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15 décembre 2009 2 15 /12 /décembre /2009 00:00

 

     Avec vous aujourd'hui, ami lecteur, après avoir mardi dernier rapidement brossé les raisons qui unirent - ne devrais-je pas plutôt écrire : qui désunirent ? - le jeune Thoutmosis III et sa tante et belle-mère, la reine Hatchepsout, je voudrais, comme je vous l'avais promis en clôturant mon intervention, tenter de décoder la longue inscription que les égyptologues définissent sous le nom d' Annales.


      Si son grand-père, Thoutmosis Ier, avait déjà considérablement repoussé les frontières de l'Egypte, au sud, en Nubie donc, jusqu'à la quatrième cataracte et au nord-est, au Proche-Orient, jusqu'à l'Euphrate mésopotamien, Thoutmosis III, pour sa part, dès son accession à la tête du pays en tant que monarque unique, n'a pas d'autre choix, s'il veut prouver à la face du monde qu'il est le "seul maître à bord", que de faire face aux velléités contestataires qui commencent à sourdre chez les princes mitanniens et leurs alliés par rapport à la domination égyptienne en menant une série d'incursions, dix-sept en tout, dans cette Asie grosse de richesses qui font cruellement défaut à son pays.

     C'est la narration de ses campagnes militaires, mais surtout du butin qu'elles lui rapportèrent, que le  souverain - il approchait de la cinquantaine -, fit graver,
à partir de l'an 42 de son règne, sur certains murs de l'espace compris entre le VIème pylône et le sanctuaire de la barque dans le temple d'Amon-Rê, à Karnak.




    (Je rappelle que je dois ce cliché du début du "Mur des Annales" à l'obligeante amitié du Dr. Dimitri
Laboury, de l'Université de Liège.)
 

     Lors de son séjour en Egypte afin de vérifier de visu le bien-fondé du système de déchiffrement des hiéroglyphes qu'il avait mis au point quelques années auparavant, Jean-François Champollion avait croqué un nombre considérable de monuments inscrits ; dessins qu'après son décès prématuré publia son frère dans un ouvrage d'importance intitulé Monuments de l'Egypte et de la Nubie.

     Les deux documents ci-dessous proviennent du quatrième volume de planches de ce précieux ensemble : je les ai réalisés afin de vous permettre de visualiser avec précision le tableau figuratif qui surplombe les premières colonnes du texte des "Annales" de la photographie précédente : c'est là et avec cette scène séparée en deux registres que commence véritablement le récit que nous découvrirons ensemble le premier mardi du mois de janvier.

Mur-des---Annales---1---Champollion-copie-1.jpg

Mur-des---Annales---2---Champollion-copie-1.jpg

     A Karnak, donc, comme vous l'aurez constaté sur la photo originale, les deux planches ci-dessus reprises de l'ouvrage du célèbre Figeacois ne constituent qu'une seule scène : à gauche, Thoutmosis III, représenté debout, en taille héroïque, portant pagne traditionnel et double couronne l'instituant roi de Haute et Basse-Egypte, entouré de signes hiéroglyphiques dont certains, dans des cartouches, faisant partie des noms de sa titulature officielle, agissent comme une sorte de "carte d'identité", tandis que d'autres, devant lui, énoncent ses intentions de faire construire des monuments pour son père Amon.

     Le roi brandit le sceptre de consécration en direction des nombreuses offrandes répertoriées sur neuf  niveaux et disposées devant le dieu thébain, assis à droite, sur un siège cubique des plus simples posé sur un piédestal à allure vaguement trapézoïdale : il s'agit en réalité de ce que les égyptologues nomment le "socle maât" parce qu'il prend la forme d'un hiéroglyphe (
Aa15) correspondant à notre M et avec lequel peut s'écrire le nom du concept de justice ...

     Parmi ces biens offerts à Amon-Rê, après deux obélisques, vous remarquerez notamment des coffrets en bois précieux, des colliers, des miroirs, des autels portatifs, des statuettes, des vases aux formes très variées, le tout mêlant or, argent, électrum, cuivre, albâtre, turquoise et lapis-lazuli ...

