Partager l'article ! LITTÉRATURE ÉGYPTIENNE (41) - LE ROMAN DE SINOUHÉ (Considérations introductives): C'est la fraîcheur courant aux crêtes du ...
C'est la fraîcheur courant aux crêtes du langage, l'écume encore aux lèvres du poème,
Et l'homme encore de toutes parts pressé d'idées nouvelles, qui cède au soulèvement des grandes houles de l'esprit.
SAINT-JOHN PERSE
Pluies, VIII
dans Oeuvres complètes,
Paris, Gallimard, La Pléiade,
p. 153 de mon édition de 1972
Ce fut en octobre 2011 que, pour la dernière fois amis lecteurs, nous eûmes rendez-vous avec la littérature des rives du Nil antique : j'y apposais, souvenez-vous, un point final - mais pas nécessairement définitif ! - à notre voyage au sein des Maximes de Ptahhotep.
Encouragé par une fidèle interlocutrice dans un nouveau projet qui devrait nous accompagner cet été jusqu'à la prochaine rentrée académique, j'ai dessein de vous donner à lire un monument du Moyen Empire : le Roman de Sinouhé.
Il n'y a guère, choisissant un extrait en guise d'exergue à l'une de mes interventions, j'avais expliqué que ce texte historique était devenu un "classique" que tout impétrant s'étant frotté à l'apprentissage de la langue et de l'écriture égyptiennes se devait d'un jour traduire. Je fus de ceux-là, voici plus d'un quart de siècle, sous la direction du Professeur Malaise, à l'Université de Liège.
Et ce sera, d'après la version hiéroglyphique qu'a fournie du texte hiératique l'égyptologue anglais Aylward Manley Blackman, ma modeste traduction, bien évidemment peaufinée par les corrections apportées par M. Malaise que je prendrai plaisir à vous offrir.
A ces quelques mots de présentation, je m'en voudrais de ne pas en ajouter d'autres, en guise de préalable à l'oeuvre elle-même, de manière à la replacer dans son contexte antique.
Tous les ouvrages d'Histoire littéraire concernant le Moyen Empire égyptien vous l'expliqueront de manière bien plus détaillée que je ne veux aujourd'hui le faire : quelques grands genres sont à distinguer qui composent le corpus de cette riche période.
J'épinglerai tout d'abord les biographies, que l'on retrouve expansivement proposées sur les murs des tombes depuis l'Ancien Empire d'ailleurs ou, plus condensées mais aussi flatteuses, sur les stèles qu'ont souhaitées les défunts. En termes efficients, toutes visent un même but, essentiel : rédiger l'apologie du propriétaire du monument afin de lui assurer le séjour le plus agréable possible dans l'Au-delà.
Consubstantiellement à ce premier genre littéraire se présentent les textes didactiques, qu'ils soient politiques - visant à exalter le loyalisme envers le souverain -, moraux - réfléchissant philosophiquement sur la vie, la mort, la destinée humaine ou, enfin, scolaires - comme la célèbre Satire des Métiers sur laquelle, un jour peut-être, je vous entretiendrai.
Bien évidemment la poésie n'est pas exclue de ces lignes de force qu'ici rapidement je trace, avec de nombreux hymnes s'adressant au matin - chants destinés à éveiller le souverain - ou glorifiant dieux ou Génies - Osiris, le Nil ... -, voire les monarques - notamment, et c'est le plus vieil hymne royal actuellement connu, celui exaltant les qualités de Sésostris III.
Enfin, je terminerai cette petite introduction, fort pédagogique je vous le concède, par l'évocation des textes narratifs, genre dans lequel nous pouvons aisément distinguer les récits merveilleux - le plus connu étant indiscutablement le Conte du Naufragé - des récits bucoliques ; la troisième occurrence étant ce Roman de Sinouhé dont je vous proposerai "ma" traduction dès le 10 juillet prochain.
Voici donc, amis lecteurs, parce que nous allons quelque trois mois durant délaisser le Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre et les fragments peints provenant du mastaba de Metchetchi - sur lesquels j'ai tant encore à écrire -, l'option que j'ai choisie : pré-programmer mes futures interventions aux fins de rester un tant soit peu en contact avec vous les grandes vacances à venir, sachant que je n'aurai pas toujours l'opportunité, en fonction de mes escapades hors frontières, de répondre ponctuellement à vos commentaires ... Ce qui sera d'ailleurs déjà le cas cette première semaine de juillet quand vous lirez ces propos en mon absence ...
A mardi néanmoins, pour entamer ensemble la découverte du Roman de Sinouhé ...
Et excellentes vacances à toutes et tous.
Richard

Les dessins au porte-mines
de Jean-Claude VINCENT
Je constate avec plaisir que nous buvons toi et moi, chère Selkis, aux mêmes sources poétiques.
J'espère que mes lecteurs des semaines à venir apprécieront et le Roman de Sinouhé qu'il vont découvrir et les quelques extraits du trop peu connu Saint-John Perse qu'en guise d'exergue j'ai à chaque fois choisi d'ajouter ...
il s'appelle vraiment malaise le docteur
on a de la lecture donc pour les vacances d'été c'est bien
a bientôt
ja
Michel Malaise, aujourd'hui Professeur émérite de l'Université de Liège, fut en mes années d'apprentissage cet "Ouvreur de chemins" qui, par les cours qu'il prodiguait, m'amena entre autres sur celui de la connaissance de la langue égyptienne.
