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24 novembre 2009 2 24 /11 /novembre /2009 00:00
 
    Parce que j'y ai tout dernièrement fait allusion dans un article qui m'avait permis d'évoquer  avec vous les conditions de l'apparition tardive du cheval en terre pharaonique ; parce quelles constituent indubitablement un monument d'historiographie sans précédent pour son époque
, je voudrais aujourd'hui, avec vous, ami lecteur, conscient par la même occasion de quelque peu bousculer, pour un certain temps, le parcours que je m'étais fixé - à savoir : l'exploration, en toute logique, de la deuxième vitrine de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes  -, évoquer les "Annales" de Thoutmosis III.

 

     En prémices à une série d'articles que j'escompte leur consacrer et, ce matin, sans préambule historique aucun, je me propose simplement de vous donner à lire un extrait du texte gravé sur la stèle CGC 34.010 du Musée du Caire - appelée "Stèle poétique" ou "Stèle triomphale" par les égyptologues -, mise au jour à Karnak, dans la Cour Nord du VIème pylône et qui relate les victoires qu'Amon-Rê a accordées à Thoutmosis III : il s'agit plus particulièrement ici du "discours" du dieu qui, au retour victorieux d'une des campagnes militaires que le souverain a menées au Proche-Orient, s'adresse à Pharaon en lui remettant son glaive afin d’écraser les pays étrangers ou de décapiter les ennemis vaincus.

 


Je veux leur faire voir en ta majesté le maître des rayons
pour que tu éclaires à leurs yeux à mon image.


Je veux leur faire voir ta majesté revêtue de ta parure
saisissant les armes du combat sur le char.


Je veux leur faire voir en ta majesté l’étoile filante
qui lance ses jets de feu pour répandre sa luminescence.


Je veux leur faire voir en ta majesté le jeune taureau,
le hardi aux cornes acérées qu’on ne peut fléchir
.


Je veux leur faire voir en ta majesté le crocodile,
le maître de la crainte, au milieu des eaux, qu’on ne peut approcher.


Je veux leur faire voir en ta majesté le vengeur
qui est apparu sur le dos de son animal sacrifié.


Je veux leur faire voir en ta majesté le fauve terrifiant
pour que tu en fasses des cadavres jonchant leurs vallées.


Je veux leur faire voir en ta majesté le maître des ailes,
le faucon qui ravit ce qu’il repère, à son gré.


Je veux leur faire voir en ta majesté le chacal du Sud,
le maître des proies qui se hâte de parcourir le Double-Pays.


Je veux leur faire voir en ta majesté tes deux frères
dont j’ai réuni pour toi les bras en signe de victoire.

 

 

 

(Traduction : Mathieu : 1994, 142-3 ; Fac-similé : Lacau : 1926, Pl. VII)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Littérature égyptienne
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commentaires

FAN 27/11/2009 09:19


Je suis passée par hasard, et bien, même si mes pauvres yeux fatiguent de plus en plus sur l'écran, je viendrai m'instruire chez toi et t'insère sur le blog de fanfg!! BISOUS FAN


Richard LEJEUNE 27/11/2009 12:45



Merci à toi, Fan, de ce premier passage et bienvenue, évidemment, pour les suivants.

Serais-tu la même qui vient ponctuer de ses commentaires l'histoire de Van Gogh que raconte Alain sur son blog : http://silartetaitconte.hautetfort.com/  ??



Louvre-passion 25/11/2009 20:39


Pour continuer dans le sens du 1er commentaire je dirais que c'est bien avant Rouget de Lisle et bien avant Thoutmosis puisque la fameuse "palette de Narmer" montre déjà, au sortir de la
préhistoire, un roi au combat.


Richard LEJEUNE 26/11/2009 16:24



     Tout à fait exact Vincent : dès la fin du néolithique, aux environs de 3200 avant notre ère, à cette époque que les égyptologues ont coutume
d'appeler Nagada III, se mettent en place les caractéristiques de la royauté qui perdureront jusqu'à la fin de l'histoire égyptienne proprement dite.


     Cette émergence de la royauté sacrée, donc de l'Etat pharaonique s'accompagnera d'images fortes, de représentations symboliques d'abord sur
des palettes scutiformes et des têtes de massues piriformes qui, très vite, évolueront en reliefs gravés sur les parois des pylônes des temples : Thoutmosis III, puisque nous sommes pour un temps
avec lui, mais aussi de nombreux autres souverains, se feront abondamment représenter massacrant les ennemis de l'Egypte, essentiellement asiatiques.


     J'ai déjà eu ici souvent l'occasion d'insister sur la force, sur la magie de l'image :  ce fut de tous temps (et en tous lieux) une
forme de propagande dont usèrent à l'envi pharaons et autres potentats par le monde ...


     Et pour ce qui concerne plus spécifiquement l'Egypte, parmi tous ces symboles, on retrouve se perpétuant à travers tous les siècles de son
histoire image ou simple référence au lion (notamment sur la "Palette aux Vautours", dont une partie est exposée au British Museum de Londres et l'autre à l'Ashmolean Museum d'Oxford) , ou au
taureau (notamment sur la "Palette au Taureau" du Louvre), toutes deux avec un animal - image métaphorique de Pharaon, évidemment -, évoluant dans un contexte d'extrême violence : manière comme
une autre de faire comprendre à l'ennemi que la puissance ne peut qu'être du côté égyptien.

     Rappelle-toi aussi qu'il n'est pas rare de rencontrer, dans un des cinq noms de la titulature royale, l'expression : "Taureau puissant" pour caractériser Pharaon
...

     Et c'est dans ce contexte-là, tu as parfaitement raison de le souligner, qu'il faut considérer la "Palette de Narmer" exposée, quant à elle, au Musée du Caire.  
 



J-P Silvestre 24/11/2009 18:00


Rouget de Lisle n'a rien inventé ! Il y avait au moins aussi guerrier bien avant La Marseillaise...


Richard LEJEUNE 25/11/2009 10:00



     Vous savez bien évidemment comme moi, Jean-Pierre, que tous les peuples qui nous ont précédés se sont toujours complu à tenter de résoudre
leurs problèmes, quels qu'ils soient, par la force des armes.

     Et la littérature abonde en morceaux de choix qui glorifient à l'envi la force physique des souverains ; et d'autant plus fortement qu'il s'agit ici en l'occurrence
d'auto-satisfaction.
Un des très grands égyptologues américains, James Henry Breasted, alla même jusqu'à affubler Thoutmosis III qui, indirectement, vous l'avez compris, va faire l'objet de quelques articles jusqu'à
la fin de l'année, du surnom de "Napoléon" égyptien : c'est dire si les poncifs en ce domaine sont tenaces !

     Ceci étant, vous me permettrez d'ajouter, sans nullement vouloir vous offusquer en quoi que ce soit, ni d'ailleurs mes amis français qui visitent ce blog, que maintenir à
notre époque un chant parsemé de paroles aussi violemment belliqueuses que la Marseillaise comme hymne national qui se veut fédérateur me semble ouvrir largement la porte à bien des dérives
verbales et physiques.

     En un mot comme en cent : c'est une incongruité !



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