     Précisant tous ces trésors issus des tributs livrés par les pays soumis à l'hégémonie égyptienne, de  simples signes hiéroglyphiques en indiquent le plus souvent la quantité :
le "∩" comptabilisant les dizaines et la petite barre verticale, les unités.




     En dessous, à droite, sous le siège d'Amon-Rê, parfaitement visibles sur la première photo, mais non dessinées par Champollion, débutent donc les toutes premières colonnes du texte des "Annales", pas toujours en excellent état de conservation mais néanmoins copiées et recopiées, translittérées, traduites
en différentes langues et abondamment étudiées, disséquées, minutieusement analysées et commentées par la communauté égyptologique depuis près de quatre-vingts ans.  

 

     D'emblée, fondant une partie de la suite de mon intervention sur la magistrale étude que l'égyptologue français Pierre Grandet a consacrée en 2008 à la "pensée stratégique" des pharaons du Nouvel Empire, je voudrais quelque peu - pour au moins justifier le titre complet de cet article - couper les ailes au canard. Certes pas à celui qui vous accueille en chapeau de ce blog à chacun de vos passages, ami lecteur,  mais plutôt à tous ceux qui, historiens ou simples amateurs comme votre serviteur, se contenteraient d'inlassablement véhiculer, sans rien remettre en question, des idées, des poncifs, des notions péremptoirement assénées de longue date.

     Pour volontairement dépoussiérer l'Histoire, pour la dégager d'une gangue devenue trop étroite, il est bon, - c'est presque une lapalissade ! - de revenir aux sources chères à tout philologue : le texte original. Mais une interprétation de document constituant immanquablement le produit d'une époque et d'une société données - c'est ce que, d'une certaine manière le sociologue Pierre Bourdieu appelait l'habitus -, il est nécessaire, pour en évaluer toutes les composantes, de confronter les différentes sources littéraires non seulement entre elles, mais aussi avec les découvertes les plus récentes de l'archéologie.

     Ainsi, pour ce qui concerne les "Annales" de Thoutmosis III, les savants qui ont traduit le texte colligé par Kurt Sethe ont souvent répété que ce récit excipait d'une Egypte traumatisée par la récente "domination" des Hyksos afin de pouvoir créditer le souverain d'une volonté avérée d'étendre, comme son grand-père l'avait fait avant lui, son emprise sur tout le Proche-Orient jusqu'à l'Euphrate en vue d'y instaurer une sorte de zone tampon, un "glacis défensif", pour reprendre les termes mêmes de Pierre Grandet, "visant à la protéger de toute nouvelle tentative d'invasion." Et qu'après cela, après cela seulement, une exploitation économique des pays conquis aurait été mise en place.

     Deux points doivent à ce niveau être pris en considération : les artistes scribes convoqués par Pharaon  pour graver ici et là narration de ses faits et gestes se devaient de rédiger une oeuvre de propagande exaltant ses  exploits et, comme l'Histoire, malheureusement, en fournira tout au long des siècles des preuves parfois bien plus dramatiques, étaient amenés à en proposer une vision obligatoirement partiale dans la mesure où il était impératif que l'image de force, de puissance, d'invincibilité véhiculée ainsi par le souverain corresponde parfaitement à ce qu'en attendait la population égyptienne.

     Conscients de cet état de fait, il nous faut donc lire les "Annales" avec circonspection et, surtout, ne pas prendre tout ce qui y est écrit au pied de la lettre. 

     Historiquement parlant, et là réside le second point auquel il  importe d'être attentif : depuis les temps les plus anciens, l'Egypte, totalement dénuée de certaines ressources, s'était toujours tournée vers ses plus proches voisins pour y obtenir ce dont elle avait besoin par l'entremise d'une politique d'échanges commerciaux qui, jusqu'au règne de Thoutmosis Ier, n'avait posé aucun problème relationnel. Et c'était tout à fait pacifiquement qu'au Liban, elle se procurait le bois lui permettant, notamment, la confection des embarcations bien nécessaires aux déplacements sur le Nil ; mais aussi dans d'autres régions le cuivre et l'étain dont l'alliage donnait ce bronze que quasiment toutes les premières civilisations - l'Egypte ne dérogeant pas à la règle -, utilisèrent comme métal de base pour l'élaboration de leur outillage et de leur armement. 

