi III. Ou, plus "égoïstement," un souhait pour soi-même, comme sur la statue du second prophète d'Amon Hornakht et de son épouse, monument référencé A 128 dans les réserves du Musée du Louvre où à deux endroits est gravée la formule pour que le dieu lui assigne l'Amenti après une vie de 110 ans. Comme à tout homme juste, précise la seconde injonction.    

 

     Ce stéréotype chiffré de la littérature sapientiale sous-entendait donc que l'on espérait devenir un vieillard privilégié par son souverain, un vieillard qui avait connu une existence juste et heureuse, un sage qui faisait autorité et à qui l'on demanderait conseils et préceptes pour soi-même jouir de semblable vie terrestre ...

 

     De sorte qu'on le rencontre volontiers dans l'un ou l'autre texte égyptien : ainsi, dans un des contes inscrits sur le Papyrus Westcar est-il fait allusion, à la cour du roi Chéops, à un magicien du nom de Djédi qui, âgé de 110 ans, toujours bon pied bon oeil et surtout bon estomac, mange cinq cents pains et, comme viande, une moitié de boeuf, et boit cent cruches de bière encore aujourd'hui ; sans oublier bien évidemment, dans les dernières lignes de l'épilogue des Maximes (dites) de Ptahhotep : Ce n'est pas peu de chose ce que j'ai fait comme temps sur terre : j'ai passé cent dix années de vie que m'a données le roi.


 

     Quant aux autres, les nombreux autres, épuisés par le travail du sol ou au service d'Etat, ils n'avaient évidemment pas l'occasion de passer un aussi long temps sur terre. Mais comme eux aussi aimaient  profondément la vie, il ne leur resta qu'une seule solution : faire en sorte, grâce à certaines pratiques rituelles, que ce qui les attendait dans l'Au-delà fût à la mesure de leur espérance ici-bas.


 

 

 

(Lefebvre : 1944, 106-19 ; ID. : 1988, 81; Meskell : 2002, 111)

 

 

 

ADDENDA

 

 

    Les campagnes de fouilles menées tout au long du XXème siècle par diverses missions internationales dans de nombreuses nécropoles à travers l'Egypte ont mis au jour des sépultures de toutes sortes dont les occupants ont été minutieusement examinés de manière à affiner les études paléodémographiques toujours en butte à des blocages dus à un certain nombre d'impedimenta inhérents tout à la fois à la conservation des corps inhumés, aux pratiques culturelles des anciens Egyptiens eux-mêmes, sans oublier - et ce n'est pas le moindre des obstacles - la relative imprécision des méthodes à la disposition des scientifiques aux fins de déterminer l'âge exact du décès d'une personne adulte.

(Le problème est évidemment tout autre quand il s'agit d'enfants dans la mesure où la croissance des os du squelette retrouvé varie jusqu'à un certain âge, constituant dès lors un marqueur anatomique de première importance.)


    Pour établir l'âge au décès d'un corps momifié -  ou d'un corps retrouvé simplement mis au jour dans une tombe en excellent état de conservation comme celles découvertes dans certains secteurs prédynastiques (IVème millénaire avant notre ère) -, les égyptologues ont emprunté à d'autres savants versés dans la science démographique des schémas d'analyse qu'il n'est pas inintéressant ici d'évoquer : même si cet addenda paraît quelque peu technique, il  me permettra d'apporter quelques précisions à la réponse que, ci-dessous, j'ai rapidement fournie à la question posée par Nat.

    Pour les périnataux, c'est-à-dire la tranche constituée par les foetus d'au moins six mois jusqu'au nouveau-nés n'excédant pas une durée de vie de 28 jours, soit un mois lunaire, mais aussi pour les enfants, je viens d'y faire rapidement allusion ci-avant, c'est la mesure des ossements qui est prise en compte. A laquelle, pour ces derniers, il faut aussi ajouter les stades de calcification et d'apparition des dents.

    Au niveau des adolescents et des jeunes adultes - sachant que les dernières composantes squelettiques à se souder ne le font qu'entre 25 et 30 ans -, c'est le degré de maturation osseuse qui autorise le calcul.

    Par la suite, cela se complique : il est en effet  malaisé de déterminer l'âge exact d'un adulte au moment de son décès parce que sa croissance s'arrête définitivement  aux environs de ses 30 ans et que le processus de vieillissement qui l'altère n'est pas nécessairement en relation avec son âge. N'avons-nous pas tous rencontré non seulement des gens qui "ne faisaient pas leur âge" et d'autres qui, tout au contraire, paraissaient bien plus vieux ?

