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27 mai 2011 5 27 /05 /mai /2011 23:00

 

     Pour autant que je respecte l'emploi du temps que je me suis préalablement fixé, quand vous allez lire sur mon blog ce matin le nouvel aphorisme de l'Enseignement de Ptahhotep, je serai personnellement en train de le découvrir sur le papyrus hiératique original présenté sous verre dans la Galerie Mansart de la Bibliothèque nationale de France où se tient pour quelques jours encore l'exposition consacrée à Emile Prisse d'Avennes : vous comprendrez donc aisément, amis lecteurs, la raison pour laquelle je ne serai pas à même d'immédiatement répondre à vos éventuels commentaires.

 

 

 

     Après la maât, dernièrement, c'est une nouvelle notion qu'ici nous allons aborder, ressortissant cette fois au domaine complexe de l'anthropologie égyptienne : il s'agit du Ka, une des composantes, avec le corps, l'ombre, le coeur, le nom, le Ba et l'Akh, de la personnalité d'un individu ;  éléments à propos desquels, un jour, aurais-je très probablement l'occasion de vous entretenir.

 

     Traditionnellement représenté comme un humain les bras levés ou par le simple signe hiéroglyphique des deux bras tendus vers le haut, comme sur la statue ci-dessous exposée au Musée du Caire,

 

 

Statue-du-Ka-de--Horawibra--Musee-du-Caire-.jpg

 

 

le Ka fut longtemps considéré par les égyptologues comme un double concentrant en lui les réserves d'énergie vitale de tout être humain. Bien qu'ils préfèrent généralement ne pas traduire cette notion d'un seul mot français tant son acception est complexe et qu'ils emploient dès lors directement le terme égyptien, on peut néanmoins le rendre, pour ici en faciliter la bonne compréhension, par "vitalité".

 

     Plutôt que "double", nous suivrons la définition que l'égyptologue français Claude Traunecker a, me semble-t-il, définitivement fait accepter, à savoir : force vitale comprise non pas comme une puissance globale et théorique, mais comme LA vie de chacun ; force créatrice qui, nichée dans l'homme, construit et entretient son corps.


     Désignant en définitive la personnalité d'un individu, le Ka est donc en quelque sorte un reflet de sa vitalité et de sa santé morale.

 

    

 

 

Si tu es un homme de ceux qui s'assoient

À une place de la table d'un plus puissant que toi,

Accepte ce qu'il donnera quand ce sera présenté à ton nez.

Tu ne devras porter le regard que vers ce qui se trouve devant toi.

Ne le transperce pas de multiples regards.

L'importuner est l'abomination du ka.

Ne lui parle pas avant qu'il ne t'ait appelé.

On ne peut se rendre compte de ce qui est ressenti désagréablement.

À toi de parler aussitôt qu'il t'aura interrogé.

Ce que tu diras sera bien ressenti.

Quant au grand, quand il s'occupe de nourriture,

Sa décision est conforme à l'ordre de son ka.

Il fera don à qui est son favorisé.

C'est une décision prise la nuit qui se trouve réalisée.

C'est le ka qui fait tendre ses deux bras.

Le grand donne, (mais) l'homme du commun ne peut y prétendre.

Manger la nourriture dépend de la décision de la divinité.

Il n'y a qu'un ignorant qui s'en plaindra.

 

 

 

(Traunecker : 1993, 26-7 ; Vernus : 2001, 80)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Littérature égyptienne
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commentaires

JA 30/05/2011 21:50


Belle statue que je découvre, il faudra bien que j'aille visiter un jour ce musée du Caire.Quant au double qui est en nous et qui nous étonne quelquefois par cette réserve d'énergie, c'est donc le
KA pour les Egyptiens et KArma pour d'autres, enfin c'es un domaine que je connais peu....
Merci pour cet article-découverte.
JA


Richard LEJEUNE 02/06/2011 09:18



     Je ne pense pas qu'il faille comparer le ka des Egyptiens - qui constituait une des composantes parmi d'autres de la personnalité
individuelle - au karma des orientaux qui est en relation avec les actes posés ou à poser ...



J-P. Silvestre 28/05/2011 15:54


Un éloge de la soumission ! Les aphorismes précédents nous donnaient une image plus "moderne" de l'Enseignement de Ptahhotep...


