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19 novembre 2011 6 19 /11 /novembre /2011 00:00

 

     La naissance de l'image a partie liée avec la mort. Mais si l'image archaïque jaillit des tombeaux, c'est en refus du néant et pour prolonger la vie.

 

 

Régis DEBRAY

Vie et mort de l'image,

Paris, Gallimard,1992,

p. 16

 

 

 

     Si l'imakhou Metchetchi n'a pas suscité pléthore de commentaires comme ce fut récemment le cas pour les "nageuses nues", ce retour annoncé devant la vitrine 4 ² de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre m'a valu, depuis mardi dernier, un record de fréquentation peu commun et une petite dizaine de nouvelles inscriptions d'abonnement : les voies du seigneur EgyptoMusée me sont décidément impénétrables ! 

 

     Ceci posé, merci et toujours bienvenue à vous, anciens et nouveaux amis lecteurs, qui prenez apparemment plaisir à m'accompagner ainsi dans ce vaste Palais des rois de France devenu celui, inépuisable, de l'Art en général et, pour ce qui nous concerne au premier chef, de la civilisation des rives du Nil.

     

     Comme prévu, j'envisage ce matin de terminer l'introduction que je tenais à vous proposer avant de véritablement nous pencher sur les différents fragments peints arrachés au XIXème siècle par des "visiteurs" fort peu scrupuleux aux parois du mastaba de ce haut fonctionnaire à la cour du roi Ounas, dont le nom presque complet - il manque le "i" final -, est bien en évidence sur le fragment (E 25546) ci-après.


 

-Paris--107.jpg


 

     La "maigre" production picturale s'étendant devant nous - quelque quarante morceaux seulement d'un puzzle dont on ignore complètement ce que sont devenus tous les autres, sauf, peut-être, des collectionneurs particuliers qui se garderont bien de s'en prévaloir !  -, ressortit, vous le constaterez dans les prochaines semaines, à deux thèmes principaux : les rites absolument indispensables à tout défunt pour que son culte funéraire soit assuré et la réception des différentes et nombreuses offrandes qui lui permettront  non seulement d'agrémenter sa seconde vie mais, aussi, d'y subsister ; apports essentiellement alimentaires donc, mais pas uniquement, provenant surtout de ses domaines dont on lui voit inspecter la bonne tenue qu'y maintient son personnel, agriculteurs tout autant qu'artisans.    

 

     Quelques autres scènes, toutefois, complèteront harmonieusement l'ensemble en mettant par exemple l'accent sur les loisirs qui furent siens ici-bas, notamment la musique et l'un ou l'autre jeu de société ; plaisirs dont, par la magie de l'image, Metchetchi espérait bénéficier dans l'Au-delà. Sans compter qu'eux aussi sont empreints de certains symboles que nous rencontrerons et décoderons au fil de nos entrevues.  

 

     Car, et j'ai à maintes reprises déjà eu l'opportunité de vous l'indiquer, l'iconographie funéraire égyptienne est loin d'être gratuite, loin d'être simplement décorative. En fait, parce qu'essentiellement religieuse, elle connote une finalité spécifique : permettre au trépassé, quel que soit son habitus, quel que soit son déterminisme social, non seulement de se prévoir une seconde vie la plus agréable possible mais, aussi - et surtout ? - de ne pas sombrer dans un oubli post-mortem qui lui serait "fatal". Elle fait intégralement partie, avec tout le rituel de l'embaumement sur lequel je me suis déjà longuement expliqué voici près d'un an, avec le mobilier funéraire aussi, de ce souci prépondérant pour tout défunt de bénéficier de ce que les textes nomment un "bel enterrement" de manière à assurer sa survie dans la tombe, à espérer - nous l'avons, souvenez-vous, notamment constaté avec les cuillers ornées -, une régénération instamment désirée.    

 

      Si prononcer son nom lui permettait d'être assuré du souvenir qu'il laisserait dans la mémoire des vivants, se donner à voir dans son quotidien grâce aux scènes qu'il avait fait graver ou peindre dans sa chapelle ou sa chambre sépulcrale, procédait du même état d'esprit.

