Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
17 septembre 2010 5 17 /09 /septembre /2010 23:00

 

     Ainsi que nous en étions convenus vous et moi, samedi dernier, amis lecteurs, nous allons sous peu, grâce aux fouilles menées par l'Institut tchèque d'égyptologie aux confins sud-ouest du site de la nécropole d'Abousir, nous diriger vers le mastaba d'Iufaa, un haut fonctionnaire palatial de l'époque saïto-perse, au VIème siècle avant notre ère, qui fut tout à la fois directeur du palais et prêtre lecteur.

 

     Mais avant que de conserve nous pénétrions dans son domaine funéraire, je voudrais consacrer mon intervention de ce matin à historiquement préciser ce que les égyptologues entendent par époque saïto-perse.

 

     Comme j'ai  eu récemment l'opportunité de le rappeler, c'est au savant Karl Richard Lepsius (1810-1884) que nous devons la division de l'histoire égyptienne en trois grandes parties auxquelles il a donné les noms, traduits de l'allemand, de : Ancien Empire, Moyen Empire et Nouvel Empire. Si d'aventure il vous intéresse d'avoir des  dates "précises", il suffit de vous reporter au tableau chronologique que j'ai en son temps publié ici.

 

     Vous aurez remarqué que j'ai opté d'assortir le terme précise de guillemets : ce n'est évidemment pas anodin !  Si au fil de vos lectures vous est venue l'idée de comparer les chronologies présentées dans  l'un ou l'autre ouvrage consacré à l'Egypte, vous aurez très vite constaté que des différences, parfois notoires, sont à épingler pour ce qui concerne la date de début et/ou de fin d'une époque, d'une dynastie, d'un règne ... 

 

     Alors que dans leurs cénacles, les égyptologues ne sont jamais parvenus à se mettre d'accord sur ce sujet-là, voici qu'en juin dernier, le magazine Sciences et Avenir fait état de l'établissement, par une équipe de chercheurs internationaux, d'une nouvelle chronologie - définie cette fois comme absolue -, suite à l'étude de divers éléments végétaux mis au jour dans certaines tombes et analysés grâce à la méthode du carbone-14 .

 

     La proposition de dates "affinées" ne va certes pas profondément révolutionner l'histoire, mais il faudra peut-être en tenir compte pour quelques-unes d'entre elles, par exemple celle concernant le début de l'Ancien Empire. C'est ce qu'avec plus de détails que je ne souhaite en donner vous trouverez dans cet article.  

 

     Séparant les trois grandes subdivisions de Lepsius, il a été convenu d'intercaler des périodes appelées "intermédiaires" ; et pour compléter l'ensemble, d'attribuer les noms de Basse Epoque, d'Epoque ptolémaïque et enfin romaine au dernier millénaire de la civilisation égyptienne proprement dite.

 

     Et c'est précisément dans l'acception de Basse Epoque que nous nous trouvons avec l'époque saïto-perse qui constitue aujourd'hui  l'objet de mes propos.

 

     Depuis la relation qu'en avait rédigée le prêtre égyptien Manéthon de Sebennytos au IIIème siècle avant notre ère, les égyptologues ont pris l'habitude, avec parfois quelques nuances, d'adopter son compartimentage quelque peu arbitraire, mais bien confortable, de l'histoire pharaonique en trente dynasties. Dans cette vision commode, la Basse Epoque quant à elle, pour les quelque quatre cents années qui la constituent, recouvre les dernières d'entre elles, soit les dynasties XXV à XXX.


     Et dans cet espace théorique, la XXVIème, que l'on s'accorde généralement à faire débuter en 664 avant notre ère, avec le règne de Psammétique Ier,

 

 

Psammétique Ier

 

et la XXVIIème qui commence en 525, suite à la domination  de Cambyse sur l'Egypte et l'évincement du pharaon en titre, Psammétique III,

 

 

Cambyses II capturing Psamtik III (Sceau persan du VIème s

 

constituent précisément ce qu'il est maintenant convenu de nommer l'époque saïto-perse.

 

     Mais pour quelles raisons exactement ? 

 

     A la XXVème dynastie, celle qui inaugure la Basse Epoque, l'Egypte connaît une période assez problématique de son histoire dans la mesure où, régie par des souverains d'origine koushite - définis il n'y a guère encore d' "éthiopiens" par certains égyptologues -, elle a perdu son indépendance.


