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17 septembre 2012 1 17 /09 /septembre /2012 23:00

 

      Errants, ô Terre, nous rêvions ...

 

Nous n'avons point tenure de fief ni terre de bien-fonds. Nous n'avons point connu le legs, ni ne saurions léguer. Qui sut jamais notre âge et sut notre nom d'homme ? Et qui disputerait un jour de nos lieux de naissance ? Éponyme, l'ancêtre, et sa gloire, sans trace. Nos oeuvres vivent loin de nous dans leurs vergers d'éclairs.

Et nous n'avons de rang parmi les hommes de l'instant.

 

 

 

 

SAINT-JOHN PERSE

Chronique, IV

 

dans Oeuvres complètes,

Paris, Gallimard, La Pléiade,

p. 395 de mon édition de 1972

 

 

 

 

 

      Mardi dernier, souvenez-vous amis lecteurs, nous avons quitté Sinouhé en proie à un état d'excitation certain après qu'il reçut missive de Sésostris Ier l'autorisant à revenir en Égypte et lui assurant même tout le "confort" pour ses dernières années de vie : une tombe lui serait accordée,  imakh il serait reconnu, de nombreux présents il recevrait, à l'égal de tout fonctionnaire que tout souverain désire récompenser pour services rendus.

 

     Vous pourriez peut-être vous étonner de ces libéralités royales octroyées à un homme qui, jadis, fuit sa terre natale, sans avertir quiconque.

 

     Je pense que pour comprendre cette magnanimité, il nous faut conserver à l'esprit le comportement de Sinouhé en terres asiatiques : nous l'avons vu toujours essayer de mettre Sésostris à l'honneur, nous l'avons même connu "agent diplomatique" veillant constamment aux intérêts de sa patrie d'origine.

Même loin de Kemet, il oeuvra pour sa renommée au-delà de ses frontières. 

 

     Quelle plus belle récompense alors pour ce fonctionnaire aulique que pouvoir être inhumé "chez lui", dans le périmètre de la pyramide du monarque qu'il a fidèlement servi ?

 

 

06.-Pyramide-de-Sesostris-Ier.jpg

 

     (Que le Professeur Claude Obsomer, de l'U.C.L (Université catholique de Louvain - Belgique), trouve ici l'expression de ma gratitude la plus respectueuse et la plus vive pour la célérité et la générosité avec lesquelles il m'a offert l'opportunité de disposer de quelques clichés qu'il avait réalisés voici près de dix ans, à Licht, en Moyenne-Égypte ; dont celui ci-avant, des vestiges de la pyramide de Sésostris Ier.)

 

 

 

      Rasséréné sur le sort qui lui sera réservé, Sinouhé ne tarde évidemment pas à répondre au roi :

 

 

     Copie de l'accusé de réception de ce décret.

Le serviteur du Palais, Sinouhé, dit : En très bonne paix !  (1)

Concernant cette fuite qu'a faite cet humble serviteur dans son ignorance, il est grandement bon que ton Ka l'ait bien comprise, dieu parfait, Seigneur du Double Pays, qu'aime Rê et que favorise Montou, Maître de Thèbes.

 

     Amon, Souverain du trône des Deux Terres ; Sobek ; Rê ; Horus ; Hathor ; Atoum avec son Ennéade ; Sopdou ; Neferbaou ; Semserou, l'Horus oriental ; la Dame de Bouto - qu'elle enserre ta tête !  (2) - ; le Collège qui siège sur les flots  (3) ; Min-Horus qui réside dans les montagnes ; Oureret, Dame de Pount ; Nout ; Haroëris-Rê et tous les dieux de l'Égypte et des îles de Ouadj-Our (4) - (5) : qu'ils donnent vie et puissance à ta narine, qu'ils te dotent de leurs présents ; qu'ils t'accordent l'éternité sans limite, l'éternité sans fin. Que ta crainte soit répétée par plaines et monts car tu as soumis ce qu'encercle le Disque (6). Ceci est une prière du serviteur que je suis, pour son Maître qui le sauve de l'Ouest (7) .

