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Mardi 10 juillet 2012 2 10 /07 /Juil /2012 00:00

 

      L'Été plus vaste que l'Empire suspend aux tables de l'espace plusieurs étages de climats.

La terre vaste sur son aire roule à pleins bords sa braise pâle sous les cendres.

- Couleur de souffre, de miel, couleur de choses immortelles, toute la terre aux herbes s'allumant aux pailles de l'autre hiver - et de l'éponge verte d'un seul arbre le ciel tire son suc violet.

 

 

SAINT-JOHN PERSE

Anabase, VII

 

dans Oeuvres complètes,

Paris, Gallimard, La Pléiade,

p. 105 de mon édition de 1972

 

 

 

     Comme je l'indiquai la semaine dernière, amis lecteurs, nous mettrons à profit ces vacances estivales pour parcourir le Roman de Sinouhé, oeuvre rédigée en écriture hiératique datant de la XIIème dynastie, au Moyen Empire, dont j'avais jadis, lors de mes études à l'Université de Liège, traduit une version hiéroglyphique, ainsi que certaines de ses variantes, sous l'autorité attentive du Professeur Michel Malaise.

 

 

 

Sinouhé - Hiéroglyphes

 

 

      Le texte - dont je vous propose ci-dessus la première page d'une transcription en hiéroglyphes se lisant de droite à gauche - commence par l'énonciation des titres qui furent ceux de Sinouhé à la fin de sa vie. Ensuite, retour en arrière et début de l'autobiographie proprement dite dans laquelle il évoque les fonctions qu'il effectua dans les dernières années du règne conjoint d'Amenhemhat Ier et de son fils Sésostris Ier, au service duquel il oeuvrait plus particulièrement.

 


 

     Le noble, le prince, le porteur du sceau royal en qualité d'ami du Harponneur  (1), l'administrateur en chef des domaines des souverains dans les terres asiatiques - qu'il vive, soit prospère et en bonne santé -, le connu véritable du roi de Haute-Egypte, son aimé, le compagnon royal, Sinouhé, dit :

   

     J'étais un compagnon adjoint à son maître, un serviteur du harem royal de la noble dame, la grande favorite, l'épouse royale de Sésostris dans Kenemsout (2), la fille royale d'Amenemhat dans Kaneferou (3), Neferou, la dame élevée à l'état d'imakh. (4)

 

     En l'an 30 du règne, le troisième mois de la saison de l'inondation (5), le septième jour (6), le dieu s'éleva vers son horizon, le roi de Haute et Basse-Egypte, Sehetepibrê (7) qui s'envola vers le ciel pour s'unir au disque solaire (8), de sorte que la chair du dieu (9) s'incorpora à celle de son père. (10) 

 

     La Résidence royale était dans le silence, les coeurs dans l'affliction et la double grande porte close. L'entourage avait la tête sur les genoux (11) et le peuple était dans la douleur.


 

Notes 

 

(1)   Le Harponneur : Horus, incarné dans la personne du roi.

 

(2)  Kenemsout : nom de la pyramide et de la ville de pyramide de Sésostris Ier, près de Licht, en Moyenne-Egypte.

 

(3)    Kaneferou : nom de la pyramide et de la ville de pyramide d'Amenemhat Ier, près de Licht également.

 

(4)   L'état d'imakh : revoir cet article.


(5)   La saison de l'inondation : trois saisons en fait rythmaient l'année égyptienne, le Nil étant l'élément cardinal qui motiva cette tripartition.

            

      1. Saison Akhet, de la mi-juillet à la mi-novembre : c'est le temps de l'inondation. Le fleuve déborde, offrant à ses rives, de part et d'autre, non seulement l'eau vitale tant attendue, mais aussi le limon fertilisant constitué des déchets et des débris rocheux qu'il arrache et charrie tout au long de son cours.


             
     2. Saison Peret, de la mi-novembre à la mi-mars : le fleuve rentré dans son lit, les paysans labourent le sol puis effectuent les semailles.


                         
    3. Saison Chemou, à partir de la mi-mars : c'est le temps des récoltes, puis de la sécheresse à nouveau, avant le retour cyclique de la crue.


