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25 septembre 2010 6 25 /09 /septembre /2010 06:50

 

       C'est avec une impatience certaine que ce matin, je vous attendais, amis lecteurs, comme nous en étions convenus samedi dernier, ici, aux confins sud-ouest de la nécropole d'Abousir où, au printemps, nous avions déjà visité la tombe de l'époque saïto-perse d'une certain Oudjahorresnet, membre de cette classe de hauts fonctionnaires qui servirent à la fois Amasis et Psammétique III, ultimes souverains de la XXVIème dynastie et Cambyse II, conquérant achéménide à l'origine de la XXVIIème.

 

     Aujourd'hui, c'est à quelques mètres de cette sépulture que je vous propose de m'accompagner aux fins de nous pencher sur celle d'un autre membre de la même élite intellectuelle et sacerdotale memphite, un certain Iufaa, qui embrassa les fonctions d'administrateur du palais et de prêtre lecteur.


 

Iufaa - Mastaba

 

 

     Posons-le sans ambages : le pillage est, pour ainsi dire, le jumeau, que dis-je, le frère siamois démoniaque ou encore le Mister Hyde schizophrénique de la splendeur pharaonique, écrit Pascal Vernus dans son remarquable Dictionnaire amoureux de l'Egypte pharaonique.

 

     Peut-être plus qu'aucune autre civilisation antique du bassin méditerranéen, l'Egypte fut la proie de spoliateurs de tout poil que les tombes, on le comprend aisément, intéressaient au premier chef : en effet, si une des raisons évidentes de cet état de fait résida,  pour la majorité d'entre elles, dans l'éloignement recherché, l'autre, également non négligeable, prit sa source au sein même des conceptions religieuses qui voulaient que tout défunt plus ou moins aisé bénéficiât, l'accompagnant pour l'éternité, d'un mobilier et d'un matériel funéraires qui ne pouvaient - l'homme est malheureusement ainsi fait ! - qu'attirer la convoitise des plus cupides, renseignés qu'ils étaient, dans bon nombre de cas, par les gardiens de nécropoles, généreusement stipendiés pour l'occasion. Quand ce n'était pas celui-là même qui avait agencé la tombe et qui, d'évidence, connaissait toutes les particularités de sa conception, qui, appât du gain aidant, se muait en profanateur avisé ... 

 

     C'est donc avec cet a priori que les archéologues tchèques, sous la direction de Ladislav Bares, commencèrent, lors de la campagne de fouilles du printemps 1995, à dégager la superstructure de ce tombeau qui devait, trois années plus tard, les amener à soulever, 22 mètres en dessous, le lourd couvercle du sarcophage d'Iuffa.


     Première surprise, de taille : ce haut dignitaire de cour avait tenu à se faire construire un mur d'enceinte en briques crues à l'instar de celui que l'on pouvait admirer à quelques centaines de mètres de là, autour du complexe funéraire du pharaon Djeser, de l'Ancien Empire, plus de 2200 ans auparavant.


Iufaa - Mur briques crues

 


     En outre, des stèles de calcaire massif d'environ trois mètres de hauteur avaient été scellées dans chacun de ces quatre murs : plusieurs fragments de ces monuments ont en effet été retrouvés ça et là sur le sol.


     De campagnes en campagnes, de petits pas en petits pas, les égyptologues tchèques poursuivirent leurs investigations et arrivèrent au niveau d'un puits qu'au vu de ses dimensions, - 13 mètres sur 13, bien plus large que celui d'Oudjahorresnet tout proche - , ils jugèrent être le principal du complexe funéraire. Par quelques détails, ils comprirent sans trop y prêter attention - le fait était tellement banal, je l'ai souligné d'emblée -, qu'ils n'étaient nullement les premiers à pénétrer dans la tombe : il était en effet évident qu'arrivés approximativement à 1, 50 m du plafond voûté sous lequel reposait l'énorme sarcophage d'Iufaa, des pillards avaient manifestement pris la décision de rebrousser chemin soit rebutés ou épuisés par un travail de dégagement dont ils ne voyaient pas le terme, soit pris de panique d'être eux-mêmes ensevelis par un éboulement de  la couche d'argile meuble et fragile - (ce qu'il est actuellement convenu d'appeler d'un terme arabe : tafla ) - dans laquelle ils creusaient, soit dérangés par la présence d'un gardien de la nécropole, intègre celui-là, qui les aurait forcés à fuir ...


      Rebutés car, il était fréquent que, pour annihiler le zèle démultiplié des voleurs, les concepteurs prévoient le creusement de plusieurs puits annexes à la descenderie centrale, ne menant en réalité nulle part, mais en relation directe avec elle, et remplis de sable qui, au fur et à mesure que les pillards pensaient définitivement dégager le puits principal, se déversait et sans cesse le comblait à nouveau : c'est ce qu'avec l'humour qu'on lui connaît, le Professeur Vernus appelle "le tombeau des Danaïdes".


     Puis, un jour de 1998, trois ans après le début de leurs fouilles, les Tchèques arrivèrent enfin à la petite chambre sépulcrale proprement dite, aménagée à quelque 22 mètres sous le niveau du désert : réalisée en blocs de calcaire de qualités visiblement différentes, elle avait été conçue pour suggérer la forme d'un énorme sarcophage, comme le montre la représentation en 3 D ci-dessous. 