   
    Voici donc, en plus de celles déjà signifiées,  les raisons pour lesquelles, à Nat, je me suis permis samedi d'indiquer d'emblée dans ma réponse à sa question sur l'existence d'éventuelles statistiques concernant l'Egypte, qu'elles étaient impossibles à réaliser avec la précision que notre siècle serait en droit d'attendre ...

 

 

 

(Coqueugniot/Crubezy/Herouin/Midant-Reynes : 1998 ,127-9)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Mort et Au-delà ...
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commentaires

Carole 15/06/2012 11:44

Juste un mot sur le livre de S. de Beauvoir : je trouve non seulement qu'il n'"a pas pris une ride", mais même qu'il est de plus en plus actuel, après une période où l'on aurait pu croire à des
améliorations dans nos sociétés dites développées. Ce constat est bien sûr amer...

Richard LEJEUNE 15/06/2012 17:25



     Je suis bien évidemment en accord avec vous !



un voyageur qui passe 01/03/2011 20:18


Le vieillissement et la mort préoccupent l'homme depuis toujours.
Vous venez de faire un très bel article... mais qui me rempli de mélancolie... tous ces gens qui avant nous sont passés sur terre et tous les autres qui viendront après nous... ça donne le
vertige...


Richard LEJEUNE 02/03/2011 14:42



     Plus tous ceux qui, peut-être d'une autre galaxie, nous regardent vivre et mourir depuis des millénaires en ne comprenant pas la raison pour
laquelle nous n'avons pas encore mis au point un élixir d'éternité ...



Jc Vincent 27/02/2011 23:46


Oui, cette superbe laideur m'envoûte, depuis que tu l’as présentée ici ... Peut-être faudrait-il que l’on réussisse à aimer admirer le laid ? J’y parviens ...

Autre réflexion : je ne sais s'il pensait à la momie de Ramsès II, à son propre visage ou à sa vie après la mort, lorsque cette « vieille canaille » de Gainsbar (dont le profil, lien à l'appui
ci-dessous, ressemble étrangement à celui de Ramses), disait : "La laideur a ceci de supérieur à la beauté qu'elle ne disparaît pas avec le temps."...

http://minederien.typepad.com/blog/images/gainsbourg_profil.jpg


Richard LEJEUNE 28/02/2011 07:53



     La dichotomie entre ces deux notions abstraites et antithétiques que sont le beau et le laid
constitue un vaste débat philosophique qui remonte au Socrate si laid et pourtant à l'âme si belle que les dialogues de Platon nous ont transmis ; débat qui a
traversé toute l'histoire de la pensée occidentale, à tout le moins chez ceux des philosophes qui, comme Kant notamment, dans la dernière de ses trois "Critiques" (Critique de la faculté de
juger), ont accordé un pan de leur réflexion au jugement esthétique.


En débattre ici serait évidemment fastidieux ; on en reparlera un jour de vive voix si cela t'intéresse ...


 


      Pour ce qui concerne les profils de Ramsès II et de Gainsbourg, au-delà des millénaires, le nez busqué des deux hommes leur donne
effectivement un petit air de ressemblance ...



Jc Vincent 27/02/2011 08:30


Bel article, très intéressant, et introduit par ce profil de la tête de Ramses II qui m'impressionne ! Je l'observe depuis hier et je le trouve superbe, splendide, envoûtant même ...

Je vois qu'il provient de Wikipedia. Si tu en découvrais, d'aventure, une copie émanant d'une autre source, et de qualité numérique supérieure, préviens-moi ...

J'en ferais bon usage je crois.

A bientôt.


Richard LEJEUNE 27/02/2011 11:23



     Que tu en fasses bon usage, je n'en doute pas une seule seconde ! 


En revanche, qu'après les remarquables dessins des superbes bas-reliefs thébains de la XVIIIème dynastie qui, à mes yeux à tout le moins, constituent un des fleurons
de ton exposition au Centre Culturel de Theux,
tu te tournes vers une momie m'épate vraiment et confirme, si besoin en était encore, l'éclectisme et l'audace de certains de tes choix d'inspiration.


 


     S'il est vrai que ce visage momifié peut nous apparaître, à toi comme à moi, particulièrement envoûtant, je doute qu'il le soit pour tout le
monde.