Richard LEJEUNE 01/06/2011 17:16



Eloge de la soumission, écrivez-vous, Jean-Pierre ... Je nuancerai plutôt en notant : Eloge du clientélisme ...


Ce que, d'ailleurs, nous retrouverons à l'envi dans la Rome antique.


 


     Néanmoins quelque chose de très moderne, pour reprendre votre terme, dans cette maxime, de très contemporain même et qu'il m'étonne de
n'avoir vu épinglé par aucun de mes lecteurs jusqu'ici apparaît dans un de ce vers particulier : C'est une décision prise la nuit qui se trouve réalisée.


Sourd là, en effet, une préfiguration du concept de l'inconscient freudien, de la volition par le truchement des rêves, ou plus exactement, par le sommeil
qui, selon l'adage populaire, porte conseil ...



FAN 28/05/2011 14:37


Je suis aise de vous savoir heureux à Paris!! En ce qui concerne le "KA" c'est sans doute ce que nous nommons "l'aura", cette énergie qui nous entourne! En revanche, la représentation que l'on voit
sur la photo en est singulière!!La Maxime 7 du PTAHHOTEP me choque beaucoup à cause de cette notion de servilité par rapport au puissant!! Bigre, La démocratie n'était pas encore de mise! J'espère
qu'avec la révolution de ce Printemps 2011, l'Egypte se sentira moins soumise au puissant!!! BISOUS FAN


Richard LEJEUNE 01/06/2011 16:57



     Paris ! Que de belles découvertes, que d'intéressantes visites en ce printemps ensoleillé !


J'y ferai bientôt allusion, n'en doutez point, chère Fan : j'ai matière - notes et photographies - pour de prochains articles qui déjà se profilent à l'horizon de
mon esprit ...


 


     Soyons très clairs : le terme démocratie n'avait nullement sa place en Egypte antique. Il est d'ailleurs convenu, dans le
vocabulaire égyptologique, de définir le pays comme une théocratie ! 


 


     Et j'ajouterai, même si mes propos dépassent largement le cadre de votre commentaire, qu'il nous faut être très circonspects quand nous
attribuons aux Grecs la mise en place de ce régime ou, pour être tout à fait précis, à la seule cité d'Athènes. Car enfin, peut-on parler de réelle démocratie quand seulement les hommes, libres,
c'est-à-dire nés de parents athéniens, détiennent le droit de donner politiquement leur avis sur la gestion de la cité ?  En d'autres termes, les non-libres et, selon les termes mêmes de
Platon, la moitié de la cité (entendez les femmes) en étaient exclus !



Louvre-passion 28/05/2011 13:47


Finalement cette notion de composantes de la personnalité selon les égyptiens : le corps, l'ombre, le coeur, le nom, le Ba, le ka et l'Akh, de la personnalité est assez proche des cinq agrégats
qui, selon la pensée boudhiste, compose la personnalité.


Richard LEJEUNE 01/06/2011 15:36



     N'étant pas versé dans le bouddhisme - qui constitue, il ne faut jamais l'oublier une philosophie, et non une religion - je ne me sens pas à
même de débattre avec toi en ce domaine, à tout le moins en profondeur.


 


     Nonobstant, je pense que ces cinq agrégats composent un sujet en tant qu' "être" au sens philosophique du terme, c'est-à-dire une
combinaison de forces mentales et physiques en évolution constante. On retrouve d'ailleurs, tu ne l'ignores pas, dans le tout premier agrégat, la matière, si chère aux pré-socratiques : l'air, la
terre, le feu et l'eau ; les quatre éléments, par ailleurs, présents dans la cosmogonie égyptienne.


 


     Il me semble toutefois qu'une différence existe entre les deux conceptions dans la mesure où, en Egypte, s'établit une séparation - sur
laquelle j'aurai l'occasion de revenir en abordant certains des fragments peints de la tombe de Metchetchi exposés dans la seconde vitrine 4 de la salle 5 du Département des Antiquités
égyptiennes du Musée du Louvre - : séparation entre le moi physique et le moi social qu'à mon sens ignore le bouddhisme.



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  • : Visite, au Musée du Louvre, au fil des semaines, salle par salle, du Département des Antiquités égyptiennes.Mais aussi articles concernant l'égyptologie en Belgique.Mais aussi la littérature égyptienne antique.Et enfin certains de mes coups de coeur à découvrir dans la rubrique "RichArt" ...
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