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19 janvier 2010 2 19 /01 /janvier /2010 00:00

     Mardi dernier, j'avais terminé mon intervention par un petit "jeu" de comptabilité égyptienne en vous demandant de me fournir le nombre d'animaux ramenés en guise de butin par Thoutmosis III en Egypte après la campagne de Mégiddo, en 1458 avant notre ère.


      Et bien que ceux parmi mes lecteurs qui se sont astreints à ce "devoir à domicile" ont parfaitement répondu aux trois quesions posées, je vous propose ci-après d'en visualiser les résultats.

* Colonne 14 :

Champollion---Colonne-14.jpg   




       Elle concerne les boeufs : de droite à gauche, le hiéroglyphe représentant 1000 ; 9 fois celui qui notifie les centaines ; deux fois celui des dizaines et 9 fois également celui des unités.

Soit : 1 000 + 900 + 20 + 4 = un total de 1929.















* Colonnes 15 et 16 :



Champollion - Colonnes 15 et 16     La 15 faisait allusion aux chèvres.

     Deux fois le hiéroglyphe signifiant 1000.

     Deux mille chèvres, donc, seront capturées à Mégiddo.



     Et la 16 aux moutons.

     Deux fois le hiéroglyphe signifiant  10 000 ; et 5 fois celui des centaines.

     Total : 20 500 moutons viendront paître sur les rives du Nil.








     Bravo, et merci à Jean-Claude qui, d'emblée a fourni les bonnes réponses ; à Alain qui a "vérifié" tous les calculs ... et à vous tous, amis lecteurs, qui, peu ou prou, avez  participé.  

     Suite à ce petit exercice, très scolaire je vous l'accorde, mais qui n'avait de prétention que celle d'apporter une note quelque peu ludique pour accompagner, ces premiers mardis de janvier, des articles qui ne le furent guère, et parce qu'il me tarde vraiment, sous peu, de revenir avec vous dans l'ambiance feutrée et chaude des salles du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, je vous propose aujourd'hui de mettre un point final à notre long excursus consacré aux "Annales" de Thoutmosis III.

        Après la reddition de Mégiddo, Pharaon
, dans sa grande bonté, permit aux chefs vaincus de rentrer  libres chez eux : Puis Ma Majesté les laissa s'en aller vers leurs villes, et ils partirent tous à dos d'ânes parce que je m'étais emparé de leurs chevaux, précise-t-il sur la stèle du Gebel Barkal, escomptant probablement par cette mesure psychologiquement infamante minorer leur prestige régalien aux yeux de leur peuple.

     Ce détail me permet d'ajouter que si Thoutmosis III, comme nous l'avons vu,  manda qu'abondamment  fût gravée sa première campagne asiatique sur les murs du sanctuaire d'Amon-Rê, à Karnak, il ne se priva pas non plus d'y faire allusion sur deux stèles particulières : l'une, actuellement au Musée du caire (JE 67 377) qui fut retrouvée à Armant (Hermonthis, pour les Grecs), en Haute-Egypte et l'autre, monument de granit datant de l'an 47 du règne, plus intéressante car plus prolixe, exposée au Museum of Fine Arts de Boston sous le numéro d'inventaire 23.733, provenant de la cour extérieure du temple d'Amon (B. 500) au Gebel Barkal, en aval donc de la quatrième cataracte du Nil, au Soudan actuel.

     Cette incursion proche-orientale terminée, seize autres s'ensuivirent dans le dessein avéré, pour certaines d'entre elles, notamment les 2ème, 3ème et 4ème, de fermement asseoir la puissance pharaonique en entretenant chez tous ces roitelets étrangers un sentiment habilement dosé de crainte salutaire et de respect apeuré ; ou, pour d'autres, de la 5ème à la 8ème, par exemple, de permettre à l'Egypte de conserver la frontière de l'Euphrate qu'avait atteint Thoutmosis Ier, le propre grand-père de Thoutmosis III, à plus d'un millier de kilomètres de ses terres, et derrière laquelle se trouvait le Mitanni, l'atavique ennemi.