     Mais à l'aube du Nouvel Empire, deux puissances prennent position dominante sur l'échiquier proche-oriental et entendent bien en découdre avec la mainmise égyptienne : le royaume du Mitanni, en Haute-Mésopotamie, entre Tigre et Euphrate donc, et celui du Hatti, des Hittites, en Anatolie, dans la Turquie actuelle.

     L'Egypte éprouve dès lors l'obligation de persuader, voire même de contraindre ces  potentats étrangers à partager l'exploitation de leurs ressources naturelles : la guerre que, pour la première fois, Thoutmosis Ier, choisira comme l'une des cordes à l'arc de sa politique étrangère, le disputera en tactique avec la diplomatie.

     Nonobstant, ne vous méprenez pas sur mes propos : si je devais additionner noir sur blanc les années pendant lesquelles l'Egypte du Nouvel Empire eut des rapports bellicistes avec l'un quelconque de ses voisins, j'obtiendrais un nombre tellement peu élevé qu'il faudrait immanquablement que soient reconsidérées des expressions telles que "Empire des Conquérants" ou "Expansionnisme guerrier" qui, certes, connurent leur heure de gloire mais qui, à la lumière d'une analyse textuelle plus précise, ne sont plus de mise.

     Ne me faites néanmoins pas dire ce que je n'ai pas écrit ! L'Egypte thoutmoside et ramesside connut de sanglants conflits : ils furent abondamment relatés par l'image et le texte sur les parois des plus grands monuments, pour les raisons idéologiques que je viens d'évoquer. Mais - et cela me semble capital à comprendre - ils ne constituèrent jamais, avec Thoutmosis III à tout le moins, un but d'occupation militaire pour elle-même : ils furent toujours la conséquence d'une volonté de s'assurer la continuité de l'accès aux ressources nécessaires à la survie du pays en se protégeant contre ceux qui, parfois, ne l'entendaient pas de cette oreille. 

     Ce qui ne signifie évidemment pas que je sois moi aussi partial et que j'exonère le pouvoir pharaonique d'une responsabilité en la matière. Mais ce que je voulais démontrer aujourd'hui c'est que les raisons invoquées pour expliquer les périodes de graves conflits égyptiens avec le Proche-Orient sont à revoir à l'aune d'une approche scientifiquement plus pointue et des textes et des représentations que nous a laissés la civilisation égyptienne.
                

     C'est donc en ayant cette grille de lecture nouvelle à l'esprit que je me propose, le mardi  5 janvier prochain, de vous présenter la première section des "Annales" de Thoutmosis III, celle donc qui relate la campagne de l'an 23 à Mégiddo.


    Mais avant de prendre définitivement congé de vous, ami lecteur, à la veille de ces vacances scolaires et des fêtes de fin d'année qui approchent, je vous convie, une dernière fois en 2009, à ensemble déambuler dans Mala Strana, samedi 19 décembre prochain. 



     

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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commentaires

Michel 18/12/2009 15:23


merci Richard, je n'ai pas d'attente particulière, je cherche seulement à comprendre ce problème de la "route de l'étain" vers l'egypte. Il me semble quand même que le plomb est fréquemment cité
dans les listes de butin ou tribut, d'où mes interrogations.


Richard LEJEUNE 19/12/2009 09:11



     OK, Michel.
 
     Présumant que tu disposes de cet ouvrage de Grandet auquel je fais constamment allusion dans mon article et les réponses à tes commentaires, je me doute que tu as repéré,
dans son introduction, les pages 33 à 40, dans lesquelles il explique très clairement ce qu'il faut entendre par "routes de l'étain" (qu'il met d'ailleurs au pluriel) ...



