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9 juillet 2010 5 09 /07 /juillet /2010 23:00

 

      Samedi dernier, souvenez-vous, dans le cimetière sud d'Abousir, nous avons ensemble admiré et la façade du mastaba d'Inty - que, depuis son excavation lors de la campagne de fouilles 2000-2001, les Tchèques se passionnent à minutieusement restaurer -


Façade mastaba d'Inty.jpg


et la décoration intérieure de la chapelle funéraire de ce fils puîné de Qar, un des vizirs du roi Téti, à la VIème dynastie.

 

Bas-relief Inti assis - chien sous siège

 

 

     Aujourd'hui, comme nous en étions convenus avant de nous séparer, je me propose de vous emmener dans sa chambre sépulcrale au fond d'un puits de 22 mètres de profondeur, découverte en 2002.

 

     J'espère vraiment, amis lecteurs, que vous appréciez à sa juste valeur le privilège que je vous offre d'ainsi m'accompagner sur tous ces sites d'Abousir qui, j'aime à le rappeler, ne sont pas encore ouverts au public ...

 

     La mastaba d'Inty, souvenez-vous, était situé au sud de celui de son père, dans le même grand complexe funéraire. Un agrandissement du plan que j'ai déjà eu l'opportunité de vous montrer situera bien mieux que de longues phrases la disposition des lieux.


Plan Mastaba d'Inty

 

      C'est dans la portion sud-est de cet ensemble qu'ont été creusés les différents puits funéraires pour l'inhumation du juge Inty et de quelques-uns de ses proches, le principal d'entre eux, le plus méridional (= A sur le dessin ci-dessus) lui étant personnellement réservé : d'une profondeur de 22 mètres, il donnait accès à sa chambre sépulcrale creusée tout au fond. Il fallut plusieurs semaines d'un labeur pénible, voire dangereux aux membres de l'équipe de fouilles pour enfin l'atteindre.

 

     Son étude minutieuse se révéla riche de nouveaux renseignements. Il apparut qu'elle se subdivisait en deux parties : une première, à l'est, de 4, 80 m  sur 2, 40 et 2, 30 m de hauteur et une seconde, à l'ouest,  de même hauteur, mais de seulement 3, 20 m pour 2, 60 m : là se trouvait un imposant sarcophage, vide, portant le nom et les titres d'Inty, de 3, 14 m de long,  1, 70 de large et 1, 20 m de haut, surmonté d'un couvercle  de 3 m sur 1, 60 et 0, 64 m d'épaisseur qui, manifestement, avait été jadis déplacé par des voleurs de tombes.


 

Chambre funéraire de Inty.jpg

 

     Hélas, que de fois l'ai-je répété depuis qu'ensemble nous arpentons la nécropole d'Abousir : cette chambre funéraire n'a pas échappé au sort, banal et tellement récurrent, des tombes voisines : comme beaucoup d'autres elle fut l'objet de la triste convoitise humaine, probablement fort peu de temps après les funérailles elles-mêmes, et probablement aussi par du personnel qui y avait participé ! 

 

     En transcrivant toutes les données chiffrées que je précisais ci-avant, les égyptologues s'aperçurent très vite que les dimensions du sarcophage du juge Inty correspondaient pratiquement à celles, à quelques centimètres près, de celui précédemment retrouvé dans la tombe de son père.

 

     Sur la gauche de l'énorme bière, vous remarquerez une sorte d'alcôve d'1, 50 m de long : là  était déposé le couvercle avant l'ensevelissement proprement dit.

 

     Mais la découverte la plus spectaculaire fut sans conteste le monolithe de calcaire (1, 32  x   0, 78 m, pour une épaisseur de 0, 38 m), qui s'élevait encore contre la cuve funéraire : quoique de petite taille, très certainement en rapport avec la hauteur du sarcophage lui-même, couvercle non compris, il imitait parfaitement les stèles fausses-portes si fréquemment exhumées dans les chapelles funéraires des mastabas de Saqqarah.

 

     La pierre était gravée de hiéroglyphes révélant le nom du propriétaire de la tombe, ainsi que ses titres - comme déjà sur le sarcophage -, mais aussi des sempiternelles formules et listes d'offrandes. En revanche, par rapport avec une vraie stèle fausse-porte, il manquait ici la figuration du défunt.