Ceci posé, après l'atlante du Palais du
Marquis des Deux Eaux, d'une superbe laideur, si ce sujet t'inspire, il n'y a aucune raison que tu boudes ton plaisir ...


 


     Je n'ai malheureusement pas trouvé sur le Net un cliché plus précis ...



Tifet 26/02/2011 19:35


En Occident des progrès ont été faits c'est vrai mais l'inégalité est flagrante même au niveau de la vieillesse, l'isolement existe, et de plus en plus, alors que dans ces pays comme l'Egypte, les
"vieux" restent dans les familles et sont le plus souvent dans la même maison que les enfants, les petits enfants, j'aime à penser qu'il en était de même du temps des Pharaons.......


Richard LEJEUNE 27/02/2011 08:33



     Je pense effectivement que vous avez raison, Tifet : si, dans certains domaines, légère amélioration il y a eu, Simone de Beauvoir aurait
encore à constater bien des points sombres ...


Raison pour laquelle j'ai écrit que son étude, à mes yeux à tout le moins, était  dans l'ensemble toujours d'actualité et n'avait pas pris une
ride. 



J-P. Silvestre 26/02/2011 18:26


D'après votre relation, cher Richard, il me semble que 110 ans ne faisait pas référence à une durée de vie réelle mais plutôt à un objectif non mesurable, à peu près inaccessible et, probablement,
excessif. Un peu comme aujourd'hui on dit, par exemple, d'un importun qui s'incruste : "ça fait 107 ans qu'il nous embête !"


Richard LEJEUNE 26/02/2011 18:33



     C'est exactement cela, Jean-Pierre et votre exemple est parfaitement judicieux !



Louvre-passion 26/02/2011 16:47


Ce qui est intéressant dans ton article c'est le fait de parler de la perception de la vieillesse dans une autre civilisation. Dans notre civilisation on vit certes plus vieux et en meilleure santé
mais on occulte les notions de vieillesse et de mort. L'idéal étant d'être toujours jeune et en bonne santé. Or il me semble que c'est une erreur, quand les gens arrivent au seuil du grand âge et
de la fin de vie ils sont ainsi démunis.


Richard LEJEUNE 26/02/2011 18:02



     Evoquer la vieillesse sous d'autres cieux et à d'autres époques, c'est le but même du remarquable ouvrage de Simone de Beauvoir que j'ai
d'emblée évoqué ; avec la seule restriction, comme je l'ai souligné, qu'elle n'envisage bizarrement pas l'Egypte quand elle traite des sociétés antiques !


D'où mon désir de quelque peu "combler un manque" (en toute immodestie ! )


 


     Plus sérieusement : occulter les notions de vieillesse et de mort constitue effectivement une volonté de ces dernières années et, partant,
une manière de transcender nos peurs !  On refuse de se préparer à vieillir, à voir nos capacités d'amenuiser, a fortiori, à mourir ! Et c'est, tu as parfaitement raison de le
souligner, une grave erreur de jugement ...



FAN 26/02/2011 15:30


la longévité en Egypte ne devait pas être plus longue qu'ailleurs, personnellement, je pense que les fameux "110ans" était une expression. Cela devait être une manière de se rassurer! Pour le
comptage en prenant l'âge de naissance avec le pharaon en place, c'est sans compter les batailles et l'usure des ouvriers à édifier les pyramides!!Le régime "Crêtois" n'étant pas encore connu en
Egypte!!Si Simone de Beauvoir vivait encore en 2011, elle aurait révisé ses dires!! En Occident, des progrès ont été fait afin de respecter la "vieillesse"!!On ne va plus mourir comme les
inuits,loin de tous en silence!!Ma foi, c'était une coutume assez sage que de partir pour le repos éternel!!Pas de restes matériels,juste laisser la transmission de la sagesse par la parole!!On ne
peut vivre 110 ans en pleine forme, c'est aberrant, même avec la fameuse "hormone de croissance" à la mode!!Seul le diamant est éternel!! Vieillissons sans crainte,et, avec notre "bâton de
vieillesse" avançons vers la simplicité! BISOUS FAN


Richard LEJEUNE 26/02/2011 17:55



Bien évidemment que 110 ans constituent un cliché, comme je l'ai écrit dans ce billet.


