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17 octobre 2011 1 17 /10 /octobre /2011 23:00

 

     La fonction exacte de ces ravissantes cuillers est toujours controversée. Elles sont souvent considérées comme des récipients ayant contenu différents produits solidifiés, fard ou onguent, alors que pratiquement aucune n'en a conservé de traces dans le cuilleron. On leur attribue parfois un rôle plus symbolique, les considérant plutôt comme des objets de culte appartenant au mobilier funéraire des particuliers.

 

 

     Sylvie Guichard

 

Les Portes du ciel.

Visions du monde dans l'Egypte ancienne


Catalogue d'exposition au Musée du Louvre, Paris, 2009

p. 172, notice 141

 

 

      Associée à moult recherches personnelles en vue de préparer ce dossier "surprise" que je vous avais récemment promis, la récente lecture d'un ouvrage allemand datant de 1967, Der verzierte Löffel : seine Formgeschichte und Verwendung im alten Ägypten [La cuiller ornée : historique de sa forme et utilisation en ancienne Égypte]

 

 

Couverture.jpg

 

 

que m'a fait parvenir François, l'ami niçois qui tout au long des dernières vacances estivales, du 9 juillet au 27 août, vous a emmenés à la découverte de "son" Louxor, m'invite dès ce matin, dans le cadre de la rubrique "Décodage de l'image égyptienne", à reprendre à nouveaux frais la thématique d'une très ancienne intervention dédiée aux charmantes et plus qu'élégantes petites cuillers égyptiennes ornées que nous avions rencontrées en mai 2008 quand nous nous trouvions encore en salle 3 du Département des Antiquités égyptiennes du Louvre, et que bien des égyptologues ont indistinctement - et erronément - intitulées "cuillers de toilette", "cuillers à parfum", "cuillers à onguent", "cuillers à fard".

 

     Aux fins d'y apporter un certain nombre de précisions notoires, quatre rendez-vous nous seront bien nécessaires pour comprendre non seulement l'importante symbolique qu'elles véhiculent mais également la raison de leur présence dans le mobilier funéraire.  

 


     Remontons à présent quelque peu le temps, voulez-vous ?

Si, aux pages 69 et 70 de sa Notice descriptive des Monuments égyptiens du Musée Charles-X, Jean-François Champollion (1790-1832) les avait pourtant déjà classées sous la rubrique Ustensiles et instruments du culte et non pas, quelques pages plus loin, sous celle des ustensiles de toilette, il nous faut bien reconnaître qu'au point de départ, c'est à lui que l'on doit cette terminologie de "cuillers à parfum" qui fit florès de nombreuses années durant, voire  même encore aujourd'hui dans l'esprit de beaucoup se contentant d'ânonner ce qu'ils ont lu une fois dans un vieil article, sans malheureusement prendre soin de reconsidérer la question à la lumière d'éventuelles nouvelles découvertes archéologiques.

 

     Parce que dans le cuilleron de l'une d'entre elle, au British Museum, il fut analysé la présence d'un onguent parfumé, d'aucuns les prirent pour des objets qu'utilisaient quotidiennement les belles et riches Égyptiennes, essentiellement à la fastueuse XVIIIème dynastie, pour parfaire leur aspect physique lors de leur toilette matinale : ce ne serait donc pas pur hasard si, dans le viatique funéraire exhumé lors de fouilles, ces cuillers côtoyaient peignes, miroirs, pots à onguents et autres étuis à kohol.

 

     C'est d'ailleurs probablement la raison pour laquelle, en 1972, l'égyptologue française Madame Jeanne Vandier d'Abbadie, tout en s'interrogeant néanmoins sur leur exacte destination, publia celles que l'on peut admirer au sein de ce département dans un ouvrage intitulé Les objets de toilette égyptiens au Musée du Louvre alors que, cinq ans auparavant, sa consoeur allemande, le Dr. Ingrid (Gamer)-Wallert, que pourtant elle cite dans sa bibliographie, les avait elle aussi étudiées et, dans le catalogue raisonné qu'elle avait publié, estimait qu'elles devaient être perçues en tant que cuillères à offrandes.

 

     Les conclusions qu'avançait ce Professeur de l'Université de Tübingen dans son étude étaient donc très claires et la communauté scientifique ne pouvait décemment plus - sauf à ne pas l'avoir lue ! -, accréditer la théorie dès lors devenue obsolète qui voulait qu'on les considérât destinées à un usage uniquement profane.