Michel 18/12/2009 09:00


Merci, Richard, pour ces explications. Je reste cependant perplexe. le plomb est cité fréquemment dans les listes de butin. Pourtant même si le plomb facilite la coulée du bronze dans les moules
lorsque ajouté en petite quantité (trop, il le rend cassant), ce n'est pas un métal indispensable ni rare (le minerai se trouve en Egypte, désert oriental) comme l'étain dont la seule source semble
être l'Afghanistan.Même si dans le butin ils pouvaient importer des lingots de bronze, je pense qu'ils devaient aussi le produire en Egypte et ils avaient besoin d'étain,puisqu'ils avaient le
cuivre par les mines du Sinaï puis de Jordanie.
Est-ce que Grandet n'aurait pas raison et que le terme traduit par "plomb" ne serait pas en réalité l'étain, erreur commise non par le scribes mais par les premiers traducteurs des hiéroglyphes?
Les métaux devaient se resembler au point de vue couleur.


Richard LEJEUNE 18/12/2009 12:55



     Attention, Michel : dans ma réponse d'hier soir à ton commentaire, je n'ai cité le plomb ("djety", en égyptien ancien) QUE parce
qu'il est, dans les dictionnaires que je détiens, le terme qui se rapproche le plus du "djéhy" que Pierre Grandet donne pour définir la notion d'étain. Je n'ai rien avancé d'autre ... Ce
n'est donc pas lui, mais moi qui ai mentionné le plomb.

     Je n'aurai évidemment pas l'imbécile prétention de me mesurer à ce grand savant : j'écris simplement que je n'ai pas trouvé trace du terme qu'il propose (j'aurais
d'ailleurs aimé qu'il en donne la transcription hiéroglyphique, voire qu'il cite l'une ou l'autre source dans laquelle il l'a rencontré ...)


      Maintenant, pour plus spécifiquement revenir sur le fait que tu crédites les Egyptiens de fabriquer eux-mêmes le bronze et donc, pour ce faire, d'avoir évidemment
besoin de cuivre et d'étain, je ne puis que convoquer Jean Yoyotte qui, à l'entrée "Cuivre et bronze", pp. 74-5 du "Dictionnaire de la civilisation égyptienne" signé en
collaboration avec G. Poserner et S. Sauneron et que j'ai très souvent sollicité dans mes articles, écrivait :

"Rien ne prouve avec certitude que les Egyptiens aient eux-mêmes pratiqué couramment le mélange de cuivre jaune et d'étain qui donne le bronze (...); les inscriptions officielles se servent
généralement pour désigner l'alliage du terme qui s'appliquait anciennement au cuivre pur."

      Tu voudras bien remarquer, Michel, que d'une certaine manière Pierre Grandet développe  en 2008 la même idée dans la note infrapaginale à laquelle j'ai hier
aussi fait allusion quand il écrit que :

"Il est également possible que l'Egypte ait importé du Proche-Orient l'étain déjà incorporé au bronze (sous forme, par exemple, d'objet à recycler)" ...  


     Désolé, Michel, si tout ceci ne rencontre pas entièrement ton attente ; mais mes deux réponses constituent ce que je sais d'après les sources que je possède.
Je ne puis donc rien avancer de plus. Actuellement, du moins ...  



Michel 17/12/2009 13:44


Il me semble que le règne pacifique d'Aménophis III est surtout la conséquence de l'alliance avec le Mitanni qui faisait règner l'ordre en Syrie du nord et Haute Mésopotamie. Quand les Hittites ont
affaibli puis vaincu le Mitanni à partir du règne d'Akhénaton, le désordre a régné, surtout avec les agissements de l'Amourrou contre les cités alliées de l'Egypte.
Pour en revenir à Thoutmosis III, je suis surpris (sauf erreur de ma part) que jamais dans les Annales, l'étain ne soit cité dans les listes de butin, alors que , selon Grandet, opinion que je
partage, son obtention est la raison principale de l'engagement égyptien en Syrie. Peux-tu me le confirmer Richard? Et le mot "étain" est-il courant en hiéroglyphe?


Richard LEJEUNE 17/12/2009 21:12



     Tout à fait d'accord avec ta première phrase, Michel. Et d'ailleurs, je n'ai rien exprimé d'autre quand, dans la réponse à Jean-Claude,
j'écris que c'est à partir du règne de Thoutmosis IV que l'Egypte entame une longue période de paix avec le Mitanni.

