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27 août 2012 1 27 /08 /août /2012 23:00

 

      Nous t'acclamons, Récit !

- Et la foule est debout avec le Récitant, la Mer à toutes portes, rutilante et couronnée de l'or du soir.

Et voici d'un grand vent descendu dans le soir à la rencontre du soir de mer, la foule en marche hors de l'arène, et tout l'envol des feuilles jaunes de la terre (...)

 

 

 

SAINT-JOHN PERSE

Amers, Choeur, 4

 

dans Oeuvres complètes,

Paris, Gallimard, La Pléiade,

p. 379 de mon édition de 1972

 

 

 

     Nous avons quitté Sinouhé mardi dernier, souvenez-vous amis lecteurs, alors qu'il réside au Rétchénou supérieur et est devenu, grâce à l'intérêt que lui porte Amounenchi, prince de ce pays, un puissant chef de tribu, doté de terres fertiles. Mettant en lui toute sa confiance - Amounenchi n'hésite pas à l'unir à sa fille aînée -, il le promeut même commandant de son armée.

Les talents militaires de Sinouhé ravissent son beau-père.


     Nonobstant, nous avons également remarqué que, peu ou prou, notre héros conserve des relations diplomatiques avec son Égypte natale dans la mesure où il continue à rencontrer des émissaires de la cour de Sésostris Ier. Détail non négligeable, nous le constaterons par la suite ...

 

     Les égyptologues évaluent à un quart de siècle la durée de l'exil de Sinouhé en terres asiatiques : ses fils y sont nés, y ont grandi et sont eux aussi devenus de puissants chefs de tribus.

 

     L'homme étant ce qu'il est, - naît-il bon ?, est-ce vraiment la société qui le corrompt ?, vaste débat ... -, cette évolution spectaculaire d'un étranger ne pouvait qu'exciter convoitise et jalousie ...


 

  Bedouin.jpg

 

 

     Et un homme fort de venir du Rétchénou et de me provoquer dans ma tente. C'était un champion sans pareil : il l'avait soumis (1) tout entier.

Il dit qu'il se battrait avec moi. Il avait pensé qu'il me dépouillerait. Il se proposait de piller mes troupeaux sur le conseil de sa tribu.

 

     Le Prince (2) s'entretint avec moi. Je dis : "Je ne le connais pas ; en vérité, je ne suis pas de ses compagnons et n'ai aucune liberté d'accès à son campement.

Ai-je jamais forcé son intérieur de maison ? Franchi ses clôtures ?


     C'est une opposition de coeur (3) parce qu'il me voit en train d'exécuter tes ordres.

Assurément, je suis comme le taureau vagabond au milieu d'un autre troupeau : le mâle du troupeau l'attaque tandis que le boeuf à longues cornes fond sur lui. 

 

     Existe-t-il un homme de condition modeste (4) aimé en tant que chef ?

Il n'y a aucun étranger qui s'associe à un homme du Delta.

Qui peut fixer la plante de papyrus  sur le rocher ?

A supposer qu'un taureau aime le combat, un taureau d'élite aimera-t-il tourner le dos de crainte que l'autre ne l'égale ? (5)  

Si son coeur est enclin à se battre, qu'il exprime sa volonté !

Un dieu ignore-t-il ce qui lui est destiné ? Sait-il comment ?"

 

     Je passai la nuit à vérifier (les ligatures de) mon arc. Je disposai mes flèches ; aiguisai ma dague ; fourbis mes armes.

Lorsque la terre se fut éclairée, le Rétchénou était arrivé (6) .

 

     Il avait rassemblé ses tribus, réuni les deux moitiés du pays, car il pensait à ce combat (7).

C'est ainsi qu'il marcha sur moi alors que j'étais debout ; je me plaçai dans son voisinage. Chaque coeur brûlait pour moi ; les femmes et même les hommes jacassaient (8) ; chaque coeur était angoissé.

Ils disaient : "Existe-t-il quelqu'un de plus combattant que lui ?"

 

     Il leva son bouclier et sa hache ; une brassée de javelots tombèrent sur moi. Après que j'eus évité ses armes, je fis en sorte que ses flèches passassent à côté de moi jusqu'à la dernière, l'une se rapprochant de l'autre. Alors, il s'ingénia à me désarmer et fonça sur moi. C'est alors que je tirai ma flèche qui se ficha dans son cou. Il poussa un cri et tomba sur le nez : je l'abattis (avec) sa hache et lançai mon cri de guerre sur son dos. Tous les Asiatiques crièrent de joie.

 

     Je rendis grâces à Montou tandis que ses thuriféraires célébraient son triomphe (9).

Et ce chef Amounenchi me serra dans ses bras.

 

     Alors j'emportai ses biens (10) , pillai son bétail, et ce qu'il projetait de faire contre moi, je le fis contre lui. Je pris ce qu'il avait dans sa tente et dépouillai son campement. Et je devins important à cause de cela ; j'étais large en biens et riche en troupeaux.

Ainsi le dieu (11) a agi pour satisfaire celui contre qui il était irrité et qu'il avait égaré dans un autre pays.

 

     Aujourd'hui, son coeur (12) était apaisé : un fugitif s'enfuit  à cause de sa situation ; mon renom est dans la Résidence (13). Un paresseux qui traînait à cause de la faim, à présent je donne du pain à mon voisin. Un homme qui quittait sa terre par dénuement, je possède des vêtements de lin fin. Un homme qui courait par manque d'émissaires, je suis riche de serviteurs. Ma maison est belle ; vaste est ma demeure (14)

 

  

 

Notes

 

 

 (1)   ... il l'avait soumis tout entier : il avait entièrement soumis le Rétchénou.

 

 (2)   Le Prince : Amounenchi, prince du Rétchénou et beau-père de Sinouhé.

 

 (3)   C'est une opposition de coeur : expression qui pourrait se traduire, en français contemporain par : C'est de l'envie. Mais là, j'ai préféré conserver l'image que je trouve poétique des termes égyptiens

 

 (4)    ... un homme de condition modeste : tout au long du roman, l'auteur insiste sur la condition de simple fonctionnaire de Sinouhé. Ses origines sociales, ses parents jamais ne sont mis en avant. Amené à côtoyer les plus grands, serviteur de Sésostris Ier il fut, auprès d'Amounenchi, il le sera mêmement.

 

(5)   ... un taureau aime le combat : il s'agit de l'homme fort du Rétchénou qui escompte provoquer le duel, tandis que le taureau d'élite, c'est Sinouhé lui-même.