 

     D'autant plus que deux égyptologues belges - qu'il eût suffi de lire attentivement - avaient eux aussi apporté leur pierre de touche : en 1928, déjà, Jean Capart, qu'il n'est sur ce blog plus besoin de présenter, jugea le terme "cuiller à fard" probablement très inexact, lui préférant objet ayant servi aux sacrifices ; et, en 1962, Pierre Gilbert, dans Couleurs de l'Egypte ancienne, surenchérit, p. 40, en les considérant comme un objet qui touche au rituel. Et de poursuivre : Il semble que l'on consacrait des objets de ce genre, destinés à contenir une offrande précieuse (baume, encens ?), pour écarter une menace ou pour rendre grâce de l'avoir écartée.

 

     Madame Wallert quant à elle, relevait, à l'appui de ses propres conclusions, la présence de certaines cuillers dans le mobilier funéraire de tombes masculines et même d'enfants - il n'était plus dès lors question d'un usage exclusivement féminin ! -, et insistait également sur le fait que d'autres avait été exhumées de certains dépôts de temples, rejetant ainsi catégoriquement l'usage profane qui leur avait été attribué.

 

     Pis : sur les parois murales de nombre d'hypogées thébains, sur celles de certains monuments religieux, on pouvait en voir, peintes ou gravées, placées dans la main d'un défunt ou d'un de ses serviteurs qui, indéniablement comme le prouvaient les textes, offrait de l'encens à une divinité. 

 

     Il appert donc, de manière incontestable à mes yeux, qu'il faille définitivement les considérer comme des ustensiles à finalité cultuelle, des ustensiles d'offrande, que ce soit celle de la myrrhe ou celle du vin, ces produits étant nommément indiqués sur des exemplaires mis au jour.

 

     Cela posé, pour ce qui concerne la destination de ces pièces caractéristiques de l'Art égyptien dit "industriel", à propos aussi de leur symbolique sous-jacente, les égyptologues qui les ont plus spécifiquement étudiées ne se sont pas toujours, loin s'en faut, exprimés d'une seule et même voix : certains d'entre eux, en effet, conviennent qu’elles ont pu servir dans des cérémonies religieuses, pour les fumigations, voire même pour participer, au sein du temple, au rituel journalier de la toilette du dieu ; d'autres expliquent qu'elles font partie intégrante du mobilier funéraire déposé dans une tombe de manière à magiquement assurer à son propriétaire une éternité post-mortem la plus agréable possible.

 

     Un pas nouveau fut encore franchi quand, en 1975, Richard A. Fazzini, alors Conservateur au Département des Antiquités égyptiennes du Musée de Brooklyn mit l'accent sur leurs éléments de décoration ressortissant au domaine de la régénération d'un défunt. Madame Wallert, à ce propos, faisait judicieusement remarquer que quelques cuillères avaient été identifiées comme cadeau de Nouvel An, fête qui correspond, au alentours du 19 juillet, au tout début de la crue du Nil, soit en tant qu'amulettes visant ici-bas à conjurer le mauvais sort - connotation apotropaïque évidente à nouveau -, soit pour que dans l'au-delà le défunt bénéficie d'un renouveau permanent identique à celui qu'apporteront aux cultures les débordements de l'eau bienfaitrice.

 


     Nonobstant l'extrêmement intéressante lecture de l'ouvrage allemand, complétée par d'autres informations référencées ci-dessous, loin de moi l'idée d'ici rédiger une monographie exhaustive répertoriant les différents types de cuillers dans les collections muséales et/ou privées : ne voyez, amis lecteurs, dans mon introduction de ce matin et dans mes interventions futures, aucunement la prétention de rivaliser avec un quelconque catalogue raisonné.

 

     Si d'aventure le sujet vous intéresse, j'escompte en fait, les prochains mardi et samedis d'octobre, juste avant le congé de Toussaint belge, uniquement circonscrire ma réflexion à celles apparues dans l'art raffiné d'Amenhotep III, à la XVIIIème dynastie et dites "à la nageuse" ; à celles, comme je le précisai d'emblée, qu'en mai 2008, nous avions admirées dans la vitrine 2 de la salle 3 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre.


 

E 11122

 

 

      A samedi pour la suite ?