 

     Le Maître de la Connaissance, (lui) qui connaît les hommes, puisse-t-il comprendre, dans la majesté du Palais, que le serviteur que je suis craignait de dire cela ; et c'est une affaire extrêmement grave à répéter (8) . Le dieu grand, l'égal de Rê, connaît celui qui a oeuvré pour lui, spontanément (9). Le serviteur que je suis est dans la main de celui qui s'enquiert à son propos ; et la situation dépend de sa décision. Ta Majesté est un Horus conquérant et tes bras sont puissants à l'encontre de tous les pays. Que Ta Majesté ordonne que soit ramené Meki de Qedem, Khentyouiaouch de Khentkéchou, Ménous du double pays des Fenékous : ce sont des princes renommés qui ont grandi dans ton amour. Point n'est besoin de rappeler le Rétchénou : il t'appartient pareillement, comme tes chiens.


     Quant à cette fuite que le serviteur que je suis a faite, elle n'était pas prévue, elle n'était pas dans mon coeur, je ne l'avais pas préparée. Je ne sais pas qui m'a éloigné de l'emplacement où je me trouvais : c'était comme une sorte de rêve, comme quand un homme du Delta se voit à Éléphantine ou un homme des marais en Nubie (10). Je ne craindrai plus : on ne m'avait pas persécuté, je n'avais pas encouru de reproches, on n'avait pas entendu mon nom dans la bouche du héraut

     En dépit de cela, mes membres frémirent, mes jambes détalèrent, mon coeur prit possession de moi et le dieu qui m'avait ordonné cette fuite, il m'entraîna. Je n'étais pourtant pas un orgueilleux. Un homme qui connaît son pays est craintif : Rê a placé la crainte de toi à travers le pays et la terreur de toi en toute terre étrangère. Que je sois à la Cour ou que je sois en ce lieu, c'est à toi qu'il appartient de recouvrir cet horizon car le soleil se lève selon ton désir. L'eau du fleuve, c'est quand tu le désires qu'elle est bue ; l'air dans le ciel, c'est quand tu le dis qu'il est respiré.

 

     Le serviteur que je suis transmettra ses biens à la progéniture qu'il a engendrée en ce lieu.

 

     Que Ta Majesté agisse selon son désir : on vit de l'air que tu donnes. Puissent Rê, Horus et Hathor aimer ta noble narine dont Montou, Maître de Thèbes, souhaite qu'elle vive éternellement.      

 

 

 

 

Notes

 

   

(1)    En très bonne paix : il s'agit d'une formule de salutation.

 

(2)   ... qu'elle enserre ta tête !  : Sinouhé évoque l'uraeus qui ceint les fronts royaux, déesse se présentant sous l’aspect d’un cobra femelle en fureur, prête à cracher son venin brûlant, dressant sa gorge dilatée et personnifiant l’oeil de Rê, protecteur du souverain.

 

 

(3)   ... Collège qui siège sur les flots : divinités qui secondaient Hâpy, Génie de la crue du Nil.

 


(4)    ... Ouadj-Our : Que voilà, parmi d'autres toponymes égyptiens, celui qui, depuis bien des décennies, divise, pas toujours sereinement d'ailleurs, les égyptologues entre eux, non seulement quant à la traduction à lui  apporter - "Le Grand Vert", "La Très Verte" - mais aussi à propos de sa localisation géographique.


     Ceux qui, faisant confiance aux grands dictionnaires égyptologiques, veulent y voir la mer ne sont même pas unanimement d'accord puisque, pour certains, il s'agit de la Mer Rouge quand pour d'autres, ce ne peut être que la Méditerranée. 


     Que dire alors de ceux qui, se ralliant à l'étude magistrale que publia de ce terme l'égyptologue belge Claude Vandersleyen à l'extrême fin du siècle dernier, considèrent qu'il s'agit du Nil, avec son Delta et sa riche et verdoyante vallée ?

 

 

(5)  Grammaticalement parlant, tous les dieux invoqués ici par Sinouhé constituent le sujet, évidemment anticipé, de la proposition verbale qui suit : "qu'ils donnent ..." 

 

     Feu l'égyptologue français Jean Yoyotte a publié en 1959 un article au sein du numéro 17 de Kêmi, revue de philologie et d'archéologie égyptiennes et coptes, dans lequel il a démontré que les dieux de cette théorie n'étaient manifestement pas cités au hasard.

 

     Hormis le tout premier invoqué, Rê, qui est universel, il s'agit d'un panthéon que l'on peut décomposer en deux ensembles géographiquement déterminés : le groupe des divinités qui ont en commun de se référer à la province thébaine et le groupe de celles qui protègent les frontières de l'Égypte et les pays extérieurs dans lesquels se rendaient ces dieux.

     En outre, tous aussi sont en rapport avec les rois de la XIIème dynastie originaires du nome thébain.