 

     Par nature performative - au sens qu'a popularisé le philosophe anglais John L. Austin lors de plusieurs conférences colligées, après sa mort prématurée, en un petit ouvrage remarquable How to do things with words,  publié en 1970 sous le titre français Quand dire, c'est faire (Editions du Seuil, collection Points Essais n° 285) -, à savoir : en elle-même détentrice de ce qu'elle désigne, de ce qu'elle représente, l'image funéraire égyptienne contient magiquement le pouvoir de permettre au défunt de connaître là-bas, dans les champs d'Ialou, une existence  souhaitée encore meilleure que celle du privilégié qu'il fut ici-bas.  

 

     En guise de préambule au premier chapitre - symptomatiquement intitulé La naissance par la mort - d'une histoire du regard en Occident, Vie et mort de l'imageRégis Debray écrit cette phrase que j'ai choisie en guise d'incipit ce matin :  La naissance de l'image a partie liée avec la mort. Mais si l'image archaïque jaillit des tombeaux, c'est en refus du néant et pour prolonger la vie.

 

     C'est précisément cette assertion fondamentale qu'avec les fragments peints du mastaba de Metchetchi j'aimerais pour vous abondamment illustrer. Mais au préalable, lors de notre prochain rendez-vous de début de semaine, le 22 novembre, ainsi que des deux qui suivront, je vous invite à découvrir ce que, techniquement parlant, ces peintures représentent.

 

     A mardi ? 

 

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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commentaires

christiana 21/11/2011 11:11

Oui, cela semble passionnant. J'espère pour Metchetchi qu'il bénéficie dans l'Au-delà des plaisirs qui étaient les siens,(je n'y crois pas trop malheureusement).
La musique...
Sait-on quel genre de musique pouvaient bien jouer et écouter les égyptiens? Je suppose que l'on en a une vague idée par les instruments (subulo?) mais les notes, les rythmes...Comment savoir?

Richard LEJEUNE 21/11/2011 12:01



     Moi non plus, évidemment, Christiana, je n'y crois pas une seule seconde.


Mais je trouve fascinant qu'une civilisation ait ainsi déployé des moyens "pharaoniques" pour s'offrir un au-delà le plus agréable qu'il soit possible ...


 


     A propos de musique, permettez-moi pour l'instant de ne rien révéler de ce qui constituera le sujet d'un article que je lui consacrerai dans
les premiers mois de 2012 quand nous découvrirons de conserve le fragment peint (E 25516) sur lequel apparaît un chanteur-chironome.


 


     Une seule référence si votre impatience devait vous amener à vous documenter avant que, personnellement, j'y pourvoie : les travaux de
l'égyptologue musicologue allemand Hans HICKMANN auquel, ici, à propos de singes "musiciens", j'avais déjà fait allusion. Et notamment, celui-ci, en français, que j'ai trouvé jadis chez un bouquiniste de Redu : Musicologie
pharaonique. Etudes sur l'évolution de l'art musical dans l'Egypte ancienne, publié à Baden-Baden, aux éditions Valentin Koerner en 1987. 



FAN 21/11/2011 09:11

Post intéressant cher Richard!! Quel travail de patience pour les achéologues!! Allez-vous allez à l'expo de Toutankhamon à Bruxelles??? BISOUS FAN

Richard LEJEUNE 21/11/2011 09:23



Bonjour Fan.


Rassurez-vous, votre commentaire était bien arrivé du premier coup. Aussi, me suis-je permis d'effacer celui qui a immédiatement suivi dans lequel vous vous en
inquiétiez.





     Non, je ne suis pas allé et ne compte pas me rendre à l'exposition bruxelloise consacrée à Toutânkhamon qui se termine dimanche prochain
dans la mesure où, comme vous le savez, ce ne sont que des copies qui sont exposées et que, personnellement, bien que n'ayant jamais visité le Musée du Caire, j'ai vu la majorité des pièces
réelles de ce trésor pendant mon service militaire à Cologne il y a de cela un demi siècle ; puis, un certain nombre à nouveau, à Bonn, en 2005.



mokto 21/11/2011 00:06

ce blog m a l air a l image de son createur tres interressant.
je ne suis pas expert en la matiere mais ca m as l air tres caler mais surtout passionné
chapeau bas et bonne continuation a bientot

Richard LEJEUNE 21/11/2011 07:27



     Bienvenue à toi sur ce blog, Mokto ; et merci pour ton appréciation laudative.


