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30 juillet 2012 1 30 /07 /juillet /2012 23:00

   

     Les grands itinéraires encore s'illuminent au revers de l'esprit, comme traces de l'ongle au vif des plats d'argent.

 

 

SAINT-JOHN PERSE

Vents, III, 1

 

dans Oeuvres complètes,

Paris, Gallimard, La Pléiade,

p. 218 de mon édition de 1972

 

 

     Nous avons quitté Sinouhé mardi dernier, souvenez-vous amis lecteurs, alors que revenant de Libye, il longe le Ouadi Natroun, passe à proximité de Guizeh - puisqu'il mentionne le sanctuaire du Sycomore -,  descend vers le sud, arrive à Dachour, se rend à un débarcadère, lieu dit "Rive des boeufs", où il prend un bac pour traverser le Nil, aboutissant au Gebel el-Ahmar, près du Caire actuel.

 

     Il remonte alors vers le nord-est, atteint l'ensemble d'ouvrages appelés "Murs du Prince", situés à l'extrémité de la portion de la route égyptienne menant vers l'Asie, le Ouadi Tumilat.

Alors proche des lacs Amers, il franchit sans difficulté la frontière septentrionale, après avoir traversé l'isthme de Suez.

 

 

  Grand-lac-Amer---Josiane-Bellot.jpg

 

 

 (Coucher de soleil sur le lac Amer - En souvenir de feu Josiane Bellot, conceptrice du blog Ballade égyptienne qui nous a quittés en février dernier.)

 

 

       Je fis halte sur l'île des lacs Amers et c'est alors que la soif m'assaillit, de sorte que j'étouffais : ma gorge (était comme de la) poussière.

 

     Je dis : "Ceci est le goût de la mort". Je relevai mon coeur et rassemblai mes membres après que j'eus entendu le mugissement d'un troupeau. J'aperçus des Bédouins. Un cheikh local me reconnut : il s'était par le passé rendu en Égypte. Alors il me donna de l'eau. Du lait fut cuit pour moi. Je marchai avec lui vers sa tribu. Bon est ce qu'ils firent (1).

  

     Un pays étranger me donna à un autre pays étranger.

 

      Je quittai Byblos et me rendis à Qedem. J'y vécus un an et demi. Amounenchi m'emmena : c'était un prince du Rétchénou supérieur (2). Il me dit : "Tu seras bien avec moi, tu entendras la langue d'Égypte". Il me dit cela parce qu'il connaissait ma réputation. Il avait entendu ma sagesse parce que des gens d'Égypte qui étaient là avec lui, pour moi, avaient témoigné.

 

     Alors il me demanda : "Pourquoi es-tu venu ici ?"

 

 

     Qu'escompte répondre Sinouhé à son hôte ?

Comment expliquera-t-il son exil et son désir de trouver refuge à l'étranger ?

Quelles raisons avancera-t-il pour justifier cette fuite peu commune ?

 

     Voilà ce que je vous propose de découvrir ensemble mardi prochain, amis lecteurs, si toutefois, en ce deuxième mois de nos rendez-vous estivaux que la pluie a peu épargnés, vous entendez poursuivre en ma compagnie la lecture du Roman de Sinouhé.

 

 

 

Notes

 

 

(1)   Bon est ce qu'ils firent  : Sinouhé nous précise par là qu'il fut bien traité.

 

(2)   Le Rétchénou supérieur  : Qedem, Byblos ... Sans d'autres précisions sur son itinéraire, l'exilé indique qu'il parcourt le couloir syro-palestinien, territoire divisé en districts correspondant à des implantations de différentes tribus bédouines.

 

 

 

     A suivre ...

 

 

 

     (Je ne rappellerai jamais assez tout ce que cette mienne traduction doit à l'enseignement, aux conseils avisés et aux corrections pointues du Professeur Michel Malaise qui, voici près d'un quart de siècle, guida mes premiers pas dans l'apprentissage de la langue et de l'écriture égyptiennes.)  