 

 

(6)   ... ce qu'encercle le Disque : évocation de Rê, l'astre solaire. Sinouhé exprime par là le fait que Sésostris Ier a soumis toutes les terres qu'entoure le disque solaire dans sa course. C'est, je le souligne, l'image même que symbolise le cartouche, avec le nom des rois inscrit à l'intérieur.

 

 

(7)    ... qui le sauve de l'Ouest  : textuellement, qui le sauve de l'Amenti, c'est-à-dire du royaume des morts. Notion, rappelez-vous, qu'avait déjà exprimée Sinouhé à la fin du texte que je vous ai proposé la semaine dernière quand il fait allusion à la clémence royale qui le sauve de la mort.

 

 

(8)   ... c'est une affaire extrêmement grave à répéter  : Sinouhé fait évidemment ici allusion aux propos de complot contre Amenemhat Ier qu'il avait interceptés alors qu'il était aux côtés de Sésostris, de retour de sa campagne libyenne.

 

 

(9)    ... spontanément : avec subtilité, notre héros rappelle les services bénévoles qu'il a rendus en terres asiatiques pour la renommée de l'Égypte et de Sésostris Ier.      

 


(10)   ... ou un homme des marais en Nubie : propos déjà tenus par Sinouhé, souvenez-vous amis lecteurs, quand il tentait d'expliquer les raisons de sa fuite à Amounenchi ...

 

 

 

 

     A suivre ... 

      

 

     (Je n'insisterai jamais assez sur ce que cette mienne traduction doit à l'enseignement, aux conseils avisés et aux corrections pointues du Professeur Michel Malaise qui, voici près d'un quart de siècle, guida mes premiers pas dans l'apprentissage de la langue et de l'écriture égyptiennes.)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Littérature égyptienne
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commentaires

Etienne 05/10/2012 10:19

Cher Richard,

Je te donne rapidement mon avis.

Pour moi, j'aimais bien le rythme deux interventions sur ton blog par semaine comme avant.
Metchetchi est très long et couper le samedi avec un point d’éclairage sur les textes littéraires, scientifiques ou la symbolique, la religion égyptienne et ses textes, serait pour moi un plus afin
de toucher peut-être plus de lecteurs suivant leurs attentes.

Mais quoi qu'il en soit: dès que tu écriras sur l’Égypte Richard, je serai là pour te lire, sois-en certain!

Trop de notes?
Surtout pas c'est ce qui rend le texte nu abordable pour le novice et aiguise la curiosité du passionné.

Voilà à peu près,
si tu as des questions plus précises et personnelles, n'hésite surtout pas!

Richard LEJEUNE 05/10/2012 10:34



     Merci Etienne d'avoir pris le temps - très précieux en ce moment pour d'autres visites que celles effectuées sur mon blog - de m'adresser
ces réflexions.


 


     Certes, deux articles semaines apportaient un plus à mes lecteurs. Mais eu égard au nombre d'heures de recherche et de rédaction qu'ils me
demandaient par rapport à ma vie familiale et, parfois, à mes propres problèmes de santé, cela devenait lourd à porter. Or, pour moi aussi, le blog doit rester avant tout un plaisir !


 


     Raison pour laquelle, ces trois mois de littérature, même si ce fut en continu, sont venus combler un "manque" et, d'une certaine manière,
remplacer des articles sur le sujet disséminés de-ci de-là ... 


 


     Je pense aussi comme toi et beaucoup d'autres lecteurs que ces notes - que l'on pouvait toujours "ignorer" dans la mesure où elles étaient
reléguées en fin d'article - furent nécessaires pour bien comprendre une mentalité vieille de quelque 4000 ans ...


 


     D'aucuns, d'ailleurs, préférèrent découvrir l'article en deux temps : d'abord le texte "nu" puis, en seconde lecture, s'attarder aux notes
infrapaginales.



TIFET 02/10/2012 10:01

Bonjour Richard, puisque vous nous demandez notre avis, je vais prendre quelques instants pour vous donner le mien, non pas pour critiquer la forme mais pour vous aider à avancer peut-être dans
votre démarche, du moins j'espère que vous le prendrez comme cela : pour ma part ce que je reprocherais dans votre présentation, c'est le trop long étalement, de mardi en mardi, pendant 3 mois,
comme la mémoire me fait parfois défaut, du coup je suis parfois obligée de repartir en arrière dans vos articles pour me remémorer le sujet avant de lire votre dernier article, donc il me semble
que dans ce sujet précis du roman de Sinouhé, il aurait été préférable de publier plus souvent et sur un délai moins long, voilà Richard, je vous souhaite une bonne journée ! et je vous remercie de
prendre la peine de demander l'avis de vos lecteurs, vous vous remettez en question sans cesse et c'est tout à votre honneur ! Amicalement; TIFET > Message du 29/09/12 08:44

Richard LEJEUNE 02/10/2012 11:10



     Merci chère Tifet d'avoir accepté de transférer ici le message que vous m'aviez adressé hier par mail privé.