 

(6)   Lorsque la terre se fut éclairée, le Rétchénou était arrivé : à l'aube, les habitants du Rétchénou étaient déjà sur le lieu où se passerait le duel entre les deux hommes.

 

(7)    ... il pensait à ce combat : Deux hypothèses sont ici en présence, que l'imprécision du récit ne départage pas : ces deux hommes en lutte constituent une métaphore soit des deux parties opposées du pays, le Rétchénou supérieur et le Rétchénou inférieur, soit des deux camps en présence, celui des partisans de l'homme qui provoque Sinouhé et celui des Bédouins d'Amounenchi.

 

(8)   Les femmes et même les hommes jacassaient : avez-vous remarqué, amis lecteurs, que l'auteur attire d'abord l'attention sur les femmes. Probablement sommes-nous en présence d'une effet de style indiquant que même les partisans de l'attaquant en arrivent à soutenir Sinouhé.

 

  (9)   ... ses thuriféraires célébraient son triomphe : littéralement, "ses partisans étaient en fête pour lui", c'est-à-dire pour le dieu Montou. Ceci nous donne franchement à penser que Sinouhé aurait converti à Montou certaines personnes du camp adverse ; donc à sa cause personnelle.

 

(10)   ... j'emportai ses biens : ceux de l'ennemi tué.

 

(11)   ... le dieu : Montou.

 

(12)   ... son coeur : celui de Sinouhé.

 

(13)   ... dans la Résidence : à Licht, dans la capitale égyptienne de l'époque.

 

(14)   Remarquable paragraphe dans lequel Sinouhé, à partir d'une recherche de parallélisme de membres, crée un style poétique de premier choix  : sous couvert de la troisième personne du singulier, il décrit en réalité sa propre condition. A mon sens, du grand art littéraire !

 

 

 

     A suivre ... 

      

 

     (Je ne rappellerai jamais assez tout ce que cette mienne traduction doit à l'enseignement, aux conseils avisés et aux corrections pointues du Professeur Michel Malaise qui, voici près d'un quart de siècle, guida mes premiers pas dans l'apprentissage de la langue et de l'écriture égyptiennes.)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Littérature égyptienne
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commentaires

Améthyste 03/10/2012 15:26

Il me semble que ce duel est un déclencheur décisif pour Sinouhé et, qu'en la personne d'un "homme fort" venu le provoquer, il veut exterminer, en lui-même, le Sinouhé plus jeune d'un quart de
siècle, celui qui a trahi car dominé par la peur, qui s'est enfui piteusement autrefois, en tremblant pour sa vie, se laissant dominer par une lâcheté pourtant excusable face à un réel danger,
celui qui a menti à Amounenchi.

L'homme faible est devenu un taureau d'élite aux yeux de tous, mais l'est-il à ses propres yeux ?
Il doit donc vaincre son adversaire, le tuer pour laver son coeur (sa conscience), enfin, de toutes ses défaillances, de la honte dont il est porteur depuis environ vingt-cinq ans. Le narrateur
n'écrit-il pas : "Ainsi le dieu a agi pour satisfaire celui contre qui il était irrité et qu'il avait égaré dans un autre pays." ?

Je pense que ce duel va être l'amorce d'un tournant inéluctable dans la vie de Sinouhé...
Mais ce n'est que mon interprétation.
Merci, Richard, de lire avec autant de patience mes mots simples perdus dans la richesse et l'excellence de tous les commentaires que l'on peut lire dans votre blog !

Richard LEJEUNE 04/10/2012 08:15



     Que ce duel soit un moment crucial dans le roman ne fait évidemment aucun doute. Et vous l'avez judicieusement remarqué, Améthyste, vous qui
le jugez déclencheur décisif.


 


     Personnellement, je n'y avais vu qu'une immense métaphore dans le chef du narrateur : celle d'une Égypte toute puissante contre laquelle,
certes, l'on peut essayer de s'opposer mais qui, in fine, sera toujours la plus forte. Avis donc aux peuples étrangers, ennemis ataviques, qui oseraient la provoquer ...


 


     Vous remarquerez, puisque vous avez lu les commentaires qui précèdent, qu'ici les métaphores paraissent se multiplier : le duel entre les
deux hommes pouvant représenter le combat entre les deux parties du Rétchénou mais aussi, comme je viens de l'indiquer, toute velléité future d'envahir une Égypte forte, inexpugnable ...


 


     "Ainsi le dieu a agi pour satisfaire celui contre qui il était irrité et qu'il avait égaré dans un autre
pays".


     Assertion capitale : Sinouhé se rend compte là, à ce moment précis de sa vie, après tant d'années de doutes, que le dieu lui est favorable !
Et, probablement aussi, s'il veut quelque peu se remémorer son passé en terres asiatiques, que la magnanimité divine l'a discrètement accompagné durant toutes ces années. 


 


     Le regard que vous portez aujourd'hui, les passages que vous soulignez, l'interprétation que vous en donnez vaut elle aussi, n'en doutez
point, que je m'y arrête pour y réfléchir. 


     Soyez persuadée, Améthyste, qu'il n'y a pas, dans cette belle aventure que je propose depuis le début du mois de juillet, de commentaires
inutiles, de mots simples (?) que je me forcerais à lire avec autant de patience (qu'est cela ?) en regard de mots riches qui seuls retiendraient mon attention.


 


     Je pense l'avoir déjà écrit mais j'aime à répéter que, grâce à vous, grâce à toutes et tous qui, ici, m'accompagnez, je découvre un
"nouveau" Sinouhé de semaine en semaine, moi qui croyais le "connaître" depuis si longtemps !


Et cela n'a pas de prix !



montou 03/10/2012 09:25

bonjour Richard

tu dois lire les pages 23 à 26 (PDF) (16 à 19 du texte), du document publié par l'ENIM études sur la bataille de Qadesh par Servajean qui traite en détail du duel de Sinouhé
Amicalement

Peace&Reason 02/12/2016 21:04

Richard Lejeune : Plus personne ne contredit la traduction de Monsieur Servajean qui explique pas à pas les raisons de sa traduction. Jusque là, on comprenait mal ce mot, le Faulkner n'est plus du tout d'actualité. D'autre part, sans cette traduction, l'aspect militaire est complètement incohérent, elle résout tout !