     Certes, aucun document, aucun traité officiel n'en a gardé traces. Mais il est indéniable que son union avec la fille du souverain mitannien Artatama Ier scelle cette
paix bienvenue. Paix d'autant plus souhaitée, voire même, selon Pierre Grandet dans l'ouvrage que je cite en référence, initiée par le roi lui-même, qu'une menace de conflit avec le Hatti se
profilait à l'horizon du Mitanni ; et qu'il semblerait que deux conflits à mener de front eussent posé problème à Artatama.


     Quant au terme désignant l'étain, il se dirait, toujours selon Grandet, "djéhy", mais aurait été fort rarement employé. C'est ainsi que dans sa note "O", pp.
49-50, note qu'il faut en fait comprendre comme étant la n° 46, il précise que l'étain ne figure jamais dans les listes de ce que les Asiatiques envoient à l'Egypte en guise de tributs que l'on
peut lire dans les célèbres "Lettres d'Amarna".

     Et Grandet d'en déduire qu'en plus de très souvent confondre cuivre et bronze, les scribes-comptables égyptiens, qui ne connaissaient probablement l'étain que sous forme
d'alliage, ne jugèrent pas vraiment nécessaire de le désigner nommément.

     Personnellement, et pour tenter de te répondre le plus précisément possible, j'ai cherché à retrouver ce "djéhy" dans l'un ou l'autre dictionnaire égyptien :

* dans le "Wallis Budge" qui présente cette particularité de proposer un index des termes anglais, nulle trace de "tin" ;
* idem dans l'index des termes allemands du "Wörterbuch" : pas de "Zinn" ;
* dans le "Wörterbuch" encore, il existe un "djéty" qui signifie "plomb" ; mais pas de "djéhy";
* idem dans le "Faulkner".

     J'ignore donc totalement d'où Grandet nous sort ce terme qu'il traduit par étain ... 
   


Tifet 15/12/2009 21:34


Pendant le nouvel empire, les pharaons n'avaient pas d'autre choix que d'aller chercher chez leurs voisins tout ce qui leur manquait pour construire temples, etc... la diplomatie ne suffisait
peut-être pas toujours et des conflits surgissaient......à notre époque, c'est à peu près la même chose, rien n'a vraiment changé fondamentalement .


Richard LEJEUNE 16/12/2009 11:15



     Bien évidemment, Tifet : si l'emballage contemporain a changé, l'âme humaine est malheureusement toujours ainsi faite que, pour certains,
"se servir" chez l'Autre paraît devenu tout à fait normal : il n'est qu'à penser à la façon dont sont exploitées les richesses des pays que le politiquement correct préfère appeler "en voie de
développement" plutôt que "sous-développés", exploitation au seul profit des pays riches, évidemment, pour se rendre compte qu'il n'y a rien de vraiment nouveau sous le soleil ...  

     Et les grandes messes des "G 8" qui se sont succédé dans les dernières décennies, sans oublier l'actuel sommet de Copenhague, tout aussi hypocrite, sont là pour nous
rappeler qu'il est plus facile d'essayer de se donner bonne conscience que d'agir de manière pragmatique.



Louvre-passion 15/12/2009 21:11


La lecture de ton article ainsi que l'échange de commentaires qui suit nous apprend avec raison qu'il faut toujours lire avec circonspection un texte "officiel". Je suis à peu près certain que même
le plus insignifiant des rois d'Egypte a trouvé le moyen de se glorifier d'exploits réels ou supposés.
Déjà à l'époque la propagande avait de beaux jours devant elle....


Richard LEJEUNE 16/12/2009 11:06



     Tout à fait, L.-p. : non seulement il y eut nombre de textes de propagande, d'auto-satisfaction - souviens-toi de la litanie triomphale que j'ai présentée en novembre dernier en guise
de prémices à ces articles consacrés aux "Annales" de Thoutmosis III à Karnak et au Louvre -, mais aussi une abondante iconographie allant dans le même sens : en effet, puisqu'en Egypte l'image
vaut pour ce qu'elle représente, elle est donc "magiquement" efficace ; et même sans avoir réellement participé à des exploits guerriers, les souverains se sont ainsi souvent fait représenter
terrassant les ennemis du pays ...
 
     Manière comme une autre de convaincre de leur supériorité !



