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27 février 2010 6 27 /02 /février /2010 00:00

 

     Délaissant, à tout le moins jusqu'à un éventuel prochain coup de coeur, la bien agréable évocation de mes amours estivales,  - souvenez-vous, ami lecteur, de Marie, de Bruges, de Ginger, et de Prague, à partir du 10 octobre 2009 -, j'aimerais à présent, tout en restant symboliquement au bord de la Vltava comme déjà, avant le congé de Carnaval belge, en évoquant Chateaubriand, revenir  aux rives du Nil, sujet qui constitue indubitablement une des raisons pour lesquelles, un jour de mars 2008, je décidai, "parrainé" par Louvre-passion, d'entrer dans la grande famille des blogueurs.


     Nonobstant une agréable pointe de chauvinisme que nous serions en droit d'exciper à l'Ouest, en France, en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Italie et même en notre petite Belgique, il faut se féliciter de la présence sur le sol égyptien de savants et d'équipes d'archéologues provenant des pays scandinaves et de l'Europe centrale.

     Je me contenterai, pour corroborer cette première assertion, de ne rappeler ici que l'extraordinaire travail accompli depuis le début des années 1960 à Deir el-Bahari par une mission polonaise de l'Université Jagellonne de Cracovie, vingt ans sous la direction de Kazimierz Michalowski, au temple d'Hatchepsout, alors en bien piteux état,

Deir-el-Bahari--1960-.jpg

et par Jadwiga Lipinska, alors Conservatrice en chef des Antiquités égyptiennes du Musée national de Varsovie, au niveau de celui de Thoutmosis III, juste à côté ; fouilles et restaurations qu'un jour peut-être j'aurai ici l'opportunité de commenter bien plus en détail ...

                                 
     Et en ex-Tchécoslovaquie ?
    Son passé archéologique, comme d'ailleurs celui de bien d'autres pays européens, a magnifiquement contribué à rédiger d'importants chapitres de la récente mais déjà grande histoire de l'égyptologie : ses scientifiques ont sans conteste
permis une avancée non négligeable dans les recherches égyptologiques, qu'elles soient de terrain ou ressortissant  plus spécifiquement au domaine de l'épigraphie ; et cela, comme nous l'allons voir, dès l'aube du XXème siècle.

     
Pour plus facilement consulter ce tour d'horizon des activités tchèques en rapport direct avec la civilisation égyptienne que j'entame avec cet article, j'ai cru bon, comme précédemment pour d'autres pays, d'ouvrir une nouvelle rubrique tout naturellement intitulée "L'Egypte à l'Est".


     Si en 2008, l'Institut tchèque d'égyptologie a célébré son cinquantième anniversaire, cela ne signifie nullement qu'il n'y a qu'un demi-siècle que ce pays s'intéresse aux rives du Nil. Dès après la Campagne de Bonaparte, le vent d'égyptomanie qui souffla sur bien des Etats européens atteignit également la Bohême : de nombreux nobles qui s'offrirent le "Voyage en Orient" ramenèrent en effet maints objets qui constituèrent le point de départ de collections particulières, de "cabinets de curiosités", comme on avait parfois coutume de les appeler à l'époque.
      
     Mais c'est un mathématicien de formation, féru toutefois de philologie, qui, bien avant de visiter le pays des pharaons, joua véritablement le rôle cardinal, à un point tel qu'il est de nos jours unanimement considéré comme le fondateur de l'égyptologie tchécoslovaque : Frantisek Lexa.

Frantisek-Lexa-copie-1.jpg


      Né en 1876 à Pardubice, en Bohême occidentale, il décide d'aborder l'étude de la langue égyptienne par le biais du démotique qui, comme j'ai déjà ici eu l'occasion de l'expliquer, constituait une écriture de communications courantes employée par les scribes égyptiens à partir du milieu du VIIème siècle avant notre ère, hormis dans les textes religieux : c'était en fait l'abrégé d'une autre écriture cursive, le hiératique qui, pour sa part, dérivait directement des hiéroglyphes.

     En 1895, F. Lexa sort diplômé de l'Université Charles de Prague, prestigieux établissement fondé en 1348 sous les auspices de Charles IV, alors à la tête du Saint Empire romain germanique.

     En 1905, il se hasarde à publier en tchèque les premières traductions de textes égyptiens anciens. Mais ce ne fut qu'au lendemain de la Première Guerre mondiale que commença véritalement son prestigieux parcours : en 1919, il rejoint la
Faculté des Lettres de l'Université Charles d'abord en tant que "Privatdozent", c'est-à-dire enseignant à titre privé - non rémunéré par le gouvernement, donc -, dans son cas : Maître de conférences en égyptologie ; puis, trois ans plus tard, paré du titre de Professeur extraordinaire dans la même discipline.

     Et en 1925, l'Université crée spécifiquement pour lui une chaire d'égyptologie dont il sera, près de trente années durant, le titulaire.