Richard LEJEUNE 03/10/2012 09:46



     Merci Michel. Oui, je connais ces pages - j'avais téléchargé le Cenim le 30 mai dernier -, mais, excuse mon immodestie !, je ne suis pas
d'accord avec la traduction de Frédéric Servajean et donc, le sens qu'il donne à sa phrase.
Bon, je vais l'écrire autrement : je ne comprends pas sa traduction.

     En B 136, le "spri" (dans "spr.n.i") - causatif 3 inf. -, pour lequel il propose la traduction de "faire prendre"
(ses armes), signifie, si, très scolairement, je m'en réfère au Faulkner (p. 223 de mon édition de 1986), "make to miss", (Faulkner qui, d'ailleurs, donne précisément l'exemple de cet
extrait de Sinouhé comme référence).
D'où ma proposition de rendre ce passage par "Après que j'eus évité ses armes, ..."

     Je viens à ce propos de relire ce qu'écrit Claude Obsomer dans sa traduction publiée dans Egypte, Afrique et Orient 37, p . 49 :
".. Après que j'eus échappé à ses armes" ...
Ce qui rencontre, conviens-en, ma proposition plutôt que celle de F. Servajean ...



Louvre-passion 23/09/2012 18:56

Ce récit est intéressant, surtout dans la mesure où le récit du duel apparaît comme une métaphore d'un combat. Pour ma part la scène de l'arc m'a un peu fait penser à Ulysse face aux prétendants.
Peut-être Homère s'est il inspiré de Sinouhé...

Richard LEJEUNE 24/09/2012 10:34



     Comme mon ami Michel dans un commentaire déposé ci-avant, tu mets judicieusement le doigt, V., sur la parenté évidente existant au sein de
ces duels héroïques qui émaillent la littérature épique du dernier millénaire avant l'ère commune.


 


     Que ce soit le récit d'Inaros face à l'occupation assyrienne, que ce soit celui de David et de Goliath dans un des livres de la Bible ou,
comme tu le suggères ici, dans l'Iliade d'Homère, toutes ces scènes de duel s'inspirent peu ou prou de celles de Sinouhé, datant du Moyen Empire égyptien, comme d'ailleurs, s'en inspira la
relation du combat entre Seth et Horus dans un autre morceau de bravoure littéraire datant, celui-là, du Nouvel Empire. 


 


     Cela peut évidemment s'expliquer par les relations étroites - et notamment d'un point de vue interculturel - qui marquèrent le premier
millénaire avant notre ère entre Grecs, Égyptiens et Judéens.


 


    Si ce sujet t'intéresse plus particulièrement, je ne puis que te conseiller de lire l'étude - 18 pages - que Damien
Agut-Labordère publie sur le Net.


(Tu cliques ci-dessus sur le nom de l'auteur pour accéder au texte en question). 


 


     Un point intéressant développé par cet égyptologue consiste à faire remarquer que le duel de Sinouhé constitue un épisode parmi d'autres,
tandis qu'avec Inaros et aussi dans l'Iliade, le fait de se battre en duel fait partie intégrante du personnage principal".



etienne 17/09/2012 03:15

Voilà mon remerciement tardif:

Merci cher Richard pour tes explications limpides et justes.
Oui, j'ai mal relu avant de m'interroger et ceci explique mes bourdes.

Amicalement

Etienne.

Richard LEJEUNE 17/09/2012 07:24



     Mon cher Etienne, tu n'as pas à t'excuser en précisant ci-dessus, Oui, j'ai mal relu avant de m'interroger et ceci explique mes
bourdes :


1. Il est évident que l'on ne peut avoir nécessairement à l'esprit en permanence toutes les notes que j'ai ajoutées au roman lui-même pour en préciser les tenants et
les aboutissants.


2. En outre, un point de ta phrase est faux : il n'y a pas des bourdes, comme tu l'écris, mais un seul oubli, et par rapport à une explication que j'avais donnée à la suite du tout premier épisode !!


 


     Il n'y a donc vraiment pas de quoi fouetter un chat !


 


      "Grâce à toi, j'ai ressenti, l'espace d'une demi-heure, la bien agréable impression d'avoir fait un bond dans mon passé, au temps
où devant un parterre d'Etudiants attentifs et désireux d'approfondir mes propos, je m'appliquais à éclairer, à développer, à préciser encore et encore certains points de détails par rapport aux
notions que je venais de leur exposer.





     Merci, merci mille fois, Etienne, pour ce flot d'interrogations ...", t'avais-je répondu après avoir pris connaissance de ton long
et très intéressant questionnement de l'époque.


 


     Sois rassuré, je persiste et signe !



FAN 03/09/2012 15:39

Oullala, quel combat!! décidément, les hommes aiment guérroyer pour la possession de biens matériels!! Il y a le verbe "jacasser" qui m'interpelle!!Déjà utilisé à cette époque??? Otez moi d'un
doute cher Richard!! BISOUS FAN

Richard LEJEUNE 03/09/2012 16:23



     Parfaitement, chère Fan : le texte égyptien antique propose un terme qui approximativement signifie "s'exprimer avec volubilité et d'une
voix relativement criarde" : ce qui, ainsi rédigé, eût été un peu long. Or, en bon français, cette notion constitue exactement un des sens possibles de notre verbe "jacasser".


     D'où cette traduction que je souhaitais un peu plus pointue, un peu plus large, quant aux possibilités d'expression, que le verbe "crier"
qui, certes n'est pas faux puisqu'on le trouve par ailleurs chez certains égyptologues, mais que j'ai finalement estimé banal et, surtout, ne rendant pas suffisamment toutes les nuances du terme
égyptien d'origine.


 



JA 02/09/2012 13:54

Bonjour
difficile pour moi de faire un commentaire car je prends le roman en cours....
quant aux polèmiques sur les éditeurs c'est dans tous les domaines qu'on trouve des données différentes; dans le domaine de la santé par exemple il faut faire aussi très attention aux revues ou
livres qui peuvent donner de faux espoirs.....
je reviens sur les chemins de la blogosphère après une mauvaise chute et une fracture, mais tout va bien


A très bientôt

Richard LEJEUNE 02/09/2012 14:49



     Bonjour Jocelyne.


 


     Moi qui vous croyais en grandes vacances !! Heureux d'apprendre que tout est maintenant rentré dans l'ordre après votre fracture.


 


     Il est certain que, dans bien de domaines, il est nécessaire de pouvoir faire le tri parmi les ouvrages ou revues que l'on consulte et les
auteurs que l'on lit.