 

Iufaa - Reconstitution tombe en 3D (Photo NG)


          Au centre de ce cliché, vous apercevez le large puits principal au fond duquel, donc, reposait le sarcophage d'Iufaa. En outre, ce qu'il nous montre aussi d'intéressant, ce sont d'une part, le toit à deux pans en béton armé protégeant la chambre que les Tchèques ont élevé, renforçant le puits par la même occasion et, d'autre part, sur la droite, le puits Sud dans lequel ils ont aménagé un escalier en bois destiné aux touristes qui, comme nous bientôt, descendront au fond du caveau dans la mesure où tout y a été sécurisé à notre intention.   


     L'indéniable étroitesse de la chambre funéraire donne à penser qu'elle aurait été construite autour de l'énorme bière : en effet, seuls 50 centimètres séparent les parois de cette dernière des murs de la pièce elle-même.

    

     Sur ces murs intérieurs, mais aussi sur le pourtour interne du sarcophage de  calcaire, Iufaa avait pris soin de faire inscrire - protection supplémentaire dans le but avéré de favoriser son passage vers l'Au-delà et, consécutivement, d'assurer sa survie post mortem -,  des extraits de textes ancestraux comme les chapitres 26 à 32, ainsi que le 72 du Livre pour sortir au jour (ce que d'aucuns persistent erronément à appeler "Livre des Morts"), des adresses hymniques au soleil, des formules de ce que l'on nomme Textes des Pyramides et Textes des Sarcophages, des prières ...

 

Iufaa - Peintures (Photo M. Barta)

 

 

     Une seconde surprise, plus stupéfiante encore, en vérité tout à fait exceptionnelle, attendait les égyptologues tchèques à ce niveau de leurs investigations ...


 

     Et nous étonnera tout autant samedi prochain quand, à leur suite, nous pénétrerons plus avant, vous et moi amis lecteurs, dans la chambre funéraire d'Iufaa ...

 

 

(Bares : 2005 ; Verner : 2003, 192-205 ; Vernus : 2009, 757 sqq.

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Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte à l'Est
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commentaires

Nat 09/10/2010 15:05


J'imagine l'exaltation lors de chaque découverte, ayant eu moi-même l'immense plaisir d'assister à une fouille en juillet dernier... Mes lecteurs, au rang desquels tu me fais la joie de compter, en
sauront bientôt plus...
Pour l'heure, je vais immédiatement sauter le pas pour en savoir plus sur ce qui attendait nos égyptologues tchèques...


Richard LEJEUNE 10/10/2010 10:56



     Prends tes précautions, si tu sautes : la chambre funéraire se situe à 22 mètres sous terre ! Heureusement, un escalier a été aménagé dans
un puits parallèle ...



FAN 27/09/2010 14:29


Bigre, c'est profond!!! Je ne sais si j'avais la tentation de vouloir admirer de plus près le sarcophage d'Iufaa si ce monsieur n'a pas fait encore des plans inconnus pour mieux protéger sa vie de
l'au-delà!! Je suis admirative mais pas téméraire!! Je préfère regarder la photo en 3D et j'attends la suite des investigations des plus curieux que moi!! Merci Richard BISOUS FAN


Richard LEJEUNE 27/09/2010 18:33



     22 mètres : mais ce n'est certes pas, chère Fan, le puits funéraire le plus profond que nous connaissions dans la région memphite ...


 


     Et si, dès samedi prochain, pour découvrir des "merveilles", je vous proposais de vous y emmener parce que l'endroit a manifestement été
sécurisé, me feriez-vous confiance ?



JA 27/09/2010 11:21


Bonjour, très interesant et bien illustré: même si,comme moi,l'Egyptologie est un domaine inconnu, on rentre grace à vos articles , dans le vif du sujet.

Je vais laisser un message à l'auteur du site sur le dictionnaire et musées qui est en lien sur votre blog, car le lien pour le site du musée Champollion de Figeac ne fonctionne pas.
A bientôt
JA


Richard LEJEUNE 27/09/2010 18:28



     Merci, Jocelyne, pour votre gentille appréciation.


 


      Si le Musée Champollion, les écritures du monde vous intéresse : avez-vous eu l'opportunité de lire l'article
que je lui avais consacré - et, d'après un commentaire reçu, apparemment apprécié là-bas -, le 2 septembre 2008, en prémices à trois autres plus spécifiquement  dévolus à
l'inventeur des hiéroglyphes en personne ?



J-P Silvestre 25/09/2010 15:40


Amasser des richesses est toujours dans l'état d'esprit des futurs défunts aisés. Pour les modernes spoliateurs, il faudra inventer d'autres méthodes pour les débarrasser de ce surcroît d'abondance
et, pourquoi pas, en faire bénéficier les plus pauvres s'ils ne sont pas, eux-mêmes, animés par la cupidité...


Richard LEJEUNE 27/09/2010 10:03



     C'était un peu l'optique de ce cher Arsène Lupin, non ?



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