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15 octobre 2010 5 15 /10 /octobre /2010 23:00

 

     A nouveau, le moment nous sembla particulier, lourd, pesant, sombre même ; à nouveau, accord tacite, nous retenions tous notre souffle ; à nouveau, à 22 mètres de profondeur sous les sables du désert, dans le cimetière saïto-perse situé aux confins sud-ouest de la nécropole d'Abousir que, depuis bien des années maintenant, fouillaient inlassablement les membres de l'Institut tchèque d'égyptologie que dirigeait Miroslav Verner, nous étions, vous et moi, les hôtes plus que privilégiés de Ladislav Barès et de son équipe.

 

     Samedi dernier, souvenez-vous, dans un vacarme que l'exiguïté des lieux avait rendu plus retentissant encore, chaînes et poulies avaient soulevé le lourd couvercle de basalte sombre qui chapeautait le deuxième sarcophage que contenait l'immense bière de calcaire blanc de la chambre sépulcrale d'Iufaa.

 

     Et, tout de suite, dans les yeux de l'égyptologue maître des travaux, se lut, si pas l'abattement, à tout le moins une perceptible déconvenue ... Aucun d'entre nous n'osa se faufiler pour s'approcher de la cuve, aucun n'osa poser de question, sauf d'un oeil scrutateur, respectant ainsi le silence qui avait suivi l'ahan général motivé par l'effort de permettre au couvercle de lentement glisser sur les poutres transversales.

 

     Et pourtant ...

 

     Une nouvelle surprise était bien au rendez-vous. Dans la cavité de pierre reposait, non pas immédiatement le corps du défunt comme tous  nous l'attendions, mais ce qui avait dû être une troisième enveloppe protectrice : un cercueil anthropoïde, le second, en bois de sycomore cette fois, de 1, 84 mètre de long et 48 centimètres de large, recouvert de motifs de stuc peint en ocre jaune.

 

     Ou plutôt, pour être plus précis encore, ce que l'humidité ambiante qui s'était malicieusement infiltrée jusque là depuis deux mille cinq cents ans avait permis d'en conserver : avec la précaution dont ils étaient pourtant coutumiers, les hommes de Ladislav Bares tentèrent de soulever quelque peu le couvercle manifestement fendu sur toute sa longueur. Il ne lui fallut que quelques menues secondes pour qu'il se démantèle quasi complètement, s'effritant et ne laissant que des morceaux épars entre les doigts des ouvriers, décontenancés, dépités.

 

     Fort heureusement avait été prise la sage précaution de préalablement retranscrire, puis de photographier les trois colonnes de hiéroglyphes peints en noir au centre de la longue et fragile planche en bois : là, en effet, se lisaient notamment le nom d'Iufaa et son titre d'Administrateur du Palais, ainsi que la mention d'Ankhtisi (ou Ankhtes), sa mère.

 

     Les fragments pourris dégagés, quelle ne fut pas la surprise de constater que ce troisième - et je peux maintenant ajouter : ultime écrin -,  à l'instar de ceux du même nombre mis au jour jadis dans l'hypogée de Toutankhamon, contenait enfin la momie tant espérée, d'apparence assez hiératique à cause du natron dans lequel l'ensemble avait été plongé originellement en vue d'une dessiccation optimale.

 

     Le visage mis à part, dissimulé sous un masque mortuaire en stuc doré, le corps était entièrement recouvert d'un linceul.

 

 

Iufaa - Momie dans sarcophage - (Catalogue Expo. Prague)

 

       Oh, évidemment, par n'importe quel linceul !

 

     Sur les bandelettes qui emmaillotaient Iuffa avait été déposée une superbe résille d'innombrables perles tubulaires de faïence bleue disposées en losanges  ; résille en bien piteux état aussi, je vous l'accorde, mais néanmoins encore suffisamment éloquente quant à la magnificence avec laquelle ce haut fonctionnaire palatial et prêtre lecteur, avait tenu à se faire inhumer. Certes, la splendeur n'atteignait en rien celle des trois sarcophages gigognes recouverts d'or du jeune fils d'Akhenaton : d'or, ici, il n'y avait point ! Point encore, à tout le moins ...

 

     Mais il demeure que l'ensemble de ces enveloppes funéraires successives, qu'elles soient de pierre ou de bois, constituait, pour un fonctionnaire royal, une bien belle preuve de statut social privilégié.

 

     De l'entrelacs des perles bleues allongées se détachèrent ça et là quelques figurations : les quatre fils d'Horus que, traditionnellement, l'on rencontre en guise de bouchon sur les vases canopes destinés à conserver les viscères d'un défunt et, au-dessus, sur la poitrine, Nout, la déesse du Ciel, ailes éployées.  