 

 

 

(Capart : 1928 : 53 ; Gilbert : 1962 ; Kozloff : 1993, 290-300 Vandier d'Abbadie : 1972, I-VIII et 10-38 ; Wallert : 1967, passim )

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commentaires

Jc Vincent 20/10/2011 18:59


Ne te tracasse pas trop. Chez moi, tes liens émergent parfaitement bien en rouge (un superbe rouge quelque peu fuchsia, le même que celui de "écrire un commentaire" ou celui visible dans la colonne
de droite) dans un texte noir sur fond blanc et j'imagine que si l'on ne t'a jamais contacté à ce sujet, c'est que personne d'autre que Montoumès ne rencontre de problème ... Ceci dit, je ne
comprends pas d'où pourrait venir ce problème, malheureusement pour ton ami.


Richard LEJEUNE 20/10/2011 22:24



     Merci Jean-Claude de me confirmer la bonne lisibilité de mes articles


 


     Montoumès, par courriel privé, m'a fourni quelques explications tournant autour du "lissage de police" ; mais sa conclusion était que, si
vraisemblablement il était le seul à connaître ce problème de lecture, je ne devais pas envisager de changement. 



N@n 20/10/2011 18:54


Très beau sujet, cher Richard ;-)
Merci à toi de nous faire découvrir ces superbes objets autrement !

Il y a donc lieu de remettre en question l'appellation de "cuiller à fards" et le rôle de l'objet en lui préférant une fonction symbolique et rituelle.
Je me pose dès lors une question (je doute de sa pertinence, mais bon, je me lance quand même...): qu'en est-il des palettes à fard auxquelles les égyptologues accordent une fonction votive et/ou
commémorative mais aussi esthétique puisqu'elles servaient à broyer les produits cosmétiques nécessaires au maquillage ? Y a-t-il lieu de leur donner uniquement un rôle symbolique ? Le Dr Wallert y
fait-elle allusion dans son ouvrage ?


Concernant les couleurs utilisées sur ton site, personnellement, je vois bien les termes en rouge dans le texte noir, via Firefox, que ce soit par accès "google" à ton site ou par accès direct via
le mail que je reçois dès parution d'un nouvel article. Peut-être est-ce différent selon le navigateur utilisé ?


Au plaisir de te lire :-)
Amitiés et bises,
N@n


Richard LEJEUNE 20/10/2011 22:18



     Je pense vraiment, N@n, qu'il n'y a plus lieu de remettre en question l'appellation de "cuillers à fards", comme tu l'écris. Dès la
notice de Champollion à laquelle je fais allusion dans mon article de ce mardi, la cause me semble entendue. D'autres après lui, Capart, Gilbert, Wallert bien évidemment, Kozloff, Fazzini ...
font partie de cette école qui classe ces objets dans les instruments rituels, cultuels.


 


     Et puis, il y a l'autre école qui, ne tenant nullement compte des études de leurs collègues en égyptologie, persiste à les appeler "cuillers
à fards, à parfums ou à onguents" et veut leur voir une finalité éminemment profane.


 


     Plus j'avance dans mes recherches en la matière, et moins je comprends les égyptologues venus après Ingrid Wallert de feindre d'ignorer ses
conclusions. Et que l'on ne m'oppose pas la barrière de la langue allemande qui rebuterait leur lecture !


Même chez ces savants qui restent sur leur position, il serait très simple d'employer une terminologie que je qualifierais de neutre et qui conviendrait à tout le
monde, à savoir : cuillers ornées, comme les appelle d'ailleurs le Docteur Wallert dès le titre de son ouvrage pionnier.


 


     Je ne vois que deux raisons à cette volonté de ne pas changer de dénomination : la peur de ne plus être compris ou l'habitude qui fait que,
même s'il y a erreur historique, modifier serait titanesque. Et dans cette optique, je fournirai simplement l'exemple des Indiens d'Amérique.


Ainsi, tout le monde sait, maintenant, que si Colomb leur attribua ce nom, c'est parce qu'il était persuadé que le bateau l'avait amené aux Indes. Ces hommes
n'auraient donc jamais dû être désignés comme Indiens.


Et maintenant, c'est trop tard ! Même si on en est tous conscients, personne ne prendra la responsabilité de les appeler autrement et d'aménager toute la littérature
qui les concerne ...


 


     Ta question concernant les palettes dites "à fards" datant des tous premiers temps de l'histoire égyptienne est tout à fait pertinente.
Ingrid Wallert ne se prononce pas à leur égard probablement parce qu'elle ne les considère pas  - à juste titre d'ailleurs - comme des cuillers ; cuillers auxquelles elle refuse toute
finalité ressortissant au domaine de l'esthétique.