 


     Je prends bonne note de votre remarque qui, avec celles d'autres lecteurs qui m'ont donné un avis approximativement semblable, m'a invité,
si d'aventure l'expérience se renouvelait l'été prochain, à prévoir une publication sur un temps plus court et, dans l'immédiat, comme je l'ai déjà écrit ce matin à Selkis-Cat, à proposer -
puisquà l'heure où je vous réponds, le dernier épisode vient d'être publié - l'intégralité du texte, le mardi 9 octobre prochain, pour ceux qui voudraient le relire d'une seule
traite, sans plus de notes additionnelles et sans devoir se rendre d'un article à un autre.    



Selkis-Cat 02/10/2012 07:24

Cher Richard
Je dois avouer que j'aime ce rendez-vous du mardi, que je l'attends. Le texte nu ... oh non ! On peut le trouver partout... De plus j'apprends énormément avec les notes et cela me donne envie
d'aller plus loin.
J'ai aimé ces étapes, et cela m'a permis d’assimiler une partie du voyage avant de partir plus loin.
Dans un vrai voyage, j'aime aussi me poser entre deux visites pour que tout ne se mélange pas... et apprécier un peu chaque jour..
Ensuite le voyage terminé, rien n’empêche de le savourer globalement. Et les personnes qui préfèrent tout lire d'un trait peuvent simplement attendre la publication du dernier article et lire d'une
traite..
J'apprécie aussi que tu prennes la peine de donner toutes les références.
Enfin le plaisir d'avoir un autre guide, Saint-John Perse à retrouver a accru mon plaisir.
Un grand merci à tous, Sinouhé, Michel Malaise, Saint John Perse et toi Richard, qui les as si bien fait vivre ensemble pendant quelques semaines... qui ne furent pas trop longues bien au
contraire.. même si je me réjouis de découvrir maintenant d'autres horizons avec toi..

Richard LEJEUNE 02/10/2012 09:08



     Merci à toi aussi, Catherine, d'avoir pris la peine de me communiquer ton ressenti : avec ceux de tous les lecteurs qui ont eu la
gentillesse de répondre à mes questions, il m'autorisera, si l'expérience se renouvelle, d'envisager la publication selon vos desiderata.


 


     Il appert que deux tendances se distinguent nettement : le roman proposé épisode après épisode étant, à l'heure où je te réponds, arrivé à son
dénouement, j'envisage, mardi 9 octobre prochain, de contenter ceux qui eussent préféré le lire d'une traite.





     Il plaira peut-être à beaucoup de le "découvrir" ainsi sans les notes additionnelles et sans devoir passer d'un article à un autre. Cela
permettra aussi à d'éventuels nouveaux visiteurs de mon blog de choisir leur mode de lecture ; même si, j'en suis conscient, d'autres sites égyptologiques proposent le Roman de Sinouhé
depuis bien longtemps ...


 


     Pour ce qui me concerne, avec cette double opportunité née de vos réactions à tous, j'espère rencontrer les souhaits des uns et des autres
... 


 


     Richard 



JA 29/09/2012 11:02

Difficile de répondre à votre questionnement de ce matin, car j'ai raté des passages du roman et je ne suis pas spécialiste: toutefois, c'est vrai qu'au premier abord cela parait complexe,
peut-être aéré l'article en enlevant des annexes.....
faire une coupure estivale avec un roman me parait une bonne idée
A bientôt
JA

Richard LEJEUNE 29/09/2012 11:11



     Merci Jocelyne, non seulement de me donner votre avis mais, également, d'avoir accepté de reporter ici le contenu de votre mail privé de
manière que mes lecteurs puissent en prendre connaissance.



Cendrine 24/09/2012 00:51

Bonsoir Richard,

J'aime beaucoup votre manière de présenter chaque "épisode" du récit, avec l'ouverture poétique qui nous amène à rencontrer le héros et ses aventures...

Le rythme hebdomadaire est très approprié car les lecteurs peuvent lire et relire à loisir le texte pour bien s'en imprégner.