 


     Quant au roman de Sinouhé, si l'envie vous en prend, vous pouvez toujours remonter le temps et en commencer la lecture depuis sa
présentation le 3
juillet dernier, puis tous les épisodes qui se sont succédé de mardi en mardi.


A votre meilleure convenance.


 


Bon dimanche,


Richard


 


 



christiana 01/09/2012 01:42

A mon tour je quitte la Belgique pour l'Italie où je reprendrai comme chaque année mes carnets de vacances, aquarelles sur le vif, histoires et Histoire, photos, gastronomie, rencontres, vie
quotidienne des gens, etc... J'aurai mon ordinateur et je répondrai aux questions mais je ne suis pas sûre de pouvoir visiter tous vos site avant mon retour. Je me rattraperai après.
A bientôt...

Richard LEJEUNE 01/09/2012 08:05



     Comme à chaque fois, nous attendons vos notes et aquarelles avec l'impatience de ceux qui connaissent votre envie de partager les beautés
que vous croiserez et votre talent pour les leur faire découvrir et aimer ; avec l'impatience de ceux qui savent d'ores et déjà que vos coups de coeur les raviront.


 


     Excellentes vacances à vous, Christiana.



TIFET 31/08/2012 18:30

Bon ben voilà, nous sommes bien d'accord !! ouf, je n'aurais pas aimé partir en vacances avec l'impression que vous m'en vouliez ! je suis rassurée, soyez rassuré, en quelque sorte nous "oeuvrons"
dans le même sens, le respect de l'Egypte et des Egyptiens, à bientôt Richard, pour l'heure, je pars pour les sommets alpins, amitiés !

Richard LEJEUNE 31/08/2012 21:03



     Vous en vouloir ? Mais diantre, pour quelles raisons ?


L'intéressant, dans une vie, n'est-il pas, entre personnes qui se respectent, à la fois dans le langage et dans la manière de concevoir l'Autre, de confronter des
opinions ?


     Car bien évidemment, nous avançons avec le même objectif en point de mire : le respect de l'Égypte et de ses habitants, quelles que soient
les époques !


 


     Je vais même vous avouer une chose : si je n'avais pas senti cela chez vous, chère Tifet, il y a un long temps que je ne visiterais plus
votre blog, il y a un long temps que je vous aurais exclue du mien.


 


     Passez d'agréables vacances, votre époux et vous, et à bientôt virtuellement nous retrouver.


 


     Bien amicalement,


     Richard



TIFET 31/08/2012 13:55

"Certes je vous ai signalé que je n'avais pas lu "son" Sinouhé ; ce qui est différent !
Pas voulu lire, en réalité, parce que suffisamment édifié par ce qu'il a traduit avant," donc vous n'avez pas lu "son Sinouhé"..........et donc vous l'avez écrit ! je crois comprendre que vous
n'appréciez guère cet écrivain et je soulève là un point de vue intéressant il me semble, en fait deux mondes très différents, celui des scientifiques et des personnes comme vous qui s'appuient sur
des recherches sérieuses et le monde des "non initiés" ou des "charlatans" qui "brodent" sur l'Egypte antique mais qui, quelque part peut-être et non pas que je veuille les défendre, contribuent
aussi à ce qu'un grand nombre de personnes s'intéressent à l'Egypte, la vulgarisation n'a pas que des côtés négatifs, si cela peut inciter les touristes à revenir en Egypte en ce moment, ils ont
besoin de nous !..........

Richard LEJEUNE 31/08/2012 15:53



     Soyez certaine, Tifet, que ce n'est pas la vulgarisation qu'ici je réprouve ! Soyez certaine que je n'estime pas que l'égyptologie
n'appartient qu'à des scientifiques patentés ! J'ai, tout au long de ma carrière d'Enseignant, et sur tous les sujets d'histoire, conseillé aux plus jeunes de mes Étudiants de lire certains
auteurs de romans en guise d'approche, de premier contact avec une civilisation ou un événement historique ; puis, l'âge de la maturité aidant, je les ai petit à petit invités à dépasser le stade
romanesque et à aller piocher dans les ouvrages de spécialistes.


Ouvrages de spécialistes qui, j'en suis conscient, peuvent parfois "rebuter" le public à cause, par exemple, de ces indispensables notes infra-paginales qui, c'est
indéniable, alourdissent une lecture. Mais ouvrages indispensables quand on veut véritablement et sérieusement se documenter !


 


     Donc des romans, oui ! et plutôt deux fois qu'une car ils existent ceux qui ne détournent pas la vérité, la réalité historique et qui
prennent l'Égypte en tant que toile de fond d'une belle histoire.


 


     En revanche, ce que pour l'heure je réprouve, stigmatise et vilipende, ce sont ceux qui, sous une apparence "politiquement correcte", font
croire au sérieux de leurs écrits, se servent de l'Égypte, en détournent incidieusement l'image, travestissent une réalité de vie pour, sans avoir l'air d'y toucher, distiller leurs propres idéaux, bien éloignés de la réalité antique.


 


     De ceux-là, de ceux que j'estime malhonnêtes, je pense que les Égyptiens d'aujourd'hui n'en ont pas besoin. Ce n'est pas en en déviant son
passé que l'on rendra service à l'Égypte du présent !      



TIFET 30/08/2012 13:45

Hé bien Richard, je ne suis nullement troublée par votre franchise et je dois dire que je l'apprécie plutôt ! les auteurs que vous citez sont amplement connus mais je n'avais jamais soupçonné cette
maison d'édition comme étant une "secte" ?? n'est-ce pas, si vous me le permettez, un peu "excessif" comme réaction ? en ce qui concerne A; FERMAT vous dites vous même que vous n'avez pas lu ses
écrits, dans ce cas comment vous faites-vs une opinion tout du moins à propos de ce livre en particulier ? allez-vs vous fâcher là ???

Richard LEJEUNE 30/08/2012 14:22



     Me fâcher ? Avec vous ? Sûrement pas Tifet. Mais préciser, oui. Volontiers.





     Je n'ai nullement écrit que je n'avais pas lu les écrits d'A. Fermat. Tout au contraire, j'ai précisé qu'avant de porter jugement, je savais
de quoi je parlais. Ce me paraît d'ailleurs être la moindre des choses, le premier en tout cas des principes déontologiques.


Certes je vous ai signalé que je n'avais pas lu "son" Sinouhé ; ce qui est différent !