         

(6)   Le septième jour : un 3 novembre, si je m'en réfère à notre calendrier actuel.

 

(7)   Sehetepibrê : nom de trône d'Amenemhat Ier.

 

     Permettez-moi, ici et maintenant, de vous remettre en mémoire les cinq noms dont disposait alors tout monarque et que les égyptologues appellent "Titulature royale".


 

     Le premier d'entre eux , le nom d'Horus, plaçait le souverain sous la protection de l'oiseau sacré, patron de la ville d'Hiérakonpolis d'où le premier roi, Narmer, était originaire, et ainsi l'identifiait à Horus lui-même.
                                

      Dans la transcription hiéroglyphique, l'oiseau Horus est placé au-dessus d'une représentation du mur d'enceinte protégeant le palais royal, à l'intérieur duquel figure le nom du pharaon.




     Avec le deuxième, le nom de Nb.ty, les "Deux maîtresses", le roi était sous la protection des déesses tutélaires des deux royaumes primitifs : Nekhbet, le vautour blanc de Haute-Egypte et Ouadjit, le cobra de Basse-Egypte. En tant que telles, elles personnifiaient les couronnes blanche et rouge représentant les deux parties du pays. Dès lors, le souverain était considéré comme régnant sur l'Egypte unifiée.




    

     Le troisième, le nom d'Horus d'or, composé du signe du faucon, personnification de Rê, et de celui du collier d'or réunis en un monogramme, liait la personne royale à celle de l'Horus solaire et céleste. 
  

 

 

 

 


      Le quatrième, souvent appelé prénom ou nom de règne ou de trône, celui de "Nesout-bity"  (= "Celui du Roseau et de l'Abeille", que nous traduisons par "Roi de Haute et Basse-Egypte"), entouré d'un premier cartouche, assimile le roi à la faune et à la flore symboliques de chacune des deux parties de son royaume : le roseau, pour la Haute-Egypte et l'abeille pour la Basse-Egypte. Et tout comme l'épiclèse constituant le deuxième nom, "Celui des Deux Maîtresses ", ce titre affirme donc la souveraineté de Pharaon sur l'Egypte unifiée.

     Je rappellerai également au passage qu'un cartouche constitue cette forme ovale figurant une boucle de corde nouée à l'une de ses extrémités ressemblant à une petite barre rectiligne. Le terme chenou qui le désigne en égyptien ancien dérive en fait d'un verbe qui signifie "encercler". Il faut ainsi comprendre que les deux derniers noms du souverain inscrits dans ce graphisme permettent non seulement d'être clairement isolés dans un texte, donc de mettre Pharaon en évidence, mais aussi de symboliquement le qualifier de "Maître de ce que le disque solaire entoure", donc de l'univers.

 

 

     Enfin, dans le second cartouche,  le dernier nom, en réalité reçu à sa naissance, celui de "Sa-Rê", (= "Fils de Rê " : le hiéroglyphe du canard, pour "Fils de" et celui du soleil pour "Rê") met à nouveau le roi, à partir de Chéphren à tout le moins, en relation intime avec le soleil, grande puissance cosmique.

 

     Des cinq noms, c’est celui-ci qui est passé à la postérité, devenant ainsi le plus connu du grand public. 


  

     L'idéologie de la titulature royale peut donc se réduire à deux concepts :

 

* Pharaon règne sur la Haute et la Basse-Egypte réunies ;
* Il s'intègre dans les deux cycles mythiques de la royauté divine : celui de Rê et celui d'Horus.


 

(8)   Disque solaire : Rê.

 

(9)   Le dieu : le roi.

 

(10)   Circonlocutions traditionnelles exprimant la perte d'un souverain ; ici, en l'occurrence : Amenemhat Ier.

 

(11)    La tête sur les genoux : attitude de prostration suite à la douleur qu'induit ce décès.

 

 

 

 

     A suivre ...

Par Richard LEJEUNE - Publié dans : Littérature égyptienne - Communauté : ÉGYPTO-ARCHÉOLOGIE
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