Les notes ne sont pas trop abondantes. Elles accompagnent fort judicieusement la lecture, c'est mon avis. Je suis charmée et très intéressée par votre présentation.

Chaque personne recevra à sa façon le travail qui lui est proposé. Je pense que le moindre des respects est de ne pas vouloir modifier ou faire évoluer suivant ses propres désirs le travail
d'autrui, surtout lorsqu'il est fort bien réalisé.

De ce que j'ai perçu à travers mon expérience du net, nombre de personnes, volontairement ou involontairement, cherchent à mettre leur grain de sel dans le travail des autres. Cela ne part pas
forcément d'un mauvais sentiment mais la vigilance doit rester de mise.

Je suis ravie, en tous cas, de vous avoir "rencontré" sur la toile, cher professeur!

Je vous souhaite une excellente semaine.

Avec mon amitié

Cendrine

Richard LEJEUNE 24/09/2012 10:46



     Merci à vous aussi, Cendrine, avec l'élégance et la gentillesse qui vous caractérisent, d'avoir ici
déposé votre avis.


 


     A tout bientôt,


     Richard



Louvre-passion 23/09/2012 19:15

Même à travers le langage un peu ampoulé de la réponse de Sinouhé on perçoit sa joie de rentrer au pays, comme tout bon égyptien il n'aimait être séparé de sa patrie.

Richard LEJEUNE 24/09/2012 10:39



     Tout à fait exact, oui. Et surtout au moment de mourir : être inhumé en terre étrangère était proprement insupportable !  



Améthyste 23/09/2012 16:21

Mon intuition m'a incitée à venir lire - bien que je sois arrivée longtemps après vos autres lectrices et lecteurs - vos questions ci-dessus.
Je voudrais préciser que ce que j'aime et ce dont j'ai besoin sont absolument indissociables pour la poursuite d'une lecture. La présentation de ce roman comble tout à fait ces deux points.
Tout d'abord, j'aime lire, une première fois, chacune de ces pages sans m'interrompre pour la beauté des phrases, pour les expressions utilisées en un temps si lointain et me paraissant étranges,
curieuses, pour l'harmonie du récit tout entier, où j'aime pénétrer pour mieux m'intégrer dans l'oeuvre.
J'ai la satisfaction d'apercevoir, au passage, que je trouverai, lors de ma deuxième lecture, des notes explicatives que je serai libre d'étudier littéralement.

- L'étalement est loin de me gêner puisque j'ai moi-même décidé de ralentir mon rythme de lecture, contrairement à mon absorption délirante des livres de la Bibliothèque municipale soumis à une
date de retour.

Les notes, les commentaires annexes me sont indispensables et je ne les trouve pas trop didactiques. Si je connais la signification de l'un des termes commentés, je pense que cette note sera
peut-être utile à un lecteur qui, lui, en revanche, possèdera d'autres connaissances que les miennes. Ces explications n'alourdissent pas l'article n'étant pas insérées dans le texte.

- Découvrir le texte "nu" n'aurait pas étanché ma soif. Aurais-je fait des recherches par la suite ? Dix minutes, peut-être, tant d'activités prenant un malin plaisir à me dévorer ! Ou bien, je
déposerais une vingtaine de questions, avec toujours la crainte qu'elles soient hors sujet.

- Une parenthèse littéraire estivale ne pourrait, en aucun cas, me sembler inutile.

En résumé, je trouve votre manière de présenter le roman de Sinouhé absolument parfaite, passionnante, claire et instructive.

Richard LEJEUNE 24/09/2012 09:01



     Merci à vous, Améthyste, d'avoir consacré quelques instants aux fins de m'indiquer votre ressenti quant à la méthode que j'ai choisie pour
présenter cette oeuvre.



François 21/09/2012 11:34

Lecteur assidu de ton blog, Cher Richard, je tâche de t'apporter une réponse, toute personnelle :

- Le fractionnement du récit me paraît permettre d'analyser chaque fois avec plus d'assiduité qu'une lecture en continu du texte qui conduit inévitablement à arriver à la fin en glissant sur
certaines choses sans vouloir prendre le temps de les détailler... Là, nous avons pu nous pencher sur bien des détails qui auraient été négligés autrement...
- Les commentaires et l'analyse sont le réel "plus" de la méthode que tu nous as proposée, le texte "brut" étant relativement facile à trouver, ce sont bien les "notes de bas de page" qui m'ont
retenu.
- Cette parenthèse littéraire n'a pas étanché ma soif d'en savoir plus sur ce que Metchetchi va encore nous faire découvrir sous ton regard. Et j'attends cette suite avec avidité !