Bonnes vacances, Richard, nous resterons assidus, promis !
Et reviens en pleine forme !
Merci, François.
J'espère en effet que les escapades qui seront nôtres permettront, sous des cieux que j'espère plus ensoleillés, de recharger des batteries que la morosité climatique belge a cette année fortement affaiblies.
Mais tu remarqueras que, bon prince, je n'ai point distribué de devoirs de vacances et plutôt préféré les réaliser préalablement de manière à homéopathiquement les distiller par "petites prises" hebdomadaires ...
Cette imprécision n'est-elle pas encore plus évidente lorsqu'elle concerne des inscriptions consécutives à la sortie de la préhistoire et n'offrant aucune référence contemporaine.
Rendre, pour ce qui nous concerne, dans un français accessible à tous, la sensibilité poétique d'une langue désormais devenue morte constitue, vous avez raison de le souligner Jean-Pierre, une difficulté que j'ai déjà soulignée : sur l'approche de la phrase, il pourrait y avoir autant de traductions possibles que de traducteurs. Mais il n'en demeure pas moins vrai que le sens général, quant à lui, se doit d'être le même.
Votre enthousiasme fait plaisir. Merci Fan.
Rendez-vous donc est pris pour, après demain, rencontrer la personnalité de Sinouhé ...
Vous avez raison, Carole, la littérature contemporaine connaît aussi un "Sinouhé, l'Égyptien". Mais il n'y a qu'homonymie entre les deux prénoms ; là s'arrête la comparaison.
Les deux oeuvres n'ont strictement rien à voir l'une avec l'autre : Walkari n'a en rien traduit le texte égyptien que je vous proposerai cet été ; il ne l'a pas non plus adapté.
Apparemment passionné par cette époque du Nouvel Empire qui vit l'accession au pouvoir d'Akhénaton/Amenhotep IV - il lui consacra aussi une pièce de théâtre -, le romancier finlandais a fait vivre son héros en ces temps d'hérésie du milieu de la XVIIIème dynastie, bien postérieurs à l'original.
En effet, le Sinouhé que vous allez ici découvrir vécut au Moyen Empire, sous le règne d'Amenemhat Ier et de son fils et successeur sur le trône, Sésostris Ier.
Quelques siècles donc les sépare, comme vous le constaterez si vous consultez la chronologie égyptienne à laquelle le lien ci-dessus vous permettra d'accéder.
Bonnes vacances!
Nfr
Merci à toi, Etienne ...
Laconique ...
Que vouliez-vous ajouter par rapport à votre commentaire rédigé quelques heures auparavant ?
Je présume que la réponse que ce dimanche après-midi je viens de vous adresser vous permettra de comprendre que les deux oeuvres n'ont aucun rapport réel entre elles, l'homonymie du seul prénom exceptée.
Bonnes vacances à vous Richard, moi ce sera seulement pour septembre...
Oui, Christiana, et cette lecture, c'est aussi un peu à vous que mes lecteurs la devront puisque, souvenez-vous, lors d'une de nos conversations virtuelles au cours de laquelle j'avais douté du bien-fondé de choisir ce sujet pour les vacances d'été, vous m'aviez encouragé à le maintenir ...
Permettez-moi de vous dire que c'est un très alléchant programme estival qui nous attend!
Je me fais une joie de lire ce roman et d'explorer ces mystérieux langages en votre compagnie.
Je vous souhaite, en attendant, de très agréables vacances!
Vous pouvez m'appeler Cendrine.
Amicalement
Cendrine
Bonjour Cendrine,
Merci à vous pour cette invitation à abandonner le "Madame" : mon code de politesse - parfois jugé obsolète par une jeune génération qui s'autorise prénoms et tutoiements d'office - m'interdit ces deux privautés avec les dames tant que je n'y suis pas invité.
Il me sied que maintenant nous usions du "Cendrine" et du "Richard" entre nous.
Merci aussi pour ce sympathique message : j'espère que cette oeuvre d'un moment bien particulier de l'Histoire égyptienne, ainsi que les notes explicatives que je lui ai assorties rencontreront votre attente.
Amicalement,
Richard
Merci Alain.
Et pour la prière, bien que j'y croie pas trop, j'y songerai plutôt deux fois qu'une !
Ce sera en septembre je présume que, comme d'habitude, vous prendrez vos vacances, ton épouse et toi ...
Moi aussi, je vais bientôt mettre le blog au repos. Van Gogh a besoin de souffler, surtout qu’il a encore beaucoup de choses à nous raconter.
Bonnes escapades estivales.
En septembre, c'est bien ce qu'il me semblait : puissiez-vous y trouver un temps plus clément qu'actuellement. Hier, dans le sud de notre pays, au village du Livre de Redu, nous avons dû fuir un temps exécrable : pluie en rafales et 10, 5 ° au thermomètre !!!
Merci, Vincent : je t'en souhaite une excellente lecture au fil des semaines.
Et comme tu le liras au bas de chacun des épisodes proposés par la suite, je tiens d'ores et déjà à préciser ici que cette traduction - long exercice pour l'étudiant d'une quarantaine d'années que j'étais alors -, fut réalisée sous l'égide de M. Malaise, notre professeur à l'Université de Liège.