     Ces palettes historiées - celle de Narmer étant probablement la plus connue - doivent être elles aussi considérées dans une optique qui n'a
strictemlent rien à voir avec les critères de beauté, qu'ils soient féminins ou masculins.


Il s'agit là aussi d'un objet qui certes au départ était porteur d'une connotation prophylactique : la galène broyée dans les cupules servait à leurs propriétaires,
dans un pays où le soleil, le vent, la sécheresse ou les insectes eurent de tous temps des conséquences perturbantes pour les yeux, pour se les farder en vue de les protéger de la nature
environnante.





     Nonobstant, il faut bien admettre que tout le monde ne détenait pas ce type d'objet.  Donc, au-delà du côté pratique, il eut une autre
raison d'être. C''est ce qu'analyse Béatrix Midant-Reynes dans son ouvrage Aux origines de l'Egypte. Du néolithique à l'émergence de l'Etat (Fayard, 2003) aux pages 336 à 342. Et
d'indiquer que ces palettes ornées furent très vite "récupérées" par une classe dirigante pour en faire un support idéologique de la monarchie naissante. Ces objets de schiste acquirent
une valeur symbolique ; puis disparurent après Narmer. Cela signifiait-il que plus personne n'avait de problèmes oculaires ?


Que nenni, bien sûr ! Mais les palettes historiées n'avaient plus de raison d'être : leurs anciens possesseurs n'avaient plus besoin de se démarquer du peuple, ils
devenaient l'élite et certains d'entre eux s'étaient même hissés jusqu'au sommet du pouvoir monarchique.


 


    A l'instar des cuillers ornées, nous sommes loin là aussi, conviens-en N@n, de la volonté de paraître belle qui aurait animé de riches Egyptiennes !!
   



Montoumès 20/10/2011 14:17


Vous me permettrez, Richard, de vous préciser que de mon côté, j'ai parfois bien des difficultés à voir, à cause du contraste du texte sur fond blanc, les liens que vous insérez dans votre texte.
Il me semble qu'une couleur plus claire, du type #bc0461 permettrait en un clin d'œil de voir les liens dans le flux de texte.

Bien amicalement,
J


Richard LEJEUNE 20/10/2011 14:36



Mais bien évidemment, J., que je vous permets !!


Car votre remarque m'interpelle vraiment.


 


     Si par exemple je tape EgyptoMusée dans Google pour entrer comme n'importe quel lecteur sur mon blog, je trouve mon texte écrit en noir sur
fond blanc, certes, mais apparaissent du même rouge que dans la colonne de droite ainsi que les noms d'auteurs en références infra-paginales, tous les termes auxquels j'ai associé un lien.


 


     Ainsi, sauf erreur de calcul de ma part, dans mon article de ce mardi, il y en a 13 (en ce compris "vitrine 2" que je citai ce matin à
Christiana) qui - à tout le moins je le croyais - devaient être parfaitement visibles puisque émergeant rouges dans un texte noir sur fond blanc !


 


     Ce n'est donc pas ainsi que vous les voyez ???


 


     Alors là, c'est LA nouvelle du jour !! Qui me stupéfie !!!


Mais pourquoi ne m'a-t-on rien écrit à ce sujet depuis la création de mon blog en mars 2008 ???



christiana 20/10/2011 11:23


C'est un plaisir!

Concernant la mise en garde, sur le Net, quand on tape "Christiane Moreau", je ne sais pas d'où cela vient, c'est un bugg, je cherche mais il n'y a pas de danger car c'est un site sans publicités.
Cela se produit avec internet explorer mais quand on y va par firefox cela n'arrive pas ... Les mystères de l'informatique!

PS: J'ai encore fait une fôte d'aurtografe dans mon commentaire ci-dessus :-) Honte à moi!


Richard LEJEUNE 20/10/2011 11:59



     Personnellement, c'est avec Firefox que j'ai rencontré la mise en garde en question !


 


     Et tant mieux que cela n'entraîne aucun problème à ceux qui veulent entrer en contact avec vous. Nobobstant, semblable phrase doit
inévitablement en rebuter plus d'un ; ce qui, in fine, pourrait représenter pour vous qui vendez vos oeuvres un sérieux désavantage ...



christiana 20/10/2011 10:06


Oups! Prise en flagrant délit de "non-cliquage"!
Merci pour l'info, je serait plus attentive désormais.