 


     En revanche, je ne crois pas du tout que Simone de Beauvoir "aurait révisé ses dires", comme vous le pensez, Fan, car il reste encore bien
des inégalités devant la vieillesse . Un exemple : à moins qu'en France, le système soit différent mais n'avez-vous jamais été interpellée par le fait que les médicaments que l'on retire des
listes de ceux remboursés en partie par la Sécurité sociale concernent essentiellement ceux que les personnes âgées , souvent financièrement affaiblies, ont le plus besoin ?? En Belgique, en tout
cas, c'est une constatation que malheureusement j'ai déjà faite !


 


     Quant à l'hormone de croissance et autres "âneries" du genre, je pense vraiment qu'elle ne sert qu'à rassurer les riches et à enrichir les
usines pharmaceutiques !



Nat 26/02/2011 12:38


Merci pour ton explication bien détaillée.


Richard LEJEUNE 26/02/2011 12:59



     Trente-trois années d'Enseignement, cela laisse des traces ...



Alain 26/02/2011 12:01


Je me demande bien dans quel état physique pouvaient être ces personnes qui parvenaient à des âges aussi avancés ?


Richard LEJEUNE 26/02/2011 12:24



     Identiques, probablement, à celui que l'on peut encore parfois voir de nos jours avec certains centenaires dans nos pays occidentaux ou,
plus certainement, dans les Balkans et en Russie ...



Nat 26/02/2011 09:24


Existe-t-il des statistiques plus ou moins précises quant au nombre de ces "anciens" selon les périodes de l'histoire pharaonique avec les tranches d'âge ?


Richard LEJEUNE 26/02/2011 12:22



     Bien sûr que non ! Ces statistiques sont impossibles à réaliser.   


     N'oublie pas, Nat, que, comme je l'ai d'ailleurs rappelé dans mon intervention de ce samedi, seule une certaine frange privilégiée dont les
égyptologues ont retrouvé traces leur permet  de se prononcer ; et encore, avec une approche imprécise.


 


     A la plus grande partie de la population étaient "réservées" les fosses communes ! Donc, aucune représentation picturale sur les parois
d'une tombe, aucun mobilier funéraire, aucun document écrit ... 


Dès lors, pour l'Histoire, point de statistiques possibles ...  


 


     Ce que l'on sait en général de la vie en Egypte dépend essentiellement de ce qu'en disent l'élite et les fonctionnaires de cour. La
population ne sachant ni lire ni écrire  n'a donc laissé aucun document à même de nous éclairer.





     Une petite exception toutefois, les ouvriers de Deir el-Medineh, au Nouvel Empire,  qui ont laissé une masse considérable d'ostraca
figurés ou inscrits permettant aux égyptologues de lever le voile sur leur vie quotidienne. Mais il s'agit là d'une époque bien circonscrite dans l'histoire pluri-millénaire de la civilisation
égyptienne, et pour une classe sociale tout à fait particulière.


 


     Avec les dernières dynasties de Basse Epoque, et les dominations successives des Perses, des Grecs et des Romains, la documentation à
disposition est évidemment plus abondante. Mais cela constitue une autre approche de l'histoire ...



etienne 26/02/2011 01:09


merci richard!
encore un excellent article de plus sur un sujet très peu traité il me semble!
mais je peu me fourvoyer là-dessus.
savait-on si les enfants s'occupaient de leurs parents ayant atteint la vieillesse?

en tout cas encore merci pour vos conférences virtuelles si enrichissante!


Richard LEJEUNE 26/02/2011 11:23



     Oui, Etienne. Il apparaît nettement dans la documentation que les Egyptiens désiraient avoir des enfants - mâles, essentiellement - pour
qu'ils soient le soutien de leurs vieux jours, un "bâton de vieillesse" en quelque sorte (rappelez-vous mon récent article à propos de Ptahhotep) ; mais aussi, valeur fondamentale pour eux dans la conception
qu'ils avaient de la vie dans l'Au-delà, pour assurer leur culte funéraire, en apportant régulièrement, par exemple, les offrandes alimentaires dont ils auront besoin pour leur vie
post-mortem ...


 


     Si la vie sociale des Egyptiens vous intéresse, puis-je vous suggérer de lire l'excellente étude de Lynn MESKELL, Vies privées des
Egyptiens. Nouvel Empire 1539-1075, parue en 2002 aux Editions Autrement, dans la collection "Mémoires" ? (Couverture et prix ici.)


 


 



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