En fait, plus que l'égyptologie, c'est la façon dont tu l'abordes qui me fait venir et revenir ici. Donc quelle que soit la façon dont tu décides d'arranger les choses, c'est toi que je suis...

Voilà pour ce qui me concerne...

Fidèlement !
François

Richard LEJEUNE 22/09/2012 07:33



     Grand merci à toi, François, pour cette réponse circonstanciée et la gentillesse qui la sous-tend.


 


     J'espère en recevoir d'autres, pour autant que, comme toi, mes lecteurs viennent reprendre connaissance des commentaires déposés quelques
jours après la parution des articles.


Faute de quoi...


 


     Mais il se peut que si, en définitive, j'estime ne pas suffisamment engranger d'avis sur la question que j'ai posée suite à l'intervention
de Fan, je choisisse d'envoyer une "newsletter" à tous mes abonnés ...


 


     L'avenir le décidera.


 


     (Sensible à ta technique si personnelle, pour accompagner ta signature, d'adjoindre des adverbes souvent cueillis sur les chemins de
traverse, c'est avec bonheur que j'ai relevé celui d'aujourd'hui.)



FAN 21/09/2012 08:38

Cher Richard, je pense que ce sont les deux en réponse à votre demande, sans doute que la lecture me fatigue à cause de mes yeux fatigués (cataracte)et ce roman à épisode, j'aurai sans doute
préféré le lire en une seul fois comme je "faisais" avec les autres livres papier!! et je dois dire que je n'aime pas trop lire un livre sur écran (vieille école)!En revanche,j'apprécie toujours
les explications qui suivent l'épisode!! Mais ceci n'engage que moi cher Richard!!Belle journée à vous!! BISOUS FAN

Richard LEJEUNE 21/09/2012 09:02



     Ceci n'engage que vous, m'écrivez-vous.


 


     Et si je vous répondais qu'il m'agréerait que d'autres lectrices et lecteurs s'avancent sur la même voie ? : me donner leur avis - non plus
sur le roman, beaucoup à ce sujet se sont déjà exprimés ! -, mais sur la manière dont je le leur ai présenté.





- Trop long étalement, de mardi en mardi pendant trois mois ? ou cette périodicité est-elle jugée nécessaire pour bien réfléchir, bien entrer dans l'histoire, bien
s'en imprégner ?


 


- Trop de notes et commentaires annexes ? Sont-ils trop didactiques ? Alourdissent-ils inutilement l'article ou sont-ils estimés intéressants, voire absolument
nécessaires ?


 


- Aurait-il été préférable de découvrir le texte "nu", quitte à choisir soi-même d'éventuellement se documenter par la suite aux fins de mieux en appréhender le
contexte historique et social ?


 


- Aurait-il été plus indiqué de ne pas proposer une parenthèse littéraire pendant ces vacances d'été et de poursuivre ce qui avait été entamé avec Metchetchi en
salle 5 du Département des Antiquités du Musée du Louvre ?


 


     Voici, chère Fan, entre autres questions qui, probablement, surgiront encore, ce à quoi votre commentaire franc, direct et bienvenu de ce
matin m'invite : personnellement interroger mon lectorat ... en vue, évidemment, d'amender d'éventuelles expériences ultérieures.


 


     Si d'autres "abonnés" à EgyptoMusée prennent connaissance, ici, après votre intervention, de mes interrogations, merci à eux de consacrer
quelques minutes de leur précieux temps pour m'aviser de leur ressenti sur ce point-là précisément.


 


     Et merci à vous, vraiment, d'avoir, sans le vouloir, "essuyé les plâtres". 


 


      Amicalement,


      Richard


 


 



JA 20/09/2012 22:12

diplomate, émissaire, grand voyageur...comment serait appelé le héros de ce roman aujourd'hui? en tout état de cause toujours retour aux sources natales....A bientôt
JA

Richard LEJEUNE 21/09/2012 07:53



     On pourrait très bien, Jocelyne, lui attribuer les trois acceptions à la fois ...


 


     Quant au retour aux sources - nostalgie de sa terre natale -, l'on se rend compte que, pour beaucoup, ce besoin, quatre millénaires plus
tard, semble toujours aussi viscéral.