Richard LEJEUNE 20/10/2011 10:31



     J'ajouterai simplement, qu'entre plusieurs expositions de vos oeuvres vous obligeant à parcourir la Belgique de long en large après avoir
emballé et déballé, vous avez bien d'autres chats à fouetter que penser à cliquer sur un terme d'un article d'égyptologie ...





     Ceci précisé, j'en profite pour vous remercier, au sein de l'agenda très chargé qui est vôtre, d'encore prendre le temps de venir me
lire.



christiana 19/10/2011 15:50


Cette nageuse est magnifique...Mais sur cette photo, on dirait presque du bois...


Richard LEJEUNE 20/10/2011 09:04



     Tout comme Nat, ci-avant, il semblerait, Christiana, que vous n'avez pas saisi l'opportunité - que, par ailleurs, souvent j'offre dans mes
articles -, de cliquer sur l'un ou l'autre terme, prévu à cet effet, qui propose ainsi un lien soit vers une ancienne intervention sur mon blog, soit vers des informations supplémentaires
fournies sur le Net.


 


     Ici, en l'occurrence, le mot "vitrine" dans la phrase précédant immédiatement la photo de la cuiller ornée vous renvoyait à mon billet du
printemps 2008 qui aurait confirmé votre sensation : effectivement, l'objet est bien en bois. En bois de caroubier, pour être précis.



AIME jc 19/10/2011 15:14


Bonjour,

J'ai beaucoup apprécié le choix de votre sujet.


A ce sujet vous parler de Hasard quant à la découverte de l'objet au sein d'ustensiles "cosmétiques" : n'y avait-il pas une certaine logique de rangement ?

A-t'on retrouver des cuillères avec d'autres types d'objets, dans d'autres hypogées ?

Je partage votre raisonnement concernant le fait que cet objet ne fut pas seulement d'origine féminine : d'ailleurs à ce propos les hommes se maquillaient bien et, ce bijou très féminin à l'origie
que peut être les boucles d'oreilles était à la base porté uniquement par les hommes. Ce que je veux exprimer ici est simplement le fait que les "modes" changes et ce qui est vrai aujourd'hui
pouvait ne pas l'être en des temps bien plus reculés, alors...

Je ne voudrais pas monopoliser votre attention, alors je vous poserais donc une petite dernière... Est-ce que cet objet est une "marque" de la 18e dynastie ? La plus ancienne, de qu'elle période
est-elle ?

Au plaisir de vous lire...


Richard LEJEUNE 20/10/2011 08:57



     J.-C. Aime : le retour ! Heureux de vous retrouver après un aussi long silence !


C'est en suivant votre commentaire point par point que je vous répondrai.


 


1.     Nous ne sommes pas en présence d'images de fims américains qui nous montrent trop souvent la découverte de tombeaux parfaitement agencés,
rangés et époussetés par la technicienne de surface ! Détrompez-vous, J.-C., si vous pensez qu'existait une "logique de rangement". Tout au contraire, on empilait ; et le plus possible
pour assurer la renaissance et la pérennité du défunt dans l'au-delà.


Rappelez-vous les photos de Harry Burton dans
l'hypogée du jeune Toutânkhamon !


 


2.    Comme je l'ai écrit ci-avant dans ma réponse au premier commentaire de François, des cuillers gravées ou peintes sont visibles sur les parois
des chambres funéraires de certaines tombes et sur celles de certains temples. Jamais elles ne sont en présence d'objets à connotation esthétique, mais toujours en contexte d'offrandes - que ce
soit de vin ou, le plus souvent, de myrrhe - destinées à la divinité  honorée.


A Karnak, par exemple, sur le "Mur des Annales", entre Thoutmosis III debout et Amon assis, figurent des registres qui donnent à voir les offrandes que le
souverain déposait aux pieds du dieu pour le remercier d'avoir "armé son bras" lors de la confrontation victorieuse avec ses ennemis à Megiddo.


 


3.     Permettez-moi de relever une erreur de formulation dans votre commentaire avec l'emploi de l'adverbe "seulement". Jamais je n'ai
laissé sous-entendre que les cuillers relevaient de la seule aire de l'esthétique féminine dans la mesure où elles n'ont jamais eu pour finalité de contenir un quelconque cosmétique. Il faudrait
d'ailleurs que l'on se mette bien en tête qu'elles n'ont nullement une connotation profane, qu'elles ne furent jamais des cuillers à fard pour embellir les riches Egyptiennes !