Pas voulu lire, en réalité, parce que suffisamment édifié par ce qu'il a traduit avant, et dont j'ai bien évidemment pris connaissance. Dès lors, à tort peut-être à
vos yeux, je n'escompte plus consacrer du temps à quelqu'un - et j'ai bien également précisé ce point - qui ne respecte pas le texte original antique et le détourne malicieusement grâce à un
vocabulaire choisi pour distiller ses idées spirituelles bien éloignées des notions égyptiennes antiques. 


 


     Un seul exemple, que j'espère vous ne jugerez pas ridicule car, pour moi, il est extrêmement révélateur : il y a une différence énorme de
sens et de message que l'on veut subrepticement faire passer quand, évoquant la religion égyptienne, l'on rend le terme "netcher" par "Dieu" - avec une majuscule - et non "dieu" avec une
minuscule.


Sans m'attarder, en outre, sur le côté anachronique de cette traduction qui n'est point anodine. 





     J'ajouterai, pour définitivement enfoncer le clou, que j'estime - mais cela n'engage que moi - qu'il est extrêmement malheureux que dans un
magazine grand public comme celui que dirige monsieur Tonic, que beaucoup, je présume, lisent sans réel esprit critique par manque tout naturel de connaissances pointues, il est proprement
malhonnête de donner à croire à une quelconque rigueur scientifique au sein des travaux de traduction d'A. Fermat.



TIFET 30/08/2012 11:51

Connaissez-vs Richard ce livre d'André FERMAT "les Aventures de Sinouhé" édité en 2012 aux éditions MDV, qui propose ici une nouvelle traduction de l'oeuvre, avec le texte hiéroglyphique dans son
intégralité et sa traduction littérale ?? (conseillé par François Tonic pour un public "averti")

Richard LEJEUNE 30/08/2012 12:43



     Que voilà, chère Tifet, la question sensible !


Et que voilà, à  sa suite, la réponse qui, je pense, va peut-être en fâcher certains.


 


     Oui je connais André Fermat parce qu'avant de poser un jugement de valeur, j'estime qu'il faut avoir une certaine connaissance de ce dont on
parle !


Non, honnêtement, je n'ai pas souhaité lire la traduction que M. Fermat a donnée de Sinouhé ; et je n'ai nulle envie de perdre mon temps à me plonger dans ce nouvel
ouvrage.


 


     M. Fermat et quelques autres - dont Christian. Jacq, pour ne pas le citer - font partie d'une maison d'édition (Maison de Vie) qui
n'a pas pris le parti de s'intéresser à une égyptologie scientifique mais préfère plutôt cheminer sur des sentiers relevant d'une certaine spiritualité aux frontières du très peu sérieux.


Maison d'édition qui, selon certains, tutoierait les idées d'une véritable secte.


 


     Certaines des traductions que donne A. Fermat à partir d'un texte que l'on connaît par ailleurs grâce à la plume d'égyptologues patentés
laissent pantois quant au sens des phrases proposées. Pis : pantois quant à l'idéologie sous-jacente qui s'en dégage, et qui est bien éloignée de ce que l'original antique propose.


 


     Et donc, non je ne poursuivrai pas plus avant la lecture des ouvrages de ces auteurs réunis sous cette bannière d'une maison d'édition fort
peu scientifique.


 


     J'espère chère Tifet, et vous tous amis lecteurs, que cet avis, fruit d'une franchise qui n'a d'égale que la volonté de présenter une Égypte
telle que nous la connaissons vraiment grâce aux documents archéologiques ou autres qui nous sont parvenus, franchise qui par ailleurs m'a souvent joué de vilains tours dans ma carrière
d'Enseignants - comme aussi dans ma vie privée, mais peu me chaut ! - , ne vous troublera pas outre mesure et, surtout, qu'elle vous convaincra du bien-fondé de mon envie de ne laisser en rien le
sectaire envahir mon blog !


 


     Ceci posé, merci à vous d'avoir fourni cette référence qui m'a permis de mettre quelque peu les choses au point quant aux travaux des
auteurs réunis dans cette maison d'édition.



Cendrine 30/08/2012 10:20

Bonjour Richard,

J'ai pris autant de plaisir à lire votre article et la suite des aventures de Sinouhé qu'à cheminer à travers votre réponse à Etienne. Je lis toujours vos réponses, même si ce n'est pas
immédiatement (je vais au rythme des possibilités offertes par mon état de santé...)

J'ai beaucoup aimé la description du combat, le souffle épique animant ce choc guerrier entre les deux hommes.

Au sujet du taureau, vos explications sont parfaitement claires. Animal au sang vif, ombrageux, solaire et gorgé de virilité,le taureau est un choix fort approprié. L'image est magnifique et
l'énergie rutilante du soleil rayonne sur ce face à face entre deux forces de la Nature...

Sinouhé, défié, prouve une nouvelle fois l'étendue de ses ressources physiques et mentales. C'est de la grande et belle littérature, je vous remercie de nous y initier.

Je vous souhaite une excellente journée et vous adresse mon amitié.

Cendrine

Richard LEJEUNE 30/08/2012 12:01



     C'est assurément pour moi aussi, Cendrine, soyez-en persuadée, un réel plaisir d'avoir ressorti des classeurs si bellement écornés de ma
bibliothèque d'égyptologie cette "vieille" traduction et de la proposer cet été à mes lecteurs : non seulement, elle me permet d'ouvrir les yeux et les coeurs sur un morceau de choix de la
littérature égyptienne, mais également, et ce n'est pas pour ce qui me concerne le moindre des intérêts de cette "exhumation", elle me donne l'opportunité - je pense plus spécifiquement ici à la
remarque de Michel que j'ai découverte ce matin -, de remettre en question certaines des options de la traduction que j'avais jadis apportée à ce roman historique.


 


     L'apprentissage s'inscrit donc dans les deux sens, tout comme les ponts, qu'ils soient de Paris ou d'ailleurs, qui en concrétisent la
parfaite métaphore.


 


     Grand merci également pour cette fidélité qui est vôtre et, mais est-il encore besoin de le souligner  ? - pour l'excellence de votre
prose. 



christiana 30/08/2012 00:59

Moi qui suis d'une telle ignorance en civilisation Egyptienne, je prends tout ceci avec beaucoup d'intérêt, les questions et les réponses que je lis fidèlement avec plaisir, des questions que je
n'aurais même pas l'idée de poser et dont j'obtiens pourtant les réponses instructives. Je prends tout cela en vrac; les informations, le roman, l'histoire et l'"H"istoire et encore une fois la
poésie car je suis parfaitement d'accord avec vous, c'est de la vraie littérature avec recherche de style.