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Littérature égyptienne
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commentaires

Améthyste 13/09/2012 15:40

[Je dis : "Ceci est le goût de la mort". Je relevai mon coeur..."] Cette dernière expression me plaît beaucoup ; elle me fait penser à : Haut les coeurs !
De plus, "le goût de la mort", qui s'applique à la soif étouffant Sinouhé, pourrait s'étendre à la grande détresse qui doit étreindre son coeur après sa trahison, puisqu'il faut bien écrire le mot
- ce mot de trahison que je tentais d'éviter précédemment en cherchant des excuses à la fuite du héros, à cette faiblesse tellement humaine qui consiste à vouloir sauver sa propre vie -.
"Pourquoi es-tu venu ici ?" Je me refuse la possibilité de lire immédiatement votre publication suivante tant je suis désireuse de faire mille et une suppositions auparavant !
Je vous remercie, Richard, pour vos réponses qui me permettent de retourner lire un passage que j'aurais pu mal interpréter, de réfléchir plus longuement sur un point soulevé.

Richard LEJEUNE 13/09/2012 16:44



     J'apprécie beaucoup, Améthyste, votre approche personnelle de ce roman ; votre façon de le "déguster" en ayant commencé de le feuilleter
bien après tout le monde ; la volonté d'y aller et venir à votre convenance pour, probablement, mieux encore le savourer et, surtout, la force qui est vôtre de vous refuser la précipitation : peu
vous chaut que la suite soit déjà ici publiée, vous "composez" votre lecture, vous décidez de son rythme pour votre seul plaisir.


C'est positivement remarquable !


 


"Je relevai mon coeur" est la traduction littérale du verbe employé par le narrateur. 


L'égyptologue belge Claude Obsomer préfère "J'ai ranimé ma volonté" : traduction extrêmement intéressante dans la mesure où elle sous-entend le fait que le
coeur était considéré par les Égyptiens comme, notamment, le centre de la volition.


 


     (Sans vouloir "casser" votre rythme de lecture, permettez-moi d'ajouter que pour en apprendre plus encore sur le coeur, vous n'aurez qu'à
lire la longue réponse que j'ai adressée après mon retour de vacances au commentaire que m'avait laissé J.-P. Silvestre le 7 août  : il s'agit du tout premier se rapportant à l'épisode
suivant que vous devez aborder sous peu.)


 


     Il est certain que si l'expression "le goût de la mort" se réfère à la soif qui étreint Sinouhé, l'on pourrait aussi la concevoir
comme vous le faites à propos de la détresse qui s'empare de lui après avoir fui sans avertir qui que ce soit, mais également à propos de la peur de mourir dans ce désert, éloigné de tout et de
tous car, vous avez peut-être lu, ici ou là sur ce blog, que pour tout Égyptien, mourir en terre étrangère, partant, ne pas avoir une sépulture sur le sol natal, ne laisser aucune trace de
manière que son nom ne soit jamais plus prononcé, ne pas bénéficier des différents rites funéraires ... bref, être la proie de tous ces manques qui devaient assurer l'éternité
post-mortem, constituaient l'horreur suprême. 



Cendrine 07/08/2012 18:51

Bonsoir Richard,
Je ne compte pas interrompre ma lecture de ce roman à travers lequel vous guidez les lecteurs gourmands et fascinés!
Je suis ravie de vous avoir "rencontré" par le biais du net, vaste fourre-tout dans lequel de belles rencontres, justement, voient le jour.
Je suis émue de contempler cette photo remarquable et de penser à cette dame que je n'ai pas eu le plaisir de connaître de son vivant.
Je vous souhaite une excellente soirée. Amitiés
Cendrine

Richard LEJEUNE 21/08/2012 09:46



      Soyez assurée, Cendrine, que ce plaisir de lecture est grandement partagé !