Je pensais, après avoir fait référence à la monographie de l'égyptologue allemande I. Wallert, l'avoir ici suffisamment démontré. La méprise provient - comme je l'ai
noté - de la première appellation que leur avait donnée Champollion, mais qu'il avait par ailleurs bien vite corrigée quelques années plus tard.  


 


4.     Petite précision au niveau des boucles d'oreilles : sauf erreur de ma part - ce qui n'est pas à exclure ! -, ce n'est qu'à partir du règne
d'Akhenaton/Amenhotep IV que les hommes se firent percer les oreilles pour porter ce type de bijou.


 


5.     Dernier point : ne vous excusez pas de "monopoliser" mon attention. Cela fut et restera toujours un plaisir pour moi  de répondre - dans la
mesure de mes modestes connaissances - à tout questionnement qui m'est adressé.


Ceci posé, autorisez-moi à laisser en suspens l'ultime question de votre commentaire dans la mesure où j'aborderai précisément ce sujet lors de notre rendez-vous de
ce samedi.


Encore un tout petit peu de patience, donc.


 


A bientôt.


Cordialement,


Richard 



TIFET 19/10/2011 10:59


On ne sait si ces cuillers étaient des objets d'art ou des porte-bonheur ? en tout cas elles sont très esthétiques et très bizarres en même temps, un jeune corps fin et horizontal et une tête posée
à angle droit, presqu'au milieu du dos, pas tout à fait naturel comme pose !


Richard LEJEUNE 19/10/2011 11:33



     Certes, Tifet, toutes n'ont pas la parfaite esthétique de celles du temps d'Amenhotep III telles que vous les découvrirez d'ici à la fin de
ce mois d'octobre, mais il n'empêche que toutes captent le regard des visiteurs du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, petits et grands confondus.


 


     Pour ce qui me concerne, et quelle que soit la finalité que les égyptologues veulent bien leur attribuer, ces cuillers, souvent d'un
raffinement extrême et d'une particulière élégance, constituent de réels objets d'art ...



etienne 19/10/2011 01:39


Ravi de retrouver le côté symbolique avec vous qui en êtes le spécialiste!
je sais déjà qu'on peu pire que ce sont des nageuses puisqu'elle nage avec le tilapia:poisson d'un nôme égyptien, signe de crue bienfaisante et la mère garde les oeufs dans sa bouche pour les
pouponner.
je vous attendrai donc promptement pour les détails!

aquatiquement,
Etienne.


Richard LEJEUNE 19/10/2011 09:10



     Détrompez-vous Etienne : je ne suis spécialiste en rien ! Un simple amateur un peu plus éclairé que d'autres, un peu plus pasionné,
peut-être ...


 


     Je reviendrai bientôt sur cette dénomination de "nageuse" ... Patience.



Louvre-passion 18/10/2011 21:34


A priori l'appellation traditionnelle a la vie dure. Je reprend"le guide du visiteur des antiquités égyptiennes" du Louvre, écrit par Christiane Ziegler et je lis :"La collection du Louvre est
l'une des plus riche dans le domaine des cuillères à fard...".


Richard LEJEUNE 19/10/2011 09:07



     Tout à fait, oui ...


Et d'ailleurs, tu remarqueras que beaucoup de ces cuillers d'offrandes se trouvent toujours exposées dans l'étroite salle 9, dédiée à la parure !


 


     C'est très bizarre cette histoire ...


J'en arrive parfois à penser qu'il y a une école parmi les égyptologues qui entérine l'étude d'Ingrid Wallert, alors qu'une autre s'y refuse ...



J-P. Silvestre 18/10/2011 19:02


N'en faites rien ! Votre explication me rassure...


Richard LEJEUNE 19/10/2011 09:03



     J'en suis fort aise, mais néanmoins perturbé ...



François 18/10/2011 17:52


Merci pour les références !
Honte sur moi, j'avais bien une photo du mur des annales, mais interprété la cuiller comme étant un "bête" encensoir...

Photo sur le forum ! Si tu la désires, je te l'envoie !

Amicalement !
François


Richard LEJEUNE 19/10/2011 08:54



     Non pas "honte" !


     C'est en quelque sorte une cuiller/encensoir puisque, comme l'explique Ingrid Wallert, elle était destinée à contenir de la myrrhe à offrir
au dieu ; elle était destinée à l'encenser ...


 


     J'ai vu les photos sur le forum, effectivement. Merci pour ta proposition, mais je ne compte pas développer la réponse que je t'ai
personnellement faite ici dans mes futures interventions sur les cuillers ornées.