     C'est de la ville de Saïs située sur une des branches nilotiques du Delta occidental, lieu de culte de la déesse Neith, devenue chef-lieu du cinquième nome de Basse-Egypte, puis capitale dynastique dont il ne subsiste de nos jours pratiquement aucun vestige, que partiront, avec Psammétique Ier, la résistance aux fins de s'affranchir de la mainmise étrangère, partant, la restauration de l'unité nationale en imposant progressivement la gouvernance saïte sur d'autres villes du Delta, puis sur toute la Basse-Egypte et enfin sur la Haute-Egypte.

 

     S'il y a parmi vous, amis lecteurs, quelques bons connaisseurs de philosophie grecque, ils se souviendront très certainement de ce toponyme dans la mesure où Platon, dans un de ses dialogues intitulé le Timée, affirme (Oeuvres complètes, Pléiade, Gallimard 1950, Tome II, pp. 440-1) que ce sont précisément les prêtres de Saïs qui, lors de son séjour en Egypte, auraient confié les fameux secrets de l'Atlantide à Solon, ce Sage athénien qui, grâce au texte d'une Constitution qu'il rédigea, est définitevement considéré comme le concepteur de la Démocratie.

 

      Et si d'aucuns sont familiers des textes d'Hérodote, ils croiseront, au Livre II de L'Enquête, plusieurs évocations des monuments les plus prestigieux, tant civils que religieux, érigés dans cette ville qu'il avait visitée lors de son séjour en Egypte, vers le milieu du Vème siècle avant notre ère, à la fin de la première domination perse. Témoignage topographique capital que le sien, s'il en est, dans la mesure où, comme je l'ai indiqué ci-avant, tout est maintenant disparu de la magnificence antique.


     A la fin de la première domination perse, ai-je précisé. En effet, comme souvent en histoire, à une période faste succèdent des temps troublés :  Cambyse II,  de la dynastie des Achéménides, roi de Perse, dans le droit fil d'une politique d'expansion au Proche-Orient que son père, Cyrus le Grand, avait déjà initiée : conquête des royaumes mède en 550, lydien en 546 et néo-babylonien en 539, à l'aide d'une flotte de guerre qu'il venait de se faire construire de manière à  plus aisément contrer les défenses égyptiennes, après s'être confronté à elles à Péluse, dans le Delta oriental, rallie Memphis et s'empare manu militari du pharaon saïte Psammétique III, mais aussi de son fils et de quelques hauts dignitaires de la cour. La XXVIème dynastie laissait ainsi la place à celle qu'après Manéthon toujours les égyptologues ont pris coutume d'appeler perse.

 

 

     Les interventions que je vous ai proposées dans les mois précédents à propos des découvertes tchèques en Abousir vous ont assurément permis de comprendre que cette vaste nécropole fut essentiellement, à tout le moins dans la partie nord du site, celle de certains souverains des trois dernières dynasties de l'Ancien Empire dont la plupart des pyramides se résument actuellement à des monceaux de ruines ; ainsi que des hauts fonctionnaires qui, gravitant dans l'entourage royal, obtinrent l'insigne privilège d'aménager là leur propre mastaba, impressionnants pour certains d'entre eux  : c'était évidemment du temps où le pouvoir résidait à Memphis, capitale d'empire. 


     Quand Thèbes devint, bien après Memphis, elle aussi capitale pharaonique, les nécropoles de Saqqarah, Abousir et de toute cette région du nord du pays furent délaissées au profit de la montagne thébaine, avec ses célèbres vallées des Rois, des Reines et des Nobles celant en leur sein nombre d'hypogées presque toujours richement décorés.

 

     Il fallut donc attendre cette époque saïto-perse des XXVIème et XXVIIème dynasties que je viens d'évoquer pour que, les vicissitudes de l'Histoire aidant, le site d'Abousir recouvrât une nouvelle aura, grâce à un cimetière situé au sud des pyramides royales d'Ancien Empire et caractérisé par des tombes-puits, - ce que la littérature égyptologique anglophone nomme "Shaft Tombs".

 

     Le temps est venu à présent, après cette importante mise au point historico-chronologique, de diriger nos pas vers le mastaba d'Iufaa, à quelques mètres au sud de celui d'Oudjahorresnet que nous avions, rappelez-vous, visité au printemps dernier.

