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25 juin 2010 5 25 /06 /juin /2010 23:00

 

      C'est en mettant plus spécifiquement l'accent sur quelques-unes des conditions sociales qui marquèrent la fin de l'Ancien Empire et le début de ce que les égyptologues sont maintenant convenus d'appeler la Première Période intermédiaire (P.P.I.), que samedi dernier, je vous ai quittés, amis lecteurs, aux abords du complexe funéraire d'un certain Qar, vizir de son état. Sans omettre, évidemment, de vous proposer de nous retrouver cette semaine dans le but d'ensemble visiter son domaine funéraire situé dans l'immense nécropole d'Abousir, à une petite trentaine de kilomètres au sud de l'actuelle capitale égyptienne.

 

     Mais avant d'y pénétrer, permettez-moi, en guise d'introduction, d'insister sur un premier point : si les égyptologues tchèques qui, entre 1995 et 2002, avec à leur tête Miroslav Barta, investiguèrent minutieusement, donc scientifiquement, le lieu, purent déterminer sans discussion aucune que ce fut au début de la VIème dynastie, soit vers 2325 avant notre ère, sous le règne de Téti, que Qar, toujours Juge de Nekhen  - (pour faire court : Juge aux  ordres du souverain sur le territoire de la ville de Nekhen) -, et donc, souvenez-vous, pas encore en tant que vizir, commença la construction de son tombeau destiné, en fait, aux membres directs de sa lignée, ce concept d'une tombe globale, commune pour toute une famille de nobles ou, comme ici, d'importants fonctionnaires de l'Administration memphite, existait déjà depuis le règne de Niouserrê, à la Vème dynastie donc, soit pratiquement un siècle plus tôt.

 

     Architecturalement parlant, au tout point de départ, ce type de construction se caractérisait par la présence de plusieurs espaces détenant chacun une fonction particulière : l'un était réservé à la chapelle prévue pour le culte du défunt - souvenez-vous de celle d'Akhethetep dans laquelle nous sommes entrés à l'automne 2008 en salle 4 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre. D'autres, les cours d'entrée notamment, avaient eux aussi une fonction cultuelle - en mai dernier, nous avons parcouru celles de Kaaper et de Fetekti, ici même, à quelques dizaines de mètres de nous ; d'autres encore étaient voués à engranger les réserves alimentaires pour le repas éternel des occupants.  

 

     Des occupants, puisque, vous l'avez compris, plusieurs chambres sépulcrales, parfois décorées, ont été mises au jour dans semblables complexes funéraires.

 

     De sorte que, même si Qar entame la construction de sa "Maison d'éternité" près d'une centaine d'années après les premières du genre, c'est tout naturellement qu'il l'envisagea avec les mêmes conceptions architecturales.

 

 

Plan complexe funéraire de Qar et d'Inty - (Dessin J. Mal

 

 

     Le plan dessiné ci-dessus par J. Malatkova augure effectivement de l'ampleur du monument : deux imposants mastabas semi-indépendants, celui du patriarche, au nord, et celui de son fils manifestement préféré, Inty, au sud, constituent les éléments essentiels. Ce n'est que par la suite que dans le coin nord-est de la tombe de Qar proprement dite furent ajoutées, pour ses trois autres fils, de simples petites chapelles adventices ; Qar et Inty ayant la leur, ainsi que leur puits funéraire personnel, dans leur mastaba respectif.

 

     Bien qu'ayant été gravement endommagée par l'érosion et des destructions successives, il appert que c'est également par une cour à ciel ouvert de 25 mètres sur 14, située au nord du domaine lui-même, que l'on pénétrait dans les chapelles de culte : que ce soient dans celles de ses trois fils, au nord est, ou dans la sienne.