FAN 18/10/2011 17:34


Ah les "petites cuillères" exposées dans les vitrines du département "Egypte" au Louvre!! La première fois que je les ais découvertes, j'avais 7 ou 8ans et ce fut pour moi le comble de
l'esthétisme!! Déjà, à l'époque, je voulais être Nerfertiti!! Je suis bien aise à présent de découvrir vraiment leur fonction!!! Merci Richard BISOUS FAN


Richard LEJEUNE 19/10/2011 08:44



     J'espère, chère Fan, que mes quatre interventions ne détruiront en rien la beauté de votre regard d'enfant sur ces petites cuillers.



J-P. Silvestre 18/10/2011 17:19


Rassurez-moi Richard ! Vous n'avez pas perdu votre sens de l'humour ?


Richard LEJEUNE 18/10/2011 17:28



     Oh, non, Jean-Pierre, pas avec vous. Ma réponse se voulait humoristique !!!


Vous aurait-elle choqué ?


Si tel était le cas, je vous prierais de m'excuser.


Et vous proposerais même de l'effacer ...



J-P. Silvestre 18/10/2011 15:00


Si la civilisation égyptienne était aussi avancée qu'on veut bien le dire, je crois qu'elle aurait découvert l'usage le plus abouti de la cuillère : la dégustation des patisseries ! J'espère que
vous voudrez bien excuser ces paroles iconoclastes...


Richard LEJEUNE 18/10/2011 15:42



     Je vous entends bien, Jean-Pierre ; mais comme je me dois d'être sur mon blog politiquement  (et égyptologiquement) correct, 
point n'aurai l'outrecuidance de faire remarquer à mes lecteurs combien vous avez la propension de tout ramener à vous, à vos envies culinaires, à vos faiblesses gastronomiques plutôt qu'élever
votre esprit jusqu'aux cimes de la connaissance vers lesquelles je tends tant.



Alain 18/10/2011 14:27


Qu’est-ce qui laisse penser que ces cuillères représentent des jeunes femmes en position de nageuses ?
Certes, elles sont nues, allongées sur le ventre en position de flottaison possible, mais les jambes tendues sans mouvements de nage éventuelle. Elles pourraient aussi bien être étendues sur un lit
ou ailleurs ?
OK je suis mesquin car l’esthétique est superbe et cela suffit largement à réjouir le regard.


Richard LEJEUNE 18/10/2011 15:13



     Non, tu n'es pas mesquin : tu t'interroges, tu m'interroges aux fins d'essayer de comprendre la raison pour laquelle les égyptologues
définissent ces cuillères particulières en tant que nageuses, même si j'assortis ce terme soit de guillemets, soit de la circonlocution : dite "à la nageuse", en utilisant l'italique.
Précautions oratoires ou scripturales qui ont évidemment leur raison d'être.


 


     Je te répondrai donc, Alain, - comme d'ailleurs à un commentaire précédent -, que je ne révélerai rien aujourd'hui sur ce questionnement
précis : cela fera l'objet de ma troisième intervention à paraître le mardi 25 octobre.


Tu accepteras, je l'espère, comme mes autres lecteurs, de patienter une petite semaine encore  ...



artigue 18/10/2011 10:45


Très interessant ces différentes fonctions d'une cuillère et la surprise à la fin de l'article, la photo... c'est vrai qu'elle est très originale cette cuillère-nageuse ou cette
nageuse-cuillère....
A bientôt
JA


Richard LEJEUNE 18/10/2011 12:47



     Permettez-moi de vous demander, Jocelyne, d'attendre nos prochains rendez-vous d'octobre pour expliquer plus avant la signification de ces
cuillers dites "à la nageuse" ...



François 18/10/2011 10:14


Je déguste avidement ton article, Richard, et seule une interrogation me poursuit :
"sur les parois murales de nombre d'hypogées thébains, sur celles de certains monuments religieux, on pouvait en voir, peintes ou gravées, placées dans la main d'un défunt ou d'un de ses serviteurs
qui, indéniablement comme le prouvaient les textes, offrait de l'encens à une divinité." écris-tu !

Je n'ai trouvé aucune de ces représentations dans la documentation que j'ai ni sur le net.
Mais peut-être tes prochains billets m'en diront plus ? Et je ne veux anticiper sur la poursuite de tes parutions !

Merci pour cette délicieuse "surprise", en tous cas !