 

 

 

Site-d-Abousir.jpg

 

      Sur le dessin de Vladimir Bruna ci-dessus que j'ai photographié à la page 25 du catalogue de l'exposition Discovering the Land on the Nile [Objevovani zeme na Nilu] qui s'est tenue au Narodni Museum de Prague en 2008 pour commémorer le cinquantième anniversaire de la création de l'Institut tchèque d'égyptologie, l'emplacement du tombeau d'Oudjahorresnet porte le numéro 9 ; et celui d'Iufaa, le 10.

 

     J'espère que, munis de cette petite carte du site, vous n'aurez aucune peine, amis lecteurs, à venir me retrouver samedi prochain aux abords de ce nouveau complexe funéraire que nous explorerons ensemble ...

 

 

 

(Perdu : 2003, 3-12)

Partager cet article

Repost 0
Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte à l'Est
commenter cet article

commentaires

Fille du Midi 24/09/2010 22:03


Je dois avouer que je ne connais pas grand chose à l'histoire de l'Egypte.
Merci de partager vos grandes connaissances... même si je ne comprends pas tout, je ne demande qu'à apprendre !


Richard LEJEUNE 25/09/2010 08:01



     Dans ce cas, il ne faut pas hésiter à me poser des questions : aucune n'est superflue ou idiote ; toutes prouvent la volonté de progresser
dans la connaisance d'un sujet, quel qu'il soit.


 


     Je fus Enseignant trente-trois années durant et ce blog prouve, si d'aventure il en était encore besoin, que je le suis resté ...



Viviane 21/09/2010 16:11


Un blog riche et très intéressant!
Bravo!
Bonne fin de journée.
Bisous
Viviane


Richard LEJEUNE 22/09/2010 09:39



Merci à vous.


Puis-je vous demander en quoi il vous paraît riche et intéressant ?


Sont-ce, comme ici, les articles du samedi, ou ceux du mardi que vous appréciez plus particulièrement ?


 


A bientôt vous lire ?



FAN 20/09/2010 08:47


Ouf, je suis rassurée!!Je suis heureuse d'avoir l'avis d'un homme qui aime partager son savoir et qui en plus a quelque peu une opinion qui ressemble à la mienne!!Il faut dire que j'ai fait un peu
de provocation pour savoir votre pensée cher Richard (oh, la vilaine)!!Bien sûr qu'Héraclite parlait du "mouvement" de la nature, et en cela, j'apprécie la théorie de Darwin! Quant à la nature
humaine, qui peut basculer de bon à mauvais, il est certain que le débat peut-être long!! Nous n'aurons pas assez de "temps" le pourquoi et le comment de ce que l'on nomme LA VIE, c'est ce qui fait
son "sel"! BISOUS FAN


Richard LEJEUNE 20/09/2010 09:00



     Je n'épinglerai qu'une expression de votre commentaire : "oh, la vilaine"



J-P Silvestre 19/09/2010 14:56


Pour contrebalancer le dicton que j'ai évoqué, il y a celui attribué à Georges Bidault, homme politique français qui ne peut être suspecté de sympathie pour le nazisme. Il a rejoint De Gaulle à
Londres dès 1940 et a participé activement aux émissions de la BBC à destination de la France combattante. Le voici : "L'histoire ne repasse pas les plats"


Richard LEJEUNE 20/09/2010 08:31



     Et cette assertion emboîte parfaitement le pas à Héraclite.



FAN 19/09/2010 10:32


"On ne se baigne pas deux fois dans le même fleuve"??? C'est d'un orgueil démesuré cette réflexion (pas d'accord en tant que citation)Il est certain que c'est pur esprit guerrier, aussi, je la
laisse au guerriers!! Cher Richard, c'est dommage que l'on ne puisse agrandir la carte!! A Samedi!! BISOUS FAN


Richard LEJEUNE 20/09/2010 08:30



     Permettez-moi de ne point être du tout en accord avec votre réaction, chère Fan !


     Il ne s'agit pas du tout d'orgueil, ici, et encore moins d'un orgueil guerrier : Héraclite était un de ces philosophes grecs, précédant d'un
siècle (au moins) Platon, Socrate puis Aristote, qui n'eurent de cesse d'expliquer le monde et ses origines. 