 


     Tu comprendras vite, si tu continues à m'accompagner au Louvre, qu'il n'y a nul besoin d'être expert pour apprécier les beautés de son
Département des Antiquités égyptiennes : il te suffira d'être réceptif au concept de beauté. Tu auras probablement déjà remarqué, en feuilletant l'un ou l'autre article, que cette beauté que
beaucoup recherchent dans des pièces imposantes, dites "incontournables", se niche bien souvent dans la simplicité d'un petit objet de seulement quelques centimètres, magnifiquement ouvragé et
porteur de biens des symboles : c'est un peu le message que j'essaie ici de faire passer ...


 


     Je retiens plus particulièrement un terme dans ton commentaire ci-dessus : "passionné", parce qu'à lui seul il me définit
parfaitement. Tu as tout compris !


Je ne suis qu'un simple amateur ... mais effectivement passionné par cette civilisation antique au point de vouloir sans cesse partager ce que j'en sais avec mes
lecteurs. 


 


A bientôt.



etienne 20/11/2011 18:37

à propos, je reçois plus les newsletters de parution de nouveaux articles depuis deux semaines.
Over-blog serait-il encore en faute?

Etienne

Richard LEJEUNE 20/11/2011 22:48



     Il y eut effectivement problèmes majeurs avec Overblog à la fin de la semaine dernière, au moment de ma nouvelle présentation.


 


     Mais si tout n'est pas rentré dans l'ordre, il serait peut-être opportun que vous vous réinscriviez à la Newsletter, non ?



etienne 20/11/2011 18:35

Ravi de retrouver notre brave Metchtchi!
je suis sûr comme l'a dit François, que nous attendons le plat principal pour le digérer et en dicuter.

à bientôt cher Professeur.

Etienne

Richard LEJEUNE 20/11/2011 22:43



     J'espère, Etienne, que la digestion s'effectuera dans les meilleures conditions qu'il soit possible de manière telle que la discussion
puisse par la suite s'établir sur d'excellentes bases ...



François 19/11/2011 11:14

Deux réflexions, Richard, en réponse à tes interrogations :

- Peu de commentaires, dis-tu. C'est me semble-t-il dû au fait que nous ne somme "que" dans l'introduction de ce sujet et que sans doute comme moi-même, ton lectorat attend d'en savoir plus et
d'avoir matière à commenter...

- Grande fréquentation, et là j'en jurerais, c'est à cause de certaines publications de liens vers ton blog sur un réseau social bien connu par des gens bien intentionnés...

J'attends donc la suite de l'exploration de cette vitrine avec fébrilité, tout émoustillé par ces préliminaires !

Amicalement !
François

PS si par hasard ce message est un doublon d'un autre envoyé -ou pas- précédemment en supprimer l'un ou l'autre, mes doigts ont fourché !!!

Richard LEJEUNE 20/11/2011 22:39



     Ah !  Et donc cette fréquentation ... Je comprends mieux ...


 


     Merci François ...


 


     Quant à l'exploration de cette vitrine, elle va nous prendre un temps plus que certain avec, dans plusieurs domaines dont ceux de la
technique artistique évidemment dans un premier temps, nécessaire, mais aussi, par la suite, celui du paradigme de paternité en tant que concept philosophique, des incursions que j'espère
intéressantes qui, bien que ressortissant au domaine de l'égyptologie, nous emmèneront jusqu'en ses marges les moins évoquées, partant, les moins connues du grand public ...



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  • : Visite, au Musée du Louvre, au fil des semaines, salle par salle, du Département des Antiquités égyptiennes.Mais aussi articles concernant l'égyptologie en Belgique.Mais aussi la littérature égyptienne antique.Et enfin certains de mes coups de coeur à découvrir dans la rubrique "RichArt" ...
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