Richard LEJEUNE 30/08/2012 11:50



     Merci à vous aussi Christiana de faire partie de ces fidèles qui suivent les aventures de Sinouhé avec un intérêt certain et d'être en
harmonie avec l'opinion qui est mienne - et celle du monde égyptologique, s'entend ! -, quant à la valeur littéraire de l'oeuvre.



Carole 29/08/2012 21:42

Et moi, venant après bien des commentateurs, je me contenterai d'admirer la beauté simple de cette interrogation : "peut-on fixer la plante de papyrus sur le rocher ?" Poésie d'un texte, d'un
peuple, qu'un détail tel que celui-là révèle bien.

Richard LEJEUNE 30/08/2012 11:46



     Ah, Carole, dans cette saga qui nous entraîne sur les pas de Sinouhé, que j'aime retrouver votre commentaire de semaine en semaine  !


Les détails stylistiques, poétiques ne vous échappant nullement, vous épinglez avec élégance, partant, corroborez ce que, trop pédagogiquement peut-être, je martèle
depuis le début, à savoir que nous sommes en présence d'une oeuvre littéraire d'une richesse incontestable, et rare pour l'époque.





     Cette très belle image de l'impossibilité de faire pousser les plantes de papyrus à même le rocher, s'inscrivant au sein de la narration
d'un combat singulier, en est une nouvelle fois la preuve. L'auteur anonyme de ce roman devait assurément être un lettré de grand talent.



michel 29/08/2012 18:59

comme tu peux t'en douter, c'est la description du combat qui m'intéresse. On retrouve les armes de l'époque,bouclier, javelots, hache, arc, épée (quoique le terme me semble anachronique, à cette
époque ,les épées proprement dites, longues et effilées, n'existaient pas encore, dague serait sans doute plus approprié mais je ne sais pas quel est le mot égyptien que tu as traduit). La
description du combat montre une certaine intelligence tactique: l'adversaire est décrit comme très expérimenté,peut-être même plus fort physiquement que Sinouhé qui n'a donc pas intérêt à s'y
mesurer en corps à corps.Il le laisse donc épuiser son "artillerie", les javelots, les flèches , en restant à distance et, quand il se rapproche en maniant sans doute sa hache, l'élimine du premier
coup avec une seule flèche. Il devait certainement mépriser Sinouhé pour ne pas s'être protégé de son bouclier qu'il brandissait au début du combat (sans doute l'avait-il posé pour tirer avec son
arc?)et Sinouhé devait être un bon archer pour atteindre une partie vitale en un seul coup!. Ne trouves-tu pas que cette description ressemble beaucoup à ce que sera, décrit plus tard, le combat de
David contre Goliath? On retrouve ainsi le combat singulier destiné à régler un différent entre 2 tribus, interprétation que tu semblais suggérer dans un de tes commentaires.

Richard LEJEUNE 30/08/2012 11:30



     Merci à toi, Michel, pour cette "fidélité de l'ombre" à mon blog.


 


     En épinglant la distinction lexicographique entre épée et dague, tu mets parfaitement le doigt sur la différence
d'interprétation que l'on peut trouver dans les traductions contemporaines.


 


     Le terme égyptien employé par le narrateur est "b3gsw" (Sinouhé B 128 : ...  dj.n=j sS n bAgsw=j ) que le Professeur Malaise - peut-être pas très au fait des armes de l'Égypte antique, voire des armes en général, pas plus que moi,
d'ailleurs -, nous avait fait traduire par épée, glaive. Même proposition de traduction chez Claire Lalouette dans son second volume de Textes sacrés et textes profanes de l'ancienne
Égypte, p. 231.


 


     Sans plus de recherches précises, j'ai donc conservé ici le terme épée que j'avais noté dans mes travaux de l'époque, et que M. Malaise
avait parfaitement entériné.


 


     La lecture de ta remarque, évidemment, titilla ce matin ma curiosité. Je me suis donc référé au livre de chevet de tout épigraphiste - même
en herbe ! - qui se respecte : LE Faulkner.


Et là, au milieu de la page 79, le terme "b3gsw" est bien rendu par "dagger", c'est-à-dire, vérification faite dans le Robert et Collins, p. 150 de
mon édition de 1989, "poignard, dague".


 


     Consultant également sur ce sujet ce que propose Claude Obsomer dans le numéro 37 de la revue Égypte, Afrique & Orient, p.
49, je constate qu'il te donne entièrement raison.


Je vais donc corriger dans ce sens mon article d'hier.


Merci à toi d'avoir là-dessus attiré mon attention. 


 


     Par ce détail de la flèche habilement décochée dans le cou du combattant du Rétchénou, l'auteur du roman met effectivement Sinouhé en
valeur, corroborant par son texte le choix qu'avait précédemment fait Amounenchi de placer l'Égyptien à la tête de son armée.


 


     Quant à la comparaison avec le combat qui opposa David et Goliath, elle entre dans le droit fil de ce que d'aucuns, parmi les égyptologues,
pensent : que certains épisodes de la Bible ont été fortement influencés par la littérature égyptienne. Il n'est que de te souvenir du célèbre hymne à Aton - dont j'avais en 2008 donné une
version.    



François 29/08/2012 16:28

Pour moi, il fait une métaphore bien compréhensible pour une civilisation où chacun sait ce qu'est l'élevage d'un troupeau :

"Assurément, je suis comme le taureau vagabond au milieu d'un autre troupeau : le mâle du troupeau l'attaque tandis que le bœuf à longues cornes fond sur lui."

Rien là que de très naturel, il prend même soin de se qualifier de "vagabond" pour montrer à son Prince qu'il a conscience de ne pas être le maître du troupeau , puis devant le désir de le
supplanter de l'homme fort du Rétchénou, il file la métaphore et se met en valeur - "taureau vagabond", certes, mais "taureau d'élite" - pour justifier son attitude en même temps :

"A supposer qu'un taureau aime le combat, un taureau d'élite aimera-t-il tourner le dos de crainte que l'autre ne l'égale..."

Mais peut-être suis-je là par trop simpliste, terrien ? Ou alors pas assez "subtil" pour entendre autre chose que ce qu'il me semble lire comme venant d'une société pastorale connaissant le
comportement des animaux...