 

     Quoi qu'il en soit, ce petit monument apparemment unique combla d'aise les savants qui s'intéressent plus spécifiquement aux conceptions funéraires ayant cours à l'Ancien Empire : il semblerait en effet qu'ils détiennent là le prototype même des décorations de fausses-portes qui seront gravées ou peintes sur les parois des cuves funéraires aux époques postérieures.

 

     Sur le sol de la chambre sépulcrale, mais aussi sur le couvercle du cercueil de pierre, les fouilleurs tchèques rassemblèrent quelques pièces qui avaient manifestement échappé aux voleurs : des vases en albâtre, des pièces en céramique et une table d'offrandes ; mais aussi des ossements du défunt lui-même ...

 

     De la même manière qu'avaient été réalisées des études anthropologiques des restes humains exhumés dans les différents puits des membres de la famille de Qar,  les scientifiques se penchèrent sur ceux retrouvés dans le mastaba d'Inty et de ses proches parents.

 

     Il appert qu'ici furent inhumés trois hommes, dont Inty, décédé entre 40 et 60 ans et son fils Ankhentjenenet, vers la cinquantaine ; trois femmes, deux enfants et deux autres corps non identifiés. 

 

 

     Avec cette dernière visite dans le complexe funéraire de Qar et des différents membres de sa famillle s'interrompt momentanément nos déambulations dans le cimetière d'Abousir : j'ai en effet pris la décision, le temps de quelques semaines de vacances, le temps de changer de cap, de partir vers d'autres cieux ... qu'un jour, peut-être, comme mes amours estivales de l'été 2009, je vous présenterai.

 

     Ceci posé, comme il est à mes yeux hors de question de vous laisser orphelins d'égyptologie, je propose que nous restions en contact, vous et moi, chaque samedi jusqu'à la rentrée scolaire de septembre prochain  par l'entremise de quelques extraits littéraires ...

 

     Vous me permettrez de ne point en dévoiler davantage ce matin et de simplement vous  fixer un premier nouveau rendez-vous dès le 17 juillet prochain.

 

 

 

(Barta : 2004, 55-6 ; Id. 2005

 