 

     C'est dans cette première chapelle cultuelle de Qar - en effet, vous aurez compris qu'il en fera ériger une autre quand, vraisemblablement, statut social oblige, il devint vizir -, que les équipes de fouilles tchèques découvrirent, sur le mur ouest (- c'était la tradition, puisque l'ouest représente le point où le soleil se couche,  le lieu de régérération nocturne, partant, là où, habituellement, se trouvaient les nécropoles -), la stèle fausse-porte permettant le passage du Ka, une des composantes du défunt, du monde des morts vers celui des vivants.

 

     (Pour ceux de mes lecteurs qui désireraient de plus amples renseignements sur ce type bien particulier de monument funéraire dans les chapelles des mastabas de l'Ancien empire, puis-je me permettre de suggérer la lecture, dans la rubrique Décodage de l'image égyptienne, d'un article que j'ai publié à l'automne 2008 ?)

 

     A l'extrémité sud du mur ouest donc, celui orienté vers le monde de l'Au-delà, se trouvait un bloc monolithe de calcaire de 2, 76 m de haut (la chapelle elle-même en mesurait 2, 90) et de 1, 34 m de large.

 

     Les textes hiéroglyphiques gravés ayant été traduits par les épigraphistes tchèques, nous savons que l'intérêt du monument en lui-même réside dans le fait qu'il nous donne à lire la seule attestation présente dans toute la tombe du titre de haut fonctionnaire que Qar détenait avant son instauration en tant que vizir, à savoir : Véritable Juge de Nekhen du Roi.

 

     Quant à la seconde chapelle funéraire à laquelle ci-avant je faisais très brièvement allusion, celle qu'il se fit aménager après sa fulgurante promotion, celle que les égyptologues appellent désormais "chapelle vizirale", elle est accessible par une entrée ouverte toujours dans le mur ouest de la première chapelle, au bout d'un corridor de 7, 35 m de long. 

 

     C'est dans cette pièce de 4, 92 m x 1, 75 que furent exhumés les plus beaux reliefs conservés. Et notamment, cette magnifique stèle fausse-porte de 3, 18 m de haut pour 1, 30 de large, la seconde que Qar s'est offerte, surmontée d'une corniche à gorge. 

 


Fausse porte - Chapelle vizirale.jpg


        Cette photo que j'ai réalisée à partir du catalogue de l'exposition Discovering the land on the Nile - [Objevovani zeme na Nilu]- qui s'est tenue à Prague en 2008, vous permet de constater, amis lecteurs, l'extraordinaire état de conservation des peintures de l'époque.

 

     Dans cette chapelle également, les Tchèques relevèrent les seules mentions des membres de la famille de Qar.

 

 

Repas- funéraire.jpg

 

 

     En effet, si vous scrutez bien le cliché malheureusement monochrome ci-dessus, vous distinguerez, au registre inférieur, la classique procession des porteurs d'offrandes : l'artiste a tenu, sur commande bien évidemment, à noter, pour les premiers d'entre eux, le nom de trois des fils du défunt, les plus âgés : Qar Junior, Senedjemib et Tjenty.

 

     Manifestement ajouté par la suite à la fois sur les murs nord et sud, un quatrième nom apparaît, celui du plus jeune de ses enfants, Inty, le fils que Qar eut avec sa seconde épouse ; celui-là même, souvenez-vous du plan ci-dessus, qui s'est fait construire un mastaba au sud de celui de son père.

L'artiste l'a figuré faisant également offrande au pater familias

 

     J'ai évoqué tout à l'heure la cour à ciel ouvert du mastaba : c'est par l'entrée ouest de son mur sud que nous allons à présent accéder à un long corridor de 13, 65 m de long et de 0, 75 de large. Dans son mur ouest s'ouvrent des alcôves correspondant aux puits funéraires de membres moins importants de la famille du vizir, sachant que ses propres fils furent inhumés à d'autres endroits, au nord et au sud du complexe paternel, leurs tombes, pour des raisons peu claires, peut-être politiques, ayant été amplement détruites, arasées ...  