     Les sources tchèques que j'ai compulsées aiment à épingler le fait que Frantisek Lexa reçut en 1952 - il est alors âgé de 76 ans - le Prix national de Première classe, ce qui semble correspondre à la plus grande distinction que le gouvernement de la République d'alors décernait aux scientifiques nationaux de très haut niveau.
                    
     J'ajouterai pour ma part, si vous me permettez ce petit coquerico, qu'il fut également correspondant de notre Fondation Égyptologique Reine Elisabeth créée, souvenez-vous amis lecteurs, par  le grand égyptologue belge Jean Capart immédiatement après avoir visité la tombe de Toutânkhamon en compagnie, entre autres, d'Elisabeth de Bavière, épouse de notre roi Albert Ier.

     Dans son pays, Lexa entreprit de mettre sur pied, avec d'autres savants, l'importante revue orientaliste "Archiv Orientalni".

     Philologue dans l'âme plutôt qu'archéologue de terrain, il se distingua essentiellement par la rédaction d'ouvrages consacrés à la langue égyptienne :  je retiendrai de très pertinentes études sur les textes sapientiaux,  mais surtout, oeuvre de toute une vie, une imposante "Grammaire démotique", en 7 volumes, parue de 1938 à 1950.
                                         
     Certes, les thèses avancées dans ses travaux philologiques précurseurs furent parfois considérées comme très originales, pour ne pas écrire "révolutionnaires". Souvent, des confrontations de points de vue animèrent le petit cercle des philologues de son temps. Il n'en demeure pas moins qu'à l'heure actuelle, force m'est de constater qu'aussi hasardeuses qu'apparurent à l'époque ses hypothèses, à bon nombre d'entre elles, la majorité des grammaires font maintenant la part plus que belle.  

      Les différentes publications que nous lui devons, de très haute teneur et en anglais, unanimement célébrées par la communauté égyptologique internationale, voisinent avec des ouvrages de vulgarisation, en sa langue maternelle cette fois, sur la religion, la morale et la littérature égyptiennes aux fins d'initier ses compatriotes aux moeurs des Anciens.

     Projet éminemment louable s'il en est, nationalement parlant, mais grandement dommageable pour le savoir universel dans la mesure où, de nos jours encore, cette documentation de première main, brillante, brassant un éventail considérable de connaissances, n'a toujours pas trouvé son traducteur, fût-il anglophone ou francophone. Il s'agit là, dans le chef de bien des égyptologues patentés, et au-delà des expressions convenues et exagérément laudatives qu'on lit le plus souvent après un décès,
d'un carence certaine, d'une véritable perte pour la science.

     Enfin, et ce n'est évidemment pas un de ses moindres apports, ce savant ne compta  jamais ses efforts pour former quelques disciples ayant embrassé non seulement la carrière d'égyptologue, mais celle aussi, non moins ardue, de philologue de la langue et des écritures égyptiennes : qu''il me soit permis d'au moins citer Michel Malinine, égyptologue et démotisant français d'origine moscovite à qui l'on doit, entre autres, quelques-unes des traductions de papyri du Louvre que j'ai eu, voici un an déjà, l'opportunité d'évoquer ici avec vous ; et bien évidemment Jaroslav Cerny, son compatriote, dont j'aurai plaisir à vous entretenir  samedi prochain ...
    
     Point d'orgue à tous ses travaux, à toute une carrière de chercheur, d'enseignant, de formateur, Frantisek Lexa créa
, à la Faculté des Lettres et des Arts de l'Université Charles de Prague, en 1958, - il avait alors 82 ans -, l'Institut tchécoslovaque d'égyptologie : c'est cet anniversaire, mais surtout la volonté d'établir un bilan de cinquante années de fouilles en terres pharaoniques que, sous l'égide du Narodni Muzeum (Muséum National), commémora en 2008 une grande exposition pragoise.



(Dawson/Uphill : 1970, 177 ; Onderka & alii : 2008, 15Van de Walle : 1960, 193-5)



     Je tiens à souligner que j'ai pris la liberté d'emprunter le portrait de Frantisek Lexa ci-dessus précisément au catalogue, acquis
à Prague, de l'exposition Discovering the land of the Nile ("Objevovani zeme na Nilu"), célébrant le demi-siècle d'existence de l'Institut tchécoslovaque d'égyptologie que je mentionnais à l'instant.

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Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte à l'Est
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commentaires

AD-Mary44 01/03/2010 20:53


merci pour ce commentaire si intéressant.


Richard LEJEUNE 02/03/2010 16:47



     Tout le plaisir fut pour moi ...