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commentaires

N
<br /> Magnifique cette chambre funéraire ! Comme en Turquie, les fouilles en Egypte permettront sans aucun doute encore des trouvailles durant des décennies...<br /> <br /> <br />
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R
<br /> <br /> Mais je l'espère vivement, Nat !<br /> <br /> <br /> <br />
T
<br /> Nous suivrons donc vos programmations Richard et nous vous souhaitons de bonnes vacances sans ordinateur, ça fait du bien de s'isoler de ces engins là quelquefois ! Tifet<br /> <br /> <br />
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R
<br /> <br />      Merci Tifet : je crois effectivement qu'il faut, un temps, être à même de s'en détacher ...<br /> <br /> <br /> C'est à tout le moins ce que je ferai une bonne partie du mois d'août.<br /> <br /> <br /> <br />
T
<br /> Bonjour Richard, merci de faire découvrir ces images et ses explications passionnantes sur cette civilisation qui vouait un culte hors norme à ces défunts pour l'époque ; et certainement aussi pour<br /> l'époque actuelle... Je ne me lasse pas de parcourir les blogs sur l'Egyptologie : cette civilisation est très attrayante ! Bonne continuation dans le blog et pour tout et à bientôt !<br /> <br /> <br />
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R
<br /> <br />      Merci Thierry, pour vos appréciations et vos souhaits.<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br />      Ce n'est pas tant la civilisation égyptienne qui vouait, comme vous l'écrivez, "un culte hors norme à ses défunts" que les vivants<br /> eux-mêmes qui mettaient tout en oeuvre pour se préparer un avenir post mortem des plus agréables qu'il soit !<br /> <br /> <br /> <br />
X
<br /> Bonsoir Richard, merci encore pour nous faire découvrir des Trésors en avant première !! Bonnes vacances ! et au 17 juillet. Xine<br /> <br /> <br />
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R
<br /> <br />      C'est un plaisir pour moi, vous vous en doutez ...<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br />      Les vacances sont effectivement prévues à l'horizon de mon blog à la fin de ce mois et entièrement le prochain ; mais je n'abandonnerai<br /> personne : je prépare quelques "programmations" .<br /> <br /> <br />      Deux différences, toutefois : les sujets proposés et le fait que ma non présence continue au pays ne me permettra pas de répondre avec<br /> autant d'assiduité aux commentaires qui me seront éventuellement adressés ... puisqu'il est hors de question que j'emporte avec moi un ordinateur de poche !<br /> <br /> <br /> <br />
J
<br /> Que sommes-nous à côté de ces personnages prestigieux ?<br /> Quel souvenir laisserons-nous à nos lointains descendants ?<br /> Mais, après tout, qu'en avons-nous à faire ?<br /> En espérant que vous voudrez bien m'excuser pour ces réflexions iconoclastes ! Je ne nie absolument pas l'intérêt des recherches archéologiques qui nous informent sur nos lointains ancêtres et qui<br /> nous permettent une ouverture prospective sur notre avenir...<br /> <br /> <br />
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R
<br /> <br />      Je ne vais évidemment pas, cher Jean-Pierre, essayer ici de vous convaincre de la nécessité de connaître le passé pour mieux appréhender le<br /> présent : ce serait trop fastidieux et pour moi et pour vous. En outre, connaissant votre humour caustique, je crois savoir ce que je dois en penser.<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br />      Toutefois, par rapport au souvenir que l'on laisse, j'aimerais ajouter que :<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> 1. Chez les Egyptiens, le fait d'avoir une inscription patronymique gravée sur un monument, stèle ou paroi d'une tombe, et surtout que ce nom soit<br /> prononcé à hautre voix, était dans leur conception des choses suffisant pour leur assurer le souvenir éternel.<br /> <br /> <br /> La preuve ... nous en parlons encore ! ()<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> 2. Pour ce qui me concerne, je plagierai quelque peu Horace en écrivant simplement qu'avec ma bibliothèque, j'ai constitué "un monument plus durable que<br /> l'airain. Je ne mourrai pas tout entier et la plus grande partie de moi-même échappera au trépas".<br /> <br /> <br /> Et Prospero, dans le premier acte de La Tempête, de Skakespeare, ne disait pas autre chose quand il confiait : "Pour moi, pauvre homme, ma bibliothèque<br /> m'était un assez grand duché".<br /> <br /> <br /> <br />
B
<br /> Bonjour Richard.<br /> <br /> Je suis une passionéede l'Egypte depuis la 6ème.Voilà 20 ans, j'ai fait une croisière sur le Nil d'Assouan au Caire. Devant les monuments les hiéroglyphes me parlaient. Rentrée en France j'ai suivi<br /> les cours Khéops par correspondance durant deux ans.Depuis, je travaille seule sur les sites du web.Nous sommes une petite association "Ramsès" à Ajaccio. C'est un de mes collègues qui m'a fait<br /> découvrir votre site.Il vous a même écrit ces derniers temps (Mr Jean Décius Poli).Je serai désormais une fidèle de votre site passionnant sur le Louvre.<br /> <br /> Cordialement à vous et bonnes vacances.<br /> <br /> Denise Bonardi<br /> <br /> <br />
Répondre
R
<br /> <br /> Les cours Khéops : vous n'avez pas choisi n'importe qui !!<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Ok : je comprends maintenant un peu mieux : ce lecteur m'avait en effet demandé l'autorisation de "divulguer" mon blog à ses amis.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Merci à vous, Denise, pour toutes ces précisions et votre élogieuse appréciation.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> A bientôt.<br /> <br /> <br /> <br />
B
<br /> Bonjour Richard.<br /> <br /> Depuis quelques semaines j'ai découvert votre site qui me passionne. J'en suis devenue une fidéle et vous remercie infiniment pour tous vos travaux qui cultive notre connaissance sur<br /> l'Egypte.J'étudie les hiéroglyphes depuis plusieurs années et c'est la passion de ma vie.Je vous souhaite une excellent continuation et au plaisir de retrouver vos commentaires sur le web.<br /> <br /> Denise Bonardi<br /> <br /> <br />
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R
<br /> <br />      Bienvenue et merci à vous, Denise, pour votre aimable commentaire matinal.<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br />      De quelle manière étudiez-vous les hiéroglyphes ? Dans une université ou par correspondance ?<br /> <br /> <br /> <br />

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