FAN 20/09/2012 17:09

Cher Richard, j'ai lu les deux derniers posts mais suis incapable pour le moment de faire "ma" synthèse par rapport à ce récit!! J'ai quelques peines à m'imprégner du contexte sans doute à cause
des évenements actuels, mais la traduction y est séduisante de vérité fiction!!Merci à vous Richard, j'attend avec hâte la finalité de ce roman d'aventure de SINOUHE!! BISOUS FAN

Richard LEJEUNE 21/09/2012 07:47



     Nous sommes effectivement presque au terme du voyage, chère Fan ...


Le tout est de savoir si vous avez hâte d'y arriver parce qu'il vous paraît fort long ou parce que vous êtes curieuse d'en découvrir la fin ...



Carole 20/09/2012 11:41

Je pense bien lire le plus possible de cette littérature antique si belle, mais il me faudra un peu de temps encore.
J'ai toujours 15 fois plus de projets que de temps pour les réaliser... Mais, comme je le dis toujours, tout viendra... en son temps !

Richard LEJEUNE 21/09/2012 07:41



     A votre meilleure convenance, Carole ...


 


     "15 fois plus de projets que de temps pour les réaliser ", m'écrivez-vous ...


Que j'aime cette réflexion !


C'est une des définitions de la Vie, belle, passionnante, indispensable ... Cette vie qui nous relie aux Autres, mais aussi à nous-mêmes ; que l'on enrichit et qui
nous enrichit ; qui rend les heures trop fugaces ; qui cherche à vous faire croire que l'on n'a eu aucun temps à nous consacrer en une seule petite journée ; qui nous invite à quelque peu
grignoter sur des nuits trop longues ; qui nous entraînerait presque à rebâtir notre maison pour y installer plus de livres encore ; qui nous ferait jeter l'inutile téléviseur par la fenêtre ;
qui ... qui ...


 


     La Vie. Tout simplement !



Carole 18/09/2012 23:12

Quel beau texte, vraiment. La description du "rêve" qui s'empare du voyageur est aussi poétique que juste : "mes membres frémirent, mes jambes détalèrent, mon coeur prit possession de moi". Merci
de nous avoir révélé ce récit peu connu, mais qui est de tout premier rang dans l'histoire des lettres, à mon avis.

Richard LEJEUNE 19/09/2012 09:22



     Merci surtout à vous, Carole, d'être sensible à cette poésie qui nous vient du fond des âges ...


 


     Votre réflexion m'invite à vous demander : avez-vous déjà eu l'opportunité de feuilleter les articles de la catégorie Littérature
égyptienne qui, dès la création de mon blog en 2008, firent notamment la part belle à la poésie amoureuse de la XVIIIème dynastie ?


 


     Un premier exemple parmi d'autres :


http://egyptomusee.over-blog.com/article-20462394.html


 


     Sans vous obliger, si vous en aviez le temps et surtout l'envie, il m'agréerait que vous me communiquiez votre ressenti. Sans être
présomptueux, ni évidemment restrictif quant à votre culture littéraire, je gage que vous y ferez de somptueuses découvertes.



Cendrine 18/09/2012 20:34

Rebonsoir Richard,

"ressentie AU fil de l'intrigue"...
J'ai accroché une touche!

Merci encore pour votre travail remarquable.

Bonne soirée

Cendrine

Richard LEJEUNE 19/09/2012 09:11



     Ne vous tracassez pas pour si peu : j'avais bien "traduit".



Cendrine 18/09/2012 20:32

Bonsoir Richard,

Sinouhé quittera bientôt la scène de sa vie terrestre... l'heure approche et le divin défilé scintille, comme un sillon de flammes, au creux du récit.

Notre héros sera sauvé de la mort. L'expression "qui le sauve de la mort" enivre mon imagination. Au-delà de toute explication de texte, (je n'ai pas envie de me livrer à cela et de dénaturer
l'émotion ressentie eu fil de l'intrigue), je suis sensible à la sagesse du héros ainsi qu'au regard qu'il promène sur les cycles de l'existence.
Il échappe donc aux ténèbres insondables. Une "mort lumière" s'offre à lui dans le berceau de ses racines et l'apaisement investit son coeur.

Cette sagesse pourrait être le guide de nombreux esprits, à l'époque contemporaine...

Cette passionnante énumération de divinités m'a remémoré mes pérégrinations enfantines dans la section égyptienne du Musée Borély à Marseille...

Je vous en remercie, avec bonheur et déférence.

Je vous souhaite aussi une excellente soirée, avec mon amitié.