FAN 28/02/2010 17:10


Ah, je comprends mieux l'intérêt que vous avez pu avoir par rapport à votre visite à Prague!! Ce monsieur Frantisek Lexa est un personnage important en philologie et je découvre Que Jean Capart
aurait inspiré Hergé!! J'ai souri avec le "coquerico" c'est le chant du coq en Belgique??
Je me prends de passion à m'instruire surles "Egytologues "
Merci à vous BISOUS FAN


Richard LEJEUNE 01/03/2010 11:34



     Notre séjour à Prague n'avait au point de départ aucune connotation égyptologique, je vous assure. Comme je l'ai déjà écrit dans certaines
de mes réponses aux commentaires qui se sont succédé tout au long de cette série d'articles, nous n'avons visité aucun musée (l'une ou l'autre synagogue mise à part) : le temps magnifiquement
clément de la semaine d'août où nous avons sillonné les différents quartiers ne nous incita nullement à nous enfermer.

     Mais, et ce sera pour un futur séjour probablement au moment des fêtes de fin d'année, nous escomptons bien, en plus d'admirer la ville sous la neige et de déambuler dans
les marchés de Noël, visiter les "intérieurs" des monuments découverts cet été, ainsi que le Musée national, celui de la marionnette et d'autres, comme le musée lapidaire, qui, paraît-il, est lui
aussi extrêmement intéressant.

     Et ce n'est que pendant la rédaction hebdomadaire des articles du samedi qu'a germé en moi l'idée de terminer la relation de cette semaine à Prague par l'évocation de ce
que je sais de l'égyptologie tchèque ..., de manière à évidemment faire le lien avec ce qui constitue le but premier de ce blog EgyptoMusée ...

     Merci d'être allée vous promener du côté de l'article consacré à Jean Capart ; mais avez-vous aussi pris attention au fait que chaque samedi, en juillet et août derniers,
j'ai publié des extraits de textes de Capart, sorte de spicilège de certains moments de sa vie professionnelle ? Ce très grand savant, le premier égyptologue belge en réalité, le premier aussi à
avoir permis de faire en ce domaine connaître notre petit pays à l'étranger, est en effet passionnant à lire quand il nous raconte, entre autres points, sa visite de la tombe de Toutânkhamon,
quelques jours après sa découverte, en compagnie de notre Reine Elisabeth, personnellement invitée par le roi Farouk.

     "Coquerico", que je préfère au sempiternel "cocorico", s'il devait être un chant patriotique, serait celui de la Wallonie, assurément, et non de la Belgique, car sur le
drapeau flamand, c'est un lion qui rugit ! Mais vous me permettrez de ne pas évoquer ici ce type de dissensions qui nous caractérisent, nous et nos communautés, nos régions, nos provinces ; bref,
nos sept gouvernements : il me faudrait en effet rédiger des pages et des pages, ennuyeuses, probablement et à juste titre quasiment surréalistes, à vos yeux de Française ...



Louvre-passion 28/02/2010 11:14


Je ne connaissais absolument pas l'existence de l'égyptologue Frantisek Lexa que tu nous a fait découvrir. Sa formation initiale de mathématicien lui a sans aucun doute donné la rigueur
indispensable à sa carrière scientifique.
Merci de rappeler mon "parrainage", qui fut somme toute bien modeste.


Richard LEJEUNE 01/03/2010 11:05



     Si "modeste" pour toi correspond à "décisif" pour moi, nous sommes alors sur la même longueur d'ondes !

     Quant à l'égyptologie tchèque - effectivement  un peu moins connue, que celle d'autres Etats européens, l'une ou l'autre grande figure mise à part - elle continuera
de faire l'objet d'un certain nombre d'articles les prochains samedis, à tout le moins jusqu'aux vacances de Printemps, début avril.

     Et c'est tant mieux si, même aux lecteurs cultivés qui me font l'honneur de me suivre, je puis apprendre un petit quelque chose !



tifet 27/02/2010 17:43


Beaucoup de pays envoient des égyptologues sur le terrain et c'est tant mieux pour l'Egypte mais j'ai le souvenir à Deir el-Bahari sur le temple d'Hatchepsout d'avoir vu le dernier travail d'une
mission polonaise qui n'était pas des plus "heureux".......les reconstitutions paraissaient trop "neuves" et les matériaux trop contemporains pour faire partie d'un ensemble harmonieux......


Richard LEJEUNE 01/03/2010 10:57



     Merci Tifet pour cet avis tout personnel : il m'est en effet important de connaître ainsi l'opinion des touristes assidus, comme votre époux
et vous, quand on n'a pas encore eu la chance, comme moi, de personnellement sillonner le pays pour se rendre compte du bien-fondé ou non des restaurations effectuées par les missions étrangères
...



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  • : Visite, au Musée du Louvre, au fil des semaines, salle par salle, du Département des Antiquités égyptiennes.Mais aussi articles concernant l'égyptologie en Belgique.Mais aussi la littérature égyptienne antique.Et enfin certains de mes coups de coeur à découvrir dans la rubrique "RichArt" ...
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