 


     Si certains des ses contemporains plaçaient soit le feu, soit l'eau, par exemple, comme élément premier à l'origine de notre monde, lui, il
préférait voir le mouvement, le changement comme condition première de l'harmonie du cosmos. Et l'Homme, à ses yeux, qui nait, vit et meurt sur cette terre, ne peut que participer de ce
mouvement, de ce changement perpétuel.


 


     Pour quelque peu paraphraser son aphorisme, je vous ferais simplement remarquer que si, d'aventure, il vous a déjà été donné de vous baigner
dans une rivière, tout ce que vous y avez vu, constaté et vécu à ce moment-là précisément, vous le ne reverrez plus, ne le constaterez plus, ne le vivrez jamais plus de la même manière exactement
en retournant un autre jour plonger dans ce cours d'eau. Car entre vos deux baignades, les choses auront simplement changé.


Tout comme, d'ailleurs, le cours de votre vie ...


 


     Ce n'est que cette penséee que traduit ici Héraclite.


 


     Cela, il me semble, n'a strictement rien d'orgueilleux, n'est-ce pas ? C'est une constatation de ce qui se passe dans la nature qu'à mon
sens personne ne peut nier.


 


     Constatation à partir de laquelle, en extrapolant, on peut disserter sur l'Homme lui même, ses réactions, ses prises de positions, etc.
C'est un peu ce que fit ici Jean-Pierre, en citant la phrase qu'il attribue à Göring et qui signifie parfaitement le contraire de ce qu'avance Héraclite.


 


     Pour moi, un événement, quel qu'il soit, est finalement toujours unique, même s'il fait, vaguement ou non, penser à un autre, du même
type.


En revanche, les caractères humains, eux, n'ont pas vraiment varié : de sorte qu'à mes yeux, ce n'est pas l'histoire qui est un éternel recommencement, mais l'Homme
qui la vit, ou la fait. Ceci posé, je n'appellerai pas cela "recommencement", mais plutôt "continuité" ou,  mieux encore : "constance".





     Car de tous temps, certains êtres humains furent orgueilleux, déraisonnables et n'agirent qu'en fonction de leur petite personne ... alors
que d'autres étaient altruistes, doués de raison et modestes.


L'Homme, pour résumer, peut être bon comme il peut être le pire des criminels ! Et il setrait fallacieux de croire que ce sont des catégories totalement différentes
: pour une raison ou une autre, l'un peut malheureusement basculer, et très rapidement, de l'une à l'autre. C'est trop facile de croire qu'il y a le gêne en certains de l'homme bon et en d'autres
celui de l'assassin ...


 


     Mais ceci est encore un autre débat qui nous entrainerait fort loin ...


 



J-P Silvestre 18/09/2010 15:38


L'histoire est-elle un éternel recommencement ? Le dicton perd beaucoup de sa valeur quand on apprend qu'il est attribué à un certain Göring...


Richard LEJEUNE 19/09/2010 09:21



     J'ignorais complètement que ce triste sire eût pu prononcer cette antienne !


 


     Ceci posé, de manière à éventuellement initier un débat philosophique, je lance cet autre apophtegme, émanant de la pensée antique celui-là,
attribué à Héraclite : "On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve" ...


 


Lequel des deux a raison ?


A vos plumes !



Nat 18/09/2010 07:25


Explorons, explorons, je n'attends que cela...


Richard LEJEUNE 18/09/2010 08:43



     Patience, patience, ma chère Nat : je ne prends l'avion vers Le Caire que la semaine prochaine pour, dès samedi matin, arpenter le site
d'Abousir ...



Présentation

  • : EgyptoMusée - Le blog de Richard LEJEUNE
  • EgyptoMusée  -  Le blog de Richard  LEJEUNE
  • : Visite, au Musée du Louvre, au fil des semaines, salle par salle, du Département des Antiquités égyptiennes.Mais aussi articles concernant l'égyptologie en Belgique.Mais aussi la littérature égyptienne antique.Et enfin certains de mes coups de coeur à découvrir dans la rubrique "RichArt" ...
  • Contact

SI VOUS CHERCHEZ ...

Table des Matières (13-12-2012)

 

METCHETCHI

 

OU

 

Sinouhé - Hiéroglyphes

 

SINOUHE

Ou Encore ...

L' INDISPENSABLE



Les dessins au porte-mines

de Jean-Claude VINCENT

EgyptoMusée est membre de

Pages