FAN 04/08/2012 16:06

Quelle bonne traduction cher Richard!!Oui, j'ai lu que vous préférez "roman" à "récit"!!donc, j'opte pour roman!! A Mardi pour la suite de celui-ci!!! BISOUS FAN

Richard LEJEUNE 21/08/2012 09:36



     Merci pour votre appréciation, Fan.



Carole 03/08/2012 20:22

"Un pays étranger me donna à un autre pays étranger" : c'est très beau...

Christiana 02/08/2012 11:19

PS: Ce texte est magnifique.

Richard LEJEUNE 02/08/2012 11:43



     Oui, je trouve aussi ...


Et si proche sur ce point-là du texte de Sinouhé ...


 


    J'estime d'ailleurs - mais ce ne doit être considéré que comme un avis tout personnel - que Saint-Ex. n'a pas (ou plus) suffisamment les faveurs
du public ; que l'on a trop tendance à le cantonner à son Petit Prince, un chef-d'oeuvre de la philosophie que l'on réduit malheureusement à un aimable conte pour enfants ; bref, que son
oeuvre tout entière mérite que l'on y (re)vienne et que l'on s'y attarde ...   



Christiana 02/08/2012 11:16

Ah! D'accord! Je n'avais pas vu qu'il y avait un lien sur "passage", ça fonctionne! Mais, c'est une idée, je pourrais l'emporter sur "ma" plage éolienne en septembre...

Richard LEJEUNE 02/08/2012 11:37



     D'autant plus qu'il doit bien avoir été publié en collection de poche facile à manipuler ...



Christiana 02/08/2012 10:25

J'ai lu ce livre il y a... fort longtemps! Votre lien ne fonctionne pas mais c'est vrai, je me souviens vaguement de ce passage dans le désert où il est sauvé par ce bédouin.

Richard LEJEUNE 02/08/2012 11:04



     Si le lien mis entre parenthèses et que vous amenez par copier/coller dans Google, si celui prévu en cliquant sur le terme "passage" ici ou dans ma réponse de tout à l'heure ne fonctionnent pas, j'en
suis désolé, Christiana.


 


     Je ne puis alors que vous inviter - si cela vous intéresse, évidemment - à relire ce très beau livre de Saint-Ex, pas uniquement pour
l''extrait en question mais pour toute la philosophie humaniste qui s'en dégage ...



Christiana 01/08/2012 18:51

J'attends pour savoir comment il expliquera son désir de trouver refuge à l'étranger, étranger bien accueillant, que ce soit les bédouins ou le prince Rétchénou, ils ont vraiment le sens de
l'hospitalité.

Richard LEJEUNE 02/08/2012 08:12



     J'ignore totalement si Antoine de Saint-Exupéry avait lu le Roman de Sinouhé mais je ne puis m'empêcher de rapprocher l'extrait que
je vous ai proposé ce mardi à un superbe passage de Terre des hommes
dans lequel, souvenez-vous si vous l'avez lu, il échoue dans le désert de Libye et, avec son collègue, est "sauvé" par un Bedouin ...





(http://www.algerie-dz.com/forums/showthread.php?t=5333)


 


     Cette hospitalité, franchissant ainsi les siècles, ne me semble effectivement pas être un vain mot ...  



TIFET 31/07/2012 17:16

Josiane aurait sans doute aimé que vous publiiez une de ses magnifiques photos sur votre blog ! le lac Amer que je ne connais pas encore !
je clique encore quelquefois sur son blog et elle me manque...........

Richard LEJEUNE 02/08/2012 08:18



     Je suis entièrement persuadé, Tifet, que si j'avais eu jadis l'opportunité de lui demander l'autorisation de publier ici cette photo, elle
n'eût pas manqué, sa gentillesse aidant, de me la donner ...


 


     Mon devoir de respect et de mémoire, aujourd'hui, est de simplement signaler l'origine de ce cliché à elle emprunté ...



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