 

  

    Iufaa - Garniture de momie (Photo - M. Barta)

 

     Mais ce qui retint une nouvelle fois l'attention émerveillée de tous, ce fut un imposant collier Ousekh, - que j'ai pris la liberté de reproduire ci-dessus au départ d'un cliché de Miroslav Barta que publie M. Verner dans son remarquable ouvrage consacré à Abousir (voir référence infra-paginale) -, pectoral  de toute beauté, constitué de plusieurs rangs de fines perles de faïence multicolores et, lui aussi, malheureusement détérioré par le temps. 

 

 

      Ce sera après notre départ souhaité du caveau, dans quelques instants, qu'interviendra la délicate opération consistant à retirer du dessus de la momie d'Iufaa résille et collier qui la recouvrent encore ; les membres de l'équipe de l'Institut tchèque d'égyptologie désirant, mus par un ultime respect du défunt dans la plus pure conception antique, rester seuls en présence de la momie.

 

     Alors, et alors seulement, pourrons-nous contempler l'intérieur - vide - de l'imposant sarcophage de calcaire blanc qui avait pendant plus de deux millénaires et demi réussi à abriter les cercueils gigognes d'Iufaa.

 

     Il nous est proposé de nous retrouver ici même, samedi prochain  23 octobre, pour une dernière visite privée de la sépulture ...

 

     Qu'en pensez-vous ? Personnellement, je me suis empressé de déjà notifier mon accord, partant, ma présence.

 

     Et vous ?     

 

 

 

(Bares : 2005 ; Verner : 2002, 192-205)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte à l'Est
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commentaires

Nat 15/01/2011 12:03


Présente évidemment, même avec du retard...


Richard LEJEUNE 16/01/2011 13:17



Et voilà Nat qui revient à la surface ... pour tout aussitôt redescendre à 22 mètres sous terre !


 


Aucune précipitation, toutefois : avance à ta meilleure convenance ...



Bonardi Denise 02/11/2010 19:48


votre commentaire de ce jour n'est pas recevable sur internet "ERREUR DE LA PAGE 404". Impossible d'accéder à la suite de'Iufaa. je vous signale cette anomalie à toutes fins utiles.
Une abonnée de votre blog
Cordialement..

Mme Bonardi denise


Richard LEJEUNE 06/11/2010 15:25



     Merci à vous, Madame, de m'avoir prévenu.


Dans une newsletter à vous adressée, je vous présente ce jour mes excuses pour cette anomalie dont je ne comprends toujours pas l'origine ...



Fille du Midi 18/10/2010 20:43


Bon, ok pour samedi !
Surtout, n'oubliez pas le rendez-vous... nous sommes en train d'attendre devant le caveau... !!!


Richard LEJEUNE 19/10/2010 07:19



     Rassurez-vous, je n'ai garde d'oublier : le tombeau d'Iufaa recèle encore tant de choses à découvrir !


 


     Mais si, d'aventure j'avais un peu de retard, n'hésitez pas à accompagner les égyptologues tchèques quand ils descendront par le puits
secondaire, je vous y rejoindrai très rapidement. 



etienne 17/10/2010 18:27


merci et bonsoir!

merci pour ce joli récit qui nous bien compte des découvertes et enjeux à un tel moment de la fouille!

suspense!

à samedi prochain!

égyptophilement!

etienne


Richard LEJEUNE 18/10/2010 07:10



Merci Etienne.


Bonne semaine et à samedi en Abousir ...



Alain 17/10/2010 11:25


Je comprends la joie des égyptologues devant le spectacle fascinant de ce linceul de 2500 ans.
En même temps, puisque j’assiste en direct à cette profanation, je ressens un profond sentiment de malaise. La paix de cet homme dans l’éternité est rompue définitivement.


Richard LEJEUNE 17/10/2010 12:42



     Tu as entièrement raison, et c'est un grand débat qui n'est pas prêt de s'épuiser.


     J'y fais d'ailleurs quelque peu allusion dans l'article qui paraîtra samedi prochain, dans le sens même de la réponse que j'avais fournie à
Fan, suite à son commentaire sur  celui du 2 octobre dernier ...



JA 16/10/2010 09:30


Merci pour ce partage des connaissances, j'attends donc la suite. Bravo encore pour la présentation de votre blog
A bientôt
JA


Richard LEJEUNE 16/10/2010 11:16



Merci à vous.


Et à bientôt soit au Louvre, ce mardi, soit ici, en Abousir, samedi prochain ...


 


A votre meilleure convenance.



Jean-Claude 16/10/2010 02:52


Une telle invitation ne se décline pas ... Merci.
Je serai là.
Jc


Richard LEJEUNE 16/10/2010 09:09



     Avec plaisir, évidemment, mais à l'heure habituelle pas celle à laquelle tu viens aujourd'hui de m'annoncer ta présence ! Car tu risques de
te retrouver bien seul ...


 


     Quoique.


 


     Connaissant ton inclination à te tapir dans nos forêts spadoises aux fins de guetter le brame du cerf, il se pourrait très bien que tu te
présentes sur le plateau désertique d'Abousir en espérant entendre au loin, près des pyramides, l'un quelconque chameau qui blatère ...


 


 



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