Amicalement !
François


Richard LEJEUNE 18/10/2011 12:45



Mon cher François,

    Je me doutais bien que tu "dégusterais" cette série d'articles et qu'elle répondrait à certaines de tes attentes.



     Il m'agrée que tu veuilles encore en savoir plus, toi qui m'as honoré de ta confiance en me faisant parvenir l'ouvrage de Madame Wallert de
manière à en traduire la substantifique moelle. C'est donc avec plaisir que je te fournis les renseignements suivants que tu pourras vérifier dès que la poste te livrera le livre en
retour.


 
    L'assertion que j'avance aujourd'hui - qu'avait déjà relevée, rappelle-toi, H.M. Stewart dans la recension anglaise de l'ouvrage qu'il avait
publiée dans la Chronique d'Egypte et dont je t'avais envoyé une copie - se trouve non seulement dans le résumé que propose l'égyptologue allemande à la page 70 (Première phrase
commençant par "Dagegen sprechen auch ...") et, a fortiori, dans le corps même de son étude.

     Dans la seconde partie de celle-ci, celle consacrée à l'utilisation des cuillers commençant p. 49 (B. Verwendung), au chapitre II
intitulé Die altägyptische Bezeichnung des Löffels und seine Darstellungen [Désignation des cuillers en égyptien ancien et leur représentation], p. 55, dans un paragraphe concernant l'offrande de la myrrhe (das Myrrhenopfer), Ingrid
Wallert cite la présence de cuillers (à encenser) dont le manche est en forme de tige de papyrus se terminant par une tête de canard retournée, notamment dans les hypogées thébains de 
Kenamon (TT 93) et de Rekhmirê (TT 100).

     Elle propose également, dessin à l'appui cette fois, au bas de la page 55,  une cuiller gravée dans le temple de Karnak, sur le
"Mur des Annales".



     Eh oui, François, avec beaucoup d'attention, cette cuiller était visible sur le cliché que mon ami Dimitri Laboury m'avait offert de ce mur
pour publier dans mon article du 15 décembre 2010.

     Il te sera plus facile de la repérer sur la seconde des photos que j'ai alors insérées du dessin de Champollion : au niveau du quatrième
registre (en commençant par le dessus), tu trouveras, à gauche, deux fois trois vases superposés - en réalité, il y a trois fois trois vases sur ce mur à cet endroit -, puis à côté, deux plateaux
en dessous desquels un troisième est surmonté de la fameuse cuiller à tête de canard retournée.

    La vois-tu ? Avec une bonne loupe sur ton écran, cela doit être possible ... tant chez Champollion que sur la photo originale de
Dimitri.
         
    Ce type de cuiller/encensoir, tu peux aussi mieux le visionner sur le site du Louvre puisqu'un exemplaire, E 3671, est exposé dans la vitrine 3 de la salle 9.


 


     Toujours disponible pour d'éventuelles questions supplémentaires.





Amicalement,


Richard


 



dubretzelausimitinfos.over-blog.com 18/10/2011 07:40


J'ai survolé en diagonale ton article je dois dire, mais j'ai été conquise par cette statuette, j'irai donc faire un saut sur le lien en question...


Richard LEJEUNE 18/10/2011 07:56



     Ce serait effectivement une bonne entrée en matière que relire l'article d'alors, Nat, puisque nos quatre derniers rendez-vous avant le
congé de Toussaint seront, comme je l'ai précisé, entièrement consacrés aux cuillers ornées égyptiennes, à leur usage, à leur symbolique ...


Et cela, aux fins de préciser quelques notions essentielles et remettre ainsi en question ce que l'on peut parfois lire à leur sujet.


 


(J'oubliais : on ne survole pas les articles d'EgyptoMusée, chère lectrice , on s'en
imprègne !!! )



dubretzelausimitinfos.over-blog.com 18/10/2011 06:11


Magnifique "nageuse", quelle est la taille de cette statuette ?


Richard LEJEUNE 18/10/2011 07:21



     La pièce mesure 20 centimètres en ce compris le cuilleron de 6, 7 cm.


 


     C'est, ma chère Nat, ce que j'écrivais dans l'article de 2008 auquel je faisais allusion : en en donnant le lien pour terminer mon intervention d'aujourd'hui,
j'invitais éventuellement à le consulter ... puisque mon objectif ici n'est évidemment pas de reprendre in extenso un précédent billet mais, comme tout Enseignant qui se respecte, de
rappeler une notion déjà connue pour mieux aborder une nouvelle.



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