Cendrine

Richard LEJEUNE 19/09/2012 09:09



     Mais quelle superbe façon d'approcher cet épisode, Cendrine, que votre présent commentaire ! Grand merci à vous : il me permet de "relire"
Sinouhé avec une tout autre sensibilité.


 


La section égyptienne du Musée Borély de Marseille ?


Je quitte à l'instant votre blog, espérant y trouver un article qui lui serait consacré car je ne la connais pas.


Et je me rends compte qu'il reste à écrire ...


J'espère très sincèrement que vous nous l'offrirez un jour.


Songez-y ...


 


Excellente journée à vous.


Amicalement,


Richard



etienne 18/09/2012 19:09

Bonsoir très cher Professeur,

Peux-tu m'en dire plus sur toute cette énumération des dieux dont la longue liste est présente au 3ème paragraphe?
Merci!

Bien à toi!

Etienne.

Richard LEJEUNE 19/09/2012 08:58



     Bien sûr, oui, Etienne, quelques mots sans plus car tu te rends évidemment compte que l'on pourrait s'étendre des pages et des pages tant
est abondante la documentation à ce sujet.


Et parmi pléthore d'ouvrages, en français, j'épinglerai pour une première approche :


 


* MEEKS Dimitri, FAVARD-MEEKS Christine, Les dieux égyptiens, Paris, Hachette, Collection "La Vie quotidienne", 1993.


 


* TRAUNECKER Claude, Les dieux de l'Égypte, Paris, P.U.F., Collection "Que sais-je ?", 1992.


 


     Maintenant, pour répondre à ta question et en référence à l'étude de Jean Yoyotte que je citai hier, je puis indiquer que :


 


- MONTOU : dieu faucon originaire de Hermonthis, dans la région thébaine où il était particulièrement vénéré.


- AMON : dieu tutélaire de Thèbes.


- SOBEK-RÊ : Maître d'une localité appelée Soumenou, au sud de Gebelein, dans la région thébaine.


- HORUS et HATHOR : ne sont pas ici cités en tant que divinités cosmiques mais parce que liés eux aussi à la région de Gebelein.


- ATOUM : le démiurge ; dieu créateur honoré à Héliopolis, dixième membre et chef de l'ennéade qui se composait, à Karnak, des trois générations divines apparues
après lui.


 


     Voilà pour ce qui concerne l'ensemble des dieux en rapport avec l'aire thébaine.


     Passons à présent à ceux qui "officient" aux marges de l'Égypte.





- SOPDOU - SEMSEROU - HORUS oriental : trois dénominations pour un même dieu, très probablement "contaminé" par l'Asie. Sopdou, "parfait de puissance", était le dieu
de Saft el Henna, lieu qui constituait le point de départ des expéditions vers le Sinaï par le Ouadi Toumilat.


     Assimilé à Horus qui lui prête sa tête de faucon, considéré comme le protecteur de la frontière orientale, il était représenté avec deux
hautes plumes sur la tête, arborant la barbe asiatique et portant un pagne à lanières qui n'avait strictement rien d'égyptien.


 


     (Désolé, Etienne, mais si je faisais vraiment cours, il y aurait évidemment une documentation iconographique qui étayerait mes propos ; et
qu'ici, je ne puis matériellement ajouter ...)


 


- DAME de BOUTO : Il sagit de la déesse de la Bouto orientale, Tell Nebesch qui, dans l'est du Delta, constituait le point de départ vers la Palestine.


- MIN-HORUS : grand dieu de la ville de Coptos, d'où l'on se rendait au Ouadi Hammamat.


- NOUT : est ici citée en tant que patronne de Byblos, ville qui commerçait avec l'Égypte, notamment pour l'importation de bois (les fameux cèdres du Liban).


- HARROERIS-RÊ : divinité qui serait probablement à mettre en rapport avec les régions libyques ; donc protégeant la frontière ouest de l'Égypte.


- Quant à ces dieux siégeant sur les flots, ils étaient pour leur part préposés à assurer la garde de la frontière sud. 


 


     Voilà, Etienne, sans être trop prolixe, ce que je puis ajouter à mes notes d'hier pour éclairer ta lanterne.


Tous mes lecteurs et toi, vous comprendrez aisément qu'introduire ces notions dans le corps de l'article eût été un risque de l'alourdir outre-mesure.


Mais je pensais bien, j'espérais bien, en réalité, que l'un ou l'autre me poserait cette très intéressante question.


 


     Merci à toi de t'en être chargé.


 



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