Jc Vincent 15/12/2009 09:07


Il est vrai, mais je suis loin d'être expert en la matière, même si mon professeur est excellent, que l'Egypte du Nouvel Empire n'a pas toujours eu des rapports bellicistes avec ses voisins :
quelques décennies plus tard, si je ne me trompe, Aménophis III était à la tête d'un empire pacifié et d'une prospérité sans précédent pour l'Egypte : plus besoin de guerroyer ...

On peut se consacrer aux "affaires intérieures". De nouveaux et superbes temples sont construits sous son règne, ainsi par exemple qu'une magnifique tombe, la TT55 de Ramose, vizir et gouverneur de
Thèbes, une tombe de la Vallée des Nobles avec d'extraordinaires reliefs calcaire représentant les invités au banquet funéraire ...


Richard LEJEUNE 15/12/2009 14:41



     Indépendamment d'une certaine pointe d'émotion, le "professeur" éprouve toujours une bien légitime satisfaction quand, d'aventure, il
constate que l'un de ses amis proches, à l'instar de ses anciens Etudiants, pourtant spécialisé dans un tout autre domaine que l'Histoire, a écouté, retenu et se sent les aptitudes pour restituer
ce qu'au détour d'une conversation qu'accompagne un Pinot gris d'Alsace, voire un repas commun, il a dû un jour exposer.

     Effectivement, cher Jean-Claude, Aménophis III fut crédité, à juste titre, de régner sur un pays riche tant matériellement qu'artistiquement - et, à mon sens, les deux
vont de pair : il doit certainement être plus malaisé de s'épanouir en tant que créateur dans un pays en proie à des conflits et, souvent, à des conditions de vie sociale ne pouvant que freiner
cette inspiration artistique, qu'en des contrées pacifiées.

     Toutefois, il ne faut pas perdre de vue qu'historiquement parlant, Aménophis III bénéficia d'un terreau excellement préparé en ce domaine par ses ancêtres directs, Thoutmosis
Ier et Thoutmosis III - (je l'ai précédemment souligné) - ; mais aussi Aménophis II, son grand-père, par ailleurs fils de ce Thoumosis III qui traverse mes articles actuels, considéré par
l'ensemble de la communauté égyptologique comme un souverain sportif, athlétique : tu me fais d'ailleurs penser, là, qu'il faudrait qu'un jour j'évoque d'une manière ou d'une autre la
personnalité d'Aménophis II dont une stèle retrouvée en 1936 près du grand sphinx de Guizeh vante à l'envi les exploits, bien qu'il "n'ait que" renforcé la mainmise sur les terres étrangères déjà
sous hégémonie précédemment égyptienne.

     Et ce ne sera en fait qu'avec son propre père, Thoutmosis IV, que l'Egypte connaîtra cette paix durable, avec le Mitanni, notamment, à laquelle ici tu fais allusion :
elle permettra d'ailleurs, souviens-toi, des relations entre autres matrimoniales tout à fait privilégiées qu'après nos articles à toi et à moi, à partir du 2 juin 2009, consacrés au bas-relief bruxellois, j'ai relatées en présentant le scarabée "Vienne ÄOS 3878" dit "de mariage entre Amenhotep III et Tiy".

     Si la vindicte belliciste des différents successeurs du souverain ne représentèrent pas vraiment le primat de leurs intentions, il faut bien reconnaître qu'avec Séthy Ier et
surtout son fils, Ramsès II, l'Egypte repartit sur pied de guerre, dont la célèbre bataille de Qadesh constitue le moment phare.
Mais cela est une autre histoire ...

     Ceci étant, mon cher Jean-Claude, si le "professeur" se rend ainsi compte, en te lisant, de l'étendue des connaissances que tu as acquises, il prend également conscience qu'en
évoquant anodinement, dans ton dernier paragraphe, l'art particulièrement exceptionnel de la XVIIIème dynastie, Aménophis III et surtout Ramose et la tombe TT 55, tu prépares, sans avoir l'air
d'y toucher vraiment, un terrain qui ne peut qu'être favorable à l'art du dessin en particulier et, probablement aussi, à l'égyptologie en général.

2010 s'annonce d'ores et déjà pour nos lecteurs respectifs sous d'heureux auspices ...   



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