     Quant aux autres expéditions militaires en terres asiatiques, certaines pour mâter l'une quelconque velléité de rébellion, d'autres considérées par l'égyptologue Pierre Grandet comme des "tournées d'inspection", elles n'eurent droit dans les "Annales" qu'à de très courtes narrations, l'essentiel du texte leur étant dévolu consistant à s'appesantir avec force détails sur les importants butins obtenus, ainsi que sur les tributs que tous ces gouvernants soumis apportaient annuellement à Pharaon ; dons qu'en grande partie il rétrocédait à Amon-Rê, dieu tutélaire de Thèbes, et qui se matérialisaient  par un nombre relativement considérable d'agrandissements et de transformations opérés au sein même de son temple de Karnak, sous la tutelle attentive du vizir Rêkhmirê à qui incomba l'honneur de superviser tous les chantiers commandités.

     Rien ne fut assez beau, vous l'aurez certainement constaté, amis lecteurs, lors d'un séjour à Thèbes, rien ne fut assez grandiose aux yeux de Thoutmosis III pour glorifier dans la pierre le dieu Amon d'avoir pendant près de vingt ans rendu son bras victorieux, invincible : obélisques, chapelles, piliers héraldiques à la décoration sommitale manifestant la suprématie du souverain tout à la fois sur la Haute et la Basse-Egypte, pylônes dont les scènes gravées précisent au peuple des croyants pour lesquels ces portes  signiifient  le point ultime au-delà duquel seuls Pharaon et prêtres ritualistes ont droit d'entrée, les fonctions cultuelles et conquérantes réunies dans les mains royales ; mais aussi aménagement d'un lac sacré destiné à la navigation divine, d'une nouvelle enceinte contre laquelle viendront inévitablement mourir les manifestations du chaos extérieur, d'un immense complexe liturgique, l'Akhmenou ; mais encore d'imposants colosses à l'effigie royale : tout concourait à rendre au dieu le plus bel hommage pétrifié qui soit.

     Par cette oeuvre architecturale d'envergure, Thoutmosis III donna non seulement au sanctuaire thébain ses dimensions définitives, mais aussi, et surtout, concrétisa son caractère éminemment dynastique : il consolidait de la sorte le pouvoir royal et permettait également aux prêtres d'Amon d'accroître leur  toute-puissance.

     Puis Amenhotep IV/Akhenaton vint qui, au propre comme au figuré, bouleversa quelque peu ce bel édifice. Mais ceci est une autre histoire ...

     Pour ce qui le concerne, son pays en paix, la mission qui était sienne terminée, Thoutmosis III pouvait sereinement songer à rejoindre le "bel horizon", songer à s'élever vers le ciel afin d'être uni au disque solaire, la chair divine réunie à son créateur.

     C'est en ses termes, formule certes classique et consacrée, que Amenemheb, un de ses lieutenants, vétéran de la campagne au Mitanni, consigna dans sa propre tombe de la Vallée des Nobles, à Cheikh abd el-Gournah (TT 85), le décès de son souverain, après que, précise-t-il, le roi avait achevé son temps de vie, de nombreuses et belles années, en vaillance et en puissance, comme juste de voix, depuis l'an 1 jusqu'en l'an 54, le dernier jour du troisième mois de la saison "akhet".

     Thoutmosis III avait régné 53 ans, 6 mois et 28 jours ; il devait avoir une soixantaine d'années au moment de céder définitivement le trône à son fils, Aménophis II.
Et cela aussi est une autre histoire ...          
 


(Alboui & alii : 1989, 66-9 ; Grandet : 2008, 16, note 5 ; id. : 94 ; Laboury : 1999, 52-4 ; Porter/Moss VII : 217 ; Sethe : Urk. IV, 896, 1-3 et 1236, 3-5)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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