 

     La chambre sépulcrale de Qar, elle, aux murs entièrement montés de blocs de calcaire, a été agencée sous sa seconde chapelle, à quelque 14 mètres de profondeur. 

 

Chambre funéraire

 

     Scindée en deux parties, la pièce est haute de 3, 07 m : à gauche, un espace de 5, 15 m de long et 2, 68 de large contient un renfoncement en forme de sarcophage de 3, 83 m sur 2, 02. M'est-il vraiment besoin de préciser que découverte entièrement vide, elle fut, comme tant d'autres, en point de mire de pilleurs de tombes, probablement déjà à l'Antiquité ?

 

     Toutefois, parmi les quelques éléments des mobiliers funéraires encore présents dans les différentes chambres sépulcrales de ce complexe, les archéologues tchèques exhumèrent de celle de Qar Junior un lot de jarres en provenance de Syro-Palestine.

 

Jarres-syro-palestiniennes.jpg

 

     Cette découverte n'est pas sans enjeu : elle permet en effet de préciser les contacts commerciaux qu'en ces temps premiers de leur civilisation, les Egyptiens établirent avec les proches voisins asiatiques et, corrélativement, d'indiquer combien cette famille de hauts fonctionnaires memphites était socialement et économiquement privilégiée, elle qui avait pu s'octroyer des céramiques étrangères, donc relativement chères.


 

     Il serait évidemment illusoire d'imaginer que pour étudier un domaine funéraire aussi important que celui de Qar et des membres de sa famille, seule serait requise, au fil des ans, une équipe d'égyptologues : un site archéologique, quel qu'il soit de par le monde, a besoin de la compétence d'une multitude de savants qui, dans leur domaine de prédilection, ne pourront qu'apporter leur touche particulière, de manière, in fine, à brosser un tableau complet de la campagne de fouilles entreprise.

 

     Cette mise au point énoncée, j'aimerais, avant de nous quitter, simplement ajouter que les examens anthropologiques menés par les scientifiques tchèques sur les différentes personnes inhumées dans le mastaba de Qar ont permis de déterminer la présence de six individus : deux hommes, deux femmes et  les restes de probablement deux corps non encore sexuellement identifiés.

 

     Il est intéressant de constater que si l'une des deux femmes s'approchait de la soixantaine, l'autre avait à peine une quarantaine d'années lors de son décès. Les modifications constatées par Miroslav Barta dans la chapelle vizirale de Qar tendraient à prouver que toutes deux furent les épouses de Qar, la première étant la mère de ses trois premiers fils, la seconde, celle d'Inty, le puîné et, apparemment, son préféré puisqu'il le laissa se construire un mastaba presque indépendant que, par la suite, son propriétaire réservera aussi lui-même à sa propre descendance.

 

     C'est précisément la superstructure de ce tombeau que je vous propose de visiter en ma compagnie, amis lecteurs, samedi prochain ...

 

 

(Barta : 2004, 45-62 ; Onderka & alii : 2008, 105)           

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Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte à l'Est
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commentaires

J-P Silvestre 26/06/2010 18:12


Vous affirmez que Qar, sous la VIème dynastie était ''un juge aux ordres du souverain'' Quelle époque ! Ce n'est pas aujourd'hui qu'on pourrait voir ça ! L'indépendance de la justice est garantie
par la constitution...


Richard LEJEUNE 27/06/2010 09:53



     Que vous avez raison, Jean-Pierre !


     Grâce, il n'y a guère, aux idées lumineuses de Montesquieu, ce genre de confusion entre les pouvoirs, cette façon de se croire au-dessus des
lois, cet absolutisme royal, ce népotisme aussi auquel vous faisiez allusion dans un précédent commentaire, ne sont fort heureusement à notre époque plus de mise.


 


     Disons-le sans ambages : si cela était encore, ce serait une "gifle" adressée aux citoyens ...


 


 



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