Tout bonnement !
François

Richard LEJEUNE 30/08/2012 10:11



     Grand merci à toi, François, pour cette intéressante réponse argumentée.


 


     Avis aux autres lecteurs, pour autant qu'ils souhaitent entrer dans la discussion sur cette métaphore précise ...



François 29/08/2012 15:09

De l'intérêt de venir écrire un petit commentaire tardivement :
On a déjà toutes les réponses aux questions que l'on pouvait se poser...

L'analyse de l'emploi du terme "taureau" que tu cites de C. Obsomer et que tu qualifies de "subtile" me parait peut-être un peu spécieuse, mais après tout, pourquoi pas ?
En tous cas, me voilà renseigné !
Merci à Étienne pour la question et à toi pour la réponse !

Amicalement !
François

Richard LEJEUNE 29/08/2012 15:59



     Tardivement ?


Mais nous ne sommes que mercredi, François, et cet article fut publié hier ...


En outre, tu n'es que le troisième intervenant. Donc, à mes yeux, rien de tardif dans ta réaction.


 


     Je ne sais si j'ai bien compris ta phrase mais ce n'est pas l'analyse du Professeur Obsomer que je qualifie de "subtile", mais l'emploi ici,
dans l'analogie entre les deux personnages voulue par l'auteur anonyme du roman, du terme "taureau", habituellement réservé aux souverains. C'est le procédé littéraire que je trouve
"subtil".


Pour écarter tout doute dans les esprits, j'ajouterai que c'est ma propre opinion que je dévoile là, et que Claude Obsomer, lui, n'emploie nullement cette
épithète.


 


     Si tu estimes l'argument spécieux, comment dès lors personnellement expliquerais-tu la comparaison de Sinouhé avec un taureau ?



Alain 28/08/2012 09:55

J’aime l’aquarelle montrée au début du récit. Le regard lointain de l’homme dégage une réflexion intense.
Je ne connais pas les textes écrits à cette période dans l’antiquité, mais j’apprécie, comme toi, le dernier paragraphe. Il est d’une belle originalité littéraire. Je commence à comprendre pourquoi
ce récit est considéré comme une œuvre importante de la littérature mondiale.

Richard LEJEUNE 28/08/2012 14:48



     J'espère, Alain, que la longue réponse circonstanciée que je viens d'adresser à Etienne dans laquelle j'épingle d'autres procédés de style
confirmera et mes propos et ta conviction que nous sommes effectivement en présence d'un très grand et très beau texte littéraire, véritable patrimoine de l'Humanité.



etienne 28/08/2012 02:34

Bonjour Richard,

J'espère que l'on aura plaisir à lire prochainement tes réponses à nos commentaires car ils sont souvent l'éclaircissement qui donne encore plus d'intérêt à tes articles grâce aux très judicieuses
questions de tes fidèles lecteurs!

D'ailleurs:
pourquoi ce brave héros qu'est Sinouhé se compare t-il à un taureau alors qu'à l'époque, l'image et la force taurine était attribuées principalement au roi comme dans leurs noms de règne.
Comme: Taureau puissant, victorieux... repris par moult rois égyptiens antiques?

Et: Sinouhé avec cette ascension si rapide auprès d'Amounenchi, prince du Rétchénou et beau-père de cet
anti-héros devenu maintenant un véritable héros; aiguise bien sûr les jalousies de ses ennemis du Retchénou inférieur.
Ce qui le contraint à montrer à tous sa bravoure et sa force guerrière se réclamant ainsi disciple de Montou en étant victorieux face à son ennemi provocateur jaloux!

Les deux camps opposés auraient aussi pu rentrer en guerre, pourquoi avons-nous ici un duel?
Je n'ai jamais vraiment lu ou vu qu'il y avait des "duels" tels que celui-ci en Egypte ancienne, est-ce une exception ou connait-on d'autres cas?

Tu dis que Sinouhé entretenait déjà des relations diplomatiques avec les ambassadeurs égyptiens de SesostrisI, pourquoi alors ne serait-il pas rentré au pays à ce moment là de sa vie?
Maintenant que sa renommée atteint la cour de Licht, pharaon peut le recevoir chez lui sur sa terre natale.

De plus un égyptien avait peur de mourir hors d'Egypte et ne voulait être inhumé dans une peau de mouton comme le faisait les asiatiques, c'était un outrage à la renaissance du défunt de: ne pas
être embaumé, ne pas avoir de tombe avec tout ce qu'elle doit comporter, ne pas être inhumer dans son pays, sans être prié lors du culte rendu par ses proches!

Enfin, tu dis que Sinouhé était un fonctionnaire modeste mais son rang:

"Le noble, le prince, le porteur du sceau royal en qualité d'ami du Harponneur, l'administrateur en chef des domaines des souverains dans les terres asiatiques, le connu véritable du roi de
Haute-Egypte, son aimé, le compagnon royal, Sinouhé, dit :
J'étais un compagnon adjoint à son maître, un serviteur du harem royal de la noble dame, la grande favorite, l'épouse royale de Sésostris dans Kenemsout, la fille royale d'Amenemhat dans Kaneferou,
Neferou, la dame élevée à l'état d'imakh."
...le plaçait quand même à la suite du roi avant qu'il s'enfuit et était en plus administrateur en chef des domaines des souverains dans les terres asiatiques ce qui fait de lui un noble de haut
rang donc loin d'être un simple fonctionnaire???
Se qualifie t-il donc de cette manière par modestie et respect de la personne du roi ou bien???

Et aussi, il devait déjà connaître le Prince Amounenchi puisqu'il était administrateur... dans les terres asiatiques, là j'ai du mal à comprendre qu'il soit un inconnu pour le prince?

Voilà, j'ai finie avec ma pluie d'intérogatives!

Egypt-amicalement!

Richard LEJEUNE 28/08/2012 14:44



     Si l'on prendra plaisir à lire mes réponses à tes questions, je ne sais trop, Etienne. En revanche, que j'aie personnellement pris plaisir à
en préparer et t'en proposer la rédaction, j'espère vraiment que nul n'en doutera !


Grâce à toi, j'ai ressenti, l'espace d'une demi-heure, la bien agréable impression d'avoir fait un bond dans mon passé, au temps où devant un parterre d'Etudiants
attentifs et désireux d'approfondir mes propos, je m'appliquais à éclairer, à développer, à préciser encore et encore certains points de détails par rapport aux notions que je venais de leur
exposer.


 


     Merci, merci mille fois, Etienne, pour ce flot d'interrogations bien matutinales ... ou bien tardives, c'est selon ton emploi du temps : je
ne suis pas vraiment certain que tous ici comprendront toute l'importance que j'y attache !


 


Permets-moi de reprendre ton questionnement point par point.


 


1. Le taureau.


     Tu as parfaitement raison de rappeler la comparaison de cet animal avec les souverains antiques que, comme je l'ai expliqué tout dernièrement en note 2 à la suite du
panégyrique de Sésostris Ier, l'on retrouve de manière récurrente dans la littérature et dans l'art égyptiens.


 


     Appliquée à Sinouhé, au départ de modeste origine, elle pourrait paraître extrêmement présomptueuse, voire irrévérencieuse, à tout le moins
hors de propos. Or, l'auteur la propose. Dès lors, comment l'expliquer ?


 


     Si je m'en réfère à la remarquable étude qu'a faite de ce roman historique l'égyptologue belge Claude Obsomer au sein de l'article
Littérature et politique sous le règne de Sésostris Ier publié dans le numéro 37 de la revue Egypte, Afrique & Orient (pp. 33-64), la métaphore des taureaux serait à
comprendre par référence à la situation de Sésostris Ier lui-même, que j'ai par ailleurs évoquée dans les notes à propos du deuxième extrait du roman : apprenant
l'attentat qui a causé la mort de son père, il quitte précipitamment de nuit son armée et les autres fils royaux aux fins d'arriver le plus rapidement possible au palais et de prendre le pouvoir
qui lui revient de facto, avant que d'autres, peut-être l'éliminent lui aussi.


 


     Avec cette métaphore des taureaux, l'auteur du roman aurait donc établi une subtile analogie entre la situation de Sinouhé - héritier présomptif
du prince Amounenchi qui lui a confié sa fille aînée comme épouse et son armée à commander - et Sésostris Ier, héritier avéré puisque fils aîné d'Amenemhat Ier ; en outre, tous deux sont
susceptibles de déplaire à ceux qui, tels les autres fils royaux et le combattant du Rétchénou qui propose le duel, entendent eux aussi prendre la succession à la place de celui naturellement
désigné. D'où, pour Sésostris Ier et pour Sinouhé, l'obligation d'être puissants tel un taureau de manière à vigoureusement écarter les prétendants envieux non autorisés.


 


     Tu admettras, Etienne, que dans cette subtilité réside aussi la grande valeur littéraire de ce roman ! 


 


2. Pourquoi un duel ?


     A nouveau, il s'agit ici pour l'auteur d'utiliser une subtile figure de style - dont j'ai esquissé le sens dans ma note n° 7 : plutôt que
brosser les étapes d'une bataille en règle entre les forces opposées des deux régions du pays, Rétchénou supérieur et inférieur, l'auteur du roman a préféré le procédé de la métonymie : duel
entre deux hommes, - la partie pour le tout -, faisant l'office de guerre entre les deux camps adverses.


 


     J'attire une fois encore l'attention sur le fait que ce procédé littéraire est déjà présent dans un texte si ancien ! Et je prends même
plaisir à marteler - en quelque sorte mon "cheval de bataille" - : avant la Grèce antique ; cette Grèce qui aurait, selon tant et tant d'historiens, tout inventé !!! 


 


3. Les relations diplomatiques. 


     Même s'il "assurait ses arrières", même s'il mettait un point d'honneur à demeurer loyal envers sa mère patrie, avec probablement une idéee
derrière la tête, je te le concède, Sinouhé n'avait à ce moment-là aucune envie, aucun intérêt même, à rentrer au pays dans la mesure où il n'était nullement certain de l'accueil qui lui serait
réservé à la Résidence.


N'oublie pas qu'il quitte subrepticement l'Égypte sans en avertir le souverain au service duquel il est engagé. Dans le langage d'un militaire, chemsou, en
égyptien, - ce qu'il était à la cour d'Amenemhat Ier -, cela s'appelle de la désertion !


 


"Maintenant que sa renommée atteint la cour de Licht, pharaon peut le recevoir chez lui sur sa terre natale.",
m'écris-tu. Là, je sens, je sais, que tu connais l'oeuvre et que tu en anticipes les prochains épisodes. Permets-moi dès lors, de ne point réagir à cette partie de ton commentaire, pas plus qu'à
celle concernant l'inhumation, pour ne pas déjà dévoiler cet après-midi à mes lecteurs la suite des aventures de Sinouhé prévue pour les prochains mardis de septembre.


 


4. Sinouhé, modeste fonctionnaire.


     Là, mon cher Etienne, tu dois absolument relire le tout premier article dans lequel j'avais bien précisé deux
points :


* que le texte commençait par aligner les titres qui furent siens à la fin de sa vie ; en d'autres termes, ceux que le souverain lui conféra après
sa rentrée au pays : le noble, le prince, etc.


 


* qu'ensuite, utilisant déjà (!!!) le procédé du retour en arrière - flash back, dit-on dans le langage cinématographique contemporain (j'attire une nouvelle fois
l'attention sur la modernité, sur la richesse de ce texte antique) - l'auteur énonce ceux qu'il possédait à la Cour au moment de sa fuite : compagnon, serviteur, etc. Rien de
"brillant" là dedans, tu en conviendras ; rien certes qui, au départ, fasse en tout cas de lui un noble de haut rang !


 


5. Connaissait-il Amounenchi avant d'arriver au Rétchénou ?


     L'auteur, jamais, ne le laisse supposer. Et Administrateur des domaines des souverains en terres asiatiques constitue, puisqu'il
est dans le tout premier paragraphe du roman que je viens à l'instant de mentionner, un titre honorifique que lui attrribua Sésostris après son retour sur le sol natal.


 


    J'ajouterai que toutes les questions qu'Amounenchi pose à Sinouhé avant de l'élever à un haut rang parmi les tribus bédouines prouvent
incontestablement qu'au préalable, les deux hommes ne se connaissaient nullement. 


 


     Voilà, Etienne, pour te répondre, ce que j'avais à préciser. Ce fut peut-être un peu long mais j'espère vraiment que tu me liras, que tous
mes fidèles amis ici me liront, jusqu'au bout ...


 


     Encore merci à toi pour ta participation à mon modeste blog.


 


     Très amicalement,


     Richard 



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